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Ô Marie, si tu savais...

Publié le par Bernard Oheix

Tradition oblige, rite de passage...Chaque anniversaire tout rond, toute l'équipe de l'Evènementiel se soude autour de la victime afin de lui démontrer son affection. Occasion de se retrouver, de conserver des liens (l'équipe de France de Foot devrait prendre exemple sur nous !), d'évacuer le stress et moment attendu, d'ouïr le discours du Directeur, en l'occurrence moi-même. C'est une façon d'honorer l'autre dans l'humour, de lui rendre un peu de chaleur. Conserver son calme tout en travaillant en open-space, tous les jours, dans la pression du quotidien et l'enchaînement incessant  des manifestations, le bruit et les tensions représente un vrai challenge que des moments de poésie et de tendresse peuvent rendre plus supportables.

Voilà, Marie, ma Marie, une perle de secrétaire, la confiance incarnée, 20 ans de partages... Bon d'accord, elle a 60 ans, et bien, tant mieux, comme cela j'ai pu  lui faire un beau discours !

 

C’est vrai, tu les as désormais, tu y es arrivée toi aussi, alléluia, tu as bien franchi cette barrière des 60 ans… Es-tu capable alors de l’escalader, de grimper vers son sommet alors que tant d’années se sont écoulées dont un nombre conséquent avec moi, ton unique Directeur préféré ? Marie, on dit toujours que les 60 ans s’ouvrent sur une pente glissante alors c’est devant une montagne que tu te trouves. Comment cela se fait-ce ?

Peut-être parce que 60 ans, c’est avant tout l’âge de la maturité, de la connaissance de soi, de la maîtrise de son environnement, de l’acceptation de ses limites comme de la revendication de son authenticité. Alors, Marie la biblique, qui es-tu ? Posons-nous la question : qui se cache réellement derrière la Marie Huit-Huit un peu précieuse et toujours raffinée qui nous morigène quand nous jurons par-devers elle ?

Aujourd’hui se parachève donc 60 années d’existence dont 40 de boulot comme secrétaire attentive et 20 consacrées au bonheur de Bernard Oheix, ton chef vénéré ! Le tiers de ta vie dans une histoire d’amour avec ton Directeur…La moitié d’une vie professionnelle et toujours cette passion pour cet être exceptionnel qui croisa ton chemin… Pas mal non ?

Bon, avouons-le, ce n’était quand même pas gagné au départ !

Comme le dit le proverbe : « chiens de faïence, point de patience ! » Tu étais ma chère Marie, l’exact inverse, le revers parfait de ce que j’attendais d’une secrétaire. Toujours ponctuelle à me faire remarquer combien je l’étais peu, discrète alors que j’étais, sinon exhibitionniste, du moins extraverti, traçant ton chemin sans faiblir avec un air têtu du style… moi je suis de l’Est (de Metzzzz !) et on ne me la fait pas, prenant en charge mon agenda, me forçant à répondre aux courriers même quand je n’en manifestais aucunement le désir, tapant mes lettres (prise en sténo, siou plaît… Spécialement pour les jeunes, la sténo était un alphabet graphique du siècle dernier censé permettre la prise de notes en accéléré… D’ailleurs si vous êtes gentils, Marie-Antoinette peut vous faire une démonstration !)…

On ne peut évoquer cette période sans rappeler, par exemple, qu’il n’y avait pas encore de téléphones portables dans les équipes (Ah ! le miracle des talkies) encore moins d’IPhone et autre BlackBerry, peu d’ordinateurs sur les bureaux, des fax omniprésents, du courrier à ouvrir et qu’en cette période lointaine de fabrication d’un Evènementiel primaire et rustique, les contacts humains primaient sur les prothèses de communication dont nous nous sommes bardées afin de ne plus être en contact direct avec un interlocuteur.

Résultat, nous cavalions comme des dératés et Marie campait en gardienne du temple, impavide, motus et bouche cousue, récipiendaire de tous les secrets sans jamais dénoncer ses sources, îlot de calme au cœur de la tempête…

Jeunes qui nous écoutaient… Sachez combien elle fut valeureuse notre Marie Nationale pour survivre entre un Directeur totalement déjanté et une équipe de chiens fous, dans une ville complétement azimutée, celle des années Mouillot !

Disons-le crûment : il n’y eut jamais de relations sexuelles entre la secrétaire discrète et son Directeur séducteur, (du moins officiellement et bien que d’aucuns ici, peuvent affirmer qu’elle se retrouva quelquefois à 4 pattes sous le bureau afin de récupérer un objet quelconque ou la main coincée dans la braguette de son pantalon soi-disant pour recoudre un bouton !)…

Cela confirme que leur union solide s’ancrait sur les certitudes de la vie et point sur les aléas des corps. Pas de mariage en vue, du coup et en contrecoup, pour la secrétaire… ce qui confirme malgré tout, le lien trouble qui les unissait. Il en paria un nombre incalculable de bouteilles de champagne sans s’inquiéter pour autant… Il savait que les autres hommes semblaient fades à Marie qui les comparait immédiatement et toujours à son Directeur. Il eut donc tous les avantages d’une femme à la maison et d’une autre au travail sans en avoir les inconvénients. Et cela avec l’assurance de ne pas avoir à payer de pension de sa poche quand cette belle romance cesserait, un jour prochain de départ à la retraite !

Mais disons-le tout net : qui va corriger les textes de Bernard quand il ne pourra plus jouer de son charme… Du style…Ma marie adorée, juste un petit texte, très court…et pas pour tout de suite, j’attendrai demain avant de le mettre en ligne… s’il le faut vraiment… Sniff ! Zou bizou bizou…

Qui va dénicher des stylos publicitaires et des cahiers de récupération pour les petits enfants d’Afrique démunis… Qui va rappeler au Directeur les anniversaires, les dates de mariages et de divorces, prendre en main ces jeunes qui nous envahissent, traquer les fautes d’orthographe en affirmant Que nenni tout en balayant d’un revers de la main les jurons proférés dans l’enceinte des murs de la Culture…

Qui peut remplacer l’irremplaçable ? Personne Marie !

Alors pendant que ton ancien Directeur ira se faire bronzer aux Maldives ou en Patagonie, sur les traces du « Che » ou en bicyclette vers Cythère, toi, tu resteras encore accrochée aux invitations, répondant aux solliciteurs nombreux qui veulent croiser leur chemin avec ta nouvelle Directrice, tapant des rapports abscons pour une administration de plus en plus vorace…

Et tout le monde sera content et heureux… sauf moi qui vais te perdre un peu, beaucoup, passionnément, à la folie…

Et encore merci Marie pour tout ce que tu apportes, a apporté et apportera à ceux qui ont la chance de pénétrer dans ton monde… celui d’une Marie Antoinette Pett qui fut toujours celle à qui l’on pouvait confier un peu de soi-même avec la certitude qu’elle nous le rendrait intact !

Aujourd’hui, c’est à nous de te le rendre… Bon Soixantième Anniversaire Marie !

 

Pleurs garantis, belle soirée au restaurant avec rires et émotions. Une équipe de travail comme celle de l'Evènementiel est une Formule UN dont le moteur a besoin de réglages subtils. Des soirées comme celle-ci permettent de retrouver un peu de douceur dans ce monde de brutes ! Et puis, Marie méritait bien d'un peu de reconnaissance de notre part parce ce que son coeur est plein de bonté et d'altruisme !

Ah ! Marie, si vous saviez...air connu

 

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La compétition... Festival n.2

Publié le par Bernard Oheix

 

Je sais, il se fait tard et le Festival est bien loin.... Mais j'ai des circonstances exténuantes, un voyage à Paris, plein de dossiers à remplir pour mon futur départ à la retraite, mille choses à terminer....

En cette 65ème édition du Festival du Film de Cannes 2012, j’ai pu visionner 14 films de la compétition sur les 22 présentés… score honorable sans plus ! Mais il y avait beaucoup d’autres films dans des sélections parallèles et, tant de sollicitations !

 

En ce qui concerne les « Palmés » :

Belle et méritée récompense pour l’émouvant et pétillant Ken Loach, La Part des anges. Une comédie douce amère d’une totale humanité bien que basée sur un présupposé moralement très contestable !!! Imaginez sauver vos jeunes héros et leur permettre de sortir de la délinquance, de la violence et du chômage… et pour ce faire, un dernier casse suffira, comme l’alcoolique pour son dernier verre, rondement mené, avec au bout ce couple qui échappe à la misère du monde par l’obtention d’un travail. Les périodes ont les rêves qu’elles peuvent et le paradis aujourd’hui, n’est même plus de ne pas travailler, mais bien d’obtenir un emploi… Vive le chômage de masse ! Quant au film, dans la veine des comédies sociales de Ken Loach, avec un humour et des moments de « non-sens » à faire hurler de rire. Entre la violence moderne et le rire de la déraison, juste un interstice pour continuer de rêver !

J’espérais mieux pour La Chasse de Thomas Vinterberg, à l’évidence un des bijoux de cette sélection, bien que snobé par une partie de la critique ! Une petite ville du Danemark, une fillette adorable et un homme, sortant d’un divorce difficile et souffrant de l’absence de son fils. Il aime les enfants et travaille comme assistant dans une école pour petits. La fillette va accuser cet homme de l’avoir abusé. Concours de circonstances débouchant sur le soupçon, puis sur les certitudes de la masse et sur l’horreur d’une véritable chasse à l’homme qui ne laisse plus de place au doute. Il est forcément coupable… même innocenté, comme le signale la dernière scène. Un film sur la manipulation, les frustrations et le désir de vengeance collective qui gomme les responsabilités individuelles. Un film à méditer, cruellement d’actualité en cette heure où les boucs émissaires bien basanés font florès dans la bouche de certains de nos hommes (et femmes) politiques. Le prix d’interprétation masculine pour Mads Mikkelsen est totalement justifié mais me semble un peu réducteur au vu de la densité du scénario et de la qualité de la réalisation.

Comment le film mexicain, Post Tenebras Lux de Carlos Reygadas, s’est-il retrouvé dans le palmarès ? Mystère et Festival ! Soulignons que chaque édition accouche systématiquement d’au moins un extra terrestre pour se glisser entre les lignes des récompenses, comme s’il fallait justifier automatiquement que l’on est juge de la norme et que le cinéma est aussi affaire de vision extralucide ! Qu’adviendra-t-il de cet opus ennuyeux et pompier, figé dans un esthétisme exhibitionniste, si ce n’est le sort peu enviable d’être oublié avant même d’avoir été visionné !

N’ayant pas eu le plaisir de voir le film roumain multi primé de Cristian Mungiu, Beyond the Hills, je ne me prononcerai pas… si ce n’est pour affirmer que la seule Palme d’Interprétation possible et envisageable était une récompense au couple de cinéma Emmanuelle Riva et Jean-Louis Trintignant pour Amour de Haneke. Phénoménaux, énormes, gigantesques monstres sacrés habitant leurs personnages, ils illuminent le film d’une aura mortifère, une lente mort au travail sertie dans un écrin sobre et sombre. Mais la Palme d’Or est exclusive de tout autre prix et ne permet qu’une mention, ceci expliquant cela !

Reality de Matteo Garrone, le réalisateur de Gomorra. On connaît le poids de la télévision et ses dangers. Brisant les vies de familles, le temps des lectures et des dialogues, divertissement et approche individuelle d’une sous-culture… Dans cette œuvre héritière du néoréalisme italien, un homme va plonger dans l’univers de la téléréalité et voir son existence voler en éclats. Son désir éperdu et son phantasme d’intégrer une émission « le grand frère » lui font perdre contact avec le monde extérieur. C’est une problématique particulièrement contemporaine en cette heure où la lucarne animée est bien le réceptacle de tous les espoirs et où le quart de gloire « Warholien » est trop souvent assimilé au passage obligé d’un inconnu dans une émission de télévision. Une comédie douce amère, grinçante, avec un acteur amateur, en semi-liberté, qui donne une âme à son rôle de Napolitain débordant de vie !

Et donc cette Palme d’Or d’Amour. Je faisais partie des laudateurs du Ruban Blanc, un choix difficile pour un film exigeant. Là, rien de tout ceci, juste l’évidence d’un chef-d’œuvre hors du commun. Des acteurs transfigurés, cruels de naturel, une technique discrète et maîtrisée, parcourue d’éclairs étranges comme des déflagrations incongrues dans une norme toujours plus prégnante de cette agonie d’un couple amoureux. Il y a toute l’humanité du monde et toute l’animalité de la chair en décomposition dans ces 126 minutes d’un chemin de croix vers la rédemption finale. C’est aussi un thriller, un film surréaliste, un poème… C’est la magie de l’esthétisme au service d’une cause qui ronge chacun d’entre nous, l’angoisse de la vieillesse, de la décomposition et la beauté de l’amour qui sublime cette lente usure de l’espoir.

Merci Monsieur Michael Haneke.

Je n’ai pas vu et ne dirai rien de Holy Motors de Leos Carax, Paradies : Liebe de Ulrich Seidl et le dernier Resnais… films dont on a dit le plus grand bien… Mais pourquoi donc ignorer De rouille et d’os  de Jacques Audiard. Belle histoire étrange habitée par une Marion Cotillard transfigurée. Sur un fond mélo et tragique (décidément, les handicapés font recettes au cinéma en ce moment !!!), une histoire de violence et d’amour, de courage et d’espoir. Superbement filmé, décors magnifiques, acteurs justes, tous les ingrédients d’un grand succès populaire annoncé… et donc trop « beau » pour le Festival. Le syndrome du Grand Bleu a encore frappé !

Légère déception chez les américains, The Paperboy, Lawless, Mud même s’il y a un bémol pour Moonrise kingdom de Wes Anderson sauvé par son humour grinçant. Tous ces films sont dans la même veine, œuvres pas vraiment hollywoodiennes et bourrées de bonnes intentions… sauf qu’il leur manque ce soupçon iconoclaste, cette insouciance que s’autorisaient leurs glorieux aînés (Scorcese, Lucas, Spielberg, Coppola) en train de forger un style sur des histoires nouvelles pour une vague déferlante partie à la conquête des grands studios. Là, on trouve de belles histoires décalées, des acteurs et actrices performants, des cadres exotiques… mais cela ne suffit pas à nous faire sortir du cadre !

Voilà avec un peu de retard la dernière page du Festival du Film 2012. Belle édition avec énormément de films intéressants même s’il a manqué quelques bijoux aux côtés d’Amour de Michael Hanneke pour notre félicité. C’était mon dernier Festival en tant que Directeur de l’Evénementiel…  Alors vive le Festival 2013 et cette fois-ci, j’y arriverai à ma ligne de crête des 40 films ! Non mais !

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Festival du Film 2012 (1ére partie)

Publié le par Bernard Oheix

Il y a des années où la Palme d’Or semble naturelle, évidente, incontournable… C’est bien le cas en cette 65ème édition du Festival du Film, pour une année 2012 qui restera celle de mon dernier Festival officiel en tant que Directeur de l’Evénementiel. Un prix suprême pour Amour de Michael Haneke, une 2ème palme pour le réalisateur mais surtout, un hymne à l’amour pour Emmanuelle Riva et Jean-Louis Trintignant, un duo de comédiens sur le fil halluciné d’un crépuscule flamboyant. Il est regrettable qu’une Palme d’Or exclue toute autre reconnaissance car si jamais un Prix d’Interprétation pouvait être ordonné en cette année 2012, c’est bien à ces deux vieux revenus de tous les honneurs, de toutes les guerres qu’il pouvait être attribué.

Petite revue d’effectifs sur les films du monde qui viennent tenter leur chance sous les sunlights d’un mois de mai pourri par une pluie torrentielle.

Franchement, entre le G20 et le Festival du Film, quelle image donnons-nous de la Côte d’Azur avec ses parapluies ouverts qui ont tendance à prendre le pas sur les canotiers ensoleillés ?

L’objectif initial était de visionner 40 films… dont je dois avouer, à mon grand regret, qu’il ne fut pas tenu… La faute au temps, à quelques parties de rami corse, à la vague présence d’un bureau où il fallait bien parfois faire acte de présence, de quelques rendez-vous sur Nice et de la fatigue due à mon âge presque vénérable qui m’ôte désormais la capacité de dépasser 5 films par jour… On ne peut avoir été et perdurer…

 

Sur les 38 films vus, 14 provenaient de la Compétition, 9 d’un Certain Regard et 7 de la Quinzaine des Réalisateurs, les autres se répartissant dans des catégories annexes bien souvent passionnantes comme la Semaine de la Critique, le Cinéma des Antipodes, Visions Sociales… Et justement…

Les Voisins de Dieu un 1er film de Meni Yaesh, en est un bel exemple. Des jeunes intégristes juifs se battent pour faire respecter les préceptes d’un Dieu d’intransigeance tout en fumant des joints et en composant de la musique de transe… La rencontre avec une jeune juive délurée va bouleverser l’existence d’Avi et déséquilibrer son rapport aux autres et à la violence…

Monsieur Lazhar du Canadien Philippe Falardeau est un film magnifique et émouvant sur le déracinement et l’exil. Un enseignant algérien obtient un poste de remplacement dans un collège pour pallier l’absence de la précédente titulaire qui s’est suicidée dans sa classe. Les élèves et l’enseignant vont se découvrir et apprendre à s’aimer et à se respecter. C’est simple comme une belle tranche de vie d’êtres déchirés devant la beauté et la cruauté, la gentillesse et la méchanceté naturelle des enfants.

Petit bijou avec une perle de Nouvelle Zélande. L’Orateur de Tusi  Tamasese campe un nain marginalisé par sa taille mais dont la femme, elle-même bannie de son clan, est une  prêtresse étrange. A la mort de celle-ci, il va oser enfin affronter la nécessité de devenir un « orateur », un chef de village, pour récupérer le corps de sa femme volée par son ancien clan. C’est bouleversant, un des chocs de ce Festival, un film au cordeau de tous les sentiments, permettant à la laideur de devenir grâce, à la faiblesse de se transformer en force brute et au cinéma de devenir la vie réelle.

 

Pour ce qui est d’Un Certain Regard, l’autre versant de la sélection officielle, quelques perles : Les Bêtes du sud sauvage dont le réalisateur, Benh Zeitlin, sera récompensé de la Caméra d’Or (prix du premier film). Dans un lieu improbable, portion de terre immergée, quelques humains survivent et un père agonisant, tente d’insuffler la force à sa petite fille afin qu’elle lui survive. Beau et poignant, étrange et désordonné…

Les Chevaux de Dieu de Nabil Ayouch où comment cerner concrètement le basculement vers le terrorisme afin de devenir martyr et de gagner un paradis peuplé de vierges offertes. Tout ce que vous avez voulu savoir sur ces porteurs de ceintures explosives et que vous ne pouviez comprendre. Le rapport entre la misère sexuelle et la pauvreté menant vers le chaos intérieur. Un vrai film poignant, à la fois didactique et imagé sur le désespoir du monde et les grandes frustrations qui mènent vers le renoncement. C’est aussi un extraordinaire bréviaire sur les méthodes des fondamentalistes pour endoctriner les plus faibles et construire cette armée d’Allah qui doit nous indiquer les voies aux forceps de la rédemption.

 

Je n’étais pas fan du Mammouth de Délépine et Kerven. Aussi suis-je entré à reculons devant Le Grand soir pour rapidement laisser choir mes préventions. Il faut avouer que « Not », le plus vieux punk à chien d’Europe, interprété par Poelvoorde et Jean-Pierre (Albert Dupontel) son frère vendeur en literie licencié pour insuffisance de résultats, l’accompagnant sur les chemins de la dérive, en un duo de pieds cassés éperonnant le bon sens et le bon goût, ce n’est pas piqué des vers. Il y a du rythme, de la comédie, de l’émotion, énormément de dérision (Brigitte Fontaine en maman sculptant les frites !), un reflet cruel d’une société engoncée dans son conformisme et ses certitudes et bien sûr, de la tendresse pour ces pieds nickelés de toutes les frontières.

Deux films enfin pour cauchemarder. Aimer à perdre la raison de Joachim Lafosse ou Tahar Rahim fait des enfants à une Emilie Dequenne enfermée sous l’œil omniprésent du tuteur de son mari, (l’abominable Niels Arestrup !), jusqu’à perdre la notion du bien et du mal, entrer dans le cercle d’une dépression profonde et tuer ses enfants sans réussir à se suicider. Glaçant, déprimant, horrible et mystérieusement fascinant…

Quant à Después de Lucia, film mexicain de Michel Franco qui obtint le Prix « Un Certain regard », c’est tout simplement un chef-d’œuvre macabre, une plongée en apnée dans un monde de violence délétère et de soumission bestiale. La belle et jolie Alejandra vient de perdre sa mère Lucia et porte sa mort accidentelle comme un fardeau. Avec son père, elle déménage pour vivre à Mexico et intègre un lycée de la haute bourgeoisie. Elle va devenir, par un enchaînement de circonstances, un enfant martyr, le bouc émissaire, celle qui concentre toute la haine et les frustrations d’une bande d’adolescents où les valeurs de la vie sont relatives, les frontières de la permissivité rendues floues par les pulsions du sexe et de la drogue. Ridiculisée, avilie, violée sans qu’elle réagisse jusqu’à sa fuite mimant un suicide, déclenchant un horrible final, une vengeance ignoble de son père contre son tortionnaire en chef, en une séquence qui est un vrai viol de la morale !

Film nauséeux, par-delà le bien et le mal, film d’interrogations sur une société malade des valeurs d’humanité, filmé comme si c’était un dernier cri devant l’empire d’un mal qui ronge l’être humain !

Suite au prochain numéro…..

 

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Voix Passions

Publié le par Bernard Oheix

Chers amis,

Comment vous remercier pour cette soirée du 27 avril ?

Il y a des dates importantes dans une vie… La naissance, mais on ne s’en souvient pas vraiment, la mort, quoique là, on s’en contrefiche vu qu’on ne peut pas la raconter aux autres, le premier baiser (avec le nom, le parfum et la couleur des yeux de l’heureuse élue), la première fois que l’on voit se lever le soleil dans le désert du Sahara ou que l’on voit l’Etna entrer en éruption avec la lave qui jaillit au ciel, le premier jour de travail dans une entreprise (la couleur de la cravate)… et tout naturellement, son dernier concert en tant qu’organisateur, la dernière date programmée comme Directeur de l’Evènementiel… ce qui fut mon cas en ce vendredi du 27 avril du côté de la salle de la Licorne à Cannes La Bocca !

bo.jpg

Il y a plus d’un an, j’avais une idée très précise de cette soirée. Je la voulais classe mais sans affectation, avec des amis, mais sans concessions à l’Art, je voulais du public et une vraie salle avec une âme, je voulais des potes mais artistes avant tout !

Je vous avais proposé de participer à cette aventure et vous avez répondu présents, vous avez joué le jeu en entrant dans la danse de ce moment si fort  pour moi, que je tenais à partager avec vous ! Je vous en remercie avec tout mon cœur :

A Cédric O’Heix, en te souhaitant bon vent sur les mers de cette poésie que tu chevauches avec tant d’élégance. Je me souviens d’une interrogation après ta demi-finale de la Nouvelle Star… Cédric O’Heix deviendra-t-il une Star ? Je ne peux toujours pas répondre à cette question, mais par contre, je sais qu’il est devenu un artiste, un vrai artiste ! Attendez, Un jour de solitude et autrescedric-o.jpg ballades sont inscrites à jamais dans ma mémoire. Tu as embarqué le public avec toi et tu mérites ses applaudissements fournis, juste hommage à ton talent, à ta présence sur scène, à ton charisme. Alors, à toi, petit neveu sorti de la nuit des temps ! Continue et garde le cap !

A Talike. Talike, que ce soit en polyphonie pure avec Tiharea, en invitée de Rajery ou avec ton nouveau complice Kilema, tu es une vraie Princesse du Peuple des Epines sur scène. Tu as le sens de l’image et du son et ton duo avec Kilema est un bijou fascinant… rythmes étonnants, instruments bizarres, tenues chatoyantes… Et avant tout, tu as une voix qui entre en résonance avec le cœur de l’homme.

talike.jpgTu en joues avec brio, aisance, comme une soliste d'un instrument maitrisé jusqu’à la perfection. Le volume du son dégagé semblait produit d’un orchestre complexe et non d’un duo. Vous avez une vraie pépite entre les mains, bravo à vous deux et bonne chance sur les routes des Musiques du Monde.

Au Corou de Berra. Mes « pôvres » victimes préférées. Vous les régionaux de l’étape, je vous ai tout fait subir depuis de si longues années. Chaque fois que j’ai une idée tordue, c’est sur vous que cela échoue ! Vous avez ainsi chanté pour moi perché sur des rochers, dans des églises froides, sur des places de village, dans un répertoire sacré, profane, en toutes les langues, à capella, sonorisé… Et pourtant, vous continuez à me surprendre, de concerts en CD, de propositions en compositions. J’écoute souvent vos productions dans le confort de ma chaîne, elles sont d’une qualité et d’une précision qui frôlent la perfection dans le meilleur de vos créations. Votre travail de mise en musique est un miracle d’équilibre et les voix des filles résonnent à l’égal des sirènes, telles des déesses annonciatrices des beaux jours (désolé les garçons, même si vous n’êtes pas mal non plus !). Je vous aime pour votre talent et vous me le rendez par votre amitié. Merci d’avoir partagé ce moment de grâce.

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A Nilda Fernandez. L’amitié n’a pas de frontières, elle échappe au temps et à la distance, à la notoriété et au silence. Nous nous sommes rencontrés avant ton succès, jeunes du côté de Lyon, entre Paris et Barcelone, avec l’espoir de lendemains chantants du côté de Madrid, Madrid. J’ai fait mon chemin, tu as accompli une partie de ton œuvre. Derrière le succès, tu as fui les facilités, toujours ailleurs, jamais où le showbiz t’attendait ! A Cuba, traversant la France en roulotte, avec les Inuits, star en Russie…

nilda.jpgTu es un poète moderne, atypique et même seul avec ta guitare, tu donnes des ailes aux mots, du souffle aux notes. Tu es mon ami, par devers les aléas d’une carrière, tu es toujours ce barde qui sait faire jongler la nuit. On se retrouvera toujours, parce que c’est écrit sur la plus belle des partitions, celle de la vraie vie !

Mais aussi… A Filetta ! J’ai épousé la Corse au sens littéral du terme. Ses bons côtés aussi ! Je me souviens d’une église dans le Niolo, et des premiers chants entendus d’A Filetta, dans une église perdue dans les bois, dans ces années d’une Corse qui se désespérait en cherchant son âme. Je me souviens aussi de ces innombrables concerts, partout, tout le temps, de ces discussions autour d’un verre, de ces interrogations sur le devenir d’une île et d’un peuple si fier et passionnant parce que passionné. Le groupe que j’ai le plus programmé de ma carrière, le plus entendu de mon existence, c’est vous ! Le Festival à Calvi, les nuits chaudes de Séville, les églises, les salles de fêtes et les multiples scènes de Cannes. Jean-Claude Acquaviva et le chœur d’hommes. Votre réserve naturelle et votre chaleur sincère d’amitié envers moi. Ce soir, vous avez ciselé le son, accroché des notes aux nuages, transporté le public dans une apesanteur où plus rien ne comptait que cette beauté immatérielle, cette résonance du chant des Dieux.

filetta.jpg

A vous tous, j’ai tant aimé les voix, j’ai adoré vos voix. Merci d’avoir été là, pour moi, c’est un grand honneur que vous m’avez fait en ce 27 avril 2012 dans la conclusion d’une saison qui sera la dernière de mon activité professionnelle !

Et comment ne pas remercier aussi, ce duo inattendu de mon fils et de ma belle-fille, Julien à la guitare et Sarah au chant. Ils m’ont offert ce bonheur absolu d’entendre par surprise, ses enfants oser, être capables d’entreprendre avec brio un tour de scène pour un chant d’adieu. Sarah possèdeju-sarah.jpg une voix douce et mélodieuse, une voix d’ange, Julien une contre voix grave et un toucher de guitare léger. Ils s’en sortirent magnifiquement dans cette inattendue surprise d’un « Cat Power » dont la scène sublime du baiser de Blueberry Nights reste une illustration parfaite. Mon cœur a volé en éclats et les passions de la voix se firent si fortes qu’elles en emportèrent toute réserve bue !

Voilà, tant de voix si pures, tant de mots si gentils, un dernier chant (Adieu monsieur le professeur !) et le noir complice pour rendre à la vie réelle, ceux qui furent et ceux qui seront, tous unis dans la beauté du spectacle.

 

Merci à vous tous !
PS : toutes les photos sont de Eric Dervaux ! Merci à toi collègue !

 

 

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Lettre à mes amis comédiens...

Publié le par Bernard Oheix

Voici donc la lettre que j'ai envoyée à l'issue de cette première série. En effet, c'est à Nice en novembre 2012 que nous reprendrons Linge Sale pour 6 représentations au Théâtre Françis Gag. J'ai perçu, de jour en jour, une blonde s'affirmer en moi et une Martiniquaise s'épanouir... Miracle du Théâtre... Henri, lui, l'homme au maillot si explicite, reste un incorrigible technicien de base, fasciné de sentir la scène sous ses pieds et heureux de participer à cette aventure artistique. Bernard par contre reste dubitatif sur son avenir de comédien... 

 

Chers amis et néanmoins camarades.

 

blonde-tricot.JPGJe tiens à vous remercier tout particulièrement pour m’avoir :

-mis des seins, bas et jupe, perruques blonde ou noire, colifichets et fond de teint

-autorisé à pisser 4 fois en 30 mn dont une dans une bouteille d’Evian pendant la première partie de la pièce

-obligé à bouffer des sandwichs et grignoter des saloperies pendant 3 semaines au grand détriment de mon tour de taille.

-de m’avoir permis de visiter la région en faisant 20h de moto entre Cannes et Nice (dont 1h sous une pluie diluvienne) afin de pouvoir vous retrouver au Théâtre Francis Gag pour les innombrables lectures, répétitions et filages me laissant épuisé et incapable d’assumer ma vie sexuelle (d’autant plus que les stigmates de khôl, fond de teint et rouge à lèvres traînant sur ma gueule n’engageaient pas ma femme à avoir des élans de tendresse particuliers !)

-de m’avoir obligé de réveiller à minuit la mère de mes enfants afin qu’elle me fasse répéter unmart-1.JPG texte édifiant du style (-me farcir les gonzesses qui passent, -et mon cul c’est du poulet,-je vais te faire une ménagère à bigoudis…), tous textes qui portent sur les nerfs d’une femme normalement constituée réveillée par les angoisses de son mari dans le silence sépulcral d’une nuit du mois d’avril !

-donné une image particulièrement exotique et déplorable d’un Directeur de l’Evènementiel du Palais des Festivals de Cannes…d’autant plus que cette Martiniquaise me semble peu apte à lutter contre les hordes lepenistes qui semblent envahir nos urnes en nous cassant les burnes !

Spécial remerciement :

A Régis Braun pour la finesse de son choix (!!), la qualité générale de la distribution… incluant mon humble personne. C’est un beau final pour ma carrière de programmateur que nous avons fait ensemble et je suis très fier du bout de chemin que nous avons effectué de concert. Merci Régis d’avoir osé me faire passer de l’autre côté du miroir et de m’offrir ainsi, une nouvelle belle page dans ma légende en marche vers le panthéon des hurluberlus !

Collectivement à tous les acteurs, les vrais, ceux qui avaient du texte, du jeu et un rôle autre que celui de bouffon dans cette étrange pièce, Linge Sale de Jean-Claude Grumberg. Vous êtes vraiment des acteurs de talent, merci de m’avoir supporté avec tant de gentillesse et de professionnalisme. Rassurez-vous, ma carrière s’arrêtera avec cette pièce et je ne viendrai pas vous piquer vos émoluments… Vous pouvez dormir sur vos deux oreilles !

bo Teeshirt

A Elisabeth, ma copine, celle avec qui je me maquilla, papota,bo-fumee.jpg babilla et tricota pendant que les garçons rivalisaient de machisme en roulant des mécaniques pendant la première heure totalement futile du spectacle !

A Marc, mon joggeur préféré, même si, à chaque fois qu’il me croisait avec ma perruque et mes seins imposants (90C), un haut-le- cœur manquait le faire vomir sur ma gabardine très « Bacallienne » qui n’en demandait pas autant !

A DEUX, au cocaïnomane Christian, en espérant que sa femme revienne. Tu es un acteur remarquable et je garderai toujours ton visage entre deux machines à laver pleurant sur son papier peint qui lui manque. Tu es plein de vitalité et tu m’as offert de bons conseils et des regards d’amitié particulièrement rassurants.

A UN, Jean-Jacques, sa mèche « nazouillarde » ne peut dissimuler son ouverture. Et même s’il se sent incapable de tendresse envers moi (Euh, envers Henri !), je ne lui en veux pas (!!). Tu m’as aidé à mieux comprendre la place d’un acteur, son rapport au metteur en scène, les petits trucs qui font que sur la scène, du chaos naît la lumière. Merci à toi pour cette leçon de choses… Cela ne faisait que 30 ans que je programmais du théâtre, désormais, je sais ce qu’est un acteur !

Et puis, à toute l’équipe du Théâtre Francis Gag, magnifiquement managé par un Pierre imposant, impavide, résistant aux crises d’un metteur en scène hypocondriaque, toujours prêt à rendre service avec un Pascal heureux à ses côtés. Merci Peter de m’avoir permis de papoter avec ta femme et d’avoir reluqué sa combinaison pendant qu’elle me maquillait !

Et puis Françoise, son soin dans le choix de mes chaussures (42 fillette), mes lingettes démaquillantes, mes bas filés, la perruque toujours prête, au petit soin pour moi  alors qu’elle n’en a plus rien à foutre puisque sa fille a réussi (enfin !) à me piquer mon poste !

Voilà, j’ai découvert sur le tard, l’ambiance d’une troupe, fut-elle éphémère, la réelle tension qui naît de s’exposer ensemble aux regards des autres, les connivences et petits secrets, engueulades et crises de nerfs, complicité et fous-rires, et l’extraordinaire humanité des belles personnes que vous êtes.

PS : Je sais que vous rêviez de voir mon jardin. Je vous propose donc de se retrouver tous en ma modeste demeure de futur ex-Directeur pour un  repas d’amitié. Je n’imagine pas, vu vos plannings chargés, tomber du premier coup sur une date où tout le monde est disponible… Alors à vos agendas !

PPS : on fera un curry de porc et des acras, je connais une Martiniquaise qui sait y faire !

La bise à toutes et tous. jogger.JPG

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Toutes les photos des articles sur Linge Sale sont de mon ami et immense photographe, Eric Dervaux que vous pouver visiter sur son site : ericdervaux.com

 

 

 

 

 

 

A Elisabeth, ma copine femme de la troupe et à Marc, le Joggeur impérial de la

distribution !

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Linge Sale (1)

Publié le par Bernard Oheix

 

Mon jardin, toujours, lieu des grandes décisions de la programmation… C’est plus facile avec un bon rosé et des copains autour de la table de concevoir des projets ! Printemps 2011, Régis Braun, un metteur en scène ami. Ensemble, nous avons créé quelques belles pages de la culture Cannoise depuis 15 ans. Jusqu’au bout de la nuit de Rezvani, avec un pianiste perché dans les cintres, un étang sur scène (là, il avait fait fort, le bougre !), Schweik 2000, à la médiathèque de Cannes, libre interprétation de la pièce de Milan Kapel, déambulations dans les jardins luxuriants autour d’un homme qui devient le jouet des autres mais que son innocence protège de la méchanceté des autres et des institutions. Victor et les enfants au pouvoir, La fausse suivante de Marivaux et On purge Bébé de Feydeau complètent ce panorama d’un théâtre de réflexion et de divertissement dans un processus de création régionale et de productions autonomes.

Avec Régis B, on a souvent rêvé que nous transformions le monde (du théâtre), mangé des huîtres à Marseille en assistant à une trilogie d’Eschyle (ou d’un autre Grec… Je ne sais plus exactement !), imaginé des plans improbables, tenté de faire un Brecht (Je n’ai jamais, en 15 saisons pour près de 200 pièces, pu accueillir un Bertolt Brecht, sniff !). Alors, au crépuscule de mon ultime opus, toujours dans mon jardin, je lui propose une dernière wild-card pour avril 2012. Il acquiesce et m’assène débonnaire : « -OK, mais je choisis la pièce et il y aura un rôle pour toi ! ». C’est typiquement le genre de chiffon rouge auquel je ne peux résister. Il me connaît le bougre ! J’opine du bonnet en resservant une tournée de verres de rosé et on passe à autre chose tout aussi important, du style nature du dessert ou couleur du pousse-café !

Le temps s’écoule, le programme de la saison 2011/2012 « Donner du goût à vos sorties » sort avec Mon ami « Caramella fait son Cinéma » en ouverture, La Nuit de la Guitare avec tous mes potes, Le Crazy Horse, Huun Huur Tu, Hubert-Félix Thiéfaine (qui a l’obligeance de rafler 2 Victoires de la Musique un mois avant et par conséquent de me remplir le Grand Auditorium), et un mois d’avril final en apothéose avec Le Canto General (cf. mon article précédent), Linge Sale de Jean-Claude Grumberg dans une distribution comprenant Jean-Paul Icardi, (un des pseudos que j’utilise régulièrement  quand je veux cacher certains aspects de ma vie secrète) et les Voix Passions, ultime concert produit par un certain Bernard Oheix qui aura été le Directeur de l’Evènementiel du Palais des Festivals de Cannes de février 1992 à avril 2012 !

C’est dans le courant de l’été (donc trop tard pour pouvoir intervenir !) que Sophie Dupont, mon adjointe et future remplaçante, me demande si j’ai vraiment lu la pièce et si je sais quel rôle je vais interpréter. Que nenni !

blonde jambe

Et je me plonge dedans, découvrant avec horreur (et un zeste de fascination !), que je vais entrer en début de deuxième partie habillé en blonde patinée, pour revenir en Martiniquaise explosive, et finir en technicien de base désorienté ! Et ce sera ma dernière pièce en tant que Directeur de l’Evènementiel, le 20 avril 2012 ! Heureusement !

 

1ère lecture en décembre 2011 avec toute l’équipe au complet, une mise en bouche pour analyser les personnages, leur donner du sens, tenter de saisir ce que Jean-Claude Grumberg, (9 Molières, plusieurs Césars, auteur de L’Atelier) a bien voulu imaginer dans cette œuvre complexe sous-titrée (par lui-même), « une pièce sur le moins disant culturel ! ». JJ

 

Mi-mars, les comédiens entament leur marathon au Théâtre Francis Gag de Nice où se déroulent les répétitions et je les rejoins fin mars pour travailler ma partie finale. Longues journées épuisantes, de 10h à 19h, lectures à l’ espagnole ou italiennes, filage. Apprentissage du texte aux forceps (mais comment font-ils pour l’ingérer, des pages entières à la virgule près), répétitions des gestes et déplacements…

 

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Essayage des costumes, une blonde patinée aux gros seins, lunettes, bas, maquillage. Escapade en ville afin de trouver des chaussures à hauts talons (compensés !), tête des vendeuses devant mon 42 fillette… Confection de ma tenue Antillaise par une amie du Palais, elle-même Martiniquaise, avec bijoux, chapeau et apprentissage de la méthode pour se maquiller en noire voluptueuse (!!)… et toujours ces journées et soirées épuisantes à travailler, ressasser inlassablement des bouts de textes et des attitudes, des positionnements dans un décor qui prend forme petit à petit. La nuit, je réveille ma femme pour des lectures de textes, je lui impose des répétitions forcenées dès que nous roulons en voiture afin de mémoriser ces foutues 30 répliques rétives et ces 5 tirades un peu plus longues qui s’obstinent à me fuir au moindre problème de déplacement sur scène ou de stress…

 

La peur d’être ridicule, la voix haut perchée de mes premières interventions, les repas sandwichs et les crises de rire et tensions d’une microsociété soudée autour d’un projet mais qui vit sous l’œil des autres.

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J’ai découvert, après 30 années à programmer des acteurs, chanteurs comédiens, « la vie d’artiste » de l’intérieur, les petits riens, échanges et autres réglages permanents, les breaks et le trac de chacun, même des plus aguerris, au moment de se livrer au public. La distribution particulièrement brillante, de talentueux comédiens me permettant dans ce rôle « exhibitionniste » de faire illusion sur ma nature d’amateur éclairé.

Enfin, la symbolique incroyable de terminer seul en scène (c’est dans la pièce originale !), moment jouissif renvoyant à la fin de ma carrière professionnelle, écho de 15 ans de programmations, de la création de ces « Saisons à Cannes » en 1997 avec Sophie Dupont, mon adjointe qui me succèdera au 1 juillet prochain.

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2000 groupes, artistes, compagnies et troupes pour des heures de souvenirs grands ou petits, de triomphes et de bides, de pleurs et de rires…de prouesses et de ratés. Mais on y reviendra plus tard.

Pour l’heure, la blonde, la Martiniquaise et Henri, le technicien de base sont heureux de vous saluer !

 

 

 

Vive le théâtre !

 

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Canto General

Publié le par Bernard Oheix

Début des années 70. L’icône Mikis Theodorakis est en exil à Paris, libéré des geôles des colonels grecs grâce à une formidable mobilisation des intellectuels et du peuple grec. Pablo Neruda est ambassadeur à Paris d’un Chili dirigé par Salvador Allende qui tente une transition démocratique ! Les deux exilés vont croiser leur chemin. Theodorakis décide alors de mettre en musique le Canto General, long poème fleuve, pièce maîtresse de l’œuvre du poète, composée pour partie en prison dans les années 50 par Pablo Neruda qui obtient en 73 le Prix Nobel de littérature.

Une version pour orchestre « folklorique » avec bouzouki, percussions naît, bientôt complétée par une seconde sous forme de cantate avec orchestre symphonique et chœur, celle qui sera officialisée le 7 septembre 1974 à la Fête de l’Humanité et un disque LP (vous savez les fameux vinyles de l’époque !) enregistré en live par EMI chez Pathé Marconi. (Incroyable, ces noms qui fleurent la France d’un après 68... Nostalgie !).

Ce disque, je l’ai écouté en boucle. Tête ronde de Neruda, chevelure de ébouriffée d’un jeune Theodorakis, rouge et noir, dans une distribution d’exception avec Maria Farandouri et Petros Pandis (mezzo et Baryton), les Percussions de Strasbourg  et le Chœur  National  dirigé par J. Grimbert.  Il n’était qu’une partie de l’oratorio intégral, 4 chants sur les 13 originaux, mais sa force cosmique, alliage d’une poésie épique de l’homme et d’une musique populaire venant se greffer sur une orchestration classique, en déroutait plus d’un, inclassable, OMNI (objet musical non identifié), type Carmina Burana pour païen ou Requiem pour existentialiste…

Et puis, les années se sont écoulées, l’œuvre est tombée en désuétude malgré une version armada germanique pour grand orchestre. Sa complexité technique (orchestre + chœur + solistes + percussions), sa sophistication artistique, la normalisation de la Grèce comme pays européen démocratique, la renvoyant vers le néant du sirtaki !

Et pourtant, certains de ces airs sont encore dans ma mémoire, préservés, intacts. Le souffle grandiose d’une histoire de l’humanité transcendé par des mots et des notes ciselés dans l’or du temps ! America Insurrecta et Los Libertadores où les sons de la langue de Pablo Neruda se mêlent si étroitement aux notes en fusion d’un grec exalté !

J’ai attendu pendant 15 ans un « Canto » à programmer à Cannes, tellement espéré, jamais croisé. J’ai accueilli des Requiem (Mozart, Verdi), 2 Carmina Burana, des opéras en « novlangue » (Dogora), des percussions, des spectacles complétement décalés… mais jamais de Canto General… jusqu’à ce que je me décide enfin, au crépuscule de ma carrière, avec mon ami Richard Stephant, mon complice de nombres opérations bizarres, à produire ce Canto qui se refusait à moi ! Après tout, on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même !

C’était il y a plus d’une année, on vient de réaliser ce Canto General à Cannes !

Les boucles sont parfois faites pour être bouclées !

 

Vendredi 13 avril. Théâtre Debussy du Palais des Festivals. Le public arrive, s’installe. Angélique Ionatos déclame un poème de Pablo Neruda en ouverture. Elle est frêle, voix rauque, robe rouge et tunique noire. angelique

 

Voici venir l’arbre, c’est l’arbre

De l’orage, l’arbre du peuple.

Ses héros montent de la terre

Comme les feuilles par la sève,

Et le vent casse les feuillages

De la multitude grondante,

Alors la semence du pain

Retombe enfin dans le sillon.

 

 

 

 Puis le premier chant. Les chœurs montent dans la salle. L’orchestre dirigé par Giulio Magnanini (en remplacement de Philippe Bender, souffrant) s’attaque à cette partition très complexe, sophistiquée, soutenu par 3 percussionnistes qui découpent les sons et impulsent une rythmique syncopée  en brisant les mélodies. Spyros Sakkas, tête léonine de barde encadré de cheveux blancs joue de sa voix en scandant les fièvres d’un peuple en lutte.

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C’est parti pour 1h20 d’extase, devant une assistance médusée et fascinée. 15 minutes d’ovation finale, rééditées le lendemain pour une seconde représentation.

 

Envolées les angoisses d’un financement aléatoire et l’abandon en cours de chemin des deux coproducteurs prévus (il faut dire que pour cet Italien et ce Grec pressentis, que la conjoncture économique des derniers mois n’était pas au zénith et peu propice à un investissement culturel, fut-il modéré !).

Evanouies les interrogations sur un chœur amateur, magnifiquement préparé par Giulio Magnanini, mais manquant de volume (une vingtaine de choristes en plus n’auraient pas été du luxe pour cette œuvre où les mouvements choraux épousent les soubresauts d’un peuple en lutte et doivent passer par-dessus la musique pour atteindre à l'épique). Ils compensent grâce à une énergie et une passion bien présente leur manque de technicité.

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Qu’importent le manque de temps de préparation, les quelques soucis techniques de sonorisation, l’absence des images de  Paolo Miccichè (le metteur en scène avec qui j'avais réalisé le Jugement Dernier) initialement prévues, la complexité réelle d’un entreprise réunissant un orchestre régional, des choristes amateurs, des solistes grecs.

La réécriture préalable de l’œuvre sous l’œil de Mikis Theodorakis par un jeune compositeur (George Dousis), et le pianiste attitré de Theodorakis, Yannis Belonis, l’adaptant pour une intégrale jamais réalisée par un ensemble classique de type « mozartien » (45 musiciens), confère alors une modernité à cette cantate qui rend écho aux convulsions du monde actuel.

Que le glaive de l’impérialisme soit remplacé par le rouleau compresseur de l’ultralibéralisme ne change rien à la réalité de la souffrance des gens, l’écart entre les nantis et les démunis s’accroît, la douleur est un bien en partage pour les plus nombreux.

Cet Oratorio vient comme un coup de tonnerre afin de réveiller les consciences. Les combats ont changé, les armes sont différentes, mais l’art est toujours au service d’une certaine idée de la beauté et de la justice !

Et moi, avec mon copain Richard Stephant, le producteur exécutif du Canto General, on aura modestement réécrit une page d’histoire de l’Art. Un CD sera (si la qualité du live le permet), pressé et je pourrais à nouveau écouter ce chant magique d’un monde rêvé.

En attendant, dans le souper qui réunit tous les acteurs de cette saga improbable, nous avons mangé et bu, et rit et pleuré sur un chapitre de l’humanité encore à écrire : celui de la Liberté triomphante et du bonheur en héritage !

 

Moi, j’ai composé mon propre Canto General les 13 et 14 avril à Cannes !

 

PS : les photos sont de mon ami Eric Dervaux... 

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La Battistinade

Publié le par Bernard Oheix

 

En attendant un article sur le Canto General de Mikis Theodarakis et Pablo Neruda et sur mon expérience de comédien (je joue un drôle de rôle dans une pièce de Grinberg, Linge Sale, mis en scène par Régis Braun), la dernière pièce de ma carrière de Directeur de l'Evènementiel qui sera programmée le 20 avril à Cannes et le 21 à  Nice...

Un discours anniversaire pour les 45 ans d'Hervé Battistini, collaborateur fidèle, régisseur dans mon équipe. Un homme que j'apprécie tout particulièrement et dont je sais la fidélité et les compétences. Je ne pouvais laisser passer son 45ème anniversaire, il y a des traditions dans notre équipe ! 

 

 

La Battistinade.

 

Cette figure très complexe s’exécute de la manière suivante :

1)      Bomber le torse en relevant légèrement les épaules

2)      pivoter d’un quart de tour de la gauche vers la droite en haussant l’avant-bras

3)      amener le biceps au niveau des lèvres

4)      déposer un baiser légèrement mouillé en gonflant le muscle

5)      relever la tête et toiser l’environnement d’un air farouche, du style, « -vous avez vu, je ne m’en laisse pas compter ! »

Seuls les grands et authentiques mégalomanes peuvent réussir cette figure très particulière dont on peut dire qu’Hervé Battistini fut l’inventeur, à la fin du siècle dernier. En effet, c’est après un concert des Nuits Musicales du Suquet, dans la joie et la passion d’une soirée sans faute de la régie technique qu’il inventa cette chorégraphie devant Angéla, une jeune vendeuse de programmes,  et un voiturier nommé Julien par ailleurs fille et fils du Directeur. Dans l’euphorie générale, personne ne pensa à noter la sophistication extrême de cet enchaînement. Pourtant, dans la semaine qui suivit, Julien toutes les nuits rêva de ce magnifique geste et un matin, au lever, il retrouva comme par magie l’essence même de cet art nouveau, de cette somptueuse gymnastique qui allait révolutionner l’art de s’autocongratuler !

Car, il faut bien le dire, Hervé Battistini ne fut pas toujours en mesure de s’infliger une telle récompense. On se souvient de ses débuts balbutiant à  la Direction de l’Evénementiel peuplée de jeunes filles en fleurs avec des seins superbes, lui, issu du moule masculin de la Gendarmerie Nationale, échoué au service du gardiennage des portes ouvertes du Palais des Festivals et des Congrès où il vivotait, récupéré in extrémis par le Directeur de l’époque qui avait pressenti l’authentique potentiel de ce grand dadais un peu raide, mais se posait la question de sa capacité d’exploitation d’ un talent brut englué dans une gangue forgée au fil des années d’exécution d’ordres absurdes et vains pour tenter de maintenir la paix et rétablir le calme dans une société ballottée et perturbée par des années de Sarkosyte aiguës !

Hervé, à l’époque, menait une vie quelque peu dissolue, dansant la salsa sur tous les planchers de Cannes et de ses environs, en traquant avec son pistolet magique les plus belles métisses qui succombaient toutes à son charme et à son portefeuille de petit blanc possédant des papiers authentiques et de surcroît, célibataire… un rêve pour certaines, une proie pour toutes ! Il en a passé ainsi des nuits blanches dans les ambiances lourdes chargées de Cuba libre et de sueur d’aisselles avec au matin les yeux dans les poches et les muscles gourds !

Les premières années furent éprouvantes. Il se souvient (et nous aussi, encore après tant de temps !) d’une régie particulière où un chanteur belge fuit dans la nuit plutôt que de monter sur scène et  de jouer sur le plateau qu’il avait aménagé avec  tant d’amour et de sa traque désespérée dans les rues noires alentours du Noga-Hilton des musiciens éméchés d’Arno ! Las ! Le punk de Bruxelles resta dans l’ombre et son concert avorté, comme le témoignage d’un apprentissage au forceps d’une technique rétive et de codes sanguinaires afin que le spectacle vive !

Il se souvient également de ses premiers balbutiements à la régie générale du Festival International des Jeux, de sa tendance à gonfler, non seulement les biceps, mais aussi le budget du nombre de techniciens, avec le secret espoir d’arriver à l’équité, un technicien pour un chaise et une table, un technicien par personne entrant dans le Festival… avec lui en Général en chef annonçant les figures imposées comme un juge aux Jeux Olympiques de patinage !

On se souvient toujours d’un Hervé Battistini pour qui une brise marine déclinante était un risque majeur climatique et une tornade venant du fond de l’océan, ou une ondée à 2heures du matin, un lundi, un ouragan potentiel sur la soirée concert du mercredi !

Mais derrière ces tentatives toujours sincères pour assurer sa mission envers et contre tout, la belle Sandrine vint mettre un peu d’ordre. Lui donnant au passage, l’authentique fierté d’engendrer une belle Carla et un délicieux Hugo qui devait perpétuer son nom. Finit les nuits dépravées, papa au boulot, repas en famille, il y gagna deux choses : une grande sérénité et un tour de taille que les repas de famille et les fonds de petits pots des enfants qu’il léchait goulûment jusqu’à faire craquer sa ceinture !

En même temps, par une étrange alchimie, sans aucun doute mis en confiance par cette famille soudée qui l’attendait tous les soirs en réclamant sa pitance, (Papa, du pain, papa du couscous !), il commença une révolution culturelle. Dans l’ombre de Jean-Marc, au début, qui lui permit d’acquérir les bases de son métier, il s’émancipa sur le Festival de Danse, trouvant instinctivement un style de management, son style à lui, mixe d’autorité naturelle et de gestion des hommes basée sur la dynamique et la confiance.

Ce qui n’était que balbutiements au départ s’avéra comme l’alphabet d’une régie générale débouchant sur les Nuits Musicales du Suquet ! Hervé était enfin au zénith !

Il était désormais fin prêt à affronter les budgets et à traquer les dépenses inutiles, allant même jusqu’à sabrer dans ses propres budgets techniques pour concourir à l’équilibre général des finances de la Direction de l’Evénementiel, (bon là, faut peut-être pas exagérer, il a encore un bout de chemin à faire !), négociant d’arrache-pied avec les fournisseurs extérieurs pour obtenir des rabais, organisant ses plannings comme une véritable partition de musique.

Bien sûr, il continue de vouloir séduire toutes les belles stagiaires qui débarquent comme des hirondelles de printemps, mais naturellement,  il n’a plus aucune chance vu que sa femme débarque régulièrement avec les petits, histoire de lui rappeler que le temps de la bagatelle est terminé…

Alors, avouons-le, les 45 premières années de sa riche existence lui permirent de s’affiner et de devenir un cadre performant, un régisseur d’élite, un père attentionné, un collègue  (presque parfait), au point que Florence J  ne veut plus qu’il soit séparé d’elle dans ce bureau sans lumière qu’ils occupent, les stagiaires ont appris à éviter le pitt-bull qui sommeille en lui, même si quelques périodes de garde continuent de lui permettre d’endosser son habit de lumière de flic dans lequel il se trouve un peu à l’étroit désormais, (et ce n’est pas seulement d’un tour de taille qu’il s’agit !), alors on peut le dire mon cher Hervé :

Tu nous es indispensable, ta bonne humeur rayonne (sauf quand il y a un nuage dans les Nuits Musicales du Suquet et que ton grand corps se malade !), tu apportes une vraie compétence et tu es fidèle (avec tes collègues, pas avec les salseras !), tu es Hervé, 15 ans d’Evénementiel au compteur, plein de rêves et de projets, une personnalité attachante, un vrai soutien pour ton directeur et la directrice qui prend les rênes. Tu es Hervé Battistini et aujourd’hui, pour ton anniversaire, nous t’autorisons à effectuer la plus belle des Battistinades, celle qui te permettra d’entrer dans une nouvelle ère, celle de la maturité rayonnante !

Bon anniversaire Hervé !

 

Voilà donc et en avant pour de nouvelles aventures....

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HUBERT-FELIX THIEFAINE

Publié le par Bernard Oheix

 

1985. Printemps de Bourges.

Un ovni chantant, poète rockeur, avec des textes longs comme des jours d’espoir, une musique au vitriol, un seigneur de la scène devant un public en délire. C’est dans ces années de folie d’une culture libérée qu’Hubert-Félix Thiéfaine forge sa légende avec des titres comme la Fille du coupeur de joints ou Alligator 427, Loreleï et tant d’autres textes abscons que seule son énergie permet de comprendre. Subtilité et passion, intelligence et déraison d’un rock sophistiqué dans l’outrance.

On ne sort pas indemne d’un concert d’Hubert-Félix Thiéfaine.

HFTetBO

 

Banni des plateaux télévisés, ne passant que très rarement sur les ondes, il va produire avec constance des albums beaux comme des lueurs d’espérance dans un monde de grisaille avec des scores de vente à faire hurler des producteurs engagés dans une course au formatage télévisuel dans une période où les rêves se transforment en cauchemars. Il égrènera comme dans la discrétion mais avec régularité des tournées lui permettant de sillonner la France, retrouvant son public dont la fidélité étonnera plus d’un opérateur, toujours présent sans être sous les feux d’une notoriété que la télévision impose éphémère… Lui, ailleurs, à côté, continuera son chemin, entre cris d’espoir et constat « rimbaldien » d’un monde en décomposition. Hubert-Félix Thiéfaine existe, je l’ai rencontré !

Avec mon adjointe Sophie Dupont, elle-même fan inconditionnelle de H-FT, en automne 2010, après avoir trimbalé mon désir de programmer Hubert-Félix (Non ! Mais quel nom pour un rocker !), au Palais des Festivals pendant des années, à l’aube de ma dernière saison, je peux enfin conclure. Après Christophe, Bashung, Higelin, Murat, Nilda Fernandez, Bertignac, Etienne Daho… Je peux toper avec son tourneur pour une conclusion de ma vie professionnelle : Thiéfaine sera à Cannes le 23 mars 2012 et je bouclerai ainsi la boucle. De 1985, jeune et sémillant Directeur de MJC à Bourg-en-Bresse, à 2012, sénior actif de l’action culturelle sur la Côte d’Azur… une vie de culture pour les « survivors » de l’agit-prop post-soixante-huitarde !

La mise en place de la billetterie, dès juin 2011, nous rassurera sans équivoque : -FT a toujours son public et les achats de places montrent une progression constante, une régularité rassurante.

Heureuse opportunité, lui, le grand marginal en dehors de tous systèmes et inconnu des coteries des bien-pensants, va alors se débrouiller pour rafler 2 Victoires de la Musique 2012 à la surprise générale, m’offrant le cadeau inespéré d’être enfin sous les feux de la rampe… Vous avez dit flair ? Le résultat est trébuchant et sonnant pour nous. La courbe régulière de vente des billets se retrouve fouettée vers une verticale annonciatrice de griserie des sommets ! Champagne à partir de 1700 tickets, score explosé avec à la clef une salle bondée de tous ses fans réveillés par son passage cathodique et son exposition médiatique.

Conférence de presse surréaliste dans sa loge. Il convoque Rimbaud et Nietzsche, invoque les muses, définit son approche d’une poésie moderne ciselée dans les volutes d’un rock primitif. Il est humble et fier, sûr de lui et rasséréné, quelques drames pudiquement éludés (la maladie, le temps de l’hôpital) le laisse en état d’apesanteur, cadeau d’une vie qu’il sait riche et accomplie dont il goûte encore plus chaque instant. « -J’ai  vécu de ma musique, j’ai pu rêver éveillé, c’est un privilège que la vie m’a offert ! »

Le concert sera un concert typique de Hubert-Félix Thiéfaine. Foule chamarrée de babas, vieux nostalgiques retrouvant leur jeunesse,  refrains entonnés en canon sans que jamais le chanteur ne joue avec ses « fans » en utilisant les ficelles du métier. Bien au contraire, son exigence est réelle, authentique. Il est heureux d’être ce héraut sans artifices dispensant une poésie moderne et sophistiquée, des mots d’entendement que son public attend et qui le rendent inimitable. HubertFelixThiefaine.jpg

Ce public que, trop souvent, je trouve si peu à la hauteur de l’événement, aujourd’hui est en phase avec l’exigence d’un monde meilleur, rendu plus intelligent par la force des idées, l’énergie d’une passion. Ce public ne cède pas à la facilité et devient disponible pour toutes les aventures intérieures.

Elle est belle cette soirée même si je l’ai attendue pendant 27 ans !

 

Dernier contact avec l’artiste. Dans sa loge. Seuls. Je lui dis mon émotion, je lui explique que c’est mon ultime concert dans cette salle en tant que Directeur de l’Evénementiel du Palais des Festivals et combien je suis fier de conclure cette page de ma vie professionnelle avec lui. La retraite à l’horizon proche d’un 1er juillet. Il sourit et m’annonce que lui, il la prendra dans deux ans, pour ses 65 piges ! Gag !

Puis, on évoque ce métier et son évolution des deux dernières décennies. On est en phase sur cette paupérisation générale des idées et sur le constat d’une culture qui s’est couchée devant la réalité ! Les idées fusent, il est amusé de notre partie de ping-pong, dans cette ville qu’il craignait, poids de l’image et des cérémonies d’un Festival omniprésent pour cet homme de discrétion ! Il m’interroge sur la vie pendant le mois de mai !

La nuit aurait pu s’étirer, mais ses invités attendaient. Je me suis éclipsé avec la certitude d’avoir rencontré un homme dont je pourrai dire avec fierté ; « -Je l’ai connu, je l’ai aimé et nous avons partagé quelques bribes d’humanité ! »

Merci Monsieur Thiéfaine !

 

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                        Une photo d'Eric Dervaux, mon ami photographe. Vous pouvez aller voir toutes les autres sur son nouveau remarquable site : http:// www.ericdervaux.com

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Vincent SEGAL... et Ballaké SISSOKO.

Publié le par Bernard Oheix

Soirée magique au Théâtre de La Licorne. Programmation de mon groupe fétiche des Huun Huur Tu (3ème fois que je les programme !), l’ensemble de Touva qui pratique les chants diphoniques et nous fait voyager dans les espaces et la culture d’un monde perdu.

 

CÔTE FACE

 

En première partie, présentation d’un duo à faire courir des frissons, à emporter tout être normalement constitué dans un monde étrange de notes éthérées. Ballaké Sissoko (un géant black débonnaire) à la kora et Vincent Segal, agrippé à l’archet de son violoncelle sont éblouissants de virtuosité et de tendresse. Les doigts de Ballaké pincent les cordes de la kora pour créer un univers de notes jaillissantes en cascades en contrepoint des glissandos du violoncelle de Vincent Segal. C’est un moment divin, un échange rare entre deux cultures par le biais de deux techniques... D’une part un instrument africain connoté ethnique pour aboutir à un univers de type classique, de l’autre un instrument classique qui s’échoue sur les rives de la musique moderne. Tous les deux partagent et confrontent l’extraordinaire sonorité qui se dégage de leur fusion. Ils font pleurer le silence, se juche en équilibre sur des mélodies qui déforment l’espace et atteignent le spectateur en de vagues douces. La tension est dans la salle, moment de rupture, comme pour basculer dans l’irrationnel d’un art apte à faire franchir les portes de perception.

Alors, si vous en avez l’occasion, courez, bondissez, prenez vos places pour participer au banquet des dieux auquel nous invite Ballaké Sissoko et Vincent Segal, ils vous combleront de bonheur !

 

CÔTE PILE

 

Comment un musicien aussi exceptionnel que Vincent Segal, peut-il être aussi méprisant et injurieux envers les organisateurs ? Comment, un violoncelliste capable de tirer des sons aussi étonnants, de partager avec Ballaké Sissoko un échange en partage aussi subtil, peut-il être autant vulgaire dans son rapport à la réalité ? D’une réception sans répondre au bonjour du technicien (entrée en matière plutôt malheureuse dans une salle où son destin artistique sera remis dans les mains de ces mêmes techniciens), aux incessantes récriminations sur la qualité environnementale de la salle, sur les travaux de ravalement de façade, sur la signalétique, sur le bruit de la climatisation, sur la loge trop petite qu’il exige de changer pour une autre qui ne lui convient pas… jusqu’à l’hôtel qui ne trouve pas grâce à ses yeux dans lequel « on se gratte »…

Et le bouquet final, quand je viens le saluer en me présentant avant le spectacle, ignorant de ses états d’âmes, et qu’il m’agresse verbalement avec hargne, (je ne suis pas content de l’accueil et…etc.), se plaignant de l’hôtel, de la salle, du personnel. Il rejoint au panthéon des malappris, Bernard Tapie, (et c’est en soi déjà un véritable exploit, cf. mon article dans ce blog, Les pieds dans le « tapie ») et quelques autres, heureusement pas nombreux devant l’immense majorité des artistes, particulièrement satisfaits de notre accueil et du professionnalisme de l’équipe de l’Evènementiel du Palais des Festivals.

Réaction plutôt vive de votre serviteur. Je refuse de continuer à écouter son torrent acrimonieux, le confie à son agent (mon amie Annie Rosenblatt de Mad Minute, sidérée) et pars en exprimant de vive voix mon désir qu’il joue le soir et se casse en empochant son pognon pour ne plus jamais revenir sur Cannes.

Par la suite, dans une soirée quelque peu alcoolisée, nous apprendrons les diverses frasques qui parsèment sa tournée, son incapacité à se contrôler, sans aucun doute produit d’un trac que l’on peut comprendre mais que son manque immense d’humilité rend particulièrement odieux. Le « -On voit bien que l’on n’est pas à Lyon ! » lancé au public de Bron qui le sifflera, les innombrables jérémiades, caprices et autres mouvements d’humeur qui poussent à bout son entourage et laisse planer une ombre délétère sur l’avenir de sa tournée.

Alors, Vincent Segal, ange ou démon ? Ange sans doute si vous êtes spectateur…mais ange qui ne remettra plus jamais les pieds dans une de mes programmations, et c’est vraiment regrettable car il aurait été parfait dans une édition des Nuits Musicales du Suquet.

Tant pis, on survivra, et lui aussi, il fait nul doute…mais il ne devrait pas oublier que ce sont des programmateurs comme nous qui misons sur lui, et que cet investissement porte sur son talent et certainement pas sur ses états d’âme de garçon mal élevé et mal embouché.

Une main mordue n’a pas envie de caresser !

Adieu Vincent Segal !

 

PS : j’ai attendu qu’il s’excuse après le concert, ce qui aurait effacé une partie du malaise, j’attends toujours même s’il est passé devant moi !

 

PPS : j’ai lancé le message qu’il pouvait me téléphoner auprès de ses tourneurs afin que l’on discute du problème à froid, mais apparemment sans effet. Il ne s’abaisse sans doute point devant un petit directeur de province !

 

PPPS : Huun Huur Tu, c’était génial, des musiciens sortis de leur steppe et heureux de vivre et de partager. Tout était parfait pour ces mongols issus de la nuit des temps ! Ballaké Sissoko s’est révélé adorable et passionnant… Dommage pour lui, mais il a encore quelques dates à souffrir, la perfection musicale tolère bien quelques petits accrocs à la sérénité et au confort d’une existence trop quiète !

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