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Vignettes du Sud Ouest

Publié le par Bernard Oheix

Mon mois de juillet fut particulièrement dur et éreintant. Deux semaines chez nos cousins Québécois pour aider à mettre sur pied avec une belle (mais si débordante d’énergie !) équipe d’organisation d’un Mondial des Jeux qui semble décoller enfin, puis sans coupure, une semaine à errer sur sur les remparts des Nuits Musicales du Suquet dont le crû 2015 restera dans les annales de la musique classique cannoise...(Cf. mes deux derniers articles du blog). Il était sans doute temps pour mon corps fatigué de quitter la moiteur des journées étouffantes de la Côte d’Azur pour l’air vivifiant des montagnes pyrénéennes. Direction Font Romeu donc pour un stage de remise en forme bienvenu !

Imaginez-vous allongé dans une cuvette de pierres naturelles creusée sur les pentes d’une montagne dominant les hauts plateaux, le nez dans des effluves d’oeufs pourris, la peau rougissant sous les 41° de température d’une eau jaillissant directement des entrailles de la terre ! Bienvenue

aux termes des Bains Romains de Dorres accrochés tout en haut des sommets, vers les étoiles, à ciel ouvert ! Ils savaient vivre nos ancêtres !

Et si le temps menaçant vous oblige à vous rapatriez sur Llio, alors les jets d’eau continus de bains bouillonnants vous malaxent et triturent sans égards jusqu’à expirer de bonheur !

Cette région offre des possibilités infinies de découvertes et de ballades. Marches vers le lac de Bouillousse avec les télésièges qui vous montent au pied des montagnes, canyoning dans une rivière chaude avec rappel dans des cascades...

L’escalade des 844 marches qui grimpent au fort de Villefranche sur Conflans fut un grand moment de solitude à l’inverse de la visite de ce fort érigé par Vauban (mais combien en a-t-il fortifié de ces bastions chargés de protéger nos vallées, nos ports et nos villes ? Combien de vies a-t-il eu pour pouvoir armer nos innombrables confins ?).

Le village relié par un escalier souterrain au fortin qui la domine, barre la route de la vallée stratégique qui serpente au pied du Mont Canigou. Prouesse architecturale, il semble préservé du temps, admirablement conservé, patrimoine mis en valeur. La prison des empoisonneuses, les canons sur affuts, les pierres mêmes qui nous parlent du passé... Tout cela pour une seule bataille, un seul engagement contre les espagnols ! Tant d’efforts pour si peu de bruits et de fureurs !

Direction Toulouse, la ville rouge si bien nommée ! Circuit en bateau sur le canal de Brienne et la Garonne, petit train qui serpente dans le centre historique, L’église de la Vierge Noire, la salle du Capitole... la totale du touriste heureux !

Petit détour champêtre du côté de Marmande pour une halte chez Myriam et rendez-vous à Rodez pour le Musée Soulages qui vient d’ouvrir. Choc ! Syndrome de Florence (cette perte de conscience due à un choc esthétique violent décrite par Stendhal), toute une palette d’émotions brutes !

Des cubes de fer qui semblent émerger de la terre au sommet d’une colline sur les contreforts de la ville, un parc et une plongée dans les entrailles de l’univers d’un peintre qui jongla avec deux couleurs et inventa un arc en ciel en noir et blanc.

Je n’étais pas un grand spécialiste de son oeuvre, loin s’en faut ! Je connais si peu de choses en arts plastiques...mais comment ne pas être secoué par ce qu’il propose, par cette incroyable richesse d’un art en deux couleurs et trois mouvements. Simplicité extrême des traits, richesse incroyable de son oeuvre mutant sous nos yeux, au gré de la lumière, du mouvement, comme si elle ne s’appartenait pas mais vivait dans nos yeux, dans notre coeur !

Le Musée Soulages, un temple dédié à l’intelligence et au génie, dans sa ville natale, avec sa cathédrale orgueilleuse dominant les vallées, son centre ville tortueux et son restaurant

de l’Aubrac servant un ris de veau à l’aligot achevant de vous transporter définitivement vers un paradis terrestre !!!

On ne pouvait alors échapper à la visite de l’Abbaye de Conques, halte des pèlerins de Saint Jacques de Compostelle, dont les innombrables vitraux ont été réalisés dans les années 80 par Soulages. Dans ce village niché dans des collines verdoyantes, sorti tout droit du moyen-âge, ruelles pavées tortueuses, maisons en pierres de taille, le temps n’a plus de prise, échappe à la logique et aux cartes postales. C’est le génie de l’homme s’exprimant, c’est un condensé de l’histoire humaine dans un site riche de la passion et de la ferveur du penseur et du bâtisseur. L’église domine les maisons alentours regroupées sous sa protection et ses flèches élancées déchirent le ciel. D’immenses ouvertures trouent les façades du bâtiment. Soulages, si loin des poncifs et des clichés des vitraux traditionnels, a inséré des volutes abstraites, lignes courbes dessinant des motifs sur un fond de verre translucide spécialement inventé par le peintre ! Génie du contraste !

Il ne restait alors qu’à se rendre dans l’Aveyron pour trois jours d’une halte dans le havre reposant d’un petit village de la France profonde ! Comme elle est belle cette France quand elle échappe à la réalité et aux convulsions d’un monde qui a perdu son âme et laisse les passions humaines, le goût de l’accumulation, les financiers et les politiques, la haine et le racisme, l’exploitation et la misère trôner au centre de

ses préoccupations !

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