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cinema

In memoriam Chiara Samugheo

Publié le par Bernard Oheix

Alfred Hitchcock, dans l'oeil de Chiara Samugheo.

Alfred Hitchcock, dans l'oeil de Chiara Samugheo.

Un jour, une dame d’un certain âge demande à me voir à l’entrée de mon bureau dans le Palais des Festivals…J’ai reçu tant de gens porteurs d’idées fumeuses et géniales à la fois, alors une de plus ou de moins ! Elle se présente, Chiara Samugheo, photographe, et me propose de réaliser une exposition à partir de ses photos sur les légendes du cinéma. Je n'avais jamais entendu parler d'elle, honte sur moi. Elle me sort un book et je le feuillette distraitement d’abord, puis de plus en plus fasciné, au fur et à mesure que je retrouve ces noms qui hantent mon imaginaire. Soudain, je tombe sur cette photo d’une Claudia Cardinale rayonnante. Claudia Cardinale ! Et quand elle voit que je ne résiste pas devant cette photo, elle m’achèvera d’une phrase définitive : « -Claudia est mon amie. C’est moi qui ai fait ses premières photos et je suis persuadée qu’elle acceptera de venir parrainer cette exposition et sera présente au vernissage ! » 

Chiara, en prononçant ces mots, venait de sceller une amitié naissante et de s’assurer deux mois d’exposition au Palais des Festivals de Cannes, en juillet et aout 1998. 

In memoriam Chiara Samugheo

Chiara Samugheo est, et restera,  la photographe des hommes et des femmes qui ont fait le cinéma, dans une période où l’image est rare, sacrée et où le talent de celui qui prend la photo se conjugue avec l’homme ou la femme qui est devant l’objectif ! Comme avec Alfred Hitchcock qui accepte de l’accompagner sur une terrasse où le linge sèche et qui se prêtera au jeu avec jubilation. 

Dans les années 60, les photos ont un sens, celui de capturer et de figer un moment de vie pour le restituer comme une œuvre d’art. On est loin de la surconsommation effrénée actuelle avec les téléphones portables qui nous permettent de fixer chaque moment de notre vie et brouillent la frontière entre l’art et la réalité ! Les personnalités qui s’offrent aux photographes ont la certitude d’arracher au temps une bribe d’immortalité. 

Claudia Cardinale, comme un papillon qui s'envole !

Claudia Cardinale, comme un papillon qui s'envole !

Quand je l'ai connue, elle habitait Nice, un appartement sur la promenade des anglais avec vue sur la mer. Elle était seule avec tant de souvenirs en elle pour meubler son présent. Elle était démunie devant la réalité, elle qui avait le don de figer l'éternité se trouvait bien désarçonnée devant ce temps qui filait entre ses doigts d'or.

Son grand amour venait de disparaître la laissant seule pour affronter son destin. Alors, elle donnait son amitié en partage, elle offrait sa mémoire à ceux qui acceptaient de partager des moments d'intimité toujours accompagnés des fantômes d'une vie hors du commun où elle avait croisé la route des plus grands.

C'était une mémoire vivante et ses amis, les Pierrobon, Nadine Seul, les Caramella, moi et quelques autres, lui offrions un peu de chaleur, de tendresse et le parfum de cette gloire qui avait été la sienne.

Mais les années passant, elle fut rattrapée par sa solitude. Elle fit donation de sa collection à un institut de Parme et entama son dernier parcours.

Sa famille réapparut dans sa vie. Elle fut happée dans un cycle mortifère par quelques uns de ses proches qui la mena à se retrouver vers Bari, sa région natale, coupée de tout ce qui avait été son existence. Bien décidés à récupérer les miettes d'un festin, ils l'enfermèrent dans un institut dans l'indifférence générale, isolée et dépossédée de tout, même de son téléphone et de la possibilité de maintenir un contact avec ses amis et le monde extérieur.

Gianni Torres, un jeune cinéaste, avait le projet de faire un film sur cette légende mais le mur érigé autour d'elle était trop grand. Il y a quelques semaines, il réussit à entrer en contact par téléphone et son visage triste s'illumina à l'évocation de son aventure cannoise, de cette exposition de 1998  où elle rayonnait de bonheur.

Mais la nouvelle vient de tomber. Elle s'est éteinte ce 12 janvier 2022 à 11h30. Qui pleurera sur son sort si ce n'est quelques amis qui se souviennent encore de la lumière qui se dégageait d'elle ? Qui pourra raconter ces pages d'une aventure humaine d'exception ?

Avec Chiara, la véritable star était l'être humain qui lui offrait son visage et son corps. Elle qui avait commencé à photographier les simples gens de sa région, les anonymes, ne perdit jamais le sens humain d'une photo faite pour dévoiler l'indicible qui se cache en chacun de nous. Et si les stars se prêtèrent au jeu, c'est avant tout l'essence de l'autre qu'elle cherchait à capturer.

Il reste ses photos et quelques bribes d'un passé sauvegardé pour que l'on puisse affirmer : "- Chiara était notre amie, elle était la vie et elle méritait mieux que cette fin misérable. Elle était un soleil... mais même les astres sont amenés à disparaître !"

Alors bon vent Chiara Samugheo dans ton paradis de l'image. Tu vas pouvoir te libérer de tes chaînes et retrouver ceux qui ont embelli ta vie et que tu as su si bien figer dans cette éternité devenue tienne !

Chiara avait entamé un travail sur les murs et façades de Nice. Au crépuscule de sa carrière, elle avait encore ce goût de l'expérimentation qui la poussaient à dévoiler, derrière la réalité, les images de son imagination féconde.

Chiara avait entamé un travail sur les murs et façades de Nice. Au crépuscule de sa carrière, elle avait encore ce goût de l'expérimentation qui la poussaient à dévoiler, derrière la réalité, les images de son imagination féconde.

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Le Traducteur, Mes Camarades, Les Intranquilles... et Cry Macho !

Publié le par Bernard Oheix

Voici donc un film qui débarque en pleine problématique des migrants, dans une France surchauffée par les Z, Marine et autres surenchères d'une campagne présidentielle nauséabonde, quand l'individu qui s'échoue sur nos rivages devient une monnaie d'échange pour alimenter toutes les passions les plus révoltantes de celui qui refuse de penser et de voir le monde tel qu'il est : un charnier où les individus ne sont qu'une valeur d'ajustement dans un monde ouvert à tous les vents pour les capitaux mais qui érige des frontières de barbelés dans tous les coins d'une planète qui se convulse pour enfermer les humains.

Le traducteur s'ouvre sur une séquence d'un printemps avorté, en 1980, dans une Syrie tenue d'une main de fer, et où un enfant voit disparaitre son père sous ses yeux, capturé par la police secrète de Hafez El Assad. Quelques années plus tard, Bachar va reprendre le flambeau et devenir un des dictateurs les plus sanglants du XXIème siècle. 

L'histoire va balbutier un nouvelle fois. À cause d'une erreur, Sami, l'enfant de la scène initiale, devenu un traducteur syrien, va se retrouver exilé en Australie, rencontrer l'amour mais avec la culpabilité d'avoir abandonné sa mère, son frère et ses amis dans un pays en pleine décomposition.

Et au printemps arabe de 2011, quand son frère disparaitra dans les mains des forces spéciales qui abattent tous ceux qui manifestent pacifiquement contre le régime, il va décider de revenir clandestinement dans son pays pour renouer les fils de son histoire et assumer son propre destin.

C'est magnifiquement réalisé par un couple de cinéma, Rana Kazakh et Anas Khalaf, joué à la perfection et renvoie à une histoire au présent que nous avons vécu par écrans interposés. Film indispensable pour comprendre combien le destin de certains est suspendu à la volonté des autres, combien ceux qui souffrent sous la botte des dictateurs ont besoin de la pression internationales pour réguler leurs poussées sanguinaires. Bachar a pu tout faire, même bombarder sa population civile avec des armes chimiques, sans que personne n'intervienne.

Et Sami osera le défier une ultime fois en refusant de se plier aux ordres de son bourreau.

Dans la fratrie des Mikhalkov, il y a le frère, Andreï Kontchalovski, Grand Prix du Festival de Cannes en 1979 pour Sibériade, son escapade aux États-Unis avec Runaway Train, son retour sur ses terres et à plus de 80 ans, l'incroyable créativité qui lui permet de se replonger dans l'histoire du communisme et d'un régime qui a laminé les individus en les privant de leur libre-arbitre.

Chers Camarades replonge dans les soubresauts de l'après-stalinisme, quand en 1962, se produit un massacre d'ouvriers se révoltant contre un système à bout de souffle qui ne les protège plus et baisse leurs salaires de misère. Une chape de plomb va tomber sur cet épisode tragique qui sera dissimulé pendant plus de 30 ans. L'art de Kontchalovski est de démonter les mécanismes d'une bureaucratie où chaque individu ne possède qu'une portion d'une vérité et se trouve dépendant d'une hiérarchie des pouvoirs sans limites. Une femme du conseil municipal va chercher sa fille disparue dans la répression et affronter toutes les interrogations qui mènent à ce pouvoir dévastateur. 

Et ce qui est terrible, c'est qu'elle va en appeler, devant la faillite générale, à un Staline mort et à sa main de fer pour remettre de l'ordre. Le communisme à produit un univers concentrationnaire où l'horizon se dérobe et où les services secrets sont les clefs de l'architecture sociale. 

C'est un film sur la désespérance qui montre à l'évidence que les printemps de révolte ne peuvent pas lutter contre les rigueurs des hivers russes.

Et en se replongeant dans l'histoire tragique de son pays, le réalisateur se reconnecte au temps présent et aux errements d'un pouvoir  dictatorial. Pauvre Russie de toutes les espérances !

Moi qui suit un de ses plus fervents admirateurs, je pouvait rêver d'un énième opus Eastwodien... las ! Pathétique Clint s'égarant dans un Cry Macho où il aurait dû se contenter d'être le réalisateur à défaut d'être l'acteur. Son âge visible ôte toute crédibilité aux élans amoureux des femmes qu'il croise et aux ruades des chevaux qu'il dompte. Allez mon Clint, tu as trop donné au cinéma pour ne pas t'apercevoir du drame en train de se nouer ! Tu es (très) vieux et trouver un rôle à ta mesure deviendra de plus en plus complexe. On pourra toujours se consoler en plongeant dans ta filmographie.

Et pour finir, loupé pendant le Festival de Cannes, et rattrapé au Raimu, mon cinéma fétiche de la MJC Ranguin, Les Intranquilles de Joachim Lafosse avec une Leïla Bekhti et un Damien Bonnard bouleversants. Une formidable plongée dans l'univers d'un couple percuté par la bipolarité du mari, sa volonté d'échapper aux traitement médicaux dès qu'il va mieux, la lente descente aux enfers de sa femme et de son enfant devant les montées récurrentes de sa folie, l'amour sans espoir malgré tout. Un film passionnant sur un sujet complexe, une tranche de vie sur le fil de la déraison !

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Festival du Film Panafricain de Cannes 2021 : Le vent d'ailleurs !

Publié le par Bernard Oheix

Quand Basile Ngangue Ebelle, président fondateur et âme du FIFP  m'a proposé d'être membre du jury de l'édition 2021, j'ai accepté avec enthousiasme cet honneur. En 2015 j'avais déjà connu ce privilège et je me souviens encore des belles heures partagées entre des films excitants venus d'horizons divers, les personnalités attachantes du jury, des rencontres au long des nuits de passion à transformer le monde pour que règne l'harmonie et la fraternité.

Et en ce 19 octobre 2021, je me retrouve donc aux côtés d'un jury de choc (je ne le savais pas encore !), sur la scène de la salle Miramar devant un public chamarré de couleurs, en train d'écouter les incantations d'un griot venu spécialement du Cameroun pour ouvrir la manifestation en lui accordant le regard bienveillant des ancêtres !

L'organisation avait conçu deux jurys, l'un de "fiction" dont je faisais partie, avec Hamid Benamra (réalisateur) et Dorothée Audibert Champenois, chargée des programme courts sur France TV et l'autre sur les documentaires, composé du Prince Kum'a Ndumbe III, une légende africaine, un lettré humaniste et héritier de la tradition, de Roch Lessaint-Amedet, comédien multicartes et bateleur de talent et d'Olivier Rapinier, réalisateur ultramarin. Disons-le tout de suite, l'ambiance fut particulièrement bonne entre les 2 jurys !

Et dès la séance d'ouverture, un court métrage d'animation d' Ingrid Agbo (Togo), Akplokplobito, nous plonge dans l'univers de personnages torturés aux bouches noires béantes qui, au cours de leurs parcours pour reconquérir une part d'humanité, retrouvent leur bouche pour mordre dans la vie. Après ce film passionnant, le 1er long métrage en compétition de la catégorie fiction, Hairareb de Oshoveli Shipoh (Namibie), nous permit de découvrir une oeuvre attendrissante sur l'amour d'un homme et d'une femme, sur le pardon des fautes commises, sur la fatalité de la disparition de l'aimée et sur cet enfant, né pour rattraper la vie et poursuivre le chemin de l'espoir.

Malgré d'évidentes faiblesses dans sa construction, c'est un film attachant plein de sincérité que l'on retrouvera primé pour l'interprétation féminine (Hazel Honda) avec une mention spéciale du Jury Fiction pour la réalisation. 

diversité des réalisateurs, scénaristes et producteurs engagés dans un combat ardu pour leur reconnaissance.

diversité des réalisateurs, scénaristes et producteurs engagés dans un combat ardu pour leur reconnaissance.

Après cette belle ouverture porteuse d'espoir, le festival prit son rythme de croisière avec, il faut bien l'avouer, des hauts et des bas. Une certaine faiblesse dans la qualité des films fictions longs, un trop plein de films documentaires, une grille pas toujours lisible avec en corollaire un public trop clairsemé garnissant les fauteuils accueillants de la salle... Loin de moi l'idée de jeter la pierre ! Je sais d'expérience combien organiser une telle manifestation n'est pas chose aisée mais les recettes pour gommer les aspérités, parfois, se nichent dans les détails. Une grille plus claire indiquant 10 fictions sur les créneaux 19h et 21h, dix documentaires sur les créneaux de 11h et 13h30 auxquels on pourrait rajouter, pour raccrocher le public cinéphile local, un focus sur un pays à l'honneur à chaque édition avec une série de films plus connus à 15h. Des coups de coeur de l'organisation sur le créneau de 9h. 

Il appartient à l'équipe en place de trouver l'alchimie entre la vitalité réelle des rencontres, l'ambiance passionnée générée par les présents et un projet cinématographique plus resserré, permettant de mettre à l'honneur ceux qui travaillent sous le soleil des tropiques à faire émerger une cinématographie trop souvent méconnue.

De séance en séance, nous avons continué à ouvrir nos yeux sur des horizons dérobés. Dans la catégorie des courts métrages fictions, quelques productions aux charmes indéniables, comme Juste un moment  (France) de Djigu Diarra , Smoking Kills (France) de Steven Luchet jusqu'à nos coups de coeur : mention spéciale pour The Shadow of your smile du Colombien Carlos Espina où l'univers de clowns se transforme en cauchemar de tueurs accomplissants des missions sous peine de perdre la vie. Une image délavée avec des couleurs criardes pour souligner l'éternel combat des miséreux en recherche d'une dignité perdue. Et le Dikalo d'Or, le grand prix, fut attribué à un bijou ultramarin, Dorlis d'Enricka MH. En Martinique, une jeune fille affronte un grand-père incestueux au crépuscule de sa vie et sa mère tue (?) celui qui porte la honte et que le silence a protégé des foudres de la colère et de la vengeance. Un film de 25mn ciselé au cordeau, sans une once de  faiblesse, une ambiance entre le mystique et le concret, la qualité technique d'une réalisatrice en pleine possession de ses moyens, accomplissant le tour de force d'aller jusqu'au bout d'une vengeance sans haine où l'ambiguïté reste le ferment de toutes les illusions. 

Pour le grand prix des longs métrages fictions, il n'y aura pas de discussions tant les qualités d'Enchained de Moges Tafesse sont évidentes. Dans la lignée d'un Hailé Gérima, il nous propose de partir dans une Éthiopie de la tradition à la reconquête d'un honneur perdu et d'un bonheur retrouvé. Une adolescente est mariée  à un homme puissant contre sa volonté malgré un amoureux qu'elle aime profondément. Celui-ci, va perdre son nom en devenant un mendiant et la rechercher à travers le pays pour l'aimer de nouveau. Le mari trompé invoque la coutume et les deux hommes doivent se rendre enchaînés jusqu'à la cour de la reine afin de plaider leur cause. La reine va profiter de ce procès pour affirmer son pouvoir sur les hommes qui l'entourent et la manipulent et le mendiant retrouver son honneur en dénonçant les abus du pouvoir et des juges unis par la corruption. Une image luxuriante d'une richesse incroyable, un jeu d'acteur époustouflant (Grand prix d'interprétation masculine pour Zerihun Mulatu), la beauté de la langue et des traditions, tout était réuni pour faire de cette ode à l'amour et la sensualité, le film détonateur d'une prise de conscience de la révolte des faibles contre les puissants.

Pour le reste, une belle actrice, (Bridget John) au tempérament passionnée obtiendra le co-prix de l'interprétation féminine dans Marrying a Campbell, et même dans les films les moins réussis, un plan, une séquence, une bribe de scénario nous rappellent que le cinéma, pour être un art, est aussi une alchimie mystérieuse entre le travail et l'inspiration. 

défilé de mode sur le tempo de femmes envoûtantes !

défilé de mode sur le tempo de femmes envoûtantes !

Bon que dire sur mon jury Fiction. Hamid Benamra, le président, un ami pour la vie, un homme au talent rare, Dikalo d'Or en 2014, fabriquant d'images à l'univers si particulier. Dorothée Audibert Champenois et sa coiffe afro, pétulante et gracieuse responsable des programmes courts à France TV aux idées bien arrêtées, dans le mouvement perpétuel d'une activité débordante.

Pour ce qui est des documentaires, les jurés n'ont pas chômé et si vous voulez connaitre leur palmarès, rendez-vous sur le site du Festival Panafricain. Mais le Prince, Roch et Olivier n'ont pas fini d'entendre la musique de la réalité chanter la complainte des jours heureux.

Et moi, j'étais bien dans cette ambiance ouverte à toutes les différences, quand l'espoir rime avec l'avenir.

Bravo encore et merci à l'équipe d'organisation et à Basile, son chef d'orchestre !

Dans les bras d'une Afrique éternelle !

Dans les bras d'une Afrique éternelle !

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Festival de Venise : La Mostra désenchantée !

Publié le par Bernard Oheix

Il y a Venise, la Sérénissime aux charmes alanguis, il y a la Biennale et il y a la Mostra au  lion ailé, le festival rival de Cannes, le concurrent le plus sérieux sur la terre d'Europe au titre envié de coeur en fusion du 7ème Art. Mais les choses ne sont pas toujours aussi simples, et cette année, après les errements d'un Festival de Cannes déplacé au mois de juillet, entre les toussotements d'une pandémie jamais terminée et l'irruption des technologies modernes (billetterie en ligne !), voici donc l'orgueilleuse Mostra en train de donner le tempo à un cinéma exsangue depuis deux longues années de Covid !

Et ce ne fut pas une partie de plaisir !

La piazza San Marco comme une invitation au rêve... euh, au cauchemar !

La piazza San Marco comme une invitation au rêve... euh, au cauchemar !

Tout avait commencé par un coup de fil de Sandro Signetto, mon ami turinois... Un "coup" de Venise, une Mostra pour la route, après les 30 films du Festival de Cannes, une plongée dans la ville mystère et l'écran du Festival ouvert sur le monde cinématographique... double objectif auquel il est difficile de résister quand on aime l'Italie et le Cinéma !

Bon, cela ne semblait pas aussi facile qu'on l'espérait. N'étant plus "un professionnel de la profession", c'est comme cinéphile lambda averti que j'envisageais d'assister à la manifestation et là, il faut l'avouer, cela s'est considérablement corsé et corseté !

La nécessité de prendre un mois avant l'ouverture, un badge d'une valeur de 100€ permettant d'avoir des places, se heurtait aux nuages noirs d'un Covid délétère obérant la certitude de notre présence. Résultat, mon ami italien prit le badge pour lui et Giovanna, sa femme, et Thérèse et moi attendrions le dernier moment pour régler ce dossier. Bien m'en a pris !

Car suivant le tsunami du passage "obligé" à une billetterie informatique pour les manifestations culturelles (ah ! ces fameuses économies d'impression de billets et de salaires de caissières !), la Mostra sortit de sa manche, le joker de Boxol.it, un système kafkaïen où les heures passées devant l'écran de son ordinateur valaient largement celles passées devant un écran du festival. N'en doutons pas, la technologie n'est pas toujours au service de l'humain !

Et si mon score de films réussit à grimper jusqu'à 3 films officiels (zéro de la compétition !) de la série "Orrizonti" payés 8,5€ pièce, plus un "off", mon ami dûment accrédité ne put en voir guère plus, ce qui lui fit revenir chaque film visionné à environ 20€ l'unité !

Bon, à 8000 badges vendus environ, cela fait quand même la somme conséquente de 700 000€ tombant dans l'escarcelle d'un festival jouant sur tous les tableaux (les films en compétition dans la grande salle se monnayaient à plus de 50€ !).

En effet, Venise accueillant en même temps des professionnels et des spectateurs, les salles sont divisées en zone, des quotas répartis entre les différentes catégories rendant quasi insoluble la quadrature du cercle par une firme Boxol.it attaquée par le directeur Barbera devant la levée des boucliers des festivaliers désarmés. Les avocats de la firme annonçant qu'ils se tenaient prêts à répondre à l'ordonnateur de la commande, le dit Barbera fit rapidement marche arrière, et le festival continua devant des salles bien clairsemées mais avec une file de mécontents grossissant au jour le jour et affichant leur colère sur le mur des réclamations au coeur de l'agora du festival.

Mais où atterrit cette manne d'argent ? Dans les salaires des huiles du Festival qui pondent de tels systèmes, dans les poches vides des caissières non-embauchées, dans le réseau des cinémas qui s'essouffle, dans les poches des Netflix et consorts omniprésents et grands vainqueurs de la compétition...

Pas dans les miennes assurément, vidées par le racket organisé à tous les niveaux des festivaliers dans une ville qui sait faire payer son passé pour assurer son avenir !

 

Des murs si hauts, dérobant la lumière des projecteurs !

Des murs si hauts, dérobant la lumière des projecteurs !

Reste le plaisir de voir Venise copier Cannes, le jury présidé par Bon Joon-ho primant un film que vous avez compris, je n'ai pas vu, mais dont la réalisatrice Audrey Diwan, française renvoie en écho aux choix de celui dirigé (?) par Spike Lee à Cannes : deux jeunes françaises au sommet dans le capharnaüm d'un monde ivre, belle leçon de chose et espoir de lendemains qui chantent !

Et il reste 2 films pour rêver que l'on est bien à un festival de cinéma, 2 oeuvres fortes et troublantes que les hasards des connexions aléatoires de Boxol.It nous ont permis de visionner. Le premier, L'Aveugle qui ne voulait pas voir Titanic, est un chef d'oeuvre finlandais de Teemu Nikki avec un acteur éblouissant, Petri Poikolainen, qui joue son rôle avec ses propres handicaps. Un aveugle atteint de sclérose en plaques n'a pour seule ouverture sur le monde qu'un téléphone portable à commandes vocales. Bloqué sur son charriot, il décide de partir en expédition pour retrouver celle qu'il aime mais n'a jamais rencontrée, elle-même malade et en crise. L'expédition va tourner au cauchemar, des truands vont tenter de le dépouiller du reste d'humanité qui l'habite mais il arrivera au bout de son périple et découvrira avec ses mains le visage de l'aimée. Ce n'est jamais dans le pathos, l'acteur présent à la séance est incroyable de courage et d'énergie, une oeuvre forte et qui fait appel à toutes les émotions d'un spectateur qui n'est pas pris en otage.

Les 7 prisonniers de Alexandre Moratto filme le cheminement de ces jeunes brésiliens qui quittent leurs campagnes attirés par des recruteurs leur faisant miroiter les richesses de la ville. De ces rêves, il ne leur reste qu'un réseau d'esclavage moderne où, privés de tout, ils sont condamnés à travailler jusqu'à l'épuisement, sans papiers, sans salaires et sans liberté. Un des prisonniers va prendre la tête de la révolte et par une série de glissements, devenir le nouvel assistant du chef du réseau, se calant par mimétisme sur l'ancien qui a vécu la même tragédie. Un film qui, au-delà de la corruption et des réseaux qui utilisent la misère des uns, montre aussi la nature de l'homme attaché à survivre par delà les convenances et les convictions. Les vrais coupables ne sont pas seulement ceux qui tentent de survivre, mais plus largement, le système politico-mafieux greffé sur l'exploitation de l'homme par l'homme, sur un capitalisme débridé et inhumain.

 

Et pour la route du retour, un film "off" en première vision à l'Académie du Cinéma, petite salle située dans le vieux Venise, réalisé par Daniele Frison, cinéaste de documentaires, un ami par ailleurs des belles soirées turinoises. Le Monde de Riccardo résonne étrangement à ceux qui pensent qu'un juge est automatiquement un rouage du pouvoir, qu'un homme de lois ne peut être un artiste, et que le pouvoir isole de la vie des autres. 

Domenico Riccardo Peretti Griva est la preuve que le destin d'un homme n'est jamais écrit. Juge sous le régime de Mussolini, il s'oppose aux lois d'exception raciale, refuse de porter la chemise noire obligatoire pendant les cérémonies officielles, condamne des hommes de main fascistes en 1932 à Piacenza et sera même emprisonné par le régime. Par la suite, il deviendra une pièce maitresse de l'évolution de la vie civile corsetée de l'après guerre, contournant les lois contre le divorce (c'est lui qui a régularisé, par une contorsion législative, en Italie, le divorce de Rossellini qui l'autorisera à épouser Ingrid Bergman), au point qu'une loi anti-Perretti-Griva fut prise par l'institution. Des faits d'armes, il en aura beaucoup dans son métier mais c'est à travers l'objectif de son appareil de photo qu'il s'accomplira, devenant un des maîtres de la photographie italienne, reconnu à l'étranger, exposé.

Homme de conviction au regard acéré, il voyagera dans des pays de mystères pour l'époque de cette moitié du XXème siècle où les images sont encore rares, ramenant des reflets volés au temps, le visage d'un inconnu, la nature insolente qu'il fige à jamais.

C'est un film passionnant sur la part d'humanité de quelqu'un qui à traversé l'horreur du fascisme, qui a su regarder avec des yeux d'enfant, un monde en décomposition en marche vers l'espoir. Un esprit libre.

La réalisation est parfaite, les intervenants brillants et les images d'archives nous ramènent loin en arrière, quand notre monde était en train de s'ériger à marche forcée vers le progrès !

Bravo au producteur courageux et au réalisateur qui signe une oeuvre émouvante sur un homme qui échappe au temps qui passe !

 

Voilà, 3 films et demi pour satisfaire sa soif d'images et le temps du retour qui sonne. Un détour par Ravenna l'inoubliable cité des mosaïques... mais cela est une autre histoire que je vous conterais au prochain billet !

Et un conseil, si vous voulez dévorer de la pellicule, pas besoin de se rendre à Venise... par contre pour les spaghettis à l'encre de seiches, difficile de faire mieux que la "trattoria" des Alberonni où le patron Pierre, vous accueillera en vous mitonnant quelques plats magiques !

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Festival du Film de Cannes 2021 : Les Grandes Illusions !

Publié le par Bernard Oheix

Que restera-t-il de cette édition du Festival du Film décalée, entre un variant delta à la conquête des non-vaccinés pour une 4èmevague et un déplacement de la manifestation en juillet, coincée entre des estivants qui pointent timidement leur nez sur la Côte d’Azur, des films qui piétinent depuis des mois avant leur sortie en salles, et des cinéphiles frustrés par deux années de covid ?

Tout d’abord, l’étrange impression que la vie continue, avec moins d’insouciance certes, mais avec la même passion pour ce 7èmeArt en train de s’étouffer dans les miasmes d’une pandémie délétère. Le rituel des quelques grandes salles du Palais remplies au moment opportun, de la retransmission télé des cérémonies d’ouverture et de clôture dérobant comme des cache-sexes le vide vertigineux des projections devant des publics clairsemés de la plupart des séances.

Cette année, pour entrer dans les salles, il fallait être un cinéphile acharné, s’armer de passion et suivre un code sophistiqué partant d’un système de réservation « Ticket On Line » à des impératifs d’heures et d’horaires sans faille où chaque minute pouvait se retourner contre vous et vous interdire d’accéder aux salles même périphériques.

La pédagogie envers les cinéphiles Cannois semblait étrangement absente sous les ukases d’une direction ayant abandonné le terrain fertile des relations avec les locaux pour entrer aux forceps dans le moule d’un conformisme d’avant-garde.

Alors donc, après 30 films dont 17 sur les 24 de la compétition, dans des salles qui résonnaient de l’absence des autres, alors que nombre de personnes auraient souhaité combler les vides douloureux des sièges inoccupés, après la non-inauguration mais l’ouverture d’un nouveau complexe, le Cinéum avec ses 12 salles futuristes pour un art qui n’en a peut-être plus beaucoup (de futur !), que dire d’une manifestation ancrée dès son origine sur l’alchimie de la combinaison du cinéma et de la Fête, du prestige et du populaire, du commerce et de l’art et dont le chemin actuel mène tout droit vers l’abandon de son ancrage local au moment où disparait son rôle de marché vivant de la création ?

De Netflix et autres plates-formes, des richesses d’une technologie moderne des télétransmissions, de l’exigence d’une rentabilité à court terme aux progrès techniques qui favorisent les décisions à distance, combien apparait lointain ce temps où les contrats se signaient au coin d’une table pendant le festival, entre deux tournées, entre un créateur et un producteur, dans l’espoir de marquer l’histoire !

Désormais, l’histoire est balayée, le cinéma se transforme en un « barnum » de super-héros et la nouvelle vague s’échoue sur les terres inhospitalières des fonds de pension, d’Amazon, des méga-fortunes et de la disparition programmée des salles de cinéma pour une consommation individuelle sur des écrans de proximité. Voir Huit et demi de Fellini sur son portable entre deux rendez-vous… pourquoi pas ? Quoique… qui aura encore envie de voir ce film et tant d’autres chefs d’œuvre quand le présent chasse le passé à coup de sensations bluffantes et d’effets de manche !

Reste la qualité étonnante des films de l’édition 2021 avec 2 thèmes en filigrane de plusieurs réalisations : la désespérance des vieux avec un thème récurrent d’une euthanasie voulue et espérée et la désespérance des jeunes en perdition dans un monde trop étroit pour leur mal de vivre et leur colère.

Et pour couronner cette semaine, une Palme d’Or de rupture à plus d’un titre. D’abord parce que Titanea été réalisé par une femme, Julia Ducournau, et que c’est seulement la seconde à obtenir la consécration suprême en 74 éditions.

Mais par-dessus tout, Titane est un film qui, au fond, aborde une rupture profonde dans le consensus de l’effet voyeurisme. C’est l’angoisse d’une créatrice devant le monstre qu’elle a accouché d’une façon prémonitoire qui sème le glas du cinéma de papa, le mien, et celui de générations formées aux ciné-clubs, aux rencontres et débats, à la technique et à la morale d’un plan-séquence ! Le film, sans jamais être « gore » et n’utilisant que très peu d’images chocs (il y a plus de violence intrinsèque dans nombre téléfilms diffusés aux heures de grandes écoutes de la télévision que dans ce film !), crée un trouble profond, comme si les démons extérieurs de notre environnement se mettaient en symbiose avec nos cauchemars intérieurs.

Et c’est cela peut-être qui dérange beaucoup plus le spectateur, cette impossibilité de cerner le sujet du film et sa promenade funambulesque sur les arêtes du conformisme : ange ou démon, victime ou bourreau, femme ou homme mais toujours sur le versant sombre de la raison. À noter la prestation sur le fil d’un Vincent Lindon pathétique et ce final impossible à lire sans le filtre de la déraison !

Pour le reste, le président Spike Lee a fait son show pour le plus grand bonheur de l’audimat et un palmarès médiocre a assouvi les instincts d’un consensus mou : quid de la Palme d’Interprétation pour le formidable Dussollier dans un grand film (trop classique ?) d’Ozon, Tout s’est bien passé, d’un prix du jury pour Lingui, les liens sacrés de Mahamat-Saleh Haroun qui perpétue, à son corps défendant, le mépris dans lequel est considéré le Cinéma Africain, la formidable cuvée française, Annette de Léos Carax, La Fracture de Corsini, France de Bruno Dumont, Les Olympiades de Jacques Audiard… Et pourquoi donc cette interprétation féminine à un film médiocre et au rôle sans relief d’une Julie en 12 chapitres de Joachim Trier ?

Mais cela est une autre histoire, celle du cinéma, et à Cannes, en cette année 2021, il n’y avait pas que le cinéma en jeu, mais toute l’économie de la plus grande manifestation d’un 7èmeArt en train de perdre pied, de chercher une voie nouvelle, de se trouver des raisons d’exister et de perpétuer un monde cinématographique en train de s’effondrer.

Cette édition aura montré à l’évidence que les réponses trouvées auront à se confronter au monde des affaires… et cela n’est pas gagné !

Quand à moi, après ma 45èmeédition du Festival de Cannes, je vais attendre sagement le prochain festival et je tenterai de renouer encore et toujours avec les propositions d’écrans derrière lesquels se cachent des créateurs de lumières et d’ombres !

 

PS : Et pour ceux qui ne savent pas toujours que le cinéma a une histoire, lisez ce dossier formidable paru dans Le Monde Diplomatique d’août 2021 : « Fellini est plus grand que le cinéma » de Martin Scorcese. C’est un exercice nécessaire et salutaire pour comprendre le cinéma du XXème siècle !

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Festival du film 2012 : avant le palmarès !

Publié le par Bernard Oheix

Mercredi 14 juillet.

Pour mon 20èmefilm, Tralala, on pouvait s’attendre au meilleur comme au pire de la part des frères Larrieu dans ce que l’on annonçait comme une comédie musicale avec une distribution d’exception : Amalric, Balasko, Mélanie Thierry, Maiwenn, Denis Lavant… Et avouons-le, c’est du côté du meilleur qu’ils nous entrainent dans ce conte d’un chanteur de rue qui se retrouve à la recherche de son diamant bleu, cette « sainte » qui lui demande « surtout ne soyez pas vous-même ». Il va se laisser porter au fil des mélodies d’une pléiade de compositeurs (Dominique A, Cherhal, Bertrand Belin, Daho, Philippe Katerine) dans un univers qui n’est pas le sien mais où on l’adopte comme un autre, à Lourdes, jusqu’à la grande scène finale. C’est frais et sympathique, un film que l’on a envie d’aimer.

Plus tragique le Blue Bayou de Justin Chon qui interprète le rôle principal. Un enfant Coréen adopté à 3 ans, a trouvé l’amour de sa vie en Kathy et élève l’enfant Jessica qu’elle a eue avec un autre. Mais ce père qui l’avait abandonnée revient dans la course et le fait qu’il soit un flic n’arrange pas leurs affaires. Tout va se dérégler jusqu’à ce vide juridique de la loi américaine qui a régularisé les adoptions des enfants depuis 1998… sans prévoir la rétroactivité pour ceux adoptés antérieurement. Et après la démonstration renouvelée de l’impunité des forces de loi, cet authentique américain sera expulsé du pays vers une terre qu’il n’a jamais connue ! C’est un film déchirant, (attention, larmes en prévision), sur un destin brisé, sur l’amour et le dévouement, sur la situation de ceux qui ne sont pas dans les clous et peuvent à tout moment, voir leur vie se dérégler sous les assauts de l’injustice !

Une longue liste de cas similaires avec photos et noms montre à l’évidence que cette histoire n’est pas la seule et que l’intolérance devant l’autre est bien le dénominateur commun des sociétés qui se replient sur elles-mêmes !

Julia Decournau avait fait fort pour lancer, son sulfureux, Titane : un pitch réduit à la définition du titane, deux photos étranges et le bruit d’un ovni en compétition. Et cela a marché au-delà de toute espérance, avec évanouissements dans la salle, spectateurs sortant épouvantés après quelques minutes de film… Et pourtant, avant toute chose, Titaneest un film remarquable, au scénario diabolique, avec un couple d’acteurs époustouflants (Vincent Lindon et Agathe Rousselle), filmé comme un opéra cruel et moderne. Car de la cruauté, il y en a profusion, dans les meurtres rituels d’Alexia tueuse en série, dans sa transformation en Alex le fils de Vincent, dans une scène finale impossible à dévoiler. Il y a du Rosemary’s Baby de Polanski, puissance trash, dans un monde d’après, où les rituels sataniques ont muté en orgie de sang et de métal, et cela fonctionne parfaitement. Un film à couper le souffle.

Asghar Faradi, cinéaste Iranien connu pour ses films attachants (Une séparationLe client), capable de nous dévoiler les dessous d’une société iranienne entre le passé et le futur, entre l’histoire et le possible.

Avec Un Héros il ne déroge pas à sa règle, sur les pas d’un homme emprisonné pour des dettes qui tente de sortir de l’ornière dans laquelle il se trouve. Lecture multiple, une vérité chassant l’autre, les certitudes devenant des hypothèses, et l’inexorable poids de ce paraître d’une société iranienne qui n’accepte jamais les parts d’ombres. C’est beau et fort, touchant et intriguant, bien dans l’esprit de ce cinéaste qui scrute ses contemporains sans jamais donner de leçons.

Après une matinée de discussions avec un critique Burkinabé (Hervé, sympathique en diable !), je fonce sur ma moto vers la salle de La Licorne, non pas par peur de ne pas avoir de places, pour cela aucun risque, mais pour ne pas rater le début de la séance et tomber sous les foudres d’une administration bien peu cinéphilique !

Las ! Encombrements aidants, le film Freda qui devait commencer à 12 h tapantes, me voit me présenter avec 6 autres retardataires à 12h04 ! Et je jure que c’est vrai, 4 mn de retard ! Mais les cerbères de l’entrée, intraitables, refusèrent de nous laisser entrer, et le responsable que j’invoquais en une ultime tentative nous fut irrévocablement refusé « -il n’y a personne ! ». Pascal Ainardi, mon ami Burgien cinéphile, dans la salle, m’attendait perdu au milieu de 80 spectateurs (dans une salle de 400 places !), et le film n’avait pas commencé ! Et quand bien même, un festival c’est aussi la passion, les incertitudes mais avant tout, l’amour du cinéma !

Cannes Cinéphile, le festival des Cannois qui devraient être heureux, cette salle, où Freda devait être mon 24èmefilm, où tout le monde se retrouve, où je campe comme un (vrai) cinéphile, obstinément close pour 4 mn de retard, crime impardonnable s’il en est ! Bravo et Merci aux responsables qui, non contents d’assister à un naufrage au jour le jour, se sabordent avec conscience sur l’autel de directives à faire respecter contre vents et marées à des spectateurs infantilisés que l’on traite comme des enfants mal éduqués !

Il a fallu donc attendre la séance de 15h pour reprendre le cours de mes projections, toujours avec si peu de monde dans la salle (j’étais à l’heure, cette fois-ci !) mais avec l’appendice énorme, gigantesque, d’un Mikey Saber, star du porno, en fond d’écran. Red Rocket de Sean Baker laisse un gout d’insatisfait. Dommage, le film plutôt intéressant se perd en route, trop long, mal fagoté, des digressions qui font perdre le fil de ce looser en train de rêver à un come-back. C’est désespérant, comme cette petite ville du Texas, noyée dans les fumées des usines, où l’espoir a depuis longtemps abandonné ses habitants qui ne rêvent plus… et le spectateur non plus !

Plus désespérant encore, Women do Cry de Mina Mileva et Vesela Kazakova où le parcours des femmes et filles d’une famille bulgare dans la tourmente d’une société qui se convulse. Entre le virus du sida, les amours lesbiens, les bondieuseries comme espoirs de rémission, le calendrier lunaire comme repère, entre le travail et la maternité, un cri déchirant qui résonne encore longtemps après le clap final !

Et la journée se terminera sur les Olympiades de Jacques Audiard sur un scénario de Céline Sciama, Léa Mysius et Jacques Audiard. Point de Tokyo à l’horizon, mais les barres d’immeubles du 13ème, le quartier chinois et la fac de Tolbiac. Dans ce Paris triste de béton, 4 personnages vont croiser leur destin. Émilie d’origine chinoise, Camille, un professeur de lettres noir, Nora une étudiante venue de Bordeaux et Amber Sweet une porno-star ! Les fils vont se nouer et se dénouer, les amours et les haines se conjuguer. C’est agréable, on ne s’ennuie pas, même si, dans ce noir et blanc du film qui correspond à la couleur des murs et à l’état des sentiments, une touche de couleur et de légèreté aurait pu être la bienvenue !

Dernier jour du festival. Haut et fort de Nabil Ayouch en compétition. Le rap marocain à l’épreuve des codes et de la tradition d’un pays musulman, les rapports hommes/femmes comme thermomètre de la violence faite aux femmes dans leur désir d’émancipation. Un professeur de l’atelier Rap, capitaine ô capitaine, va amener un groupe de jeunes d’un « centre culturel » à prendre conscience de sa force et de la nécessité de combattre pour soi afin de changer les autres. Un peu brouillon, parfois manquant de rigueur, le film, malgré tout, nous entraîne sur les chemins de l’espoir et force notre attachement. À voir, pour garder l’espoir envers ces jeunes qui nous offrent le meilleur d’eux-mêmes !

Enfin, dernier film en compétition et 28èmepour moi, France de Bruno Dumont où les portraits croisés d’une journaliste-star campée par Léa Seydoux, d’un pays en souffrance, le nôtre, et d’un système médiatique qui autorise toutes les manipulations mais permet aussi d’éclairer bien des aspects de notre culture et du rapport aux autres que nous entretenons. C’est réalisé avec beaucoup de soins et Léa Seydoux y est lumineuse. Quand à la bande musicale, elle est la dernière occasion d’apprécier le talent de Christophe qui colle au film avec des ambiances délétères.

Reste l’énigme du jury. Parmi tant de belles propositions, de films forts et engagés, d’images pétries de bonnes intentions… comment décerner des prix. Casse-tête dont nous aurons la réponse dans quelques heures !

Au total j’ai vu 16 des 24 films en compétition. Et comment ne pas primer Annette de Léos Carax, Benedetta de Verhoeven,Tout s’est bien passé de Ozon, avec un Dussolier gigantesque, Titane la surprise du Festival, Léa Seydoux pour sa composition ? Que des français me direz-vous, mais le cinéma national était à l’honneur en ce 74èmeFestival du Film. Alors il reste la surprise du chef, un film africain Lingui, les liens sacrés de Mahamat Saleh Aroun pour départager tout le monde ! Et les 8 que je n’ai pas visionnés pour me faire une surprise !

Mais s’il y a une Palme d’Or qui s’impose, c’est bien celle collective décernée à tous les fabricants du cinéma, cet artisanat devenu industrie, les producteurs, les réalisateurs, les acteurs, les techniciens, les sélectionneurs, et tous les responsables, à tous les niveaux, d’un Festival 2021 arc-bouté sur l’espoir d’une victoire contre la morosité et la pandémie !

Alors attendons les décisions du Jury et rendez-vous en mai 2022, on l’espère !

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Festival du film 2021 : Au fil des jours !

Publié le par Bernard Oheix

 

Et le Festival continue, toujours devant des sièges vides, mais pour le plus grand plaisir des rares spectateurs conquis par la qualité et la diversité des propositions multiples qui viennent éclairer l’écran.

En ce dimanche 11 juillet, 3 films au programme.

La Civil de Teodora Ana Mihai suit le parcours d’une mère dans un Mexique où les gangs, la corruption de la police et la peur règnent. Sa fille kidnappée, elle se lance à corps perdu dans une quête désespérée pour la retrouver. 1erfilm d’une Roumaine, c’est attachant, même si quelques longueurs et quelques facilités diluent le propos. Cinéaste à revoir mais qui laisse présager d’un bel avenir.

Plus convenu le Flag Day de Sean Penn. Les affres des relations d’une fille avec un père « mytho » qui s’invente une vie sans jamais coller avec une réalité qu’il fuit. C’est sympathique même si cela laisse quelque peu dubitatif !

Mais la vraie réussite de ce jour de Festival du Film reste la victoire à l’Euro de Foot de nos cousins Italiens contre une équipe de Brexiteurs insupportables de morgue et de racisme. Il n’est que justice que ce soit cette belle équipe soudée qui l’emporte, prouvant que la solidarité et l’amour du jeu peuvent vaincre le repli et la haine. Siffler l’hymne italien, même sans les oripeaux d’un nationalisme exacerbé, ou enlever sa médaille d’argent en un geste concerté, est une injure aux valeurs du sport et de l’amitié entre les peuples ! Justice a été rendue par nos vaillants transalpins au bout d’une séance de penaltys asphyxiante ! E Viva l’Italia !

Après une journée consacrée au cinéma… mais à Nice et sur un tout autre sujet, concernant mon Maître et ami Jean A Gili, dont je vous reparlerai en temps voulu, à 18h Salle de La Licorne à La Bocca, devant une centaine de personnes (un record !), A Résidence de Aleksey German Jr avec un nouvel uppercut au visage. Un professeur d’université qui a osé dénoncer le Maire de la Ville qui détourne et pille les fonds publics sans vergogne, en mesure de représailles, est accusé d’avoir volé des chaises lors d’une conférence, assigné à résidence avec un bracelet électronique, privé d’Internet et de Téléphone et l’état policier déploie toute la panoplie de ses mesures coercitives pour le faire taire. C’est Navalny, c’est toutes les victimes d’un système mafieux mis en place avec Poutine en chef d’orchestre, c’est la morgue des politiques, la peur des victimes et collatéraux, c’est la dictature de l’horreur sur l’intelligence !

Et le film est sublime, une lutte dérisoire contre le mal, des étudiants qui aiment ce prof mais ne peuvent l’afficher, sa mère qui meurt et à qui on lui interdit de rendre hommage. C’est l’absurdité de la force sur la primauté de l’intelligence, un combat sans merci où les doutes ne peuvent faire plier le porteur de lumières.

Il est indispensable de lui attribuer un prix spécial, cher Jury, une médaille du courage d’un or pas frelaté, pour un film qui démontre que l’avenir ne peut s’ériger sur l’injustice et la loi du plus fort. Et même la victoire en trompe l’œil du professeur ne doit pas occulter la nécessaire reconnaissance de ce combat pour la morale ! Et en prime, la réalisation est parfaite, l’interprétation d’une justesse troublante même si cela reste un film, un vrai film… Il faudra juste comprendre comment une société russe aussi cadenassée, a réussi à laisser passer à travers les mailles de son filet, un cinéaste aussi critique envers le système. Chapeau l’artiste !

Je serai plus critique sur Bergman Island de Mia Hansen-Love. Une belle distribution avec Tim Roth, un cadre magique, l’ile de Farö où Bergman s’installa et tourna 6 films, une idée séduisante mais un film qui patine, qui se perd et ne sait conclure… un peu à l’image de la réalisatrice, héroïne du film qui n’arrive pas à en trouver une ! Et de ce point de vue, le film atteint son objectif de nous laisser sur notre faim !

Mardi 13 juillet

Deux films Français se télescopant par les hasards de la programmation, deux compositions sur la violence, la drogue et la fin de vie, bien dans le thème de l’année !

Dans Mes frères et moi de Yohan Manca, une fratrie de la zone de Sète est arc-boutée autour du corps en fin de vie de la mère. Enfants d’immigrés, père mort, il ne reste que ce corps qui agonise pour les souder. Il y a les grands frères et le petit qui passe La Traviata à sa mère en souvenir de son père italien qui l’avait séduite en jouant cet air.

Sa rencontre avec une prof de chant dans le collège où il effectue des Travaux d’Intérêt Généraux (TIG) va être déterminante. Pendant que chacun vit d’expédiant (trafic de drogues, prostitution, livraisons de pizza…) afin de payer le traitement palliatif de la mère qu’ils refusent d’abandonner, le chant va apporter une lueur d’espoir dans la vie de Nour.

Dans Les Héroïques de Maxime Roy, un ancien junkie de 50 ans qui s’est sevré résiste aux tentations en tentant de survivre. Il vit avec son enfant adulte et s’occupe d’un bébé qu’il a eu avec une femme qui l’a quitté. Sans travail, totalement asocial, un groupe de parole est son seul lien avec les autres. Son père qui ne voulait plus le voir est en fin de vie et lui demande de l’aider à mourir… Il va replonger mais réussira enfin à sortir de l’enfer, trouver une formation et renouer les fils de sa vie pour se dessiner un avenir.

Ces deux films, auxquels il faut rajouter La Fracture de Catherine Corsini et Tout s’est bien passé de François Ozon dépeignent à l’évidence une société malade, gangrenée par un mal de vivre profond, où les valeurs traditionnelles tendent à s’effacer devant les rigueurs du quotidien et l’impitoyable morsure du tragique. Des œuvres fortes, magnifiquement réalisées, avec des interprètes excellents qui transcendent leur réalité, un almanach de la vie au jour le jour confrontée aux mirages de la mort et de la désolation.

Enfin, reste pour s’achever, un film de 2h 30 mn qui démontre que le malaise n’est pas qu’hexagonal. Kirill Serebrennikov ne sera pas présent pour la montée des marches, interdit par les autorités Russe de déplacement à Cannes pour défendre son film, La Fièvre de Petrov. Errance entre le rêve et la réalité, dans une Russie où l’alcool coule à flots, les protagonistes hurlent et perdent tout repères entre le vrai et le faux… ce qui arrive aussi aux spectateurs du film partagés entre une fascination morbide et une lassitude de la mécanique répétitive du procédé. Ce cinéaste qui nous avait ébloui avec Leto, n’arrive pas à retrouver la magie de son œuvre précédente, perdu dans un délire exaltant la folie russe et le paroxysme permanent des situations.

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Festival 2021 : 2è étape !

Publié le par Bernard Oheix

Ce vendredi 9 juillet est à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire du Festival du Film : 27 personnes pour un film en compétition à 12h dans la salle de 400 places de la Licorne à La Bocca ! Voilà bien la preuve, si besoin été, de l’inconséquence des mesures prises qui, en gros, chassent les vieux cinéphiles cannois dépassés par la complexité du système et la nature particulièrement répressive de la présentation des nouvelles mesures dont cette billetterie « on line » sur un site capricieux, chassent les cinéphiles de passage, non-accrédités, dans l’incapacité d’obtenir des places sur un site dédié n’offrant aucune options pour les séances de films en compétition de La Licorne, chassent le tout-venant qui pourrait désirer « voir un film » du Festival comme on observe un monument en détresse !

Pourquoi ne pas réagir et tenter de répondre au problème ? Pourquoi ces salles désespérément vides ne peuvent-elles décréter un moratoire dans l’exécution des nouvelles mesures en décidant, par exemple, une « entrée des dernières minutes » pour tenter de meubler ces fauteuils rouges des salles périphériques dans lesquelles le vide se fait tant ressentir ! Attention, dans une semaine, il sera trop tard pour rattraper le coup !

Mais la vie continue et les films, pour les rares spectateurs présents, continuent d’offrir des moments de rêve. C’est le cas avec Lingui, les Liens Sacrésde Mahamat Saleh-Haroun dont j’avais encensé en 2010, L’Homme qui crie.

Dans N’Djaména la capitale du Tchad, Amina survit en dépeçant des pneus pour fabriquer des objets d’artisanat qu’elle vend au long des routes. Fille-mère, abandonnée par un homme qu’elle aimait, rejetée par sa famille et la société, elle élève sa fille adolescente Maria qui se fait renvoyer de son lycée car elle est enceinte. Dans ce pays musulman, où l’avortement est interdit par la loi comme par la religion, elles vont tenter de trouver une possibilité d’avorter et régler leur compte, tant avec l’homme qui a violé l’adolescente, qu’avec une foi qu’elles rejettent pour s’émanciper et retrouver leur dignité. Ce film est un uppercut à notre vision occidentale bienséante, un hymne à l’entraide et la solidarité des femmes, un pardon pour les fautes du passé et une lucarne sur l’avenir de ces femmes qui déclinent leurs blessures dans le drame et le rire de l’espoir.

Pitié cher jury : ne passez pas à côté de ce film si engagé contre les forces obscures qui règnent, ne faites pas comme en 2014 avec la bande de Jane Campion incapable de saisir l’importance de Timbuktu en l’ignorant dans la remise des prix.

Un prix spécial du Jury est le minimum imposé pour cette œuvre filmée avec une immense rigueur, une esthétique « propre » dans une ville capharnaüm, des actrices parfaites, un montage fluide et sur un temps d’1h30 qui tranche avec les longueurs en vigueur ! Bravo à Mahamat Saleh-Haroun.

Bon, la série des bons films devait bien s’arrêter un jour ! C’est chose faite avec la 7èmepellicule, Julie en 12 chapitresde Joachim Trier que j’ai décliné en 8 pour aller reposer mes yeux et sur La Colline des Lionnesde la jeune surdouée Luàna Bajrami qui a écrit ce scénario à 16 ans mais prouve à 20 ans, que même si elle a du talent, l’âge n’excuse pas tout. Au travail Luana, tu as un bel avenir devant toi, il faut nous le prouver désormais en montrant un peu plus de rigueur et un peu moins de complaisance devant tes sujets !

Samedi 10 juillet : Une journée au paradis du 7è Art !

Que se passe-t-il en terre de cinéphilie ? Comment imaginer un tel foisonnement de qualité, dans des genres si différents et des univers si disparates. Du jamais vu à Cannes !

Cela commence avec La fracturede Catherine Corsini, en compétition. Un service d’urgences par temps de manifs et de répression policière. S’y croisent dans une panique générale, des « patients » normaux, des accidentés de la vie et des réprimés par les forces de l’ordre, tout cela au milieu d’une équipe soignante débordée, sans moyens et s’accrochant à la nécessité de sauver envers et malgré tout. Ce n’est jamais misérabiliste, bien au contraire, un humour féroce décape les scènes de tension. A noter les compositions de Valeria Bruni-Tedeschi, de Marina Fois et de Pio Marmaï qui portent sur leurs épaules ces respirations salutaires qui renvoient à la vie réelle. Et comment ne pas être éblouis par Aissatou Diallo Sagna, aide-soignante qui joue son 1erpropre rôle, tour de contrôle de ce service d’urgence qui craque de toutes parts, dont les plafonds s’effondrent et que les gaz tirés par des policiers envahissent. C’est un bijou de film social et cruel, humoristique et passionné, qui tend la main à toutes les déchirures. Un film d’allégresse sur un sujet brûlant à voir en urgence… mais pas dans ce service !

Mothering Sundayd’Éva Husson nous transporte dans les années 1920, dans une Angleterre Victorienne. Une belle servante devient la maitresse d’un fils de famille promis à une autre. Les drames passés (la mort des frères à la guerre) se répètent et le temps n’épargne personne. Le film oscille entre un conte en costume et une chronique de l’ascension d’une jeune fille vers la célébrité. Il y a du James Ivory dans cet univers peint par une Française qui respire l’air de ces 3 familles aristocrates unies par le deuil et les faux-semblants. La servante deviendra cette romancière à succès qu’incarnera, en un ultime clin d’œil, Glenda Jackson, l’immortelle Charlotte Corday du Marat/Sadede Peter Brook et l’amante passionnée de Music Loversde Ken Russel ! Un beau film émouvant et sensuel.

Oranges Sanguinesde Jean-Christophe Meurisse, présenté en séance de minuit est un formidable coup de poing à la bienséance et au conformisme. Hilarant du début à la fin, un rire franc et contagieux qui a embarqué la salle sans pouvoir s’arrêter !

Un fil ténu relie une palette de personnages : un vieux couple surendetté qui tente de gagner un concours de rock, l’avocat manipulateur d’un ministre des finances corrompu, une jeune fille en attente de son premier rapport sexuel, un détraqué sexuel qui se jette sur ses proies… mais tous les liens convergent vers un règlement de compte général où la morale sera sauve ! Les seconds rôles sont exceptionnels (Blanche Gardin en gynécologue, monumentale, Dedienne et les autres membres du jury du concours de rock, historique, un chauffeur de taxi odieux, fabuleux). Et de voir un prédateur sexuel dans l’obligation de dévorer ses propres couilles, préalablement chauffées au micro-ondes, n’arrive pas souvent, avouons-le !

Fou-rires garantis, déraison au service de la raison, Oranges Sanguinesest LE FILM à voir si vous avez le cafard et que la Covid vous traumatise. Il devrait être remboursé par la sécurité sociale !

Reste le Benedettade Paul Verhoeven, et un casse-tête de plus pour le jury dans son attribution de la Palme d’Or ! Les délibérations s’annoncent chaudes !

Virginie Efira intègre toute jeune un couvent dans l’Italie du XVIIéme siècle. Entre miracles et impostures, elle va découvrir les plaisirs de la chair dans les affres de son amour pour un Dieu tout puissant. Dans des décors sublimes, une image d’une beauté renversante, des acteurs et actrices incroyables (Lambert Wilson, Charlotte Rampling…), le film parcourt tous les chemins de croix d’une rédemption, dans le cauchemar d’une peste qui rôde, des jeux de pouvoir et de séduction. Lectures multiples à tiroir, aveuglement d’une foi qui oblitère la nature humaine, somptuosité des effets, grâce d’une bande son subtile… tout est réuni pour faire de Benedettaun prétendant à une Palme d’Or qui s’annonce particulièrement convoitée en cette année 2021. Et c’est tant mieux pour les rares spectateurs qui sont dans les salles de cette édition de tous les contrastes !

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Un Festival pas comme les autres !

Publié le par Bernard Oheix

On savait que cela allait être compliqué ! Nous sommes gâtés !

Après une année 2020 blanche, le déplacement en juillet et les nouvelles contraintes, tant sanitaires qu’organisationnelles, annonçaient des lendemains cinéphiliques difficiles.

Et c’est le cas, avec une organisation de réservation de places uniquement par Internet, sur un site de tickets en ligne, avec en corollaire ces heures de patience auxquelles il faut s’armer afin de vaincre une technique rétive, la défaillance des réseaux, l’absence de catalogues et j’en passe !

Mais la soirée d’ouverture eut lieu, Jodie Foster a été sublime, et l’Italie a gagné contre les espagnols le droit d’aller en finale de l’Euro de Foot !

 

Enfin ! J’ai pu assister le mercredi 7 à mon 1erfilm de l’édition 2021, dans la catégorie Cinéma des Antipodes, Palm Beachde Rachel Ward !

Bon, nonobstant une salle à moitié vide, un froid glacial dû à la climatisation, le film aurait pu me réchauffer avec sa pléiade d’acteurs incroyables… s’il n’avait porté sur les retrouvailles de vieux rockers dont deux ont des cancers, plus aucun ne peut avoir d’érection, et tous portent la croix d’un crépuscule de leur vie non soldée ! Glacial comme la température de la salle, une version trash de Mes meilleurs copains, 30 ans après et sans filtre !

Et on enchaîne avec Robuste de Constance Meyer, avec un Gérard Depardieu monstrueux et une actrice black phénoménale, agent de sécurité, Déborah Lukumuena, avec 50 personnes dans la salle, pour cette page blanche des derniers moments d’un acteur de légende, Gérard Depardieu en un Depardieu himself, confronté aux borborygmes de la fin de sa vie !

Au passage, effet Covid ou pas, on a déjà notre thème du Festival : les vieux ! Et le fait que je sois devenu un vieux cinéphile n’est pas pour me plaire, bien au contraire !

Dans des salles toujours désespérément vides, la journée continue avec l’évènement Annettede Léos Carax, le film d’ouverture en compétition. Pour ne pas déroger à sa réputation sulfureuse, il lui a fallut 9 années pour le concevoir après Holy Motors. Un ovni inclassable, uppercut assuré. Ni comédie musicale, ni film opéra, mais une œuvre de cinéma portée par deux acteurs possédés, Adam Driver et Marion Cotillard, avec la conjugaison sublimée d’une technique éblouissante, d’un scénario enlevé et un rapport permanent entre l’artifice et le naturel. À voir avec passion.

À 15h, film en compétition devant une assistance maigrelette de 80 personnes prouvant à l’évidence la réussite du nouveau système d’accréditation chassant les cinéphiles et les curieux des salles obscures. Nadav Lapid nous propose Le Genou d’Ahed, critique féroce de la société Israélienne et de la victoire des forces fascisantes qui régissent le quotidien des artistes et verrouillent toutes possibilités de libération et d’émancipation dans le pays. Un intellectuel, ancien membre de Tsahal, débarque dans une petite ville pour projeter son film. Il est en train de finaliser un scénario sur une chanteuse à qui les forces de police ont brisé le genou afin de la rendre impropre à se révolter. Le film est un collage sous amphétamines de scènes déstructurées, avec un acteur qui peut prétendre à la récompense ultime, et dérivant vers un final en apnée laissant entrevoir l’immense tâche de remettre un peu d’ordre dans la société Israélienne !

Reste, pour coller au thème de cette édition, Tout s’est bien passéde François Ozon. Un homme atteint d’un AVC demande à une de ses filles de l’aider à mourir. D’une grande actualité après la reculade du gouvernement incapable d’assumer la nécessaire adaptation de la loi Léonetti qui date désormais et fait que la France est un des pays les plus rétrogrades en Europe sur cette question.

Alors je me lance : une Palme d’Or pour cette œuvre majeure d’un réalisateur à la filmographie passionnante, et si d’aventure un autre film s’impose (on est qu’au premier jour !), assurément le prix de l’interprétation pour un formidable André Dussolier qui éclaire le film de sa prouesse d’acteur ! Et les actrices ne sont pas en reste (Sophie Marceau, Géraldine Pailhas, Charlotte Rampling), toutes en finesse et dans des partitions différentes. Le film, malgré l’intensité du propos n’est jamais dans le « pathos », bien au contraire, il oscille entre le tragique et l’humour, émaillant le cheminement vers sa libération finale de notes gaies ou de tensions salutaires. Et finalement, tout s’est bien passé pour l’équipe de réalisation comme pour les spectateurs !

Alors, après 5 films, des salles à moitié vides, un Festival à la recherche d’un équilibre précaire, l’incroyable richesse de ces films, de ces propositions toutes marquées du sceau de l’intelligence et de la complexité de la nature humaine nous laisse espérer de l’intelligence collective !

Le Festival continue donc ?

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1969 : 1re Quinzaine des Réalisateurs. Révolution Permanente !

Publié le par Bernard Oheix

C’est à quelques semaines d’un Baccalauréat qui aurait nécessité un peu plus d’attention et de concentration de ma part, que j’ai eu le privilège de vivre une expérience cinématographique fondamentale qui allait bouleverser mes choix et donner un sens à ma vie. Derrière les ors de la compétition officielle au Palais des Festivals, dans une petite salle de la rue d’Antibes, le Rex, une fête du cinéma s’ouvrait aux portes grandes ouvertes. La Quinzaine des Réalisateurs sous le slogan « Cinéma en liberté » démarrait dans l’effervescence d’un groupe de réalisateurs (Doniol Valcroze, Costa Gavras, Louis Malle, Jacques Deray, Albicocco…) décidés à casser le moule de la sélection officielle et à imposer des oeuvres qui ne se retrouvaient pas sur les écrans du Palais des Festivals. 

« Les films naissent libres et égaux » ! Un foutoir gigantesque, accumulation de 62 long-métrages sans critères de sélection, vont se succéder devant un public qui s’entassait dans les travées, en présence des réalisateurs et des équipes des films. Une orgie à l’accès libre, sans protocole, où l’on pouvait dévorer des films représentants cette génération qui aspirait prendre le pouvoir dans le cinéma en imposant un style de rupture.

Barraventode Glauber Roccha, Le Lit de la vierge de Philippe Garrel, Notre Dame des Turcsde Carmelo Bene, le cinéma Québecois, La pendaisonde d'Oshima, Le nouveau cinéma Français (Luc Moullet, Michel Baulez, Jean Daniel Pollet) des films de cinématographies inconnues du public (Hongrie avec Jancso et Mészaros, Cuba avec Gomez (La première charge à la machette) et Humberto Solas (Lucia). Et tant d’autres bijoux, important l’air du grand large et des cultures nouvelles dans la Ville des paillettes et des stars.

Il y avait aussi des films de la compétition officielle qui venaient à la rencontre de ce nouveau public jeune et passionné. If… la future Palme d’Or de Lindsay Anderson avec le tout jeune Malcolm McDowell qui portait sur ses épaules notre désir de révolte et croisé dans la salle bondée…  Easy Readerde Dennis Hopper, en présence de Peter fonda et de Jack Nicholson que j’aurais pu toucher en tendant le bras…

Des heures scotchées devant l’écran, un monde qui s’ouvrait en direct et des réalisateurs qui s’invitaient pour partager nos rêves d’un avenir meilleur, d’une lecture de notre univers.

Je n’ai pas beaucoup suivi de cours entre les 8 et 23 mai 1969, j’ai beaucoup menti à mes parents sur mes journées et mes soirées, mais j’ai su, après ces 11 jours, que ma vie avait basculé. Désormais, le cinéma y occuperait une place centrale. Je ne pouvais que l’accepter parce que c’était ainsi !

J’ai eu mon Bac malgré tout… et avec mention, s’il vous plait ! En octobre 1969, j’ai intégré l’Université de Nice, section histoire, seule filière qui débouchait sur une Maitrise de Cinéma, mon objectif !

J’étais devenu un cinéphile et je savais ce que je voulais !

Une anecdote : Marat-Sade 

En 1970, une fusion des divers ciné-clubs déboucha sur la création du Ciné-Club de Nice dont Jean A Gili s’occupait. Dans la programmation un film de Peter Brook était prévu, Marat-Sade, tiré de la pièce de Peter Weiss :  La persécution et l’assassinat de Jean-Paul Marat représentés par le groupe théâtral de l’hospice de Charenton sous la direction de Monsieur de Sade. Un film coup de poing avec une Glenda Jackson sublime en Charlotte Corday, Patrick Magee en Marquis de Sade et Ian Richardson en Jean-Paul Marat.

Il se trouve que j’avais visionné ce film à Paris quelques semaines auparavant et que j’avais été enthousiasmé. Jean Gili me demanda alors de présenter le film et je dois dire que j’ai accepté avec bonheur et terreur ! Au vieux théâtre de Nice, devant 500 cinéphiles, sur la scène et au micro… je n’en ai pas dormi pendant quelques nuits, répétant inlassablement dans ma tête une présentation qui devait se faire sans notes, bien évidemment ! Et je dois avouer que si je ne suis pas persuadé d’avoir été génial ce soir-là, l’impression grisante d’être au centre de mon univers cinéma m’a donné un plaisir sans égal. J’ai appris par la suite à maîtriser la scène dans les présentations diverses de ma fonction de Directeur de l’Évènementiel, mais il faut toujours une première fois, et celle-ci, je la dois à mon maître Jean Gili et à son art de former et de transmettre le savoir !

Bien des années après, en 1989, j’aurai l’occasion de croiser la route de Peter Brook et de déjeuner avec lui dans un restaurant de Cannes. Je lui ai raconté cette histoire. Cela l’a amusé et il en a fait un petit dessin qu’il m’a offert en souvenir d’un Marat-Sade à jamais inscrit dans ma mémoire. L’homme était bien à la hauteur du réalisateur !

1969 : 1re Quinzaine des Réalisateurs. Révolution Permanente !

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