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Cinéma des années 70

Publié le par Bernard Oheix

Voici donc la fin de cet article sur le cinéma des années 70...Une période passionnante où tout semblait possible. Cet essai s'inscrit dans une démarche "Cinéphile", adaptation d'un jeu en Livre-jeu...

Véritable plaisir de replonger dans ces années dorées, celle de ma jeunesse et de la maturation d'une passion pour le 7ème Art qui ne me quittera jamais !

En France, cette décennie voit l’apparition d’un véritable prix pour les professionnels du cinéma. Il existait bien depuis 1934 un Grand prix du cinéma français, ou les Etoiles de cristal décernées depuis 1955 ou même les Victoires du cinéma Français dans les années 50 mais aucune de ces distinctions n’avait percé auprès du grand public. Georges Cravenne eut l’intuition de ce manque et réussit à imposer les Césars comme le pendant Français des Oscars. Une compression du sculpteur César comme trophée, 13 césars attribués chaque année (à l’origine, meilleur film, réalisateur, acteur et actrice, seconds rôles, techniques), une remise médiatisée avec retransmission à la télévision en direct, les grands noms du cinéma au service du palmarès (Jean Gabin officia comme président de la première cérémonie quelques mois avant sa mort) et le 3 avril 1976, les Césars s’imposaient définitivement comme le chaînon manquant entre le cinéma américain et une des plus importantes cinématographies de l’Europe et du reste du monde.

Pour mémoire, voici le palmarès de la première édition :

1) César meilleure actrice : Romy Schneider dans L’important c’est d’aimer

2) César du meilleur acteur : Philippe Noiret dans Le vieux Fusil

3) César actrice second rôle : Marie France Pisier dans Cousin, cousine et Souvenirs d’en France

4) César acteur second rôle : Jean Rochefort dans Que la fête commence

5) César meilleur scénario Bertrand Tavernier et Jean Aurenche pour Que la Fête commence

6) César meilleure musique écrite pour un film : Francois de Roubaix pour Le vieux fusil (à titre posthume)

7) César du meilleur son : Nara Kollery et Luc Perini pour Black moon

8) César de la meilleure photographie : Sven Nykvist pour Black moon

9) César du meilleur montage : Geneviève Winding pour 7 morts sur ordonnance

10) César du meilleur réalisateur : Bertrand Tavernier pour Que la fête commence (devant Truffaut, Enrico et Rappeneau)

11) César du meilleur film : Le vieux fusil de Robert Enrico

12) César du meilleur film étranger : Parfum de femmes de Dino Risi

13) César d’Honneur : Diana Ross et Ingrid Bergman

Il faut bien avouer que ce cinéma français à le vent en poupe et que c’est aussi grâce à un système de production qui n’a pas d’équivalent qu’il peut afficher son dynamisme. Un Centre national de la cinématographie, une taxe sur chaque billet permettant d’aider à la production, des « avances sur recettes », des aides à l’écriture de scénario, des écoles de grandes qualité qui forment de nouvelles générations, des acteurs qui rayonnent largement au delà de nos frontières… même si tout n’est pas parfait, il y a bien là une véritable « exception culturelle » qui permet à notre cinéma de résister à la crise qui a ravagé le cinéma Italien ou Japonais par exemple.

On pensait que cette décennie serait déstabilisée par l’impact de la Nouvelle Vague et sa prise du pouvoir et par le choc de mai 68. Mais la réalité fut tout autre. La révolution esthétique des frondeurs fut digérée par les producteurs et metteurs en scène. Des mousquetaires qui éperonnèrent « une certaine tendance du cinéma Français » constitués de Godard, Truffaut, Rivette, Chabrol, Resnais, Demy et beaucoup d’autres, il fait nul doute que c’est François Truffaut et Claude Chabrol qui concilièrent le mieux leur statut de critique du cinéma et l’appropriation des mécanismes de production avec un 11 films pour l’un et 15 pour l’autre auxquels il faudrait rajouter 13 fictions pour la télévision, réalisés de 1970 à 1980.

Pour François Truffaut, cette série commence avec L’Enfant sauvage (1970) et Domicile conjugal (1970),(du cycle d’Antoine Doisnel avec Jean Pierre Léaud). On y trouve un chef d’oeuvre de réflexions sur le cinéma en abîme avec La Nuit américaine (1973), Oscar du meilleur film étranger, L’Histoire d’Adèle H (1975) avec Isabelle Adjani, L’homme qui aimait les femmes (1977) avec Charles Denner, la même année où il a un rôle dans le film de Spielberg Rencontres du III type, une période d’ activité intense débouchant sur son chef d’oeuvre Le Dernier métro (1980) (César du meilleur film et du meilleur réalisateur).

Claude Chabrol ouvre avec Le Boucher (1970) avec Jean Yanne et Stephane Audran, sa muse. A raison d’une ou deux réalisations par année, il va explorer ce monde des petites gens, de la bourgeoisie bien pensante, qui sera son fond de commerce. La rupture (1970), Docteur Popaul (1972), Une partie de plaisir (1975) Violette Nozière (1978), il enchaîne les films avec parfois une certaine nonchalance dans la finition, bon vivant brassant toujours de nouvelles idées au détriment d’un certain gout de la finition. Cela donne des oeuvres parfois lumineuses et habitées, quelquefois légèrement bâclées. Son box office est à l’image de sa façon de travailler, des succès majeurs comme Docteur Popaul (2 millions d’entrées) ou comme Le Boucher, Violette Nozière culminant à plus d’un millions d’entrées.

Jean Luc Godard produit des films d’une extrême radicalité et il faudra attendre 1979 avec Sauve qui peut (la vie) avec Isabelle Huppert, Jacques Dutronc et Nathalie Baye pour qu’il revienne à un cinéma plus abordable en réintégrant le système de production commercial.

Jacques Rivette réalise des chefs d’oeuvres plus confidentiels par leur sophistication esthétique, Out one 1 et 2, (1971 et 1972) Céline et Julie vont en bateau (1974), Duelle (1976).

Jean Eustache obtiendra une consécration avec La Maman et la putain (1973) Grand prix spécial du jury au Festival de Cannes.

Eric Rohmer est inimitable. Il achève son cycle des Contes Moraux avec Le genou de Claire (1970) et L’Amour l’après midi (1972) avant de produire deux oeuvres atypiques, La marquise d’O… (1976) et Perceval le Gallois (1978) Prix Méliès.

Alain Resnais tourne peu. Après l’expérience de L’an 01, il réalisera un de ses films les plus puissants en 1977, Providence (1977), remportant 7 Césars dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur.

Jacques Demy ouvre les années 70 avec Peau d’Ane (1970) et Le Joueur de flûte (1972) pour ne tourner que deux autres films L’Evènement le plus important…. (1973) et Lady Oscar (1978) au succès d’estime.

En France, 3 genres règnent en maître : la comédie, l’étude de moeurs et le policier.

En ce qui concerne la comédie, elle se subdivise en deux catégories. Dans le premier registre dit « traditionnel », Gérard Oury et son complice Louis de Funès vont produire deux films cultes, La folie des grandeurs (1971) avec Yves Montand (« -Il est l’or monseignor ! ») et Les aventures de Rabbi Jacob (1973) qui, sur un sujet que l’on aurait du mal à traiter en cette heure d’intolérance et de tabous généralisés, deviendra un film culte pour toutes les générations qui se succèderont. Yves Robert avec Jean Rochefort, Claude Brasseur et Guy Bedos réalisera Un éléphant ça trompe énormément (1976) et sa suite Nous irons tous au paradis (1977) qui auront un succès populaire incroyable. Jean Paul Belmondo fait du Belmondo dans Le Magnifique (1973) dirigé par Philippe De Brocca.

Dans l‘autre tendance de la comédie, on voit débarquer une nouvelle génération d’acteurs, issus pour la plupart de l’aventure du café théâtre. Les Valseuses (1974) imposent Bertrand Blier derrière la caméra et un trio qui deviendra légendaire devant, Gérard Depardieu, Patrick Dewaere et Miou Miou avant Buffet froid (1979) à l’univers totalement décalé.

Patrice Leconte propulse dans un club Med, Gérard Jugnot, Marie Anne Chazel, Michel Blanc, Christian Clavier et Thierry Lhermitte, tous issus du « Splendid » dans les populaires Les Bronzés (1978) et Les Bronzés font du ski (1979).

Dans la comédie de moeurs à la Française, Claude Sautet est un maître. Les Choses de la vie (1970) Max et les ferrailleurs (1971) César et Rosalie (1972), Vincent, François, Paul et les autres (1975) sont les archétypes de ce genre à part entière qui se fonde sur des histoires de la vie réelle de représentants des classes moyennes et sur l’excellence du jeu d’acteurs des Yves Montand, Michel Piccoli, Romy Schneider, Bernard Fresson, Stephane Audran, François Périer, Samy Frey…

Enfin, le polar à la Française où s’illustrent Jean Pierre Melville en fin de carrière, il décédera en 1973, mais qui signe un sublime Le cercle rouge (1970) avant l’échec d’Un flic. José Giovanni après Dernier Domicile connu (1970) réunit Gabin et Delon pour Deux hommes dans la ville (1973). Pierre Granier Deferre avec Adieu Poulet (1975), I comme Icarre (1979) de Henri Verneuil, Série Noire (1979) de Alain Corneau, Yves Boisset avec Le juge fayard dit le shérif (1977).

Tous les grands acteurs, Lino Ventura, Alain Delon, Yves Montand, Jean Gabin sont convoqués à cette messe noire mais celui qui sera vraiment le symbole de cette décennie est Patrick Dewaere, acteur torturé et mimétique qui se suicidera au début des années 80.

Reste alors les films inclassables qui seront pour la plupart des succès au box-office et recevront de nombreux César : Le Vieux Fusil (1975) de Robert Enrico,, Que la fête commence (1975) de Bertrand Tavernier, Le Sauvage de Jean Paul Rappeneau (1975), La Meilleure façon de marcher(1976) de Claude Miller, et un nouveau réalisateur venu de la pub, Jean Jacques Annaud qui obtient l’Oscar du film étranger pour sa première réalisation, La Victoire en chantant (1976) et poursuit avec Coup de tête (1979) avec un Patrick Dewaere déchirant.

Et l’on ne peut passer sous silence Emmanuelle le porno-soft qui déboule sur les grands écrans avec Sylvia Kristel dénudée érotiquement devant Alain Cuny pour 9 millions de spectateurs français et 45 millions dans le monde sous l’oeil d’un réalisateur dont ce sera le seul titre de gloire, Just Jaeckin.

Mais ce panorama du cinéma mondial ne serait pas complet sans les centaines de productions de films Bollywood de l’Inde et ses répliquants Egyptiens, films de grande consommation que des millions de spectateurs visionnent mais hors des circuits de la cinéphilie. Il reste toujours un grand absent dans ce concert des nations pour le 7ème Art, c’est le continent Africain, malgré le coup de tonnerre de la Palme d’Or à Cannes en 1975 pour Mohammed Lakdar-Hamina avec Chronique des années de braise. Le cinéma asiatique ne sera reconnu vraiment que dans la décennie qui suivra et l’Empire Soviétique est étrangement atone, entre les documentaires et les films à la gloire de la guerre de libération de l’URSS. Andreï Tarkovski tourne difficilement Solaris (1972) puis le Miroir en 1975 en butte à la censure avant de décider d’émigrer pour continuer à tourner. En Pologne, Andrzej Wajda entame une série de films passionnant dans un pays que les idéaux de solidarnosc vont écarter de la voie officielle. Paysage après la bataille et Le bois de Bouleaux (1970) annoncent déjà L’homme de marbre (1977) et L’homme de fer (1981) qui obtiendra la Palme d’Or à Cannes.

Le Sud de l’Amérique a vu la vague du Cinéma Novo s’éteindre. Les dernières oeuvres du « Cinema Novo » ouvrent la décade. Antonio Das Mortes de Glauber Rocha et Macunaïma de Joaquim Pedro de Andrade sonnent le glas de cette « école » qui va puiser dans les légendes et les mythes de la culture du Brésil, la richesse d’un matériau filmique dévoilant la misère et la violence d’une société. Films « néo-surréalistes », ces oeuvres avaient particulièrement frappé l’attention du public cinéphile, renvoyant à cette image d’une Amérique du Sud plongée dans les affrontements du sous-développement et aspirant à émerger dans le concert des nations modernes. Le Brésil du Foot et l’Argentine du Tango contre les luttes des propriétaires terriens dans le « sertao » désertique où les affrontements des descendants indiens sur les contreforts des Andes.

Mais les années 1980 s’annoncent et le monde va encore subir des convulsions dont le cinéma tentera de rendre compte. L’écran s’illumine encore et toujours pour donner un sens à la vie et mieux comprendre le monde alentour.

Voilà donc pour ces années 70 un chapitre terminé... Il y en aura d'autres tant le cinéma est un compagnon de route qui, une fois invité, ne peut plus nous quitter ! Derrière l'image fuyante, il y a toute la réalité d'un monde en train de se réaliser, sans décors et sans artifices... et l'un renvoie à l'autre en un couple indissociable ! Le Cinéma, c'est la vie !

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