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Chilly Gonzales, Huster… et les autres !

Publié le par Bernard Oheix

Il y a quelques semaines, j’avais présenté dans ce blog, mon édito des Nuits Musicales du Suquet faisant état de l’angoisse du Directeur Artistique avant le pénalty... Certains m’avaient d’ailleurs très gentiment répondu sur l’air du «-Arrête de faire ta chochotte, après près de 5000 spectacles programmés, comment encore douter ?». Et pourtant !!!

Même avec l’expérience, il reste cette curieuse alchimie entre l’idée que l’on se fait d’une programmation et sa réalité sur le terrain. Rien ne remplace le moment précis où le rideau tombe, devant un public ou pas, après un show à la hauteur ou pas, et tous les aléas possibles d’un confrontation à la météo, aux bruits extérieurs, à tout ce qui peut dérégler une machine que l’on pense réglée à la perfection !

Mais avouons-le tout de suite, si un Directeur Artistique doit être heureux, alors je suis béat, c’est le nirvana, l’apothéose, le quasi sans fautes dont on rêve toute sa vie ! Même la météo fut avec moi, puisque dans ce climat d’un été pourri, la pluie diluvienne s’est abattue le 25 juillet, jour «off» du Festival et le 29 juillet, lendemain d’une clôture éblouissante ! Il y a des années comme cela où tout ce que vous touchez devient de l’or !

Car si clôture il devait y avoir, comment résister à Chilly Gonzales, (près de 3 ans que je tentais de le programmer) et qui était présent comme un cadeau du ciel en exclusivité Française, seule date de l’été dans l’hexagone et dans sa première d’un nouveau spectacle avec le Kaïser Quartet. Devant des tribunes archi-pleines (même les escaliers avaient été réquisitionnés), après avoir refusés des centaines de spectateurs, il a assuré comme la bête de scène qu’il est, maniant tour à tour la dextérité incroyable d’un soliste hors norme, un humour phénoménal et un sens aigu du partage et de la pédagogie. Le public lui a fait une ovation et dans les loges, après sa représentation, je suis tombé à genoux devant lui en écartant les bras en signe de soumission (sic) pour lui exprimer ma reconnaissance ! Il a ri et nous avons parlé comme des complices heureux du tour que nous venions de jouer à une musique classique «naphtalisé», l’éperonnant pour mieux la mettre en valeur, l’assassinant avec des «raps» vengeurs et des «riffs» pianistiques pour la glorifier quand le Kaïser Quartet partait pour de superbes envolées classiques afin d’en souligner son extraordinaire modernité. Il fait nul doute que ce concert restera à jamais gravé, non seulement dans ma mémoire, mais aussi dans celle des 700 spectateurs présents qui l’ont ovationné ! Il rentre d’ailleurs dans le best-off de mes dix plus beaux concerts, aux côtés de mes amis d’Archive dans leur messe profane avec l’orchestre de Cannes, de l’iguane Iggy Pop, de Pete Doherty et des petites culottes de jeunes filles qui volaient sur la scène, de Salif Keïta tombant à genoux pour supplier le public de danser, des «kalachnikovs» de Goran Bregovic et de quelques autres encore comme Lizza Minelli transfigurée par !es spots lights !

Merci Chilly Gonzales d’être ce que tu es... et peut-être à très bientôt !

4200 spectateurs pour un potentiel maximum de 4800 places alors que tous les Festivals de la région accusent une fréquentation en baisse, parfois de façon cruelle. 5 programmes complets sur les 10, un degré de satisfaction quasi à l’excellence des publics comme des artistes, un budget tenu et que des perles dans un collier de reine, voilà les Nuits Musicales du Suquet 2014 !

Tout avait commencé le 22 juillet avec une des 3 créations du Festival (donc avec une réelle prise de risque !).

L’Ivresse de l’Opéra, est un montage de moments de fêtes et de libations d’opéras divers (Bizet, Verdi, Carmina Burana...), scénographié par un complice de toujours (Paolo Micciché, auteur du Requiem de Verdi/Le Jugement Dernier ou du Mozzartissimo dans mes saisons précédentes) avec des images en superposition projetées sur le fronton en vieilles pierres de l’Eglise du Suquet. Cela n’a peut-être pas convaincu certains puristes adeptes des «3 ténors», mais un vrai public populaire lui a fait sa fête ! La joie et le bonheur se lisaient sur le visage des spectateurs heureux de parcourir toutes ces oeuvres avec intelligence et fraîcheur. Les jeunes du conservatoire Franci de Sienne, les 3 solistes et la bonne humeur d’un «divertissement dionysiaque» ont entrainé une adhésion bien éloignée du confort aseptisé d’un opéra traditionnel !

David Levy est un ami ! C’est aussi et avant tout un soliste d’exception et un homme de défis. Car gageure il y avait dans ce qu’il a osé ! C’est au cours d’une discussion à l’automne dernier, cherchant une idée de programmation que la lumière a jaillit. Avec inconscience, j’ai balancé par provocation les Variations Golberg de Bach, avec tout autant d’inconscience, il s’est emballé, m’avouant son rêve secret d'interpréter cette oeuvre mythique quasiment jamais jouée en «live» ! Et il a tenu bon ! Un an de travail pour que 250 personnes (capacité maximum) dans la cour du Musée découvrent et savourent la complexité et l’incroyable finesse de cette pièce majeure du répertoire qu’il a su rendre avec un talent hors pair. Merci à toi David Lévy, tu restes un grand parmi les grands et tes défis sont à la hauteur de ton immense talent !

Wolfgang (cela ne s’invente pas !) Doerner, le nouveau chef de l’Orchestre de Cannes m’avait proposé une création autour de la musique de Mozart et d’extraits de sa copieuse correspondance en écho ! Superbe idée, adhésion immédiate ! Restait à trouver la voix de Mozart. Grâce à mon fils, Julien Oheix, (son manager de tournées), Francis Huster, dont tous les directeurs artistiques rêvent de pouvoir l’annoncer, à gentiment accepté de venir se prêter à cet exercice. Mélomane, homme de culture imprégné de musique, il a su rendre à Mozart un peu de sa vie si tumultueuse et trop courte. Sa voix tombait du ciel étoilé, Mozart, par ses propres mots réincarné, comme une présence charnelle que ses oeuvres musicales venaient sertir de lumières. Divin frisson !

De Bach à Piazzola, par Helena Rueg au bandonéon et Micha Pfeiffer à l’alto, tel un coup de foudre... D’abord par la pluie venant s’immiscer dans l’ordre des choses (quelques gouttes, un parasol installé en catastrophe afin de protéger les instruments et le concert est reparti !) mais surtout parce que ce projet novateur permettait de tendre des passerelles entre la musique classique et la musique populaire. Leur Libertango restera comme un des (nombreux) moments forts de ce festival.

Place alors au classique pur avec deux formations d’anthologie et un jeune duo. Le Philarmonique de Chambre de Saint Petersbourg (composé uniquement d’anciens élèves du conservatoire Rimsky-Korsakov, (le meilleur du monde, dit-on !). Excellence du jeu nerveux des cordes, du rythme fascinant imposé par le chef Juri Galbo, de l’incroyable fascination d’un soliste bouleversant (Dimitri Berlinsky, plus jeune lauréat du concours de violon Paganini)... Jamais, je n’ai entendu L’été de Vivaldi comme ce soir-là, communion totale avec les éléments ! La Passione de Joseph Haydn achevant une représentation digne des plus beaux moments de l’histoire du Festival du Suquet. Cette école des pays de l’Est si typique, on la retrouvera dès le lendemain dans un Quatuor Talich accompagné de la pianiste roumaine Dana Ciocarlie. Sons boisés, sens du phrasé, engagement, tout un équilibre de la perfection pour deux oeuvres d’exception, le romantique La Jeune fille et la mort de Schubert (cf. le film de Polanski) et l’incroyable modernité de l’opus 44 Quintette pour piano et cordes de Robert Schumann. D’une présence et d’une actualité rare, ces notes qui jaillissaient sous les archets donnaient une dimension littéralement métaphysique à cette soirée magique.

Benjamin Trucchi au violoncelle et Grace Fong au piano, avaient auparavant donné le tempo d’un classique majestueux.

Restait une soirée ouverte sur le monde, une de ces fils tendu entre deux rives que j’affectionne tout particulièrement. Le maître de la Kora, l’instrument le plus classique de l’Afrique, Ballaké Cissoko, nous transporta dans des contrées lointaines pour un voyage d’émotions, un vibrant hommage à ses dieux qui lui donnèrent l’art de dispenser la grâce. Griot de père en fils, il improvisa ses gammes en réponse au lieu superbe de cette cour du Musée de la Castre dominé par un donjon qui l’inspirait. L’Afrique éternelle. 120 personnes présentes, 50 CD vendus à la sortie, comme si chacun d’entre nous désirait conserver une parcelle de cette langueur qu’exprime une Kora que des doigts d’or font chanter.

Le Gospel Drums devait achever ce cycle. Né au cours d’une discussion passionnée avec Thierry Nossin, un producteur ami en qui j’ai une totale confiance, l’idée de réunir les Tambours Croisés avec une chorale Gospel, du chant mère de l’Afrique à l’expression de leurs descendants asservis, fonctionna à merveille. Beauté des voix si pures, énergie lancinante des tambours, la salle entière debout reprenant le refrain d’un final grandiose, comme pour affirmer que la musique est une et indivisible, partie d’un tout et expression du particulier, génératrice de consensus et manifestation de la diversité du génie humain.

Et bien sûr, Chilly Gonzales pour clore définitivement des Nuits Musicales du Suquet 2014 qui resteront comme le symbole d’un aboutissement personnel, un équilibre entre le classique et le moderne, la preuve que le classique sait être ouvert au monde actuel et que les racines de la culture plonge aussi bien dans le temps que dans les horizons si vaste de l’âme humaine. Territoire infini de la beauté qui échappe aux règles.

Alors oui, je peux vous le dire désormais, je suis fier d’avoir enfanté tant de bonheur et de rencontres, tant de sourires et d’émotions.

Oui ! Cette édition des Nuits Musicales du Suquet, sa fréquentation, la présence du maire de Cannes, David Lisnard, mon ami qui sait aimer la culture pour ce qu’elle est, la joie d’une équipe de l'Evénementiel du Palais des Festivals et des techniciens, permanents ou intermittents, tout cela restera gravé à jamais dans ma mémoire.

Merci à la musique de me donner encore le droit de rêver !

Il déteste les selfies.. mais il fera une exception devant mon désir enfantin ! Merci encore Chilly !

Il déteste les selfies.. mais il fera une exception devant mon désir enfantin ! Merci encore Chilly !

Francis Huster, un seigneur. Appelez le Mozart désormais !

Francis Huster, un seigneur. Appelez le Mozart désormais !

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Mondial des Jeux Loto Québec. Année 2014

Publié le par Bernard Oheix

Depuis deux ans, je travaille sur Montréal avec l’espoir fou de créer une manifestation nouvelle autour du monde des jeux. Pour moi, qui ai géré pendant 15 ans le Festival International des Jeux de Cannes, la référence absolue en la matière, ce serait un formidable pied de nez à l’histoire que d’ouvrir un nouveau front au Québec et de réussir cette entreprise sous l’aile de Gilbert Rozon, le patron charismatique de Juste pour Rire.

Tout avait commencé par un coup de fil au mois de septembre 2012, au tout début de ma retraite dorée !

-Bernard, tu te crois en vacances ! Tu te dores au soleil alors que tu es mon directeur du Festival des Jeux et que tu ne le sais même pas ? Allez, monte à Paris, il faut que l’on parle !

Et pour être sincère, ce que Gilbert R veut... !

J’ai connu Gilbert à l’aube du nouveau millénaire, à la Bourse Rideau, un marché du spectacle vivant qui se déroulait à Québec, en février, où j’étais invité régulièrement car je programmais fréquemment nos cousins de la Belle Province. Cette année-là, la Bourse coïncidait avec le Carnaval de Québec ! Imaginez ! Beauté des femmes à moitié nues sur des traineaux dérapant sur la neige par - 30°, fanfare aux doigts gourds, sculptures dans la glace formant des structures fantasmagoriques que seule la chaleur future du printemps viendraient renvoyer au néant !

Mais s’il faisait un froid polaire pour les acteurs du Carnaval, nous les spectateurs le partagions en buvant dans de grandes cornes un vin chaud âpre à déboucher tous nos calculs intérieurs et à chasser les démons du grand froid !

Comme souvent dans ce type de situation, on sympathise, on parle, on crée de l’illusion en se dévoilant. L’homme a mes côtés était sympathique en diable, doté d’un humour corrosif à dégeler les plus coincés, ce qui dans la situation de ce Carnaval par moins 30° n’était pas pour me déplaire !

Comme souvent avec des inconnus, on se livre sans affectation, on joue une partition où, sous couvert de se dérober, on en dévoile beaucoup plus sur soi-même que dans bien des réunions sérieuses à souhaits !

Et il faut dire qu’il m’attirait le bougre, et je ne parle pas de sexe, vous l’avez bien compris !

Il était en pleine ascension vers son apogée pour devenir un des hommes les plus influents de «l’entertainment» et le québécois le plus populaire de la planète en dehors de René, le mari de Céline Dion. J’avais mon bâton de maréchal avec la direction de l’Evénementiel de la Ville de Cannes, je ne demandais rien à personne, il n’avait rien à m’offrir, nous pouvions tomber en amitié !

Peut-on être ami avec un homme qui côtoie la moitié de la planète spectacle... certes pas ! Mais je pressentais qu’il avait une certaine estime pour moi, que je devais l’amuser. Magie de la rencontre !

Dans ces bribes de discours qui s’échappaient dans la tentative de briser la glace (à noter cette image pertinente par moins 30°... Qui es-tu ? Que fais-tu ?), on se lâche quelque peu et dans mon explication de textes (les festivals, la danse, la pyrotechnie, les saisons d’été et d’hiver, les 120 jours spectacles annuels, mon argumentaire bien rodé et maîtrisé à la perfection), j’en vins à lui parler du Festival des Jeux... Et là, j’ai vu son oeil s’allumer, la machine Rozon se mettre en route, l’insight du singe savant jaillir et mon nouveau pote, quinze jours après débarquait sur Cannes avec une délégation pour comprendre ce qu’était ce Festival des Jeux si bien vendu par cet olibrius de sudiste un soir de glace éternelle !

Têtes ahuries devant les 800 scrabbleurs sagement alignés, les 500 bridgeurs, les centaines joueurs de belote et de tarot... Effarement à voir se précipiter des hordes de familles vers le salon des jeux et remplir le Palais des Festivals de bruits et de passion !

Malgré quelques fausses notes, (ce fut l’année de ma plus mauvaise cérémonie de remise des As d’Or, exilée au Palm-Beach avec 3 cacahouètes et un verre de champagne frelaté en agapes), Gilbert Rozon, en homme d’affaires avisé, à son retour sur ses terres, décida d’ouvrir dans son Festival Juste pour Rire, la plus grande manifestation au monde d’humour, un secteur d’animation dans la rue sur le thème du jeu.

Avec des hauts et des bas, depuis 2001, Juste pour Jouer existe et montre à l’évidence que ce secteur est un vraie vecteur d’animations. Pourtant, il manquait un véritable projet, une stratégie de développement qui s’inscrive dans le temps, une équipe compétente... et c’était ce que Gilbert Rozon me proposait en ce septembre 2012 dans son loft Parisien «cosy», entre deux verres d’un bon vin et deux tranches de rire : l’aider enfin à accoucher de ce Festival qu’il dessinait dans ses rêves, qu’il percevait comme un élément capable de confirmer sa stratégie de développement et de renouvellement perpétuel.

Je suis venu faire un audit en novembre 2012 et il m’a reçu avec amitié et sympathie. Nous avons conclu un accord pour fonder ce festival des Jeux avec un objectif à 3 ans, l’idée étant de se positionner comme une des manifestations phares du monde du jeu en 2017, année de la célébration du 375ème anniversaire de la fondation de Montréal dont il est un des commissaires chargés des festivités.

Las ! Le monde n’est pas toujours un fleuve tranquille et l’édition 2013 s’avéra comme une catastrophe. Confiée à une équipe extérieure, coincée entre des dossiers complexes, sans soutien politique, dans la jungle d’une logique de «business» où les chiffres doivent parler avant même d’être émis, le produit «Juste Pour Jouer» 2013, malgré la bonne volonté de certains, s’effondra comme un château de cartes ! Mais je l’en avais averti et j’avais pressenti l’impasse dans lequel se trouvait cette manifestation dès le printemps.

Une nouvelle fois, Gilbert Rozon fit preuve de ce sens inné des affaires qui est le sien, de sa capacité à entrevoir les lignes de fractures et de réagir dans la foulée en inventant des réponses adaptées!

Pendant l’édition 2013, il me demanda de lui présenter en détail l’opération telle que je la voyais, me fit rencontrer un de ses poulains pour prendre en charge les destinées du Festival, accepta de constituer une équipe (réduite certes...) et la machine fut (enfin) lancée.

Arman Afkhami, le producteur est un perse francophone multi cartes, attachant en diable, un chien fou héritant à moins de 30 ans d’un dossier porteur d’avenir. Il a un bagout incroyable, vendrait de la glace à des Inuits et sait driver une équipe et rêver debout. Son adjoint, Guillaume Degré-Timmons est encore plus jeune et accède au rang envié de porteur de projet, s’occupant de la conception et du suivi, véritable doublure opérant sur tous les fronts. A ses deux permanents soudés, on peut rajouter une assistante débarquant au printemps, Wacim, un responsable des réseaux sociaux quasiment bénévole, colosse débonnaire au sourire charmeur, toujours prêt a aider et bourré de compétences, et une stagiaire Française non-payée redoutable d’efficacité drivant une horde de bénévoles avec doigté !

Si on me rajoute comme consultant, voilà l’équipe gagnante de pieds cassés en train de marquer l’histoire de la Ville de Montréal où les festivals et spectacles éclosent en été comme les fleurs au printemps.

Mais c’était sans compter sans Francis Gagnon de Socio-jeux, un passionné passionnant perdu dans un monde de jeux, sans l’équipe d’un Bar à jeux atypique, le Randolph, sans un président d’une Fédération d’Echecs osant postuler pour le Mondial des Jeunes en 2017, les responsable de Cyber’Activ aux projets ambitieux, sans tous ces bénévoles et ces soutiens spontanés qu’une société où la méritocratie existe sait générer, et sans tous ceux qui oeuvrent depuis des années dans cette mini-industrie et qui me font l’honneur et le plaisir de penser que j’apporte un vent nouveau à cette manifestation en train de naître.

Car après bien des vicissitudes, des périodes de doutes et des atermoiements, deux séjours à Montréal à l’automne et à l’hiver, la venue à Cannes d’Arman et de Guillaume, le soutien indéfectible de Gilbert Rozon et de ses principaux cadres de Juste Pour Rire (Alain Cousineau et Marc Tremblay) ont permis in-extrémis à la situation de se décanter et au Mondial des Jeux loto Québec d’ouvrir en ce 12 juillet, dans les flonflons de la fête et un air de succès plane autour du Mondial des Jeux loto Québec.

Il faudra bien sûr le confirmer tout au long des 15 jours qui viennent mais d’ores et déjà, cette première marche tant redoutée est franchie.

On peut le dire désormais, Le Mondial des Jeux existe, il est né un 12 juillet 2014 à Montréal, c’est un bébé en pleine forme, qui pète le feu, nourrit à la «poutine» de caribou, dans la passion d’une bande de jeunes qu’aucunes limites n’effraient, apte à construire un avenir doré et a dessiner pour les années à venir, un monde où jouer pourrait bien être un moyen de construire leur propre avenir !

Et moi, j’observe et je suis heureux, ils me rendent un peu de ma jeunesse et de mes rêves envolés, ils me permettent d’être encore en vie et d’espérer !

Gilbert Rozon et Bernard Oheix pendant l'inauguration du MDJ... Life is beautiful, life is a festival !

Gilbert Rozon et Bernard Oheix pendant l'inauguration du MDJ... Life is beautiful, life is a festival !

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Québec, Mondial des Jeux

Publié le par Bernard Oheix

C Le Mondial des Jeux Loto-Québec 2014 annonce sa programmation

par Benoît Chamontin le 8 juillet 2014 - 0

Dans le cadre du Festival Juste pour rire, la première édition du Mondial des Jeux Loto-Québec prendra place du 12 au 26 juillet 2014 à la Place des Arts. Ainsi, il sera possible de découvrir un festival consacré à l’univers des jeux, que ce soit des jeux vidéos, des jeux de table ou d’autres divertissement encore.

Cela fait plusieurs années que le Festival Juste pour rire essaie de faire quelque chose. Finalement l’inspiration est venue de Cannes qui a un événement depuis plus de 30 ans, englobant toutes les facettes du jeu. Bernard Oheix, qui était directeur pendant 15 ans du Festival international des jeux à Cannes, est d’ailleurs consultant pour le Mondial des Jeux Loto-Québec. Dans son esprit, « ce n’est pas un Cannes Bis mais un événement pour Montréal en définissant quelque chose d’authentique pour la ville ». L’ambition est présente puisque Bernard Oheix explique qu’il doit devenir le plus gros événement jeux en 2017. Pour cela, il explique qu’il faut développer avec la communauté des joueurs et tous les acteurs ici.

Pour cette première édition du Mondial des Jeux Loto-Québec à Montréal, l’événement sera organisé autour de trois volets :

  • Boulevard des Jeux : situé sur le boulevard de Maisonneuve entre les rues Jeanne-Mance et Saint-Urbain. On y retrouvera de nombreuses animations de la part de Socio-Jeux et du Randolph, entre autres, mais également de la Fédération Québécoise des Jeux Récréatifs et des Échecs.
    Par ailleurs, on retrouvera Kilo-Beat et Gros Joueurs pour jouer à des jeux réinventés comme on avait pu le voir lors de Nuit Blanche Montréal tandis que 55 icônes proposera un jeu pédagogique.
    Enfin, une boutique en plein air du distributeur québécois Valet d’Cœur sera également sur place.
  • Salon de jeux : situé dans le Complexe Dejardins. Il sera possible d’y retrouver un bar à jeux dans lequel les festivaliers pourront s’installer pour jouer et découvrir de nouveaux jeux grâce avec l’animation de l’équipe du Randolph. Un tournoi de Loups-garous géant et des Quizz Night, en français et en anglais, seront également proposés tout au long du Mondial des Jeux.
    Par ailleurs, du 17 au 23 juillet, le Casino de Montréal proposera une formule heads-up de duels de poker gratuits avec à la clé des places au Tournoi des humoristes.
    Enfin, tout au long du festival, 16 bornes Xbox One / PlayStation 4 seront disponibles pour découvrir les jeux de Ubisoft, Warner Bros. Games, Eidos et EA Sports. L’événement mettre également de l’avant les jeux sur tablettes, avec la possibilité de tester les jeux de Hibernum et Square Enix Montréal.
    À noter qu’Ubisoft sera présent du 12 au 17 juillet afin de trouver les meilleurs danseurs du célèbre jeu Just Dance 2014. Une finale aura lieu dans le cadre du volet tournois et spectacles.
  • Tournois et spectacles : c’est un volet très intéressant dans le cadre de ce Mondial des Jeux. Non seulement on retrouve du ludique et du divertissement, mais on va également pouvoir assister à des tournois de jeux de table et de jeux vidéo.
    Ainsi, les hôtels Hyatt Regency et Fairmont Le Reine Élizabeth accueilleront notamment des Tournois d’Échecs, de Scrabble et de Dames dans le cadre des compétitions de jeux fédérés aux hôtels Hyatt Regency et Fairmont Le Reine Élizabeth.
    Par ailleurs, pour la première fois au Québec, les qualifications nord-américaines du tournoi ESWC (Electronic Sports World Cup) seront présentées les 18 et 19 juillet au Théâtre Télus. Ainsi, il sera possible d’assister à des tournois de Counter-Strike : GO, Call of Duty : Ghosts et Just Dance 2014. Les gagnants seront invités aux finales qui se tiendront durant le Paris Games Week 2014.
    Enfin, des tournois de Ultra Street Fighter 4 et Supersmash Brothers Meele sont aussi au programme.

Il s’agit donc d’un programme très intéressant et qui est susceptible d’intéresser tous les types de joueurs. Il faudra maintenant voir comment se passera cette première édition et de quelle manière évoluera le Mondial des Jeux mais, au-delà des ambitions affichées, il semble que l’équipe bénéficie d’un soutien important pour réussir son pari!

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Les Nuits Musicales du Suquet 2014

Publié le par Bernard Oheix

Voici donc le projet d’édito des Nuits Musicales du Suquet qui se déroulera du 22 au 28 juillet dont j’assure la Direction Artistique depuis 4 ans. A chaque fois que l’on boucle une programmation, l’impérieuse question de son équilibre, des choix souterrains qui la sous-tendent, de son accueil par le public, se pose ! C’est ainsi, et même si les années ont passé, même si les programmations de près de 5000 spectacles sont sensées vous protéger et vous blinder contre la trac et l’angoisse, il reste cette inquiétude, cette lancinante interrogation... comment allez vous réagir ? Les artistes seront-ils à la hauteur de l’évènement, les créations (3 pour cette édition) au niveau des attentes... et le public sera-t-il un partenaire enthousiaste ou un juge impitoyable ?

Cette édition des Nuits Musicales du Suquet de l’été 2014 débutera dans l’Ivresse de l’Opéra. Paolo Micciché, qui nous a déjà présenté le Requiem de Verdi et le Mozartissimo en 2012, revient avec un nouveau projet, une création qui s’annonce comme un immense succès, un montage scénographié des grands airs d’opéras sur les moments de fêtes, des libations, des «brindisi» qui parsèment les oeuvres des plus grands compositeurs...Un moment de fêtes à déguster ! L’Orchestre de Cannes proposera un projet novateur de son nouveau chef, Wolfgang Doerner, une variation subtile entre la musique et les mots tirés des nombreuses lettres de Mozart lus par Francis Huster, cet immense comédien qui sait faire vivre la parole des autres. Le Philharmonique de Chambre de St Petersburg viendra accompagné du prodige, le violoniste Dmitri Berlinski, dans une Passion de Haydn et le Quatuor Talich, qui fête ses 50 ans de carrière internationale, présentera La jeune fille et la mort, l’oeuvre sublime de Schubert avant le quintette pour piano et cordes de Schumann (opus 44) avec la pianiste Dana Cocciarla. Notons une soirée Gospel Drums où les percussions carribéennes partiront à la rencontre du gospel et cette semaine de musique et de rencontres se terminera avec l’un des pianistes les plus doués, les plus étranges de l’époque actuelle, un soliste d’exception qui a révolutionné l’art de la scène et de la composition, le canadien Chilly Gonzales !

Pour les 19h, cette année, nous sommes fiers de présenter David Levy qui affrontera les redoutables «Variations Goldberg», le roi de la kora, Ballaké Sissoko, l’instrument le plus «classique» à la sonorité suave, de la musique africaine. l’Argentine Héléna Ruegg viendra accompagné de Mischa Pfeiffer pour une balade entre Bach et Piazzolla et le jeune et talentueux violoncelliste Benjamin Trucchi, le régional du Festival qui accomplit sa carrière aux Etats-Unis sera accompagné de Benjamin Sigier sur un programme Beethoven et Brahms.

C'est ainsi ! Il reste maintenant à attendre le 22 juillet 2014, et les réponses seront apportées au jour le jour. J’espère sincèrement que ce programme saura vous convaincre et qu’il débouchera sur ce qui est l’essence d’une soirée spectacle, la communion d’un public et d’un interprète, l’émotion brute que seul l’art peut déclencher, le plaisir du partage en commun. C’est cela notre moteur à nous programmateur, c’est cela qui nous donne le désir de vous offrir un peu de nous-même !

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Plaidoyer pour Timbuktu...

Publié le par Bernard Oheix

Voilà donc un jury du Festival de Cannes composé de gens éminents et respectables, dont chacun est une partie du cinéma contemporain, qui aiment le 7ème art et en sont des acteurs majeurs... Jane Campion, Carole Bouquet, Dafoe, Garcia Bernal, Refn, que du beau monde, la crème, l’élite. On ne peut douter de la probité de ces personnalités et aucun lobby au monde n’aurait les moyens d’influer sur leur jugement...c’est un fait avéré mais alors, comment expliquer que le palmarès soit indigne de leur talent !

Je suis persuadé que si vous invitiez à la maison l’un des membres de ce jury et qu’après un bon repas, vous l’invitiez à voir le film turc dans une salle de votre quartier, il en ressortirait horrifié en se demandant comment on peut infliger une heure de champs/contre-champs sur des dialogues ésotériques et abscons, insérés dans un film de 3h20 au spectateur même cinéphile le plus branché, même si par ailleurs le film a d’indéniables qualités artistiques, même si le final est, parait-il, très beau, ce final que je n’ai pas vu puisque je suis sorti épuisé après deux et quart de film ?

Le syndrome de L’Oncle Boonmen, celui qui se souvient de ses vies antérieures (ce filmThaïlandais de l’édition 2010 dont le président était Tim Burton) vient-il encore de sévir ?

Si la personnalité des membres du jury n’est pas remise en cause, alors c’est bien dans cet habit de jury du plus grand Festival du monde qu’il faut chercher, dans les mécanismes sans doute inconscients qui font que chacun se saborde et abandonne son libre-arbitre. Interdiction de prendre du plaisir, nécessité de faire compliqué, postulat de surprendre et de faire différemment, émulation malsaine qui débouche sur des choix absurdes. Fuite en avant vers les frontières du réel !

A la lecture des nombreuses Palmes qui parsèment les éditions du Festival, très souvent, la qualité prime, les choix sont offensifs entre le cinéma commercial et le cinéma d’auteur, tension évidente entre ces deux tendances qui animent la production mondiale. Cannes sait se positionner entre ces deux options, miracle d’équilibre, mais trébuche parfois aveuglé par la volonté de trop bien faire !

Pourquoi ne pas se laisser aller à la poésie tragique d’un film africain ? Il y a tout dans Timbuktu, et d’abord le sujet, l’intégrisme dont on peut penser qu’il pourrait primer sur le nombrilisme d’un adolescent attardé nous infligeant une nouvelle fois, les hurlements de sa mère (Dolan) ou une énième variation sur une émission de télé-réalité (le Meraviglie). Il y a une beauté sublime et désespérée dans la complainte d’une femme fouettée pour avoir chanté et qui exprime sa douleur devant les bourreaux en chantant cette douleur. Il y a toute la noblesse d’un père de famille vivant dans le désert qui sera abattu avec sa femme, unis dans l’amour comme dans la mort. Il y a l’absurdité des ordres des terroristes, les armes qui tirent et la force surréaliste d’un peuple qui lutte afin de garder sa dignité (la partie de football sans ballon). On convoque Kafka dans ce grand désert tout blanc où luit la mort avide, les surréalistes toquent à notre porte devant ce dialogue des intégristes sur la victoire de l’équipe de France en 1998 alors que le foot est interdit, ou dans ces dialogues que l’on traduit en langues multiples pour se faire comprendre. Il y a du suspense et une énergie sans limite dans une écriture cinématographique parfaite... mais qu’est-ce que tout cela devant des séquences d’une heure de dialogues abscons entre deux individus perdus dans leur solitude ?

Que devra faire l’Afrique pour être primée à Cannes ? On n’a pas souvent l’occasion d’hériter d’un tel chef d’oeuvre de ce continent pour avoir le droit de l’ignorer !

Et si l’on aime pas l’Afrique, pourquoi ne pas reconnaitre aux frères Dardenne dans Deux jours et une nuit, l’incroyable originalité du sujet abordé et son traitement particulièrement dynamique. Un thème social scénarisé sous la forme d’un polar, la quête éperdue d’une Marion Cotillard éblouissante vers sa dignité et la reconquête de son honneur... Aller de famille en famille pour convaincre ses collègues de changer leur vote quand à son licenciement contre une prime, c’est moins glamour qu’une litanie de jurons hurlés avec l’accent Québécois, c’est moins exotique que les maisons troglodytes de la Turquie ou que la Belluci déguisée en fée ridicule...mais cela fonctionne quand on a les Dardenne aux commandes !

Que se passe-t-il dans la tête de chaque jury et comment en arriver à un tel échec du collectif sur le désir de l’individu ?

Pour avoir participé à de nombreux jurys (cinéma, chansons, humour...) et pour avoir géré pendant 15 ans celui de la pyrotechnie à Cannes, je pense qu’il y a un syndrome du membre parfait d’un jury qui se met en branle à endosser une responsabilité aussi importante. Il n’est pas aisé d’être celui qui va juger les autres et le collectif renforce cette tendance suicidaire à l’automutilation des sens les plus primaires. Comme si l’on s’aveuglait de trop regarder les autres au détriment de son propre plaisir !

Moi, en cette année 2014, ma Palme d’Or reste attribuée à Timbuktu et mon film fétiche demeure Le Dardenne... même s’il y avait nombre autres films qui auraient pu prétendre à être célébrés sans que l’on ait l’impression de déchoir.

Tant pis pour Jane Campion la présidente, dont on pouvait attendre plus de lucidité, tant pis pour les autres jurés...tant pis pour le cinéma Africain qui attendra encore pour être reconnu à sa juste valeur !

Et pour finir, ce lendemain de Festival nous aura offert un autre palmarès tout autant tragique, celui d’un FN à 25% pour une élection Européenne. La aussi, il y a un vers dans le fruit, une indécence à imaginer qu’un quart des électeurs auront choisi les chemins de l’horreur, le bourrage d’urnes de leur fiel, la complainte absurde de leur médiocrité. Les abstentionnistes nombreux sont comme leur pendant. Il n’en reste pas moins que des êtres dit civilisés en ce XXI siècle, osent faire balbutier l’histoire et trébucher les valeurs fondamentales de l’humanité. Comment se faire séduire par les sirènes d’un Bleu Marine à la teinte foncée en filigrane ? Relisons l’histoire, revoyons les formidables films de l‘Apocalypse diffusés par Arte, il y a quelques semaines, sur la montée du nazisme, écoutons les rumeurs du passé et comprenons bien que le séisme que nous avons vécu en ce 25 mai dépasse largement l'anecdote !

Nous sommes bien dans une crise majeure de la démocratie et pour ceux qui l’ignorerait encore, du chaos nait l’horreur, et le diable ne résiste jamais à être sollicité, il s’impose comme une évidence quand on l’invoque !

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Coup de folie sur la Croisette (3)

Publié le par Bernard Oheix

Que s’est-il passé en ces mercredi et jeudi 21 et 22 mai d’un Festival pas comme les autres... Tout a commencé par une panne de projecteur à la salle de la Licorne, haut lieu des cinéphiles, et c’était bien la première fois qu’un tel fait advenait,, nous privant de films pendant 24 h, puis par une éclipse de jour causée par des nuages noirs roulant dans le ciel, à laquelle a succédé un orage diluvien plongeant les festivaliers dans les bras de dizaines de noirs vendant des parapluies à 10€, surgis comme par magie, de tous les recoins de la ville, et pour finir, par vagues déferlantes une série de films magnifiques, comme pour me narguer, moi qui avait osé mettre en doute la haute tenue de cette édition 2014... Alors, petite revue d’effectifs !

Et tout d’abord les prétendants à une consécration finale. Maps of the Star, de David Cronenberg. Peinture au vitriol de l’univers Hollywoodien...où la drogue et le sexe servent de toile de fond au pouvoir de l’image et du paraître, où l’inceste plonge dans l’histoire des familles, où l’enfant génial devient un tyran incontrôlable, où rien n’est respecté, même pas la mort, et où les assistants des stars sont traités comme des esclaves. Cronenberg signe ici, une de ses oeuvre la plus troublante, la plus dérangeante, véritable miroir d’un monde en train de se déchirer et dont les codes centrés sur des égos surdimensionnés transforment la machine à rêves en cauchemars. Il dispose d’une Julianne Moore terrifiante d’impudeur et de méchanceté en star déclinante. Une palme d’interprétation serait un minimum pour ce film et pour l’actrice.

Deux fois Palme d’Or déjà, les frères Dardenne venaient pour tenter la passe de 3 et ouvrir une nouvelle perspective à ceux qui tentent de décrocher l’or... Leur film, Deux jours, une nuit est génial, comme d’habitude, un bijou social transformant en aventure la quête éperdue vers sa reconnaissance d’une Marion Cotillard ouvrière licenciée par un vote de ses collègues à qui l’on demande de choisir entre une prime ou son poste de travail. Cette quête haletante chez tous ceux qui ont voté pour infirmer leur décision, donne au film une tension et un rythme étouffant. Les personnages, derrière leurs réponses, campent des positions souvent justes, reconnaissables sans manichéisme. C’est un grand film qui sera au palmarès, osons et disons pour un Prix Spécial du Jury... Réponse dès ce soir.

Il y a deux fibres chez Ken Loach, l’historique et la sociale. Dans Jimmy’s Hall, il réussit à nouer ces deux tendances qui parcourent son oeuvre. Un jeune irlandais débarque chez lui dans les années 1930 après 10 ans d’exil pour rejoindre sa mère et renouer les fils de son histoire. Il va raviver toutes les plaies non-refermées depuis son départ en rouvrant une maison associative, véritable MJC avant l’heure, malgré l’opposition des fascistes, des propriétaires terriens et d’une Eglise omnipotente et farouchement engagée dans son refus de laisser le peuple danser et se cultiver.

C’est un film d’une facture particulièrement classique, du Loach dans l’image, un monument à sa propre gloire. On y plonge avec ravissement... mais sans surprise. Un film indispensable, beau comme une page d’histoire, où la culture Irlandaise est mise en valeur et où les jeunes portent l’espoir d’un monde nouveau.

Un petit mot sur un très beau film tiré d’une histoire réelle qui s’est déroulée à la fin des années 90, Foxcatcher réalisé par Bennet Miller avec des acteurs incroyables (et souvent à contre emploi) comme Steve Carell, Mark Ruffalo, Channing Tatum. Dans le milieu sportif de la lutte, un milliardaire (John «Eagle» DuPont) fonde une école de lutte et réunit les meilleurs compétiteurs avec l’ambition de truster les médailles pour son pays et d’être reconnu comme un entraineur... et un père par ses lutteurs ! Sa folie débouchera sur un drame sanglant et la mort guette ceux qui s’approchent de son rêve mortifère.

Et s’il fallait donc se coller au jeu des palmes du mois de mai, un jeu typiquement cannois en ce dernier jour du Festival, cela pourrait donner...

Bon, Je ne vais pas me mettre à la place du jury mais vais vous offrir mon palmarès...

Et tout d’abord, n’ayant visionné qu’une partie de la sélection, (11 sur 18), certains films dont on dit le plus grand bien ont pu m’échapper... Assayas, Mike Leigh, Kawase, Hazanavicius... Excusez du peu !

Ensuite, je refuse tout idée de prix et de récompense pour le «chouchou» de la critique, l'hystérique Mommy du Québécois Xavier Dolan. Même si, pour son 4ème opus, il y a indéniablement une amélioration, son cinéma épileptique et ses tics «mégalomaniaques», sa capacité à se centrer sur sa petite personne et à coller des scènes sans logique (pourquoi la première ?), sa façon d’aborder la technique sous l’angle unique de l’effet, son rapport à l’histoire éternelle des liens avec «une maman» omniprésente déclinés à l’infini, sont insupportables. Qu’il ait un avenir est évident... mais qu’il grandisse vite, par pitié, afin de nous offrir ce cinéma adulte qu’il semble capable de porter !

And the winner is...

Palme d’Or : Timbuktu de Abderrahmane Sissako

Prix Spécial du Jury : Deux jours, une nuit des frères Dardenne

Interprétation féminine : Julianne Moore (Maps of the Star de David Cronenberg)

Et pour les autres accessits, je fais confiance à Jeanne Campion, Carole Bouquet, Sofia Coppola, Willem Dafoe, Garcia Bernal.... qui composent un beau jury 2014

Enfin, comment ne pas parler de la dernière oeuvre de Wim Wenders, Le sel de la Terre, une révélation, un film qui ouvre l’intelligence et donne une leçon d’art, de vie, d’humanité au spectateur. Un film sublime et sublimé sur l’oeuvre d’un photographe Sebastiao Salgado dont on connait forcément quelques uns de ses clichés célèbres. Il a grandi au Brésil, s’est réfugié en France, a parcouru le monde pour le capturer dans sa boite noire. Il s’est d’abord centré sur l’histoire des hommes jusqu’à figer l’insoutenable, les massacres, les exodes, les charniers de cette fin du XXème siècle. Hutus et Tutsis, Ethiopie, Sahel, Sarajevo... Clichés mortifères qui le résoudront à fuir le monde des humains et à se réfugier dans celui de la nature. Utopie mise en oeuvre avec ce reboisement d’une forêt détruite au Brésil et ses derniers reportages sur les animaux et la végétation pour une ode à la création, lui le spécialiste de toutes les morts.

Le film mêle habilement, images animées et fixes, extraits de reportages passés et film en train de se tourner. On y trouve par séquences, une interview de Salgado rythmant les divers chapitres. Ce philosophe et humaniste, revenu de tous les combats parle en nous regardant droit dans les yeux. D’autres interventions de ses proches, sa femme si importante, son fils, co-réalisateur et auteur des séquences du passé, son père, dessinent un portrait en creux de Sébastiao Salgado.

Il y a dans ce film documentaire, toute la fiction du monde, toute la beauté et le suspense d’une vie en mouvements perpétuels. C’est un film indispensable à l’histoire de l’homme et un hommage aux forces nobles de l’être humain devant celles obscures qui tentent de détruire les fondements d’une humanité perdue !

Le Sel de la Terre de Wim Wenders et Timbuktu de Abderrahmane Sissako prouvent que l’on peur encore raconter des histoires, quelqu’en soit la forme, qui touchent à l’essence de l’être, et que la poésie est le moteur de l’homme et le ferment de l’espoir !

Voilà, le Festival se termine tristement pour moi, sur un 34ème film argentin attendu mais raté, Jauja, avec Viggo Mortensen à 10h11 en ce samedi 24 mai 2014. C’est loin de la cible des 4O films espérés mais pas catastrophique si l’on considère que j’ai perdu 24h pendant la panne du projecteur à la salle de la Licorne et fait l’impasse sur les deux derniers jours de projections pour me rendre à Nîmes pour une fête de famille.

Festival contrasté, bizarre, tourmenté, indécis, festival bien en phase avec le tempo de la crise actuelle, mais Festival du Film de Cannes tout de même, moments magiques aussi ou tout peut advenir, se déclencher, éclairer le monde et rendre plus lisible les pages brouillées de la vie !

Merci à tous les faiseurs d’images qui tentent de décrypter la réalité et nous offrent un peu de leur âme !

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Festival du Film 2... à mi-parcours !

Publié le par Bernard Oheix

Petit bilan à mi-parcours. Sauf à imaginer que les derniers jours ne présentent que des chefs d’oeuvre (ou des navets !), on voit bien après 20 films, les tendances de cette édition 2014. Disons-le tout net, ce ne sera pas un grand crû dont on se rappellera particulièrement pour son lot de découvertes et de coups de coeur. Ce n’est en aucun cas la faute du Festival et de ses programmateurs puisque cette tendance dépasse largement la seule compétition et touche aussi Un Certain Regard, La Semaine de la Critique, la Quinzaine et toutes les autres sélections diverses...

Petite revue d’effectif de nos déceptions et des quelques bonnes surprises !

Atomisé Egoyan que l’on attendait avec Captives, lassitude devant le vide de The Homesman de Tommy Lee Jones, films bancals comme Tourist ou l’attendu Eleanor Rigby de Ned Benson qui derrière une belle technique, étirent les plans à l’infini et se perdent dans des histoires à tiroirs, mauvais film pour l’italienne Alice Rohrwacher sur une famille germano/italienne descendant, il fait nul doute, de terroristes reconvertis en apiculteurs participant à une émission de télé-réalité sur les produits du terroir, film raté du Turc Nuri Bilge Ceylan qui commence bien son opus, le termine magnifiquement mais inflige d’insupportables dialogues en champs/contrechamps d’un verbiage pseudo philosophique comme pour éprouver le spectateur dans sa résistance à subir un vide de 60 minutes en plein milieu d’une oeuvre de 3h16. Winter Sleep aurait pu être un de ces coups de coeur que l’on affectionne et qui nous transporte, il reste un film mal maitrisé où le réalisateur se perd dans sa complaisance.

On passe sur Grace de Monaco qui réussit à conjuguer tous les défauts de Olivier Dahan (mais aussi quelques unes de ses qualités !), sur le pontifiant Amour Fou de Jessica Haussner où un acteur-pantin appelé à interpréter Heinrich Von Kleist cherche une âme soeur prête à mourir avec lui par amour (je vous assure que même vivre avec lui serait une punition !), sur Run qui tente de conjuguer tous les défauts du cinéma africain que le magnifique Tumbuktu a su éviter, et cela donne beaucoup d’amertume, des rendez-vous ratés et l’impression que la crise ne touche pas que nos portefeuilles mais aussi les esprits des scénaristes et des réalisateurs...même si les acteurs et les actrices semblent tirer leur épingle dans ce jeu de dupes !

Quelques réussites malgré tout, comme Les Combattants de Thomas Cailley, qui une nouvelle fois démontre le talent de la «french touch» tant sur le plan de la technique que des idées avec des réalisations qui pallient parfaitement le manque de moyens financiers par une inventivité et un soin dans la réalisation qui leur donne une vraie ambition. Paradoxe, dans le marasme semble-t-il du cinéma mondial, notre petit pays s’affirme avec une nouvelle génération de cinéastes et de techniciens qui promettent des lendemains heureux à l’heure où tous les indicatifs virent au rouge !

Autre petit bijou, le Relatos Selvages de l’argentin Damian Szifron qui avec des sketches imbriqués réussit à nous faire rire du tragique, sourire de la vie quotidienne et offre un bol rafraichissant de bonne humeur au festivalier épuisé !

Chaque année, nous voyons quelques tendances se dessiner, des thèmes en écho d’une polyphonie mondiale de l’image. Indubitablement, cette édition sera marquée du sceau de la présence des femmes, de leur rôle central et de personnages particulièrement affirmés, déclinant une place prépondérante dans l’univers fantasmé par le 7ème Art de la réalité ambiante. Même dans des films plus ou moins aboutis comme Homesman ou Self-Made, les femmes sont un pivot sur lequel tourbillonne les drames de la vie. Et la deuxième tendance qui semble s’inscrire en filigrane de ces pellicules, est la tentative de rire et de faire rire. Humour décalé de Turist, de Bunny et scènes diverses qui parsèment la plupart des films et apportent un peu de fraicheur dans l’eau tiède des bons sentiments.

Alors bien sûr, il reste les films des Dardenne, de Kawase, de Cronenberg, de Godard, tous ceux que l’on a pas vus et tous les autres aussi... En attendant, je file voir The Foxcatcher de Bennet Miller dont on dit beaucoup de bien et je reste accroché à mon idée d’une Palme d’Or pour le magnifique, sublime et si humain, Tumbuktu de Sissako, la révélation de cette première moitié du Festival qui récompenserait à juste titre la maturité d’un cinéma Africain qui n’a rien à envier aux canons de l’esthétique occidentale !

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Festival du Film 2014. Cannes. 1ère étape

Publié le par Bernard Oheix

le Festival du Film 2014 a pris son rythme de croisière...maison pleine, 5 films par jour, des files d’attente, les repas dans les jardins, les discussions acharnées, il ne manque que les parties de rami Corse traditionnelles... et on se croirait au Festival du Film de Cannes !

Au 14ème film, après 5 oeuvres françaises, 2 australiennes et une palette de polonais, kazakh, turc, israélien, autrichien et autres, un petit état donc de la situation du cinéma mondial !

Et tout d’abord, le miracle du Cinéma Africain existe, nous l’avons rencontré. Comment imaginer que Timbuktu, le chagrin des oiseaux ne soit pas palmé... La vraie question porte sur la nature du prix qu’il obtiendra, consécration finale, une Palme d’Or, ou un accessit ? Il est un peu tôt pour le dire, mais avouons que ce film Malien de Abderrhmane Sissako est un vrai bijou, un ovni, un formidable film en résonance avec une histoire contemporaine tragique, la prise du pouvoir par des intégristes de la ville de Tombouctou. A l’heure du Jihad qui fascine tant de jeunes du monde entier, ce film est une réponse étonnante à la fascination de l’absolu, une réponse en images aux rêves désespérés d’imposer une morale par la force. Les premières décisions des conquérants sont l’interdiction de fumer, d’écouter et de faire de la musique, et l’obligation pour les femmes d’être voilées et de mettre des chaussettes et des gants dans un pays écrasé par le soleil où le sable envahit la vie quotidienne !

Le film, d’une poésie à couper le souffle par la beauté de ses images et une bande son très soignée, une technique parfaite, va offrir à une pléiade d’acteurs jouant particulièrement juste, de mélanger l’onirique et le réel, la beauté et le sordide, l’absurde et l’humour. Il reste en mémoire des scènes d’anthologie. Le football étant interdit (même si ces intégristes parlent longuement entre eux de la victoire de la France en 1 998 et de Zidane !), les joueurs jouent donc sans ballon en une pantomime savoureuse devant les gardes qui ne savent comment réagir, la musique est prohibée, les musiciens chantent des sourates du Coran, la poissonnière interrogent les gardiens pour savoir comment elle doit travailler le poisson avec des gants, les mariages forcés permettent une savoureuse exégèse par l’Imam intégriste de la nécessité de forger les corps des combattants par la pureté des jeunes filles. Si l’humour est la politesse du désespoir, alors ce film est un chant désespéré pour invoquer une vie de beauté sur les champs démembrés d’une atrocité sans limite.

La noblesse d’une civilisation millénaire se fracasse sur la ronde des 4/4 chargés d’hommes en armes qui tirent sur tout ce qui bouge et pourchassent une gazelle du désert en une métaphore explicite sur la beauté que l’on assassine. La lapidation du couple adultère est insoutenable, non dans l’image montré réellement, mais surtout dans la symbolique évidente du massacre de l’amour !

Des téléphones portables sans réseau et des mégaphones pour dispenser toujours plus de contraintes à la population soulignent l’ubuesque mosaïque des langues véhiculant les ordres des envahisseurs. Le rapport d’un intégriste se fera en anglais car son arabe est jugé trop mauvais par son chef, le jugement s’effectuera avec 3 traducteurs, un en idiome local qui traduit en arabe afin qu’un 3ème puisse formuler en anglais et que les décisions justes soient prises par le responsable ! Comment ne pas imaginer la douleur de cette femme fouettée pour avoir osé chanter en étant seule avec des hommes dans une chambre et qui sous les coups, dans les larmes, se met à vocaliser sa peine et sa douleur en un ultime défi à ses bourreaux !

Ce film est le plus bel hommage à la tolérance qu’un cinéaste pouvait réaliser. Il prouve que la caméra est encore une arme pour ceux qui tentent de mettre un peu d’ordre dans le chaos !

Dans la série des découvertes heureuses, une séance spéciale de la Semaine de la Critique, une catégorie sélectionnant les 1er ou 2ème film de réalisateurs. Mélanie Laurent avec Respire nous offre une oeuvre magnifique, toute de tension et de crispation. Une nouvelle élève vient bouleverser le quotidien d’une jeune fille brillante mais réservée qui prépare son baccalauréat. Elle va vers ses 18 ans et a tous les tourments de cet âge, portent toutes les ambiguïtés de cet ultime passage vers le monde des adultes ! Cette amie s’avèrera une redoutable manipulatrice et sèmera le chaos autour d’elle jusqu’à un final en apocalypse. Le film échappe largement aux clichés habituels sur les films d’adolescents. Il interroge sur le rapport aux adultes sans jamais caricaturer, avec doigté, évoquant les tourments intérieurs sans être explicite, évitant le piège d’une «sexualisation» de l’attirance des deux jeunes filles. Toute la partie finale monte en un crescendo insoutenable que la bande son souligne par des phases de saturation déclenchant une vibration interne physique. Ivresse, cigarettes et sexe, vieux triptyque, mis au service d’une mythomane et qui débouche sur le drame et l’incompréhension. La dernière image nous permet enfin de respirer, et ce n’est pas le moindre des succès de la réalisatrice que de nous tenir en haleine tout le tiers final de son film !

A noter l’éblouissante performance des deux actrices, les jeunes et talentueuses Joséphine Japy et lou de Laäge.

Enfin dans les films à voir, on peut noter Bunny de la polonaise Annika Glac, un couple lunaire déguisé en lapine et en renard, propose des prospectus dans la rue. Une belle histoire nimbée de cet humour polonais, de ce «non-sense» illustré par tant de réalisateurs de ce pays et qui fait penser au Polanski des origines. Party Girl est un film Français réalisé par trois réalisateurs (Claire Burger, Samuel Théis, Marie Amachoukeli)... cas de figure assez original pour une oeuvre de tendresse sur les gens du nord, héritiers des corons, à la frontière Flamande, un peuple à la désespérance ancrée dans une soif de vivre et d’exister. Il n’y a pas de misérabilisme dans cette femme de soixante ans aux charmes usés, vivant dans un bar pour hommes et qu’un vieux retraité demande en mariage ! Leçon de vie, de tolérance et insatisfaction d’une femme pourchassée par la peur du vide et qui brise le bonheur autour d’elle comme pour exorciser ses propres démons...

Reste un film d’horreur pure de David Robert Mitchell, It Follows où comment le diable se transmet par le sexe et comment s’en débarrasser ! Accrochez-vous à vos fauteuils même s’ils n’y sont pour rien ! C’est un genre suffisamment rare à Cannes pour noter sa belle réalisation et le vrai suspense qui en découle !

Allez, je vous quitte, le 15ème film m’attend, un argentin à sketches, je vous en parlerai peut-être, l’Argentine, je connais !

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Festival du Film Panafricain de Cannes

Publié le par Bernard Oheix

Basile est ainsi, un extraterrestre, un OVNI en terre de culture, un lettré à la mode du passé plongé dans le monde bouillonnant du lendemain, un homme de coeur et de rencontres, un médiateur de toutes les bonnes volontés. Basile Ngangue Ebelle, d’origine Camerounaise, Français de vie, qui porte sa couleur comme un emblème de tous les possibles.

Qui, à part lui, pourrait, dans l’inconscience la plus totale, monter et s’arc-bouter afin de tenir les rênes d’un Festival du Film à 500 mètres de la Croisette, 15 jours avant l’autre, le grand, et cela depuis 11 ans...

Un Festival Panafricain, reflet d’un continent trop souvent perdu, si peu représenté dans les manifestations, qui peine à se développer, à trouver un public, à s’insérer dans le tissu démantelé des sociétés de pays déchirés par la pauvreté, gangrenés par la prévarication, où le bon sens à parfois tant de peine à exprimer ses besoins. On connait une poignée de cinéastes Africains reconnus pour un continent vaste comme le coeur de l’humanité. C’est si peu et tellement injuste !

3 cinéastes «congolais» réunis par les hasards de la sélection, dans une conférence commune, faisaient le constat des dérives du système, de la puissance des actions individuelles, de l’énergie d’un «nollywood» en train de se structurer, de l’espoir de trouver une oreille attentive auprès d’un responsable haut placé d’un président, afin de lancer un embryon de «CNC» à l’africaine et de permettre aux cinéastes de tourner, de croître, de se voir en miroir d’un continent, de vivre de leur art et de créer une dynamique. Tous affichaient leur détermination, mais derrière l’espoir réel d’ouvrir une voie vers l’avenir, une sombre ombre de fatalisme nimbait leur propos.... Et si l’histoire balbutiait encore et toujours... Et si chacun n’était que la énième vague d’une nouvelle jamais aboutie... Et si le système n’était que la perpétuation d’un démantèlement social, culturel... Et si le rien guettait ceux qui oeuvrent à affirmer leur spécificité afin d’ouvrir des brèches dans un 7ème Art en train de muter !

C’est ce que le Festival Panafricain tente d’offrir, une part de rêve, à tous ceux qui espèrent en ce continent fascinant et en la passion de ces acteurs culturels qui prêchent dans les déserts démembrés de leur absence de perspectives !

Que ce soit en haute couture, en musique, en arts plastiques, dans les salons d’un hôtel cannois, ou sur l’écran d’une salle de conférence qui a vu projeter une cinquantaine de films, courts et longs métrages, fictions et documentaires, l’équipe de Basile et son festival multi-culturel, renvoie clairement la problématique de l’existence d’une dynamique novatrice sur le continent noir, à la capacité d’influer de tous les acteurs d’un monde nouveau à créer, loin des déchirements et si proches des passions.

Sur quelques films :

Laurent et Safi. Réalisateur : Anton Vassil. 115 ‘

Tout sépare Laurent, jeune cadre qui doit se marier et Safiatou, une Malienne vivant en France. Et pourtant...

Il y a des «Chansons d’amour» dans cette comédie romantique plutôt réussie, un bric à broc sympathique qui force l’adhésion vers le happy-end d’une mixité possible, de couleurs, de classes sociales, de cultures... Mais ce n’est pas une thèse, juste une comédie avec des chansons plutôt réussies, des acteurs de qualité... Un «bollywood» à l’Africaine re-mixé à l’ascenseur social Français perdu !

A coeur Ouvert. Réalisateur : Ayekoro Kossou. 15’

Un couple mixte, une belle mère odieuse, un coeur qui lâche... Petit film au sujet grave, bien joué et à la morale surprenante. Une fiction comme un test pour aller vers le long métrage, une carte de visite que le réalisateur c’est donné afin de convaincre les décideurs. Une belle réussite !

Entre le marteau et l’enclume. Réalisateur : D’Amog Lemra. 98’

Construit comme un puzzle, autour de petits sketches avec des personnages récurrents, le film est une peinture saisissante de la société du Congo, de l’univers de Brazzaville de la pauvreté latente et de la richesse extrême de certains.

Il y a Pascal, le chef d’entreprise odieux, écrasant le monde de son argent, satisfaisant ses désirs lubriques sans égards pour ses victimes... Il y a la femme abusée par son pasteur, la fille dépressive du père qui a sombré dans l’alcool, le vendeur de médicaments amoureux... Toute une galerie de portraits savoureux qui dépeignent la ville, la société, l’injustice profonde du pouvoir de l’argent !

Dans une économie de moyens forcenée, le film n’en est pas moins très soigné, plans sobres, montage intelligent, raccords harmonieux. A noter la qualité d’expression des acteurs, pour la plupart amateurs, et les voix bien posés et audibles !

Une classe d’enfants regardent le film, effet miroir du cinéastes vivant en France et retourné dans son pays pour y tourner cette fiction bien plus vraie que la réalité.

Voilà une brève sélection parmi les nombreux films présentés et, disons-le, la plupart étaient de facture honorable, voire de grande qualité. Au dire des organisateurs, le niveau s’élève d’année en année et les cinéastes prennent enfin leur destin en main ! Acceptons en l’augure et que mille fleurs s’épanouissent au chevet du cinéma africain. Le monde à besoin de leur regard !

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Un peu de Musique...

Publié le par Bernard Oheix

Et tout d’abord, l’un des plus beaux CD de ces dernières années, une oeuvre crépusculaire composée par un chanteur en train d’observer sa fin venir et qui jette dans son ultime opus, comme un cri à l’humanité, toute sa tendresse et son désespoir, une lucidité froide et désespérée, un hymne à la beauté déchirée d’un monde qu’il est train de quitter, rongé par un cancer.

Ces dernières représentations à la télévision le montre affaibli, lunettes noires et chapeau noir sur son crâne chauve, ivre de ses ultimes parcelles de vie. C’est un rocker qui a transmis quelques uns de plus beaux textes au public, qui a enchanté par sa poésie instinctive, ses rythmes syncopés, ses orchestrations ciselées comme des bijoux d’or, une musique populaire et intelligente composée pour «Gaby, le long des golfes pas très clairs...» !

Alain Bashung dans Bleu Pétrole, le CD que vous devez impérativement emmener avec vous sur une île déserte et pour lequel il faut réinventer la fée électricité afin de pouvoir l’écouter à satiété !

De Je t’ai manqué à Il voyage en solitaire, ce ne sont que des perles serties que l’on peut écouter en boucles, les remettre sans arrêt sur le métier, tant elles s’éclairent à chaque passage, d’une luminosité et d’une puissance insoupçonnable.

J’ai eu le privilège de le voir plusieurs fois et de le programmer dans mes saisons à Cannes à deux reprises. La dernière fois, il était déjà assis au bord du vide... J’en ai le souvenir d’un homme de coeur, d’un homme qui ne faisait plus tout à fait partie du monde mais se savait éternel et si vous voulez le retrouver, achetez Bleu Pétrole pour un dernier voyage, non plus en solitaire, mais aux côtés d’un poète qui jonglait avec les mots et les notes comme si la vie n’était que poésie !

Tout aussi travaillé dans l’orchestration, et sans doute sur le même fil tendu entre les mots et les notes, Love de Julien Doré est à découvrir. Je vois déjà certaines moues et des rictus méprisants... et pourtant ! Dans son précédent CD, Bichon, il nous avait ébloui avec des morceaux comme «Glenn Close», un long poème scandé où la musique monte au zénith par vagues successives. Avec «Corbeau Blanc», il récidive, poème épique à clefs, musique orchestrée avec minutie, voix à l’intérieur de ses mini-symphonies qui laissent l’imagination déborder et la raison se perdre.

Il faut écouter attentivement chaque vers, chaque plage de musique, pour en saisir toute la subtilité et l’incroyable puissance naturelle. Il y a bien un poète moderne derrière ces phrases branchées sur la réalité mais qui en deviennent magiques par la force de leur souffle.

Julien Doré, issu du moule formaté des émissions de télé, a su s’en échapper, rompre avec le conformisme, imposer un authentique style pour devenir un héraut du monde moderne, un conteur de la vraie vie, celui du monde dans lequel nous vivons et qui nous étouffe. Il éclaire nos cauchemars de ses mélodies et de ses mots afin de les rendre plus supportables.

C’est Sophie Dupont, la Directrice-Adjointe de l’Evénementiel au Palais des Festivals de Cannes qui me l’avait fait découvrir. J’ai eu le privilège de le programmer dans ma dernière saison à Cannes en novembre 2012. Il fut adorable, disponible, acceptant même une interview par de jeunes collégiens pour la radio de l’établissement. Sur scène, c’est un vrai battant, son show est à son image, sophistiqué et chaleureux, des lumières théâtralisées, une gestuelle naturelle et énergique, son rapport au public immédiat et sincère...

Si vous en doutez, écoutez Le Corbeau Blanc... et dites-moi comment il est possible de résister à cette musique !

Comment situer Agnès Jaoui y El Quintet Oficial avec leur CD Dans mon pays. J’ai souvent été sceptique sur ceux ou celles qui touchent à tout, ont tant de cordes à leur arc qu’il me semble anormal d’être génial partout... Et disons le, pour moi, Agnès Jaoui et son complice Jean-Pierre Bacri sont d’authentiques cinéastes, des conteurs d’histoires à l’image de la vie réelle, un cinéma à la Française comme nous l’aimons, avec des scénarios ancrés dans la vie, mis en scène avec soin, qui renvoie vers une réalité transcendée, ouvrent les portes du possibles, où l’on peut à la fois être ému et sourire, attaché et distant. J’aime leur cinéma «intuitif» et si Agnès Jaoui m'intéressait, c’est plus en rapport à son statut de cinéaste dans la ville du cinéma que pour ses qualités de musicienne et de chanteuse...C’est au Babel Med à Marseille, un Festival des Musiques du Monde, que j’ai eu l’occasion de parler avec son tourneur «les visiteurs du soir» de l’hypothèse d’une programmation sur les Nuits Musicales du Suquet en juillet 2015. Il m’a transmis son CD en me recommandant de l’écouter.

Las ! Force m’est de convenir qu’Agnès Jaoui a bien aussi le talent d’une interprète, une sensibilité toute particulière née entre ses cultures diverses. Elle a une inconscience sympathique, une façon très personnelle de considérer le CD comme un moment de vie à partager ! Ecoutez les chutes intermédiaires laissées comme des ponctuations, ce ton mi-goguenard, mi-émouvant pour vous en convaincre !

Et surtout, découvrez la musique, cette langue espagnole portée avec son complice Roberto Gonzales Hurtado en des duos attachant et qu’elle met en valeur avec sa voix particulière, ce timbre rauque dissimulé dans une voix de gorge. Et si vous ne craquez pas sur Todo Cambia (le dernier morceau du CD), alors c’est que vous avez un coeur de pierre et que vous ne pouvez envisager qu’une vie de tristesse et de morosité en ce bas-monde !

Moi, j’aimais la cinéaste Jaoui mais désormais aussi la chanteuse qui a su me transporter dans son univers tout à la fois mélancolique et léger, latin et universel !

Et pour terminer cette chronique, un incunable, une des oeuvres majeures de ces dernières années, le groupe Archive dans With Us Until You’re Dead. La musique rock devient opéra, la modernité se pare des habits de la beauté incandescente du passé. Il n’y a plus d’âge ni de repères dans cet opéra moderne où les plages sonores fusionnent avec les voix, où les sons contemporains (batterie, basse, guitare) se mêlent aux claviers et à la pureté des voix pour décliner un monde de beauté funeste, un univers au bord de l’implosion que la musique transcende. Il y a quelque chose de frénétique dans leurs compositions, toutes tournées vers une lecture de la tension de notre univers. Scansions, enchaînements des rythmes, voix syncopées, richesse des fonds sonores... tout est là, à portée de main, en nous, et le CD entre en résonance avec nos peurs, notre angoisse d’un monde parcellaire où nous ne trouverions plus notre place. Déjà, dans leur précédente oeuvre, Controlling Crowds, ils avaient atteint un zénith dans la mise en abîmes de notre réalité, une maitrise absolue de leur projet de dé-construction du monde. Dans cet ultime volet, ils arrivent à transcrire une dimension poétique, plus «planante», à l’agonie sulfureuse d’un univers qui se convulse !

C’est à mes yeux, le groupe de musique majeur de ce siècle, un événement dans la culture du monde, et si vous en voulez une confirmation, précipitez-vous chez un disquaire (s’il en existe encore auprès de chez vous !) et achetez cet hymne à la beauté meurtrière du monde contemporain. Archive, le plus beau concert que j’ai produit dans ma carrière au Palais des Festivals, le 29 septembre 2007 avec l’Orchestre Régional de Cannes (cf. mon article sur Archive dans ce blog), le groupe le plus inventif de notre période contemporaine !

Récapitulatif :

Alain Bashung-Bleu Pétrole

Julien Doré. Love

Agnès Jaoui y el quintet oficial. Dans mon pays

Archive. With Us Until You’re dead

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