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La "puna" Argentine

Publié le par Bernard Oheix

Au réveil, après un petit-déjeuner léger, Monica nous initie à la «coca», ce remède contre le mal des montagnes. Elle prélève, dans des sachets que nous avions achetés au superbe marché des fruits et légumes de Humahuaca, quelques feuilles pour chacun d’entre nous. Après les avoir roulées en boule dans la main, nous les calons entre la gencive et les joues. Nous voilà donc avec notre «acullico» en train de macérer, dégorgeant un suc sensé nous protéger de ce qui nous attend, la haute montagne et son mal mystérieux de l’altitude qui peut frapper n’importe qui. Hélas, pas d’éléphants roses en vue pour les nouveaux cocaïnomanes que nous sommes, mais un goût amer dans la bouche pendant que le véhicule se traine sur les pentes vertigineuses de la route 52, longeant une brèche dans les montagnes qui nous dominent en culminant vers les 5000m.

Ivresse des hauteurs. La stèle du col qui culmine à 4170m s’ouvre sur un panorama à tomber à la renverse. D’un côté, les méandres de la vallée que nous venons d’escalader, de l’autre, les plaines de l’altiplano avec sa mer immaculée de sel brillant dans l’azur. Après avoir déposés une offrande sur «l’apacheta» de la «pachamama» (quelques feuilles de coca, un voeux et le bonheur assuré pour les années qui viennent), acheté des babioles aux indiens qui vendent des pierres gravées, des petits lamas en laine, tout ce qui permettra de se souvenir de ce moment unique où nous avons dépassé pour la première fois un sommet de 4000m (on est presque au sommet du Mont Blanc !), nous basculons pour rejoindre la Grande Saline qui s’étend sur 12 000 hectares au milieu d’un plateau gigantesque à 3800 m d’altitude. Le soleil brûle, la réflectionion du soleil est insoutenable, les monticules de sel brut bordent les excavations rectangulaires d’où l’eau surgit en se parant de fleurs de sel aux motifs ciselés par l’évaporation.

Après la Grande Saline, nous allons prendre une piste de 100km en terre battue pour rejoindre San Antonio de Los Cobres. La végétation basse de petits buissons d’épineux qui s’accrochent à une terre de sable est suffisante pour nourrir des ânes sauvages et surtout des lamas cabotins qui s’ébattent en liberté et se laissent parfois photographier. On assistera même, coupant la piste devant notre véhicule, à la course élégantes de trois «vigognes», princesses des hauteurs.

Plus de deux heures à être brinquebalés, secoués, triturés mais les yeux ivres de richesses, d’amour et d’un sentiment profond de communion avec ce département Andin qui touche si près le ciel, qu’il nous permet de prendre un siège auprès des dieux de la terre.

Après un déjeuner succulent de spécialités locales à San Antonio de Los Cobres (le cuivre), la tête lourde de cette pesanteur surprenante que provoque l’altiplano, nous allons repasser par un col à 4070 m (seulement !) et replonger vers Salta distante de 180 km par le Rio Toro en un retour à la civilisation après deux jours de rêves. Le monde est plus juste vu de si haut, il ne s’embarrasse pas de fioritures et donne du sens au temps présent.

Mais cela, c’est peut-être un effet secondaire de la coca, le primaire étant que personne n’a eu le mal de la montagne, juste le désir un jour de retrouver ces montagnes qui nous révèlent une part de nos propres secrets.

Quand à Monica, notre belle et douce guide, elle nous embrassera et nous nous quitterons comme s’il devait y avoir un lendemain à ce jour présent.

Mais c’est si loin l’Argentine et c’est si grand !

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