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Deux Jours de Valparaiso.

Publié le par Bernard Oheix

Marcher, escalader, se hisser, et toujours ces ruelles, escaliers, rues improbables, bordées de maisons bricolées, de tôles et de bois, dans des couleurs incroyablement «flashies», réfléchissant le soleil, sol de terre et de pavés, murs de guingois, poutrelles rouillées, tags en bandoulières parfois oeuvres d’art, parfois, gribouillis infâmes, et la saleté de semaines de grèves des éboueurs, et le goût du sel qui monte de la baie où patientent des cargos en attente de déchargement... Ivresse de Valparaiso !

La maison de Pablo Neruda, La Sebastiana, au sommet du Cerro Ferrari. La vue s’étale comme une carte postale sur l’immense baie marine. Une Fondation où l’âme du poète est encore présente. Sa voix obsédante en écho, ses objets personnels installés dans cette maison-musée, qu’il a ramenés de ses voyages ou achetés dans des brocantes et agencés comme une oeuvre d’art, les mots pour exprimer cette révolte et ce rêve d’un monde meilleur. Le Canto General que j’avais recrée à Cannes résonne à mes oreilles. Et ce bureau avec son sous-main, où il écrivit tant de chefs d’oeuvre, en regardant, en observant, de sa baie lumineuse, un pays en train de se convulser, se tordre et lutter, s’enflammer et se perdre dans les bras d’une dictature qui fit un auto-dafé de ses livres et tenta de le rayer vainement de la mémoire des hommes !

Comme Valparaiso, toujours menacée, au bord de l’incendie, d’un tremblement de terre où d’un raz de marée... Où livrée à la cupidité des affairistes qui tentent de la défigurer.

Elle résiste, cette ville ! Elle ne se livre pas facilement aux promoteurs qui rêvent d’y bâtir des tours, de défigurer son âme...Elle continue de s’ébouler à chaque tourmente pour se reconstruire, toujours en équilibre au dessus du vide !

Et un tour de baie avec des otaries et des éléphants de mer, sentinelles du passé, paressant sur des plots immergés dans le port et nous narguant en plongeant autour de la barcasse qui nous fait découvrir la baie ! Et notre baignade dans un océan Pacifique avec son eau froide comme le symbole de ce voyage dans l’extrême d’un continent fascinant.

Retour au Cerro Conception où deux soeurs baba-cools géniales nous hébergent dans une vieille maison coloniale "La Colombina" au charme tarabiscoté dans le quartier "in" de Valparaiso. Hostels, galeries d'art, petits musées, cafés avec musique, restaurants de toutes nationalités avec des terrasses plongeant sur la mer et le port qui s'illumine à la tombée du jour, des jeunes qui marchent dans la nuit vers des destinations inconnues... Le quartier vit comme si le temps s'était figé, comme si le monde s'était refermé sur Valparaiso la rebelle et que la modernité devait composer avec l'alchimie et la nostalgie d'une histoire impossible à écrire !

Mais il est l’heure de partir pour plus de 15 h de bus, une nuit dans la nuit, les phares dans le roulement obsédant des roues qui dévorent l’espace. Puerto Montt, la porte de la Patagonie nous attend avec ses 6° au soleil !

PS : Désolé, mais je n’ai pas mangé ma soupe de crabes ! Il va falloir que je vous décrive la nourriture Argentino-Chilienne... et ce ne sera pas une partie fine de plaisir !

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