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Valparaiso... La ville folle !

Publié le par Bernard Oheix

C’est en visitant le Centre des Arts d’Alejandro Para sur la voie Bernardo O’Higgins que nous sommes tombés sur un tract appelant à soutenir la campagne présidentielle de Michelle Bachelet. Un dernier meeting en forme de fête, avec tous les artistes chiliens, dont les Isabel et Angel Parra et les Inti illimani «historiques» mais aussi une pléiade de nouveaux. L’occasion était trop belle !

C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés dans le Parque Quinta au milieu de dizaines de milliers de personnes euphoriques, drapeaux rouges avec faucilles et marteaux, Allende et le Che au vent, en train de chanter et de danser pour soutenir celle qui a réuni tous l’arc de la gauche et des démocrates et semble assurée d’une victoire dès le premier tour !

Elle est dynamique la Michelle ! Elle danse sur DJ Mendes, chaloupe sur scène, les groupes s’enchaînent et c’est bien une grande fête populaire à laquelle nous participons !

Si elle devient présidente du Chili, nous pourrons dire «-j’y étais !»

Deux heures de bus (seulement !) pour arriver à Valparaiso la rebelle, la ville atypique du Chili. Et là, le choc ! Cette ville a été conçue par un démiurge ivre, un jour de libations forcées et les humains sont certainement condamnés à y vivre afin d’y expier ses fautes !

Imaginez des collines qui enserrent une baie immense de l’Océan Pacifique pour grimper par étages vers les sommets. Au loin, les crêtes enneigées des Andes. Des entassements de ruelles incompréhensibles avec des maisons mélangeant allègrement tous les styles, recouvertes de tôles ou de bois de toutes les couleurs, des plus vives à celle gangrenées par la rouille ou la lèpre. Accrochées aux flancs de pentes invraisemblables, accessibles par des escaliers pentus perdus dans un amas de constructions bricolées, suspendues par des entrecroisements ou des piliers de fer comme en équilibre au dessus du vide. Ces maisons ne semblent pas faites pour durer, on imagine les orages violents, la boue qui ruisselle, les convulsions de la terre volcanique... Certains quartiers ressemblent plus à des favellas où vivre semble une épreuve, d’autres à des cités branchées pour artistes et touristes. Le tout baigne dans un air cristallin, frais et venteux. Des tags recouvrent les moindres espaces de leurs couleurs tranchantes et de leurs formes hybrides, des bus escaladent les rues en pétaradant, le bruit de la ville est assourdissant et étouffe le silence.

Toute la côte est inaccessible, fermée par des barrières métalliques, quelques «tankers» attendent dans la baie d’être déchargés sur les quais et les bras de grues se déploient pour fermer l’horizon.

La ville est sale, bruyante, se convulse en permanence et bizarrement, nous ne pouvons trancher entre la passion et la haine, entre l’amour et la colère ! Fascinante, incontrôlable, irritante, elle s’impose comme incontournable, grandiose, incompréhensible !

Valparaiso, si loin de l’image formatée, des chansons de ports et des «gestes» d’antan, d’une imagerie romantique.

Y vivre doit être épouvantablement éprouvant, y passer, terriblement surprenant et un peu envoutant !

Quand à ma soupe de crabes... J’ai eu droit à toutes les variantes de la soupe à la gingembre au gratin de fruits de mer... mais toujours pas de cette bonne soupe de crabes comme j’en rêvais ! Peut-être faut-il se réveiller ? Valparaiso n’ouvre plus ses portes sur l’inconnu, elle renvoie juste vers un ailleurs incompréhensible où l’homme reste cet être en train de se battre pour exister, survivre et trouver un peu de bonheur !

La nuit, sur un des balcons du «Cerro Conception», nous regardons les lumières éclairer de mille étoiles, les collines qui grimpent vers le bleu sombre du ciel. C’est une nuit de pleine lune. Le tableau est fascinant et le son assourdi d’une humanité fatiguée. C’est beau !

Adios Valparaiso ! Je ne rêverai plus de toi , désormais !

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Victor 19/11/2013 11:41

Ravi de ce coucou de Valparaiso. J'étais dans un cinéma pourri à Tahiti en 1963 et l'on passe le très beau documentaire de Joris Ivens sur cette ville, dont les images m'ont poursuivies depuis avec cette belle voix de Montero...à faire pleurer.
Merci pour cette carte postale, Victor