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Le grenier de la mémoire 26 : L'envol de l'aigle !

Publié le par Bernard Oheix

Un peu pompier le titre, n'est-ce point ?

Mais en même temps, comment ne pas se souvenir avec émotion de cette période extraordinaire des années 1997 et 1998 où tout se joua .. Mon sort d'abord, l'avenir d'une équipe soudée que j'avais forgée avec Sophie Dupont, une mission qui allait enfin atteindre les sommets auxquels nous aspirions et que compléterait la France du foot obtenant sa première étoile avec Zizou le Cannois !

C'est Gilles Cima, Adjoint au tourisme de Maurice Delauney, le Maire qui avait succédé à Michel Mouillot, emporté par les affres de l'affaire des casinos, qui provoqua une secousse tellurique en m'invitant dans son bureau. Il m'informa que les principes qui avaient fondé les 2 évènementiels étaient devenus obsolètes. D'un côté, un Évènementiel Fêtes dirigé par Pierre Jean composé de 8 personnes qui s'occupaient du Festival des Jeux, de 4 feux d'artifices, des animations gratuites d'été et des quelques fêtes locales. De l'autre, un Évènementiel Culturel dirigé par Bernard Oheix composé aussi de 8 personnes qui géraient 4 festivals (danse, musique classique (2), marionnettes), et de quelques programmations ponctuelles (une dizaine sur l'année)... Avec en corollaire des doublons, une perte d'efficacité, l'absence de cohérence, un manque cruel d'ampleur du projet culturel et d'animation pour la ville...

Gilles Cima, jeune, ambitieux, intelligent, sentait le moment venu d'incurver le cours de l'histoire et de prendre sa place dans le concert des ambitions Cannoises. Nous avons échangé sur les inconvénients de la situation et les options à mettre en oeuvre et quand il me proposa la tête d'un nouvel exécutif chargé de coordonner et developper les programmations, je sentis une douce chaleur m'envahir. Elle avait le goût des années perdues, de ma fuite à La Palestre, de cette période si longue à tenter d'exister en se battant contre le mur de l'indifférence et de l'amateurisme.

J'ai émis quelques réserves à mon acceptation. Choisir les membres de l'autre équipe qui rejoindraient la mienne (avec au passage une économie de 5 postes réaffectés dans les services administratifs de la SEMEC), recréer un Festival des Feux d'Artifices, vieux serpent de mer de la Ville de Cannes que la service Fêtes n'avait su mener à bien, et c'est sur un nuage que je suis sorti de son bureau. Ce soir-là nous avons mangé avec Sophie, le monde à nos pieds et la tête dans les nuages !

Dario Perez et Philippe Villechaize me reçurent et confirmèrent les options que nous avions posées en y rajoutant une augmentation de salaire pour moi. Pierre Jean fut affecté à une mission "Le Passage de l'an 2000", belle voie de garage qui lui permettrait d'atteindre l'âge de la retraite. Je choisis 3 personnes de son team dont Nadine Seul, responsable du festival des Jeux et Daniel Delesalle de la pyrotechnie qui intégrèrent mon équipe (les négociations furent tendues avec eux qui avaient l'impression de se rendre à Canossa !). Je refusais un statut de Directeur Adjoint pour Daniel Delesalle, option indispensable pour préserver Sophie Dupont, mon adjointe, d'une guerre intestine Picrocholine, et dans de nouveaux bureaux situés en dehors du Palais en plein travaux d'extension, nous avons entamé notre marche vers "Sortir à Cannes".

Et par un heureux hasard de circonstances, c'est à ce moment précis que le Casino Croisette décida de ne plus gérer en direct "la contribution artistique" du cahier des charges mais de reverser à la Ville la compensation financière correspondant à cette mission, à charge pour elle de les réaliser. Et Maurice Delauney, dans son bureau de la mairie, en compagnie de Gilles Cima, me confia la mission de programmer une dizaine de pièces de théâtre en sus... J'avais tout ! Encore fallait-il faire la preuve de nos aptitudes à passer au régime supérieur !  

Une nouvelle équipe autour du Président Dario Perez dans nos bureaux du Boulevard Carnot (notez l'affiche des Muvrini au dessus de mon bureau... déjà !) et dessous, la conférence de presse, le 4 mai 1998 présentant le programme d'été et la saison future... On reconnaît Dario Perez, Gilles Cima, l'adjoint au tourisme, Paul Simonet, l'adjoint à la Culture et René Corbier, le Directeur des Affaires Culturelles. Les 5 acteurs d'une politique de culture et d'animation ambitieuse pour la ville sont réunis pour ouvrir un chantier gigantesque et passionnant !

Une nouvelle équipe autour du Président Dario Perez dans nos bureaux du Boulevard Carnot (notez l'affiche des Muvrini au dessus de mon bureau... déjà !) et dessous, la conférence de presse, le 4 mai 1998 présentant le programme d'été et la saison future... On reconnaît Dario Perez, Gilles Cima, l'adjoint au tourisme, Paul Simonet, l'adjoint à la Culture et René Corbier, le Directeur des Affaires Culturelles. Les 5 acteurs d'une politique de culture et d'animation ambitieuse pour la ville sont réunis pour ouvrir un chantier gigantesque et passionnant !

Le premier été fut flamboyant à souhait !

Le premier été fut flamboyant à souhait !

Claude Nougaro, Sylvie Vartan, Khaled, et en gratuit sur le marché de La Bocca, Carlos, Herbert  Leonnard, Jean-Luc Lahaye et mon pote Vincent Absil !

Et même les Marionnettes sur eau du Vietnam du 5 au 7 juillet sur l'esplanade du Palais des Festivals !

Et enfin, le retour d'un Festival d'Art Pyrotechnique qui avait bercé notre adolescence et qu'Anne-Marie Dupuis avait supprimé car le public piétinait les fleurs de La Croisette et que cela drainait toute une populace peu en phase avec l'image d'excellence (!) de la Ville de Cannes ! Sauf que ces soirées drainaient plus de 100 000 personnes sur Cannes et représentaient les meilleures recettes de tout l'été pour nombre d'établissements (plages, restaurants, tabacs, parkings, glaciers...) et que du jour de la reprise, plus personne n'osa le remettre en cause !

La première saison de Cannes (1997/1998) fut menée à marche forcée dans une frénésie incroyable. Nous manquions de repères, de contacts, tout était à créer dans une totale improvisation. Mais l'expérience accumulée depuis des années, le véritable challenge que représentait cette configuration unique de pouvoir façonner l'histoire locale était un moteur qui nous permettait de nous dépasser en d'enchaîner les épreuves. J'ai fait jouer mon réseau embryonnaire, fait sonner le téléphone arabe pour les autres, suis monté faire le tour des agences à Paris et sans filet, avec l'impression étrange de se jeter à l'eau, nous avons enfanté une première saison de "Sortir à Cannes".

Le grenier de la mémoire 26 : L'envol de l'aigle !

Ouvrir la saison fétiche initiale avec le berbère IDIR, "A Vava Inouva" était un rêve et déjà symbolique de la démarche suivie et enchaîner avec "ma" soirée corse une provocation à l'académisme ! Une touche d'exotisme (Clowns russes, Ballet ThaÏ, les tambours de Tokyo) et la chanson française, Gilbert Bécaud l'ancien et Juliette la nouvelle, du café-théâtre (Palmade/Laroque et Metayer), de jeunes compagnies (Fievet/Palies) avec un Dom Juan d'origine ou La Castafiore avec Almanach Bruitax...

En théâtre, un Tartuffe avec Roger Hanin, Guitry avec Francis Perrin, La Nuit des Rois de Shakespeare (Roger Pierre, Jacques Fabri), la Terrasse avec J-P Marielle, Chantal Lauby et Hippolite Girardot, le Journal d'un fou de Gogol...Darry Cowl, Daniele Darrieux, Jacques Dufilho, un Labiche...

Et un sublime ballet, Carmen d'Antonio Gades...

Si l'on rajoute quelques productions locales (Jacquin, Lyricannes de Suzanna Rosander) et les festivals de Marionnettes et de Musique Classique... cela a donné une saison bien "bricolée" mais diablement efficace qui obtint immédiatement l'adhésion d'un public Cannois qui n'avait pas de repères de "saison" et se rendait en général à Nice pour les sorties spectacles d'hiver !

Un succès immédiat et un nombre d'abonnés impressionnant !

Le grenier de la mémoire 26 : L'envol de l'aigle !

Cette 2ème saison fut celle de la confirmation de nos choix initiaux. Plus de 40 spectacles conjuguant un éclectisme , une volonté de rompre avec le conformisme mais en offrant quelques points d'ancrage, de surprendre mais aussi de confirmer. Higelin, Serge Lama, Claude Barzotti, Jean-Louis Murat avec Zuccherro, Lili Boniche, El Cabrero et Vicente Amigo !

La recette (et je ne l'ai pas inventé, rassurez-vous... mais senti intuitivement, peut-être parce que j'étais le premier spectateur des spectacles que je programmais), permettait à chacun de s'y retrouver et de picorer dans l'offre globale des spectacles qui les séduisaient. Un abonnement souple mis sur pied par Sophie qui avait la haute main sur la communication et avait monté un réseau de relais dans les entreprises et établissements où des responsables locaux diffusaient nos programmes et vendaient des places en obtenant un quota d'invitations, permis un vrais succès entretenu par la presse pas avare d'articles et renvoyant une image dynamique et novatrice. 

C'est dans cette période que collectivement, nous avons forgé ce qui sera globalement la colonne vertébrale du paysage culturel cannois des 15 années qui suivront ! Des années exaltantes où nous avons appris, où nous nous sommes "plantés" quelques fois, où nous avons beaucoup réussi de coups improbables, où le rythme incroyable des "saisons" à forgé notre identité et notre vie quotidienne !

L'apprentissage était terminé !

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le grenier de la mémoire 25 : SEMEC... la préhistoire !

Publié le par Bernard Oheix

De 1992 à 1995, l'histoire de cette Société d'Economie Mixte pour les Évènements Cannois fut un éternel balbutiement. Une histoire contrastée pour cette structure qui avait en main les destinées de milliers de Cannois reliés économiquement à l'activité du Palais des Festivals, accueillant le Festival du Film et des congrès gigantesques qui nourrissaient le quotidien de toute une population : Midem, Mip TV, Mip Com, Tax Free, Mipim... chacun apportant sur Cannes des milliers de congressistes au fort pouvoir de dépenses et drainant tout au long de l'année, des touristes complétant les retombées économique. Tourisme de loisirs et tourisme de congrès, les 2 mamelles d'une économie Cannoise florissante !

Derrière ce tableau idyllique, il y avait la réalité d'un fonctionnement totalement kafkaïen ! Du parfumeur totalement largué au vendeur de tapis de la rue d'Antibes, plus à l'aise pour gérer les kms de moquettes nécessaires au bon fonctionnement des manifestations qu'à prendre les décisions qui s'imposaient, les Présidents se succédèrent, adjoints au Maire mais inaptes à gérer un ensemble aussi sophistiqué ! La 1ère Directrice générale, Marie Pierre Colas, acheva sa mission sur un des innombrables Audits, orchestrés par ces fameux experts saturant l'espace de travail ! Lequel audit déboucha sur le constat qu'il fallait changer de DG... et comme par hasard, c'est la responsable de cet audit, mandatée par un grand cabinet parisien, qui dessina le profil idoine du nouveau DG correspondant, ô surprise, à son propre profil ! C'est ainsi que Martine Morabito fut nommée  Directrice Générale, avec comme principale conséquence, très rapidement, de prouver que, de la théorie à la pratique, il y avait un gouffre que même les meilleures intentions ne pouvaient combler !

Archétype d'une technocrate dépassée par ce qu'elle avait enfanté, Martine Morabito, sous les traits d'un patron exigeant et sans complaisance, était une caricature de despotisme doublée d'une infinie incapacité de trancher et d'envisager des lignes de développement ! On passait notre temps à subir des décisions arbitraires, irrationnelles. Un jour, elle me convoqua pour m'informer que nous ne pouvions plus "inviter" les journalistes sur le prochain Festival de Danse en payant leur transport et les hôtels, car cela revenait à une "gestion de fait" de l'argent public ! En gros, continuez de supplier les critiques pour qu'ils viennent couvrir l'évènement et en parlent dans les médias... mais de grâce, qu'ils prennent en charges désormais leurs frais ! J'imaginais la tête des critiques de danse au moment de payer l'addition ! Il a fallu que je monte une énième fois au créneau...

Elle avait mis sur pied des réunions hebdomadaires des directeurs et de certains chefs de service (on était une douzaine !) où chacun était sensé exposer ses problèmes et se coordonner avec les autres services sous sa houlette ! Gabegie, perte de temps, complaisance... L'horreur ! Vide intersidéral de considérations oiseuses, chacun évitant soigneusement de parler de ses problèmes dans l'espoir que personne (et surtout pas elle !) ne s'en mêle !

Technocrates de tous les pays : unissez-vous !

Pendant ces réunions, je construisais des grilles de mots croisés ! Provoc évidente puisque réalisée aux yeux de tous ! Je vous donne le 1er vertical. À la définition "La SEMEC" essaie d'en être une, il fallait répondre : ENTREPRISE !

Pendant ces réunions, je construisais des grilles de mots croisés ! Provoc évidente puisque réalisée aux yeux de tous ! Je vous donne le 1er vertical. À la définition "La SEMEC" essaie d'en être une, il fallait répondre : ENTREPRISE !

J'étais en opposition permanente avec Martine Morabito, la Directrice Générale.  Si je voulais mener à bien mes missions culturelles, je devais me confronter, de facto et souvent avec vigueur, à la plupart de ses décisions. Un jour elle déboula dans mon bureau. Me fixant longuement, elle me déclara les yeux dans les yeux : "-Oheix, je vais avoir votre peau !". Ambiance ! Paroles, paroles...

Elle a sombré peu après, s'échouant sur la facture d'un tailleur de marque acheté pour la cérémonie d'inauguration du Festival du Film... mais réglée avec le compte professionnel de la Semec ! Comme quoi, on est pas toujours le prophète que l'on espère !

Et moi, j'étais encore là !

Entre temps, ils avaient trouvé une solution à nos problèmes d'implantation. Dans un angle de ce 2ème étage morbide, un grand espace ouvert avait été aménagé avec d'un côté Pierre Jean et son équipe de l'Animations et des Fêtes, de l'autre Bernard Oheix et sa garde prétorienne de sémillantes nanas gérant l'Évènementiel Culturel.

Un open-space où deux factions se regardaient en chien de faïence... tout au moins au début ! Par la suite, la proximité aidant, et malgré les différences de méthode de gestion des équipes, une pax romana s'instaura à défaut d'une entente cordiale !

Notre ordre de missions s'appuyait sur un certain nombre de festivals. En hiver, la Danse en biennale avec Yorgos Loukos en Directeur Artistique, un Festival de Musique Classique (Tacchino), un Festival de la Marionnette (avec René Corbier... le grand spécialiste de la côte) et surtout le Guitares Passion (DA : Pierre Olivier Piccard), de loin la manifestation la plus folle, mêlant stages de guitares, concerts, jam's session, couverte par la presse nationale, rencontre permanente entre le probable et l'improbable !

En juillet, nous avions Les Nuits Musicales du Suquet (toujours Tacchino) sur 10 soirées classiques.

Un programme prestigieux certes, mais qui nous laissait insatisfaits. Nous rongions notre frein en cherchant des axes de développement. Séminaires sur les îles, cellules de réflexion devant déboucher sur une prise de décision afin d'étoffer notre planning d'opérations ponctuelles, de co-productions, de premières, de  créations, pour laquelle il n'était prévu aucun budget !

Et je me demandais bien comment sortir de cette galère !

C'est à partir de 1995 que les lignes bougèrent enfin, que nos efforts commencèrent à payer. L'arrivée de Dario Perez, puis de Gilles Cima, comme présidents débloquant la situation, d'autant plus qu'un nouveau Directeur Général fut nommé. Philippe Villechaize, rompu à la vie de la Mairie, proche de Michel Mouillot dont il avait été le chef de cabinet, homme intelligent et posé, parfait pour assurer une période de transition indispensable et rassurer le personnel du Palais usé par tant de changements à vue.

Grâce au soutien du Président Gilles Cima, nous avons enfin pu tester des programmations au "pourcentage" avec des opérateurs régionaux où en prenant des risques sur la billetterie : Bedos, Béjart avec sa Messe pour le temps présent, une nuit de polyphonies avec Poletti et les choeurs de Sartène et le Corrou de Berra, un gala avec les Etoiles de Paris, L'opéra de Pékin (Le roi des singes). Une création théâtre de Régis Braun sur un texte de Rezvani...

Ces dates venaient enfin étoffer notre activité, meubler certains temps morts du Palais, offrir de beaux spectacles au public local, sevré hors festivals et d'une programmation famélique de théâtre réalisée par le Casino Barrière gérant la redevance publique des casinos dans un cahier des charges sensé "artistique !"

Le vent de l'espoir se levait et nous étions enfin prêts à prendre la haute mer !

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Le grenier de la mémoire 24 : irruption au Palais des Festivals de Cannes !

Publié le par Bernard Oheix

Revenons-en au bon déroulement de ma réintégration sur Cannes...

Après l'excellent accueil (!!) de la Directrice Générale, Marie Pierre Colas, mais avec un contrat tout aussi excellent dûment signé par le Maire de Cannes dans ma poche, il fallait que je prouve à Michel Mouillot et Françoise Léadouze qu'ils avaient eu raison de me faire confiance et de croire en moi... Il était donc temps de se remettre au travail !

D'accord, mais où ? Et avec qui ?

Mes rapports furent d'entrée assez "tièdes" avec la toute nouvelle hiérarchie du Palais qui jugeait mon "arrivée" intempestive et quelque peu incongrue. Ils étaient tous persuadés que j'avais "magouillé" contre Pierre Jean, (Vous avez eu sa tête...sic !), bien connu et apprécié dans ce Palais, installé avec son équipe du "comité des fêtes" qui ronronnait sans déranger personne depuis plusieurs années dans les bureaux du 1er étage du bâtiment.

Moi, je débarquais de chez l'ennemi, l'OMACC, la rivalité entre les deux structures n'étant pas un mythe... Les affaires, les congrès, le prestige du cinéma et les fêtes populaires contre les dépensiers intellectuels... un de ces représentants de la Culture (et Dieu sait si la Culture était "terra incognita" en ce palais et allait le rester encore très longtemps !). Rien ne prédisposait à ce que je puisse m'intégrer dans ce gigantesque chantier qu'était, en 1992, le Palais des Festivals de Cannes ! 

Imaginez seulement la situation ! Une toute nouvelle entité juridique d'économie mixte réunissant un personnel municipal  de droit public et les anciens associatifs de droit privé sous la même casquette, des règles administratives que personne ne maîtrisait, un président de la SEMEC, adjoint au Maire, âgé et sympathique mais totalement largué, une Directrice Générale, jeune et jolie avocate, mais avec un charisme et une capacité à gérer l'humain proche du zéro absolu, totalement dépassée par sa mission... Elle n'était même pas méchante, juste incapable de maîtriser le bordel ambiant ! La peur dans ses beaux yeux ! Et puis, en pénétrant dans les arcanes des services, des blocs en opposition permanente entre le technique, l'administratif, la communication... avec des directeurs qui tentaient de s'imposer pour défendre leur pré-carré. Pour couronner le tout, un planning de manifestations chargé, des congrès qui arrivaient et le Festival du Film qui pointait son nez ! 

Un capharnaüm insensé entretenu par une poignée "d'experts" chargés de mettre de l'ordre mais qui ne connaissaient, ni le Palais, ni les règles de fonctionnement inhérentes à ce milieu, et pondaient de jour en jour, des injonctions totalement déconnectées de la réalité ! Un bateau ivre en train de s'échouer !

Et moi, et moi, et moi... dans tout cela ! Je n'avais même pas "ma" Sophie Dupont pour m'aider, mon adjointe étant toujours coincée à La Palestre où elle devait terminer son préavis en transmettant les "maigres" dossiers à la toute nouvelle "maigre" équipe qui avait pris mon relais à La Palestre !

Il fallait bien que je pose mes affaires (un agenda, un cahier et un stylo) quelque part, et j'ai donc demandé un bureau avec téléphone. C'est au 2ème étage que j'ai atterri, dans le couloir des organisateurs externes, mais transitoirement, car : "-il y a un congrès dans 15 jours et ils auront besoin de tous les bureaux !". Je me suis retrouvé seul, dans cet espace froid et sans âme, guettant la tonalité d'un téléphone toujours atone, sous le regard goguenard de rares zombies arpentant un couloir immense dépeuplé de vie ! 

Et pendant ce temps, mon équipe (les anciennes de l'OMACC), était toujours à La Malmaison, sur la Croisette, totalement abandonnée par un Pierre Jean qui n'avait jamais réussi à les ramener sous son toit pendant cette période où il avait été leur Directeur éphémère !

Quand j'ai demandé à la direction de les rapatrier, ce qui m'apparaissait un minimum indispensable, on m'a déclaré que ce n'était pas possible, qu'il n'y avait pas de bureaux libres et que de toute façon, avec les congrès qui arrivaient, personne n'était disponible pour régler le problème. "-Après le Festival du Film, on verra ce que l'on peut faire !"

Et j'ai cogité dans mon minuscule bureau, tout seul, en attendant que la tonalité de mon téléphone déchire le silence, jusqu'à ce que "l'insight", ce moment de réflexion magique du singe savant me saute au visage ! J'avais enfin la clef !

J'ai arpenté cette Croisette cernant la baie de Cannes, désertée en ce mois de février 1 992, pour rejoindre  une poignée de filles qui m'attendaient impatiemment à La Malmaison, distante de 500 mètres.

Je leur ai exposé la situation et la solution que j'avais imaginée. Elles doivent en rire encore, après tant d'années ! Les Elisabeth Lara, Eve Sportellini, Yveline Joséphine, Florence Jacquot, Eliane Amram... ont réuni quelques dossiers essentiels, leurs affaires indispensables, et tous ensemble en convoi, chargés comme des mulets, nous avons fait le chemin inverse, pour pénétrer par la porte de service dans le Palais et investir le lieu que j'avais pressenti grâce à un passe récupéré. Puis j'ai fait irruption chez Marie Pierre Colas en lui déclarant : "-Voilà, mon équipe de l'Évènementiel Culturel est dans le bureau des organisateurs à côté de moi. Elle n'en repartira pas ! Comme le congrès est dans 15 jours, vous avez 2 semaines pour régler notre situation, sinon Midem Organisation devra monter une tente sur la plage pour bosser ! Et en attendant, il faudrait brancher les téléphones pour qu'elles puissent travailler !".  Je me souviens encore du regard halluciné de la Directrice Générale !

Nous sommes restés 2 semaines dans ce bureau lugubre avant qu'ils ne trouvent une solution, toujours temporaire...

Mais nous étions enfin devenus une composante à part entière du Palais des Festivals et j'y ai gagné, je dois l'avouer, une certaine réputation : j'étais bien le Directeur d'un Évènementiel Culturel du Palais des Festivals de Cannes qui existait... et j'allais le rester 20 ans !

 

 

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Le grenier de la mémoire 23 : Moi, Jeune (et moins jeune !) critique !

Publié le par Bernard Oheix

Cinéphile assurément ! Etudiant en Cinéma certainement ! Mais étais-je vraiment un critique de cinéma, moi qui grandissais dans l'ombre de Jean-Louis Bory, des Cahiers du Cinéma et de la sémiologie ? 

J'étais entré à Nice-Matin en 1969 par un concours de circonstances (heureux déjà !). Claude Rinck, mon prof de gym du Lycée Carnot de Cannes était le grand patron de la Fédération du Hand-Ball de la Côte d'Azur  dont j'étais l'avant-centre (presque) brillant du club de la MJC de Cannes qui accédait d'année en année aux échelons supérieurs ! Mais quand mon club, où étincelait Alex Puléo, intégra l'élite de la nationale 3, mon entrée à la Fac de Nice, le parfum des femmes et de la révolution de 68 à parachever, m'aidèrent à trancher sans douleur pour arrêter le sport de compétition ! Claude Rinck négocia, alors, mon intégration à Nice-Matin pour devenir le pigiste permanent du Hand-Ball, un sport somme toute récent et qui manquait cruellement de cadres et de référents !

Et c'est ainsi qu'à partir de 1969, je devins la "sommité" du Hand de la presse régionale, réalisant 2 à 3 papiers par semaine qui me payèrent par ailleurs mes études en complément de ma bourse ! Ah ! Époque bénie de l'ascenseur social, quand tout était possible !

J'ai appris, sous la férule de Tony Bessy, le boss des sports de Nice-Matin qui m'avait pris sous son aile, à écrire, à formater mes papiers, à trouver des titres, à téléphoner aux sténotypistes à l'issue des rencontres, des comptes rendus à chaud, dont je voyais le lendemain le produit réalisé sous la signature de mon nom ! Et avec le temps, j'ai offert mes services à l'Espoir Hebdo, le quotidien du soir de Nice-Matin mais en cinéma cette fois-ci !

Parallèlement, mon engagement politique variant au fil des saisons, et de l'extrême gauche dérivant vers le parti des travailleurs, je me mis à écrire dans le Patriote, l'organe des communistes locaux, mais sur mon sujet de prédilection, le cinéma ! Il m'a fallut pour cela utiliser un pseudo et c'est sous le nom de Jean-Paul Icardi, (patronyme de mon grand-père maternel que je conserverai d'une façon récurrente toute ma vie !) que j'écrivais mes chroniques hebdomadaires !

Ainsi donc, dans la même semaine, je pouvais avoir deux articles sur le cinéma dans deux revues différentes et sous deux noms différents et 2 articles de Hand-Ball signés Bernard Oheix !

Le grenier de la mémoire 23 : Moi, Jeune (et moins jeune !) critique !

En 1973, munis de notre tout nouveau sésame, une vraie fausse carte de presse, nous régnions et consommions comme jamais les films du Festival du Film de Cannes, dévorant les yeux hallucinés, tout ce qui se programmait dans la salle du "vieux" Palais qui venait de s'ouvrir aux quatre vents pour une trentaine de "néo-critiques" en herbe !

C'est à la sortie d'un film hongrois de Ferenc Kardos, Petofï 73, que je me suis retrouvé, avec quelques uns de mes co-délinquants dont Etienne Ballerini, Jean-Marie Raffaëlli et Annie Tédesco (celle qui plongera 2 ans après dans les filets de la  Fargette ! et tant pis si je cite leurs noms, ils n'ont qu'à assumer les actes délictueux de la jeunesse !)  en train de manger entre 2 projections dans un petit troquet de la Place Gambetta. En attendant notre omelette-frittes, on s'est mis à parler du film, (comme d'hab !) et si je le défendais ardemment, mes copilotes le critiquaient tout aussi vertement ! On s'est donc lancés nos arguments à la tête, s'acharnant à camper sur nos propositions, ce qui, à l'époque, était le minimum syndical indispensable pour bâtir un nouveau monde sur les ruines de l'ancien !

Aucun d'entre nous n'avait remarqué un vieux monsieur, occupé à se sustenter, juste à côté de nous, et qui apparement, sans boire nos paroles mais en ingurgitant sa bière, avait tendu l'oreille suffisamment pour, à la fin du repas, devant une tasse de café fumante, se pencher vers moi pour me déclarer :

-Excusez-moi, mais j'ai entendu, sans le vouloir, votre défense du film de kardos et je trouve cela intéressant ! Si vous êtes capable de l'écrire aussi bien que vous le défendez à l'oral, je pourrai bien la présenter dans ma revue ! Ah, au fait, je suis Jean Delmas, le Directeur de Publication de Jeune Cinéma !

Une fois de plus, j'étais au bon endroit, au bon moment et le hasard me caressait de son aile bienveillante ! Et la digestion de mes frittes fut excellente !

Bon, avouons-le, cette article n'a pas révolutionné le cinéma ! Mais c'est le 1er d'une série et à ce titre, il a un délicieux parfum de nostalgie pour son auteur !

Bon, avouons-le, cette article n'a pas révolutionné le cinéma ! Mais c'est le 1er d'une série et à ce titre, il a un délicieux parfum de nostalgie pour son auteur !

C'est en 1976 que j'ai obtenu une mini-consécration ! Envoyé spécial au Festival de Pesaro avec à la clef, un grand papier dans l'Humanité. Mon oncle, Yvan, fervent admirateur du père des peuples et encarté dans le futur parti du Programme Commun,  faillit avoir une attaque en lisant mon article. Son propre sang à la une de "son" journal, de sa bible ! De ce jour, j'ai été son chouchou et c'est chez lui que je serai hébergé pendant mon stage de Directeur de MJC au Mans où j'ai travaillé sur un projet de reprise par la mairie d'une salle de spectacle pour la transformer en cinéma municipal : Le Royal... ultime paradoxe pour un fervent adepte de la décapitation des têtes couronnées !

Le grenier de la mémoire 23 : Moi, Jeune (et moins jeune !) critique !

Alors c'est vrai ! Plus d'une centaine de critiques dans des revues aussi diverses, auxquelles s'ajouteront, France Nouvelle, La Strada, CinémaS... font peut-être de moi un critique ! Mais ce qui est certain, c'est que le virus du cinéma ne m'a jamais quitté (même s'il vaudrait mieux éviter une telle image en cette période de pandémie !) et que tous les mois de mai, dans mon blog, j'écris 4 à 5 articles sur les 30 à 40 films ingérés à chaque édition du Festival de Cannes ! Et je donne mon Palmarès en prime !

J'aime le Cinéma à la passion, même si c'est dans le spectacle vivant que j'ai fait l'essentiel de ma carrière !

Et comment résister au plaisir de vous dévoiler cet opus d'Etudes Cinématographiques où j'ai signé une 40 de pages extraites de ma Maîtrise de Cinéma sous l'égide de mon vénéré professeur, Jean A Gili, avec mention s'il vous plait !

Et comment résister au plaisir de vous dévoiler cet opus d'Etudes Cinématographiques où j'ai signé une 40 de pages extraites de ma Maîtrise de Cinéma sous l'égide de mon vénéré professeur, Jean A Gili, avec mention s'il vous plait !

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Le grenier de la mémoire 22 : le sésame du cinéphile Cannois !

Publié le par Bernard Oheix

Il y a de nombreuses méthodes pour assister à la séance Graal d'un film en compétition au Palais des Festivals. Je pense que j'ai eu l'opportunité en 45 éditions de toutes les explorer ! Petit bréviaire donc du chercheur d'or cinéphilique à la conquête de sa toison d'or !

Et tout de suite, 2 possibilités à déconseiller. La première est humiliante. Se vêtir d'un smoking avec noeud papillon, se poster dans l'environnement direct du Tapis Rouge avec un petit écriteau "cherche deux places pour assister au film en compétition : PS : une seule suffirait !"

Soyons lucide, outre la possibilité infime d'en trouver une (et à fortiori 2 !) vous allez être ridicule dans votre frac loué pour l'occasion avec, en prime, de grandes chances de terminer seul votre soirée devant la télé, sans votre copine qui aura compris que vous étiez prêt à l'abandonner pour un Kurosawa, ou pire, un film Bulgare de 3 h 27 sous-titré anglais !

La 2ème a bien fonctionné mais est devenue obsolète. Se promener dans la contre-allée de l'ancien Palais, lancer une oeillade au gardien de la porte de secours qui s'avère être l'oncle d'un copain de classe, lequel vous fera un signe discret pour vous donner le feu vert, au moment du générique du festival, quand les places libres ne pourront plus être occupées. Avec moi cela à bien fonctionné une vingtaine de fois mais pour ce faire, il était nécessaire d'être Cannois, de tomber sur le bon vigile et tout cela bien avant que les consignes de sécurité drastiques de l'époque actuelle vous fassent apparaître comme un dangereux terroriste de vouloir satisfaire votre appétit de 7ème Art !

Bien évidement, il y a aussi la possibilité permanente d'être le fils d'un commerçant de la rue d'Antibes... mais ce n'est pas donnée à tout le monde, hélas !

 

C'est donc vers une 3ème option qu'il faut se tourner.

Avoir une carte de presse d'un quotidien local...

Le grenier de la mémoire 22 : le sésame du cinéphile Cannois !

...ce qui n'est pas toujours facile, mais possible si vous écrivez sur le Hand-Ball dans Nice-Matin ou si vous êtes communiste et que vous faites des articles de cinéma dans le Patriote vendu par vous-même à la criée du Marché de Magnan !

Toutefois, ce petit sésame ne vous permet en aucun cas d'accéder à la Montagne Magique de la compétition, tout au plus vous autorise-t-il d'accéder à un de ses périphériques comme la Quinzaine, moins regardant sur les états de service de l'impétrant critique !

Voir les films de la Quinzaine, c'est bien, surtout quand on voit la liste des réalisateurs qu'ils ont promus à Cannes... mais impossible alors de prétendre faire son palmarès en même temps que les jurés !

Voir les films de la Quinzaine, c'est bien, surtout quand on voit la liste des réalisateurs qu'ils ont promus à Cannes... mais impossible alors de prétendre faire son palmarès en même temps que les jurés !

Alors comme 4ème option, il reste la débrouille... Ou l'art d'être faussaire ! Dès 1973, une bande de cinéphiles enragés, tournant autour de l'université de Nice et de la section Histoire du Cinéma, dont j'étais, sous la houlette d'un Jean A Gili, notre maître impérial et amusé, a trouvé la martingale magique : de vraies fausses cartes de presse !

Un ami étudiant Corse honorablement connu (dont je tairais le nom !) ayant un cousin Bastiais qui possédait une imprimerie, sur la base d'une authentique carte récupérée à la fin du Festival 1972, réalisa une trentaine de passeports pour le paradis pour une modique somme incluant son temps de travail (et le temps de travail en Corse, c'est sacré !). 

Vous pouvez voir que les noms sont aléatoires et les médias interchangeables, magie du cinéma, Méliès quand tu nous tiens !

Vous pouvez voir que les noms sont aléatoires et les médias interchangeables, magie du cinéma, Méliès quand tu nous tiens !

Des talons détachables, la signature contrefaite de "La Fargette", la cerbère intransigeante qui gérait la presse du Festival du Film ! Tout y était !

Des talons détachables, la signature contrefaite de "La Fargette", la cerbère intransigeante qui gérait la presse du Festival du Film ! Tout y était !

Et l'aventure dura 2 belles et merveilleuses années pendant lesquelles 30 chevelus de la FAC de Nice, se promenaient dans les conférences de presse, assistaient à toutes les séances et pouvaient enfin dignement composer leur palmarès sans rougir en récupérant au passage, le matériel promotionnel des attachés en train de vendre leur film à la presse du monde entier... et à nous !

Mais quand même ! Nous en avons peut-être un peu trop fait ! Et pour la 3ème édition de notre opération piratage, au dernier moment, et sans avoir la décence de nous en informer, le service de presse du festival fit plastifier les cartes et passa les consignes aux cerbères des entrées !

Las, c'est notre copine, mademoiselle X, qui fut la première (et unique), à tomber dans les rets de l'administration outragée, le 4ème jour du festival 1975. Elle se retrouva dans le bureau d'une Fargette extatique devant la fausse carte confisquée, touchant le lisse de l'authentique de son ongle carmin en hurlant "- je le savais, les faussaires c'était donc vous, qui sont les autres ? J'exige des noms !"... rugissant qu'elle allait appeler la police, que cela nous couterait gros, la prison, la galère, le bagne ! Bon, quelques ruisseaux de larmes plus tard, elle fut relâchée sans avoir citer les noms de ses complices d'infamie (dont le mien !) et nous lui avons fait un triomphe à sa sortie en séchant ses larmes !

Sauf, bien évidement qu'il a fallut pour continuer à voir des films dans cette édition, renouer avec les procédés artisanaux décrits dans la première partie de l'article !

Et puis le temps passa et vint la potion magique, l'option + qui autorise tous les phantasmes...

Le grenier de la mémoire 22 : le sésame du cinéphile Cannois !

Et là... qu'ajouter qui ne serait superfétatoire ! Un badge authentique de Directeur du Palais, une invitation permanente officielle, et en prime, quelques rencontres réjouissantes autour de la prise des empreintes de stars dont j'était le directeur du service responsable ! Le pied et la main en osmose ! Sharon Stone, Kim Bassinger, Cameron Diaz, mais aussi Michelangelo, mon Bertolucci, Polanski qui a été très correct avec moi(!) et tant d'autres stars comme Tarantino, Lynch, Francis Ford....

Alors même si avec le temps, un badge cinéphile est venu simplifier la méthode, un seul conseil : faites au moins une fois dans votre vie la montée à 19h15 des 24 marches de la séance en compétition (c'est le nombre de phonogrammes du défilement du cinéma, 24 images secondes !). Une fois suffira d'ailleurs car le prix à payer et lourd : arriver une heure en avance, se frayer un chemin au milieu de la foule des badauds sans invitations, un frac qui engonce, un noeud papillon qui étrangle, des chaussures vernis qui endolorissent les pieds... pour vous ! Une robe de soirée pour elle ! Mais au bout du compte, entre la haie de gendarmes emplumés, les flashes des photographes, et le fait de gravir cet Everest entre Meryl Streep et Michel Piccoli, vous garderez le souvenir ému d'avoir été pendant 12 mn un des rois du monde !

Bon, pour la petite histoire, je n'ai plus fait cette montée depuis 10 ans... même et alors que je pouvais aisément obtenir des invitations ! Les meilleures choses se distillent et le film est plus important que son habit de soirée !

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Le grenier de la mémoire 21 : Nosfératu dans le Palais des Festivals de Cannes dévasté !

Publié le par Bernard Oheix

Fin septembre 1988. Au matin blême d'un aube sans gloire, une poignée de Cannois sont réunis sur La Croisette. je suis parmi eux. Nous contemplons une procession de monstres d'acier s'approcher de ces marches blanches et mordre de leurs dents voraces dans le marbre de nos cauchemars. Le démolition d'un passé de prestige vient de commencer dans l'indifférence des heures de gloire qui l'ont précédé !

Sur notre gauche, le "Bunker", le nouveau temple du cinéma barre l'horizon, il faudra du temps pour qu'il obtienne ses lettres de noblesse. Pour l'heure, c'est un symbole que l'on assassine devant nous !

C'est en 1938 que ce rêve avait débuté. Au retour d'une Mostra de Venise où la "fascisation" du cinéma rendait indispensable de lutter contre les idées nauséabondes qui envahissaient le monde. En septembre 1939, les prémices de ce réveil s'étaient échoués sur le feu qui avait embrasé  la planète. 5 longues années de barbarie plus tard, en 1946, au Casino des Fleurs, l'histoire avait balbutié et un Festival s'était déroulé à Cannes dans l'improvisation et l'ivresse d'un monde qui voulait retrouver son insouciance et chasser les nuages !

En 1947, pour sa 2ème édition, après 4 mois de travaux menés au forceps, ce nouveau "Palais" était sorti de terre, même si son toit inachevé s'était envolé dans le ciel entre deux projections, emporté par les bourrasque d'une tempête aussi soudaine qu'imprévisible !

Mais le futur était en marche, inexorablement ! Et c'est dans cette salle aux fauteuils pourpres, les appliques en forme de rosace s'éteignant pour illuminer l'écran, que la planète allait venir communier chaque année au mois de mai pour devenir le lieu incontournable du cinéma mondial.

Les 1001 nuits blanches des cinéphiles, les couloirs arpentés par les vedettes et les critiques qui se retrouvaient, à l'issue des projections, au "Blue Bar", pour rencontrer leurs fans dans cette époque où la Liberté s'apprêtait à lancer son Nom et où la distanciation sociale inconnue !

Ce sourire éclatant d'une starlette venant annoncer aux femmes une ère nouvelle, la liberté d'un corps sans contraintes, Brigitte Bardot illuminant l'avenir en conquérant la planète ! Godard et Truffaut s'accrochant aux rideaux rouges pour rejoindre le cours de l'histoire en interrompant le Festival de 1968 ! 

Et les lazzis de La Grande Bouffe de Ferrerri, les rires horrifiés de La Maman et La Putain d'Eustache, John Lennon et Yoko Ono présentant leurs courts métrages (The Fly...) en se promenant  main dans la main sur l'esplanade du Grand Hôtel, une curieuse "salade cannoise" en train de naître, entre le star système, la fête populaire, le glamour et une authentique cinéphilie !

Mais toujours les films comme le fil conducteur d'une narration en train de s'écrire en lettres d'or comme cette Palme imaginée en 1955 !

J'avais grandi dans cette ville. J'étais né presque en même temps que le Festival du Film. J'y ai vécu des heures à forger mon imaginaire et à conditionner mon futur. 

Je me souviens des séances de cinéma présentées par Sonika Bo pour les enfants des municipaux pendant les festivals des années 60... J'y étais !

J'ai encore dans les yeux "Quand passent les cigognes" de Kalatozov présenté par Francis Legrand dans ce qui allait devenir les Rencontres Films et Jeunesse...

Et surtout l'explosion de 1969. La Quinzaine des Réalisateurs au secours de la modernité, éperonnant les conventions et obligeant le festival à grandir pour coller à la réalité d'un nouveau monde en train de s'ériger ! Une jeune garde ouvrant les portes avec Doniol-Valcrose, Mitrani, Malle, Costas-Gavras et tant d'autres. C'est au Rex, un cinéma de la rue d'Antibes que l'on a pu voir The Trip de Roger Corman, avec Peter Fonda et Dennis Hopper présents pour un débat après une séance ouverte à tous, Philippe Garrel et sa Marie pour Mémoire, la découverte que le cinéma n'était pas seulement un reflet de la vie, mais bien portait la vie en soi ! IF de Lindsay Anderson, avec Malcom McDowell, future Palme d'Or atomisant le vieux monde !

Depuis 1969 j'ai suivi tous les Festivals du film, à l'exception de ceux de 1981 à 1986 où j'étais à Bourg en Bresse. J'en suis donc à 45 éditions (il n'y aura pas de 46ème, covidis oblige !) et à une centaine de séances dans ce vieux Palais devenu trop étroit que les pelleteuses mettaient à bas en emportant une poignée de mes rêves !

Cartons d'invitations, entrées par les portes de derrière grâce à la complaisance de gardiens bien loin des consignes sécuritaires qui allaient arriver toujours assez tôt, vraies ou fausses cartes de presse... tous les moyens étaient bon pour obtenir un sésame et partager le déroulement de ces 24 images/seconde d'une pellicule en train de dévoiler le monde !

Mais si j'ai fait une maîtrise de cinéma, ce n'est pas un hasard !

Mais si j'ai été critique de cinéma non plus ! 

Et si un jour on m'avait dit que je serai Directeur dans ce Palais des Festivals, je ne l'aurai assurément pas crû !

Et c'est pourquoi, en la veille de ce jour qui devait consacrer la destruction de ce temple du cinéma, je me suis introduit, tel un fantôme de Murnau, en cachette par une ouverture latérale dans "mon" Palais des Festivals ! Il faisait une nuit noire de Walpurgis et j'avais une lampe torche pour tracer mon chemin. J'ai traversé des cloisons éventrées, j'ai piétiné des gravas, j'ai erré dans un dédale morbide à la recherche lugubre de mon passé perdu !

Au passage, j'ai récolté quelques maigres souvenirs, un lot de charbons, ces tiges qui permettaient de produire l'arc électrique des appareils de projection (on est loin du numérique en 1988 !), des monceaux de chutes de films, quelques papiers survivants dans un océan de misères. Et je suis sorti à l'air libre avec l'impression que c'était une page de ma vie qui allait se refermer avec la destruction de ce temple !

Et dans la foulée, j'ai envoyé par la poste, dans de grandes enveloppes, à une vingtaine de mes amis cinéphiles qui m'avaient accompagnés au cours de ces années bonheur, ce mot et un charbon en souvenir de ce qui fût et ne serait jamais plus !

Le grenier de la mémoire 21 : Nosfératu dans le Palais des Festivals de Cannes dévasté !

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Le grenier de la mémoire 20 : petite pause en images !

Publié le par Bernard Oheix

Au début, je me suis posé des questions... Qui suis-je ? Où suis-je ? Et je me demandais toujours si j'étais à la bonne place ! Et  c'est quand j'ai décidé de devenir le "Che"  que j'ai compris que je ne supportais pas de fumer le cigare ! Dommage, ma révolution devra attendre et la vie active me tendre les bras !

Au début, je me suis posé des questions... Qui suis-je ? Où suis-je ? Et je me demandais toujours si j'étais à la bonne place ! Et c'est quand j'ai décidé de devenir le "Che" que j'ai compris que je ne supportais pas de fumer le cigare ! Dommage, ma révolution devra attendre et la vie active me tendre les bras !

Alors, j'ai cessé de m'en poser (des questions) ! Etait venu le temps des réponses ! J'étais qui je pouvais, quand je pouvais ! Cela m'a permis de de prendre mon envol en descendant les escaliers de la gloire !

Alors, j'ai cessé de m'en poser (des questions) ! Etait venu le temps des réponses ! J'étais qui je pouvais, quand je pouvais ! Cela m'a permis de de prendre mon envol en descendant les escaliers de la gloire !

Et j'ai tellement volé, que je me suis retrouvé pendu (encore !) à 20m de hauteur, dans une salle Debussy du Palais des Festivals, en Lucifer agressant la belle Sanguine pour les besoins du Gala de Danse des Campelières dont j'étais devenue directeur ! J'avais juste oublié, dans mon désir forcené d'exhibition, que le vertige et moi ne faisions pas toujours bon ménage !

Et j'ai tellement volé, que je me suis retrouvé pendu (encore !) à 20m de hauteur, dans une salle Debussy du Palais des Festivals, en Lucifer agressant la belle Sanguine pour les besoins du Gala de Danse des Campelières dont j'étais devenue directeur ! J'avais juste oublié, dans mon désir forcené d'exhibition, que le vertige et moi ne faisions pas toujours bon ménage !

Ma vie était devenue un conte de fée. Tapis rouge au Palais des Festivals et mille et une nuits en dehors dans la soie d'un Orient câlin ! La vie sur un nuage pourpre comme vizir de la Culture Cannoise !

Ma vie était devenue un conte de fée. Tapis rouge au Palais des Festivals et mille et une nuits en dehors dans la soie d'un Orient câlin ! La vie sur un nuage pourpre comme vizir de la Culture Cannoise !

Mais dans l'abnégation de ce travail qui m'usait, c'est à la Nuit Russe que je m'escrimais, toujours prêt à affronter des nymphes slaves exigeantes...tout cela pour entretenir la paix des peuples et la reconnaissance mutuelle de la richesse de nos cultures ! Une abnégation qui a contribué à forger ma légende !

Mais dans l'abnégation de ce travail qui m'usait, c'est à la Nuit Russe que je m'escrimais, toujours prêt à affronter des nymphes slaves exigeantes...tout cela pour entretenir la paix des peuples et la reconnaissance mutuelle de la richesse de nos cultures ! Une abnégation qui a contribué à forger ma légende !

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Le grenier de la mémoire 19 : petite pause en mouvements !

Publié le par Bernard Oheix

Dans le moove... toujours ! Entre deux concerts et une multitude de spectacles, un travail prenant et dévorant, quelques livres, les enfants à faire grandir, une vie sociale riche... somme toute le quotidien de nombre d'entre nous, il y avait le sport comme une religion ! Transpirer avec son corps pour faire respirer sa tête et évacuer le stress !

Accepter de souffrir pour maintenir un fragile équilibre dans sa mécanique intérieure !

J'avais toujours pratiqué une activité physique. Jeune footballeur (gardien de but à tendance passoire à l'USCBO), (presque) brillant handballeur adolescent (avec Aschieri comme mentor et Puleo comme capitaine accédant à la Nationale 3), puis cycliste sans panache (quoique !) sur les routes goudronnées azuréennes...

C'est à Bourg en Bresse, à cause de mon toubib que je suis reparti de plus belle sur mon deux roues ! Patrick Petitpoisson, en plus d'être mon voisin, ami et mari de ma secrétaire à la MJC de Bourg, m'a convaincu de ré-enfourcher mon destrier afin de parcourir les monts du Jura, les routes sinueuses du Bugey, de longer les chemins des étangs des Dombes ! Cadre paradisiaque doublé chez mon ami d'une envie de conquête pour partir vers les frontières de nos limites !

C'est ainsi qu'il m'emmena, accroché à sa roue vers de nouveaux horizons . Cela a commencé timidement par un Bourg en Bresse/Cannes via Grenoble, le Vercors et la plongée vers la Méditerranée en 2 étapes ! C'était notre cadeau, un pari que nous avions fait pour le mariage de mon frère : descendre en vélo pour célébrer ses noces ! Nous avions belle allure en embrassant la mariée avec nos cuissards moulants sur des muscles roulants !

Et puis on est passé aux choses sérieuses !

De Bourg à Rome par Turin, Florence... 8 jours d'ivresse pour cette première aventure !

De Bourg à Rome par Turin, Florence... 8 jours d'ivresse pour cette première aventure !

De Bourg à Budapest : deux semaines sur la selle, 100 à 120 kms par jour, les cols Autrichiens comme arbitre de notre volonté !

De Bourg à Budapest : deux semaines sur la selle, 100 à 120 kms par jour, les cols Autrichiens comme arbitre de notre volonté !

Venise-Gdansk, un bain dans la Méditerranée chaude au départ, un bain dans l'eau glacée de la Baltique à l'arrivée. Et entre les deux, l'inconnu !

Venise-Gdansk, un bain dans la Méditerranée chaude au départ, un bain dans l'eau glacée de la Baltique à l'arrivée. Et entre les deux, l'inconnu !

Et bien sûr, entre deux grandes expéditions, les tours de Sardaigne, de Corse, des randonnées dans le Sud-Ouest...

Mais c'est bien plus tard que je me suis rendu compte de l'erreur que nous avions fait. Un jour, en lisant mon Libération quotidien, je suis tombé sur cet article, et j'ai tout compris !

No Comment !

No Comment !

Mais ma vie sportive ne se résolvait pas à pédaler dans la semoule ! Très tôt, avec mon père, sur les terrains du Golf de La Napoule, nous avions été initiés avec mes frères au cross ! En 1981, Daniel Veylon, un jeune adjoint au Maire, partenaire de la MJC et ami, m'avait engagé dans un pari : faire le semi-marathon de Bourg en Bresse pour fêter l'arrivée de la gauche au pouvoir ! Il a fallut s'entraîner dans les sous bois bressans. J'y ai découvert l'ivresse de ce moment de bascule incroyable, quand la souffrance devient  plaisir, que le souffle cesse d'écorcher pour devenir un fluide bienfaiteur ! Ah, endomorphines... quand tu nous tiens !

Et j'ai couru... couru... sans m'arrêter ! (avec la musique, en hommage à Christophe !). Une vingtaine de semi entre Cannes, Nice et Antibes ! 

 

Suis pas certain que le style parle pour moi ! Grimace non feinte, allure pataude... pas un seigneur du macadam, plutôt un tâcheron de la souffrance !

Suis pas certain que le style parle pour moi ! Grimace non feinte, allure pataude... pas un seigneur du macadam, plutôt un tâcheron de la souffrance !

Il me restait la natation comme ultime rédemption ! Et je devins donc un grand nageur devant l'éternel ! Faut dire que ma piscine initiale (celle des Campelières avec les cours privés de Martine Cohen pour m'inculquer les rudiments de la mécanique des fluides) se transforma en la plus belle piscine du monde, la Méditerranée, à 50 pas de mon seuil, accessible par tous les temps, (mes voyages annuels en Russie en janvier, avec leurs bains rituels dans la glace, m'ayant rapidement convaincu de la relativité du froid sur l'organisme humain !).

J'ai donc brassé/crawlé et de traversées des îles en traversées de la baie de Cannes, appris à ne pas être le vilain petit canard de la mare aux diables ! C'est dans la mer que je me suis senti pour la première fois capable d'être totalement en phase avec mon environnement même si en quelques occasions, elle m'a rappelé de ne pas la sous-estimer. La frontière est fragile entre la conscience et l'inconscience, entre le calme et la tempête ! Entre la plage de Porto et les rouleaux des vagues qui nous empêchent de revenir, n'est-ce pas mon Angéla adorée !

Le grenier de la mémoire 19 : petite pause en mouvements !

Et avec tout cela, un seul triathlon de fait à Saint-Laurent du Var ! Deux médailles en chocolat aux Cross de Nice-Matin, des courses avec l'équipe du Palais des Festivals où je n'ai pas flamboyé mais que j'ai terminé avec constance (jamais d'abandon !). Et le plaisir extrême d'avoir reculé quelques limites de mon corps ! Et l'extraordinaire sensation de partage, avec mon père, mes frères, mes amis, de souffrir et d'aimer ensemble pour un combat inutile mais ô combien précieux !

Avec l'espoir, cher Patrick Petitpoisson, d'un dernier challenge que nous avions envisagé et que nous devrons tenir : un Trieste/Cythère par la côte Adriatique... même avec des vélos électriques pour compenser l'âge de nos artères ! Pari Tenu ? Allez, pour cela il faudra se sortir de ce Covid19 à peu près intacts !

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Le grenier de la mémoire 18 : Christophe !

Publié le par Bernard Oheix

L'actualité en écho de mon passé ! Christophe, s'en est allé accompagné de ses mots bleus pour retrouver les Bevilacqua et goûter un repos bien mérité. Il a illuminé ma jeunesse avec des bouts de ficelle et du papier, et le dandy qui restait si beau dans la vieillesse s'est figé pour l'immortalité même si je cris son nom !

J'ai aimé Christophe, non comme un fan transis, mais comme une voix qui me répondait en provoquant de mystérieuses émotions, des élans d'un coeur passionné, des bouffées de rêves d'un monde d'harmonie.

Et aujourd'hui, qu'il nous quitte, sa mort nous rend plus humble en cette heure où les disparus se comptent par dizaine de milliers, où nos repères se fondent dans le flou d'un avenir incertain.

Le grenier de la mémoire 18 : Christophe !

J'ai eu le privilège de croiser son chemin, de le programmer en deux occasions, de le voir plusieurs fois en concert, mais aussi et surtout, d'échanger des bribes de mots et des regards furtifs, de sentir sa présence chaude et chaleureuse. Il faisait partie de ces artistes qui, à priori, semblent inaccessibles et hors de portée, distants et froids, et qui, pourtant, à l'épreuve de la réalité, sont humains, de proximité, dans l'empathie réelle d'un instant de partage !

Je peux en témoigner, parce qu'il a fait partie, si brièvement certes, mais si concrètement, de ceux que j'ai côtoyés et qui se sont retrouvés dans une plaquette, sur une scène et devant un public venu pour l'aimer dans une salle dont j'étais le directeur.

Il a traversé tous les âges, de la midinette au jeune branché électro, de la mère de famille à l'esthète cultivé, réussissant l'exploit, malgré quelques éclipses, de toujours renaître de ses cendres pour coller à cette époque qu'il interprétait si génialement par des notes de musique ! Curieux de tout, il savait tendre la main à des jeunes (n'est-ce pas Mathilde Cabezas ?), porter un regard profond, s'entourer de grands paroliers, aller jusqu'au bout d'une note de musique même si sa voix avait perdu un peu de sa superbe avec l'âge !

Petite anecdote : il existait, à côté de chez moi, à La Bocca, un restaurant de pâtes, familial, où l'on se retrouvait entre amis autour de Marie di Giuglio et de Sandro. Un couple devint de ses amis de rencontre que l'on prenait plaisir à revoir autour d'une "pasta à la Norma" succulente. Souvent leur fille les accompagnait, une Aline d'une trentaine d'années, et l'intimité aidant, ils nous avouèrent qu'ils l'avaient baptisée ainsi à cause de Christophe et de cette Aline qu'il cherchait partout en criant.

Or, le jeudi 23 septembre 2010, dans le cadre des Concerts de Septembre qui lançaient ma saison, j'eus le plaisir de le présenter dans un double programme avec Jean Louis Murat. Ils réservèrent leur place dès l'ouverture de la billetterie, ne ratant jamais un de ses concerts... ils devaient en être à plus d'une vingtaine !

C'est avec leur fille que j'avais tout combiné. J'en avais parlé avec Christophe en allant le saluer et il avait souri en donnant son accord. A la fin du concert, sa fille prétextant de me voir, accompagnée d'un gardien dûment averti, les emmena dans le couloir des loges. Ils ne se doutaient de rien, même à ce moment, tant leur "Christophe" était un mythe inabordable ! 

Et quand Aline me fit chercher, j'ouvris en grand les portes de la loge de Christophe. Il les accueillit d'un large sourire, faisant la bise à "son" Aline, avant de saluer la mère et le père tétanisés. Depuis ces décennies à le suivre, il ne l'avait jamais rencontré de visu et je devins à jamais un Père Noël pour eux.

Je repense souvent à ce qu'ils ont ressenti, à la violence d'être devant son idole, lui serrer la main, oser lui dire deux mots, moi qui en avais tant approché de ces êtres de légende qui peuplent notre histoire. Le père n'en a pas dormi de toute la nuit, d'après Aline, et de ce jour, à chaque fois que nous nous retrouvions à la Pasta, il y allait de sa petite larme et d'une tournée à la santé de "son" Christophe !

Et je dois dire que mon estomac fragile n'a jamais regretté cette bonne action !

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Le grenier de la mémoire 9 bis : le retour de l'ethnologue du quotidien !

Publié le par Bernard Oheix

Et oui ! Le 31 mars, pour mon 9ème billet du Grenier de la Mémoire, cette étrange plongée dans les 50 ans d'archives qui envahissent non seulement mon grenier mais aussi mon cerveau habité des fantômes du Covidis, je vous avais parlé de Sylvie Gros, épouse Chappaz, ma copine d'enfance devenue photographe professionnelle et grenobloise amateur !

A la lecture de l'article, elle a beaucoup rit (enfin, c'est ce qu'elle m'a déclaré !) et décidé de répondre à mon "appel angoissé montant des nuits lointaines où le souffre brûlait " en me transmettant 4 photos parmi les milliers qu'elle a volées aux temps, sur tous les territoires d'une planète trop étroite pour sa volonté de capturer l'étrange !

Avouons que la qualité intrinsèque de la technique du blog ne permet pas de saisir l'extraordinaire richesse de ces photos !

Le grenier de la mémoire 9 bis : le retour de l'ethnologue du quotidien !

Niger 2010. Une course de chameaux. La ministre du tourisme m'avait commandé un reportage. Las, pendant mon séjour, un coup d'état abat le gouvernement, elle se retrouve terrée dans un hôtel à Agadez, ses collègues en prison à Niamey ! Et moi, j'ai un peu "galéré" pour mon retour !

Le grenier de la mémoire 9 bis : le retour de l'ethnologue du quotidien !

Catherine Destivelle dans sa première solo dans les Drus en 1990. Je suis dans l'hélico et nous allons bivouaquer avec toute l'équipe de tournage à la sortie de la voie ! Depuis, toute la face est tombée par la faute d'un permafrost qui se barre à cause du réchauffement climatique ! La montagne se délite !

Le grenier de la mémoire 9 bis : le retour de l'ethnologue du quotidien !

Fabrice Becker, champion de ballet (acroski) après les jeux d'Albertville. Malheureusement, ce sport n'est pas devenu olympique... mais vintage et mythique ! Et tous ces skieurs étaient des artistes plus que des sportifs !

Le grenier de la mémoire 9 bis : le retour de l'ethnologue du quotidien !

....Et enfin, juste pour narguer tes Corses et leur chants polyphoniques, les Peuls Wodaabés au Festival de l'Air, toujours au Niger. Magnifiques chanteurs, dragueurs invétérés, les filles se les arrachent !

 

Les commentaires sont bien sûr de l'auteur des photos !

Merci Sylvie de d'avoir su saisir la beauté cachée derrière l'apparence, même si en me gardant ton amitié, tu as prouvé que ton goût pour les belles choses n'était pas infaillible !

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