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Fin de partie...

Publié le par Bernard Oheix


Avec Abd Al Malik, une des personnalités attachantes que j'ai eu le plaisir de découvrir dans cette saison... En plus de sa gentillesse, un concert de magie !

J'ai envoyé ce texte à l'ensemble de l'équipe de l'Evènementiel au lendemain du dernier spectacle (Etienne Daho... magnifique show !) de la saison  "Sortir à Cannes 2007/2008". Une façon de communier brièvement autour du temps qui passe et des spectacles qui meublent notre quotidien pour s'évanouir dans les nuages. Une soirée chasse l'autre... reste des traces, des moments d'émotion, des bribes d'une histoire à écrire qui parlerait de ces visiteurs d'un soir ! 


Une saison vient de se terminer... Une de plus d'effectuée ! Une de moins à imaginer... pour vous, à réaliser !
Cette année 2007/2008 a été généreuse en belles images, en souvenirs, en événements majeurs.
Souvenons-nous... Les concerts de septembre avec Archive et l'orchestre de Bender (le plus beau et émouvant concert que j'aie jamais produit professionnellement), ces chanteurs que nous aimons, Mano Solo, Arno, Rachid Taha et surtout Stephan Eicher, Susheela Raman et Salif Keïta, Abd Al Malik, Gréco (un mythe qui nous a donné quelques émotions pures) et Daho pour clôturer en élégance... Une saison musique comme on en n'avait jamais réalisée par sa diversité et sa qualité !
Le Festival de Danse...de nouveau accessible où Sylvie Guillem et Russell Malliphant nous ont permis de rompre avec les lois de la pesanteur et qui nous a réconcilié avec Maguy Marin (sublime et tragique testament crépusculaire) et l'art du mouvement. Mayumana, le coup de cœur endiablé des fêtes de fin d'année en percussions, rythmes et humour. Marc Jolivet et les Chevaliers du rire avec fiel, l'humour de Boublil et de Benureau, les grands airs de La Traviata et de Nabucco, même les chœurs de l'Armée Rouge pour nous faire aimer les slaves...le théâtre en comédie (Toc-Toc, La valse des pingouins, Adultères...) !
Et le festival des jeux, avec ses 135 000 visiteurs/joueurs et sa belle soirée de remise des prix et ses nuits du OFF à étirer les heures jusqu'à l'aube.
Voilà donc une page de tournée, un livret à ranger dans l'armoire des souvenirs, au milieu des autres, dans le foutoir des images que nous conservons enfouies en nous et qui font que nous sommes différents. A force de tutoyer les muses, on récupère un peu de leurs rêves !
Je vous remercie du fond du cœur pour tous les efforts que vous avez consentis, pour la passion que vous démontrez au jour le jour au service de ceux qui créent l'émotion... C'est grâce à vous que le public peut communier, c'est par votre souci et votre précision que nous avons la fierté de réaliser des saisons pleines qui rencontrent le succès dans une période de crises et d'incertitudes.
J'associe à ces remerciements tous les stagiaires qui trouvent leur place dans notre petite entreprise et donnent leur soif d'apprendre en gage de leur investissement.
Il nous reste de beaux combats à mener, un été se profile, une nouvelle saison et toujours votre compétence et votre enthousiasme en fil conducteur de notre action au service du public et du Palais des Festivals de Cannes.
Merci à tous !

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Fin de voyage. La Transmed (5)

Publié le par Bernard Oheix

Voilà la ligne d'arrivée et nos rescapés sains et saufs, perdus dans l'agitation des côtes tunisiennes. Ils ont fière allure nos marins, et dans l'emballement de cette dernière nuit de navigation et des effluves orientales, notre responsable du journal de bord pète un plomb et se pose une couronne d'épines sur la tête. Bon, il faudra redescendre sur terre, c'est sûr, mais en attendant, quel pied !
Reste la transatlantique à effectuer l'an prochain et à survivre à la lecture de ce journal par mes amis marins d'opérette... 40 années d'amitié se brisant sur quelques envolées stylistiques à la brise océane, c'est dur d'être le rapporteur de service quand rien ne peut l'empêcher de faire un effet de style, une figure non imposée, un jeu de mots comme un acte gratuit !



10ème jour.
Fin de la grande traversée.

Je ne suis que l’humble plumitif chargé de rapporter dans ce livre d’or les événements qui se sont succédés sur ce fier voilier. Pourtant, aujourd’hui, en ce matin du 12 juin de l’an de grâce 2007, 10ème jour de notre expédition vers les terres d’Orient, j’aimerais posséder la science des mots, la magie du langage, le souffle à même de vous retranscrire le cours incroyable des aventures de cette nuit dantesque.

Nous sentions bien aux nuages chargés de soufre, aux éclairs d’une clarté sourde en train d’agoniser dans les abysses d’une ligne d’horizon, que cette nuit ne serait pas comme les autres, qu’il en allait de notre destin et que notre courage serait éprouvé. Las ! Nous ne croyions pas si bien penser !

C’est Captain Fifi dans son premier quart qui nous a tirés du sommeil avec des hurlements démoniaques. Malgré sa vigilance, nous nous sommes empêtrés dans les mailles d’algues tressées d’un filet dérivant. Notre quille ripant contre ce piège létal, frôlant la catastrophe d’une immobilisation définitive et d’une paralysie synonyme de mort assurée, notre capitaine a, au prix d’une manœuvre hardie, réussi à coucher le voilier afin de nous dégager de cette pieuvre qui tentait de nous tirer vers le fond. En se libérant, Captain Fifi arracha nos lignes de pêche, nous condamnant à vivre sur nos réserves jusqu’à la fin de cette expédition. L’heure était grave, quand, épuisés, nous avons décidé de tenter de récupérer en nous jetant sur nos grabats. Hervé maître-queue affronta alors un ballet de licornes. Ses cris nous rameutèrent. Sous nos yeux exorbités, une dizaine de gigantesques animaux préhistoriques traçaient une route parallèle à la nôtre. Immenses, hautes de plusieurs étages, éclairées par le diable et crachant une fumée noire dans le ciel sombre, elles vaguaient en musardant, cherchant quelques proies à dévorer, il fait nul doute. Fort heureusement, elles passèrent au loin sans s’occuper de nous. Le bruit ronflant de leurs narines portait jusqu’à nous. Nombre d’entre nous se sont signés dans l’obscurité, confiant leur destin à un Dieu tout-puissant, quémandant avec force qu’il nous permette d’échapper aux pièges de cette nuit d’enfer.

Vint mon tour de garde. Force Brutale mais si fragile au fond de moi. La première heure fut angoissante mais c’est lorsque je vis deux monstres marins en train de chercher l’affrontement en se précipitant sur nous que je perdis mes moyens. Je ressens encore cette terreur à la vision de leurs deux yeux énormes (un rouge et un vert) dévorant l’espace qui nous séparait. L’éclair jaillissant de leur gueule, mon désespoir à l’idée de cette dernière heure venue. J’avais tant de rêves encore à accomplir que j’ai hurlé en suppliant Captain Fifi de venir me sauver. Il a jailli, nu dans la brise, d’autorité s’est emparé des commandes et a imprimé un virage à 360° à notre esquif pendant que les deux monstres nous longeaient sous l’œil goguenard de marins tunisiens hilares. Il les a égarés dans l’immensité noire de cette nuit sans fin. Il avait fière allure notre capitaine dans le plus simple appareil, ses muscles découpés luisants dans la clarté blafarde d’une lune haut-perché.

Enfin le soleil s’est levé. L’odeur d’une terre chargée d’épices et de senteurs exotiques a précédé la vision d’un rivage hospitalier, chassant les derniers miasmes de nos peurs nocturnes. Nous préparons l’équipage à l’accostage. Captain Fifi, sévère mais juste, dans un accès de générosité, a éventré un coffre en nous autorisant à nous servir. J’ai récupéré deux colliers en verroterie, trois miroirs et un peigne, de ces babioles dont raffolent les indigènes et qui permettent les trocs le plus fructueux.

Déjà nous entendons les cris des mousmés, elles lancent des youyous en notre honneur et exhibent leurs poitrines généreuses. Elles dansent sur ce quai de fortune en dévoilant le diamant de leur nombril, prémices de tous les délices de la chair qui nous attendent. Ah ! La vie d’aventurier !

Nous allons débarquer dans quelques minutes. Ce sont les derniers mots que je jette sur les pages de ce carnet de bord. Il est prévu de s’en retourner après une semaine vers nos foyers, le temps de remplir nos cales de trésors et de ravitailler en eau fraîche, fruits et légumes.

Pourtant, je sens d’étranges langueurs. Saurai-je résister longtemps aux sourires éclatants des femmes abyssines ? Réussirai-je à contrôler cette pulsion d’une étreinte sauvage avec des corps animaux qui rugissent à nos sens exacerbés ? Leurs seins flamboient comme un appel à ma chair tourmentée par les stupres d’une vie de licence.

Une idée trotte dans ma tête, les germes d’un avenir grandiose. Et si je fondais un empire sur ces rivages primitifs peuplés d’indigènes accueillants ? Un empire dont je serais le maître, où Captain Fifi assurerait les responsabilités d’un amiral en chef d’une flotte de guerre à construire qui me ferait régner sur les côtes orientales de cette mer inconnue, où Hervé maître-queue deviendrait le superintendant de mes fortunes et gérerait les nombreuses femmes de mon harem qui assureraient ma descendance.

Je vais y réfléchir ! En attendant, les cris des femmes en rut montent dans l’azur et font vibrer en écho, la chair trop humaine de mes désirs. Je me souviens de cette pellicule cinématographique de ma jeunesse, « l’homme qui voulut être roi », et je respire l’ivresse d’un pouvoir à conquérir, d’un règne sur les sables du désert pour une cité fantôme érigée à la force de mes poignets, dans la sueur de mes esclaves.

Adieu ! Peut-être, sans doute ! Au revoir, que les flots vous entraînent jusqu’aux délices des portes du mystère.

Je vous ai aimés, il y a si longtemps me semble-t-il, dans une autre vie, un autre monde. L’inconnu m’appelle, les ombres s’épaississent, les mots s’effacent, vient le temps des actes, la mort ne pourra qu’attendre !

 

 Bernard O à Hammamet, harnaché pour le départ. Finalement, cette traversée ne laissera que peu de stigmates sur son corps d'athlète ! 

 

FIN


Il était temps que l'on arrive, pour nos santés communes comme pour l'équilibre mental du rapporteur.
Quelques jours à Tunis, l'avion de retour avec le Romulus ancré dans le port d'Hammamet sous bonne garde et la reprise du travail pour gagner son morceau de paradis... En attendant les cancers sont jugulés, la thyroïde s'est remise en marche, nos sens exacerbés revivent dans des physiques épanouis et l'avenir est devant nous...vive la Transmed 2007 !
 

 

 

 

 

 

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La Transmed (4)

Publié le par Bernard Oheix

Bon, encore un effort pour avoir l'étoffe d'un héros. Les aventuriers du voilier perdu sont en route pour leur grande traversée, celle de tous les dangers, de la Sardaigne à la Tunisie. Il va s'en passer des évènements pendant ces deux journées et ces deux nuits de "marinade".


8ème jour.

La grande traversée.

De Carloforte à Hammamet.

 

Philippe a préparé le plan des veilles des deux nuits qui nous attendent. Bernard est puni, les dieux ne sont pas toujours adorés. Je vais me coltiner les quarts de 20h à 22h et de 2h à 4h la première nuit et de minuit à 2h et 6h à 8h la deuxième nuit. Préparation du voilier et réunion briefing avec les équipages et l’organisation. Les évènements deviennent sérieux, il n’est plus temps de batifoler, l’aventure se présente au seuil de notre cabine !

Repas frugal, sucre lent pour emmagasiner des forces et à 13h, pression à son comble, nous appareillons. Bernard hisse les voiles, Bernard est fort, son corps s’est affermi, sa silhouette affinée, heureux tribut à ces heures passées sous les tropiques à user ses forces contre les éléments déchaînés.

Au sortir de la passe, Captain Fifi se sent prêt à fondre sur l’îlot du Toro qui ferme la baie. Captain Fifi est sévère mais juste. Il voit le vent mollir et la barre incapable de répondre aux sollicitations de sa main sûre. Calme plat, rien pour nous faire rugir et mordre les embruns. Qu’à cela ne tienne, nous avons du temps devant nous, il y en aura bien une, de ces tempêtes coutumières à faire hurler les drisses d’un Hollandais fantôme. En attendant, on met le moteur qui toussote et nous traîne vers cet objectif insaisissable.

Hervé maître-queue est content et heureux. Il arbore en permanence un beau sourire simple, de ceux que les naturels affichent sans affectation quand la quiétude règne dans leur cœur. Il est insouciant et glisse d’un bord à l’autre en produisant des petits rires qui égayent l’ambiance lourde de ce départ angoissant. Heureux les simples esprits, leur aptitude à saisir l’instant présent est la marque d’une grande adaptation et leur nonchalance, une force dans la traversée qui nous attend.














Bernard O et Hervé C guettant une pêche miraculeuse. Admirons leur peau boucanée



Nous cinglons lentement mais sûrement vers le large. La terre rapetisse derrière nous, le mystère écharpe l’horizon…mer, vagues, vent, écueils, filets dérivants, monstres… n’est-ce point trop pour nous ? N’est-ce point une mission impossible que nous nous infligeons ?

Heureusement, nous avons une confiance aveugle en notre capitaine. Droit à sa barre, le regard pointant l’horizon, il nous offre une vision d’un monde sans frontières où tout devient possible, même l’impossible voyage vers les abîmes de la civilisation.

La nuit tombe. La mer étale déroule son tapis bleu sombre. Le vent faible susurre à nos oreilles des complaintes morbides, nous avons tout à craindre de ce grand désert tout bleu où luit la liberté ravie (sic !).

C’est l’heure des solitudes, ces veilles où nos cerveaux enfiévrés scrutent le vide en attendant le pire. Chacun opère son quart. De 2h à 4h je vais fouiller l’obscurité à la recherche de mes peurs. Heureusement, mon baladeur aux oreilles m’instille les Pink Floyd, Placebo, Archive, Massive Attack afin de me donner du courage. J’ai l’impression d’avoir fumé un peu de cette herbe des indiens qui autorise le grand voyage, expérience inédite dans cet espace sans illusion d’un vide peuplé de nos peurs.

Dieu est grand dans la solitude des veilleurs de nuit, il invoque les esprits de la mer et donne du courage à ceux qui doutent dans l’ombre de son ombre.

 

 

9ème jour.

La grande traversée (suite)

 

Le soleil se lève et avec ses rayons, nos peurs s’évanouissent. Captain Fifi assure la barre d’une main ferme pendant que le moteur ronronne avec allégresse. Un voilier qui se traîne à la force des chevaux-vapeur dans l’immensité marine, c’est stupide, je sais, mais que faire contre la nature ?

Hervé décide d’abandonner sa défroque de cuistot et refuse d’assurer la pitance de l’équipage sous le prétexte fallacieux d’une grève sauvage. La révolte gronde à bord.

Captain Fifi, astucieusement, décide de calmer les hommes en leur imposant « l’épreuve de Poséidon ». Nu, chaque marin, attaché par une corde, est plongé à tour de rôle dans l’onde turquoise peuplée de requins mangeurs d’hommes. Il se fait traîner pendant que les squales rôdent autour de lui. Nous avons peur mais oublions nos terreurs dans ce dépassement physique inconscient qui expulse les miasmes des rancœurs d’un l’habitacle surpeuplé.

C’est moi, Force Brûtale qui battra le record de vitesse et de durée der ce défi à la raison. A plus de 7 nœuds, mon corps est violet quand on me hisse épuisé hors de la gangue salée.

Cette fuite salutaire aux frontières de notre vaillance a remis les têtes en place. Le maître des fourneaux, enfin rétabli de ses velléités de mutinerie, jongle avec les matières premières et une odeur délicieuse monte de ses marmites, envahit le carré, se répand comme un nuage odoriférant.

Par la senteur alléchée, un monstre marin s’accroche à la ligne de notre pêcheur afin de participer à nos agapes. Comprenant le traquenard dans lequel il s’échoue (n’exagérons pas sur la qualité de la nourriture terrestre de notre maître-queue !), dans une ruade dantesque, il se décroche de notre ligne appâtée et fonce vers la ligne d’horizon. Dépités, nous regardons notre garde-manger s’évanouir dans les vagues de la nostalgie.













Je suis parfois aussi inutile que je l'espère, juste une présence sur fond d'azur avec le marin Hervé en train de faire semblant de s'activer !


C’est alors qu’une nouvelle alerte vient commotionner l’ensemble des présents. La jauge du carburant baisse dramatiquement, nous risquons de nous retrouver en rade perdus au milieu de nulle part. Cela n’en finira-t-il jamais ? Pourquoi donc le sort s’acharne-t-il sur ce voilier ? Quel péché devons-nous expier qui concentre les feux de l’enfer sur notre frêle esquif ? Nous tentons la voile, maigre consolation d’une brise légère qui nous fait serpenter à la limite du surplace. Nous sommes désormais seuls, tous les autres concurrents ont disparu dans l’azur.

Le vent de l’échec nous mord la nuque, étreint nos entrailles. Avons-nous fait nos testaments ? Quand donc retrouveront-ils nos corps asséchés, momies de l’éternité marine, sans rêve ni espoir ?

Nous nous consolons avec les sempiternelles pâtes à la sauce bolognaise Carrefour mijotées par notre pousse plats. La nuit tombe. Les quarts vont reprendre avec leur cortège de solitude et d’angoisses. La journée est passée si vite !

L’abstinence commence à produire des effets mortifères. Nous entrevoyons des femmes nues, lascives, en train de suivre le sillage de notre voilier en nous invitant de leurs seins de feu. Mythe où réalité ? L’avenir nous le dira !

Allez, encore un texte et on vous libérera de cette mer obsédante et de ces 3 olibrius à la dérive des sentiments ! Vivement la ligne d'arrivée, surtout que....

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La transmed (3)

Publié le par Bernard Oheix

On continue sur les traces de nos aventuriers modernes. Bon, c'est pas parce que l'on a rien à dire que l'on va se priver du plaisir d'écrire. Et puis, on rentre sous des latitudes qui enflamment les esprits ! Attention, les derniers miles vont être redoutables !



6ème jour
De Aristano à Marina Sifredi.

Départ à 9 heures. Nous sommes déroutés par des manœuvres militaires. L’aviation, des corvettes, c’est beaucoup pour nous. Après avoir hissé le drapeau blanc, nous nous glissons entre les mailles du filet et retrouvons le grand large, toutes voiles hissées, cap à 180°, conditions idéales pour tester notre voilier, nous filons un 7 nœuds de belle allure.

Des dauphins viennent dans notre sillage. Ils batifolent, nous observent d’un œil moqueur. Ils sont beaux et majestueux et s’amusent en bandes à croiser notre chemin. Des oiseaux les suivent en piaillant, c’est émouvant.

Hervé maître-queue est chargé d’assurer la pitance. C’est le spécialiste de la pêche. Il entretient les lignes, fabrique les amorces, accroche les leurres et reste désespérément optimiste devant la vacuité de ses efforts. Le soir, en général, c’est la boîte de thon et les sardines à l’huile qui meublent notre ordinaire. Pourtant, en ce jour béni des dieux, un espadon suicidaire vient s’embrocher sur l’hameçon. Il réussit l’exploit de le tirer par hasard, cet envoyé miraculeux, et auréolé de son espadon de 1 mètre (sic), se rengorge comme un paon pendant que nous lançons l’information sur les ondes aux autres concurrents furieux.







C'est Hervé le pêcheur... mais sa photo est floue alors j'en profite...




Captain Fifi barre comme un chef. Il a ce petit rien qu’ont les grands au sommet de leur art. Quand il épouse le vent, se fond dans chaque risée afin de s’épanouir en synergie avec les éléments, quand il se donne au maximum, son corps en osmose avec le bâtiment qui trace sa route, il est Dieu, il est celui qui
nous guide, le grand timonier, l’ordonnateur des pompes célestes. Notre Romulus, sous sa poigne et malgré un handicap de taille, se maintient gaillardement dans le peloton de tête.













                                                                                      Captain Fifi, notre maître à tous !


L’entrée en fin de journée dans la marina s’avère délicate. Bernard Force Brutale s’améliore dans ses manœuvres sophistiquées. Haler, tirer, souquer, border, il voltige d’un bord à l’autre comme un marin chevronné, avec la maestria d’un loup de mer, défiant les lois de la pesanteur.

L’accostage s’effectue à cul, en douceur, avec un art consommé de notre capitaine très fier de sa prouesse. Nous aussi partageons sa joie et vénérons notre guide suprême. Hervé maître queue descend le premier sur le quai et d’un air négligent, son espadon à bout de bras, affecte de chercher un point d’eau, juste histoire d’exhiber son trophée de pêche. Les regards de convoitise convergent vers ce monstre marin qu’il prépare en fine lamelles crues baignant dans du citron. Goguenards, nous dégustons notre plat sur le roof avec la mine insouciante de ceux qu’une grande habitude protège des aléas de la faim.

Une petite cantine dans la vieille ville, un repas frugal (amuse-gueules à l’italienne, pâtes en 1er plat, poisson succulent, tiramisu et quelques « dolce »), juste de quoi se sustenter à un prix frisant le ridicule.

Il est temps, après une promenade au long du mail, de réintégrer nos couchettes. Il faut s’économiser car l’air du  large use et la ligne d’arrivée encore si loin.

Je m’endors sur un livre de Schlink. Grand moment !

 

7ème jour.
Journée à quai.

Ôde à Bernard.

Bernard va chercher le pain frais à l’aube et prépare le petit-déjeuner. Bernard est grand. Pendant que Philippe et Hervé badent sous des prétextes futiles, Bernard récure le bateau, nettoie les salissures d’une semaine de mer, il lave les ponts, frotte les cuivres, astique chaque recoin, récure les culottes de son capitaine et les tee-shirts du maître-queue, Bernard est très grand et altruiste.

Le voilier reluit comme un sou neuf, Bernard est un esclave moderne. Grâce à son action efficace et à sa force brutale, il attire les regards des touristes et surtout des jeunes et belles femmes qui cherchent l’aventure sur des quais de fortune, dans les bras robustes de marins boucanés aux vents du grand large. Bernard est si beau à la coupée de son fier destrier des océans.

Notre coursier au repos avant la grande traversée.

Hervé concocte, avec l’espadon, un plat que nous décidons de partager avec les équipiers du Lady Jane qui nous invitent à boire l’apéro. Sans aucun doute, veulent-ils percer les mystères de cet équipage hors norme que nous formons, de cette osmose qui lie comme les doigts d’une main, les gardiens du Romulus, les cerbères de la Méditerranée. Ils en seront pour leurs frais mais nous sortirons de leur pompeux catamaran, ivres comme des marins en bordée dans un bordel de Tanger.

Qu’à cela ne tienne. Une sieste réparatrice et nous repartons pour une visite de la cité lacustre de Carloforte, au milieu des badauds ebaudis. Nous sommes si fiers, les indigènes nous contemplent éblouis, nous sommes à l’égal des dieux, mieux, Bernard est Dieu.

Nous achevons notre soirée avec force gelati et limoncello. L’angoisse commence à monter, une tension perceptible à la seule idée de la grande traversée vers les rivages de l’Orient qui nous attend pour le lendemain.

Que le monde est étrange sous ses latitudes extrêmes.

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La Transmed (2)

Publié le par Bernard Oheix

Suite des aventures de nos marins d'eau douce en route vers Cipango, à  la recherche d'un impossible Eldorado. Ils sont fiers et orgueilleux nos héros d'une Méditerrannée en colère.


3ème jour.
Au long des côtes corses.

Je me lève à l’aube. Je réussis à prendre le zodiac, à l’allumer et à me guider jusqu’à la terre ferme afin de ramener aux membres de l’équipage, les croissants et les journaux, peut-être les derniers, auxquels nous aurons droit avant de plonger dans l’inconnu des mers australes.


Une nouvelle fois, je fais match nul dans la réalisation des mots croisés du Monde avec Captain Fifi... même s’il s’est fait aider par notre maître-queue et que j’étais seul, moi !

Au déjeuner, cailles sur canapé (sic), preuve si besoin était que nous avions raison d’embarquer notre cuistot, bien qu’il boive et fornique comme un suppôt du diable en train de vendre son âme.

Check-point à 13 heures.

Préparation du Romulus qui frémit d’aise et ronronne tel un coursier au moment de s’élancer. L’équipage est frénétique, rodé, notre légende est en marche.

Captain Fifi s’adressant à moi, me lance « -choque le bout de la drisse pour affaler… » ou quelque chose d’approchant. Après plusieurs explications, il convient que « tire sur la corde rouge » est moins seyant mais tout aussi efficace. J’ai conquis un espace de liberté en m'opposant à la terminologie marine, celui du langage et j’en suis fier !

Cap au sud/sud-ouest. Vent de force apparente de plus de 15 nœuds, vitesse de surface de 8 nœuds.

Exaltation. Le Romulus surfe sur une mer d’émeraude. Le vent cingle en rafales les voiles, le coursier se penche toutes voiles dehors. La nuit tombe sur un brelan magique, l’équipage du Romulus en train de naviguer par vent de trois-quarts arrière, la tête dans les nuages, ivre de la beauté du monde !


4ème jour.
Arrivée à Alghero. (Sardaigne)

La nuit fut épouvantable. Après un quart d’Hervé-maître-queue, à minuit, Philippe assure son tour. Las ! Une chute violente du niveau de la batterie ne permet plus d’utiliser le pilote automatique, pire, nous prive de GPS. Philippe nous réveille afin d’effectuer une manœuvre délicate, dans la nuit noire, sans repère si ce n’est quelques lumières de terre. Afin de se remettre dans l’axe, nous tirons un bord sur bord, cherchons notre voie au large d’Asinara et piquons le long de la côte déchiquetée en frôlant les abîmes.

Captain Fifi reste calme et impavide. Il nous renvoie nous coucher. Abruti par l’angoisse, je m’endors immédiatement en rêvant d’une île mystérieuse et de femmes nues. Captain Fifi va camper seul au mitan de son champ de ruines, barrant, la tête dans les étoiles, en se fiant à son instinct, commandant d’une terre de combat peuplée de nos cauchemars.

A 6 heures, il vient me réveiller en douceur par un coup de pied dans les flancs afin que je prenne mon quart et s’abat sur son grabat, ivre de fatigue. Je barre notre navire. La côte est somptueuse. Immenses pans de lave plongeant dans la mer, oiseaux frondeurs, torture des silhouettes découpées par le jour levant, sculptées dans la pierre marmoréenne. Ce rivage sarde est d’une beauté à couper le souffle. La brise est légère.

A 8heure 30, Hervé prend ma place mais je reste avec lui, à contempler le paysage. Arrivée à Algherto en fin de matinée où Captain Fifi effectue une manœuvre complexe pour arriver à s’amarrer en se glissant en arrière entre deux monstres à quai. Je choppe au passage deux cheveux blancs de plus.

Douche et rasage sont les bienvenus, nous commencions à puer le bouc et à ressembler à des chèvres corses.

Un réparateur vient nous secourir en nous délestant d’une poignée d’euros (350). Il s’agit du répartiteur, petite pièce stupide qui a été inventée uniquement pour nous emmerder pendant cette Transmed.

Nous sympathisons avec quelques concurrents même s’ils n’ont pas de femelles à bord. Nous décidons de faire la fête et traquons la Sarde dans la nuit étoilée. Mais la Sarde est sauvage et il n’est pas aisé d’en capturer avec les moyens du bord.

Nous nous consolons avec un repas somptueux au « Pavone » que je règle avec ma largesse coutumière de grand seigneur. Retour à minuit pour un sommeil réparateur. Je me glisse dans mon sarcophage cabine où je me cogne la tête au plafond chaque fois que j’ai un sursaut, c’est-à-dire, chaque fois que j’ai une idée lumineuse. Au matin, j’ai le front zébré de cicatrices !

 

5ème jour
De Alghero à Arizzano

Départ sans fanfare. Il n’y a pas de vent, la mer est calme et le soleil brille. Activités diversifiées. Bronzage intégral au grand dam de mes coéquipiers, lecture, mots croisés. Captain Fifi jette un « bout » à la mer et nous nous faisons tirer par le voilier à tour de rôle. Délice. L’eau nous submerge, impression d’avoir le plus grand jacuzzi du monde, massage intégral (mieux qu’une Thaïlandaise en forme), cela épuise malgré tout et nous sortons après quelques minutes le corps brisé, l’esprit reposé.


 

La côte que nous longeons est superbe, grandes plages de sable blanc parsemées de roches éventrées.

Nous arrivons dans la soirée dans une anse magnifique surplombée de vestiges romains. Le site archéologique est dominé par une tour génoise du XVIème. Mouillage forain au milieu de la flottille de voiliers. Après les formalités d’usage, nous débarquons et visitons les ruines. Le silence est impressionnant, une brise nous caresse le visage, les vagues chantent à nos oreilles une douce complainte. Les pierres parlent, la nature nous rappelle que l’homme n’a pas de prise sur le temps et que les siècles forgent des légendes aux artisans de l’éphémère. Nous nous sentons si petits dans ses vestiges d'un monde englouti !

Baignade dans les derniers feux du couchant.
Hervé-maître-queue nous concocte un délicieux repas. Soupe lyophilisée, omelette baveuse, haricots péteurs arrosés d’un petit rosé frais. Il justifie son amour pour la cuisine familiale en nous infligeant ses talents de bricoleur de génie.

Reste le whisky que nous dégustons sur le roof en philosophant sur les aspérités d’un monde cruel et la solitude des marins de fond. Couché à 10 heures. Le sommeil s’empare de moi.

PS : Philippe peine sur La citadelle du désir. Il attaque le 2ème chapitre en hoquetant et ses nuits sont peuplées de cauchemars… Y a-t-il un lien de cause à effet ?

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Journal de Bord de la Transmed (1)

Publié le par Bernard Oheix

Il faut resituer. Philippe C me convainc de participer à la Transméditérranéenne qui part de Saint-Raphael et arrive à Hammamet en Tunisie sur son voilier de 38 pieds et quelques pouces, le Romulus. Nous embarquons notre ami Hervé C dans l'aventure et vogue la galère... Philippe C, alias Captain Fifi est un personnage entier. Il sort d'une opération et cette traversée avec ses amis est une façon de renvoyer son mal aux enfers. Hervé C alias Hervé maître-queue, outre ses talents de cuisinier, a subi une opération très grave, lui aussi. De plus, il ne connait rien à la mer même s'il affecte d'être un grand pêcheur devant l'éternel. Moi, Force brûtale, je suis dans une phase de thyroïdite aiguë et n'ai jamais rien compris à un bateau même si ma plume s'avèrera fort utile pour graver la mémoire de cette expédition dans le marbre de la légende des marins !
Equipage d'enfer pour une course sans carotte, juste le plaisir d'être ensemble et de voir notre passé ricocher sur les vagues de l'avenir.
Je vous offre les aventures des pieds nickelés de la Méditerrannée, j'espère qu'elles vous séduiront comme nous avons aimé les vivre !


Les trois membres de l'expédition dans la tension du départ !


1er jour.

 

De Saint-Raphael à la Corse.

 Prise de contact de l’équipage. Le climat est tendu et la pression à son comble. Nous nous toisons du regard et mesurons notre aptitude à vivre dans des conditions extrêmes. C’est important la confiance envers ses camarades. Dans la tourmente qui se prépare, l'autre peut nous sauver demain, ou nous faire périr. La solidarité n’est pas un vain mot, perdus à des milles dans l’immensité marine, au cœur de la tempête qui se prépare. Nous nous connaissons seulement depuis 40 ans, notre amitié saura-t-elle résister aux aléas de la vie rude du marin et aux épreuves qu’indubitablement nous serons amenées à affronter ensemble ?

Après un repas frugal, sur le port, avec nos familles, l’heure du départ sonne. Nos épouses nous embrassent peut-être pour la dernière fois. Nous sentons leur émotion. Il fait nul doute, que si nous n’étions des mâles arrogants, habitués à jouer avec le danger, nous aurions, aussi, des larmes qui perleraient à la commissure de nos yeux. Mais c’est la vie d’aventuriers que nous avons choisie, il nous faut désormais assumer cette passion de la mer qui nous conduit vers ces horizons lointains. Même si nous devions échouer et périr glorieusement dans cette immense désert d’eau, nous savons que nous vivons pour cet instant précis où la gloire se conjugue avec le dérisoire. C’est la vie, c’est notre vie et elle n’a pas de prix !

Quand le canon a tonné, Capitaine Fifi a bondi vers la barre lançant des ordres auxquels l’équipage a répondu avec enthousiasme. Notre skipper s’impose d’entrée dans le peloton de tête. Pour le 1er challenge de cette Transméditerranéenne, nous avons failli créer la surprise. Arrivés 6ème sur les 15 premiers milles, malgré notre tirant d’eau et la masse de nos flancs chargés de victuailles et de biens de première nécessité… un exploit que nous célébrons dans la nuit tombante par une bordée de hourras adressés à notre valeureux capitaine. Nous savons que d’autres victoires se profileront à l’avenir, ce n’est que partie remise.

Enfin dans le vif du sujet. La mer toujours recommencée (c’est facile, je sais !). Elle roule et défait des montagnes liquides, le vent est soutenu, nous cinglons vers une page d’histoire, une ligne de légende dans cette épopée si riche de la marine. Le sel nous cuit la peau et pendant que la nuit tombe, nos cœurs vomissent les derniers restes de ce que qui nous rattachait à la terre ferme. Nous mangeons frugalement, le maître-coq est en train de dégueuler par-dessus la drisse, l’adaptation est difficile et le roulis pernicieux.

C’est la nuit et une « pétole » terrible nous encalmine. Je prends mon quart à une heure sous un ciel lourd. Je suis épuisé. Malgré le danger qui rôde, je vais sombrer dans un sommeil sans fond, par une nuit sans lune (Euh !). Je me réveille à 3h45, j’ai fait un double quart mais mon capitaine que je réveille me gronde. « Il ne faut pas t’épuiser d’entrée, me dit-il, la route sera longue et les dangers innombrables ». Je n’ose lui confier que j’ai dormi à la barre emmitouflé dans mon ciré comme un gros bébé, au mépris de toutes les consignes de sécurité. Il y a des choses que l’on ne peut avouer, même sous la torture.

Il fait le point, constate que notre côtre a reculé (sic, nous sommes sans aucun doute le seul bateau capable d’aller plus vite en arrière qu’en avant !) et reprend la direction des opérations. Une faible risée lui permet de rectifier le tir et de démontrer toute l’étendue de ses compétences. Il nous remet dans le sens de la marche et swingue avec les éléments pour nous permettre d’atteindre l’Ile de Beauté en évitant de justesse la dernière place et le ridicule d’un fanal rouge.

Hervé, notre maître-coq va mieux. Il est resté évanoui toute la nuit. Il nous promet un bon repas pour la soirée. Auparavant, il est indispensable d’effectuer toutes les manœuvres qui nous permettent un ancrage sécurisé dans la Baie de Sagone. Les autres concurrents ont hissé leur pavois en notre honneur. Quelques coups de canon retentissent… mais nous nous apercevons que ce ne sont que des autonomistes qui pratiquent leur activité favorite : la pêche au « pinsutu » par journée ensoleillée !

 

2ème jour.
Ancré dans la Baie de Sagone.

 

La journée se passe dans le calme. Repos bien mérité, je complète ma nuit par une sieste réparatrice. En fin d’après-midi, les autochtones conduits par le maire de Vico-Marine se réunissent sur la plage pour fêter les concurrents de la Transméditerranéenne. Nous découvrons enfin les visages des équipages ennemis. On ne parle pas énormément de nous au chapitre des prix et médailles mais indubitablement quelques femelles embarquées sur les coursiers adverses nous contemplent avec des regards concupiscents. Même sans la lumière des prix, nous faisons converger les feux de leurs pupilles dilatées sur notre fier équipage. Les marins furieux sentent bien que leurs épouses nous scrutent avec perversité et sont fous de rage. D’aucuns voudraient en découdre mais notre capitaine Fifi à l’intelligence de s’interposer. Nous évitons de justesse la violence d'une rixe qui aurait offert quelques corps en pâture aux poissons de la Corse.

 A bord, Hervé nous a concocté un succulent repas. Il fait montre d’un réel talent pour accommoder les nourritures frustres embarquées et nous offrir des mets de roi. Nous évoquons pendant un long un moment des questions sérieuses, la vie, l’amour, la mort... avant de voir plonger les derniers rayons de soleil dans l’immensité bleue sombre qui borne l’horizon.

Nous allons nous coucher. Capitaine Fifi décide d’entamer la lecture de « La citadelle du désir » de Bô Dukham. Nous l’entendons gerber quelques pages plus loin !
Nuit calme. Satisfaction du devoir accompli.


La suite au prochain numéro.

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Hommage à Cannes

Publié le par Bernard Oheix

Cannes est ma ville, j'ai grandi entre ses murs, je suis allé au collège puis au lycée Carnot, j'ai fréquenté les adolescentes de Capron, j'ai plongé du haut des rochers rouges de La Bocca, j'y ai embrassé ma première fiancée, pris ma première cuite et suis devenu un garde rouge pendant le mois de mai 68 !
En hommage à ma ville, même si je suis né à Nice et reste un inconditionnel de OGCN, voici ces quelques lignes comme un reflet dans un oeil sombre, quand les années de jeunesse semblent si loin. 
En cette période d'élection, juste une image sépia de cette ville incomparable !


 La Ville de Cannes est si belle d'hiver comme d'été. Je longeais le quai de la Pantiéro qui donne sur le vieux port et ses pêcheurs en train de ravauder leurs filets avec un gros couteau à maillage. En levant la tête, on distingue la silhouette des Monts de l'Esterel, avec leurs calanques rouges qui plongent dans la mer turquoise. Au large, les îles de Lérins ceinturent l'horizon, l'île Sainte-Marguerite, avec son fort et sa prison au masque de fer et plus loin encore, Saint-Honorat, avec son monastère cistercien qui se dresse en sentinelle d'une civilisation évanouie, où ses moines cultivent le raisin et produisent la Lérina, un petit vin chargé des saveurs d'une terre gorgée de soleil et de sel marin. Plus loin le Cap d'Antibes dont le phare veille sur les embarcations qui sillonnent la Baie des Anges vers les pointes rocheuses qui enferment la Principauté de Monaco. Surplombant les Allées de la Liberté, la colline du Suquet et son église Notre-Dame de l'Espérance avec son clocher qui donne l'heure aux habitants et la tour carrée du Musée de la Castre où flotte, dans le vent, l'écusson bleu et blanc de la Ville de Cannes. Il y a un air de fête permanente dans cette petite cité les pieds dans l'eau, la couronne de palaces en arc de cercle le long de la Croisette, le Palais des Festivals comme un navire tourné vers le large et qui éperonne l'horizon du gris de son béton et des coursives qui courent le long des pans de murs vers le bleu de la mer avec son pendant du Palm Beach qui s'arc-boute sur la langue de terre qui pénètre dans la baie de Cannes. Plus haut encore, les Préalpes avec le plateau de Caussols qui ceint Grasse d'une couronne blanche et le Baou de Saint-Jeannet qui se dresse orgueilleux et fier dans la perspective des montagnes du Mercantour dont les sommets sont enneigés jusqu'au mois de Mai.
C'est un vrai paradis que des couchers de soleil somptueux embrasent à la tombée du jour, où une brise marine légère adoucit les chaleurs de l'été, où les fleurs poussent même pendant l'hiver parant les collines du jaune des mimosas, où chaque saison invente une symphonie de couleurs et des palettes de senteurs comme pour une invitation à la quiétude et à l'art de vie de tous ceux qui ont peuplé ses rivages et y ont construit leur abri.
Je suis né et j'ai grandi dans cette ville. Il m'a fallu quelques années d'absence de cette région pour comprendre la mer si calme au matin le long du boulevard du Midi que j'emprunte pour rejoindre mon bureau à moto, la ligne d'horizon si bleue avec son odeur salée, et le bruissement des vagues qui meurent sur les plages de sable fin.

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C'est mon anniversaire !

Publié le par Bernard Oheix

Si vous entrez dans cette zone de lecture, sachez que le 26 décembre est le jour anniversaire de ma naissance. J'ai actuellement 4h 37 et un certain nombre d'années... même si d'aucuns disent perfidement que j'ai un nombre d'années certain ! C'est vrai, mais le coeur bat encore contre la misère, l'humiliation, le désespoir et toutes formes d'oppression. La tête refuse encore de se laisser berner par les apparats du pouvoir, les ors d'une frénésie sans frontières ! Derrière tous les beaux discours lénifiants, la réalité ne peut s'enfermer dans une boîte à rêves qu'un prestidigitateur ferait disparaître comme par enchantement. il y aura aussi des lendemains éprouvants pour ceux qui marchent debout et refusent de fermer les yeux !
J'ai (bip) ans et je rêve encore et toujours d'un monde meilleur !
Bon, il va falloir me faire un cadeau : un petit mot, un encouragement, une phrase gentille... soit en commentaire de ce papier, soit sur mon adresse personnelle  :
bernardoheix@hotmail.com
Si vous me connaissez, cela vous sera facile, si vous ne me connaissez pas et que seul le hasard vous a guidé vers mon blog, alors, improvisez, faites pour le mieux mais je veux, toute cette semaine, une trace de ceux qui émergent dans cet océan de signes que je dessine afin de vous toucher et de m'émouvoir !
A vous d'écrire, c'est mon anniversaire !

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Comment gérer l'impossible ?

Publié le par Bernard Oheix

 Le contexte. Une fête d'équipe pour célébrer un certain nombre d'évènements. La Pasta, restaurant à La Bocca, 30 personnes, la direction au complet, des conjoints et des enfants. Repas de sucres lents, de bonnes pâtes qui soutiennent après le festival de la Danse. Une façon de terminer l'année et surtout, d'honorer le départ de Séverine G, après 8 années passées au sein de notre équipe.
Je me devais de faire un discours. j'ai eu, comme disait Andy Warhol, mon quart d'heure de gloire ! Même si le contexte est un petit peu particulier, il est suffisamment provocant pour que je vous le livre en pâture. 
Bonne lecture et sachez lire entre les lignes....

Vous êtes tranquillement assis à votre bureau et Marie vous pourchasse, traque vos gestes, vous met la pression avec cette antienne… Bernard, les textes, Bernard, écris donc, il est temps de t’y mettre, de passer aux actes…Il faut pondre et produire comme si j’étais une tireuse électrique au pis d’une imagination féconde. Non ! Mais ! La création, ne se commande point quand même ! Ce n’est pas une mécanique sans à-coups, un simple robinet que l’on ouvre et qui voit s’écouler une crème fouettée. J’entends encore la litanie de Marie à mes oreilles sifflantes… Tu comprends Bernard, il y a les 50 ans de Nadine, il y a les 30 ans d’Eurielle, il y a le départ de Romain… Et puis il faut que tu penses à Nitya, à l’arrivée d’Aurélie, et puis il faut aussi…la nouvelle année, indispensable de la caser, et nos excellents résultats, tu avais dit que tu en parlerais…Et puis qui déjà ? Ah ! Oui ! Fais un beau discours pour Séverine, surtout ne l’oublie pas, elle !
Mais bien sûr que je veux tout oublier ! Et puis quoi encore ! Elle se casse, elle m’abandonne et je vais pleurer sur son sort… Et les deux autres qui vieillissent, vous pensez que c’est agréable à regarder les rides, les pattes-d’oie et peut-être même les seins qui tombent…Et la nouvelle année qui me rapproche de la tombe cela vous donne envie de rire de voir que je suis obligé de consommer du viagra pour ne pas m’endormir pendant les spectacles de danse ? Les bons résultats de nos spectacles, parlons-en ! 204 billets pour Rachid Taha… c’est parce que c’est un Arabe, sans doute ! 788 spectateurs payants pour un Suisse de merde qui avait soi-disant toutes les nanas de l’Evènementiel dans sa poche (dixit la directrice-adjointe) et Axelle Red à 400, cela vous chante aux oreilles… c’est à se demander qui s’occupe des relais et de la commercialisation…
Alors où en est-on ? De qui dois-je parler ?
Romain un jeune voyou qui a sans doute couché pour avoir sa mention presque très bien. Il nous nargue avec sa jeunesse, son sourire enjôleur et ses ronds de jambe à faire glousser les minettes de la direction. Il n’est jamais fatigué, se balade entre Barcelone et Cannes et à tous les coups va se trouver un job où il gagnera plein de tunes pour faire la movida !
Parlons d’Aurélie qui babille tellement qu’on ne s’aperçoit qu’en fin de journée qu’elle est là depuis l’aube à bosser sur les jeux et que la cinquantenaire exploite comme une esclave moderne. Elle courbe son joli cou devant l’écran de son ordi. Aurélie est certaine que nous sommes des intellectuels, mais c’est juste parce qu’elle vient d’arriver et qu’elle ne comprend pas grand-chose. Le temps se chargera de la décevoir.  
Nitya, l’ex-stagiaire persuadée qu’elle a tiré le gros lot en venant travailler dans ce Palais des misères et qui imagine que sa vie est devenue un gigantesque Festival de Danse. Fais le grand écart ma chérie et effectue quelques jetées, cela te permettra de retomber sur terre, l’attraction y est plus forte que tes désirs. Tu verras quand tu devras assumer la Belle de Cadix ! Tu en as pris pour 40 ans de galères dans ce bateau ivre.
Nadine, la cinquantenaire flamboyante, l’impératrice des jeux ! Dans vingt ans, elle comptera encore les stands à 92€ de jeunes créateurs aux âges canoniques et à la barbe blanche dont tout le monde se fout complètement et qui présentent des jeux stupides n’ayant strictement aucune chance de percer au vu du désert de leur intelligence. Pour se consoler, elle mangera des chocolats russes périmés en roulant les « r » comme Tatiana.
C’est pas grave, avec ses 20 printemps de moins, y a Eurielle la douce trentenaire qui est en train de galoper sur ses petites jambes dans les immenses couloirs du Palais à la recherche des résultats du scrabble perdu. Elle expliquera encore, quand les neiges auront fondu dans les glaciers des Alpes, à des musiciens anglo-saxons sélectionnés pour la Pantiero que le E204 n’est pas une drogue pour forniquer mais un formulaire de la sécurité sociale pour jouer sur une scène française. Elle entendra peut-être la douce musique de ses rêves lui murmurer qu’elle s’est plantée de chaîne et qu’elle aurait du zapper !
Vous trouvez que je force le trait, vous pensez que je regarde à travers le mauvais bout de la lorgnette. OK, si vous le dites. Mais regardez ce que vous allez devenir… Sophie qui entre en religion SEMEC en décidant de confier son destin à un olibrius… Résultat, après 19 années de douleurs, elle n’ose plus embrasser Stéphan Eicher après son show tellement elle est brisée par la fréquentation des directeurs artistiques. Pourtant, elle y croit dur comme fer à sa place de directrice-adjointe occupée à refaire des affichettes de couleuret des sempiternelles pubs qui n’ont jamais fait vendre la moindre place !
 Florence, ex-tuquette, condamnée à faire un enfant pour fuir son travail et qui attrape des boutons dès qu’elle lit une fiche de catering ou qu’on lui parle d’horaires de trains.
Marie qui se met à faire des fautes tellement elle corrige celles des autres et dont les 15 ans de boîte se résument à ce qu’elle soit devenue une experte en débourrage de photocopieur.
Jean-Marc, c’était un sportif, un footballeur, maintenant, devant sa télévision ce sont des ballons de pinard qu’il ingurgite pour oublier ses misères. Il se complet dans le noir et l’on voit sa tête émerger derrière son écran pour annoncer des catastrophes et déclamer des coûts exorbitants pour une technique qui ne fonctionnera jamais.
Hervé, il avait déjà le képi, désormais, il régente le vide des stands en moulinant des bras dans un Festival des jeux où la populace foule ses belles moquettes multicolores. Et quand il prend l’air, c’est les chiottes du Suquet qui se bouchent et empuantissent l’atmosphère.
Cynthia la stagiaire permanente, celle-là, on ne se rappelle plus quand elle est arrivée et on ne saura jamais quand elle doit partir. Une belle affaire, elle ne peut pas faire un pas dans le Palais sans recevoir des déclarations d’amour enflammées et se retrouver chez les keufs qui en repassent une couche !
Daniel, n’en parlons pas, c’est l’homme qui a tellement pris de pétards dans la gueule que quand il débarque à Montréal, on l’envoie directement à l’hosto pour se soigner et éviter la contagion ! Cela a du lui dérégler quelques neurones !
Et les filles de la presse, parlons-en ! Toujours à l’heure, ponctuelles et précises, investies de la grande mission de faire parler du programme de l’Evènementiel. Bernard, il nous faut une vedette pour faire une photo avec Nice-Matin, pour la conférence de presse avec nos 4 journalistes locaux et ces 8 radios que personne n’écoute. Comment tu n’as pas John Lennon, ou Alain Delon, c’est bizarre, pourquoi ?  Est quand donc programmes-tu un vrai artiste, par exemple, Sting ou à la rigueur Johnny Hallyday !
Marie-Ange, avec son nom de demi-ange, c’est la seule qui entrevoit son paradis. Elle nous quittera bientôt, elle l’a mérité sa rosette en chocolat à force de susurrer des conneries et de mentir effrontément au téléphone pour vendre des spectacles débiles comme si c’était des œuvres d’art, des huîtres perlières, des hommages à l’illustre Jean Sablon que tout le monde a oublié et dont tout le monde se contrefiche !
Bon, rassurez-vous, il reste encore quelqu’un qui doit en prendre plein la gueule… le Directeur ! Alors lui, c’est le pompon ! Il nous fait le coup du jeune qui s’y connaît et parle d’électro, de branché et d’ « in » comme s’il ne pouvait sentir son haleine fétide de vieux corrupteur, de pantin de la culture, de clown ridicule sans recul. Ah ! La noblesse du monde des idées, il nous en a parlé, et seriné, et même qu’à un moment j’ai failli le croire. Les utopies, le rôle indispensable de la Culture… avec un grand C… comme connerie plutôt !
Car maintenant, il faut que je vous le dise, moi qui ai passé 8 ans à vous supporter. Je me casse ! Je me tire ailleurs ! Je voulais être danseuse ! Travailler dans l’harmonie, sentir les bonnes vibrations. C’est ce qu’il m’avait promis le bougre quand il est venu me chercher à la FAC, ce subordonneur, qu’il m’a attirée dans ses rets. J’étais si jeune, pleine d’espoir. Je ne dis pas qu’au début je n’ai pas été sensible à son verbiage… comme à son ramage. Il savait y faire pour confier le boulot aux autres et nous donner l’impression que nous comptions, que nous avions une place privilégiée et que notre mission était capitale ! Alors vas-y ma petite Sève avec ton petit programme pour faire mumuse dans les écoles de petits pendant que je me prélasse dans des palaces en Chine, que je fais le cake dans des lacs gelés en Russie, que je danse des sévillanes en bouffant des paellas… le petit personnel bosse, trime, s’use à parcourir des kilomètres pour convaincre des ignares de prendre des billets pour des pièces de théâtre usées, de la danse vétuste… même pas programmer Françoise Murcia, il a voulu !
Et si encore j’avais pu le haïr !
Mais je vous le déclare, j’ai presque de la peine de vous quitter. Partir, c’est mourir un peu, non… beaucoup dans mon cas.
Je peux tout vous confier désormais. Malgré tout, j’ai aimé ce poste, j’ai aimé travailler avec vous, j’ai aimé apporter ma petite pierre à ce bel édifice, et si j’ai pu quelquefois, avoir, ne serait-ce qu’une légère influence pour que l’on n’oublie pas que la culture ce n’est pas seulement les grosses armadas, les machines sirupeuses, si j’ai pu attirer quelques mômes aux spectacles, et si j’ai pu vendre quelques places et faire rêver… alors je ne serai pas restée pour rien avec vous ! Et ma peine de me séparer de cette équipe en est quelque peu allégée.
Alors voilà, c’est l’heure de tirer le rideau. Pour moi, de m’engager dans un vrai pari, de casser mon confort et d’oser me retrouver avec un challenge sur les bras qui n’est pas piqué des vers. Pour vous de continuer, d’aller de l’avant et de maintenir, tant que vous le pourrez, une lucarne de culture au sein de ce beau palace clinquant qui résonne de toutes les convoitises.
Je vous laisse Nitya en cadeau d’adieu, je sais qu’elle saura se donner avec la même générosité que moi, je sais que le temps va passer mais j’aurai une vraie tendresse pour ces années passées à vos côtés. J’ai fait ce que j’ai pu, ce que j’ai pensé juste et si je m’envole vers d’autres cieux, c’est avec la certitude que vous êtes ma vraie famille !
Alors certainement pas un adieu… mais un au revoir et à toujours !
2007 va mourir, que vive 2008 !

Fin du discours. Au début les rires cascadaient. A la fin, le silence régnait et chacun avait l'émotion au coeur. 3 des filles pleuraient (je ne donnerai pas les noms !) et il faut reconnaître que c'est un de mes meilleurs scores. 

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Du déplacement outre-Atlantique.

Publié le par Bernard Oheix

Il fallait bien que je vous narre mes aventures en pays de caribous, la gentillesse des Québécois, le monde étrange des artificiers et les longues soirées arrosées de bières. Il n'est pas toujours facile de représenter la France ! Alors bonne lecture.

Québec my love : du 15 au 21 octobre 2007
 
Comment ne pas détester ce système à l’américaine qui fait que le prix affiché n’est jamais celui que vous payez ! Dans un restaurant, sur un plat annoncé à 20$, on applique une 1ère taxe nationale, puis une 2ème régionale et pour finir, il faut rajouter l’équivalent en pourboire « obligatoire »…soit en gros 27$. Que les patrons s’exonèrent du salaire de leurs serveurs en escomptant leurs clients obligés de régler « volontairement » ces 10%, le rapport insupportable que cela induit entre l’acheteur et le serveur, cette forme d’esclavage capitaliste moderne, tout cela m’insupporte…mais bon, je ne vais pas faire la fine bouche, je suis ici pour un congrès de la pyrotechnie, je viens retrouver des amis et accessoirement jouer à la baby-sitter au pays des caribous et de la poutine !
En effet, ce voyage s’est déclenché à l’impromptu, le chargé des feux d’artifice de l’évènementiel affichant une forme peu reluisante, j’ai du me décider à l’accompagner afin de veiller au grain... et bien m’en a pris !
Départ de Nice le lundi 15 octobre à 9h30, transit à Paris pour 7 heures d’avion, un bon film (Dialogues avec mon jardinier), deux autres moyens (Pur week-end et Waitress), un soduku du monde (expert !), deux mots croisés (Libé et le Monde) et je débarque à Montréal Dorval, début d’après-midi, beau temps, la tête dans le sac. Pour moi, biologiquement, il est déjà l’heure d’aller se coucher. Je passe au congrès au Queen Elizabeth, rencontre Martine G, mon amie organisatrice du festival de Montréal des feux d’artifice (le plus grand du monde avant Cannes !) et Maria-Grazia G, mon ange gardien, la responsable de Panzera, une des firmes les plus importantes de la planète artifice, fabricant et concepteur de feux de Turin, père spirituel du festival de Cannes. On s’embrasse et je demande des nouvelles de Daniel D, mon collaborateur arrivé depuis deux jours. Inquiètes, elles m’annoncent qu’il a disparu depuis la veille et que sa chambre ne répond pas.
Je constate qu’aucun de mes deux téléphones ne fonctionne, une histoire de bandes (3 au lieu de 2 !) et découvre le cauchemar de se retrouver isolé, sans cet appareil greffé directement à l’oreille, sans la possibilité de joindre immédiatement quiconque se trouve sur cette planète et à besoin d’entendre ma voix. Et dire qu’il y a seulement une décennie que cet appareil a envahi le monde ! Je décide d’aller m’installer à mon hôtel et nous nous donnons rendez-vous pour 20 heures au restaurant panoramique du Delta Centre-ville.
Après avoir défait ma valise, pris une douche, je décide de m’allonger quelques minutes afin de récupérer. Par précaution, je règle le réveil sur 19h30 et glisse imperceptiblement vers un sommeil léger… Sonneries stridentes. Je me précipite sur ce « putain » de radio-réveil et tente de l’arrêter… avant de m’apercevoir qu’il s’agit du téléphone de la chambre. Je cours vers lui trébuche dans le noir sur un tabouret et décroche pour entendre le silence obsédant qui grésille dans l’écouteur. Trop tard ! Horreur, il est 22 h ! Je bondis vers la sortie, en m’habillant, attrape un taxi au vol pour le Delta. Il me dépose, je cours vers l’accueil en demandant le restaurant panoramique. Sourire de la sémillante employée. Je me suis trompé de Delta. Je fonce de nouveau dans la nuit, guette un taxi, et me fait déposer au pied du bon Delta. 24 étages plus haut, aucune tablée franco-italo-québécoise pour me rassurer dans cette salle qui domine le Saint-Laurent majestueux et nous fait découvrir les lumières de la ville. Désespéré, sans téléphone, incapable de joindre quiconque, perdu et abandonné avec des écharpes de brume dans le cerveau, je me rends au bar de l’hôtel du rez-de-chaussée afin de me réconforter avec une bière et tombe par hasard sur toute l’équipe…moins Martine G. Elle est à l’hôpital, aux urgences pour accompagner mon collaborateur trouvé à moitié inconscient dans sa chambre !
Cela plombe quelque peu l’ambiance de nos retrouvailles ! But the show must be gone, comme l’on dit, et je termine le plateau-repas de Martine G en compagnie de Mélanie, la fille du concepteur de Féérie qui gagna la Vestale d’Or en 2006 à Cannes, de Paul, le régisseur de Montréal et de Maria-Grazia stoïque et mystérieuse comme à l’habitude. 

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La Slovène et la Québécoise, un duo de charme pour les longues nuits de l'hiver polaire !




Après une telle entame, que vous dire du séjour ? Que les artificiers sont des êtres étonnants ! Il y avait réuni la crème des Japonais et des Américains, qu’un repas avec une légende comme Eric Tucker est une aventure en un pays ésotérique qui s’illumine de traits de feux, que Alberto Navarro qui vit dans les montagnes du côté de Seattle en concevant ses feux en trois dimensions avec l’ordinateur est un monstre d’intelligence et un personnage de roman, que le représentant de Marutamaya, la légende nippone est un jeune qui semble tout droit sortir d’un film de Kitano et que son sourire chaleureux ouvre les portes d’une Asie insondable, que Khan le Russe Mongol de Kaléningrad va enfin tirer à Cannes et que j’en tremble déjà même s’il a une fille adorable aux yeux en amande… Tant d’images, tant de repas et de discussions s’achevant vers 3 heures du matin, dans des bouis-bouis de la rue Sainte-Catherine animés comme les nuits d’un été indien, buvant (trop) de gin tonic en refaisant le monde d’une internationale de bombes pacifiques. 

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Eric Charbonier, le Canada dans toute sa simplicité et sa chaleur

Il y a le sourire désarmant d’Eric Charbonier, un Québécois adorable pétri de sensibilité même s’il s’est « planté » en beauté sur Cannes cet été (feu du 14 juillet), Mélanie Cagnon, une Canadienne au sourire enjôleur, vivant au Portugal et travaillant chez Luso (un des plus beaux spectacles jamais tiré à Cannes !), mélangeant les cultures et brassant les océans, une colonie de belles Slovènes postulant à la reconnaissance de l’Europe des feux, des Anglais, Espagnols, Italiens… tous ont tiré à Cannes ou rêvent de le faire, tous rient de la vie dans ce moment unique où rien ne vient ternir le plaisir de débrider son imagination.
Je m’attire une certaine réputation au cours d’un repas en demandant à Georges A. quelle firme il représente…Sa réponse est légèrement sarcastique :-celle qui a gagné chez vous, à Cannes, cet été, Wéco de l’Allemagne ! Ma répartie fuse…-Cela tombe bien, j’ai beaucoup aimé votre spectacle ! 

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Mon copain Allemand Georges A. de Wéco, celui qui a gagné cette année à Cannes  ne m'en veut pas, faut dire que j'ai du me faire pardonner avec quelques bières !
Le lendemain, je demande à Footie l’Australien s’il veut venir tirer à Cannes et il me répond qu’il l’a fait il y a deux ans ! Tête de Jean-Eric Ougier, le responsable des Nuits de feux de Chantilly, un ami persuadé que je suis quelqu’un de bien, il y en a encore ! Cela me coûte une bouteille de vin pour éteindre les rires !
Le vendredi 19 octobre, soirée de gala au homard bouilli et au vin aigrelet dans l’arène majestueuse de la Ronde, dans la tourmente d’une pluie diluvienne, 4 concurrents offrent des feux gigantesques pour 50 minutes de rêve, démonstration de force, exposition de produits originaux, savoir-faire dans le cadre enchanteur d’une île du Saint-Laurent où se situe le parc d’attraction de la Ronde. Vers 2 heures du matin, dans une rue adjacente de Sainte-Catherine, nous nous finirons à la bière en parlant projets, symposium des feux à Cannes en 2010, (c’est en bonne voie !), et dans les rires d’une bande d’artificiers à la bonne humeur contagieuse, nous nous souhaiterons un au revoir et prendrons congé en attendant 2009 et le Mexique où se déroulera la prochaine édition de ce rassemblement d’extraterrestres.

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Tucker l'Américain et Navarro l'apatride...deux pages de l'histoire des feux !

Et pendant ce temps, Daniel D gît sur un lit d’hôpital, dans une salle d’urgence tirée directement d’un feuilleton américain, entouré de malades, des tubes souples enfoncés dans le bras, l’oxygène dans le nez, relié à un lit de douleurs pour la modique somme de 3650$ par jour que les assurances et mutuelles vont régler en se battant à coups de téléphone entre le Palais des Festivals et l’hôpital Saint-Luc. Le samedi, son avion partira sans lui et je réussirai à le faire sortir le lundi pour embarquer en ma compagnie, assumant mon rôle de baby-sitter jusqu’au bout !
Pour la petite histoire, une assistance médicale le prendra en charge à Paris pour son transfert dans l’avion de Nice qu’il ratera à cause d’une alerte à la bombe ! Désolé Daniel D, ce n’était pas ta semaine !

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