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Le jugement dernier/Requiem de Verdi

Publié le par Bernard Oheix

 

La genèse de cette création plonge dans le Trastevere, un restaurant de pâtes situé le long du Tibre dans une Rome où je m’étais rendu pour visionner La Divina Comédia, opération chantilly sponsorisée par le Vatican. De cette Divine Comédie, il ne restait que la qualité d’un procédé de rétrovision sur des tulles transparents d’un décor virtuel créant un véritable choc esthétique. Au repas qui suivit, se trouvaient réunis mon ami Richard Stephan, un producteur atypique de gros spectacles et Paolo Miccichè, auteur, dans cette Divine Comédie, des projections futuristes permettant aux chanteurs et acteurs d’évoluer dans des décors de synthèse à la réalité sublimée.

C’est au cours de ce repas, qu’après avoir formulé quelques réserves sur le spectacle à la mortadelle auquel nous venions d’assister, vantant malgré tout la qualité de son procédé, que nous convînmes tous les 3, de créer à Cannes un véritable événement, une création mondiale s’appuyant sur son idée de mêler le Requiem de Verdi avec les images du Jugement Dernier de Michel-Ange ornant le plafond de la Chapelle Sixtine. Ajoutons que les pâtes étaient succulentes, le vin délicieux que nous bûmes à forces rasades pour fêter cet engagement à l’ancienne, et que nous « topâmes » dans la main en gens qui se respectent et respectent leur parole !

 

Disons-le, à partir de ce moment, tout ne fut pas rose…

A commencer par les négociations avec les orchestres de Nice et de Cannes en train de fusionner dans la haine, des responsables (que nous ne citerons point) nous toisant de haut, trublions dans ce monde compassé d’une musique classique qu’ils étouffent et font mourir sous leur conformisme…En décembre 2009, après une réunion à Nice qui tourna à l’inquisition et au procès d’intention, nous décidâmes de jeter l’éponge malgré les ventes plus que satisfaisantes et l’attente du public : l’orchestre refusait toute idée de mise en scène et les chœurs hurlaient avec la meute ! C’est toujours triste l’annulation d’une création, un sentiment d’injustice qui nous prive de notre part de rêve, la disparition dans le chaos d’une oasis d’espérance, des émotions perdues à jamais…

C’est dans ce week-end fatal entre chien et loup que Richard Stephan eut un sursaut libérateur. Il me demanda de suspendre la suspension, le temps pour lui de négocier avec l’orchestre de l’Opéra de Toulon et les chœurs semi-professionnels de Nice.

 

Que dire du spectacle ? Superbe et envoûtante cérémonie secrète, hymne à une vision libérée et désincarnée dans les plages sonores obsédantes d’un Requiem de Verdi sublimé. Les voix magnifiques, les solistes d’exception au service de ce Jugement Dernier de Michel-Ange, contrepoint par l’image des angoisses d’une messe des morts. C’est un opéra total, une œuvre hybride entre la leçon magnifique d’un peintre offrant sa vision d’une humanité désarmée devant la mort et les boucles intemporelles envahissant l’espace d’un compositeur obsédé par cette frontière que l’homme franchit pour s’affranchir. Rarement j’ai perçu à ce point combien le détail d’une peinture, qui a marqué une époque, pouvait se confondre avec un son immatériel, une alchimie complexe, deux arts se fondant dans une fresque animée pour renvoyer le public vers des questions essentielles : beauté mortifère, hymne à la mort, sentiment d’un Dieu tout puissant bien loin des oripeaux du pouvoir, dans un éden que la vie offre à ceux qui passent de l’autre côté du miroir et nous laissent orphelins d’une mémoire.

 

Bien sûr, comme toute authentique création, le spectacle progressera encore après cette première, certaines images ne sont pas assez exploitées, le montage peut gagner en efficacité, la mise en scène se libérer en s’étoffant…mais en toute état de cause, cette première ébauche affirme la force de la vision de Paolo Miccichè, son talent dans l’orchestration d’une technique novatrice au service d’œuvres immémoriales.

 

Et n’en déplaise à tous les conformistes qui parasitent le monde de la musique, on peut aimer et travailler le classique en étant moderne, en offrant une alternative à l’ennui profond de ceux qui endorment le public dans la répétition sans saveur du suranné ! L’inventivité peut faire bon ménage avec le bon goût…Nous l’avons prouvé ! Merci à Richard Stephan, le producteur atypique et à Paolo Miccichè le metteur en scène de génie de m’avoir permis de les accompagner sur les chemins tortueux de la création et d’avoir entrouvert les portes de la perception !

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Rokia Traoré : ma déclaration d'amour !

Publié le par Bernard Oheix

Rokia Traoré : déclaration d’amour.

 

Samedi 20 mars 2010, Théâtre de la Licorne. Après bien des vicissitudes, Rokia s’apprête à entrer sur scène. Il est 21 heures 15. Nous avons 45 minutes de retard, la salle initialement prévue ayant été récupérée pour un congrès, nous avons dû nous replier à la Licorne pleine à craquer, arrêter les ventes et mettre en place un système de navettes afin de rapatrier les égarés de La Croisette que nous n’avions pu informer. Le public s’impatiente. J’arrive de mon piquet de garde devant l’ex-lieu où j’ai fait la voiture-balai. J’ai hâte de retrouver une de ces chanteuses merveilleuses, une de celles qui font rêver et permettent de penser que la musique est bien un vecteur entre les cultures, un facteur de paix et d’amour. Elle me donne l’impression de faire quelque chose de bien en la programmant, de servir et d’être utile. J’ai déjà assisté à 2 de ses concerts et pour rien au monde je ne raterai celui que j’organise dans ma ville !

 

Elle est belle, étrangement belle d’ailleurs. En dehors de tous canons, Grande et filiforme, un visage étroit et plat, deux immenses yeux fureteurs, un corps maigre. Elle n’a pas de poitrine ni de fesses, une longue robe l’enveloppe, dissimulant sa finesse. Elle ressemble à une enfant gracile qui ouvrirait d’immenses yeux devant la beauté du monde.

Quand elle parle, un filet de voix discret s’échappe de sa bouche, comme si elle avait peur de ce micro ouvert qui l’oblige à meubler le silence et à se livrer au public. Elle veut partager, pas imposer et s’excuserait presque de ces feux qui l’illuminent dans un travail d’orfèvre. Pourtant elle habite la scène et quand la musique sculpte l’ombre, quand elle se met en mouvements devant ses musiciens dans un cône de lumière, alors, elle devient une reine, somptueuse de grâce, liane vivante habitée de toutes les passions, nerveuse, cadencée, vivant les notes comme si elle pouvait les incarner et donner de la chair à l’éphémère.

Et cette voix si fluette, quand elle décide de la projeter pour l’inscrire dans le rythme de ses musiciens, rien ne lui résiste. Elle franchit les barrières, casse les frontières, envahit chaque espace, devient l’incarnation de ces notes qui flamboient et dévastent tout sur leur passage.

Elle est à mi-chemin de toutes les cultures même si son essence africaine affleure à chaque instant. Sur la base d’une étrange guitare « ethnique » au son aigre, elle va évoluer en flirtant entre le blues et les rocks, sertissant de mélopées profondes d’autant plus belles que sa voix aiguë se glisse entre les instruments, batterie, basse et guitare en contrepoint, sa sœur en appoint de chœur pour relever le chant et lui permettre de dominer le son en l’épiçant de variations.

Dans son introduction musicale, elle va installer son univers, donner une atmosphère en tendant la main à son public, deux morceaux très lents et doux avant de prendre possession de la salle et d’attirer les spectateurs dans son univers si particulier de douceur et de fureur. Loin d’un Salif Keita ou d’un Ismael Lo, elle est en rupture d’une tradition et invente une musique de métissage originale, fusion de deux mondes qui communiqueront par son entremise pour mieux s’aimer. Elle est Princesse Africaine et donne son énergie pour que l’osmose ne soit pas seulement le tribut d’un concert mais bien au cœur d’une démarche où la vie prend toute sa valeur.

Ses interventions, toujours justes et mesurées, donnent une dimension humaniste à sa démarche, une compréhension de ce qui réunit les gens et gomme les différences sans les exclure. Elle est l’oriflamme derrière lequel nous avons le désir de nous rallier, pour la paix dans le monde, pour le partage.

Rokia, je t’aime d’amour, ton univers est le mien, tes gestes me fascinent, ta voix me transporte. Avec toi, je deviens « fan », je signe et persiste. On a besoin de toi parce que tu es une lumière dans la nuit et que derrière ton sourire humble, tes yeux qui rient, ton corps qui tangue, il y a la beauté de l’humanité, la ferveur d’une femme, le cri désespéré de ceux qui portent la paix et la tolérance au sein d’un monde si imparfait.

 

J’avais déjà écrit sur Rokia Traoré, (cf. mon blog, Musiques et spectacles en stock 1, juillet 2007). Après le concert, je me suis rendu dans sa loge pour la saluer et la remercier. Elle avait la tête ailleurs, ivre de sa prestation, décompressant. J’ai balbutié quelques mots et je l’ai serrée dans mes bras en me présentant. Elle a mis quelques secondes à redescendre sur terre et je lui ai sorti quelques tristes banalités de circonstance, sincères mais si pauvres ! Elle a souri et quand j’ai tourné les talons après avoir obtenu une dédicace sur mon programme, elle est rentrée dans sa loge. En m’éloignant dans le couloir, j’ai entendu « Bernard ». Elle était ressortie sur le seuil et m’a lancé « -Merci de m’avoir invitée, merci vraiment… », comme pour se rattraper d’une distance qu’elle n’aurait point désirée…J’ai été heureux, simplement, bêtement, de ce rappel, d’un merci sincère, sans affectation, comme rattrapé par une force qui cimente les passions, les gens de bonne volonté dans la crudité d’un couloir triste illuminé par sa présence.

Rokia, une grande Dame, une artiste d’exception, une femme de cœur !

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Les 60 ans de micheline.

Publié le par Bernard Oheix

Un discours, un discours...Ma réputation de "discoureur" m'ayant précédé, j'ai donc dû officier pour l'anniversaire de notre amie, Micheline P...atteinte de la limite d'âge fatidique d'un chiffre bien rond qui sonne comme un coup de tonnerre dans un ciel sans nuages : 60 ans ! Voilà donc pour cette Amie que je ne connais que depuis 40 ans, que je me retrouve dans la nuit du samedi, à 2 heures du matin, en train de pondre quelques élucubrations. Je ne sais si vous en sentirez la substantifique moëlle, mais j'ai eu l'inspiration, parce que je suis effaré de voir ce temps nous filer entre les doigts, je ne comprends pas physiquement, comment les années peuvent s'enchaîner à une telle vitesse...c'est un mystère pour moi ! Dans la tête, je sais que j'ai exactement le même état d'esprit qu'hier, ou avant-hier, dans le corps pourtant, je ressens cette atteinte, cette usure, et elles m'effarent et m'effraient !

Alors je me suis vengé sur ce discours en hommage à ma copine de 40 ans, et je sais qu'elle reste belle et qu'à travers toutes ces épreuves que chacun d'entre nous vit, une part de lumière reste attachée au nom de l'amitié.

 

 

 

Micheline,

 

Te voilà donc arrivée  à un âge raisonnable, enfin, en haut de la colline comme on dit, au sommet, au top….Tu es sur la crête de ton existence, 60 balais…Tu es une vieille peau, une sexagénaire, une vioque quoi ! (Non, je déconne !)…

Il te faut donc désormais entamer la descente, d’un pied ferme, être joyeuse…faire comme si tout cela était normal et qu’il est naturel d’empiler les années. 60 ans, après tout ce n’est pas si grave, tu n’es pas la première et autour de toi, nombreux t’ont précédée, ou te suivent de près…même si tu n’es pas à la retraite comme certaines de tes copines qui ont déjà la tête au soleil et regarde avec amusement ton planning de permanences à la clinique où tu continues de perturber les ultimes miettes de raison de tes pensionnaires torturés par des camisoles chimiques et des électrochocs à gogo.

Et puis il y a des avantages, la carte vermeil, les séances de cinéma 3ème âge, l’université bel âge où tu pourras enfin te cultiver pour voter à gauche, mais oui, Micheline, cela va bien arriver un jour, à force de te travailler au corps, tu vas comprendre que Sarkozy est responsable de tout, même du fait que tu as 60 ans aujourd’hui.

As-tu remarqué qu’à partir d’un certain degré, l’âge devient « bel », suprême hypocrisie qui veut nous faire prendre des vessies pour des lanternes, ces vessies d’ailleurs que nous avons tant de difficultés à contrôler justement à partir de 60 ans.

Mais bon, avouons-le, tu as de beaux restes et il fait nul doute, qu’avec un bon wonderbra, ton décolleté peut faire plonger le plus austère des célibataires accroché à sa liberté dans une rivière de stupre et une extase éternelle.

Et puis ta voix, Micheline, ce délicieux petit roulement sur tes « airs » qui renvoie à ces îles dont tu es la fleur sauvage, cette inimitable accent qui fait de toi une femme unique, quand donc nous diras-tu « -je t’aime très fort » comme si c’était la première et la dernière fois.

On a longuement hésité avant de te faire un cadeau…Une séance avec un chippendale, un dîner aux chandelles à Disneyland, un barbecue à la campagne, une boum comme au bon vieux temps avec le quart d’heure américain, slow et pelles à gogo (j’étais même prêt à me dévouer), un bal masqué qui aurait eu l’avantage de dissimuler nos rides…mais finalement le grand concile de ta famille et de tes amis, connaissant ta fragilité de cœur, a décidé de cette surprise bien sage, raisonnable…après tout quoi de plus émouvant que de retrouver (presque) tous les tiens, autour de cette table, pour te célébrer, te vouer un amour et une amitié éternels. Et compte-tenu que c’est toi qui doit payer l’addition, autant reprendre du dessert malgré nos analyses qui font craindre le pire sur notre taux de cholestérol !

Voyons plutôt le bon côté des choses. A ton âge vénérable, tu auras toujours une place assise dans le bus, tu peux découvrir le monde du spirituel (pour la chair, c’est trop tard), devenir bouddhiste ou adepte du zen, faire du yoga ou du macramé à la MJC, tu peux envoyer des blagues osées par Internet, faire de l’exercice en pédalant sur ton vélo d’appartement en regardant les feux de l’amour, parler de psychothérapie (pour les autres), faire les antiquités dans les vide-greniers en retrouvant tes souvenirs de jeunesse, dépenser une fortune au téléphone avec tes copines en réussissant à ne rien dire pendant des heures de forfait, courir en ahanant le long du golfe pas très clair, se remémorer la liste de tous les chanteurs et acteurs morts depuis un demi-siècle…

Tu peux aussi t’inscrire sur meetic en mettant la photo de ta fille et en trichant sur ton âge, personne ne t’en voudra, vu qu’elles font toutes la même chose…

Et puis, tu sais, avant tout, il faut que tu comprennes que, quand nous te regardons, nous ne voyons pas ces atteintes discrètes de l’âge qui te font rider les yeux et crevasser la peau…Non, non… nous avons tous des lunettes à double foyer, alors…

Bon, je vais aller prendre mon viagra et mes vitamines C, peut-être que tu voudras terminer la nuit avec l’un d’entre nous et si cela tombe sur moi, il faut que j’assure comme une bête en rut au crépuscule… on arrivera à refaire le monde si on nous laisse encore un peu de temps.

 

Micheline, au nom de tous tes ami(e)s, on t’aime d’amour, reste la femme orgueilleuse et fière que tu es, cette fille de créoles qui a appris à dominer le monde à coup de matraque sur le dos corné des indigènes et rêve d’une vie de félicité pour les 60 ans qu’il lui reste à vivre !

Garde ton humour, (surtout après ce discours !), pense à tes enfants, petits-enfants, à tes copines, à ceux qui ont partagé quelques miettes de ton existence, qui t’ont offert l’amitié, le gîte et le couvert quand tu étais dans la misère et qui attendent que tu gagnes au loto pour être remboursés. Dépêche-toi…

Enfin, pense à nous comme l’on t’aime et te retourne pas…(air connu), d’abord parce que tu risques un torticolis et surtout parce que la vie est devant toi, tout près de l’horizon et qu’il flamboie pour annoncer à l’univers que tu as 60 ans et que c’est le plus bel âge de la vie !

 

Bon anniversaire ma chérie.

 

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Inventaire avant destockage (11)

Publié le par Bernard Oheix

Le 24 avril nous allons vivre une superbe soirée de musique à la salle de la Licorne dans le cadre de la saison "Sortir à Cannes" 2009/2010. Rencontre entre polyphonies et instruments de musique, rencontre entre les voix malgaches et les choeurs méditerranéens. Rajery et Talike pour l'Afrique, Le Corou de Berra pour notre région, deux univers qui se télescopent et créent dans l'échange, les conditions d'une meilleure connaissance, un pont entre ce continent noir qui a forgé l'identité de l'homme et cette vieille Europe si pétrie de ses certitudes.

Ce n'est pas la première fois que je programme mes amis du Corou de Berra. La première, c'était en 1995, depuis nous avons enchaîné les collaborations, Michel Bianco (le leader) est devenu un de mes amis, je les ai même entraînés dans mon avenutre des "concerts sous la mer".

A l'époque, j'avais sous mon pseudo Jean-Paul Icardi, écrit un article pour la Strada, le voici donc in extenso...

 

 

CHŒURS EN BALADE

 

 

Passer en première partie du groupe phare des Polyphonies Corses était un challenge que le Corou de Berra a su relever avec brio. Le jour de la sortie de leur troisième disque, ils ont séduit et fait vibrer une salle Debussy où 700 personnes avaient répondu à l’appel de la Direction de l’Evénementiel Culturel et de l’Amicale des Corses de Cannes dont le Président, Yvan Casanova, s’était totalement investi dans cette soirée.

 

Le Corou de Berra, chœur mixte du pays de Nice, admirablement dirigé par Michel Bianco nous a emmenés dans une promenade poétique et vocale de la grande Provence. Des chants des ligues piémontaises aux ballades « nissartes », des poèmes de Mistral à ceux des créateurs provençaux contemporains (S. Dotti), ils ont charmé le public par une simplicité extrême, un dépouillement absolu de l’art du chant allié à une sophistication des voix et des arrangements.

 

Le Corou s’avère vraiment comme le groupe phare de toute la région et les quatre-vingts disques vendus et les innombrables signatures à la sortie du concert montrent à quel point ils ont su toucher le public.

 

La deuxième partie du concert allait permettre de monter d’un cran encore dans le ravissement d’un public subjugué. Jean-Paul Poletti, fondateur de « Canta U Populu Corsu », créateur de l’école de Polyphonies de Sartène avec un chœur de sept jeunes chanteurs, vêtus de noir, soutenus par des lumières ambrées (bravo la technique du Palais), allait  atteindre des sommets que seul l’instrument vocal permet.

 

Une version des « Lamentu di Gesu » typique du « Catenaccio » de Sartène, des chants franciscains exhumés de l’histoire (O Sanctissima Anima) mais aussi des chœurs traditionnels recueillis auprès des bergers ou des travailleurs de la terre faisaient courir des frissons à l’ensemble de la salle chavirée de bonheur.

 

Commentant et introduisant chaque morceau avec beaucoup de finesse et de tact, son âme de « prof » allait se réveiller sur un « Perche Cantu » où tout le public (en canon s’il vous plaît !) fut associé.

 

Hymne à la joie de vivre, à la paix, à la rencontre sublimée par la pureté cristalline des voix (n’est-ce-pas le ténor ?), l’âme corse tourmentée, mais si belle, était le grand vainqueur d’une soirée pas comme les autres.

 

Et pour finir, parce que la Corse est avant tout une terre d’accueil, et parce que le talent c’est également de mettre en commun, Jean-Paul Poletti invitait tout le Corou de Berra à les rejoindre pour un final croisé grandiose où chacun se mit au service de l’autre pour la plus grande joie d’un public qui jaillit de ses sièges, en une « standing-ovation » dont la spontanéité évidente n’avait d’égal que les sourires qui illuminaient les visages.

 

Décidément cette quatrième édition de la soirée corse, après I MUVRINI, Petru GUELFUCCI, A FILETTA, montre la richesse de l’expression musicale corse et l’adhésion sans réserve des Cannois et du public venu de toute la région à des rencontres inédites.

 

Jean-Paul ICARDI

 

 

Bon, fallait peut-être pas exagérer ! Cela sent furieusement le plumitif en train de passer de la pommade dans le canard du coin... mais j'y croyais vraiment à l'époque ! Dans cet article écrit au siècle dernier, on pensait encore faire la révolution avec les armes de la culture et couvrir les voix de misère par les chants du coeur !  Mais quelques 15 ans après, deux tours en moins et une crise des banques en plus, il ne reste que des vestiges à contempler, ceux des ruines d'une certaine idée de l'art balayé par un monde épileptique que les bouffons ont envahi...Qu'est devenu ta culture, ô monde de miséricorde !

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