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La culture de la Castafiore !

Publié le par Bernard Oheix

La culture de la Castafiore !

Cela fait quelque temps que je ne parle plus de spectacles dans ce blog... Un effet pervers, il fait nul doute, de l’overdose des dernières saisons programmées au Palais des Festivals de Cannes et d’une détente soudaine entraînée par ma prise d’un congé permanent et de mon long voyage en Amérique du Sud à l’automne ! Quelques films, CD et ballets me donnent le désir de retrouver cette époque où je couchais mes impressions par l’écrit. Et tout d’abord, de renouer avec mes complices du Système Castafiore qui ont présenté en ce 4 avril, dans la salle de la Licorne, une reprise de deux oeuvres de jeunesse.

A mes yeux, le Système Castafiore est une des compagnies de danse la plus marquante de la période actuelle !

Elle est dirigée par un duo fascinant, Karl Biscuit à la création, metteur en scène et compositeur de génie de bandes sons et Marcia Barcellos, sa compagne et son alter-ego en création, à la danse et à la scénographie. Marcia est à l’égale de cette cohorte d’artistes d’Amérique du Sud qui ont apporté un sang nouveau dans le rapport à l’image moderne comme Alfredo Arias, Copi et tant d’autres. En cassant les codes traditionnels, ils ont insufflé une dynamique novatrice, ont révolutionné la gestuelle dans le spectacle vivant.

Les «castafiore» se sont installés à Grasse dans les Alpes Maritimes avec l’espoir de fonder un centre, une base pour explorer les chemins de la création et déclencher une dynamique sur toute la région ! Las ! On est bien loin des cénacles parisiens et des centres de décision. Ils n’en tracent pas moins leur chemin avec constance et sont une des troupes qui tournent le plus à l’international.

A l’occasion de cette reprise de deux oeuvres de leur début de carrière, Karl et Marcia nous offrent une relecture dynamique des fondements de leur art.

Il y a dans Aktualismus Oratorio Mongol (1990) et 4 LOG Volapük (1993), tous les ingrédients qui vont assurer leur succès et qui seront développés et approfondis par la suite avec des moyens techniques plus ambitieux qui permettront à leur créativité de s’épanouir.

Chez Karl, on retrouve dans Aktualismus le travail soigné d’une bande son où des bribes de dialogues absurdes sont joués en play-back, noyés dans un opéra de sons modernes composé de bruits, stridences, répétitions, saturation du niveau sonore. Marcia greffe à cet ensemble hétéroclite, une mécanique d’un geste découpé, heurté, enchaînement ubuesque de scènes mimées où les répétitions tiennent lieu de ponctuation. Il n’y a pas une histoire mais des séquences ouvertes ayant un rapport, en bruit de fond, avec un discours dictatorial, comme si la modernité apparente des éléments scéniques, une machine futuriste, quelques gadgets dans les costumes toujours inventifs, un accessoire, une scène d’illusion avec un enfant nain ou des marcheurs à l’envers, devaient se briser sur les vestiges du conformisme et l’abomination d’un discours totalitaire.

Ce rapport à la dictature est encore plus lisible dans 4 LOG Volapük puisqu’il en est le sujet central. Là encore, Karl Biscuit réalise une prouesse (pour l’époque) puisque le décor se visionne en 3D grâce à des lunettes distribuées au public. Un écran projette sur la scène des constructions futuriste donnant une perspective à la «Métropolis». La bande son est composée de phrases extraites du théâtre classique où l’on peut reconnaitre pèle-mêle, Racine, Corneille, Molière... et sans doute quelques autres ! L’histoire est simple. Un dictateur et sa maîtresse adorée, 3 personnages qui décident de l’assassiner. Les costumes de Marcia Barcellos sont sublimes, dictateur ventripotent à moustache, garde chasse au képi à la Française, grands bourgeois couards qui trahissent leur maître... La caricature est poussée à l’extrême, y compris dans la danse en permanente recherche de déséquilibre, de rupture, ritualisée jusqu’à la parodie. Cela fait penser au «dictateur» de Chaplin et à sa danse avec la mappemonde. Mais il y a une vraie cohérence interne au projet, une réussite formelle indéniable qui martèle un message où l’esthétique baroque se met au service de l’émotion brute.

Au delà de la vraie prouesse esthétique que le duo développera au fil des années jusqu’à des chefs d’oeuvre comme «Récits des tribus omégas», «Stand Alone Zone» ou «Les chants de l’Umaï», (mais presque toutes leurs créations devraient être citées ici !), le rapport à l’humain et à l’oppression (qu’elle soit la dictature d’un homme, d’une technique, d’une pensée, d’un style...) est le fondement de leur processus créatif, la base même à partir de laquelle ils vont intervenir par le sens, (et souvent par le non-sens !) pour provoquer intelligemment le spectateur et l’obliger à réagir.

Refuser le conformisme du geste est au coeur de la nature foisonnante de leur art, jusqu’à entrer en résonance mystérieusement avec l’actualité d’une France qui accouche d’un monde où les idées de l’extrême semblent, tellement se banaliser, qu’on peut en élire des maires et envisager un futur au bleu marine, comme si les pestes noires n’avaient pas d’histoire !

Moi, j’aime les Castafiore et leur art qui me rend plus intelligent, qui m’aide à mieux comprendre le monde qui m’entoure, tout en créant un champ symbolique du possible, aux desseins à décrypter, afin de mieux lire le présent !

La culture de la Castafiore !
La culture de la Castafiore !

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