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Les Concerts de Septembre (2)

Publié le par Bernard Oheix

Deuxième jour en pays de musique...Du gros, du lourd avec Peter Doherty...Cela s'annonçait complexe, cela le fut !!!  Un vrai show Rock and Roll !


Je ne dirai rien des DumDumBoys. Je n’ai pu les entendre ni les voir, largement occupé par les tensions inhérentes à la programmation d’un Peter Doherty dont la réputation sulfureuse implique une attention constante.

A manier avec précaution, tout comme cette poignée de main à son arrivée dans le Palais, délicate et fine, tendue avec un rictus de douleur. De l’aéroport à l’hôtel, dans un état de fatigue extrême, une sieste bienvenue, pas de balance pour une arrivée à l’heure dans l'enceinte du Palais.

Des danseuses en tutu blanc dans les couloirs, une porte fermée sur les musiciens en retard, la tension qui monte dans la salle bondée de jeunes en slim et mèches plaquées, la frénésie d’assister à un événement unique, Peter Doherty est bien présent, lucide et il va pénétrer sur cette scène. On m’avait tant promis l’annulation que j’en savoure avec délice ces derniers instants d’incertitude. Je repense au concert d’Archive avec l’orchestre symphonique, au show époustouflant d’Iggy Pop, et je me dis que c’est génial de travailler dans cette ville, avec la liberté de programmer même l’improbable en confiance avec David L, mon président, d’accueillir mon groupe de "frappadingues" de Séville (mais de cela je vous en reparlerai !), et de voir les musiciens de Babyshambles s’étreindre avant d’entrer sous les feux de la lumière pour déchaîner la foudre.
Pendant la fureur, au milieu d'une foule en délire, la solitude du chanteur de rock saisit par Alain Hanel !


Et la foudre fut ! Déluges de ce son « so british », rock aigre des origines quand la musique avait encore quelque chose à revendiquer, batterie, basse, guitares et la voix bien présente du leader dans son costume sombre, chapeau sur la tête, enflammant ses fans avec des morceaux nerveux, pleins de dissonances, un son brut à l’évidence dans une force tellurique qui ne peut laisser insensible. Peter Doherty n’est pas qu’une icône destroy, un article dans une galerie de portraits acides, une trace de fait divers…il est aussi et avant tout un vrai compositeur, un interprète de talent, un fauve sur la scène que rien ne peut entraver. Même les danseuses kitchissimes, les jets de soutiens-gorge et de strings, les flottements d’un set sur le cordeau ne peuvent gâcher le plaisir d’une rencontre rare. On pourra dire j’y étais, et en parler jusqu’à fin des nuits.

Après une heure de concert, Peter Doherty, fidèle à lui-même, décidera de dérégler le bon ordonnancement des choses. Il invite ses fans à le rejoindre sur le plateau, la sécurité se fait totalement déborder dans une salle impossible à contrôler, une marée humaine de 300 personnes envahit la scène dans le paroxysme d’un morceau interminable, la confusion batterie/guitare continuant jusqu’à l’apocalypse d'un magma de corps et de membres frénétiques. Ces minutes vont rejoindre le panthéon des grands moments de délire et d’absurdité d'une existence qui en a pourtant déjà vu des moments de folie ! Jusqu’à la sortie d’un Peter Doherty hâve et dépenaillé, l’oreille en sang, matériel dévasté sur la scène transformée en champ de ruines, les mômes exultant en exhibant les baguettes du batteur, les oripeaux des musiciens réfugiés en coulisses.
La scène comme un bateau ivre en train de tanguer...Peter heureux enfin comme un capitaine démoniaque lève le poing de la passion ! Merci Eric Dervaux pour cette photo historique ! 


Petit flottement jusqu’à la remise en ordre du matériel et l’annonce surréaliste du manager qui demande que l’on rende les baguettes pour reprendre le concert. Elles atterrissent à ses pieds et les Babyshambles reviennent en force pour deux morceaux haletants, au bord du gouffre, la pression à son comble devant l'invite par le leader d'une nouvelle invasion promise.

Finalement, d’un grand coup de lattes dans l’ampli, Peter va achever son concert dans l’apothéose d’un sacre d’empereur à la fureur et au dérèglement…
Peter n'en revient pas...on a aimé ! Admirez son oreille déchirée par les fans et son air goguenard, il a fait son show comme un vrai pro, à la frontière de tous les possibles, on y était... et lui aussi !


Il acceptera quelques photos et la signature du programme et sera tout étonné de nous voir, le président et le directeur, heureux comme des gosses de ce bon coup donné au conformisme et à la bienséance. Son oreille en sang, il partira pour les heures sombres d’une vie à cheval sur la mort, ayant illuminé le présent de son "aura" sombre…Et le Palais résonnera longtemps des hurlements en communion d’une foule en délire !

Au bilan, 5 fauteuils détruits, une tête d'ampli fracassé trois micros et deux retours explosés...Pour ce prix, je resigne tout de suite, et que vive encore et longtemps le souffle des dieux iconoclastes dans les champs de l'uniformité ! 

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Les Concerts de Septembre (1)

Publié le par Bernard Oheix

8 groupes, 12 heures de musique, une ambiance de folie dans les salles, les concerts de cette rentrée ont été à la hauteur de nos espérances...Il faut dire que rarement j'ai eu la certitude de programmer des groupes aussi proches de ma sensibilité en phase avec l'air du temps ! Voilà donc une revue d'effectif de ces 4 jours de passion.


Jeudi 24 septembre.

Les Tornado, un groupe que j’avais eu l’occasion d’entendre sur une péniche à Paris, ouvraient le Festival avec un set tout de finesse, une élégante musique d’un rock progressif servi par des interprètes discrets mais efficaces avec un chanteur Samy Decoster dont on reparlera. Moment de gloire pour ce jeune groupe, la grande salle du Palais des Festivals, avant Bertignac, et un public qui leur offrit une belle salve d’applaudissements avec rappel à la clef ! Quelques rêves ont germé dans les nuits d’une bande de copains sympathiques en diable. Ils ont un bout de chemin à faire dans la jungle des groupes qui naissent et leur travail a payé. Bravo à Tornado.

Alain Hanel avait couvert les deux précédentes années de spectacles du Palais. Bertignac l'inspire !

Louis Bertignac trio, un rock comme on l’aime, frais et énergique, plein de fureur ludique, des sons jaillissant de la Gibson de Louis, un bassiste complice et un batteur déchaîné ont servi, aux 800 personnes présentes, une heure de nostalgie. C’était l’époque où le rock était simple comme la vie, la nuit succédant au jour, la lumière à l’ombre, les méchants d’un côté et les bons de l’autre avec des besoins élémentaires comme hurler sa joie et crier son espoir. Louis Bertignac est un porte flambeau de ce rock bon enfant, il reste égal à sa légende, cheveux blanchis, traits burinés, adorable dans la distance, simple comme un rocker sans illusion qui vit dans sa bulle de notes stridentes. Il jouera le jeu d’une conférence de presse institutionnelle en y apportant un zeste d’ironie et beaucoup de chaleur. Il se pointera à l’after sans façon, au Sun7 avec un Thomas, le patron rayonnant, pour consommer des bières et repartir en ayant illuminé la scène d’une certaine conception du rock, la révolte sans la guerre, le bruit sans la fureur. Dans une 3ème partie, les musiciens du Band of Gnawas viendront le rejoindre pour une heure de revival, Led Zep, Hendricks, les Beatles, les Stones… en mélangeant le rock et le « trad » des artistes Gnawa. Surréaliste juxtaposition d’un univers électrique avec des marocains costumés bondissant et se croisant sur scène. Musicalement, Loy Erlich de Hadouk trio, Cyril Atef de Bumcello et le chanteur Akram Sedkaoui à la voix d’ange assurent merveilleusement (sans oublier Louis Bertignac qui sait rester en retrait quand il est nécessaire de laisser s’épanouir les chants gnawas !).

Eriic, mon pote photographe, toujours a l'affut des sensations, devant le saut d'un gnawa défiant les lois de la pesanteur !

Le concert est parfois fragile. La transition entre le moderne et l’ancien un peu mécanique, le positionnement quelque peu aléatoire…mais la force de Band of Gnawa vient de la fusion réelle qui surgit de l’accumulation des passions, de l’énergie et de la volonté commune qui animent les musiciens dans cet hommage au passé du rock dans les racines de la musique traditionnelle de l’Atlas.

En loge avac Moulinot...Bertignac heureux et moi de même !

Sabine et Ourida, les tourneuses du projet, à l’origine de leur venue au palais suite à une discussion au Bab El Med de Marseille, sont béates et papillonnent, cajolent leur artistes, vibrionnent en embrassant tout le monde et vivent ce moment si particulier de la réussite, quand tout semble en harmonie…La nuit sera longue
 !

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Chutes de riens (2)

Publié le par Bernard Oheix

De retour de vacances…Farniente, baignades et randonnée en mer à la réserve de la Scandola, eau pure et poissons de couleurs, plages désertes, côtes escarpées… la Corse si belle, si fière, si charnelle. Quelques jours à Porto, une semaine à Bastia. C’est 10 jours de rêve, un peu de repos et déjà la reprise avec ces concerts de septembre qui se pointent, 4 jours de musique comme un ouragan…les Tornado et Louis Bertignac and Band of Gnawas, DumDumBoys et Babyshambles (Pete Doherty sera là, bien sûr !), Enzo Avitabile et  bottari plus Goran Bregovic, les Young Gods et pour finir les Archive dans leur dernier opus, celui qui fut coproduit par Cannes avec L’Orchestre de Bender… Plus qu’une reprise, une déflagration musicale, un festival feu d’artifices pour ouvrir la saison 2009/2010.

Alors, pour entamer ce nouveau cycle, quelques chutes de riens, épisode 2, textes qui vont rejoindre le néant et qui l’espace de quelques minutes, pourront exister gratuitement, sans espoirs d’avenir. No futur pour les chutes condamnées au grand silence, textes délétères en claquement de doigts.

Chut, les phrases qui vont mourir vous saluent !


Chutes de riens (2).

 

Mariage et sexe

Petite rubrique sur les chutes concernant le rapport au sexe. Dans le roman qui porte sur la vie d’une femme, je ne pouvais ignorer cet aspect de sa personnalité…De plus, j’ai découvert depuis de longues années que j’aimais écrire des scènes chaudes, le plaisir de la sensualité, tenter de décrire ce qui se trame entre l’émotion du cerveau et la sensation d’un physique en fusion, les gestes et les images. Petit lexique de séquences qui ont sauté en dernier relecture et se retrouvent donc orphelines de lecteurs.

 

 

Page 46

J’étais toujours vierge, je n’avais jamais perçu le moindre élancement dans mon ventre si ce n’est dans mes duos avec un public qu’une scène séparait de mes désirs. J’ignorais mon corps, ma vie me semblait si riche en émotions que les pulsions d’un physique endormi n’arrivaient pas à exprimer un manque.

 

Page 75

Il tentait de me séduire assidûment, toujours amoureux de sa métisse mais je ne pouvais accéder à son désir et repoussait ses tentatives avec le maximum d’égards. Un homme était bien la dernière préoccupation de mon existence. Je n’avais toujours connu qu’Aimé. Il m’avait initié à ce plaisir physique qui me manquait cruellement, mais en corollaire légué l’angoisse d’un compagnon. Je ne me résolvais point à ouvrir mes jambes pour accueillir un membre d’homme, j’avais si peur de l’après, quand l’homme du plaisir s’estompe pour laisser place à l’homme dominateur et sûr de lui, celui qui doit guider votre existence et devenir l’axe de votre mal.

On nous apprend à subir les hommes comme si la nature nous prédisposait à devenir leur exutoire.

 

Page 92

Je me félicitais chaque matin de le trouver dans mon lit, de sentir son odeur mâle, ses poils qui hérissaient ses joues et ripaient ma peau quand il m’embrassait en s’éveillant. Il était prévenant, me faisait l’amour doucement pour ne pas déranger ce nouveau petit bout d’homme en train de prendre ses aises dans mes entrailles. Il me faisait jouir en murmurant des phrases où il était question de ma beauté, de notre amour, de la douceur de mon ventre. Il me confiait qu’aucune femme n’avait compté dans sa vie et qu’il avait toujours pensé qu’il me rencontrerait un jour, que c’était inéluctable, écrit par les dieux dans le ciel de nos vies croisées. Qu’il avait attendu trop de temps avant que nos chemins convergent pour créer et donner la vie.

 

Page 105

La société se prémuni contre l’inceste. Les rites de la vie commune impliquent des règles très strictes pour lutter contre ce fléau, une mère ne peut dormir dans la même case que son garçon pubère, un père ne peut  rester seul sous le toit familial si ses filles ont déjà eu leurs règles. Mais les frontières de la sexualité se bornent à ces interdictions. Rien n’empêche les adolescents de s’aimer.

 

Page 106

Le rapport au sexe différait de la prostitution classique de type européenne. L’aspect commercial pur, l’échange d’argent contre des faveurs codifiées étant largement noyé dans un mélange d’ensorcellement et de naturel qui excitait le client devenu roi d’un soir et d’un corps.

Dans cette dernière décennie d’un millénaire en train de s’achever, une part non négligeable des hommes qui débarquaient, était attirée part le tourisme sexuel. Contre quelques billets, un bijou ou même un repas dans un restaurant, on pouvait finir sa nuit avec une belle indigène, une femme prête à tout pour satisfaire les désirs de son hôte. Le sexe exotique trouvait des débouchés dans ce tourisme de masse confrontant la richesse des possédants à une permissivité naturelle. Le laxisme général et la pauvreté endémique formaient un terreau fertile pour ce tourisme de la chair qui commençait à faire des ravages avec le développement du sida dont les échos arrivaient bien faiblement encore sur ces terres éloignées. Notre catholicisme importé au XIXème siècle s’était dilué dans un animisme primitif et n’avait pu réaliser les ravages commis dans les civilisations occidentales mais cette liberté avait un prix dans notre culture malgache dont les femmes étaient trop souvent les victimes consentantes.

 

 

La vie sociale et la scène.

 

Vu que mon héroïne est une chanteuse née à Madagascar, de nombreux passages du roman portent sur la vie dans ce pays et sur son apprentissage de la scène et du chant. Quelques chutes donc pour évoquer la naissance d’une femme et d’une star !

 

Page 13

Les demandes en mariage sont des moments importants dans les villages, c’est l’occasion de rire de la vanité des hommes. Les prétendants sont encore fragiles à l’aube de fonder un nouveau foyer, leur rappeler la dérision de leurs certitudes fait partie du jeu. L’existence des êtres humains ne doit pas se calquer sur les rites des dieux, ils doivent beaucoup d’humilité à la nature souveraine. Mon grand-père savait tout cela. Il avait organisé la cérémonie avec beaucoup de soin, car même si la famille de mon père s’était installée depuis longtemps dans la région, ils étaient et resteraient des vazahas par leur culture et la couleur de leur peau, des blancs qui ne saisissaient pas toujours les extrêmes subtilités d’une demande en mariage.

 

Page 30

Une phrase me hantait, « je ne verrai plus mon grand-père » me répétais-je. Cette idée qu’une personne pouvait disparaître, s’évanouir et ne plus exister alors qu’elle avait guidée mes pas jusqu’à ce jour m’apparaissait intolérable, incongrue, particulièrement obscène. Comment imaginer cette voix absente ? Depuis ma plus tendre enfance, elle avait résonné à mes oreilles en me transmettant tant de secrets, des histoires d’un peuple dont il restait le dernier dépositaire, l’ultime roi. Imaginer cette source tarie ? « -Tu seras notre voix », me disait-il, mais comment assumer cette prédiction s’il me laissait orpheline de sa sagesse, de ses conseils assurés, de cette empreinte qui s’était gravée en moi et m’avait éclairée tout au long de ces années où j’avais grandi sous son aile.

 

Page 45

Sur la scène des bals et des boîtes, j’étais habillée intérieurement, reflet en miroir de ce que le public espérait, la technique me dissimulant derrière les pulsations de mon âme.

J’étais unique, la puissance de la voix est incommensurable devant le tangible, devant les biens terrestres qui encombrent nos existences et nous dissimulent la nature profonde des êtres.

 

Page 69

Cette fusion physique avec une foule d’ombres me contentait largement. Nul besoin d’aimer un être de chair et d’os quand l’abstraction la plus pure vous autorise toutes les folies. Je n’en étais que plus disponible pour l’amitié, pour les sorties et travaux en commun avec mes amis de l’université. Je refusais absolument toute promiscuité avec la clientèle du « Soleil de Minuit » où je me brûlais aux projecteurs d’une célébrité naissante. Il y avait une césure absolue entre mon monde de la nuit et celui de la journée. La nuit, c’était le chant et l’ivresse des sens, le bruit et la passion. La journée, l’enseignement et la tête, l’affection et l’absence de crainte. La vie était si sereine dans les rues de cette capitale que j’apprivoisais, une sérénité à laquelle j’aspirais depuis l’échec de mon couple avec Aimé, fondée sur une vie intense mais sans peur. Il n’y avait que la carence de ma famille et de Petit Pierre pour me faire regretter d’être au centre de ce monde.

 

Page 103

Je savais que mon histoire ne pouvait se résumer à cette expression de chants traditionnels pour un public qui m’avait vu grandir. Il devait bien y avoir un ailleurs qui m’attendait dans ce monde que l’horizon dérobait.

 

Je sais la mort des mots, mais qu'en est-il de la vie d'un texte ? Je continue d'écrire en espérant qu'un jour, dans la lumière, ces phrases que j'ai inventées, ces paragraphes à qui j'ai insufflé un soupçon d'espoir, puissent s'épanouir comme des fleurs au soleil d'une renaissance.
Comment ? Là, il faudra m'expliquer les règles du jeu !

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