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2022 : le grand plouf !

Publié le par Bernard Oheix

J'ai eu, en ce lundi 27 décembre, par un heureux concours de circonstances, les honneurs de France-Info diffusant un sujet sur mon "cas", par le biais d'une chroniqueuse, Olivia Leray, relation de mes enfants, qui cherchait à remplir son carnet avec des personnages réalisant des rites sur le passage d'une année sur l'autre. Quand elle apprit de la bouche de mes enfants que je me baignais chaque année au 1er janvier aux Rochers Rouges de La Bocca à Cannes sur un thème précis illustré, avant de boire une coupe de champagne avec quelques compagnons d'infortune, elle me contacta pour réaliser une interview !

Je lui ai expliqué la raison de ce rituel, un voyage en Russie il y a 20 ans par un hiver glacial, le bain dans un lac gelé par -40°, l'effroi et le ravissement de cette expérience hors du commun qui allait briser ma peur de l'eau glacée et me pousser à faire perdurer cette tradition sur les rivages hospitaliers de ma Méditerranée en chaque début d'année.

Le sujet est passé 3 fois dans la journée et me valut quelques coups de fil surprenants, preuve à l'évidence que prendre une douche ne peut se faire qu'en écoutant France-Info à 8h15 ou 9h30 pour nombre de mes relations !

 

Que nenni cette 5ème vague que nous attendions avec ferveur ! Anna et François m'accompagnent dans mon bain du jour de l'an !

Que nenni cette 5ème vague que nous attendions avec ferveur ! Anna et François m'accompagnent dans mon bain du jour de l'an !

Mais je ne pouvais pas, au vu de l'enjeu de cet ITW, en rester à une banale trempette avec deux ami(e)s brandissant un panneau dans une mer étale et sans même un rayon de soleil pour égayer le tableau.

J'ai donc dû employer les grands moyens et dénicher au fond de mon cerveau tortueux l'idée qui allait transformer ce rite 2022 en évènement particulier qui marqu

erait les mémoires. J'allais oser plonger tel les héroïques héros d'Acapulco bravant les hauteurs vertigineuses des falaises, j'allais m'élancer vers la grande bleue (un peu grise avouons-le) et défier toutes les lois de l'équilibre et de mon horloge interne !

2022 : le grand plouf !

J'ai donc grimpé au sommet du rocher, au moins à 3 mètres de haut, j'ai plié les genoux, pris une grande inspiration, et sous l'oeil du photographe ami, Éric Dervaux, me suis élancé avec toute la passion de cette année 2021 absurde se terminant et de ce 2022 qui ne laisse espérer que des bribes de bonheur, coincés entre des vagues de Covid (bien présentes elles) et une élection présidentielle pathétique, véritable concours Lépine de toutes les abominations !

Oui, j'ai plongé pour me donner de l'espoir et pour transmettre à mes enfants et petits-enfants un rayon d'humour bien nécessaire en ce début d'année !

Et j'espère qu'Olivia Leray, la journaliste de France-Info, sera contente de son sujet, elle qui attendait la preuve que je n'avais pas parlé pour ne rien dire et me dois donc une rasade de potion magique dans un estaminet parisien !

Et comme toujours dans les belles histoires, cela c'est terminé par une coupe de champagne à boire sans modération (vu le froid !) et par quelques rires bienvenus pour chasser les nuages de la morosité !

Baigneurs et non-baigneurs réunis pour la coupe de l'amitié ! Et si la fraternité avait encore son mot à dire ?

Baigneurs et non-baigneurs réunis pour la coupe de l'amitié ! Et si la fraternité avait encore son mot à dire ?

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Cannes : Festival de Danse 2021 : le temps retrouvé !

Publié le par Bernard Oheix

Il était temps ! Depuis deux ans, ces salles de spectacles pleines, ce rituel du rideau rouge qui se lève, ces discussions après les spectacles, nous manquaient cruellement. Chapeau bas devant l'équipe de l'Évènementiel dirigée par Sophie Dupond, les théâtres de la Côte d'Azur engagés dans le festival de danse et la directrice artistique, Brigitte Lefèvre pour nous avoir enfin permis de retrouver ce parfum suave d'une vie recommencée, dans la douleur d'une 5ème vague et de deux annulations, mais dans l'espoir d'ouvrir un nouveau chapitre dans la cohabitation avec un virus délétère.

Oui, il existe une vie après la Covid... même si nous devons, tous les jours en dessiner les contours nouveaux et étranges d'une cohabitation avec le cauchemar !

The show must go one !

Et quoi de plus merveilleux pour célébrer ces retrouvailles avec le passé qu'une création de La Castafiore qui nous permet d'embrasser le futur !

Et quoi de plus merveilleux pour célébrer ces retrouvailles avec le passé qu'une création de La Castafiore qui nous permet d'embrasser le futur !

Que se passe-t-il dans la tête et le coeur de ce duo forgé dans la passion constitué de Marcia Barcellos et Karl Biscuit ? Leur collaboration débouche depuis des années sur la création d'un univers si particulier, où la gestuelle se confronte aux légendes d'un imaginaire en perpétuelle évolution, où les costumes et la musique envoûtent le spectateur dans des voyages immobiles, entre le passé et le futur, entre le concret et l'utopie. 

Leurs créations sont des repères pour une rêverie qui mène vers l'abstraction, dans ce territoire qui se situe à la lisière de nos cauchemars, quand le spectateur découvre le monde enchanteur des porteurs d'un ailleurs fantasmé.

Avec Kantus, le long silence imposé par les deux années passées débouche sur l'emprise du passé dans un futur improbable où les espèces disparaissent et où les monstres renaissent. Il y a l'aboutissement logique d'un accaparement des thèmes de la dissolution (si prégnant dans notre réalité), mais aussi du rituel chamanique pour faire revivre ce monde disparu. Et c'est la voix qui porte le message de l'espoir, plus que le geste, plus que le rituel.

C'est un abécédaire de toutes leurs créations passées, comme si le présent autorisait cette plongée dans la mémoire vive du peuple spectateur.

On ne sort jamais totalement indemne d'une oeuvre du Système Castafiore. On peut se poser des questions, regretter que la danse ne soit pas assez mise en valeur dans la première partie, il n'en reste pas moins que leur inventivité et la profondeur de leurs mise en spectacle ouvrent les portes de la perception à l'infini.

Cannes : Festival de Danse 2021 : le temps retrouvé !

Mon coup de coeur du festival. Edouard Hue et la Beaver Dam Company nous plonge dans un premier duo fascinant "Shiver" puis enchaîne avec "All I need", où les danseurs évoluent en ligne, viennent chasser les zones d'absence et s'affrontent, hiératiques, dans un variation d'un jeu de Go qui ne laissent aucune place à l'arbitraire. 

Et même si le final de l'oeuvre est un peu brouillon et perd de sa rigueur, on sort enthousiasmé de cette plongée dans les corps déchirés des interprètes qui répètent à l'infini la mécanique déréglée de l'échange, de l'écoute et de la répétition d'une main tendue sans cesse refusée.

Et pour terminer, comment ne pas être subjugué par le solo de Marthe Krummenacher, Janet on the roof, chorégraphié par Pierre Pontvianne, un ancien de l'école de Rosella Hightower.  

Dans ce corps vêtu de bleu qui laisse transparaître des morceaux d'une chair dorée, où les muscles et l'effort transforment en matière vivante une danseuse possédée, il y a toute la poésie et la douleur qu'une technique transforme en fluidité sans limite vers le monde réel. C'est beau, fascinant, troublant et cela provoque un sentiment de perfection qui renvoie à une incarnation d'un geste libéré de toute contingence physique. Un très grand bonheur de solitude dans la salle remplie d'un silence sépulcral. 

Et pour finir, il y a tous les autres spectacles non vus, et une clôture au goût  acide, le dernier show d'une étoile de la danse, Carolyn Carlson, un mythe, l'émotion à l'état brut. Et même si son solo semble la pièce de trop, même si Crossroads to Synchronicity parait une pâle copie de sa carrière fulgurante, il est un au revoir à une grande dame qui aura marqué l'histoire de cet art du mouvement. Merci pour ce que vous avez réalisé et pour cette grâce éternelle qui brille dans vos yeux. 

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Dakhla : entre le désert et la mer.

Publié le par Bernard Oheix

Coup de fil de Françoise Bastide, ancienne adjointe à la culture de Cannes, une complice et amie des années où tout se dessinait, où l'âge d'or de la culture nous permettait de surfer sur nos désirs et notre passion. C'est avec elle que j'ai entamé mon parcours au Palais des Festivals et nos liens ne se sont jamais rompus, distendus parfois, son choix de vivre au Maroc mettant une distance géographique, même si nous nous étions réunis il y a une dizaine d'années à Marrakech pour des retrouvailles émouvantes en famille.

C'est de Dakhla, à l'extrême sud du Maroc que j'ai entendu son appel. "-Bernard, j'ai besoin de vous, je veux créer avec des amis une manifestation et j'ai besoin de vous pour la réaliser. Vous êtes partant ?".

Difficile de résister à Françoise et à sa passion du faire. En retour, un billet d'avion m'attendait et me voilà débarquant en ce mardi 23 novembre sur l'aéroport écrasé de soleil, dans les odeurs et la brise d'un vent nouveau. L'aventure au présent dans cette région théâtre d'affrontements passés où le Polisario, à travers l'opposition entre l'Algérie et le Maroc se disputait une immensité que les Espagnols avait colonisé pendant des siècles.

Dakhla, porte de l'Afrique, au confins d'un monde, un désert où une ville s'érige aux forceps, que les surfeurs ont découvert comme un paradis et qui attire de plus en plus de touristes conquis par la grandeur d'un site unique, péninsule en lagune et océan, débouchant sur le désert de la Mauritanie, port de pêche et coupée du centre du Maroc par 800 kms d'un sable ocre formant des dunes comme des vagues jusqu'à Agadir.

Magie des vaisseaux du désert, quand le chameau est l'opportunité de retrouver un souffle d'aventure.

Magie des vaisseaux du désert, quand le chameau est l'opportunité de retrouver un souffle d'aventure.

Les rouleaux de l'océan, comme une invitation à surfer sur les planches, et le vent pour les kites-surfeurs en récompense. De septembre à mars un rendez-vous prisé par ceux qui ont soif de donner libre-court à leur passion de la vague juste.

Les rouleaux de l'océan, comme une invitation à surfer sur les planches, et le vent pour les kites-surfeurs en récompense. De septembre à mars un rendez-vous prisé par ceux qui ont soif de donner libre-court à leur passion de la vague juste.

C'est à la force de sa volonté que Françoise a créé son paradis dans une oasis qui jouxte la ville, à quelques pas de la plage des surfeurs, dans un nomadland où tout est possible. Une ferme "écolodge", sous les déclinaisons d'un St Exupéry qui est sa référence dans l'humanisme et l'engagement, chambrettes donnant sur une cour intérieure, parc où se nichent des recoins inspirant la quiétude et la sérénité, animaux s'ébattant en liberté, ânes, chiens, chats oiseaux se retrouvant dans cet asile. Une capacité d'accueil d'une dizaine de chambres bien malheureusement vides en cette période trouble où les annulations prenaient le pas sur les confirmations.

Mais le temps joue pour elle, tant sa force et son obstination ne sont pas usurpées. Elle est un rayon de soleil dans cette région qui n'en manque pas !

Le sable du désert et la verdure d'une oasis, le temps retrouvé...

Le sable du désert et la verdure d'une oasis, le temps retrouvé...

Et prendre un thé au Sahara, sous l'aile de St Ex, quand les rumeurs sourdes d'un ailleurs lointain menaçant ne peuvent qu'écharper la certitude d'être dans un paradis. Même l'air chaud que le souffle du désert charge de senteurs ennivrantes portent l'espoir de lendemains qui chantent. 

Et si vous voulez vous convaincre, allez sur son site, dartawarta.com pour rêver à votre prochaine destination.

Moi, je me suis baladé dans le désert, abrité dans un camps nomade de Sarahouis pour un thé rituel, j'ai marché le long des plages, les pieds dans l'eau, j'ai regardé les pêcheurs et observé les migrants qui tentent de franchir ces barrières pour s'échouer sur des bateaux de fortune vers un occident trompeur où ils perdent leur vie et leur âme.

J'ai rencontré et palabré pendant des heures avec des êtres au parcours de légende, entre la guerre et la paix, des hommes de bonne volonté au cuir marqué par les douleurs d'un passé sulfureux... Mais chez tous, j'ai vu l'humanité profonde de ceux qui se battent au jour le jour pour imaginer leur destin et conquérir des espaces de vie. Ils sont le sel de la terre et Dakhla est l'exemple type d'une ville extrême où tout arrive, même la possibilité du bonheur.

Dakhla : entre le désert et la mer.

Alors que dire encore ? Qu'une "turista" m'a lâchement agressé dans un excès de confiance de l'ingestion d'un jus de grenade pressée dans un verre au marché luxuriant de Dakhla, que le Maroc a fermé ses frontières devant la 5ème vague du Covid bien moins sympathique que les rouleaux des surfeurs, et que j'ai réussi à prendre le dernier avion en partance de Dakhla pour Casablanca pour atterrir in extremis dans un Paris transi de froid et d'un crachin glacé.

Mais c'est certain, je retournerai dans cette région qui m'a fasciné, je reviendrai pour accomplir ma tâche dans une manifestation dont les contours se sont dessinés au cours des heures d'échanges où nous cherchions notre graal. Et ou nous l'avons peut-être trouvé grâce à la musique, la danse et l'expression des valeurs humanistes d'un monde qui perd son centre et doit retrouver l'élan de la générosité, de la rencontre et de l'acceptation des différences. Non l'autre n'est pas un ennemi, il est aussi un partenaire, un ami et la preuve que le monde est ouvert à tous les espoirs !

Alors, rendez-vous à Dakhla en novembre 2222... peut-être !

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Le Traducteur, Mes Camarades, Les Intranquilles... et Cry Macho !

Publié le par Bernard Oheix

Voici donc un film qui débarque en pleine problématique des migrants, dans une France surchauffée par les Z, Marine et autres surenchères d'une campagne présidentielle nauséabonde, quand l'individu qui s'échoue sur nos rivages devient une monnaie d'échange pour alimenter toutes les passions les plus révoltantes de celui qui refuse de penser et de voir le monde tel qu'il est : un charnier où les individus ne sont qu'une valeur d'ajustement dans un monde ouvert à tous les vents pour les capitaux mais qui érige des frontières de barbelés dans tous les coins d'une planète qui se convulse pour enfermer les humains.

Le traducteur s'ouvre sur une séquence d'un printemps avorté, en 1980, dans une Syrie tenue d'une main de fer, et où un enfant voit disparaitre son père sous ses yeux, capturé par la police secrète de Hafez El Assad. Quelques années plus tard, Bachar va reprendre le flambeau et devenir un des dictateurs les plus sanglants du XXIème siècle. 

L'histoire va balbutier un nouvelle fois. À cause d'une erreur, Sami, l'enfant de la scène initiale, devenu un traducteur syrien, va se retrouver exilé en Australie, rencontrer l'amour mais avec la culpabilité d'avoir abandonné sa mère, son frère et ses amis dans un pays en pleine décomposition.

Et au printemps arabe de 2011, quand son frère disparaitra dans les mains des forces spéciales qui abattent tous ceux qui manifestent pacifiquement contre le régime, il va décider de revenir clandestinement dans son pays pour renouer les fils de son histoire et assumer son propre destin.

C'est magnifiquement réalisé par un couple de cinéma, Rana Kazakh et Anas Khalaf, joué à la perfection et renvoie à une histoire au présent que nous avons vécu par écrans interposés. Film indispensable pour comprendre combien le destin de certains est suspendu à la volonté des autres, combien ceux qui souffrent sous la botte des dictateurs ont besoin de la pression internationales pour réguler leurs poussées sanguinaires. Bachar a pu tout faire, même bombarder sa population civile avec des armes chimiques, sans que personne n'intervienne.

Et Sami osera le défier une ultime fois en refusant de se plier aux ordres de son bourreau.

Dans la fratrie des Mikhalkov, il y a le frère, Andreï Kontchalovski, Grand Prix du Festival de Cannes en 1979 pour Sibériade, son escapade aux États-Unis avec Runaway Train, son retour sur ses terres et à plus de 80 ans, l'incroyable créativité qui lui permet de se replonger dans l'histoire du communisme et d'un régime qui a laminé les individus en les privant de leur libre-arbitre.

Chers Camarades replonge dans les soubresauts de l'après-stalinisme, quand en 1962, se produit un massacre d'ouvriers se révoltant contre un système à bout de souffle qui ne les protège plus et baisse leurs salaires de misère. Une chape de plomb va tomber sur cet épisode tragique qui sera dissimulé pendant plus de 30 ans. L'art de Kontchalovski est de démonter les mécanismes d'une bureaucratie où chaque individu ne possède qu'une portion d'une vérité et se trouve dépendant d'une hiérarchie des pouvoirs sans limites. Une femme du conseil municipal va chercher sa fille disparue dans la répression et affronter toutes les interrogations qui mènent à ce pouvoir dévastateur. 

Et ce qui est terrible, c'est qu'elle va en appeler, devant la faillite générale, à un Staline mort et à sa main de fer pour remettre de l'ordre. Le communisme à produit un univers concentrationnaire où l'horizon se dérobe et où les services secrets sont les clefs de l'architecture sociale. 

C'est un film sur la désespérance qui montre à l'évidence que les printemps de révolte ne peuvent pas lutter contre les rigueurs des hivers russes.

Et en se replongeant dans l'histoire tragique de son pays, le réalisateur se reconnecte au temps présent et aux errements d'un pouvoir  dictatorial. Pauvre Russie de toutes les espérances !

Moi qui suit un de ses plus fervents admirateurs, je pouvait rêver d'un énième opus Eastwodien... las ! Pathétique Clint s'égarant dans un Cry Macho où il aurait dû se contenter d'être le réalisateur à défaut d'être l'acteur. Son âge visible ôte toute crédibilité aux élans amoureux des femmes qu'il croise et aux ruades des chevaux qu'il dompte. Allez mon Clint, tu as trop donné au cinéma pour ne pas t'apercevoir du drame en train de se nouer ! Tu es (très) vieux et trouver un rôle à ta mesure deviendra de plus en plus complexe. On pourra toujours se consoler en plongeant dans ta filmographie.

Et pour finir, loupé pendant le Festival de Cannes, et rattrapé au Raimu, mon cinéma fétiche de la MJC Ranguin, Les Intranquilles de Joachim Lafosse avec une Leïla Bekhti et un Damien Bonnard bouleversants. Une formidable plongée dans l'univers d'un couple percuté par la bipolarité du mari, sa volonté d'échapper aux traitement médicaux dès qu'il va mieux, la lente descente aux enfers de sa femme et de son enfant devant les montées récurrentes de sa folie, l'amour sans espoir malgré tout. Un film passionnant sur un sujet complexe, une tranche de vie sur le fil de la déraison !

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Festival du Film Panafricain de Cannes 2021 : Le vent d'ailleurs !

Publié le par Bernard Oheix

Quand Basile Ngangue Ebelle, président fondateur et âme du FIFP  m'a proposé d'être membre du jury de l'édition 2021, j'ai accepté avec enthousiasme cet honneur. En 2015 j'avais déjà connu ce privilège et je me souviens encore des belles heures partagées entre des films excitants venus d'horizons divers, les personnalités attachantes du jury, des rencontres au long des nuits de passion à transformer le monde pour que règne l'harmonie et la fraternité.

Et en ce 19 octobre 2021, je me retrouve donc aux côtés d'un jury de choc (je ne le savais pas encore !), sur la scène de la salle Miramar devant un public chamarré de couleurs, en train d'écouter les incantations d'un griot venu spécialement du Cameroun pour ouvrir la manifestation en lui accordant le regard bienveillant des ancêtres !

L'organisation avait conçu deux jurys, l'un de "fiction" dont je faisais partie, avec Hamid Benamra (réalisateur) et Dorothée Audibert Champenois, chargée des programme courts sur France TV et l'autre sur les documentaires, composé du Prince Kum'a Ndumbe III, une légende africaine, un lettré humaniste et héritier de la tradition, de Roch Lessaint-Amedet, comédien multicartes et bateleur de talent et d'Olivier Rapinier, réalisateur ultramarin. Disons-le tout de suite, l'ambiance fut particulièrement bonne entre les 2 jurys !

Et dès la séance d'ouverture, un court métrage d'animation d' Ingrid Agbo (Togo), Akplokplobito, nous plonge dans l'univers de personnages torturés aux bouches noires béantes qui, au cours de leurs parcours pour reconquérir une part d'humanité, retrouvent leur bouche pour mordre dans la vie. Après ce film passionnant, le 1er long métrage en compétition de la catégorie fiction, Hairareb de Oshoveli Shipoh (Namibie), nous permit de découvrir une oeuvre attendrissante sur l'amour d'un homme et d'une femme, sur le pardon des fautes commises, sur la fatalité de la disparition de l'aimée et sur cet enfant, né pour rattraper la vie et poursuivre le chemin de l'espoir.

Malgré d'évidentes faiblesses dans sa construction, c'est un film attachant plein de sincérité que l'on retrouvera primé pour l'interprétation féminine (Hazel Honda) avec une mention spéciale du Jury Fiction pour la réalisation. 

diversité des réalisateurs, scénaristes et producteurs engagés dans un combat ardu pour leur reconnaissance.

diversité des réalisateurs, scénaristes et producteurs engagés dans un combat ardu pour leur reconnaissance.

Après cette belle ouverture porteuse d'espoir, le festival prit son rythme de croisière avec, il faut bien l'avouer, des hauts et des bas. Une certaine faiblesse dans la qualité des films fictions longs, un trop plein de films documentaires, une grille pas toujours lisible avec en corollaire un public trop clairsemé garnissant les fauteuils accueillants de la salle... Loin de moi l'idée de jeter la pierre ! Je sais d'expérience combien organiser une telle manifestation n'est pas chose aisée mais les recettes pour gommer les aspérités, parfois, se nichent dans les détails. Une grille plus claire indiquant 10 fictions sur les créneaux 19h et 21h, dix documentaires sur les créneaux de 11h et 13h30 auxquels on pourrait rajouter, pour raccrocher le public cinéphile local, un focus sur un pays à l'honneur à chaque édition avec une série de films plus connus à 15h. Des coups de coeur de l'organisation sur le créneau de 9h. 

Il appartient à l'équipe en place de trouver l'alchimie entre la vitalité réelle des rencontres, l'ambiance passionnée générée par les présents et un projet cinématographique plus resserré, permettant de mettre à l'honneur ceux qui travaillent sous le soleil des tropiques à faire émerger une cinématographie trop souvent méconnue.

De séance en séance, nous avons continué à ouvrir nos yeux sur des horizons dérobés. Dans la catégorie des courts métrages fictions, quelques productions aux charmes indéniables, comme Juste un moment  (France) de Djigu Diarra , Smoking Kills (France) de Steven Luchet jusqu'à nos coups de coeur : mention spéciale pour The Shadow of your smile du Colombien Carlos Espina où l'univers de clowns se transforme en cauchemar de tueurs accomplissants des missions sous peine de perdre la vie. Une image délavée avec des couleurs criardes pour souligner l'éternel combat des miséreux en recherche d'une dignité perdue. Et le Dikalo d'Or, le grand prix, fut attribué à un bijou ultramarin, Dorlis d'Enricka MH. En Martinique, une jeune fille affronte un grand-père incestueux au crépuscule de sa vie et sa mère tue (?) celui qui porte la honte et que le silence a protégé des foudres de la colère et de la vengeance. Un film de 25mn ciselé au cordeau, sans une once de  faiblesse, une ambiance entre le mystique et le concret, la qualité technique d'une réalisatrice en pleine possession de ses moyens, accomplissant le tour de force d'aller jusqu'au bout d'une vengeance sans haine où l'ambiguïté reste le ferment de toutes les illusions. 

Pour le grand prix des longs métrages fictions, il n'y aura pas de discussions tant les qualités d'Enchained de Moges Tafesse sont évidentes. Dans la lignée d'un Hailé Gérima, il nous propose de partir dans une Éthiopie de la tradition à la reconquête d'un honneur perdu et d'un bonheur retrouvé. Une adolescente est mariée  à un homme puissant contre sa volonté malgré un amoureux qu'elle aime profondément. Celui-ci, va perdre son nom en devenant un mendiant et la rechercher à travers le pays pour l'aimer de nouveau. Le mari trompé invoque la coutume et les deux hommes doivent se rendre enchaînés jusqu'à la cour de la reine afin de plaider leur cause. La reine va profiter de ce procès pour affirmer son pouvoir sur les hommes qui l'entourent et la manipulent et le mendiant retrouver son honneur en dénonçant les abus du pouvoir et des juges unis par la corruption. Une image luxuriante d'une richesse incroyable, un jeu d'acteur époustouflant (Grand prix d'interprétation masculine pour Zerihun Mulatu), la beauté de la langue et des traditions, tout était réuni pour faire de cette ode à l'amour et la sensualité, le film détonateur d'une prise de conscience de la révolte des faibles contre les puissants.

Pour le reste, une belle actrice, (Bridget John) au tempérament passionnée obtiendra le co-prix de l'interprétation féminine dans Marrying a Campbell, et même dans les films les moins réussis, un plan, une séquence, une bribe de scénario nous rappellent que le cinéma, pour être un art, est aussi une alchimie mystérieuse entre le travail et l'inspiration. 

défilé de mode sur le tempo de femmes envoûtantes !

défilé de mode sur le tempo de femmes envoûtantes !

Bon que dire sur mon jury Fiction. Hamid Benamra, le président, un ami pour la vie, un homme au talent rare, Dikalo d'Or en 2014, fabriquant d'images à l'univers si particulier. Dorothée Audibert Champenois et sa coiffe afro, pétulante et gracieuse responsable des programmes courts à France TV aux idées bien arrêtées, dans le mouvement perpétuel d'une activité débordante.

Pour ce qui est des documentaires, les jurés n'ont pas chômé et si vous voulez connaitre leur palmarès, rendez-vous sur le site du Festival Panafricain. Mais le Prince, Roch et Olivier n'ont pas fini d'entendre la musique de la réalité chanter la complainte des jours heureux.

Et moi, j'étais bien dans cette ambiance ouverte à toutes les différences, quand l'espoir rime avec l'avenir.

Bravo encore et merci à l'équipe d'organisation et à Basile, son chef d'orchestre !

Dans les bras d'une Afrique éternelle !

Dans les bras d'une Afrique éternelle !

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Miracles de l'architecture en Italie

Publié le par Bernard Oheix

Si nos yeux ne se fatiguèrent point devant les écrans de La Mostra, il n'en est pas de même de l'incroyable périple qui nous permit d'entrevoir toute la magie de l'art italien, la somptuosité et la fascination engendrées par les traces bien présentes d'une histoire de légende, celle d'un peuple qui régnait sur le monde des arts dans les siècles passés.

C'est Ravenna, connue pour ses mosaïques et la richesse particulière de ses églises. Une ville avec une histoire prestigieuse, centre de l'Émilie-Romagne, qui a su garder son visage humain, ses rues étroites et animées dont les voitures sont chassées, ses terrasses où il fait bon manger des spaghettis en entendant chanter cette langue délicieuse à nos oreilles.

Mais Ravenna, c'est avant tout un trésor architectural, celui d'un réseau de monuments, églises et musées qui vous livrent les créations du génie humain, vous propose de vous pencher sur le passé flamboyant de nos ancêtres, dans un monde qui balbutiait les temps modernes.

Majesté des arches de lumières, des mosaïques qui enchantent les murs, des sculptures et des peintures !

Majesté des arches de lumières, des mosaïques qui enchantent les murs, des sculptures et des peintures !

Que ce soit le Mausolée de Galla Placidia, S. Apollinare Nuovo, l'Abbaye de Pomposa, le tombeau de Dante, le musée des mosaïques et tant d'autres lieux chargés d'histoire et de passions. La ville dévoile ces siècles d'un passé de prestige, ces monuments érigés par la foi de l'homme au service du pouvoir et de la grandeur.

Le passé se conjugue au présent pour ces créations qui ont échappé à l'usure du temps, aux dégradations des guerres et nous permettent d'ouvrir les yeux sur notre histoire.

Il flotte un parfum de nostalgie et la certitude d'avoir rencontré le meilleur de l'homme dans ces oeuvres nées dans la nuit des temps.

Miracles de l'architecture en Italie

Et comment ne pas terminer notre périple à Ravenna sans passer par le Mausoleo di Teodorico érigé en l'an 520 par le roi des Ostrogoths qui avait conquis le pays. Sa particularité est que son toit a été composé à partir d'un monolithique de 300 tonnes et transporté d'Istrie. Un sarcophage en porphyre aurait recueilli la dépouille du roi en 526. Majesté d'un monument érigé à sa propre gloire afin d'immortaliser son règne barbare.

Miracles de l'architecture en Italie

C'est chez Giovanna et Sandro que nous avons terminé notre périple, à Coassolo, un petit village perdu sur les contreforts des Alpes, au-dessus de Turin. Dans un dernier jour de détente, ils nous ont emmenés visiter un site extraordinaire du Val Susa, un château perché sur un piton, La Sacra di San Michele, un des trésors du Piémont.

 

Miracles de l'architecture en Italie

Dans ces années 1000 qui pointent à l'horizon, imaginez l'ingéniosité de ces hommes bâtisseurs, entre le profane d'un bastion inexpugnable aux envahisseurs et le sacré d'une abbaye où sont déposées les sépultures des membres de la famille royale de Savoie. La richesse architecturale et la qualité des oeuvres entreposées est inimaginable. Véritable plongée dans les arcanes d'un passé qui a inspiré Umberto Eco dans Le nom de la Rose et qui nous saisit, comme si le temps pouvait s'arrêter et le monde se figer.

 

Il ne nous reste alors qu'à reprendre notre voiture, quitter le Piémont et suivre l'autoroute vers la Ligurie. Après une escale sur les pentes d'un tunnel de Tende fermé (mais nous ne le savions pas !), la route d'Imperia et la frontière. La Bocca enfin avec la certitude d'avoir fait un pied de nez au Covid et à l'ambiance délétère d'un monde qui se cherche. Nous, nous avons retrouvé un peu de notre histoire sur les canaux de Venise, dans les abbayes de Ravenna et à la Sacra di San Michele, et il fleurait bon ce passé chargé de beautés et d'aventures !

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Festival de Venise : La Mostra désenchantée !

Publié le par Bernard Oheix

Il y a Venise, la Sérénissime aux charmes alanguis, il y a la Biennale et il y a la Mostra au  lion ailé, le festival rival de Cannes, le concurrent le plus sérieux sur la terre d'Europe au titre envié de coeur en fusion du 7ème Art. Mais les choses ne sont pas toujours aussi simples, et cette année, après les errements d'un Festival de Cannes déplacé au mois de juillet, entre les toussotements d'une pandémie jamais terminée et l'irruption des technologies modernes (billetterie en ligne !), voici donc l'orgueilleuse Mostra en train de donner le tempo à un cinéma exsangue depuis deux longues années de Covid !

Et ce ne fut pas une partie de plaisir !

La piazza San Marco comme une invitation au rêve... euh, au cauchemar !

La piazza San Marco comme une invitation au rêve... euh, au cauchemar !

Tout avait commencé par un coup de fil de Sandro Signetto, mon ami turinois... Un "coup" de Venise, une Mostra pour la route, après les 30 films du Festival de Cannes, une plongée dans la ville mystère et l'écran du Festival ouvert sur le monde cinématographique... double objectif auquel il est difficile de résister quand on aime l'Italie et le Cinéma !

Bon, cela ne semblait pas aussi facile qu'on l'espérait. N'étant plus "un professionnel de la profession", c'est comme cinéphile lambda averti que j'envisageais d'assister à la manifestation et là, il faut l'avouer, cela s'est considérablement corsé et corseté !

La nécessité de prendre un mois avant l'ouverture, un badge d'une valeur de 100€ permettant d'avoir des places, se heurtait aux nuages noirs d'un Covid délétère obérant la certitude de notre présence. Résultat, mon ami italien prit le badge pour lui et Giovanna, sa femme, et Thérèse et moi attendrions le dernier moment pour régler ce dossier. Bien m'en a pris !

Car suivant le tsunami du passage "obligé" à une billetterie informatique pour les manifestations culturelles (ah ! ces fameuses économies d'impression de billets et de salaires de caissières !), la Mostra sortit de sa manche, le joker de Boxol.it, un système kafkaïen où les heures passées devant l'écran de son ordinateur valaient largement celles passées devant un écran du festival. N'en doutons pas, la technologie n'est pas toujours au service de l'humain !

Et si mon score de films réussit à grimper jusqu'à 3 films officiels (zéro de la compétition !) de la série "Orrizonti" payés 8,5€ pièce, plus un "off", mon ami dûment accrédité ne put en voir guère plus, ce qui lui fit revenir chaque film visionné à environ 20€ l'unité !

Bon, à 8000 badges vendus environ, cela fait quand même la somme conséquente de 700 000€ tombant dans l'escarcelle d'un festival jouant sur tous les tableaux (les films en compétition dans la grande salle se monnayaient à plus de 50€ !).

En effet, Venise accueillant en même temps des professionnels et des spectateurs, les salles sont divisées en zone, des quotas répartis entre les différentes catégories rendant quasi insoluble la quadrature du cercle par une firme Boxol.it attaquée par le directeur Barbera devant la levée des boucliers des festivaliers désarmés. Les avocats de la firme annonçant qu'ils se tenaient prêts à répondre à l'ordonnateur de la commande, le dit Barbera fit rapidement marche arrière, et le festival continua devant des salles bien clairsemées mais avec une file de mécontents grossissant au jour le jour et affichant leur colère sur le mur des réclamations au coeur de l'agora du festival.

Mais où atterrit cette manne d'argent ? Dans les salaires des huiles du Festival qui pondent de tels systèmes, dans les poches vides des caissières non-embauchées, dans le réseau des cinémas qui s'essouffle, dans les poches des Netflix et consorts omniprésents et grands vainqueurs de la compétition...

Pas dans les miennes assurément, vidées par le racket organisé à tous les niveaux des festivaliers dans une ville qui sait faire payer son passé pour assurer son avenir !

 

Des murs si hauts, dérobant la lumière des projecteurs !

Des murs si hauts, dérobant la lumière des projecteurs !

Reste le plaisir de voir Venise copier Cannes, le jury présidé par Bon Joon-ho primant un film que vous avez compris, je n'ai pas vu, mais dont la réalisatrice Audrey Diwan, française renvoie en écho aux choix de celui dirigé (?) par Spike Lee à Cannes : deux jeunes françaises au sommet dans le capharnaüm d'un monde ivre, belle leçon de chose et espoir de lendemains qui chantent !

Et il reste 2 films pour rêver que l'on est bien à un festival de cinéma, 2 oeuvres fortes et troublantes que les hasards des connexions aléatoires de Boxol.It nous ont permis de visionner. Le premier, L'Aveugle qui ne voulait pas voir Titanic, est un chef d'oeuvre finlandais de Teemu Nikki avec un acteur éblouissant, Petri Poikolainen, qui joue son rôle avec ses propres handicaps. Un aveugle atteint de sclérose en plaques n'a pour seule ouverture sur le monde qu'un téléphone portable à commandes vocales. Bloqué sur son charriot, il décide de partir en expédition pour retrouver celle qu'il aime mais n'a jamais rencontrée, elle-même malade et en crise. L'expédition va tourner au cauchemar, des truands vont tenter de le dépouiller du reste d'humanité qui l'habite mais il arrivera au bout de son périple et découvrira avec ses mains le visage de l'aimée. Ce n'est jamais dans le pathos, l'acteur présent à la séance est incroyable de courage et d'énergie, une oeuvre forte et qui fait appel à toutes les émotions d'un spectateur qui n'est pas pris en otage.

Les 7 prisonniers de Alexandre Moratto filme le cheminement de ces jeunes brésiliens qui quittent leurs campagnes attirés par des recruteurs leur faisant miroiter les richesses de la ville. De ces rêves, il ne leur reste qu'un réseau d'esclavage moderne où, privés de tout, ils sont condamnés à travailler jusqu'à l'épuisement, sans papiers, sans salaires et sans liberté. Un des prisonniers va prendre la tête de la révolte et par une série de glissements, devenir le nouvel assistant du chef du réseau, se calant par mimétisme sur l'ancien qui a vécu la même tragédie. Un film qui, au-delà de la corruption et des réseaux qui utilisent la misère des uns, montre aussi la nature de l'homme attaché à survivre par delà les convenances et les convictions. Les vrais coupables ne sont pas seulement ceux qui tentent de survivre, mais plus largement, le système politico-mafieux greffé sur l'exploitation de l'homme par l'homme, sur un capitalisme débridé et inhumain.

 

Et pour la route du retour, un film "off" en première vision à l'Académie du Cinéma, petite salle située dans le vieux Venise, réalisé par Daniele Frison, cinéaste de documentaires, un ami par ailleurs des belles soirées turinoises. Le Monde de Riccardo résonne étrangement à ceux qui pensent qu'un juge est automatiquement un rouage du pouvoir, qu'un homme de lois ne peut être un artiste, et que le pouvoir isole de la vie des autres. 

Domenico Riccardo Peretti Griva est la preuve que le destin d'un homme n'est jamais écrit. Juge sous le régime de Mussolini, il s'oppose aux lois d'exception raciale, refuse de porter la chemise noire obligatoire pendant les cérémonies officielles, condamne des hommes de main fascistes en 1932 à Piacenza et sera même emprisonné par le régime. Par la suite, il deviendra une pièce maitresse de l'évolution de la vie civile corsetée de l'après guerre, contournant les lois contre le divorce (c'est lui qui a régularisé, par une contorsion législative, en Italie, le divorce de Rossellini qui l'autorisera à épouser Ingrid Bergman), au point qu'une loi anti-Perretti-Griva fut prise par l'institution. Des faits d'armes, il en aura beaucoup dans son métier mais c'est à travers l'objectif de son appareil de photo qu'il s'accomplira, devenant un des maîtres de la photographie italienne, reconnu à l'étranger, exposé.

Homme de conviction au regard acéré, il voyagera dans des pays de mystères pour l'époque de cette moitié du XXème siècle où les images sont encore rares, ramenant des reflets volés au temps, le visage d'un inconnu, la nature insolente qu'il fige à jamais.

C'est un film passionnant sur la part d'humanité de quelqu'un qui à traversé l'horreur du fascisme, qui a su regarder avec des yeux d'enfant, un monde en décomposition en marche vers l'espoir. Un esprit libre.

La réalisation est parfaite, les intervenants brillants et les images d'archives nous ramènent loin en arrière, quand notre monde était en train de s'ériger à marche forcée vers le progrès !

Bravo au producteur courageux et au réalisateur qui signe une oeuvre émouvante sur un homme qui échappe au temps qui passe !

 

Voilà, 3 films et demi pour satisfaire sa soif d'images et le temps du retour qui sonne. Un détour par Ravenna l'inoubliable cité des mosaïques... mais cela est une autre histoire que je vous conterais au prochain billet !

Et un conseil, si vous voulez dévorer de la pellicule, pas besoin de se rendre à Venise... par contre pour les spaghettis à l'encre de seiches, difficile de faire mieux que la "trattoria" des Alberonni où le patron Pierre, vous accueillera en vous mitonnant quelques plats magiques !

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Goran Brégovic : aux racines de la musique !

Publié le par Bernard Oheix

Goran Brégovic est né la même année que moi, en 1950, dans un pays qui s'appelait encore la Yougoslavie, mais qui était amené à disparaitre. Constitué d'une myriade de régions, de peuples, de langues, de religions, cette entité improbable vogua entre le non-alignement à l'orthodoxie communiste du parti frère de Moscou, la dynamique de l'autogestion en réponse aux sirènes du capitalisme, et les acrobaties des dirigeants pour se maintenir au pouvoir dans des jeux d'alliances improbables entre les serbes, croates, slovènes, monténégrins, bosniaques, macédoniens, kosovars...

Josip Broz dit Tito fut le dirigeant emblématique de la République Fédérative Socialiste de Yougoslavie de l'après-guerre jusqu'à son décès en 1980. Une trentaine d'années de relative stabilité et de développement, d'essor de l'économie et du tourisme (je me suis rendu en 2CV en 1972 en Croatie à Zadar et Dubrovnik pour 3 semaines de bonheur contrasté... mais cela est une autre histoire !) sous la férule d'un dirigeant qui à la tête des partisans avait fait reculer les nazis, libéré son pays et, depuis, régnait d'une main de fer, impitoyablement, sur cette mosaïque de pouvoirs.

Sa mort déclencha le dernier conflit européen de ce siècle, une guerre fratricide où les armes prirent le pas sur la raison, où les pogroms et les milices fascistes tuaient comme si l'histoire n'avait servi à rien, comme si les tragédies étaient plus fortes que la réalité !

C'est dans ce pays que Goran Brégovic a grandi, qu'il a découvert l'amour et la peur, la joie aussi des fêtes, quand les nuages noirs s'estompaient pour laisser place à la musique et à la danse, à l'ivresse d'un jour sans lendemain ! C'est dans dans ce pays que lui, le bosnien d'origine serbe avec un père croate va apprendre le violon et dès la fin des années soixante devenir une "rock-star" de la musique et un des plus grands compositeurs de musiques de films !

L'élégance naturelle d'un éternel jeune homme !

L'élégance naturelle d'un éternel jeune homme !

À la tête de son groupe "le bouton blanc", il va sillonner le pays, vendre 6 millions d'albums devenir une rock-star et rencontrer un jeune bassiste d'un groupe punk, Émir Kusturica avec qui il va nouer une amitié fructueuse. Il se retire de la scène et, en 1990, compose la bande musicale du Temps des gitans pour enchaîner avec Arizona Dream et​​​​ Underground, 3 films réalisés par Émir Kusturica, auxquels succèderont des dizaines d'autres compositions dont La Reine Margot de Patrice Cherreau qui vont le consacrer et lui donner une notoriété internationale.

C'est alors qu'il décide de revenir à la scène avec sa propre musique, un mélange balkanique, entre la liesse et la complainte avec cuivres et guitares, voix féminines et show assuré.

C'est à l'Olympia en 1998 qu'il réalisera son premier concert en France et c'est le 3 février 2007 que je le programmerai pour la 1ère fois enfin, dans un Grand Auditorium du Palais des Festivals de Cannes complet avec son Orchestre des Mariages et des Enterrements.

Un concert bouleversant, un des dix concerts que j'ai organisés et qui restent à jamais dans mon panthéon musical, aux côtés d'Archive, Juliette Gréco, Bashung et Iggy Pop, Pete Doherty et autres Nougaro et Bécaud, Carmina Burana et El Canto General, Nilda Fernandez et tous les autres ! 

L'émotion à l'état brut. C'est d'un pas tremblant que j'escalade en ce jeudi 19 aout 2021, les marches qui mènent à la terrasse du Palais où Sophie Dupont, la directrice de l'Évènementiel et son équipe m'attendent pour un concert de Goran Brégovic avec un Cannes illuminé en fond de scène. Cela va me rappeler quelques bons souvenirs.

Goran Brégovic : aux racines de la musique !

Silhouette d'éternel dandy dans son costume blanc immaculé, il trône au centre de la scène, guitare en main alternant des percussions, des chants et les présentations de sa voix grave. Autour de lui, 5 cuivres indispensables pour plonger sans retenue dans la magie grinçante de cette musique de fête, en tenue sombre à liserés d'argent, chapeau sur la tête. À ses côtés, un percussionniste-chanteur qui l'accompagne et pour boucler l'arc de cercle, 2 chanteuses à la voix pure, éthérée, en costumes traditionnels, des fleurs dans les cheveux.

Le temps des gitans s'est figé sur Cannes, sa voix nous le rappelle, les instruments à vent continuent de déchirer la nuit, la complainte des voix féminines de faire scintiller les étoiles et la foule (dont une colonie de serbes reprenant tous les refrains) tangue et oscille en rythme. C'est l'ivresse d'une porte ouverte sur l'ailleurs ! À mes côtés, Eurielle, Élisabeth, Blandine, quelques amis du Palais, et Sophie ma complice des années évènementielles qui offre une bouteille de champagne pour se souvenir des jours heureux et communier avec la fête qui fait chavirer le public de bonheur.

Je retrouve mon ami Damir Levacic aux premières loges et on tombe dans les bras de l'amitié. Goran accélère et passe la vitesse supérieure. Il va terminer son show sur une chanson à boire de la vodka, sur sa version déjantée de "Bella Ciao" et sur les rafales de son tube "Kalachnikov" avec son invocation hurlée à la face du public en transe... "qui ne devient pas fou... il est pas normal !" sur un dernier riff de cuivres et disparaitre comme un seigneur des temps modernes.

Il est temps alors de plier bagages et d'emporter avec soi, ces bribes d'une musique venue du fond des âges, d'une région pas si lointaine où les cris d'agonie remplaçaient les hurlements de la fête, il y a si peu de temps qu'il semble impossible de l'oublier !

Et pourtant ! La magie de Goran Bregovic est de ressusciter le bonheur sans gommer la réalité. Un grand monsieur, non seulement de la musique balkanique mais aussi de l'espoir de pouvoir un jour cicatriser les blessures du temps !

Merci Goran de m'avoir autorisé à replonger dans ces moments heureux de mon passé, quand je pensais pouvoir changer le monde par la voix d'un artiste porteur d'un monde d'harmonie !

C'est le groupe au grand complet, dans la nuit cannoise, quand la brise marine vient caresser de son aile la voix d'un barde moderne !

C'est le groupe au grand complet, dans la nuit cannoise, quand la brise marine vient caresser de son aile la voix d'un barde moderne !

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Festival du Film de Cannes 2021 : Les Grandes Illusions !

Publié le par Bernard Oheix

Que restera-t-il de cette édition du Festival du Film décalée, entre un variant delta à la conquête des non-vaccinés pour une 4èmevague et un déplacement de la manifestation en juillet, coincée entre des estivants qui pointent timidement leur nez sur la Côte d’Azur, des films qui piétinent depuis des mois avant leur sortie en salles, et des cinéphiles frustrés par deux années de covid ?

Tout d’abord, l’étrange impression que la vie continue, avec moins d’insouciance certes, mais avec la même passion pour ce 7èmeArt en train de s’étouffer dans les miasmes d’une pandémie délétère. Le rituel des quelques grandes salles du Palais remplies au moment opportun, de la retransmission télé des cérémonies d’ouverture et de clôture dérobant comme des cache-sexes le vide vertigineux des projections devant des publics clairsemés de la plupart des séances.

Cette année, pour entrer dans les salles, il fallait être un cinéphile acharné, s’armer de passion et suivre un code sophistiqué partant d’un système de réservation « Ticket On Line » à des impératifs d’heures et d’horaires sans faille où chaque minute pouvait se retourner contre vous et vous interdire d’accéder aux salles même périphériques.

La pédagogie envers les cinéphiles Cannois semblait étrangement absente sous les ukases d’une direction ayant abandonné le terrain fertile des relations avec les locaux pour entrer aux forceps dans le moule d’un conformisme d’avant-garde.

Alors donc, après 30 films dont 17 sur les 24 de la compétition, dans des salles qui résonnaient de l’absence des autres, alors que nombre de personnes auraient souhaité combler les vides douloureux des sièges inoccupés, après la non-inauguration mais l’ouverture d’un nouveau complexe, le Cinéum avec ses 12 salles futuristes pour un art qui n’en a peut-être plus beaucoup (de futur !), que dire d’une manifestation ancrée dès son origine sur l’alchimie de la combinaison du cinéma et de la Fête, du prestige et du populaire, du commerce et de l’art et dont le chemin actuel mène tout droit vers l’abandon de son ancrage local au moment où disparait son rôle de marché vivant de la création ?

De Netflix et autres plates-formes, des richesses d’une technologie moderne des télétransmissions, de l’exigence d’une rentabilité à court terme aux progrès techniques qui favorisent les décisions à distance, combien apparait lointain ce temps où les contrats se signaient au coin d’une table pendant le festival, entre deux tournées, entre un créateur et un producteur, dans l’espoir de marquer l’histoire !

Désormais, l’histoire est balayée, le cinéma se transforme en un « barnum » de super-héros et la nouvelle vague s’échoue sur les terres inhospitalières des fonds de pension, d’Amazon, des méga-fortunes et de la disparition programmée des salles de cinéma pour une consommation individuelle sur des écrans de proximité. Voir Huit et demi de Fellini sur son portable entre deux rendez-vous… pourquoi pas ? Quoique… qui aura encore envie de voir ce film et tant d’autres chefs d’œuvre quand le présent chasse le passé à coup de sensations bluffantes et d’effets de manche !

Reste la qualité étonnante des films de l’édition 2021 avec 2 thèmes en filigrane de plusieurs réalisations : la désespérance des vieux avec un thème récurrent d’une euthanasie voulue et espérée et la désespérance des jeunes en perdition dans un monde trop étroit pour leur mal de vivre et leur colère.

Et pour couronner cette semaine, une Palme d’Or de rupture à plus d’un titre. D’abord parce que Titanea été réalisé par une femme, Julia Ducournau, et que c’est seulement la seconde à obtenir la consécration suprême en 74 éditions.

Mais par-dessus tout, Titane est un film qui, au fond, aborde une rupture profonde dans le consensus de l’effet voyeurisme. C’est l’angoisse d’une créatrice devant le monstre qu’elle a accouché d’une façon prémonitoire qui sème le glas du cinéma de papa, le mien, et celui de générations formées aux ciné-clubs, aux rencontres et débats, à la technique et à la morale d’un plan-séquence ! Le film, sans jamais être « gore » et n’utilisant que très peu d’images chocs (il y a plus de violence intrinsèque dans nombre téléfilms diffusés aux heures de grandes écoutes de la télévision que dans ce film !), crée un trouble profond, comme si les démons extérieurs de notre environnement se mettaient en symbiose avec nos cauchemars intérieurs.

Et c’est cela peut-être qui dérange beaucoup plus le spectateur, cette impossibilité de cerner le sujet du film et sa promenade funambulesque sur les arêtes du conformisme : ange ou démon, victime ou bourreau, femme ou homme mais toujours sur le versant sombre de la raison. À noter la prestation sur le fil d’un Vincent Lindon pathétique et ce final impossible à lire sans le filtre de la déraison !

Pour le reste, le président Spike Lee a fait son show pour le plus grand bonheur de l’audimat et un palmarès médiocre a assouvi les instincts d’un consensus mou : quid de la Palme d’Interprétation pour le formidable Dussollier dans un grand film (trop classique ?) d’Ozon, Tout s’est bien passé, d’un prix du jury pour Lingui, les liens sacrés de Mahamat-Saleh Haroun qui perpétue, à son corps défendant, le mépris dans lequel est considéré le Cinéma Africain, la formidable cuvée française, Annette de Léos Carax, La Fracture de Corsini, France de Bruno Dumont, Les Olympiades de Jacques Audiard… Et pourquoi donc cette interprétation féminine à un film médiocre et au rôle sans relief d’une Julie en 12 chapitres de Joachim Trier ?

Mais cela est une autre histoire, celle du cinéma, et à Cannes, en cette année 2021, il n’y avait pas que le cinéma en jeu, mais toute l’économie de la plus grande manifestation d’un 7èmeArt en train de perdre pied, de chercher une voie nouvelle, de se trouver des raisons d’exister et de perpétuer un monde cinématographique en train de s’effondrer.

Cette édition aura montré à l’évidence que les réponses trouvées auront à se confronter au monde des affaires… et cela n’est pas gagné !

Quand à moi, après ma 45èmeédition du Festival de Cannes, je vais attendre sagement le prochain festival et je tenterai de renouer encore et toujours avec les propositions d’écrans derrière lesquels se cachent des créateurs de lumières et d’ombres !

 

PS : Et pour ceux qui ne savent pas toujours que le cinéma a une histoire, lisez ce dossier formidable paru dans Le Monde Diplomatique d’août 2021 : « Fellini est plus grand que le cinéma » de Martin Scorcese. C’est un exercice nécessaire et salutaire pour comprendre le cinéma du XXème siècle !

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Festival du film 2012 : avant le palmarès !

Publié le par Bernard Oheix

Mercredi 14 juillet.

Pour mon 20èmefilm, Tralala, on pouvait s’attendre au meilleur comme au pire de la part des frères Larrieu dans ce que l’on annonçait comme une comédie musicale avec une distribution d’exception : Amalric, Balasko, Mélanie Thierry, Maiwenn, Denis Lavant… Et avouons-le, c’est du côté du meilleur qu’ils nous entrainent dans ce conte d’un chanteur de rue qui se retrouve à la recherche de son diamant bleu, cette « sainte » qui lui demande « surtout ne soyez pas vous-même ». Il va se laisser porter au fil des mélodies d’une pléiade de compositeurs (Dominique A, Cherhal, Bertrand Belin, Daho, Philippe Katerine) dans un univers qui n’est pas le sien mais où on l’adopte comme un autre, à Lourdes, jusqu’à la grande scène finale. C’est frais et sympathique, un film que l’on a envie d’aimer.

Plus tragique le Blue Bayou de Justin Chon qui interprète le rôle principal. Un enfant Coréen adopté à 3 ans, a trouvé l’amour de sa vie en Kathy et élève l’enfant Jessica qu’elle a eue avec un autre. Mais ce père qui l’avait abandonnée revient dans la course et le fait qu’il soit un flic n’arrange pas leurs affaires. Tout va se dérégler jusqu’à ce vide juridique de la loi américaine qui a régularisé les adoptions des enfants depuis 1998… sans prévoir la rétroactivité pour ceux adoptés antérieurement. Et après la démonstration renouvelée de l’impunité des forces de loi, cet authentique américain sera expulsé du pays vers une terre qu’il n’a jamais connue ! C’est un film déchirant, (attention, larmes en prévision), sur un destin brisé, sur l’amour et le dévouement, sur la situation de ceux qui ne sont pas dans les clous et peuvent à tout moment, voir leur vie se dérégler sous les assauts de l’injustice !

Une longue liste de cas similaires avec photos et noms montre à l’évidence que cette histoire n’est pas la seule et que l’intolérance devant l’autre est bien le dénominateur commun des sociétés qui se replient sur elles-mêmes !

Julia Decournau avait fait fort pour lancer, son sulfureux, Titane : un pitch réduit à la définition du titane, deux photos étranges et le bruit d’un ovni en compétition. Et cela a marché au-delà de toute espérance, avec évanouissements dans la salle, spectateurs sortant épouvantés après quelques minutes de film… Et pourtant, avant toute chose, Titaneest un film remarquable, au scénario diabolique, avec un couple d’acteurs époustouflants (Vincent Lindon et Agathe Rousselle), filmé comme un opéra cruel et moderne. Car de la cruauté, il y en a profusion, dans les meurtres rituels d’Alexia tueuse en série, dans sa transformation en Alex le fils de Vincent, dans une scène finale impossible à dévoiler. Il y a du Rosemary’s Baby de Polanski, puissance trash, dans un monde d’après, où les rituels sataniques ont muté en orgie de sang et de métal, et cela fonctionne parfaitement. Un film à couper le souffle.

Asghar Faradi, cinéaste Iranien connu pour ses films attachants (Une séparationLe client), capable de nous dévoiler les dessous d’une société iranienne entre le passé et le futur, entre l’histoire et le possible.

Avec Un Héros il ne déroge pas à sa règle, sur les pas d’un homme emprisonné pour des dettes qui tente de sortir de l’ornière dans laquelle il se trouve. Lecture multiple, une vérité chassant l’autre, les certitudes devenant des hypothèses, et l’inexorable poids de ce paraître d’une société iranienne qui n’accepte jamais les parts d’ombres. C’est beau et fort, touchant et intriguant, bien dans l’esprit de ce cinéaste qui scrute ses contemporains sans jamais donner de leçons.

Après une matinée de discussions avec un critique Burkinabé (Hervé, sympathique en diable !), je fonce sur ma moto vers la salle de La Licorne, non pas par peur de ne pas avoir de places, pour cela aucun risque, mais pour ne pas rater le début de la séance et tomber sous les foudres d’une administration bien peu cinéphilique !

Las ! Encombrements aidants, le film Freda qui devait commencer à 12 h tapantes, me voit me présenter avec 6 autres retardataires à 12h04 ! Et je jure que c’est vrai, 4 mn de retard ! Mais les cerbères de l’entrée, intraitables, refusèrent de nous laisser entrer, et le responsable que j’invoquais en une ultime tentative nous fut irrévocablement refusé « -il n’y a personne ! ». Pascal Ainardi, mon ami Burgien cinéphile, dans la salle, m’attendait perdu au milieu de 80 spectateurs (dans une salle de 400 places !), et le film n’avait pas commencé ! Et quand bien même, un festival c’est aussi la passion, les incertitudes mais avant tout, l’amour du cinéma !

Cannes Cinéphile, le festival des Cannois qui devraient être heureux, cette salle, où Freda devait être mon 24èmefilm, où tout le monde se retrouve, où je campe comme un (vrai) cinéphile, obstinément close pour 4 mn de retard, crime impardonnable s’il en est ! Bravo et Merci aux responsables qui, non contents d’assister à un naufrage au jour le jour, se sabordent avec conscience sur l’autel de directives à faire respecter contre vents et marées à des spectateurs infantilisés que l’on traite comme des enfants mal éduqués !

Il a fallu donc attendre la séance de 15h pour reprendre le cours de mes projections, toujours avec si peu de monde dans la salle (j’étais à l’heure, cette fois-ci !) mais avec l’appendice énorme, gigantesque, d’un Mikey Saber, star du porno, en fond d’écran. Red Rocket de Sean Baker laisse un gout d’insatisfait. Dommage, le film plutôt intéressant se perd en route, trop long, mal fagoté, des digressions qui font perdre le fil de ce looser en train de rêver à un come-back. C’est désespérant, comme cette petite ville du Texas, noyée dans les fumées des usines, où l’espoir a depuis longtemps abandonné ses habitants qui ne rêvent plus… et le spectateur non plus !

Plus désespérant encore, Women do Cry de Mina Mileva et Vesela Kazakova où le parcours des femmes et filles d’une famille bulgare dans la tourmente d’une société qui se convulse. Entre le virus du sida, les amours lesbiens, les bondieuseries comme espoirs de rémission, le calendrier lunaire comme repère, entre le travail et la maternité, un cri déchirant qui résonne encore longtemps après le clap final !

Et la journée se terminera sur les Olympiades de Jacques Audiard sur un scénario de Céline Sciama, Léa Mysius et Jacques Audiard. Point de Tokyo à l’horizon, mais les barres d’immeubles du 13ème, le quartier chinois et la fac de Tolbiac. Dans ce Paris triste de béton, 4 personnages vont croiser leur destin. Émilie d’origine chinoise, Camille, un professeur de lettres noir, Nora une étudiante venue de Bordeaux et Amber Sweet une porno-star ! Les fils vont se nouer et se dénouer, les amours et les haines se conjuguer. C’est agréable, on ne s’ennuie pas, même si, dans ce noir et blanc du film qui correspond à la couleur des murs et à l’état des sentiments, une touche de couleur et de légèreté aurait pu être la bienvenue !

Dernier jour du festival. Haut et fort de Nabil Ayouch en compétition. Le rap marocain à l’épreuve des codes et de la tradition d’un pays musulman, les rapports hommes/femmes comme thermomètre de la violence faite aux femmes dans leur désir d’émancipation. Un professeur de l’atelier Rap, capitaine ô capitaine, va amener un groupe de jeunes d’un « centre culturel » à prendre conscience de sa force et de la nécessité de combattre pour soi afin de changer les autres. Un peu brouillon, parfois manquant de rigueur, le film, malgré tout, nous entraîne sur les chemins de l’espoir et force notre attachement. À voir, pour garder l’espoir envers ces jeunes qui nous offrent le meilleur d’eux-mêmes !

Enfin, dernier film en compétition et 28èmepour moi, France de Bruno Dumont où les portraits croisés d’une journaliste-star campée par Léa Seydoux, d’un pays en souffrance, le nôtre, et d’un système médiatique qui autorise toutes les manipulations mais permet aussi d’éclairer bien des aspects de notre culture et du rapport aux autres que nous entretenons. C’est réalisé avec beaucoup de soins et Léa Seydoux y est lumineuse. Quand à la bande musicale, elle est la dernière occasion d’apprécier le talent de Christophe qui colle au film avec des ambiances délétères.

Reste l’énigme du jury. Parmi tant de belles propositions, de films forts et engagés, d’images pétries de bonnes intentions… comment décerner des prix. Casse-tête dont nous aurons la réponse dans quelques heures !

Au total j’ai vu 16 des 24 films en compétition. Et comment ne pas primer Annette de Léos Carax, Benedetta de Verhoeven,Tout s’est bien passé de Ozon, avec un Dussolier gigantesque, Titane la surprise du Festival, Léa Seydoux pour sa composition ? Que des français me direz-vous, mais le cinéma national était à l’honneur en ce 74èmeFestival du Film. Alors il reste la surprise du chef, un film africain Lingui, les liens sacrés de Mahamat Saleh Aroun pour départager tout le monde ! Et les 8 que je n’ai pas visionnés pour me faire une surprise !

Mais s’il y a une Palme d’Or qui s’impose, c’est bien celle collective décernée à tous les fabricants du cinéma, cet artisanat devenu industrie, les producteurs, les réalisateurs, les acteurs, les techniciens, les sélectionneurs, et tous les responsables, à tous les niveaux, d’un Festival 2021 arc-bouté sur l’espoir d’une victoire contre la morosité et la pandémie !

Alors attendons les décisions du Jury et rendez-vous en mai 2022, on l’espère !

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