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Bonne année 2016 !

Publié le par Bernard Oheix

Que retiendra-t-on de 2015 ?

Que cela commence pour moi par une baignade en costard cravatte avec un panneau "on ose tout en 2015" et que je ne savais pas que c'était prémonitoire !

Qu'un bal tragique a commencé le 10 janvier par la grâce de certains fous de dieu venus oser l'impensable en massacrant dans Paris une bande de jeunes vieux dessinateurs qui nous permettaient d'avoir toujours 20 ans ! Et que ce bal s'est achevé le 13 novembre avec de vieux jeunes barbares bourrés de haine mitraillant à l'aveugle un monde qui est le nôtre, celui de la culture, de l'art de vivre, des terrasses de café, de la discussion et de la mixité, de l'espoir d'un monde meilleur !

Rassurons-nous comme nous le pouvons, ils ne l'emporteront pas au paradis et leurs vierges promises seront des catins édentées qui sentent le rance et la noirceur d'un fascisme rampant !

Il y a eu aussi l'apparent dérèglement devant lequel, même les plus sceptiques de nos climatologues, doivent bien s'interroger... Et si nous jouions avec le feu de ces quelques degrés qui bouleversent nos vies, apportant le froid quand il doit faire chaud, le chaud dans des terres gelées et la pluie comme un torrent emportant tout sur son passage...

J'ai eu 16cm d'eau dans ma maison et 45cm dans le studio de mon jardin pour me rappeler que Dame nature se sent, elle-aussi, outragée, et qu'elle nous lance des cris d'alarme en nous demandant de changer nous mêmes pour que le monde arrête de muter vers des horizons indéfinissables !

Il y a eu aussi les belles victoires du Fhaine aux cantonales et aux régionales pour nous rappeler que le monde change vraiment et que l'impensable n'est pas si loin du possible ! Que l'on puisse assister sans réaction à tout ce qui se met en place est sidérant.

Les politiques accrochés à leurs prébendes et se gargarisant de maux d'ordre guerriers avec la ligne bleue de leur propre réélection comme seul objectif, reniant leurs programmes, foulant leurs idéaux, socialistes aux comportements de droite, droite tenant des discours de gauche ou d'ultra, extrémistes "marinistes" embourbés dans leurs contradictions et vitupérant contre tous en appelant à la haine nationale dont le maire de Bézier est l'exemple vivant du cauchemar qui nous attend, écologistes à la dérive et Front de Gauche comme un emplâtre sur des jambes de bois !!!!

Et si....

Mais il y a aussi cela !

Une petite fille qui vient m'illuminer. La fille de mon fils Julien et de Sarah. Un petit monstre de beauté, avec des yeux qui contemplent la vie, et cette vie ne peut qu'être belle pour ces enfants qui ne demandent qu'un peu d'amour et beaucoup de tendresse !

Une petite fille qui vient m'illuminer. La fille de mon fils Julien et de Sarah. Un petit monstre de beauté, avec des yeux qui contemplent la vie, et cette vie ne peut qu'être belle pour ces enfants qui ne demandent qu'un peu d'amour et beaucoup de tendresse !

Alors il reste quoi dans tout cela. Continuer comme si de rien n'était et vous proposer une nouvelle année 2016 de bonheur avec comme seuls attentats envisageables, ceux à la pudeur et au bon goût possibles, une météo clémente et un chômage qui régresse, de l'espoir en chacun de nous et du rêve pour les bébés du monde entier, manger, boire et dormir... et rencontrer les autres, leur tendre la main pour qu'ils ne s'échouent pas sans vie sur des plages glacées, continuer d'espérer que le monde change et que les vertus surpassent les forces du désordre cachées derrière l'ordre nouveau...

Que vive la Révolution citoyenne. Ne plus tolérer d'être indifférent, ne plus se compromettre à accepter le mensonge pour éviter le pire, changer nos comportements et ne pas gaspiller nos ressources en futilités, être debout comme des phares qui indiquent que nous ne sommes pas des animaux que l'on mènent à l'abattoir... repères pour un monde meilleur !

Je ne veux pas être encerclé de barbelés, je ne veux pas que les gros deviennent les symboles de ceux qui ont des ceintures d'explosifs à leur taille, je ne veux pas que les maigres affichent leur faim, je ne veux pas que les autres soient des ennemis, je veux vivre libre avec des gens que j'aime ou pas, mais qui parlent le même langage...

Alors pour tout cela....

Vive l'année 2016 l

Bonne année 2016 !

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Cinéma des années 70

Publié le par Bernard Oheix

Voici donc la fin de cet article sur le cinéma des années 70...Une période passionnante où tout semblait possible. Cet essai s'inscrit dans une démarche "Cinéphile", adaptation d'un jeu en Livre-jeu...

Véritable plaisir de replonger dans ces années dorées, celle de ma jeunesse et de la maturation d'une passion pour le 7ème Art qui ne me quittera jamais !

En France, cette décennie voit l’apparition d’un véritable prix pour les professionnels du cinéma. Il existait bien depuis 1934 un Grand prix du cinéma français, ou les Etoiles de cristal décernées depuis 1955 ou même les Victoires du cinéma Français dans les années 50 mais aucune de ces distinctions n’avait percé auprès du grand public. Georges Cravenne eut l’intuition de ce manque et réussit à imposer les Césars comme le pendant Français des Oscars. Une compression du sculpteur César comme trophée, 13 césars attribués chaque année (à l’origine, meilleur film, réalisateur, acteur et actrice, seconds rôles, techniques), une remise médiatisée avec retransmission à la télévision en direct, les grands noms du cinéma au service du palmarès (Jean Gabin officia comme président de la première cérémonie quelques mois avant sa mort) et le 3 avril 1976, les Césars s’imposaient définitivement comme le chaînon manquant entre le cinéma américain et une des plus importantes cinématographies de l’Europe et du reste du monde.

Pour mémoire, voici le palmarès de la première édition :

1) César meilleure actrice : Romy Schneider dans L’important c’est d’aimer

2) César du meilleur acteur : Philippe Noiret dans Le vieux Fusil

3) César actrice second rôle : Marie France Pisier dans Cousin, cousine et Souvenirs d’en France

4) César acteur second rôle : Jean Rochefort dans Que la fête commence

5) César meilleur scénario Bertrand Tavernier et Jean Aurenche pour Que la Fête commence

6) César meilleure musique écrite pour un film : Francois de Roubaix pour Le vieux fusil (à titre posthume)

7) César du meilleur son : Nara Kollery et Luc Perini pour Black moon

8) César de la meilleure photographie : Sven Nykvist pour Black moon

9) César du meilleur montage : Geneviève Winding pour 7 morts sur ordonnance

10) César du meilleur réalisateur : Bertrand Tavernier pour Que la fête commence (devant Truffaut, Enrico et Rappeneau)

11) César du meilleur film : Le vieux fusil de Robert Enrico

12) César du meilleur film étranger : Parfum de femmes de Dino Risi

13) César d’Honneur : Diana Ross et Ingrid Bergman

Il faut bien avouer que ce cinéma français à le vent en poupe et que c’est aussi grâce à un système de production qui n’a pas d’équivalent qu’il peut afficher son dynamisme. Un Centre national de la cinématographie, une taxe sur chaque billet permettant d’aider à la production, des « avances sur recettes », des aides à l’écriture de scénario, des écoles de grandes qualité qui forment de nouvelles générations, des acteurs qui rayonnent largement au delà de nos frontières… même si tout n’est pas parfait, il y a bien là une véritable « exception culturelle » qui permet à notre cinéma de résister à la crise qui a ravagé le cinéma Italien ou Japonais par exemple.

On pensait que cette décennie serait déstabilisée par l’impact de la Nouvelle Vague et sa prise du pouvoir et par le choc de mai 68. Mais la réalité fut tout autre. La révolution esthétique des frondeurs fut digérée par les producteurs et metteurs en scène. Des mousquetaires qui éperonnèrent « une certaine tendance du cinéma Français » constitués de Godard, Truffaut, Rivette, Chabrol, Resnais, Demy et beaucoup d’autres, il fait nul doute que c’est François Truffaut et Claude Chabrol qui concilièrent le mieux leur statut de critique du cinéma et l’appropriation des mécanismes de production avec un 11 films pour l’un et 15 pour l’autre auxquels il faudrait rajouter 13 fictions pour la télévision, réalisés de 1970 à 1980.

Pour François Truffaut, cette série commence avec L’Enfant sauvage (1970) et Domicile conjugal (1970),(du cycle d’Antoine Doisnel avec Jean Pierre Léaud). On y trouve un chef d’oeuvre de réflexions sur le cinéma en abîme avec La Nuit américaine (1973), Oscar du meilleur film étranger, L’Histoire d’Adèle H (1975) avec Isabelle Adjani, L’homme qui aimait les femmes (1977) avec Charles Denner, la même année où il a un rôle dans le film de Spielberg Rencontres du III type, une période d’ activité intense débouchant sur son chef d’oeuvre Le Dernier métro (1980) (César du meilleur film et du meilleur réalisateur).

Claude Chabrol ouvre avec Le Boucher (1970) avec Jean Yanne et Stephane Audran, sa muse. A raison d’une ou deux réalisations par année, il va explorer ce monde des petites gens, de la bourgeoisie bien pensante, qui sera son fond de commerce. La rupture (1970), Docteur Popaul (1972), Une partie de plaisir (1975) Violette Nozière (1978), il enchaîne les films avec parfois une certaine nonchalance dans la finition, bon vivant brassant toujours de nouvelles idées au détriment d’un certain gout de la finition. Cela donne des oeuvres parfois lumineuses et habitées, quelquefois légèrement bâclées. Son box office est à l’image de sa façon de travailler, des succès majeurs comme Docteur Popaul (2 millions d’entrées) ou comme Le Boucher, Violette Nozière culminant à plus d’un millions d’entrées.

Jean Luc Godard produit des films d’une extrême radicalité et il faudra attendre 1979 avec Sauve qui peut (la vie) avec Isabelle Huppert, Jacques Dutronc et Nathalie Baye pour qu’il revienne à un cinéma plus abordable en réintégrant le système de production commercial.

Jacques Rivette réalise des chefs d’oeuvres plus confidentiels par leur sophistication esthétique, Out one 1 et 2, (1971 et 1972) Céline et Julie vont en bateau (1974), Duelle (1976).

Jean Eustache obtiendra une consécration avec La Maman et la putain (1973) Grand prix spécial du jury au Festival de Cannes.

Eric Rohmer est inimitable. Il achève son cycle des Contes Moraux avec Le genou de Claire (1970) et L’Amour l’après midi (1972) avant de produire deux oeuvres atypiques, La marquise d’O… (1976) et Perceval le Gallois (1978) Prix Méliès.

Alain Resnais tourne peu. Après l’expérience de L’an 01, il réalisera un de ses films les plus puissants en 1977, Providence (1977), remportant 7 Césars dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur.

Jacques Demy ouvre les années 70 avec Peau d’Ane (1970) et Le Joueur de flûte (1972) pour ne tourner que deux autres films L’Evènement le plus important…. (1973) et Lady Oscar (1978) au succès d’estime.

En France, 3 genres règnent en maître : la comédie, l’étude de moeurs et le policier.

En ce qui concerne la comédie, elle se subdivise en deux catégories. Dans le premier registre dit « traditionnel », Gérard Oury et son complice Louis de Funès vont produire deux films cultes, La folie des grandeurs (1971) avec Yves Montand (« -Il est l’or monseignor ! ») et Les aventures de Rabbi Jacob (1973) qui, sur un sujet que l’on aurait du mal à traiter en cette heure d’intolérance et de tabous généralisés, deviendra un film culte pour toutes les générations qui se succèderont. Yves Robert avec Jean Rochefort, Claude Brasseur et Guy Bedos réalisera Un éléphant ça trompe énormément (1976) et sa suite Nous irons tous au paradis (1977) qui auront un succès populaire incroyable. Jean Paul Belmondo fait du Belmondo dans Le Magnifique (1973) dirigé par Philippe De Brocca.

Dans l‘autre tendance de la comédie, on voit débarquer une nouvelle génération d’acteurs, issus pour la plupart de l’aventure du café théâtre. Les Valseuses (1974) imposent Bertrand Blier derrière la caméra et un trio qui deviendra légendaire devant, Gérard Depardieu, Patrick Dewaere et Miou Miou avant Buffet froid (1979) à l’univers totalement décalé.

Patrice Leconte propulse dans un club Med, Gérard Jugnot, Marie Anne Chazel, Michel Blanc, Christian Clavier et Thierry Lhermitte, tous issus du « Splendid » dans les populaires Les Bronzés (1978) et Les Bronzés font du ski (1979).

Dans la comédie de moeurs à la Française, Claude Sautet est un maître. Les Choses de la vie (1970) Max et les ferrailleurs (1971) César et Rosalie (1972), Vincent, François, Paul et les autres (1975) sont les archétypes de ce genre à part entière qui se fonde sur des histoires de la vie réelle de représentants des classes moyennes et sur l’excellence du jeu d’acteurs des Yves Montand, Michel Piccoli, Romy Schneider, Bernard Fresson, Stephane Audran, François Périer, Samy Frey…

Enfin, le polar à la Française où s’illustrent Jean Pierre Melville en fin de carrière, il décédera en 1973, mais qui signe un sublime Le cercle rouge (1970) avant l’échec d’Un flic. José Giovanni après Dernier Domicile connu (1970) réunit Gabin et Delon pour Deux hommes dans la ville (1973). Pierre Granier Deferre avec Adieu Poulet (1975), I comme Icarre (1979) de Henri Verneuil, Série Noire (1979) de Alain Corneau, Yves Boisset avec Le juge fayard dit le shérif (1977).

Tous les grands acteurs, Lino Ventura, Alain Delon, Yves Montand, Jean Gabin sont convoqués à cette messe noire mais celui qui sera vraiment le symbole de cette décennie est Patrick Dewaere, acteur torturé et mimétique qui se suicidera au début des années 80.

Reste alors les films inclassables qui seront pour la plupart des succès au box-office et recevront de nombreux César : Le Vieux Fusil (1975) de Robert Enrico,, Que la fête commence (1975) de Bertrand Tavernier, Le Sauvage de Jean Paul Rappeneau (1975), La Meilleure façon de marcher(1976) de Claude Miller, et un nouveau réalisateur venu de la pub, Jean Jacques Annaud qui obtient l’Oscar du film étranger pour sa première réalisation, La Victoire en chantant (1976) et poursuit avec Coup de tête (1979) avec un Patrick Dewaere déchirant.

Et l’on ne peut passer sous silence Emmanuelle le porno-soft qui déboule sur les grands écrans avec Sylvia Kristel dénudée érotiquement devant Alain Cuny pour 9 millions de spectateurs français et 45 millions dans le monde sous l’oeil d’un réalisateur dont ce sera le seul titre de gloire, Just Jaeckin.

Mais ce panorama du cinéma mondial ne serait pas complet sans les centaines de productions de films Bollywood de l’Inde et ses répliquants Egyptiens, films de grande consommation que des millions de spectateurs visionnent mais hors des circuits de la cinéphilie. Il reste toujours un grand absent dans ce concert des nations pour le 7ème Art, c’est le continent Africain, malgré le coup de tonnerre de la Palme d’Or à Cannes en 1975 pour Mohammed Lakdar-Hamina avec Chronique des années de braise. Le cinéma asiatique ne sera reconnu vraiment que dans la décennie qui suivra et l’Empire Soviétique est étrangement atone, entre les documentaires et les films à la gloire de la guerre de libération de l’URSS. Andreï Tarkovski tourne difficilement Solaris (1972) puis le Miroir en 1975 en butte à la censure avant de décider d’émigrer pour continuer à tourner. En Pologne, Andrzej Wajda entame une série de films passionnant dans un pays que les idéaux de solidarnosc vont écarter de la voie officielle. Paysage après la bataille et Le bois de Bouleaux (1970) annoncent déjà L’homme de marbre (1977) et L’homme de fer (1981) qui obtiendra la Palme d’Or à Cannes.

Le Sud de l’Amérique a vu la vague du Cinéma Novo s’éteindre. Les dernières oeuvres du « Cinema Novo » ouvrent la décade. Antonio Das Mortes de Glauber Rocha et Macunaïma de Joaquim Pedro de Andrade sonnent le glas de cette « école » qui va puiser dans les légendes et les mythes de la culture du Brésil, la richesse d’un matériau filmique dévoilant la misère et la violence d’une société. Films « néo-surréalistes », ces oeuvres avaient particulièrement frappé l’attention du public cinéphile, renvoyant à cette image d’une Amérique du Sud plongée dans les affrontements du sous-développement et aspirant à émerger dans le concert des nations modernes. Le Brésil du Foot et l’Argentine du Tango contre les luttes des propriétaires terriens dans le « sertao » désertique où les affrontements des descendants indiens sur les contreforts des Andes.

Mais les années 1980 s’annoncent et le monde va encore subir des convulsions dont le cinéma tentera de rendre compte. L’écran s’illumine encore et toujours pour donner un sens à la vie et mieux comprendre le monde alentour.

Voilà donc pour ces années 70 un chapitre terminé... Il y en aura d'autres tant le cinéma est un compagnon de route qui, une fois invité, ne peut plus nous quitter ! Derrière l'image fuyante, il y a toute la réalité d'un monde en train de se réaliser, sans décors et sans artifices... et l'un renvoie à l'autre en un couple indissociable ! Le Cinéma, c'est la vie !

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Une histoire du Cinéma des années 70

Publié le par Bernard Oheix

Voici donc la suite, interrompue par les inondations, du texte sur le cinéma des années 70 conçue pour Le Cinéphile dans une formule dérivée de Livre-Jeu. Avec mes complices, Luc Michel Tolédano, Patrick Coulomb et Julien Oheix, nous tentons une adaptation du jeu que nous avons créé dans une formule qui permet à la fois de découvrir le contexte dans lequel les réalisateurs oeuvrent et les films phares qui ont marqué chaque décennies.

Les films de cette année 71 qui marqueront sont Les Diables de Ken Russel, Orange Mécanique de Stanley Kubrick et Les Chiens de paille de Sam Peckinpah.

Ken Russel est un des réalisateurs phares de cette école anglaise et cette décennie le verra produire Music Lovers, un biopic halluciné sur Tchaïkovski, Malher, Tommy et Liztomania. Dans Les Diables il crée un univers baroque dans une chasse aux sorcières dont le prêtre Urbain Grandier sera la victime. Les délires sexuels des bonnes soeurs permettront au pouvoir politique de l’abattre dans une parodie de procès et de le brûler en place publique. Il est au zénith de son art flamboyant, multiplie les provocations et le politiquement incorrect avec la volonté de heurter et d’envouter le spectateur.

Orange Mécanique est un ovni succédant à 2001 Odyssée de l’Espace. Alex, campé par Malcom MacDowel au charme vénéneux, est un adepte de l’ultra-violence, chef de bande des « droogies » qui sèment la mort sur leur passage. Les scènes insoutenables des meurtres feront largement polémique. Son arrestation et sa rééducation ouvrent tout autant un chapitre fielleux sur la rédemption et la violence des institutions. C’est une satire de la société moderne à plusieurs entrées où le message apparent n’est pas toujours le plus évident. L’utilisation de la musique classique (La 9ème symphonie Beethoven) en contrepoint fit fureur auprès de tous les jeunes redécouvrant les charmes de la musique classique.

Les Chiens de Paille de Sam Peckinpah avec Dustin Hoffman provoqua aussi la controverse. Une longue scène ambiguë de viol où la victime semble prendre du plaisir, un couple qui plonge dans l’autodéfense barbare et se venge, célébration perverse, le film fut accueillit par une polémique qui enflamma le public.

On peut dans cette veine ultra-violente, rajouter Délivrance de John Boorman en 1972, descente de rapides en canoë dans la nature sauvage d’un groupe de randonneurs confrontés à la bestialité d’autochtones. Le même réalisateur enchaînera l’année d’après avec Zardoz, une oeuvre de science fiction majeure.

Ainsi donc, c’est sous le signe de la plus grande des violences émergeant de situations quotidiennes que commencent ces années 70. Elles s’achèveront en 78 et 79 par deux films encore plus paroxystiques mais cette fois-ci sur le thème de la guerre du Viet-Nam. Voyage au Bout de l’Enfer de Michael Cimino et Apocalypse Now de Francis Ford Coppola.

Michael Cimino récompensé de 5 oscars, dans une distribution éblouissante (De Niro, Christopher Walken, John Savage, John Cazale, Meryl Strep) n’est pas un film sur la guerre mais sur ses conséquences sur les individus et leur incapacité à en sortir indemne. Des américains moyens plongent dans l’atrocité de la guerre et observent la lente agonie de leur humanité. Le personnage de John Cazale, drogué et jouant sa vie à la roulette russe, est fascinant et démontre à l’évidence l’incapacité de se réadapter à un monde normal pour ceux qui ont côtoyé l’enfer.

Apocalypse Now de Francis Ford Coppola est l’oeuvre « mégalomaniaque » d’un réalisateur qui fut aspiré par son sujet. Les conditions de tournage particulièrement dures s’étirant sur 238 jours, un typhon qui détruit tous les décors, l’explosion du budget (de 17 à 30 millions de dollars), le changement d’acteurs… seul le succès pouvait remettre en selle un réalisateur qui s’était même engagé sur sa fortune personnelle. La Palme d’Or du Festival de Cannes et un box-office incroyable vint récompenser un Francis Ford Coppola exsangue. Dans ce véritable opéra sanglant, des scènes ou la violence et l’absurdité se partagent à part égale, dénoncent le processus du pourrissement d’une société plongée dans l’horreur. Le Napalm, la partie de surf, l’attaque des hélicoptères sur la Chevauchée des Walkyries de Wagner, des scènes cultes que tout cinéphile ne peut que regarder avec une fascination morbide. Marion Brando en chef de guerre déshumanisé, fait un retour flamboyant devant les écrans.

C’est une façon d’achever cette décennie d’une richesse filmique incroyable, le chant crépusculaire d’un monde où l’homme a forgé son destin dans l’acier et la violence et qui ne laisse que des décombres autour de lui !

C’est d’Allemagne que vient le printemps d’un cinéma d’auteurs qui déferlera sur la planète du 7ème Art. En 1972, Werner Herzog propulse un acteur de série B dans un rôle qui va l’immortaliser, Klaus Kinski devient Aguirre, La colère des Dieux, un conquistador perdu dans ses rêves d’Eldorado. En 1975, un peu avant de d’obtenir la Palme d’Or au Festival de Cannes en 1979 avec Le Tambour (ex-aequo avec Apocalypse Now !), Volker Schlöndorf et Margarethe Von Trotta proposent L’Honneur perdu de Katarina Blum tiré d’un roman de Heinrich Böll. A partir d’un fait divers, une femme tombe amoureuse d’un homme sans savoir qu’il est un criminel recherché par la police, les réalisateurs dénoncent les abus de la presse et la répression policière consécutive aux actes de la Bande à Baader.

En 1977, Wim Wenders propose L’ami Américain tiré de deux romans de Patricia Highsmith avec Tom Ripley comme héros. Un restaurateur d’oeuvres d’art atteint de leucémie accepte un « contrat » pour mettre à l’abri sa famille, mais tout va se compliquer… C’est le premier grand succès d’un réalisateur que les cinéphiles connaissaient bien grâce à L’angoisse du Gardien de but… et à Au fil du temps, un superbe road movie avec Bruno Ganz.

L’Allemagne en Automne, en 1978, est un drame documentaire réalisé par un collectif où l’on retrouve la plupart des jeunes réalisateurs dont Alexander Kluge.

Enfin en 1979, Raïner Werner Fassbinder propose Le mariage de Maria Braun, son 18ème film depuis 1970, auxquels il faut rajouter 15 films pour la télévision et 6 pièces de théâtre. 10 années de frénésie productive qui s’achèveront en 1982 par une rupture d’anévrisme. C’est l’un des personnages importants de cette école Allemande des années 70 qui révolutionnera le cinéma mondial. A partir des années 80, nombre de ses réalisateurs émigreront vers l’eldorado du cinéma, Hollywood, réitérant ce qui s’était déjà déroulé dans les années 30 !

En effet, l’Allemagne avait déjà connu un âge d’or qui précéda la montée du nazisme, celui de l’expressionnisme représenté par Fritz Lang, Friedrich Wilhem Murnau, Robert Wiene mais aussi Paul Leni, Wilhelm Dieterle… Le Cinéma Germanique avait ses lettres de noblesse, la parenthèse du nazisme et de la reconstruction du pays après la guerre achevée, les réalisateurs retrouvèrent alors leur place dans le concert des grandes nations du cinéma dans les années 70 !

En Italie, après le foisonnement de l’après guerre et du néo-réalisme, les années 70 furent celles des contrastes. Cette décennie commença par un chapelet de disparitions, chacune voyant s’effacer des pages entières de la mémoire du cinéma : Vittorio De Sica et Pietro Germi en 74, Pier Paolo Pasolini en 75, Lucchino Visconti en 78, Rossellini en 77.

Dans le même mouvement, la télévision « Berlusconnienne » entama un travail de décapitation de la production des films et des comportements des spectateurs. Dans un pays où les structures d’encouragements et de stabilité du cinéma n’existaient point, l’irruption des télévisions (76 chaînes commerciales naissent) démembra le réseau de diffusion en quelques années. Il est surprenant de voir se concentrer sur le début des années 70 les derniers succès internationaux avant que le cinéma des grands auteurs ne cachent le vide sidéral qui succédera à la production italienne. Il faudra 25 ans à l’Italie pour retrouver un semblant de lustre !

Même si Michélangelo Antonioni signe deux chefs d’oeuvre Zabriskie Point (1970) sur une musique des Pink Floyd et Profession : Reporter (1975) avec Jack Nicholson et si en ce début de la décennie, Bertolucci réalise ses deux oeuvres magistrales, La Stratégie de l’Araignée (1970) sur une nouvelle de Borgès, et Le conformiste (1971) avec Jean Louis Trintignant, deux films en équilibre entre la force incroyable du scénario et l’esthétique fascinante d’une mise en forme collant à l’émotion. Il obtiendra la consécration internationale en 1972 avec Le dernier Tango à Paris et un Marlon Brando transfiguré et Novecento (75) à la distribution flamboyante (De Niro, Depardieu, Burt Lancaster, Donald Sutherland, Laura Betti et Stefania Sandrelli…). Il y a aussi Sergio Leone qui avec Il était une fois la révolution (1970) entame sa mutation en se détachant du western-spaghetti qui a fait sa fortune.

Elio Petri réalise Enquête sur un citoyen… (1970) et La Classe ouvrière va au Paradis (1972) Palme d’Or au Festival de Cannes ex-aequo avec Francesco Rosi pour L’Affaire Mattei. Pier Paolo Pasolini entame une trilogie « élégiaque » en 71 avec Le Décaméron et poursuit avec Les Contes de Canterbury (72), Les Mille et unes Nuits (74) pour terminer par un prémonitoire Salo (75) avant de mourir assassiné sur une plage d’Ostie !

Fellini produit Roma (1972), Amarcord (73) et Casanova (76) et Visconti, Mort à Venise (71) Ludwig ou le Crépuscule des Dieux (73) et Violence et Passion (74).

La comédie italienne est florissante, Drame de la jalousie (70) et Nous nous sommes tant aimés (74) de Ettore Scola avant Affreux, Sales et Méchants (76), L’argent de la Vieille par Comencini en 72, Mes Chers Amis en 75 pour Monicelli, un extraordinaire Pain et Chocolat (1973) pour Franco Brusati,avec une scène d’anthologie où un italien déguisé en Suisse craque devant l’équipe de la « nazionale » de foot ! Enfin, il reste toujours un Dino Risi avec Parfum de femme (1975) et Les Nouveaux monstres (1978) pour magnifier ce genre si particulier de la comédie Italienne héritière des traditions.

En ces années de feu, rien ne semblait pouvoir arrêter le cinéma Italien… si ce n’est lui-même ! Le chant du cygne viendra avec Padre, Padrone et L’Arbre aux sabots des frères Taviani, Palme d’Or du Festival de Cannes en 1977 et 1978 et ultimes récompenses du cinéma Italien avant 2001 et La Chambre du fils de Nanni Moretti. Le côté obscur de l’économie du cinéma démantèlera alors pour de longues années ce qui semblait gravé dans le marbre. La fin des années 70 annonce un long crépuscule pour ce qui apparaissait comme une cinématographie riche, engagée, réflexive et dont l’audace formelle n’avait pas de limite !

Du côté du Japon, autre place forte de la cinéphilie en crise, Akira Kurosawa, après une tentative de suicide en 1971, renait avec Dersou Ouzala (1975), produit par la très soviétique Mosfilm, Oscar du film étranger, mais il faudra attendre la fin de cette décennie pour que les américains George Lucas et Francis Ford Coppola, fans de Kurosawa, lui permettent de réaliser le somptueux Kagemusha, Palme d’Or au Festival de Cannes en 1980. Nagisa Oshima, à la demande d’un producteur Français (Anatole Dauman) se lance dans la réalisation de l’histoire véridique d’une prostituée : L’Empire des Sens (1976) et L’empire de la Passion (1978) qui feront scandale mais seront des succès commerciaux à l’international.

le Suédois Ingmar Bergman de Cris et chuchotements (1972) et de Scènes de la vie conjugale (1973) à L’oeuf du serpent (1978) et Sonate d’automne (1978) continue d’explorer l’âme humaine et les relations complexes entres les individus dans une Suède où le feu couve sous la glace d’un froid polaire.

Le cinéma américain règne sur la planète des rêves. C’est en 1975 que le Festival de Deauville est créé afin de faire la promotion de ses oeuvres et d’assurer le lancement de ses « grosses productions ». Par la suite, en 1995, il intégrera un volet compétition afin de le rendre plus attractif.

Les années 70 verront arriver au pouvoir une nouvelle génération de cinéastes dont les Francis Ford Coppola, Steven Spielberg, George Lucas et Martin Scorsese seront les portes étendards. Leur énergie et leur impact planétaire va profondément transformer le paysage de la production des grands studios. A la différence de leurs aînés, ils vont s’engager durablement dans la production de leurs films et transformer Hollywood. Cette période bénie d’une créativité incroyable correspond aussi à la mutation profonde de la société. La télévision oblige les studios à repenser leur stratégie et à conquérir un nouveau public, moins familial, plus jeune et concerné par les soubresauts d’une société en crise. Les minorités comme les blacks ou les latinos deviennent alors un réservoir de public avec des films intégrant leurs problématiques.

Deux westerns vont éclairer ce début des années 70. Little Big Man est une épopée qui rend aux indiens toute leur humanité. Arthur Penn, avec un regard en miroir sur les cultures des peuples chassés par les blancs, à l’heure de la guerre aux confins du monde (Viet-Nam), renvoie aux errements d’une civilisation balayant les autres en niant leurs différences. Jeremiah Johnson de Sydney Pollack, porté par Robert Redford inaugure le western écologique et renoue avec les racines d’une vie sauvage dans les rocheuses où l’homme blanc sème le désespoir et la mort.

Francis Ford Coppola avec les Parrains I et II impose une nouvelle génération d’acteurs dans cette épopée mafieuse sulfureuse et romantique. Steven Spielberg offre le colossal succès Des dents de la mer et file vers une Rencontre du IIIème type où François Truffaut (un de ses maîtres) apparait. Scorsese promène dans les rues de New-York, un Taxi driver qui déambule dans les nuits glauques. Georges Lucas renoue avec la BD d’aventures dans la saga de La Guerre des étoiles. Sylvester Stallone impose un boxeur loser en archétype de la reconquête d’une dignité perdue, Rocky au succès phénoménal qui prouve que l’Amérique ne mourra jamais à ceux qui en doutaient.

Tous les genres et tous les secteurs de la vie sont touchés. MASH de Altman sur un hôpital militaire pendant la guerre de Corée, un asile avec Vol au dessus d’un nid de coucous par l’exilé Milos Forman, le quartier chinois de Chinatown (1974) de Roman Polanski, la bourgeoisie cultivée sous les saillies d’un Woody Allen (Annie Hall, Manhattan) en train de s’inventer un style, le policier prêt à tout, L’inspecteur Harry (Don Siegel), French Connection (William Friedkin) Serpico (Sydney Lumet), et bientôt des films sur la corruption et la gangrène de ceux qui sont chargés de maintenir l’ordre. Il y a l’horreur intérieure avec L’exorciste de Friedkin ou extérieure avec des Aliens (Rydley Scott) omniprésents restant sous la menace d’un Massacre à la Tronçonneuse orchestré par Tobe Hooper pour Carrie au bal du Diable (Brian de Palma). On court éperdument sur les traces de Dustin Hoffman dans Marathon Man (John Schlesinger) comme on s’égarait à suivre un Macadam Cowboy toujours campés par le même acteur omniprésent. Alan Parker, lui, narre l’histoire vraie d’un prisonnier des geôles turques dans Midnight express (1978).

Il se dégage de cette pléiade de films portés par une nouvelle génération d’acteurs, une véritable volonté d’inventer de nouvelles façons de toucher le spectateur en cassant le moule de la narration classique, d’agir par le spectaculaire pour découvrir l’infinie petitesse de l’être. On assiste à une perte de repères dans la confrontation entre le bien et de mal et le sexe et à la violence sous-tendent le comportement des individus à la recherche d’un bonheur impossible. Les drogues sont omniprésentes et l’appât du gain un miroir aux alouettes qui ravage les structures sociales et les familles. Enfin, il se dégage une forme de méfiance absolue pour tous ceux qui représentent la loi et l’autorité trop souvent gangrenés par les intérêts particuliers et l’égoïsme.

Dans le prochain texte, je vous présenterai donc le Cinéma Français dans une de ses périodes les plus flamboyantes... A moins qu'une autre catastrophe naturelle m'oblige à reporter ma parution... Mais bon, une inondation suffit largement à mon malheur et j'ai hâte de connaître vos réactions...

Bonne lecture !

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Au réveil !

Publié le par Bernard Oheix

Les jours s'épuisent à tenter de redonner un visage humain à ce que le chaos avait transformé en torrent de boue. Pourtant sous le soleil revenu, les raclettes que l'on s'échange entre voisins, les pelles qui creusent dans les immondices, les bras d'amis qui viennent spontanément vous soutenir, les montagnes de décombres qui s'amoncellent avant que des camions bennes les évacuent, tout cela forme un grand ballet absurde où les rires commencent à résonner, comme pour bannir la morosité et effacer les peurs de la veille qui planent encore !

Que dire de cette extraordinaire connivence entre les victimes de cette tornade aux relents d'un bouleversement climatique ? Que les trombes d'eau nous ont noyé dans des flots de boue et tenté de nous briser dans la nuit glauque ! Mais la chaleur est revenue, et les manches relevées, le courage de faire et d'oublier, une vraie chaîne d'humanité où l'on échange, se soutient, s'encourage et compatit.

C'est étonnant combien l'être humain arrive à se redresser dans l'adversité. Et l'entraide réelle des voisins victimes tout autant de la colère des cieux, la disponibilité des pompiers, des policiers, des services municipaux et tout simplement des individus touchés ou pas, dévoilent une humanité de courage, sans calculs, un instinct de survie ancré au plus profond de chacun d'entre nous, sans distinction de races, d'âges, de statut social et de religion... Juste une fraternité transversale entre nous, un désir profond de se fondre en une humanité fière de l'être et de lutter contre la nature hostile et la fin des utopies.

Après l'avant....

Après l'avant....

...avant deux jours après !

...avant deux jours après !

Du chaos des flots.....

Du chaos des flots.....

....à l'ordre de la raison ! Seulement une poignée d'heures pour vaincre la peur !

....à l'ordre de la raison ! Seulement une poignée d'heures pour vaincre la peur !

Il reste une mesure pour toute chose. 15 cm à bras le corps de boue et d'immondices vite chassées par l'espoir de renaître !

Il reste une mesure pour toute chose. 15 cm à bras le corps de boue et d'immondices vite chassées par l'espoir de renaître !

5 jours se sont passés... Umaga, le chat a retrouvé sa place au soleil sur le canapé un peu humide il est vrai ! On peut revivre et contempler les derniers vestiges en souriant comme si nous avions gagné contre l'adversité ! Après tout, tant d'autres ont tout perdu !

5 jours se sont passés... Umaga, le chat a retrouvé sa place au soleil sur le canapé un peu humide il est vrai ! On peut revivre et contempler les derniers vestiges en souriant comme si nous avions gagné contre l'adversité ! Après tout, tant d'autres ont tout perdu !

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L'apocalypse....

Publié le par Bernard Oheix

Interrompons notre article sur le cinéma pour coller à l'actualité du jour ! Et notre actualité principale colle aux évènements qui passent en boucle sur les télés !

Voici donc quelques photos, florilège d'une nuit de cauchemar, quand les éléments se déchaînent et que la vie peut basculer dans le fait divers ! Nous les avions déjà vues ces photos, dans les drames qui parsèment la vie des autres, mais le décompte macabre des morts (20) et l'impression étrange d'avoir flirté avec le doigt du destin nous laisse désemparés.

Nous étions à 23h30 sur la route du bord de mer, entre Marina Baie de Anges et la Siesta où la Brague sortait de son lit sous les coups de boutoirs d'une crue dévastatrice et des vagues qui éperonnaient le littoral. Nous sommes passés entre deux vagues, l'eau jusqu'aux moyeux de la voiture pour arriver à Cannes à 3h30 ! Comme tant d'autres, nous avons eu l'inconscience de ne pas écouter la voix de la sagesse et avons nié le danger, mis en péril notre existence pour atteindre une maison qui nous attendait et dont on craignait qu'elle n'ait souffert !

Un lac nous attendait devant chez nous, l'avenue Francis Tonner transformée en gigantesque cimetière pour voitures défoncées. Malgré les marches qui me permettent d'accéder chez moi, dans l'eau jusqu'à la taille, j'ai ouvert dans la nuit glauque la porte d'entrée pour poser le pied sur la boue sale d'un rêve éveillé ! Voici ce qui nous attendait.

Mon bureau, juste une mare de boue avec des manuscrits et des textes perdus à jamais !

Mon bureau, juste une mare de boue avec des manuscrits et des textes perdus à jamais !

Des bouteilles couchées par les flots et qui se sont remplies naturellement !

Des bouteilles couchées par les flots et qui se sont remplies naturellement !

Montée des eaux à l'assaut d'une oeuvre de Sayou !

Montée des eaux à l'assaut d'une oeuvre de Sayou !

Etat de mon studio après 46 cm d'eau pour organiser le chaos !

Etat de mon studio après 46 cm d'eau pour organiser le chaos !

Le lendemain, groggy, le jour se lève sur un spectacle de désolation !

Le lendemain, groggy, le jour se lève sur un spectacle de désolation !

Bernard dubitatif ! C'est vraiment arrivé si près de chez nous !

Bernard dubitatif ! C'est vraiment arrivé si près de chez nous !

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Les années 70 et le cinéma

Publié le par Bernard Oheix

Cet article a été écrit pour illustrer une des séquences d'un livre-jeu que nous sommes en train de concevoir avec Luc Michel Toledano, Patrick Coulomb et Julien Oheix. Il s'agit d'une adaptation du jeu Le Cinéphile que nous avons créé devant déboucher sur une édition prochainement.

Le découpage des fiches jeu en décennie est précédé d'un texte introduisant chaque période, tant sur le plan de l'histoire que du cinéma, dans une volonté de lier à la fois les drames et les joies de chaque moment de notre vie avec les films qui en ont fait le succès.

Il s'agit pour moi d'écrire sur les années 70 et je vous présente ici la première partie de mon texte, le contexte en quelque sorte de ces années si riche cinématographiquement !

La dernière vague du baby-boom (cette génération enfantée avec la paix revenue et l’espoir renaissant) déboule dans ces années 70 avec les rêves d’une génération dorée. Ils ont encore sous leurs yeux la génération de leurs parents, issue de la guerre et de ses ravages, de la privation et de l’horreur d’un monde basculant dans la folie, et peuvent en contempler les stigmates toujours présents une vingtaine d’années après la fin du chaos de la Deuxième guerre mondiale.

Ils ont vu dans la précédente décennie, les biens de consommation faire irruption dans leur vie et transformer leur environnement. Le frigidaire, la voiture, le solex, la machine à laver le linge puis la vaisselle, le téléphone qui abolit les distances et cette toute nouvelle lucarne fascinante, la télévision, qui ouvre leurs yeux au monde de l’ailleurs et dévoile des pans d’une humanité inconnue.

On se déplace encore peu dans ce monde où les frontières et les distances enferment l’individu dans sa région et les seules migrations sont celles héritées des guerres de décolonisation et de la volonté des industriels de trouver des bras à bon marché ! Qui se souvient encore du «plein emploi» de l’Age d’Or et de l’importation massive d’une génération sacrifiée à l’industrie «taylorisée» de la production des biens de consommation dans des chaînes qui aliènent le travailleur et le coupent du produit fini ?

On y vit pourtant bien dans cette France assoupie où les convulsions d’un Mai 68 portées par les jeunes et les étudiants ont créé un électro-choc !

Les années 70 s’ouvrent sur cette montée en puissance d’une jeunesse avide de prendre sa place. La majorité va basculer rapidement de 21 ans à 18 ans sous l’impulsion d’une nouvelle droite plus «moderne» incarnée par Valéry Giscard D’Estaing, les femmes s’imposent comme une force à part entière et militent pour l’appropriation de leurs droits et de leurs corps, obtenant même, contre cette société machiste, le droit à l’avortement en 1974. L’ascenseur social fonctionne à plein, permettant à des enfants des classes moyennes et ouvrières d’accéder à l’Université avec la certitude d’un emploi à la sortie et d’une montée dans l’échelle sociale leur permettant de «dépasser» le niveau de leurs parents.

Tout irait pour le mieux si le premier choc pétrolier de 1973, consécutif à la guerre du Kippour, ne venait lancer un coup de tonnerre, rappelant aux français que le monde extérieur avait son mot à dire dans notre destin national !

Et personne en ce début de décade ne peut imaginer qu’elle sera celle de la fin des utopies. Envolés les élans libertaires d’un mai 68 où tout semblait possible. Choc de la guerre du Kippour, guerre tournée vers l’avenir au contraire des guerres de décolonisation, séquelles d’un passé qu’il faut bien accepter de solder. Lecture de l’Archipel du Goulag de Soljenitsyne qui vient abolir la frontière entre l’idée d’un monde imparfait issu de l’idéologie communiste et ses bourreaux d’un capitalisme conquérant. Même si c’est dans la décennie d’après que le Mur s’écroule, c’est en cette année 74 qu’un livre ravageur dévoile l’atroce vérité d’un monde concentrationnaire érigé sur une philosophie des vertus !

Ces années 70 sont fertiles en événements majeurs. La sécheresse du Sahel, la fin de la guerre du Vietnam par les Etats-Unis contraints de signer les accords de Paris en 1973 pour sortir du bourbier sous la pression d’une jeunesse se révoltant en créant les bases d’une contre-culture où les drogues se développent. Cette même jeunesse se radicalise en Europe avec Les Brigades Rouges en Italie et la Bande à Baader (Fraction Armée Rouge) en Allemagne, tentatives terroristes de basculement de l’Etat.

La Révolution Culturelle de Chine avec un Grand Timonier à la barre sanguinaire d’un pays sous électro-chocs d’une jeunesse avide de casser le moule de « l’ancien » afin de faire ce « nouveau » pays que Mao Tse Toung dessine pour eux. Les luttes de libération en Asie débouchant sur un gigantesque camp d’extermination dont les Kmers Rouges sont les apôtres sanguinaires, le coup d’état au Chili organisé par une CIA imposant une dictature sanglante et les pouvoirs militaires qui investissent l’espace public en Amérique du Sud, les convulsions du continent Africain entre les séquelles des décolonisations douloureuses et un néo-colonialisme qui pille leurs richesses en soutenant des gouvernements fantoches où la prévarication règne en loi d’airain…

Et pour terminer cette « décade prodigieuse », en un mouvement concomitant, l’Iran fait sa révolution et L’URSS envahit l’Afghanistan. Les heures sombres des années 2000 s’annoncent alors… mais personne se s’en rend vraiment compte sur le moment !

Cette jeunesse Française qui ouvre la décennie des années 70 ne sait pas que les Trente Glorieuses, cette période bénie de la reconstruction avec plein-emploi, miracle économique et course aux biens de consommation, est en train de se terminer. Un nouvel ordre se dessine, mondialisé, avec l’émergence de l’Asie dont les règles se formateront dans les soubresauts de l’agonie des économies industrielles européennes traditionnelles. Le monde est en train de changer…

Pourtant, cette jeunesse reste insouciante, gorgée de passions, est avide d’une culture qui se démocratise, des revues de musique qui naissent, un espace réel qui s’ouvre à leurs désirs. Le rock et les revues de musique comme vecteur de leurs aspirations, Johnny qui perdure et les Beatles qui se sont séparés, les Pink Floyd qui percent le « mur » de l’oppression. La scène musicale toute neuve s’ouvre au jeune public qui a désormais les moyens de consommer, d’écouter des vinyles, de voir des vedettes dans des Festivals ou des salles spécialement construites adaptées à cette passion électrique…La fin de l’utopie aussi avec les « punks » qui se radicalisent contre un rock populaire trop institutionnalisé à leurs yeux. C’est bien dans ces années que l’on bascule de l’optimisme béat initial au pessimisme d’un monde trop imparfait qui nous guette !

Le cinéma a fait sa grande révolution formelle dans les années soixante, cassant un système de production figé grâce aux progrès de la technique, inventant un langage moins académique et collant à la réalité d’un monde en mouvement ! Le cinéma de papa agonise dans l’académisme des productions classiques. D’ailleurs, le cinéma populaire, la sortie en famille, la notion de films « détente », tout cela explose pour répondre à la soif d’une nouvelle catégorie de spectateurs dont les jeunes sont le pilier et qui revendique que le 7ème Art soit celui de l’intelligence et de l’émotion, du reflet d’une réalité et de l’interprétation d’un présent que l’on peine à décrypter.

Ils se sont formés à la « cinéphilie » dans les nombreux ciné-clubs qui pullulaient, à coups de débats énergiques, de réflexions sur le fond et la forme, esthétique revendiquée devant renvoyer aux problèmes d’un monde qui perçait alentour. La pellicule en 16mm autorisait la diffusion la plus large, dans tous les recoins du territoire, des oeuvres plus confidentielles trouvant un public que les réseaux de salles ne lui offrait pas forcément. Une salle de classe, l’arrière cour d’un restaurant, une place dans un camping, un « drive in »… tout pouvait concourir à la diffusion d’un film brésilien ou japonais qui n’aurait jamais trouvé sa place dans le réseau traditionnel commercial !

Dans ces années 70, les revues de cinéma foisonnent et sont des forums de discussions acharnées. Les Cahiers du Cinéma comme une institution dispensant la « loi », Positif en opposant stratégique, Ecran et Cinéma 70 comme la vulgarisation intelligente du 7ème Art, Image et Son, Jeune Cinéma, émanations des fédérations de ciné-clubs. Chaque mois, des milliers d’exemplaires se retrouvent sur le marché, une génération de critiques naissant grâce à l’extraordinaire appel d’air de toutes ces revues qui luttent afin de s’imposer.

Voilà, la semaine prochaine je vous présenterai la deuxième partie, celle sur le cinéma et les films. Vos remarques sont les bienvenues, n'hésitez pas à me faire part de vos impressions !

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BoccaSamba... clap de fin !

Publié le par Bernard Oheix

Un été 2015 au rythme de la Samba...

Tout est né dans l'imagination de mon ami producteur, Richard Stephant, un jour de lecture d'un article sur le jeune dynamique et enthousiaste Maire de la Ville de Cannes, mon ancien président et complice du Palais des Festivals de Cannes, David Lisnard, lançant un projet pour La Bocca au nom évocateur de Boccacabana !

A l'origine un constat, La Bocca possède le plus grand front de mer de Cannes... mais celui-ci est totalement inexploité, dans un état pitoyable et l'idée de David Lisnard est de reconfigurer cette zone en la restructurant et en l'aménageant pour un plus grand confort mais aussi pour l'attractivité de ce quartier haut en couleurs où j'ai grandi et réside !

Car Boccassien je suis, reste et fier de l'être !

Aussi, après de nombreuses sessions de travail avec Richard Stephant (avec qui j'ai co-produit Le Requiem de Verdi, Le Canto General, le Mozzartissimo et tant d'autres galas de danse et concerts !), je me présente devant le Maire et lui lance, "-Si vous faites Boccacabana, je vous propose BoccaSamba pour accompagner votre chantier ?"

Regard interloqué, discussions animées, connivence retrouvée et "Banco" du Maire pour une édition 2015 qui devrait décoiffer !

BoccaSamba... clap de fin !

Mes motivations étaient simples et évidentes... pour moi !

1) Devenir le "Roi de La Bocca", ce quartier qui est le mien, dans lequel j'ai grandi, où j'ai vécu l'essentiel de ma vie. C'est ici que j'ai joué au foot, fait mon collège, dragué mes premières fiancées, vu mon premier film (dans l'Enfer Vert !) avec mon père dans un vieux cinéma de quartier... C'est ici que je me suis réinstallé après ma parenthèse burgienne, que mes enfants ont grandi, que je vais à la mer (au rocher rouge de Bernard, s'il vous plait !) et que je vieillis au fil des années qui s'enchaînent à un rythme incroyable !

2) Continuer mon équipée avec mon Maire, mon ami que j'ai soutenu pendant sa campagne, moi l'éternel soixante-huitard aux côtés du jeune quadra de droite à l'avenir certain ! Un paradoxe pour certains, une fidélité évidente pour moi ! Un homme avec qui j'ai eu une vraie liberté pendant les douze années où il a été président du Palais des Festivals et où j'étais son Directeur de l'Evènementiel, qui est à l'origine du succès de nombre de mes programmations... Iggy Pop, Pete Doherty, l'opéra moderne concocté avec Michel Sajn avec Archive et le CD avec l'orchestre de Cannes qui en a découlé, toutes ces idées bizarres qu'il a toujours soutenues et encouragées... Alors oui ! Pour lui et pour perpétuer notre amitié, mon BoccaSamba collait parfaitement à son Boccacabana !

3) Faire vivre ma boite, Bocca Conseils (cf. le site officiel de Bernard Oheix) en trouvant de nouvelles idées comme la Nuit de la Tchatche, Battles in the sky ou Le cinéphile, le jeu sur le cinéma que je développe avec une équipe de marseillais et Luc-Michel Toledano, son créateur.

4) Enfin et surtout, retrouver le terrain, le vrai ! J'ai commencé comme animateur de MJC (à La Bocca Frayère, justement !), j'ai toujours aimé la simplicité et le naturel des opérations menées avec les gens, sur le terrain, en proximité. L'animation n'est ni un gros mot, ni un concept désuet pour moi qui pendant 22 années a géré les plus grandes stars, la culture avec un grand "C", réalisé des manifestations de prestige. Derrière le Directeur, assoupi parfois, l'animateur a toujours veillé au grain, en maintenant un contact étroit avec la vérité du terrain... Cela explique sans aucun doute beaucoup des choix que j'ai fait !

 

BoccaSamba... clap de fin !

Alors que reste-t-il de cet été chaud et complexe à souhaits ?

La vraie beauté des gens, de ce public que l'on oublie trop souvent, se laissant aller, jeunes, vieux, arabes noirs ou blancs, à danser la samba, à se trémousser devant une scène improbable, entre deux tours où logent en s'ignorant des milliers de personnes, sur une terre battue, dans le soir caniculaire tombant.

L'excitation et la sensation grisante du dérisoire de la situation. Seuls avec Richard et Amélie, contre vents et marées, enfourchant ma moto afin de repérer les groupes sur la plage et leur offrant la vision surréaliste de corps emplumés, de silhouettes belles comme le crépuscule en train de danser aux sons d'une Batucada. Déchaînement sympathique des passions humaines, ferveur et bonheur de l'étrangeté de la situation !

Les heures avec les artistes, danseuses belle à couper le souffle, vieux musiciens brésiliens rompus à toutes les joutes musicales, star comme Zezihno, le roi du tic, tic, tac, débarquant spécialement de Manaus pour un concert gratuit sur une place de marché remplie d'un public avide de sensations.

La beauté des filles et des costumes de la Parade Fleurie transformée en corso carnavalesque sillonnant l'avenue principale de La Bocca au milieu de milliers de touristes et de Boccassiens en extase.

Le visage illuminé d'une petite fille se trémoussant en suivant une des danseuses dans des figures de plus en plus sophistiquées, l'oeil rieur d'une mamie esquissant un pas fatigué, son cabas à la main, devant la foule, l'embrassade émue d'un animateur à La Frayère après le concert de Dona Flor, nous demandant de revenir pour d'autres soirées aussi belles, le mot du Maire sur mon portable me remerciant pour mon action, la complicité des journalistes et photographes qui ont permis que la réussite évidente sur le terrain devienne un succès tout court, dans les esprits même les plus chagrin qui me prédisait une belle "gamelle" et ont parfois tout fait pour me mener à l'échec !

Mais les dieux de la Samba étaient avec nous en cet été et BoccaSamba 2 se déroulera, peut-être, en 2016 aux rythmes plus intenses des jeux olympiques qui se dérouleront à Rio de Janeiro sur la même période !

Alors vive le Brésil et les Brésiliennes !

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Vive BoccaSamba !

Publié le par Bernard Oheix

Mais qu'est ce que le Bocca Samba ? Une nouvelle danse de l'été ou un outil d'animation de La Bocca, le quartier de Cannes où je réside et qui est dans mon coeur ? Un plan ambitieux (cf. le dossier sur mon site Professionnel Bernard Oheix, onglet BO Conseils/Boccasamba) me permettant d'exister encore et de devenir le King of La Bocca, ou autre chose de beaucoup plus complexe et pervers ?

Comment répondre si ce n'est par quelques images volées pendant cet été de canicule !

A vous de juger !

Toujours prêt à faire parler d'une opération que je mène même s'il est nécessaire que je m'implique ! Inutile de vous dire que cet article et cette photo ont fait parler de l'opération en cours !

Toujours prêt à faire parler d'une opération que je mène même s'il est nécessaire que je m'implique ! Inutile de vous dire que cet article et cette photo ont fait parler de l'opération en cours !

Fernanda, Josy et Christelle, les reines de la Batucada en train de me remercier pour la confiance (et l'admiration !) que je leur témoigne !

Fernanda, Josy et Christelle, les reines de la Batucada en train de me remercier pour la confiance (et l'admiration !) que je leur témoigne !

les danseuses d'Anna Torres reconnaissantes !

les danseuses d'Anna Torres reconnaissantes !

C'est le Brésil ! Paillettes et postérieurs....un beau visage de la fête dans l'harmonie des couleurs !

C'est le Brésil ! Paillettes et postérieurs....un beau visage de la fête dans l'harmonie des couleurs !

Entre Anna Torres la reine du 6 aout et Zezhino, la légende du TIC,Tic,Tac qui est venu spécialement de Manaus pour un concert de folie sur la place du Marché de La Bocca ! Vous avez dit bizarre !

Entre Anna Torres la reine du 6 aout et Zezhino, la légende du TIC,Tic,Tac qui est venu spécialement de Manaus pour un concert de folie sur la place du Marché de La Bocca ! Vous avez dit bizarre !

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40ème Nuits Musicales du Suquet

Publié le par Bernard Oheix

40 ans que la magie perdure ! Les Nuits Musicales du Suquet, c’est plus de 300 concerts, plus de 5000 musiciens, artistes, plasticiens, conteurs qui se sont succédés sur le plancher de cette scène en fronton de l’église du Suquet perchée au sommet de la butte qui surplombe le vieux port. Ce sont plus de 150 000 spectateurs qui se sont juchés sur les sièges (inconfortables !) de la tribune, entre les remparts crénelés, sous le regard des sternes qui poussent invariablement leurs cris d’orfraie à l’heure où le soleil se couche, quand les premières notes jaillissent vers le ciel étoilé !

Rituel de l’arrivée sur la place ombragée de La Castre, de la descente du public sous le porche de l’église, découverte de l’agora où les places se remplissent dans les derniers feux du soleil !

J’ai réalisé mon premier Festival du Suquet en juillet 1989, époque d’artisanat, billetterie manuelle, équipe en train de se constituer autour de René Corbier, le Directeur des Affaires Culturelles de la Ville de Cannes dont j’étais l’adjoint. Puis en 1992, devenu Directeur de l’Evénementiel du Palais des Festivals, j’ai alors assuré avec Sophie Dupont, mon éternelle adjointe, ma soeur en travail, ma compagne de toutes les campagnes culturelles, la charge de la production des Nuits Musicales du Suquet.

La Direction Artistique était confiée à Gabriel Tacchino, qui avait fondé la manifestation en 1975. Pianiste de renom, enfant du pays, Gabriel a eu son heure de gloire. Que dire de nos 25 ans de collaboration, le meilleur comme le pire, mais le constat d’un attelage qui a fonctionné de nombreuses années et me permit à l’évidence d’acquérir un vrai savoir faire, une capacité de comprendre les mécanismes du classique et du milieu qui le gérait !

Dans les éditions 2007/2010, la situation se tendit entre la Direction Artistique et la Direction Générale du Palais. Epuisement et tarissement de la source d’inspiration du responsable de la programmation en décrochage, à la fois avec l’arrivée d’une nouvelle génération d’artistes plus libres et moins conformistes et de la mutation d’un public en attente de nouveautés et de surprises.

Quand on me proposa de reprendre sa Direction Artistique, j’ai accepté le challenge difficile de succéder au créateur de la manifestation, crise de lèse-majesté s’il en est ! Une polémique enflamma les colonnes de journaux, entre ceux qui niaient ma légitimité et contestaient ma « compétence » en musique classique (mais j’ai toute ma vie programmé de la Danse sans être danseur, du théâtre sans être acteur et de la musique rock… sans être pour autant un rocker !). Une lettre déclarait d’ailleurs que si « -Oheix savait programmer, cela se saurait ! »… Ambiance !

Pourtant, cette guerre entre les classiques et les modernes se transforma en escarmouche vite oubliée ! Les programmations des premières années affirmaient ma volonté de casser le moule du « classique pur », de tendre des passerelles avec d’autres arts, d’ouvrir les tenants de l’orthodoxie à une forme de modernité et d’aller chercher un nouveau public, plus jeune, moins dans le « code » et donc plus volatil.

Ai-je réussi ? Les chiffres tendraient à le prouver même si tout n’est jamais parfait. Une partie (réduite) des « fans » de Tacchino s’évada. D’autres débarquèrent, et les Nigel Kennedy, Chilly Gonzales, Fazil Say, Laurent Korcia et autres vinrent ouvrir nos horizons à une musique classique résolument plus moderne. Des genres nouveaux apparurent, contes sublimes de Jean Louis Trintignant au crépuscule de sa carrière, staccato du Grand Corps Malade, bouille de Juliette et piano de William Sheller…

Des créations aussi, un Mozart en image, un hommage à Theodorakis, des voix Gospel se greffant sur les percussions caribéennes… et tant d’autres rêves que la magie du lieu magnifiait !

Tout ne fut pas sans grincements, tout ne fut pas du meilleur niveau… mais il y avait toujours de la passion, de l’enthousiasme et la certitude que la musique classique agoniserait de ne pas l’obliger à s’ouvrir à la période actuelle !

Pour la 40 ème édition, un retour vers les grands interprètes au service des grandes oeuvres me semblait l’axe idéal pour conjuguer la longue expérience de Gabriel Tacchino et la parenthèse enchantée de mon action depuis 5 ans !

Les concerto Brandebourgeois et Le Stabat Mater de Pergolese furent éblouissants sous la direction de Ashley Solomon conduisant le Florilégium de Londres, un des ensembles phares qui portent le renouveau de la musique baroque. Laurent Korcia fut égal à lui-même sous l’archet de son Stradivarius et en compagnie d’une jeune soliste pianiste américaine, Julia Siciliano. La Méditation de Thaïs de Massenet qu’il me dédia restera un des moments forts de toute ma carrière de programmateur.

François René Duchable, l’un des précurseurs de ceux qui firent voler en éclat les codes rigides qui étouffaient la musique classique (un frac aux orties et un piano dans le lac !) et Sophie Marin de Gore que j’avais accueillit, il y a plus de 20 ans, toute jeune et belle et toujours aussi belle et jeune, offrirent une création au Festival, balade entre des nocturnes de Chopin, le lyrique du 19ème siècle et les grands airs des comédies musicales américaines. Vadim Repin, le plus grand violoniste vivant et son trio (Kniazev/Korobeinikov) offrit une des plus belles soirées jamais entendues dans cette enceinte. Trio Elégiaque de Rachmaninov, N°2 de Brahms et « A la mémoire d’un grand artiste » de Tchaïkovski, connivence des artistes dont les instruments semblaient dialoguer, inspiration divine…

Quand à la dernière soirée du Festival avec L’Orchestre de Cannes dirigé par Wolfgang Doerner et mon ami David Levy en soliste piano, elle fut étincelante. Un Concerto n°1 de Chostakovitch dont il est un des spécialistes, et 3 oeuvres choisies par chacun d’entre nous à offrir au public. La philosophique The Unanswered Question de Charles Ives par David Levy, où une trompette interpelle par 7 fois les « vents » sous l’aile des cordes pour une question qui restera sans réponse. J’avais sélectionné l’Adagio for string de Samuel Barber, vagues montant à l’assaut de nos émotions pour embraser le silence, et le chef de l’Orchestre de Cannes, l’Appalachien Spring de Copland, télescopage entre la musique classique et la culture native des américains, fifres et percussions d’un folklore authentique !

N’oublions pas les concerts de 19h, pépites de découvertes et de voyages.

En terre de rock progressif pour un jeune groupe composé pour partie de Cannois vivant à Paris, Human Théoréma. Pour la première d’un groupe de rock dans un Festival Classique, ils firent honneur à la musique tout court, à l ‘esprit qui, de Mozart aux Beatles, refuse toute barrières et tout frein à l’expressivité et à la créativité. Un grand groupe est né ce soir là, et c’est aux 40ème Nuits Musicales du Suquet que leur carrière peut démarrer. longue vie donc à ces jeunes qui un jour, peut-être, deviendront des « classiques » de la musique moderne !

Sur les routes poudreuses de l’Italie du Sud avec le « pizzica » de Mascarimiri, airs folkloriques de Salento portés par des synthétiseurs, flûtes, guitare et tambourins en accompagnement, présence obsédante de mélodies se confrontant aux cultures qui l’environnent, de l’Orient aux Balkans, portées par la voix puissante d’un chanteur charismatique, Claudio Gianotti.

Enfin, l’accordeur des pianos du Festival, mon ami Jacques Coquelin, basculant du côté obscur de la force, se retrouva propulsé sur la scène pour un concert baroque médiévalo- provençal ! Galoubet et contre-ténor, ancêtre de la guitare avec percussions, du latin au vieux français… Une belle aventure menée avec beaucoup de délicatesse par cet ensemble composé de Cannois.

Voilà donc la 40ème édition du Festival des Nuits Musicales du Suquet qui s’achève. Dans une chaleur caniculaire, par 70% de taux d’humidité, devant des salles combles et pour mon plus grand bonheur ! Un voyage dans le temps et l’espace, à travers les grandes oeuvres de grands interprètes pour un Festival de plus ! La simplicité de Vadim Repin, l’oeil pétillant de François-René Duchable, le sourire de connivence de Laurent Korcia et l’amitié de David Levy en restent comme les repères d’un anniversaire grandiose !

Vadim Repin, le génie d'un homme simple et chaleureux !

Vadim Repin, le génie d'un homme simple et chaleureux !

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Pour en finir avec Bertolucci ?

Publié le par Bernard Oheix

En 1974, jeune étudiant à l’Université de Nice, je soutiens mon mémoire de maitrise en Histoire du Cinéma sur Bernardo Bertolucci sous la direction d’un jeune professeur passionnant qui m’a fait comprendre ce cinéma que j’aimais tant : Jean A Gili. C’est le moment où Le Dernier tango à Paris (1972) avec un Marlon Brando sulfureux, Jean-Pierre Léaud, Maria Schneider et une plaquette de beurre, l’ont propulsé comme un «grand» réalisateur à succès, et sur les écrans s’annonce le premier volet de Novecento avec Gérard Depardieu, Robert de Niro, Burt Lancaster, Donald Sutherland et tant d’autres qui le consacrera dans le monde entier, achevant un cycle d’une fertilité incroyable entamé avec La Strategia del Ragno en 1969 et poursuivi par Le Conformiste en 1970.

J’avais obtenu de la «Cinecittà», le grand studio de Rome, de travailler et de visionner tous ses films sur place. A l’époque il n’y avait pas de DVD ou autres supports, tout se visionnait sur la pellicule avec des grosses machines chargées par des techniciens. Je n’avais ( que trop brièvement) rencontré le maître pendant mon séjour romain, occupé qu’il était par le montage de sa saga sur l’histoire de l’Italie, des luttes paysannes à l’avènement du fascisme de Novecento.

Je ne pensais pas écrire pour et sur l’histoire du cinéma, juste le plaisir de travailler sur un cinéaste que j’aimais et dont La Stratégie de l’araignée, sur une nouvelle de Borges, avec Giulio Brogi et Alida Valli, était pour moi, un chef d’oeuvre que j’avais visionné 22 fois...

La scène du bal sur l’hymne fasciste (un monument de technique au service d’une idéologie), la complexité du sujet (un fils en quête de son père, Athos Magnani, mort comme un résistant et qui s’avèrera un traître à la cause... encore qu’une dernière image peut infirmer ce double glissement du héros en traitre !), la scène de l’opéra avec le flou qui dérobe le personnage et crée la tension, l’herbe qui grandit entre les rails d’une gare improbable aux sons d’un opéra de Verdi, la fusion novatrice en un réalisme ancré dans les terres et les traditions italiennes et la sophistication d’un formalisme au service des idées, tout cela faisait, à mes yeux, de cette oeuvre, un film majeur du 7ème Art d’un réalisateur au sommet de sa créativité.

Avec le temps qui a passé, j’étais persuadé que toute l’oeuvre de ce cinéaste semblait s’ériger sur un socle dont La stratégie de l’araignée m’apparaissait comme la pierre fondatrice.

Même si ses premiers opus (La Comare secca sur un scénario de Pasolini), Prima della Rivoluzione qui aura un succès critique important, Partner avec Pierre Clementi qui sera un échec en 1968) laissent deviner une vraie personnalité hors-norme, c’est avec La Stratégia del Ragno et Il Conformista qu’il développe un langage spécifique et une approche résolument moderne du cinéma.

Entre Godard et Pasolini, Bernardo Bertolucci va trouver sa voie et réalisera quelques chefs d’oeuvres tout au long d’une carrière jusqu’au Dernier Empereur, film phare et crépusculaire qu’il réalisera en 1987 et trustera 9 oscars en un chant du cygne que ses soucis de santé et son manque d’inspiration, malgré un Thé au Sahara et Little Buddha en 1990 et 1993, ne peuvent que rendre cruel !

Lundi 29 janvier : Arte annonce Le Conformiste sur sa grille. 40 ans que je ne l’ai pas revu. Choc. Je décide de le visionner et d’entrée, une monté d’adrénaline avec des images issues de mon passé, Jean-Louis Trintignant jeune et beau que j’ai accueilli il y a deux ans seulement aux Nuits Musicales du Suquet pour un de ses derniers concerts en musique, vieux et fragile, avec cette voix inimitable, déclinant des poètes libertaires… Dans ce film de Bertolucci, il est libre, passe du grave au sérieux, dans des décors « arts décos » sublimes. Invention et liberté d’une caméra qui se décale, décadre les plans, accroche les arrières plans et les détails pour mieux sublimer la « grande histoire » du fascisme à travers l’histoire personnelle de cet homme qui aspire à être le plus normal possible pour chasser les démons d’un viol et d’un meurtre qu’il croit avoir commis dans son enfance. De l’introspection à la réalité, d’un mariage formel sans amour à l’attentat d’un professeur antifasciste, tous les ingrédients explosent en un hymne baroque pour célébrer le drame d’une vie brisée qui se ment à elle-même et se conjure dans un fascisme obsessionnel. Comme il le déclare à la chute de Mussolini, « -je n’ai fait qu’obéir aux ordres, je ne risque rien ! » et c’est bien le drame d’une génération qui vécut la monté des dictatures, et c’est aussi une leçon sur l’universalité de l’horreur que nous vivons désormais.

A la relecture du film, je ne peux que m’interroger. Je n’étais peut-être pas assez armé idéologiquement à l’époque, du haut de mes 22 ans, pour en saisir toute la subtilité. La Stratégie de l’araignée que je portais aux nues avait tous les ingrédients pour me parler, la sophistication et l’introspection du Conformiste m’interpellait moins. J’aimerais désormais remettre les deux films en perspectives…

Et si j’ai un conseil à vous donner, allez voir ces deux chefs d’oeuvres et vous découvrirez deux magnifiques films réalisés dans une liberté de ton et une inventivité caractéristiques d’une période soixante-huitarde où tout était possible et où le cinéma était capable de parler de l’homme pour comprendre l’histoire des hommes !

Malade, fatigué, il vient présenter Io e Te, son dernier film au Festival de Cannes, en 2011 après 10 années de silence. Dans une chaise roulante, j'approche le maître et retrouve son regard intense. Inoubliable rencontre à l'aube de ma vie d'adulte avec un futur grand, à mon crépuscule professionnel avec un homme brisé qui a tant compté pour moi !

Malade, fatigué, il vient présenter Io e Te, son dernier film au Festival de Cannes, en 2011 après 10 années de silence. Dans une chaise roulante, j'approche le maître et retrouve son regard intense. Inoubliable rencontre à l'aube de ma vie d'adulte avec un futur grand, à mon crépuscule professionnel avec un homme brisé qui a tant compté pour moi !

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