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cinema

Palme d'Or : le hold up !

Publié le par Bernard Oheix

34 films et le palmarès qui tombe sur l'écran de la télévision publique. Un Vincent Lindon plutôt à l'aise dans un exercice qui l'est rarement. Les films primés s'égrènent, un beau prix d'interprétation féminine pour Zar Amir Ebrahimi Holy Spider de Abbasi, un étrange prix du 75ème pour Tori et Lokita des frères Dardenne, un façon de ne pas leur offrir cette 3ème Palme d'Or inédite à ce jour, il fait nul doute ! Plus réservé sur l'interprétation masculine du Kore-Eda, beau film certes, mais sur ce créneau, d'autres pouvaient prétendre à cette récompense dont le héros tout en finesse de Nostalgia de Mario Martone. Rien à dire sur les 2 prix du jury que je n'ai pas vus, Les 8 montagnes et Eo. Applaudissements pour le film égyptien, Boy from Heaven de Tarik Saleh, un de mes chouchou, film superbement filmé sur une trame passionnante et pour Décision to Live de Park Chan-Wook.

On arrive donc dans le dur du sprint final vers le graal de l'Or convoité. Les Grands Prix annoncés pour le magnifique et émouvant Close de Lukas Dhont largement justifié... mais la machine se dérègle quand on annonce le 2ème grand prix ex-aequo : Stars at Noon de Claire Denis, un film médiocre, surfait, alambiqué à souhait... Aïe !

Il ne reste donc plus qu'un film à honorer. On pense à tous ces bijoux non-cités, le sublime RMN de Mungiu, l'étonnant et riche Leila's Brothers de Saeed Roustaee, quelques autres pas vus, pas pris... quand la sanction tombe : ce sera Triangle of Sadness de Ruben Ostlund pour une seconde Palme d'Or après The Square en 2017 !

Il ne me reste alors que la solution de le visionner dans les séances du Palais des Festivals offertes aux cannois au lendemain de la proclamation, tradition bien cannoise, et ce sera mon 35ème et dernier film de la 75ème édition.

Avec Pascal, le dernier des burgiens présent, nous nous rendons donc munis de nos précieux sésames à la séance de rattrapage, escaladons les 24 marches habillées de tapis rouge et nous retrouvons assis à l'orchestre sans l'espoir que Carole Bouquet nous roule une pelle, comme à Vincent Lindon, mais avec la certitude de passer un moment historique. Dans une session foisonnante de belles propositions avec des thématiques fortes renvoyants aux tourments d'un monde en colère, nul doute que cette palme serait à la hauteur de nos espérances.

Patatras ! J'aurai dû me méfier à la relecture de mes notes concernant leur précédente Palme : "... verbeuse, longuette et sans grand intérêt, dont on peut imaginer qu'un simple accessit aurait été largement suffisant pour une présence somme toute déjà symbole de victoire pour son réalisateur...".

Et l'impensable aura lieu : un film s'étirant sur 2h30, avec une première partie insupportable de lenteur axée sur un jeune couple (elle influenceuse et lui mannequin), une 2ème plus originale et qui démontre que le film aurait pu fonctionner, dans les coursives d'une croisière de luxe débouchant sur un naufrage où des séquences illustrent un monde figé dans le rapport entre les puissants et les faibles, où tout se dérègle pendant une tempête, et une 3ème sensée inverser ces rapports de classes et donner le pouvoir à une femme de ménage sachant faire du feu et pêcher pour la poignée de rescapés qui s'échouent sur un îlot perdu. Le réalisateur sombre alors devant l'ampleur du propos et son incapacité à offrir une vision originale en phase avec sa charge contre les nantis.

Le ton se veut débridé et iconoclaste mais seul le vide et la confusion surnagent. Là où Wes Anderson, les Monty Python ou autre provocateur auraient peut-être tiré leur épingle du jeu, Ostlund perd le fil de sa charge et se retrouve en rase campagne, entre le vaudeville et la comédie de moeurs, dans un territoire sans saveur qui aurait dû l'écarter de cette Palme d'Or.

 

Le jury 2022 a tranché. Le précédent qui avait offert une Palme à Ruben Ostlund était composé de Almodovar, Agnès Jaoui, Sorrentino, Park Chan Vook, Will Smith...excusez du peu ! Cette fois, un Vincent Lindon président, accompagné de Asghar Faradi, Jeff Nichols, Joachim Trier, Ladj Ly et autres Noomi Rapace représentant un cinéma de qualité, à récidivé en lui offrant une portion d'éternité. Pourquoi ? Vincent Lindon dont on connait l'engagement a-t-il été dépassé par les membres de son jury ou, bien au contraire, a-t-il tiré le jury vers son choix ? Mystère des délibérations, des états d'âmes et de l'état de sidération que provoque le choix d'élire à la plus grande des consécrations un film parmi d'autres !

Ruben Ostlund est par deux fois passé au travers du chas d'une aiguille, grand bien lui fasse ! C'est dommage pour cette édition du renouveau qui offrait tant de pages de qualité sur les thèmes forts d'une actualité chargée. Le cinéma n'est pas seulement un art de la diversion, il fait aussi acte de conversion et sans doute le monde avait-il plus besoin d'un regard chargé de sens que cet essai laborieux de tenter de renverser les rapports de force dans une provocation juvénile !

Une certitude, Vincent Lindon, malgré son plaidoyer vibrant pendant la remise des prix pour être reconduit à sa fonction de Président du jury pendant les 5 années qui viennent,  a perdu l'autorité naturelle que son nom lui permettait d'espérer ! Dommage !

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Le Festival 2022 : bilan avant clôture des feux

Publié le par Bernard Oheix

Que dire, après 25 films, de cette dizaine de jours consacrée à plonger dans les arcanes du 7ème Art ? Que le cinéma de papa, qui vit une crise structurelle sans précédent, peut encore être ce "reflet dans un oeil d'or" qui nous ouvre les portes de l'infini ! Qu'il reste, au moment où il se retrouve confronté à la mécanique engendrée par les confinements, les assauts des plateformes, les nouvelles habitudes des spectateurs, un art majeur nous offrant les portes d'une perception d'un monde bouleversé et bouleversant.

Le thème de cette édition sera donc l'universalité, la confrontation aux pages sombres de l'histoire de l'humanité, le sort des migrants dans un monde sans frontières qui se referme sur lui, les approches des différences (sexuelles, religieuses, sociales) se heurtant aux murs des indifférences.

Un monde sans avenir pour des humains sans espoirs... 

Symptomatiques les 5 premiers films digérés...

Tirailleurs, réalisé par Mathieu Vadepied, produit et avec Omar Sy, où des noirs capturés dans leur pays par l'armée française, après une vague formation militaire, vont servir de chair à canons dans les tranchées de la guerre 14/18 ou Les Harkis de Philippe Faucon, quand les supplétifs de la France sont lâchement abandonnés à leur sort dans un Algérie déchirée qui se libère dans la douleur des colonisateurs.

Rodéo de Lola Quivoron est un film gentiment raté, aboutissement des deux générations précédentes perdues, des jeunes sans illusions cabrent leurs motos dans des rodéos où ils s'inventent une vie de prestige... Bof !

Incroyable Harka de Lotfy Nathan, où un jeune tunisien, 10 ans après la révolte des jeunes, est confronté à un monde de corruption, géré par des incompétents tout puissants, et où sa colère va le porter à l'incandescence d'une révolte destructrice dont sa propre immolation sera l'aboutissement désespéré de la fin des illusions perdues.

Et pour achever cette série inaugurale, Boy from Heaven de Tarik Saleh, un chef d'oeuvre égyptien en compétition, que l'on devrait retrouver distingué dans le palmarès, où un jeune fils de pêcheur obtient une bourse pour étudier la religion à l'université Al-Azhar du Caire, épicentre de l'Islam sunnite, et se retrouve confronté aux luttes de pouvoir entre la dictature militaire et le pouvoir des religieux. À couper le souffle.

Ainsi donc les 5 premiers films de cette 75ème édition donne le tempo. Entre les migrations, les religions et les enfants perdus de ces générations condamnées, le gouffre d'un monde sans espoir, l'inhumanité de la désespérance.

Petit commentaire : imaginons (on en est pas passé très loin !) que Marine ou Éric aient été élus Présidents de la France et qu'ils viennent ouvrir le Festival du Film comme premier acte de leur mandature. Le choc du visionnage de ces 5 films ! Dur d'être un président d'extrême droite dans une France qui accueille le gratin du cinéma mondial !

Et le festival continue dans l'effervescence des bugs informatiques du système de réservation des places, les règles ineptes et les annonces au micro qui nous conteste le droit d'aller plus d'une fois aux toilettes pendant une séance (sic ! désolé les prostatiques !).

La vie s'organise dans la tribu cinéphilique qui s'est installée dans mon jardin. Le matin, tout le monde se retrouve sur son smartphone pour tenter d'accrocher des places dans la salle de la Licorne jamais pleine mais que des quotas cinéphiliques condamnent à ramer pour obtenir un sésame.

Et les perles continuent de s'enchâsser avec quelque scories. Un bouleversant film roumain, synthèse des 5 films précédents, RMN de Cristian Mungiu, Palme d'Or en 2007, qui résume à lui seul, la problématique du migrant dans un village perdu de Transylvanie. Les déchirements devant l'arrivée de 3 migrants dans la seule usine qui peine à recruter sur place, ou comment la pauvreté sécrète le rejet de l'autre et ou la différence devient un appel à la haine.

Je ne suis pas un grand fan des Amandiers de Valeria Bruni-Tedeschi, trop surfait et caricatural, surtout quand on peut voir, derrière, les Pires de Lise Akoka et Romane Gueret, tournage dans une cité de Boulogne d'un film sur la jeunesse perdue. Fort et poignant, authentique même si le final pêche par envie de trop bien faire et de donner des clefs. Ce tandem de cinéastes prouve à l'évidence qu'une génération se dresse pour prendre la réalité à bras le corps et tenter de la transformer.

Et pour couronner cette série en cours, Tori et Lokita, des doubles palmes d'or, les frères Dardenne. Deux jeunes qui ont décidé d'être frère et soeur, l'un avec des papiers l'autre sans, affrontent le monde impitoyable de la combine pour survivre, de la vente de drogue à la prostitution forcée, jusqu'à la fin tragique d'un rêve brisé. Bouleversant et incroyable, une leçon d'humanité pour un film qui porte les couleur de l'or éternel d'une Palme que je propose de leur attribuer à vie...

Il reste tant d'heures et de films que les journées et les nuits trop courtes. Les Nuits de Mashad, de Ali Abbasi, formidable enquête d'une journaliste iranienne sur des meurtres de prostituées commis au nom de la religion, Nostalgia de Mario Martone, où un napolitain exilé vient se confronter à son passé dans les ruelles d'une ville gangrené par la pègre, Joyland, de Saïm Sadiq, un pakistanais plongeant dans les affres intérieurs d'un couple déchiré, coincé entre les règles d'une vie patriarcale et les tourments intérieurs, l'espoir d'une liberté et le désir d'assumer une déviance. Extraordinaire film d'une précision chirurgicale dans la peinture d'une société figée dans les codes de l'honneur.

Bon, je ne vous parlerai pas des films ratés, de mes sorties furtives après une demi-heure de séance, des trop rares parties de rami avec mon beau frère corse, de l'absence de notre cinéphile germain Hartmut. Je pourrai aussi vous dire combien mon ami Hamid Benamra me colle avec sa caméra et me filme sous toutes les coutures, combien son objectif est obsédant.

Je pourrai vous parler des bressans venus en force et de mon oeil qui a tendance à s'enflammer avant même la projection d'un film... mais il reste 2 jours de festival, des spéculations sur les résultats et un grand repas d'adieu à faire avant de retrouver ce palmarès d'un festival riche en passions et en propositions sur l'avenir de l'humanité.

Et pendant ce temps, j'ai presque oublié que Poutine continue son entreprise de sabotage et sa guerre ignoble ! Et pendant ce temps, des enfants sont assassinés dans la réalité, quelque part dans un pays d'Amérique où rien ne tourne comme on l'espérait après la non-élection de Trump.

La vie réelle est bien un authentique scénario que les scénaristes du monde entier ont du mal à saisir dans sa globalité ! 

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The Last Picture Show !

Publié le par Bernard Oheix

Ouverture du 75ème Festival de Cannes dans mon pré-carré de La Bocca, avec l'arrivée d'un couple de bressans, d'un corse du fils et du neveu et dans l'attente du reste de la tribu des cinéphiles avides de retrouver leurs sensations après 2 ans de disette forcée.

Mon tapuscrit "Journal d'un cinéphile Cannois" sous le bras, à la recherche d'un interlocuteur du Festival afin de confronter ma vision débouchant sur la périphérie du festival à celle d'un interlocuteur qui en serait au coeur, j'entame mon marathon du 7ème Art avec la ferme conviction d'en découdre avec les écrans du monde entier convoqués aux agapes de la cinéphilie. 

Et divine surprise, une page entière dans mon quotidien Nice Matin m'attendait pour un moment de gloire éphémère qui a du faire grincer quelques dents dans le landerneau de la cinéphile cannoise. Alexandre Carini, journaliste à Nice Matin, qui m'avait fait l'honneur d'aimer Café Croisette en le clamant haut et fort, ayant digéré mes 300 pages du Journal d'un Cinéphile, décida de pondre un nouvel opus qui ne fera pas tâche dans mon passé de cinéphile passionné. Qu'il en soit remercié du fond de mon coeur.

Je vous le livre avec gourmandise...

Devenir "la vraie star du festival" n'est pas donné à tout cinéphile... je savoure !

Devenir "la vraie star du festival" n'est pas donné à tout cinéphile... je savoure !

Reste le cinéma, le plus important. Avec mon oeil brinquebalant, je vais tenter d'aller voir malgré tout quelques films, dans la frénésie d'un système informatique absurde, de règles dissonantes et d'une ambiance morose qui échappent à la raison du plus simple des mortels attaché à un écran fantasmé.

Qu'à cela ne tienne, la magie du 7ème Art fonctionnera toujours, mais à quel prix ?

Et pour les films, il faudra attendre mon prochain billet... 

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Malik Oussekine : série en cours !

Publié le par Bernard Oheix

 

 

Paris Lundi 9 mai 2022. 18h30

 

La façade du Grand Rex est couverte d’un immense visage où une cicatrice rouge dessine   la trace sanglante d’un destin brisé. Un nom s’étale, Malik Oussekine, qui remonte d’un passé pas si lointain comme une blessure enterrée, un crime que le rideau de l’oubli a renvoyé au néant.

 

Pourtant, tous ceux qui ont plus de 50 ans ont vécu ce drame. C’était en 1986, François Mitterand était le Président d’une France qui avait rompu avec un ancrage à droite que nous avions toujours connu depuis la fin de la guerre mais se trouvait confronté a une 1ère cohabitation avec les ténors de la droite, Chirac, Pandraud, Pasqua... qui tenaient les rênes d’un pouvoir qu’ils rêvaient de reconquérir à temps plein. Pendant ce temps, les jeunes lycéens défilaient, réinventant la contestation et les manifestations violentes, 20 ans après Mai 68, contre le projet de loi d’un Alain Devaquet qui voulait réformer à la hussarde les Universités et inscrire des critères de sélection pour accéder aux études supérieures.

 

Malik Oussekine mourra le 5 décembre sous les coups des «voltigeurs», ces policiers à motos équipés de bâton avec lesquels ils tapaient à l’aveugle sur les manifestants. Il deviendra le symbole d’une lutte et la victime d’un système. Il sera surtout une page de plus dans la longue histoire des bavures policières.

Son nom est resté mais son histoire s’est fondue dans la nuit des temps.

 

Le temps a passé et d’autres convulsions, d’autres drames sont venus balayer une actualité toujours chargée en morts inutiles, de raison d’état en crimes cachés.

 

Et c’est tout l’art d’Antoine Chevrolier d’exhumer cette tragédie afin d’en solder les effets pervers à l’heure où les rejets de l’autre, le racisme, et l’impunité des forces de l’ordre continuent de jeter un voile sur la vérité.

 

Avec 3 co-auteurs, après avoir renouer avec la famille de Malik Oussekine, ils ont trouvé un étrange producteur, Dysney+, pour une série en 4 épisodes qui donne un sens à la notion même de quête de la vérité et de la nécessité de régler nos comptes avec les pages sombres de notre histoire, ce que le cinéma Français à beaucoup de difficulté à réaliser. Combien de films sur l’esclavage dans nos colonies, sur la guerre d’Algérie et le sort des harkis, sur les pages sombres de la collaboration et d’un Pétainisme « sauveur des juifs » ont été traités ? Si peu !

Quand nous sommes si forts à ancrer un certain réalisme social dans la problématique de filmer notre environnement, nous sommes trop souvent paralysés par le poids de notre propre histoire dans ses pages les plus sombres, à la différence des américains, aptes à peindre la guerre du Viet-Nam en direct, le drame de l’extermination des indiens, les affres de leur politique intérieure...

 

Et grâce à Dysney+, dont le fond de commerce et plutôt constitué de sagas historiques et de super-héros, Malik et son histoire peuvent revivre enfin et rendre son honneur à une famille dévastée par un drame atroce, dépeindre les ravages d’un racisme au quotidien, camper l’incroyable difficulté d’une assimilation toujours exigée des politiques mais rendue impossible par une discrimination rampante et une inégalité devant la loi de ceux qui sont différents mais tentent de s’intégrer.

 

Cette série fera date par la qualité de son scénario tiré de la réalité mais aussi par la perfection des acteurs (bouleversante Hiam Abbass, qui interprète la mère de Malik), frères et soeurs, flics sans vergogne, politiques sans états d’âme.

 

L’équipe technique est parfaite entre les prises de vue, la photo, le montage, une réalisation soignée qui donne un souffle à cette série et lui offre une audience prévisible sur les écrans du monde entier.

 

Il fallait ressentir l’incroyable vibration de la salle du Grand Rex bourrée à craquer en cette présentation officielle des 2 premiers épisodes, où « peoples » et spectateurs lambdas se côtoyaient et communiaient dans une réelle émotion.

Les bons sentiments peuvent aussi déboucher sur l’art de conter une histoire éternelle, celle de la lutte contre l’injustice, pour la fraternité et le respect de l’autre.

 

Il fallait être en ce 9 mai 2022 dans cette salle pour se convaincre que le cinéma a encore de magnifiques pages à écrire. Merci à toute l’équipe de production et de réalisation de nous avoir permis d’oublier les miasmes d’une campagne présidentielle ignoble, les délires Poutinesques d’une invasion de l’Ukraine, le développement sordide du travestissement de l’histoire par les fake-news et d’avoir remis de l’humain au sein d’une oeuvre de mémoire indispensable !

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In memoriam Chiara Samugheo

Publié le par Bernard Oheix

Alfred Hitchcock, dans l'oeil de Chiara Samugheo.

Alfred Hitchcock, dans l'oeil de Chiara Samugheo.

Un jour, une dame d’un certain âge demande à me voir à l’entrée de mon bureau dans le Palais des Festivals…J’ai reçu tant de gens porteurs d’idées fumeuses et géniales à la fois, alors une de plus ou de moins ! Elle se présente, Chiara Samugheo, photographe, et me propose de réaliser une exposition à partir de ses photos sur les légendes du cinéma. Je n'avais jamais entendu parler d'elle, honte sur moi. Elle me sort un book et je le feuillette distraitement d’abord, puis de plus en plus fasciné, au fur et à mesure que je retrouve ces noms qui hantent mon imaginaire. Soudain, je tombe sur cette photo d’une Claudia Cardinale rayonnante. Claudia Cardinale ! Et quand elle voit que je ne résiste pas devant cette photo, elle m’achèvera d’une phrase définitive : « -Claudia est mon amie. C’est moi qui ai fait ses premières photos et je suis persuadée qu’elle acceptera de venir parrainer cette exposition et sera présente au vernissage ! » 

Chiara, en prononçant ces mots, venait de sceller une amitié naissante et de s’assurer deux mois d’exposition au Palais des Festivals de Cannes, en juillet et aout 1998. 

In memoriam Chiara Samugheo

Chiara Samugheo est, et restera,  la photographe des hommes et des femmes qui ont fait le cinéma, dans une période où l’image est rare, sacrée et où le talent de celui qui prend la photo se conjugue avec l’homme ou la femme qui est devant l’objectif ! Comme avec Alfred Hitchcock qui accepte de l’accompagner sur une terrasse où le linge sèche et qui se prêtera au jeu avec jubilation. 

Dans les années 60, les photos ont un sens, celui de capturer et de figer un moment de vie pour le restituer comme une œuvre d’art. On est loin de la surconsommation effrénée actuelle avec les téléphones portables qui nous permettent de fixer chaque moment de notre vie et brouillent la frontière entre l’art et la réalité ! Les personnalités qui s’offrent aux photographes ont la certitude d’arracher au temps une bribe d’immortalité. 

Claudia Cardinale, comme un papillon qui s'envole !

Claudia Cardinale, comme un papillon qui s'envole !

Quand je l'ai connue, elle habitait Nice, un appartement sur la promenade des anglais avec vue sur la mer. Elle était seule avec tant de souvenirs en elle pour meubler son présent. Elle était démunie devant la réalité, elle qui avait le don de figer l'éternité se trouvait bien désarçonnée devant ce temps qui filait entre ses doigts d'or.

Son grand amour venait de disparaître la laissant seule pour affronter son destin. Alors, elle donnait son amitié en partage, elle offrait sa mémoire à ceux qui acceptaient de partager des moments d'intimité toujours accompagnés des fantômes d'une vie hors du commun où elle avait croisé la route des plus grands.

C'était une mémoire vivante et ses amis, les Pierrobon, Nadine Seul, les Caramella, moi et quelques autres, lui offrions un peu de chaleur, de tendresse et le parfum de cette gloire qui avait été la sienne.

Mais les années passant, elle fut rattrapée par sa solitude. Elle fit donation de sa collection à un institut de Parme et entama son dernier parcours.

Sa famille réapparut dans sa vie. Elle fut happée dans un cycle mortifère par quelques uns de ses proches qui la mena à se retrouver vers Bari, sa région natale, coupée de tout ce qui avait été son existence. Bien décidés à récupérer les miettes d'un festin, ils l'enfermèrent dans un institut dans l'indifférence générale, isolée et dépossédée de tout, même de son téléphone et de la possibilité de maintenir un contact avec ses amis et le monde extérieur.

Gianni Torres, un jeune cinéaste, avait le projet de faire un film sur cette légende mais le mur érigé autour d'elle était trop grand. Il y a quelques semaines, il réussit à entrer en contact par téléphone et son visage triste s'illumina à l'évocation de son aventure cannoise, de cette exposition de 1998  où elle rayonnait de bonheur.

Mais la nouvelle vient de tomber. Elle s'est éteinte ce 12 janvier 2022 à 11h30. Qui pleurera sur son sort si ce n'est quelques amis qui se souviennent encore de la lumière qui se dégageait d'elle ? Qui pourra raconter ces pages d'une aventure humaine d'exception ?

Avec Chiara, la véritable star était l'être humain qui lui offrait son visage et son corps. Elle qui avait commencé à photographier les simples gens de sa région, les anonymes, ne perdit jamais le sens humain d'une photo faite pour dévoiler l'indicible qui se cache en chacun de nous. Et si les stars se prêtèrent au jeu, c'est avant tout l'essence de l'autre qu'elle cherchait à capturer.

Il reste ses photos et quelques bribes d'un passé sauvegardé pour que l'on puisse affirmer : "- Chiara était notre amie, elle était la vie et elle méritait mieux que cette fin misérable. Elle était un soleil... mais même les astres sont amenés à disparaître !"

Alors bon vent Chiara Samugheo dans ton paradis de l'image. Tu vas pouvoir te libérer de tes chaînes et retrouver ceux qui ont embelli ta vie et que tu as su si bien figer dans cette éternité devenue tienne !

Chiara avait entamé un travail sur les murs et façades de Nice. Au crépuscule de sa carrière, elle avait encore ce goût de l'expérimentation qui la poussaient à dévoiler, derrière la réalité, les images de son imagination féconde.

Chiara avait entamé un travail sur les murs et façades de Nice. Au crépuscule de sa carrière, elle avait encore ce goût de l'expérimentation qui la poussaient à dévoiler, derrière la réalité, les images de son imagination féconde.

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Le Traducteur, Mes Camarades, Les Intranquilles... et Cry Macho !

Publié le par Bernard Oheix

Voici donc un film qui débarque en pleine problématique des migrants, dans une France surchauffée par les Z, Marine et autres surenchères d'une campagne présidentielle nauséabonde, quand l'individu qui s'échoue sur nos rivages devient une monnaie d'échange pour alimenter toutes les passions les plus révoltantes de celui qui refuse de penser et de voir le monde tel qu'il est : un charnier où les individus ne sont qu'une valeur d'ajustement dans un monde ouvert à tous les vents pour les capitaux mais qui érige des frontières de barbelés dans tous les coins d'une planète qui se convulse pour enfermer les humains.

Le traducteur s'ouvre sur une séquence d'un printemps avorté, en 1980, dans une Syrie tenue d'une main de fer, et où un enfant voit disparaitre son père sous ses yeux, capturé par la police secrète de Hafez El Assad. Quelques années plus tard, Bachar va reprendre le flambeau et devenir un des dictateurs les plus sanglants du XXIème siècle. 

L'histoire va balbutier un nouvelle fois. À cause d'une erreur, Sami, l'enfant de la scène initiale, devenu un traducteur syrien, va se retrouver exilé en Australie, rencontrer l'amour mais avec la culpabilité d'avoir abandonné sa mère, son frère et ses amis dans un pays en pleine décomposition.

Et au printemps arabe de 2011, quand son frère disparaitra dans les mains des forces spéciales qui abattent tous ceux qui manifestent pacifiquement contre le régime, il va décider de revenir clandestinement dans son pays pour renouer les fils de son histoire et assumer son propre destin.

C'est magnifiquement réalisé par un couple de cinéma, Rana Kazakh et Anas Khalaf, joué à la perfection et renvoie à une histoire au présent que nous avons vécu par écrans interposés. Film indispensable pour comprendre combien le destin de certains est suspendu à la volonté des autres, combien ceux qui souffrent sous la botte des dictateurs ont besoin de la pression internationales pour réguler leurs poussées sanguinaires. Bachar a pu tout faire, même bombarder sa population civile avec des armes chimiques, sans que personne n'intervienne.

Et Sami osera le défier une ultime fois en refusant de se plier aux ordres de son bourreau.

Dans la fratrie des Mikhalkov, il y a le frère, Andreï Kontchalovski, Grand Prix du Festival de Cannes en 1979 pour Sibériade, son escapade aux États-Unis avec Runaway Train, son retour sur ses terres et à plus de 80 ans, l'incroyable créativité qui lui permet de se replonger dans l'histoire du communisme et d'un régime qui a laminé les individus en les privant de leur libre-arbitre.

Chers Camarades replonge dans les soubresauts de l'après-stalinisme, quand en 1962, se produit un massacre d'ouvriers se révoltant contre un système à bout de souffle qui ne les protège plus et baisse leurs salaires de misère. Une chape de plomb va tomber sur cet épisode tragique qui sera dissimulé pendant plus de 30 ans. L'art de Kontchalovski est de démonter les mécanismes d'une bureaucratie où chaque individu ne possède qu'une portion d'une vérité et se trouve dépendant d'une hiérarchie des pouvoirs sans limites. Une femme du conseil municipal va chercher sa fille disparue dans la répression et affronter toutes les interrogations qui mènent à ce pouvoir dévastateur. 

Et ce qui est terrible, c'est qu'elle va en appeler, devant la faillite générale, à un Staline mort et à sa main de fer pour remettre de l'ordre. Le communisme à produit un univers concentrationnaire où l'horizon se dérobe et où les services secrets sont les clefs de l'architecture sociale. 

C'est un film sur la désespérance qui montre à l'évidence que les printemps de révolte ne peuvent pas lutter contre les rigueurs des hivers russes.

Et en se replongeant dans l'histoire tragique de son pays, le réalisateur se reconnecte au temps présent et aux errements d'un pouvoir  dictatorial. Pauvre Russie de toutes les espérances !

Moi qui suit un de ses plus fervents admirateurs, je pouvait rêver d'un énième opus Eastwodien... las ! Pathétique Clint s'égarant dans un Cry Macho où il aurait dû se contenter d'être le réalisateur à défaut d'être l'acteur. Son âge visible ôte toute crédibilité aux élans amoureux des femmes qu'il croise et aux ruades des chevaux qu'il dompte. Allez mon Clint, tu as trop donné au cinéma pour ne pas t'apercevoir du drame en train de se nouer ! Tu es (très) vieux et trouver un rôle à ta mesure deviendra de plus en plus complexe. On pourra toujours se consoler en plongeant dans ta filmographie.

Et pour finir, loupé pendant le Festival de Cannes, et rattrapé au Raimu, mon cinéma fétiche de la MJC Ranguin, Les Intranquilles de Joachim Lafosse avec une Leïla Bekhti et un Damien Bonnard bouleversants. Une formidable plongée dans l'univers d'un couple percuté par la bipolarité du mari, sa volonté d'échapper aux traitement médicaux dès qu'il va mieux, la lente descente aux enfers de sa femme et de son enfant devant les montées récurrentes de sa folie, l'amour sans espoir malgré tout. Un film passionnant sur un sujet complexe, une tranche de vie sur le fil de la déraison !

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Festival du Film Panafricain de Cannes 2021 : Le vent d'ailleurs !

Publié le par Bernard Oheix

Quand Basile Ngangue Ebelle, président fondateur et âme du FIFP  m'a proposé d'être membre du jury de l'édition 2021, j'ai accepté avec enthousiasme cet honneur. En 2015 j'avais déjà connu ce privilège et je me souviens encore des belles heures partagées entre des films excitants venus d'horizons divers, les personnalités attachantes du jury, des rencontres au long des nuits de passion à transformer le monde pour que règne l'harmonie et la fraternité.

Et en ce 19 octobre 2021, je me retrouve donc aux côtés d'un jury de choc (je ne le savais pas encore !), sur la scène de la salle Miramar devant un public chamarré de couleurs, en train d'écouter les incantations d'un griot venu spécialement du Cameroun pour ouvrir la manifestation en lui accordant le regard bienveillant des ancêtres !

L'organisation avait conçu deux jurys, l'un de "fiction" dont je faisais partie, avec Hamid Benamra (réalisateur) et Dorothée Audibert Champenois, chargée des programme courts sur France TV et l'autre sur les documentaires, composé du Prince Kum'a Ndumbe III, une légende africaine, un lettré humaniste et héritier de la tradition, de Roch Lessaint-Amedet, comédien multicartes et bateleur de talent et d'Olivier Rapinier, réalisateur ultramarin. Disons-le tout de suite, l'ambiance fut particulièrement bonne entre les 2 jurys !

Et dès la séance d'ouverture, un court métrage d'animation d' Ingrid Agbo (Togo), Akplokplobito, nous plonge dans l'univers de personnages torturés aux bouches noires béantes qui, au cours de leurs parcours pour reconquérir une part d'humanité, retrouvent leur bouche pour mordre dans la vie. Après ce film passionnant, le 1er long métrage en compétition de la catégorie fiction, Hairareb de Oshoveli Shipoh (Namibie), nous permit de découvrir une oeuvre attendrissante sur l'amour d'un homme et d'une femme, sur le pardon des fautes commises, sur la fatalité de la disparition de l'aimée et sur cet enfant, né pour rattraper la vie et poursuivre le chemin de l'espoir.

Malgré d'évidentes faiblesses dans sa construction, c'est un film attachant plein de sincérité que l'on retrouvera primé pour l'interprétation féminine (Hazel Honda) avec une mention spéciale du Jury Fiction pour la réalisation. 

diversité des réalisateurs, scénaristes et producteurs engagés dans un combat ardu pour leur reconnaissance.

diversité des réalisateurs, scénaristes et producteurs engagés dans un combat ardu pour leur reconnaissance.

Après cette belle ouverture porteuse d'espoir, le festival prit son rythme de croisière avec, il faut bien l'avouer, des hauts et des bas. Une certaine faiblesse dans la qualité des films fictions longs, un trop plein de films documentaires, une grille pas toujours lisible avec en corollaire un public trop clairsemé garnissant les fauteuils accueillants de la salle... Loin de moi l'idée de jeter la pierre ! Je sais d'expérience combien organiser une telle manifestation n'est pas chose aisée mais les recettes pour gommer les aspérités, parfois, se nichent dans les détails. Une grille plus claire indiquant 10 fictions sur les créneaux 19h et 21h, dix documentaires sur les créneaux de 11h et 13h30 auxquels on pourrait rajouter, pour raccrocher le public cinéphile local, un focus sur un pays à l'honneur à chaque édition avec une série de films plus connus à 15h. Des coups de coeur de l'organisation sur le créneau de 9h. 

Il appartient à l'équipe en place de trouver l'alchimie entre la vitalité réelle des rencontres, l'ambiance passionnée générée par les présents et un projet cinématographique plus resserré, permettant de mettre à l'honneur ceux qui travaillent sous le soleil des tropiques à faire émerger une cinématographie trop souvent méconnue.

De séance en séance, nous avons continué à ouvrir nos yeux sur des horizons dérobés. Dans la catégorie des courts métrages fictions, quelques productions aux charmes indéniables, comme Juste un moment  (France) de Djigu Diarra , Smoking Kills (France) de Steven Luchet jusqu'à nos coups de coeur : mention spéciale pour The Shadow of your smile du Colombien Carlos Espina où l'univers de clowns se transforme en cauchemar de tueurs accomplissants des missions sous peine de perdre la vie. Une image délavée avec des couleurs criardes pour souligner l'éternel combat des miséreux en recherche d'une dignité perdue. Et le Dikalo d'Or, le grand prix, fut attribué à un bijou ultramarin, Dorlis d'Enricka MH. En Martinique, une jeune fille affronte un grand-père incestueux au crépuscule de sa vie et sa mère tue (?) celui qui porte la honte et que le silence a protégé des foudres de la colère et de la vengeance. Un film de 25mn ciselé au cordeau, sans une once de  faiblesse, une ambiance entre le mystique et le concret, la qualité technique d'une réalisatrice en pleine possession de ses moyens, accomplissant le tour de force d'aller jusqu'au bout d'une vengeance sans haine où l'ambiguïté reste le ferment de toutes les illusions. 

Pour le grand prix des longs métrages fictions, il n'y aura pas de discussions tant les qualités d'Enchained de Moges Tafesse sont évidentes. Dans la lignée d'un Hailé Gérima, il nous propose de partir dans une Éthiopie de la tradition à la reconquête d'un honneur perdu et d'un bonheur retrouvé. Une adolescente est mariée  à un homme puissant contre sa volonté malgré un amoureux qu'elle aime profondément. Celui-ci, va perdre son nom en devenant un mendiant et la rechercher à travers le pays pour l'aimer de nouveau. Le mari trompé invoque la coutume et les deux hommes doivent se rendre enchaînés jusqu'à la cour de la reine afin de plaider leur cause. La reine va profiter de ce procès pour affirmer son pouvoir sur les hommes qui l'entourent et la manipulent et le mendiant retrouver son honneur en dénonçant les abus du pouvoir et des juges unis par la corruption. Une image luxuriante d'une richesse incroyable, un jeu d'acteur époustouflant (Grand prix d'interprétation masculine pour Zerihun Mulatu), la beauté de la langue et des traditions, tout était réuni pour faire de cette ode à l'amour et la sensualité, le film détonateur d'une prise de conscience de la révolte des faibles contre les puissants.

Pour le reste, une belle actrice, (Bridget John) au tempérament passionnée obtiendra le co-prix de l'interprétation féminine dans Marrying a Campbell, et même dans les films les moins réussis, un plan, une séquence, une bribe de scénario nous rappellent que le cinéma, pour être un art, est aussi une alchimie mystérieuse entre le travail et l'inspiration. 

défilé de mode sur le tempo de femmes envoûtantes !

défilé de mode sur le tempo de femmes envoûtantes !

Bon que dire sur mon jury Fiction. Hamid Benamra, le président, un ami pour la vie, un homme au talent rare, Dikalo d'Or en 2014, fabriquant d'images à l'univers si particulier. Dorothée Audibert Champenois et sa coiffe afro, pétulante et gracieuse responsable des programmes courts à France TV aux idées bien arrêtées, dans le mouvement perpétuel d'une activité débordante.

Pour ce qui est des documentaires, les jurés n'ont pas chômé et si vous voulez connaitre leur palmarès, rendez-vous sur le site du Festival Panafricain. Mais le Prince, Roch et Olivier n'ont pas fini d'entendre la musique de la réalité chanter la complainte des jours heureux.

Et moi, j'étais bien dans cette ambiance ouverte à toutes les différences, quand l'espoir rime avec l'avenir.

Bravo encore et merci à l'équipe d'organisation et à Basile, son chef d'orchestre !

Dans les bras d'une Afrique éternelle !

Dans les bras d'une Afrique éternelle !

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Festival de Venise : La Mostra désenchantée !

Publié le par Bernard Oheix

Il y a Venise, la Sérénissime aux charmes alanguis, il y a la Biennale et il y a la Mostra au  lion ailé, le festival rival de Cannes, le concurrent le plus sérieux sur la terre d'Europe au titre envié de coeur en fusion du 7ème Art. Mais les choses ne sont pas toujours aussi simples, et cette année, après les errements d'un Festival de Cannes déplacé au mois de juillet, entre les toussotements d'une pandémie jamais terminée et l'irruption des technologies modernes (billetterie en ligne !), voici donc l'orgueilleuse Mostra en train de donner le tempo à un cinéma exsangue depuis deux longues années de Covid !

Et ce ne fut pas une partie de plaisir !

La piazza San Marco comme une invitation au rêve... euh, au cauchemar !

La piazza San Marco comme une invitation au rêve... euh, au cauchemar !

Tout avait commencé par un coup de fil de Sandro Signetto, mon ami turinois... Un "coup" de Venise, une Mostra pour la route, après les 30 films du Festival de Cannes, une plongée dans la ville mystère et l'écran du Festival ouvert sur le monde cinématographique... double objectif auquel il est difficile de résister quand on aime l'Italie et le Cinéma !

Bon, cela ne semblait pas aussi facile qu'on l'espérait. N'étant plus "un professionnel de la profession", c'est comme cinéphile lambda averti que j'envisageais d'assister à la manifestation et là, il faut l'avouer, cela s'est considérablement corsé et corseté !

La nécessité de prendre un mois avant l'ouverture, un badge d'une valeur de 100€ permettant d'avoir des places, se heurtait aux nuages noirs d'un Covid délétère obérant la certitude de notre présence. Résultat, mon ami italien prit le badge pour lui et Giovanna, sa femme, et Thérèse et moi attendrions le dernier moment pour régler ce dossier. Bien m'en a pris !

Car suivant le tsunami du passage "obligé" à une billetterie informatique pour les manifestations culturelles (ah ! ces fameuses économies d'impression de billets et de salaires de caissières !), la Mostra sortit de sa manche, le joker de Boxol.it, un système kafkaïen où les heures passées devant l'écran de son ordinateur valaient largement celles passées devant un écran du festival. N'en doutons pas, la technologie n'est pas toujours au service de l'humain !

Et si mon score de films réussit à grimper jusqu'à 3 films officiels (zéro de la compétition !) de la série "Orrizonti" payés 8,5€ pièce, plus un "off", mon ami dûment accrédité ne put en voir guère plus, ce qui lui fit revenir chaque film visionné à environ 20€ l'unité !

Bon, à 8000 badges vendus environ, cela fait quand même la somme conséquente de 700 000€ tombant dans l'escarcelle d'un festival jouant sur tous les tableaux (les films en compétition dans la grande salle se monnayaient à plus de 50€ !).

En effet, Venise accueillant en même temps des professionnels et des spectateurs, les salles sont divisées en zone, des quotas répartis entre les différentes catégories rendant quasi insoluble la quadrature du cercle par une firme Boxol.it attaquée par le directeur Barbera devant la levée des boucliers des festivaliers désarmés. Les avocats de la firme annonçant qu'ils se tenaient prêts à répondre à l'ordonnateur de la commande, le dit Barbera fit rapidement marche arrière, et le festival continua devant des salles bien clairsemées mais avec une file de mécontents grossissant au jour le jour et affichant leur colère sur le mur des réclamations au coeur de l'agora du festival.

Mais où atterrit cette manne d'argent ? Dans les salaires des huiles du Festival qui pondent de tels systèmes, dans les poches vides des caissières non-embauchées, dans le réseau des cinémas qui s'essouffle, dans les poches des Netflix et consorts omniprésents et grands vainqueurs de la compétition...

Pas dans les miennes assurément, vidées par le racket organisé à tous les niveaux des festivaliers dans une ville qui sait faire payer son passé pour assurer son avenir !

 

Des murs si hauts, dérobant la lumière des projecteurs !

Des murs si hauts, dérobant la lumière des projecteurs !

Reste le plaisir de voir Venise copier Cannes, le jury présidé par Bon Joon-ho primant un film que vous avez compris, je n'ai pas vu, mais dont la réalisatrice Audrey Diwan, française renvoie en écho aux choix de celui dirigé (?) par Spike Lee à Cannes : deux jeunes françaises au sommet dans le capharnaüm d'un monde ivre, belle leçon de chose et espoir de lendemains qui chantent !

Et il reste 2 films pour rêver que l'on est bien à un festival de cinéma, 2 oeuvres fortes et troublantes que les hasards des connexions aléatoires de Boxol.It nous ont permis de visionner. Le premier, L'Aveugle qui ne voulait pas voir Titanic, est un chef d'oeuvre finlandais de Teemu Nikki avec un acteur éblouissant, Petri Poikolainen, qui joue son rôle avec ses propres handicaps. Un aveugle atteint de sclérose en plaques n'a pour seule ouverture sur le monde qu'un téléphone portable à commandes vocales. Bloqué sur son charriot, il décide de partir en expédition pour retrouver celle qu'il aime mais n'a jamais rencontrée, elle-même malade et en crise. L'expédition va tourner au cauchemar, des truands vont tenter de le dépouiller du reste d'humanité qui l'habite mais il arrivera au bout de son périple et découvrira avec ses mains le visage de l'aimée. Ce n'est jamais dans le pathos, l'acteur présent à la séance est incroyable de courage et d'énergie, une oeuvre forte et qui fait appel à toutes les émotions d'un spectateur qui n'est pas pris en otage.

Les 7 prisonniers de Alexandre Moratto filme le cheminement de ces jeunes brésiliens qui quittent leurs campagnes attirés par des recruteurs leur faisant miroiter les richesses de la ville. De ces rêves, il ne leur reste qu'un réseau d'esclavage moderne où, privés de tout, ils sont condamnés à travailler jusqu'à l'épuisement, sans papiers, sans salaires et sans liberté. Un des prisonniers va prendre la tête de la révolte et par une série de glissements, devenir le nouvel assistant du chef du réseau, se calant par mimétisme sur l'ancien qui a vécu la même tragédie. Un film qui, au-delà de la corruption et des réseaux qui utilisent la misère des uns, montre aussi la nature de l'homme attaché à survivre par delà les convenances et les convictions. Les vrais coupables ne sont pas seulement ceux qui tentent de survivre, mais plus largement, le système politico-mafieux greffé sur l'exploitation de l'homme par l'homme, sur un capitalisme débridé et inhumain.

 

Et pour la route du retour, un film "off" en première vision à l'Académie du Cinéma, petite salle située dans le vieux Venise, réalisé par Daniele Frison, cinéaste de documentaires, un ami par ailleurs des belles soirées turinoises. Le Monde de Riccardo résonne étrangement à ceux qui pensent qu'un juge est automatiquement un rouage du pouvoir, qu'un homme de lois ne peut être un artiste, et que le pouvoir isole de la vie des autres. 

Domenico Riccardo Peretti Griva est la preuve que le destin d'un homme n'est jamais écrit. Juge sous le régime de Mussolini, il s'oppose aux lois d'exception raciale, refuse de porter la chemise noire obligatoire pendant les cérémonies officielles, condamne des hommes de main fascistes en 1932 à Piacenza et sera même emprisonné par le régime. Par la suite, il deviendra une pièce maitresse de l'évolution de la vie civile corsetée de l'après guerre, contournant les lois contre le divorce (c'est lui qui a régularisé, par une contorsion législative, en Italie, le divorce de Rossellini qui l'autorisera à épouser Ingrid Bergman), au point qu'une loi anti-Perretti-Griva fut prise par l'institution. Des faits d'armes, il en aura beaucoup dans son métier mais c'est à travers l'objectif de son appareil de photo qu'il s'accomplira, devenant un des maîtres de la photographie italienne, reconnu à l'étranger, exposé.

Homme de conviction au regard acéré, il voyagera dans des pays de mystères pour l'époque de cette moitié du XXème siècle où les images sont encore rares, ramenant des reflets volés au temps, le visage d'un inconnu, la nature insolente qu'il fige à jamais.

C'est un film passionnant sur la part d'humanité de quelqu'un qui à traversé l'horreur du fascisme, qui a su regarder avec des yeux d'enfant, un monde en décomposition en marche vers l'espoir. Un esprit libre.

La réalisation est parfaite, les intervenants brillants et les images d'archives nous ramènent loin en arrière, quand notre monde était en train de s'ériger à marche forcée vers le progrès !

Bravo au producteur courageux et au réalisateur qui signe une oeuvre émouvante sur un homme qui échappe au temps qui passe !

 

Voilà, 3 films et demi pour satisfaire sa soif d'images et le temps du retour qui sonne. Un détour par Ravenna l'inoubliable cité des mosaïques... mais cela est une autre histoire que je vous conterais au prochain billet !

Et un conseil, si vous voulez dévorer de la pellicule, pas besoin de se rendre à Venise... par contre pour les spaghettis à l'encre de seiches, difficile de faire mieux que la "trattoria" des Alberonni où le patron Pierre, vous accueillera en vous mitonnant quelques plats magiques !

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Festival du Film de Cannes 2021 : Les Grandes Illusions !

Publié le par Bernard Oheix

Que restera-t-il de cette édition du Festival du Film décalée, entre un variant delta à la conquête des non-vaccinés pour une 4èmevague et un déplacement de la manifestation en juillet, coincée entre des estivants qui pointent timidement leur nez sur la Côte d’Azur, des films qui piétinent depuis des mois avant leur sortie en salles, et des cinéphiles frustrés par deux années de covid ?

Tout d’abord, l’étrange impression que la vie continue, avec moins d’insouciance certes, mais avec la même passion pour ce 7èmeArt en train de s’étouffer dans les miasmes d’une pandémie délétère. Le rituel des quelques grandes salles du Palais remplies au moment opportun, de la retransmission télé des cérémonies d’ouverture et de clôture dérobant comme des cache-sexes le vide vertigineux des projections devant des publics clairsemés de la plupart des séances.

Cette année, pour entrer dans les salles, il fallait être un cinéphile acharné, s’armer de passion et suivre un code sophistiqué partant d’un système de réservation « Ticket On Line » à des impératifs d’heures et d’horaires sans faille où chaque minute pouvait se retourner contre vous et vous interdire d’accéder aux salles même périphériques.

La pédagogie envers les cinéphiles Cannois semblait étrangement absente sous les ukases d’une direction ayant abandonné le terrain fertile des relations avec les locaux pour entrer aux forceps dans le moule d’un conformisme d’avant-garde.

Alors donc, après 30 films dont 17 sur les 24 de la compétition, dans des salles qui résonnaient de l’absence des autres, alors que nombre de personnes auraient souhaité combler les vides douloureux des sièges inoccupés, après la non-inauguration mais l’ouverture d’un nouveau complexe, le Cinéum avec ses 12 salles futuristes pour un art qui n’en a peut-être plus beaucoup (de futur !), que dire d’une manifestation ancrée dès son origine sur l’alchimie de la combinaison du cinéma et de la Fête, du prestige et du populaire, du commerce et de l’art et dont le chemin actuel mène tout droit vers l’abandon de son ancrage local au moment où disparait son rôle de marché vivant de la création ?

De Netflix et autres plates-formes, des richesses d’une technologie moderne des télétransmissions, de l’exigence d’une rentabilité à court terme aux progrès techniques qui favorisent les décisions à distance, combien apparait lointain ce temps où les contrats se signaient au coin d’une table pendant le festival, entre deux tournées, entre un créateur et un producteur, dans l’espoir de marquer l’histoire !

Désormais, l’histoire est balayée, le cinéma se transforme en un « barnum » de super-héros et la nouvelle vague s’échoue sur les terres inhospitalières des fonds de pension, d’Amazon, des méga-fortunes et de la disparition programmée des salles de cinéma pour une consommation individuelle sur des écrans de proximité. Voir Huit et demi de Fellini sur son portable entre deux rendez-vous… pourquoi pas ? Quoique… qui aura encore envie de voir ce film et tant d’autres chefs d’œuvre quand le présent chasse le passé à coup de sensations bluffantes et d’effets de manche !

Reste la qualité étonnante des films de l’édition 2021 avec 2 thèmes en filigrane de plusieurs réalisations : la désespérance des vieux avec un thème récurrent d’une euthanasie voulue et espérée et la désespérance des jeunes en perdition dans un monde trop étroit pour leur mal de vivre et leur colère.

Et pour couronner cette semaine, une Palme d’Or de rupture à plus d’un titre. D’abord parce que Titanea été réalisé par une femme, Julia Ducournau, et que c’est seulement la seconde à obtenir la consécration suprême en 74 éditions.

Mais par-dessus tout, Titane est un film qui, au fond, aborde une rupture profonde dans le consensus de l’effet voyeurisme. C’est l’angoisse d’une créatrice devant le monstre qu’elle a accouché d’une façon prémonitoire qui sème le glas du cinéma de papa, le mien, et celui de générations formées aux ciné-clubs, aux rencontres et débats, à la technique et à la morale d’un plan-séquence ! Le film, sans jamais être « gore » et n’utilisant que très peu d’images chocs (il y a plus de violence intrinsèque dans nombre téléfilms diffusés aux heures de grandes écoutes de la télévision que dans ce film !), crée un trouble profond, comme si les démons extérieurs de notre environnement se mettaient en symbiose avec nos cauchemars intérieurs.

Et c’est cela peut-être qui dérange beaucoup plus le spectateur, cette impossibilité de cerner le sujet du film et sa promenade funambulesque sur les arêtes du conformisme : ange ou démon, victime ou bourreau, femme ou homme mais toujours sur le versant sombre de la raison. À noter la prestation sur le fil d’un Vincent Lindon pathétique et ce final impossible à lire sans le filtre de la déraison !

Pour le reste, le président Spike Lee a fait son show pour le plus grand bonheur de l’audimat et un palmarès médiocre a assouvi les instincts d’un consensus mou : quid de la Palme d’Interprétation pour le formidable Dussollier dans un grand film (trop classique ?) d’Ozon, Tout s’est bien passé, d’un prix du jury pour Lingui, les liens sacrés de Mahamat-Saleh Haroun qui perpétue, à son corps défendant, le mépris dans lequel est considéré le Cinéma Africain, la formidable cuvée française, Annette de Léos Carax, La Fracture de Corsini, France de Bruno Dumont, Les Olympiades de Jacques Audiard… Et pourquoi donc cette interprétation féminine à un film médiocre et au rôle sans relief d’une Julie en 12 chapitres de Joachim Trier ?

Mais cela est une autre histoire, celle du cinéma, et à Cannes, en cette année 2021, il n’y avait pas que le cinéma en jeu, mais toute l’économie de la plus grande manifestation d’un 7èmeArt en train de perdre pied, de chercher une voie nouvelle, de se trouver des raisons d’exister et de perpétuer un monde cinématographique en train de s’effondrer.

Cette édition aura montré à l’évidence que les réponses trouvées auront à se confronter au monde des affaires… et cela n’est pas gagné !

Quand à moi, après ma 45èmeédition du Festival de Cannes, je vais attendre sagement le prochain festival et je tenterai de renouer encore et toujours avec les propositions d’écrans derrière lesquels se cachent des créateurs de lumières et d’ombres !

 

PS : Et pour ceux qui ne savent pas toujours que le cinéma a une histoire, lisez ce dossier formidable paru dans Le Monde Diplomatique d’août 2021 : « Fellini est plus grand que le cinéma » de Martin Scorcese. C’est un exercice nécessaire et salutaire pour comprendre le cinéma du XXème siècle !

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Festival du film 2012 : avant le palmarès !

Publié le par Bernard Oheix

Mercredi 14 juillet.

Pour mon 20èmefilm, Tralala, on pouvait s’attendre au meilleur comme au pire de la part des frères Larrieu dans ce que l’on annonçait comme une comédie musicale avec une distribution d’exception : Amalric, Balasko, Mélanie Thierry, Maiwenn, Denis Lavant… Et avouons-le, c’est du côté du meilleur qu’ils nous entrainent dans ce conte d’un chanteur de rue qui se retrouve à la recherche de son diamant bleu, cette « sainte » qui lui demande « surtout ne soyez pas vous-même ». Il va se laisser porter au fil des mélodies d’une pléiade de compositeurs (Dominique A, Cherhal, Bertrand Belin, Daho, Philippe Katerine) dans un univers qui n’est pas le sien mais où on l’adopte comme un autre, à Lourdes, jusqu’à la grande scène finale. C’est frais et sympathique, un film que l’on a envie d’aimer.

Plus tragique le Blue Bayou de Justin Chon qui interprète le rôle principal. Un enfant Coréen adopté à 3 ans, a trouvé l’amour de sa vie en Kathy et élève l’enfant Jessica qu’elle a eue avec un autre. Mais ce père qui l’avait abandonnée revient dans la course et le fait qu’il soit un flic n’arrange pas leurs affaires. Tout va se dérégler jusqu’à ce vide juridique de la loi américaine qui a régularisé les adoptions des enfants depuis 1998… sans prévoir la rétroactivité pour ceux adoptés antérieurement. Et après la démonstration renouvelée de l’impunité des forces de loi, cet authentique américain sera expulsé du pays vers une terre qu’il n’a jamais connue ! C’est un film déchirant, (attention, larmes en prévision), sur un destin brisé, sur l’amour et le dévouement, sur la situation de ceux qui ne sont pas dans les clous et peuvent à tout moment, voir leur vie se dérégler sous les assauts de l’injustice !

Une longue liste de cas similaires avec photos et noms montre à l’évidence que cette histoire n’est pas la seule et que l’intolérance devant l’autre est bien le dénominateur commun des sociétés qui se replient sur elles-mêmes !

Julia Decournau avait fait fort pour lancer, son sulfureux, Titane : un pitch réduit à la définition du titane, deux photos étranges et le bruit d’un ovni en compétition. Et cela a marché au-delà de toute espérance, avec évanouissements dans la salle, spectateurs sortant épouvantés après quelques minutes de film… Et pourtant, avant toute chose, Titaneest un film remarquable, au scénario diabolique, avec un couple d’acteurs époustouflants (Vincent Lindon et Agathe Rousselle), filmé comme un opéra cruel et moderne. Car de la cruauté, il y en a profusion, dans les meurtres rituels d’Alexia tueuse en série, dans sa transformation en Alex le fils de Vincent, dans une scène finale impossible à dévoiler. Il y a du Rosemary’s Baby de Polanski, puissance trash, dans un monde d’après, où les rituels sataniques ont muté en orgie de sang et de métal, et cela fonctionne parfaitement. Un film à couper le souffle.

Asghar Faradi, cinéaste Iranien connu pour ses films attachants (Une séparationLe client), capable de nous dévoiler les dessous d’une société iranienne entre le passé et le futur, entre l’histoire et le possible.

Avec Un Héros il ne déroge pas à sa règle, sur les pas d’un homme emprisonné pour des dettes qui tente de sortir de l’ornière dans laquelle il se trouve. Lecture multiple, une vérité chassant l’autre, les certitudes devenant des hypothèses, et l’inexorable poids de ce paraître d’une société iranienne qui n’accepte jamais les parts d’ombres. C’est beau et fort, touchant et intriguant, bien dans l’esprit de ce cinéaste qui scrute ses contemporains sans jamais donner de leçons.

Après une matinée de discussions avec un critique Burkinabé (Hervé, sympathique en diable !), je fonce sur ma moto vers la salle de La Licorne, non pas par peur de ne pas avoir de places, pour cela aucun risque, mais pour ne pas rater le début de la séance et tomber sous les foudres d’une administration bien peu cinéphilique !

Las ! Encombrements aidants, le film Freda qui devait commencer à 12 h tapantes, me voit me présenter avec 6 autres retardataires à 12h04 ! Et je jure que c’est vrai, 4 mn de retard ! Mais les cerbères de l’entrée, intraitables, refusèrent de nous laisser entrer, et le responsable que j’invoquais en une ultime tentative nous fut irrévocablement refusé « -il n’y a personne ! ». Pascal Ainardi, mon ami Burgien cinéphile, dans la salle, m’attendait perdu au milieu de 80 spectateurs (dans une salle de 400 places !), et le film n’avait pas commencé ! Et quand bien même, un festival c’est aussi la passion, les incertitudes mais avant tout, l’amour du cinéma !

Cannes Cinéphile, le festival des Cannois qui devraient être heureux, cette salle, où Freda devait être mon 24èmefilm, où tout le monde se retrouve, où je campe comme un (vrai) cinéphile, obstinément close pour 4 mn de retard, crime impardonnable s’il en est ! Bravo et Merci aux responsables qui, non contents d’assister à un naufrage au jour le jour, se sabordent avec conscience sur l’autel de directives à faire respecter contre vents et marées à des spectateurs infantilisés que l’on traite comme des enfants mal éduqués !

Il a fallu donc attendre la séance de 15h pour reprendre le cours de mes projections, toujours avec si peu de monde dans la salle (j’étais à l’heure, cette fois-ci !) mais avec l’appendice énorme, gigantesque, d’un Mikey Saber, star du porno, en fond d’écran. Red Rocket de Sean Baker laisse un gout d’insatisfait. Dommage, le film plutôt intéressant se perd en route, trop long, mal fagoté, des digressions qui font perdre le fil de ce looser en train de rêver à un come-back. C’est désespérant, comme cette petite ville du Texas, noyée dans les fumées des usines, où l’espoir a depuis longtemps abandonné ses habitants qui ne rêvent plus… et le spectateur non plus !

Plus désespérant encore, Women do Cry de Mina Mileva et Vesela Kazakova où le parcours des femmes et filles d’une famille bulgare dans la tourmente d’une société qui se convulse. Entre le virus du sida, les amours lesbiens, les bondieuseries comme espoirs de rémission, le calendrier lunaire comme repère, entre le travail et la maternité, un cri déchirant qui résonne encore longtemps après le clap final !

Et la journée se terminera sur les Olympiades de Jacques Audiard sur un scénario de Céline Sciama, Léa Mysius et Jacques Audiard. Point de Tokyo à l’horizon, mais les barres d’immeubles du 13ème, le quartier chinois et la fac de Tolbiac. Dans ce Paris triste de béton, 4 personnages vont croiser leur destin. Émilie d’origine chinoise, Camille, un professeur de lettres noir, Nora une étudiante venue de Bordeaux et Amber Sweet une porno-star ! Les fils vont se nouer et se dénouer, les amours et les haines se conjuguer. C’est agréable, on ne s’ennuie pas, même si, dans ce noir et blanc du film qui correspond à la couleur des murs et à l’état des sentiments, une touche de couleur et de légèreté aurait pu être la bienvenue !

Dernier jour du festival. Haut et fort de Nabil Ayouch en compétition. Le rap marocain à l’épreuve des codes et de la tradition d’un pays musulman, les rapports hommes/femmes comme thermomètre de la violence faite aux femmes dans leur désir d’émancipation. Un professeur de l’atelier Rap, capitaine ô capitaine, va amener un groupe de jeunes d’un « centre culturel » à prendre conscience de sa force et de la nécessité de combattre pour soi afin de changer les autres. Un peu brouillon, parfois manquant de rigueur, le film, malgré tout, nous entraîne sur les chemins de l’espoir et force notre attachement. À voir, pour garder l’espoir envers ces jeunes qui nous offrent le meilleur d’eux-mêmes !

Enfin, dernier film en compétition et 28èmepour moi, France de Bruno Dumont où les portraits croisés d’une journaliste-star campée par Léa Seydoux, d’un pays en souffrance, le nôtre, et d’un système médiatique qui autorise toutes les manipulations mais permet aussi d’éclairer bien des aspects de notre culture et du rapport aux autres que nous entretenons. C’est réalisé avec beaucoup de soins et Léa Seydoux y est lumineuse. Quand à la bande musicale, elle est la dernière occasion d’apprécier le talent de Christophe qui colle au film avec des ambiances délétères.

Reste l’énigme du jury. Parmi tant de belles propositions, de films forts et engagés, d’images pétries de bonnes intentions… comment décerner des prix. Casse-tête dont nous aurons la réponse dans quelques heures !

Au total j’ai vu 16 des 24 films en compétition. Et comment ne pas primer Annette de Léos Carax, Benedetta de Verhoeven,Tout s’est bien passé de Ozon, avec un Dussolier gigantesque, Titane la surprise du Festival, Léa Seydoux pour sa composition ? Que des français me direz-vous, mais le cinéma national était à l’honneur en ce 74èmeFestival du Film. Alors il reste la surprise du chef, un film africain Lingui, les liens sacrés de Mahamat Saleh Aroun pour départager tout le monde ! Et les 8 que je n’ai pas visionnés pour me faire une surprise !

Mais s’il y a une Palme d’Or qui s’impose, c’est bien celle collective décernée à tous les fabricants du cinéma, cet artisanat devenu industrie, les producteurs, les réalisateurs, les acteurs, les techniciens, les sélectionneurs, et tous les responsables, à tous les niveaux, d’un Festival 2021 arc-bouté sur l’espoir d’une victoire contre la morosité et la pandémie !

Alors attendons les décisions du Jury et rendez-vous en mai 2022, on l’espère !

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