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Via Bariloche...

Publié le par Bernard Oheix

Pour arriver à San Carlos de Bariloche, franchir la frontière Chilienne, (quelques heures seulement de bus au départ de Puerto Montt), traverser un parc national recouvert de cendres volcaniques donnant un air lunaire au paysage, observer les arbres noirs déchiquetés dressant leurs branches torturées vers le ciel, contourner une myriade de lacs, côtoyer les neiges sur les sommets alentours, parcourir le versant Est du parc verdoyant troué de masses jaunes de genêts en fleurs et plonger vers le lac Nafel Huapi où San Carlos de Bariloche vous attend adossée aux montagnes qui la cernent.

Rupture totale avec l’Argentine que nous parcourons depuis des semaines. Car Bariloche est la station à la mode des Argentins. Ils y viennent de mai à septembre pour y skier et le reste de la saison pour les activités nature, les randonnées pédestres et les circuits VTT.

Une des particularités de Bariloche est qu’elle est devenue l’endroit à la mode pour les étudiants qui ont réussi leur diplôme et viennent fêter en groupe leur promotion.

Disons-le, Bariloche sent l’argent, les rues sont propres, les magasins offrent un panel des «marques» internationales, les restaurants resplendissent et dégoulinent de lumières, et la beauté est la norme de chaque coin et recoin de la ville ! Il y a un air de parenté avec toutes nos stations alpines, la Suisse et l’Autriche... Il y a même un peu de Cannes dans cette ville de la Patagonie du Nord Ouest.

Les villas alentours, superbes constructions semi enterrées dans la végétation aux volumes modernes ou chalets érigés sur des pics avec de vastes baies vitrées offrant une vue imprenable, s’étirent tout au long des rives du lac Nafel Huapi qui abrite une des plus grandes réserves de l’Amérique du Sud.

Car Bariloche est le centre d’une région fascinante, préservée de toute atteinte de la modernité, le coeur d’un territoire immense dédié à la nature. A 1500 kms de Buenos Aires, isolée par une pampa sauvage où règne le désert humain et le vide de monts vallonnés, ouvert sur la Patagonie qui plonge vers la fin des Terres Australes, adossée à la frontière naturelle des Andes, la région, découverte tardivement, peuplée par des colons aventuriers, a très rapidement intégré la notion de préservation d’un site unique et d’un patrimoine de tout le pays.

Du téléphérique de Los Cumbre, le Cerro Otto qui grimpe au dessus de la ville, on peut découvrir un lac gigantesque à l’eau turquoise serpenter entre les montagnes, du Chili au levant, parsemé d’îles comme des joyaux émeraudes, aux rives boisées couvertes d’essences exotiques et tachées de l’or des genêts. Le vent apporte l’air frais des montagnes et chasse les nuages, dégageant l’espace pour que la vue se perde bien au dessus des hommes, dans le vide qui remplit la nature sauvage de tout l’or du monde.

Le lendemain, sur le «Modeste Victoria», un cabin-cruiser de 1937 aux cuivres rutilants, nous partirons à la découverte du parc, sur las Isla della Victoria, un circuit pédestre qui nous permet de longer la Playa de Toro (où je me suis baigné, dans l’immaculé des neiges qui se reflétaient en miroir d’une eau glacée !), de voir des peintures rupestres et de marcher à l’ombre de séquoias centenaires sous une canopée flamboyante. Une deuxième île accueillant le Parque Nacional Arrayanes abrite des arbres aux troncs orangés torturés, enchevêtrement de branches, de lianes et de feuilles qui nous coupent du monde et font remonter les temps passés, quand l’homme n’était encore qu’une hypothèse au sein d’un monde en train de se convulser !

Une heure de navigation en retour, accompagné par une nuée d’oiseaux plongeant dans l’eau à la recherche de leur nourriture, le drapeau argentin flottant dans le couchant...

C’est la nuit à Bariloche. Un restaurant où les peuples du monde se côtoient à manger une «goulash» en buvant un vin riche du Chili, une glace au chocolat (la grande spécialité de Bariloche importée par un chocolatier de Turin dans les années 30) et déjà le départ pour notre ultime étape, Buenos Aires comme des retrouvailles après 5 semaines à découvrir les trésors de l’Argentine et du Chili sans jamais ressentir l’usure de la passion.

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