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Florence au fil des années !

Publié le par Bernard Oheix

Dans la série des discours imposés mais écrits avec bonheur, celui-ci me tient particulièrement chaud au coeur. Imaginez, Florence J..., 40 ans, dont 19 à (quasi) vivre avec moi ! 19 années à se chercher,, se cerner et se supporter dans des bureaux ouverts ! Je l'ai vu, à 20 ans s'égarer, à 30 ans se trouver et elle est présente dans toute ma vie professionnelle depuis deux décénies. C'est Florence, une collaboratrice qui borde mon horizon. J'ai confiance en elle, elle me le rend bien même si la passion du début à laissé la place à la sérénité, l'expérience a pris le dessus sur les élans. Les vieux couples c'est cela !
Merci Florence, on a encore quelques années à "survivre" ensemble, je te retrouverai demain, comme chaque jour depuis 19 ans, derrière ton bureau et tu me lanceras un bonjour frais comme la rosée du matin et cela me donnera la certitude que j'existe encore et toujours et que la vie est belle !

Florence au fil des années :
 
la Tuquette en fleur dans un service de falabraques d’un OMACC lézardé où débarquait la silhouette jeune (non, c’est vrai !) d’un nouveau directeur adjoint. Florence l’amoureuse transie des doigts d’or d’un guitariste bigame, celle qui a failli se marier avec un vendeur à la sauvette, et qui, comme dans un film, a renvoyé sa robe chez le couturier au moment de passer la bague au doigt. Flo la motarde au blouson de cuir, resplendissante dans les concentrations Harley, accrochée à la taille de son compagnon de virées, se penchant à plus de 45 à l’heure dans les virages (vous pensez, une Harley !) …Mais aussi, la Jacquot, femme comblée du sémillant Portugais qui sut entrer dans sa vie avec toute l’attention qu’elle méritait, elle qui a tant à donner ! La Florence maman d’un ange blond (enfin !)…la Florence épanouie à l’orée de la quarantaine, sûre de sa place, érigeant les fondations d’une maison harmonieuse.
Et oui, notre Florence, nous savons presque tout de toi. Il n’y a presque plus d’inconnu dans cette longue relation qui nous unit depuis maintenant 19 ans.
Près de 50% de ta vie avec comme horizon la tronche de Bernard en train de sortir ses sempiternelles âneries, à écouter la voix de Sophie en train de tenter de mettre un peu d’ordre dans le désordre, à être assourdie par les rires d’Hervé et de Jean-Marc, à voir passer des stagiaires qui regardent avec leurs grands yeux cet équipage hybride de la culture événementielle dans laquelle tu règnes avec tes clefs d’or. Cela en fait des souvenirs à partager ! Nous connaissons tous ton aptitude rodée par les centaines, les milliers de dossiers que tu as traités, à te débattre dans les affres de chambres d’hôtels introuvables, de restaurants qui veulent fermer avant notre arrivée et de transports (pas aériens du tout !) qui changent leurs heures et déroutent même les meilleures volontés. Combien de caddies d’un « caffouch » encombré as-tu rempli d’orangina et de coca, les trimbalant d’une loge à l’autre, combien de machines à café as-tu allumées pour que le spectacle puisse se dérouler ?
Tu as su trouver ton chemin dans les dédales du Palais, même quand les cerbères d’une star voulaient t’interdire d’œuvrer pour le bien de tous, tu as su rester jusqu’à l’aube pour des concerts d’anthologie dans lesquels tu apportais ta fraicheur et ton appétit de vie, tu as su t’envoler dans les étoiles sur quelques concerts du Festival de Guitares. Tu n’as jamais décroché ton regard de cette ligne d’horizon que tu t’es traçée qui séparait le monde en deux parties : les bons et les méchants. Tu as toujours fait partie du monde des gentils parce que tu n’es pas capable de méchanceté, que tu ne connais pas l’envie et la jalousie, que tu es restée nature, entière, Florentesque !!!
Bien sûr nous avons vu parfois des larmes au coin de tes yeux charmants, bien sûr nous avons eu des fous rires à s’en décrocher la mâchoire, bien naturellement tout n’a pas toujours été rose… mais jamais totalement noir, non plus. Parfois entre deux eaux, nous avons frôlé les écueils des grandes eaux qui s’écoulaient de tes yeux bleus, parfois, la jeune Florence paniquée de vouloir trop bien faire (re)pointe son nez… nous la maîtrisons tellement cette peur désormais, que même toi, tu souffles lentement, tu aspires un peu d’air et que nous te retrouvons identique, précise, sans ces angoisses qui t’ont causé tant de soucis dans ce passé qui nous soude.
Mais oui Florence… si tu es la plus ancienne de mes collaboratrices, ce n’est pas pour rien ! Tu as acquis tes lettres de noblesse. Tu possèdes notre confiance, tu as ta place dans cette famille des événements cannois, tu es Florence, tu resteras notre Florence bien après que le cours du temps m’aura emporté dans sa tourmente. Je ne sais pas où j’errerai dans quelques saisons, mais je sais pertinemment où tu seras, toi ! Tu en as encore pour 20 ans avant de prendre ta retraite. Une petite vingtaine d’années à subir Sophie, à former ces jeunes qui débarquent avec la bouche en cœur et le désir de bien faire, à rire des mêmes bêtises d’une famille (dé)composée.
20 ans à voir grandir une petite Lou au sourire malicieux. Un jour, elle te demandera éblouie, de lui raconter ces belles histoires du show-biz dans lequel tu as vécu, toutes ces vedettes, ces stars que tu as rencontrées, croisées, celles à qui tu as tendu la main et qui t’ont remerciée d’un sourire et d’un clin d’œil complice.
Voilà Florence. Tu fais partie des meubles de l’Evénementiel, ils ont un peu de ta patine. Notre paradis futur, c’est en offrant du rêve que nous le gagnons. Il fait nul doute que tu es en train d’accumuler de nombreux points pour te rendre directement dans l’Eden des artistes. Ils t’accueilleront en organisant une grande fête. Sans toi, ils ne sauraient où manger, comment se déplacer et sous quel toit dormir. Rien que pour cela, ton fauteuil est déjà prêt : il n’attendra que quelques belles dizaines d’années, un demi-siècle et tu pourras enfin écouter le chant des anges avec la sérénité de celle qui a œuvré à embellir le monde avec ses petites mains de femme si ordinaire… qu’elles en deviennent magiques !
Vive tes 40 ans, vive tes prochaines 40 années !

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Ali Papa et les 40 voleurs de la Banque Nationale de Lutèce

Publié le par Bernard Oheix

Ali Papa et les 40 voleurs de la Banque Nationale de Lutèce
 
Imaginez ! Un couple âgé, qui a travaillé toute sa vie dans cette période où l’on savait qu’une vie de labeur déboucherait sur une retraite dorée. Un peu d’argent, un appartement, des enfants et petits-enfants et les années qui s’accumulent, avec cette mémoire qui fout le camp, ces noms que l’on cherche, cette désagréable impression de perdre pied et de ne plus retrouver ses repères. Le moindre des gestes nécessite un effort titanesque, le moindre des souvenirs représente une victoire amère sur ce temps qui ronge un passé en lambeaux !
La peur grandissante… de tout, de rien. On voit ses forces décliner et l’on a encore assez de lucidité pour comprendre que l’on est de plus en plus diminué. On sent l’usure faire craquer les articulations, raidir les muscles, voûter les échines. C’est cela la vieillesse, état inéluctable devant lequel tous les hommes sont égaux, ce qui donne du prix à la vie, ce qui nous guette mais que l’on vit d’abord par procuration avec ses proches !
Imaginez un fils devant la panique de celui qui a représenté l’ordre, la loi, la force et la sécurité : le père tutélaire comme un phare, indiquant les directions d’une vie et qui se retrouve soudain à la remorque de son enfant ! Imaginez son regard apeuré devant le moindre de ces papiers abscons qui nous dévorent, de ces lois et de ces virements qui semblent animés d’une vie propre. Prélèvements, cartes bleues, contrats d’assurance, crédits, remboursements… Tout un quotidien qui se pare, d’un seul coup, d’une aura maléfique, incompréhension doublée d’une technologie qui sous couvert de rapprocher les individus, les isole dans des tours d’ivoire inexpugnables !
 
Imaginez le coup de fil affolé d’une maman inquiète, elle qui s’est toujours appuyée sur les épaules de son mari, le chef de famille incontesté, et qui doit appeler à la rescousse le fils présent.
-Tu sais, papa est affolé, il a reçu un dossier de la banque, il ne comprend rien, c’est un document pour une carte, ça a l’air très important…Est-ce que tu peux passer nous voir ?
Rendez-vous pris, déjeuner. A la fin du repas, dans une colère presque enfantine, le père sort un dossier bien numéroté, avec ses onglets, avec ces traits rouges et bleus qui caractérisent son souci de tout classifier, de mettre de l’ordre dans le désordre. Justement, tout est en ordre, extérieurement… C’est sa capacité d’en saisir le contenu qui est émoussée, qui dérègle cette mécanique si bien ordonnée que des années de classification et de rangement semblaient à jamais préserver. Peut-on l’en blâmer, nous qui archivons nos dossiers sans les lire, qui signons des contrats sans vouloir prendre le temps d’en étudier les codicilles, nous qui nous faisons berner sans arrêt par des requins qui ne pensent qu’à s’engraisser sur notre dos ! Combien avez-vous de cartes de crédit dans votre portefeuille, combien d’agios scandaleux que vous laissez passer par faiblesse ! Combien de réclamations qui finissent à la poubelle ? Combien de bénéfices pour les banques sur le dos d’un client lambda, celui qui refuse de passer sa vie en procédures parce que le soleil brille derrière la porte austère de la banque !
 
J’ouvre le dossier. Un contrat en bonne et due forme, déjà paraphé par la banque avec un mot agrafé : « à signer et à renvoyer-Urgent ».
Le contrat portait sur l’acquisition d’une carte « premier », gold et compagnie, toute belle pour la modique somme de près de 20€ de gestion…mensuelle ! Une carte « premier » pour un couple de retraités dont le dernier voyage remonte à 10 ans…en Vendée dans la famille, qui effectue ses retraits à la banque une fois tous les 15 jours et qui utilise sa carte bleue environ 3 fois par mois !
 
Je file à la banque. Les deux personnes mentionnées sur le contrat opportunément en congés, je demande à voir un des responsables. Après les salutations d’usage, je sort le dossier et l’étale sur le bureau.
-Que pensez-vous d’une carte « premier » pour des vieux qui ne voyagent plus depuis longtemps et n’utilisent jamais leur carte bleue ?
-Heu !
-Est-ce que cela ne s’apparente point à de l’abus, un racket organisé sur des personnes âgées, par exemple ?
-Attendez, montrez-moi… (Sourire crispé et gêné dudit responsable)
-Comment se fait-il qu’on leur facture 18€ de frais de gestion par mois depuis des années ?
-Ha ! Oui, je comprends. Leur carte précédente ne se fait plus, il fallait changer…
-…en leur refilant une Rolls Royce alors qu’ils ne savent pas conduire !
-Oui, c’est sûr… Attendez, on va réparer cela. Je vous assure, ce n’est pas de la malhonnêteté, ils n’ont pas dû se rendre compte !!!!
 
L’air soudain affairé, il plonge dans son ordinateur et me propose une carte simple, un relevé mensuel, l’accès à Internet pour 40€ annuels. Dans un accès de pure générosité (la peur d’une éventuelle action contre leurs méthodes scandaleuses ?), il octroie à mes parents une gratuité pour un an.
Soit, si je calcule bien, depuis plus de 10 ans, mes parents par ignorance, règlent 18€ par mois de frais de gestion soit la modique somme de 18*12 mois*10ans=2160€ (1 million 420 000 francs… pour parler comme eux en ancien franc !), dérobés en toute légalité par une banque qui spolie ses clients âgés sans vergogne en leur proposant des services totalement inadaptés, pire, en leur mentant et en ayant des pratiques à la limite de l’abus de confiance !  Le système allait s’emballer, pourquoi s’en priver, quand soudain, l’accès de panique d’un vieux monsieur désarmé a enrayé la machine et le bon ordonnancement de ce racket organisé. La banque, seigneuriale, se dédouane en faisant l’aumône de 40€ représentant les frais de gestion d’une carte simple amplement suffisante !
 
Voilà donc le produit de cet ultralibéralisme qui a envahi notre société. Avant dans nos campagnes, il y avait le curé, le docteur, l’instit et le banquier pour représenter le succès et l’ordre, attirer l’estime des petites gens. Désormais, le docteur ne veut faire que 35 heures… mais désire rester dans l’aristocratie de la bourgeoisie et des notables en se faisant plein de pognon sur le dos de la sécurité sociale (donc de nos impôts !), le curé ne pense qu’à toucher les petits enfants et refuse le préservatif pour les jeunes, devenant un allié objectif de la diffusion du Sida, l’instit est en grève et n’aime plus les enfants, (il fait ce métier parce qu’il n’a rien trouvé d’autre)… et voilà que même le banquier détrousse les petites vieilles et se fait prendre la main dans le sac !
 
Décidément, tout part en live, en vrac, en sucette ! Reste le sourire de soulagement d’un petit vieux perdu dans la jungle moderne d’un système de plus en plus imperméable à toute humanité. Reste la satisfaction d’une maman devant « l’exploit » de son fils. Reste surtout l’écœurement du fils à la pensée du sommeil heureux de ces employés de banque qui, sans vergogne, manipulent les clients pour atteindre leur « chiffre », avoir la reconnaissance d’un sous-chef et devenir une ligne en bleu dans un listing central où d’autres sous-chefs font des tableaux que plus personne ne comprend ! Ils dorment du sommeil du juste en rêvant de primes conséquentes et prennent des vacances dans des paradis exotiques pendant que leurs victimes âgées s’acharnent à survivre dans un monde dont on a dérobé l’horizon !
 
On comprend mieux les profits colossaux et indécents des banques en France… mais à quoi servent-ils ? Des dividendes versés aux actionnaires (en majorité des fonds de pensions américains… qui gèrent les retraites des vieux aux Etats-Unis !). On comprend enfin les raisons des salaires mirifiques et des parachutes dorés des patrons de la banque ! N’ayez jamais besoin d’un prêt, ils vous appliqueront des taux proches de l’usure, n’ayez jamais besoin de liquidités si vous êtes artisan ou commerçant ! La banque est devenue un frein au développement de l’économie, elle est à l’image d’une société sclérosée, d’un patronat frileux et incapable d’assumer ses missions, parlant de libéralisme mais se réfugiant en permanence sous l’aile de l’Etat, se cooptant pour verrouiller le système, s’achetant mutuellement le droit de ne pas ouvrir les yeux sur la réalité !
Mais bien sûr, personne n’y est pour rien, c’est le système, n’est-ce-pas ! C’est la fatalité ! C’est la faute aux ouvriers qui se mettent en grève ! Ce sont les fonctionnaires ! Les Chinois Les Américains, l’Europe, l’OMC…
 
Alors, vive la Banque Nationale de Lutèce et ses 40 voleurs !
 

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Les larmes de Marie.

Publié le par Bernard Oheix

Ce sont les 5... ans  de Marie-Antoinette P..., ma collaboratrice la plus proche dans mes fonctions de l'événementiel. Elle gère mon planing, mes rendez-vous, filtre les importuns et ment comme un arracheur de dents en lieu et place de son directeur. C'est Marie, plus de 15 années à se cotoyer, à se vivre au quotidien. C'est un texte que j'ai écrit pour elle, pour ce temps de partage et parce que la fuite du temps nous touche tous et que de la jeunesse à la maturité... avancée, il n'y a qu'une maigre frontière que l'on franchit sans même sans rendre compte. Ô Marie, si tu savais...

Ô Marie-Antoinette,
 
 
Que tu vinsses dans cette Direction de l’Evénementiel fut déjà, en soi, une étrange et incroyable histoire d’un monde facétieux.
Que tu t’y plusses encore plus, un pied de nez à la raison de ceux qui considèrent que l’univers possède un centre et continue de croître.
Y aurait-il le moindre sens à tout cela ? C’eût pu être ?
Mais que nenni -comme tu dirais- Que nenni !
Souvenons-nous ! Coincée à ton petit bureau, dans un secrétariat de la direction où régnait une princesse éphémère, tu me fus imposée, sans ménagement, toi la femme de l’autre, celle qui pactisait avec les puissants, les seigneurs de la guerre. A l’époque, je n’aimais rien tant que mon indépendance, tout sauf la contrainte, et vive l’anarchie !
Il a fallu du temps. Tu venais d’un monde de lois et de componction, nous étions jeunes et les crocs encore bien acérés, nous déchirions la vie à belles dents, acharnés à survivre dans une jungle qui ne nous faisait pas de cadeaux !
Quand donc et à quel moment précis tout cela bascula ? Les crises se sont succédées, toujours moins fortes au fur et à mesure que nous nous apprivoisions mutuellement, que ton silence extérieur résonnait de nos cris intérieurs, que la confiance nous autorisait à nous libérer dans cette bulle devenue tienne et que tu ne trahis jamais. C’est sans doute le maillon fort de cette relation atypique. Dans l’amour, on débute par la passion pour finir dans la haine… Avec toi, ce fut le contraire, non qu’il se trouvât de la haine, plutôt de l’indifférence, débouchant sur une vraie tendresse, celle patinée par 15 ans de collaboration, 15 années qui ne laissent plus beaucoup d’ombres dans les liens qui unissent un collectif composé de bric et de broc.
Si je devais définir cette famille de travail, je dirais que c’est la connaissance de l’autre et le respect de tous qui la caractérisent. Tu en fais partie, avec tes différences, ton parler fleurant les lettres de la belle France, ton caractère d’acier bien trempé… pas toujours facile mais toujours compensé par cette chaleur qui te caractérise, ce souci de bien faire, cet engagement au service de tous. Tu es devenue une militante de l’événementiel. Je ne suis pas totalement certain que ce soit toi qui aies vraiment gagné au change. Je suis par contre intimement persuadé que nous avons déniché en ta personne, une de ses âmes sœurs qui font que le monde peut brinquebaler vaille que vaille en avançant vers la lumière.
55 ans de ta vie se sont écoulés. Je n’ose t’en souhaiter autant ! Mais quel que soit ton avenir, les 15 années, 60 trimestres, la dizaine de saisons d’hiver et les milliers de spectacles organisés par l’évènementiel pèseront largement en ta faveur au moment du jugement final. Avec nous, tu auras d’ores et déjà conquis un pan d’éternité, quelques arpents de paradis !
Voilà Marie, surtout, ne change pas, nous avons mis tant de temps à nous comprendre qu’il nous convient parfaitement que tu restes cette Marie-Antoinette avec qui nous partageons tant d’heures !
 
PS : Continue de traquer nos fautes, c’est une entreprise de salubrité publique à laquelle tu te consacres pour le meilleur de nos écrits et le pire de ta patience… Ah ! les accents de Bernard, les doubles consonnes de Sophie, les tirets et les accords avec le COD… Elles te manqueront toujours assez tôt ces preuves de notre affection qui provoquent l’usure de tes yeux !
                                                         Bernard OHEIX et toute l’équipe de l’Evènementiel
                                                         30 mai 2007. 


Un qui a toujours échappé à ma plume, c'est Jean-Marc S... Il se débrouille pour avoir son anniversaire pendant que tout le monde, moi y compris, est en vacances ! C'est ainsi que l'on a raté son cinquantième anniversaire. Bon, un an après, il fallait solder les comptes et régler l'addition. Ce fut fait aux iles, lors d'une sortie avec toute l'équipe de l'événementiel, les pieds dans l'eau, à moitié à poil : on se sent particulièrement inspiré !
 
Jean-Marc le défi : 50+1.
 
 
 
Tu pensais échapper aux foudres de ma plume acérée, tu espérais que, profitant de cette période qui te vit naître, tu passerais éternellement au travers. Bien sûr, ta mère en accouchant au mois de juin, se doutait bien qu’elle te mettrait à l’abri de ma vindicte. La plupart de tes collègues et amis se reposant d’une saison usante ou emmagasinant un peu d’énergie avant de plonger dans les spectacles de l’été, chaque année quand arrive le 10 juin, les troupes dégarnies oublient ton anniversaire. Elles vaquent à la préparation de leur maillot, à la perte de leur cellulite pour séduire sur les plages, au bronzage de leurs traits si fins et charmants…et tout cela au détriment des anniversaires de Jean-Marc et de ces années qui s’accumulent sur ses épaules d’athlète.
Car disons-le tout net. Même si tu fais le cake, que tu as l’air d’un jeune homme, que pas un poil de graisse n’épaississe ton tour de taille et qu’apparemment les filles continuent à lorgner vers tes biscotos, (il faudra que tu m’en donnes les recettes à défaut des noms et adresses de tes multiples conquêtes !), mon cher Jean-Marc, tu n’es plus de la prime jeunesse. Un demi-siècle à errer dans le noir, à servir dans l’ombre, à être celui qui veille au grain dans les coulisses des artistes, cela devrait user énormément.
Alors donne-nous ta recette, je t’en supplie. Pourquoi pas de cheveux blancs, pourquoi pas de rides aux coins de ta bouche, pourquoi ces yeux bleus rieurs qui restent insondables !  Peut-être dans ton bonheur retrouvé, dans cette compagne qui t’accompagne, dans cette confiance et assurance dégagée dans un métier qui te voit t’épanouir enfin ! Le stress, connais plus ! Les doutes envolés ! Les sautes d’humeur qui t’ont parfois embrasé, terminées ! Il reste des certitudes humbles, des évidences cachées.
Oui Jean-Marc, tu connais ton métier sur le bout des doigts, oui, tu affrontes les problèmes sans te braquer… comme si tu en avais tellement vu de ces cas de figures destinés à briser les harmonies que plus rien ne pouvait désormais te surprendre. Oui, tu es devenu un être normal !
Cela n’a pas toujours été le cas, avouons-le ! On a connu un JM au sortir d’épreuves, pas toujours bien dans ses baskets, pas toujours en phase… mais comme s’il te fallait un coin à toi, un peu de temps, de l’amour et de la confiance pour que le miracle de ta transmutation intervienne, tu es enfin arrivé à dompter ces forces qui t’ont tant bouleversé.
Un visage préservé des atteintes de l’âge, un esprit sain dans un corps sain, une nonchalance jamais dédaigneuse, un calme olympien, une distance qui n’éloigne pas…on finirait presque par penser que tu resteras à jamais dans cette direction. Fais attention, Jean-Marc, il va falloir payer le prix de cette jeunesse éternelle. Dorian Gray avait conclu un pacte avec le diable pour conserver sa jeunesse : avec qui as-tu tracté, donne-moi son téléphone avant que l’irrémédiable ne me fasse succomber !
Y en a marre de te faire des compliments. Pique-nous une de tes colères, noie une stagiaire, dévore tous les pans-bagnats…fais quelque chose qui nous rappelle quel infâme subordonneur tu fus.
Non, décidemment, tu as trop changé, tu es même devenu fréquentable et les jeunes filles qui débarquent en stage à l’Evènementiel, repartent toutes avec ton numéro de téléphone sans même que tu aies tenté de les violenter : c’est pas juste, d’abord !
N’empêche que tu as 51 ans passés, que l’an prochain tu en auras 52 et qu’avec ce que nous prépare Sarko 1er, au train où vont les choses, tu seras obligé de te faire aimer encore au moins 15 ans dans cette direction avant de prendre une retraite bien mérité ! Na !
Et puis, même si tu n’es pas content, je sais que tu vas partir d’un grand éclat de rire et que tout cela finira dans la joie. Les années forgent l’amitié… nous sommes tous de grands forgerons et ce ne sont pas les filles de la direction qui m’ont poussé à écrire cette hommage qui te diront le contraire.
Jean-Marc… 10 juin ou pas 10 juin, 2007 ou 2015, c’est tout le temps ton anniversaire ! Surtout, continue comme cela, les minettes de l’Evénementiel t’aiment trop pour que tu changes.
Bon anniversaire toute l’année !



Et puis il reste mon frère, le petit dernier, 50 ans avec toutes ses dents. Il fallait marquer le coup, ne serait-ce que pour rentabiliser notre voyage au find fond de l'Aveyron. 60 personnes pour une vraie fête pleine d'émotions et de tendresse. Il en restera ce texte, lu devant une foule d'amis qui lisaient bien malgré eux entre les lignes ! A vous de pratiquer cet exercice maintenant !


50 ans et après…
 
 
Si l’on devait définir, ta naissance, loin d’être le produit mythique d’un gros bourdon qui vient titiller un choux-fleur, on parlerait plutôt, d’une erreur de calcul. Ogino Ergo Sum, était la devise de nombre pères de famille nombreuse de ce baby-boom. En effet, en cette époque bénie des natalistes, il n’y avait que deux méthodes pour échapper aux lois procréatrices de Dame Nature :
1)      sauter du train en marche… mais cela, tout être normalement constitué ayant testé cette variante sait que l’opération est complexe, comme c’est difficile et combien la chute peut être plus dure…
2)      rationaliser et à l’aide d’un diagramme savant définir à quel moment le spermatozoïde vibrionnant se trouvait démuni quand la bise est venue, échouant devant les portes closes d’un ovule épuisé… mais là, il faut savoir calculer et nos parents, manifestement, n’avaient que le certificat d’études et se trouvaient loin du compte devant la méthode du docteur Ogino qui sema tant de tempêtes sur son passage.
Première erreur donc, entraînant l’arrivée intempestive d’un têtard de plus dans le marigot d’une tribu oheixienne où régnait déjà l’anarchie.
Les trois mousquetaires ne souhaitaient point, pour être honnête, se retrouver quatre et le chérubin à tête d’angelot qui débarquait en gazouillant des areuh, avait quelque peu tendance à perturber nos jeux virils et la recherche de nos premiers émois et conquêtes de territoires féminins.
 
Nous te le fîmes payer lourdement, t’affublant d’un surnom qui t’allait comme un gant : tu fus irrémédiablement BéBé jusqu’à ce que notre père intervienne pour nous demander de cesser de t’avilir avec ce surnom, Jean-Marc seyant plus (encore que !) à l’affirmation de ta toute nouvelle personnalité.
Nous savons tous que tu fus le préféré, le petit dernier, le chouchouté, le cafteur, celui qui passait derrière les voies tracées à coups de taloches par tes grands frères.
 
Il y a une morale à tout cela : nous partîmes pour des courses lointaines, par des nuits sans fond, dans une mer sans lune et tu ratas manifestement un 68 glorieux qui fut notre bâton de maréchal. Tu restas sagement auprès de tes parents pendant que nous courions la prétentaine en nous dévirginisant… et pas seulement en politique !
 
S’ensuivit une période où tu payas rubis sur l’ongle ce privilège d’être le petit dernier. Les dieux dans leur sagesse t’enlevèrent la protection de tes grands frères et tu dus enfin, affronter les parents. Souvenons-nous, le jour où tu débarquas en solex à Nice, quémandant un asile familial à ton frère (en l’occurrence, Bernard !). La terreur qui s’empara de moi à l’idée de supporter ce mioche mal grandi, au regard torve, le nez encore plein de morve, moi qui jouissait d’une liberté estudiantine chèrement gagnée. In petto, j’ai chargé ton solex dans ma 2CV, j’ai quand même fait l’entremetteur auprès des parents désarmés et t’ai abandonné à ton triste sort… à chacun son poids de douleurs, il faut parfois savoir souffrir plus... pour se guérir mieux !
 
Là tu montras ta petitesse. Tu te dévoilas aux yeux de tous comme un jouet aux mains crochues du destin. Une amourette anglaise dont tu ne cicatrisas pas vraiment, une belle bouchère au nom d’étoile avenante et te voilà marié, petit gratte-papier faisant mine de tenir une comptabilité, toi qui jamais ne compris les chiffres, conduisant une R12 Gordini avec des bandes jaunes latérales et une queue de castor accrochée au rétroviseur… Oui, mesdames et messieurs, ce personnage a roulé dans une Gordini en faisant vrombir son moteur pour attirer les regards. Tu étais perdu avant même de commencer à vivre !
L’étoile de ta vie pâlissait pourtant. Jeune couple déjà vieux, tu frémissais sous les tortures de ces mondes inconnus que tu n’avais fait qu’entrevoir. Le théâtre comme thérapie, le théâtre comme un moyen de toucher les filles (vous faisiez beaucoup d’exercices corporels à cette époque !), la voix se plaçait enfin, juste au mitan de tes désirs. C’est là que la chance de ta vie intervint avec violence. Une femme enfin, une vraie, avec des seins partout et un corps voluptueux, une de celles qui avaient de l’expérience et trouverait les moyens de t’enchaîner en te laissant libre. Entre deux platines volantes, un Corse irascible et quelques femelles pas encore grandies, tu allais trouver UNE place. Chantal, car il s’agit bien d’elle, t’offrit ses bras, un appui et une décisive épaule compatissante, non pas que tu redevins le bébé de notre enfance, cela c’était une histoire terminée, non, tu allais crever les planches de ton talent, éclabousser les peuples assoiffés de culture, vivre l’authentique vie du saltimbanque et nous lâcher la grappe enfin ! C’était ton aventure même si tu égaras rapidement ta gondole, même si un flou dégénérant introduisit un facteur aléatoire dans une carrière brisée dans l’œuf par une gorgone jalouse de ton talent, cette Christine de Toth mystérieuse qui en voulait certainement plus à ton corps d’éphèbe qu’à l’art de ton théâtre.
Il te manquait la rage de vaincre. Pour devenir un acteur, il faut acter, tu te contentas d’être brillant, tu décidas de suivre un penchant naturel pour l’art de vivre et l’art du théâtre perdit une de ses valeurs montantes.
 
Qu’à cela ne tienne, tu avais une formation en comptabilité, un physique de beau gosse et une femme de pouvoir : tu te carras dans son sillage et vint l’époque des jeunes cadres, des voyages à Bali, des Opels métallisées, d’une consommation à tout crin : c’était sans doute le prix à payer pour oublier ta carrière avortée, dont il faut le dire, il te reste encore de quoi animer les fins de soirées arrosées !
 
Mais voilà. Au lieu de résister jusqu’à la retraite qui se profilait (plus que 25 ans à tenir !), les démons du bouddhisme et l’appel du grand air, une vie saine dans un corps sain, vous poussent à émigrer dans un exil intérieur. La découverte d’un paysage bucolique, les indigènes accueillants, la rudesse du climat vous amènent à rompre de nouveau avec le monde civilisé. Fermier, puis bistroquet, on pouvait penser la boucle bouclée et le nirvana atteint dans les délices des petits blancs servis à l’aube à des clients accrochés au comptoir de cette verte région de la Diège… Que nenni !
 
 
 L’air du pays vous manquait sans doute. La mer, les femmes nues, le soleil mais aussi le rapprochement vers les enfants, petits-enfants et parents. Tu vins soulager tout ce monde en démontrant au passage tout l’art de la finance qui caractérise votre couple. Perte des indemnités de Chantal, aventure exotique dans le textile, vente de vos actifs…tout cela pour l’horizon glorieux d’une épicerie où les sandwiches et les bonbons coulaient à flots. Vous survécûtes à raison de semaines chargées, 70 heures en moyenne pour un smic douloureux…station debout, même pas le temps d’exploiter cet authentique talent pour les cartes qui te mena vers les championnats de France de tarots.
 
La mer toujours recommencée, le bruit et la fureur, et tous ces amis abandonnés sur ces plateaux vous rongeaient le cœur. Une nouvelle fois vous décidez de prendre tout le monde à contre-pieds et de remonter dans l’Aveyron pour bâtir enfin les fondations de votre sérénité.
Le dernier achat d’un castel à retaper, un emploi dans une usine d’haltérophilie où tu retrouvas ta ligne en perdant les kilos inutiles, travailler moins et gagner moins, voilà votre horizon, voilà le funeste sort qui t’attend, voilà le piège dans lequel tu t’es enfermé, voilà comment tu devras décompter le temps qui désormais s’inverse pour courir vers une fin annoncée.
 
Même si le soleil n’a pas toujours brillé pour toi, cher frère, tes 50 ans tu les as mérités. Ils t’ont permis de grandir, de t’épanouir, de vivre au grand jour en bâtissant un empire intérieur. Ceux qui te connaissent savent combien tu es courageux, altruiste, combien tu as toujours voté à gauche, secouru les petites vieilles, distribué ton sourire et ta bonne humeur à la volée, permis aux autres de donner le meilleur d’eux-mêmes.... Flambeur, flagorneur, menteur…c’est vrai, tu l’es un peu quand même… mais point trop n’en faut ! Juste une once, une petite dose qui t’autorise à ne point être dans un moule préfabriqué, une perfection utopique, une vue de l’esprit. Non, tu es de chair et de sang, tu es bien le dernier des Oheix de cette génération bénie des Dieux qui enchanta la France de l’après guerre !!!
Unique, merveilleux, bon… etc … mais je vais en rester là, car tu vas te mettre à croire aux sornettes que je raconte et du coup, devenir insupportable pour les 50 années à venir !
 
Bon anniversaire, frangin !

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Les barbares de la Méditerranée

Publié le par Bernard Oheix

Vous ne pouviez couper à un compte-rendu sur la Transmed. Le voici donc, agrémenté de quelques photos. J'espère que cela vous fera saliver. Je suis presque devenu un marin au long cours...
 
Au départ, Dieu créa la terre... et puis la mer en pensant en nous !
Un équipage de choc se constitue quand Philippe C, mon ami de 35 ans me propose de partir à l'horizon afin de vérifier si la terre est ronde ! Nous recrutons Hervé C et le dimanche 3 juin, sous les regards de nos épouses éplorées, nous larguons les amarres, hissons la grand voile et cinglons vers la ligne d'azur qui plonge vers l'inconnu ! Car des inconnues, il y en a dans cette Transmed des Passionnés qui nous mènera de Saint-Raphaël à Hammamet en passant par la Corse et la Sardaigne.
 
Que je vous présente l'équipage.
Il y a, Philippe C... alias Captain Fifi, seul maître à bord, fin connaisseur de la mer dont un des défauts, il faut l'avouer, est de refuser de se plier aux diktats des éléments, de considérer que la technique est au service de l'homme (et non l'inverse !) et que de toutes les façons, le voilier est une affaire de courage et qu'on est là pour s'éclater, non mais ! Au demeurant, un homme, secret et mystérieux, attachant même s'il ne dévoile rien de sa nature profonde. Promoteur immobilier atypique, actif et passionné survivor de la crise de la fin des années 90, honnête parmi les requins, petit parmi les grands, grand dans ce monde de nains... c'est mon pote quoi ! On ne se connaît que depuis l'université, notre première rencontre datant de 1970. C'est un des êtres les plus brillants et des plus cultivés que le sort m'ait permis de croiser et notre amitié a perduré à toutes les vicissitudes d'une vie de labeur et d'éloignement. Pour l'anecdote, on joue une grille de loto (la même !) depuis 1980 et nous serons millionnaires ensemble ! En attendant, il a décidé de s'acheter son bateau et merde à Vauban !
Il y a Hervé C...alias Maître Queue Hervé. Lui je ne le connais que depuis 1971. Hervé est un cas. Vous avez toujours l'impression qu'il se moque de vous, qu'il comprend qu'à moitié et que de toute façon, il se fout de tout ! Bon, si on creuse un peu (pas beaucoup), on s'aperçoit qu'il est sensible, une vraie fleur bleue, qu'il a un coeur comme les autres et un cerveau plus développé que la moyenne des gens. Lecteur émérite, sensible, cultivé, passionnant... il n'a qu'un défaut, il ne connaît rien à la voile, ce qui est parfois gênant sur un bateau. Son recrutement est intervenu car c'est un cordon bleu hors pairs, un pêcheur talentueux et que nous avions le secret espoir qu'il devienne notre esclave sexuel pour les longues nuits de veille d'un bateau ivre ! Bon, cela a échoué pour le dernier point mais pour le reste, il a été à la hauteur de sa réputation !
Et puis, votre serviteur?Bernard O...dit Force Brutale, celui qui est chargé des basses besognes et dont on apprécie le cocktail subtil de robustesse physique conjuguée à une finesse intellectuelle particulièrement vive ! Au début, Captain Fifi a bien tenté de lui inculquer les rudiments de la voile mais, il faut l'avouer, assez rapidement, « étarque la drisse de bôme » s'est transformé en « tire sur la ficelle rouge avec les points noirs » seul langage à sa portée et espérance qu'il puisse accomplir sa mission sans trop de casse. J'avais aussi la redoutable responsabilité de lever l'ancre, de nettoyer le bateau et de faire la vaisselle, c'est dire l'importance des tâches qui étaient confiées à Force Brutale !
 
Qui dit équipage seyant, dit navire pimpant. 38,5 pieds (environ 12 mètres), un mat (très haut), une coque (longue et effilée), deux voiles (qui ont tendances à faseyer), 3 cabines(petites), un carré(avec un coin cuisine, une douche et des toilettes, teinte couleur bois, panneaux en arrondis, poignées rutilantes... redessinés par Stark, banquettes bleues azur). En outre, de partout, on trouve pleins de cordes qui trainent, des protubérances brillantes, des bitoniaux infâmes pour les doigts de pieds, des objets bizarres uniquement présents pour vous torturer. D'après les on-dit, il (notre voilier) serait taillé pour les régates et la course au loin, aurait traversé plusieurs fois l'Atlantique, se caractériserait par un caractère fougueux, une capacité à remonter au vent ! Vous avez compris qu'une Formule Un de la mer nécessite une attention toute particulière et que l'objectif affiché de Captain Fifi était de foncer sur la mer avec notre nef au nez et à la barbe de tous les régatiers prêts à en découdre aves le Romulus et ses pirates de la Méditerranée.
 
Le voyage. Un aller simple vers le Paradis.
 
Dimanche 3 juin/Lundi 4 juin : St-Raphaël-Baie de Sagone : 125 miles. 24 heures.
 Première spéciale de 15 miles au démarrage. Nous finissons 5ème alors que nous avons le plus petit bateau. Tout le monde remarque notre dextérité (!!). Nous nous installons pour la nuit. Mer un peu grosse. Vaseux, l'équipage laisse au capitaine le soin d'assurer. Mon quart de nuit (24h-2h) est très long. Il n'y a plus de vent et je demande au Captain s'il faut mettre le moteur. Il me répond que le vent se lèvera bien assez tôt (sic) et se rendors. La « pétiole » s'installe et je regarde le noir d'une étrave encalminée. Mon quart se transforme en assoupissement. J'ai honte mais je me suis endormi à la barre jusqu'à 3h30. Je suis gelé au réveil. Philippe qui me succède se fait accompagner par un rorqual de 8 mètres qui joue avec le Romulus. Moi, je récupère de mon sommeil pendant ma garde !
Mardi 5 juin/mercredi 6 juin : Baie de Sagone/ Alghero 110 miles
Tout dérape. Une panne de répartiteur (on ne le saura qu'après) met en l'air la batterie, nous fait perdre le GPS, nous empêche de mettre le pilote automatique... mais je dors et ne m'en aperçoit pas. Captain Fifi fait un long quart de minuit à 6 heures et quand je me révaille frais et dispos, il me donne la barre, règle le moteur et va s'écrouler sur sa paillasse !
On arrive à Alghero vers 11 heures, le réparateur nous arrange le « répartiteur » et le soir repas succulent au « Pavone ». La vie est très dure pour les marins perdus !!
Jeudi 7 juin : Alghero/Aristano : 45 miles
Une colonie de dauphins nous adoptent et fait route de concert avec nous. Ils ont de bonnes tête et je reconnais Flipper parmi eux. Ancré en baie. Ruines d?une ville romaine que nous visitons grâce à l'annexe que je guide d'une main experte. Cadre somptueux d'un cap magnifique  Nuit douce, température idéale. Mer chaude... ça y est, on est sous les tropiques !
Vendredi 8 juin. Aristano/Carlo-Forte 50 miles.
Un bon vent nous permet d'avancer à 7-8 noeuds dans une mer tendue. Enfin de la vraie voile pour notre soif d'aventures C'est génial. Un espadon de 1 mètre vient se suicider sur la traîne d'Hervé. Nous sommes en train de créer notre légende et d'écrire quelques pages d'or de la marine nationale.
Samedi 9 juin. Journée à quai. On se réapprovisionne en eau, électricité, carburants, fruits frais pour lutter contre le scorbut (!!). Je brique le Romulus qui resplendit au soleil, nous observons les indigènes et leurs coutumes ancestrales en consommant notre espadon à la tahitienne (filets fins cuits dans le jus de citron avec petits oignons.. miam-miam !) Les femmes sont belles, la petite trattoria, où nous mangeons le soir, fabuleuse.
Dimanche 10 juin/lundi 11 juin/mardi 12 juin. Carlo Forte/Hammamet. 240 miles
47 heures perdues au milieu de nulle part. La mer chaude et le grondement de notre moteur de 30CV. Pas de vent mais du soleil. On paresse, farniente en attendant la nuit. Mon quart du dimanche (2h-4h) avec Les Pink-Floyd, Placébo, Archive et autres Muse dans les oreilles, dans la nuit sereine, les étoiles et la mer noire, est un moment de bonheur absolu, de vertige total : c'est comme si j'avais fumé un joint !! Le lendemain nous nous faisons tirer par le bateau avec une corde à noeuds en pleine mer. La 2ème nuit est cauchemardesque. Nous sommes au près d'un rail où d'immenses paquebots tracent à plus de 20 noeuds un sillage d'enfer. La nuit, vous perdez complètement toutes perspectives, les distances s'abolissent, les directions se confondent. Au large du Cap Bon, je perd pieds et appelle Captain Fifi à la rescousse quand un pêcheur nous fonce dessus. Il se retrouve en slip, en pleine nuit, accroché à la barre en train d'effectuer un 360° salvateur. Je suis peut-être Force Brutale mais il me manque manifestement encore un peu de cette science de la mer qui a forgée les grands héros de notre jeunesse. C'est pas bien grave, j'admets que je ne serai jamais un marin de légende, un équipier attentif peut-être...quoique, même cela !
 
Ainsi donc, après un dernier passage à la voile au large des somptueuses côtes Tunisiennes, nous débarquons à Hammamet le mardi 12 juin à 13h30. Satisfaction du devoir accompli. Un peu de fierté même ! Le voyage fut exaltant, merveilleux sublime et on manque de qualificatifs pour décrire ces dix jours de navigation !
 Deux jours à Hammamet (Ah, les barbiers de Tunisie !) et 2 jours à Tunis avec une gargote à la Goulette où nous ripaillâmes de fruits de mer en buvant du pastis et déjà le retour.
Il restera de tout cela, des monceaux d'images, des tonnes de rires, des moments chargés d'émotions brutes, des heures de rêves, une communion entre cet équipage de pieds cassés et la nature bienveillante, un temps qui échappe à l'usure et à l'ennui... et plein d'autres choses encore !
Pour la petite histoire, l'équipage dont j'étais le plus jeune (et de loin !), était composé de deux cancers et d'une hyper-thyroïdie, de trois potes dans un bateau, d'un siècle d'amitié cumulée et ce n'est pas l'exiguïté du voilier qui pouvait mettre en péril cette amitié. Pas une seconde, pas un instant, une tension quelconque n'a pu se faire sentir... et pour ceux qui connaissent la mer, c'est un vrai signe ! Le bonheur n'était pas dans le pré mais sur la grande bleue.
 
PS : je ne me suis pas trop étendu sur le voyage. Nommé scribe du journal de bord à l'unanimité moins ma voix, je le publierai dans ce blog... mais il est  resté en Tunisie et ne reviendra qu'en aout sur nos rivages. Je le mettrai en ligne à son retour dans sa version originale. Bonne âme s'abstenir !
 

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Pérégrinations et protocole

Publié le par Bernard Oheix

Après un mois d'absence, j'ai intérêt à me faire pardonner. Je vous offre un peu de ma vie en gage de réconciliation, non qu'elle soit d'une richesse folle.... Quoique ! Quelqu'un qui pose avec Monsieur Bouquet pour l'éternité et serre les mains de Jacques Chirac et du Prince Albert de Monaco...en une semaine, ne peut être totalement inutile sur cette terre de passion !
Voici un petit voyage au coeur d'un monde en train de s'évanouir.

Tout à commencé le 2 février avec Carmen, (quelle entame pour quelqu'un qui a aimé une belle espagnole aux yeux de braise !) dans un grand audit du Palais complet. Bizet, belle distribution, beaux décors, belles voix, très belle recette ! Mais c'est avec Goran Brégovic, le 3 février, que tout a continué. Imaginez... 20 choristes, un orchestre symphonique, les voix bulgares, une fanfare... et devant, un percussionniste et Goran, ex-rock star, créateur de musiques de films géniales et leader de cette formation qui va faire chavirer le Palais des Festivals rempli de plus de 2000 personnes. J'en rêvais, il l'a fait. Avec douceur et gentillesse, élégance et noblesse. La musique est un melting-pot incroyable, entre la fanfare, la messe grégorienne, les volutes classiques, les voix cristallines, les accords de rock et reprises de morceaux à la sauce Brégovienne. Ambassadeur de la paix, Goran Brégovic se situe dans le camp de ceux qui fuient les horreurs de la guerre fratricide qui a déchiré en lambeaux son pays. Vive le barde brégovic !


Une semaine à Paris et sur les routes de France !
Du théâtre bien sûr. Post-it, petite pièce sans saveur sur les émois de 3 jeunes femmes... La danse de l'albatros où Martin Lamothe s'échoue sur la grève de l'humour, ses ailes de nain incapables de dominer un texte insipide. Reste l'événement. Michel Bouquet est l'avare. Plus personne ne pourra interpréter ce rôle sans faire référence à sa voix criarde, à ses mouvements compulsifs, à la perversité de ses yeux fureteurs. Il est génial, sublime, émouvant et désespérant. C'est Monsieur Bouquet, au crépuscule flamboyant de sa carrière. Merci monsieur Bouquet de nous rappeler que le théâtre peut aussi rendre merveilleux le monde qui nous entoure.
Après la représentation, Il m'accueille dans sa loge et nous parlons de ses passages à Cannes (j'avais eu l'honneur de le recevoir avec Noiret il y a 5 ans et dans la pièce de Ionesco, le roi se meurt en 2005) de son avenir (!). Il est un vieux comédien qui mourra sur les planches pour le bonheur de ces textes qui chantent sous sa voix !
Quand à ma virée au Stade de France pour voir une équipe nationale se déliter sous la maestria des argentins, elle ne fut une réussite que parce que je l'ai vécu avec mon fils et que nous avons communié aux souvenirs des exploits de notre Zizou, le vrai, celui qui envoyait des coups de boules pour projeter le ballon au fond des filets et non sur la poitrine d'un italien goguenard !
Destination Annecy, chez mon pote Jean-Eric Ougier, celui des feux d'artifices, qui viendra tirer à Cannes cet été. Un manoir accroché à la colline, au-dessus du lac. Un peu de neige et la pièce de Samuel Benchetrit, Moins deux avec Jean-Louis Trintignant. Bof ! Bof ! Pièce inintéressante au possible. Vive le grand air et les génies des alpages ! Pour le fun, quelques descentes de pistes rouges et bleues m’ont prouvé que le ski n’est pas comme le vélo… on oublie avec le temps et la forme météorique qui était la mienne n’a sans aucun doute pas arrangé la situation. Bon heureusement, il n’y avait pas de photographe dans le coin !


Retour au bercail donc avec l’ouverture du sommet des chefs d’états africains. De mon bureau, j’ai vu défiler une des plus imposante panoplie de potentats imaginable. Combien de pots de vin, de crimes et de prévarications étaient réunis pendant deux jours sous le toit du palais. En uniformes, en boubous, costumés, ils refaisaient le monde avec la certitude de ne rien vouloir y changer.
Par contre, le vendredi, à la sortie des artistes, Chichi himself est sorti de son cordon de sécurité pour un bain de foule des plus surprenants. Il m’a serré la main en me remerciant pour ce que j’avais fait pour la réussite de son dernier sommet (sic). Bon, OK, je n’avais rien fait du tout mais cela m’a fait plaisir quand même. Le mot gentil, sourire au vent, plaisanterie en coin, le bougre, il m’a impressionné et j’ai mieux compris la fascination qu’il provoque. Pas seulement celle du pouvoir mais aussi celle d’un tribun populaire, d’un homme normal. Et dire que je n’ai voté qu’une fois pour lui ! Vive Jacques Chirac… surtout s’il ne se représente pas, on ne va pas oublier son bilan de sitôt !


Mardi 20 février. Le jeu de la vérité, une bonne comédie de ma programmation et rebelote avec les affaires d’état. Cette fois-ci c’est notre Prince Albert de Monaco qui s’y colle. Coup de fil discret de la sécurité. Gardes du corps sympathiques tout droit issus du film « men un black ». Je demande comment je dois accueillir le prince. La Réponse vient sans tarder : Monseigneur ! Et me voilà donc serrant la main de mon auguste visiteur et lui donnant du Monseigneur long comme un jour sans pain. Après la pièce (gros succès), je l’emmène dans la loge rejoindre les comédiens et je participe aux effusions de mise. Ils ont réservé une table en face du Palais et je les accompagne cérémonieusement et sur un dernier Monseigneur, ils me quittent pour s’engouffrer dans le restaurant. Je tiens à vous le dire, il est normal notre Prince Albert et plutôt sympathique. Il va quand même falloir que je fasse attention, deux têtes couronnées dans la même semaine, c’est un coup à se retrouver dans Gala ou Voici !


Le festival des jeux démarre alors pour une semaine d’épouvante. Je suis déjà sur les rotules quand 120 000 personnes se ruent sur les stands, que 15 000 joueurs luttent pour l’emporter dans tous les jeux de la terre possible. C’est fascinant et épuisant. 50 nationalités, des rencontres des discussions, un gala de magie superbe, la remise des récompenses dans un spectacle où j’officie avec parait-il, une grande sobriété et beaucoup de classe… c’est nouveau cela !
Je me garde une nuit, le samedi, pour plonger dans le OFF. Des centaines de joueurs répartis dans deux salles qui se rencontrent avec des passions et des cris en testant des prototypes où des jeux plus standard. Moi, c’est au poker que je vais flamboyer, mes adversaires coriaces, des sommités du monde des jeux, vont y perdre leur latin et leur talent et j’empoche la mise d’une soirée qui écrit une page de ma légende en lettres d’off !!! Oui, mes amis, même diminué, je bande encore pour quelques cartes dessinant des figures ésotériques que je suis le seul à pouvoir décrypter. Ego flatté, Bernard est content.
Les Stargotz vont s’y retrouver cul nu à ce petit jeu de dupes. Moi, j’encaisse royal la mise et je leur souhaite une belle revanche, dès l’an prochain. Le festival des jeux c’est la folie et la passion, c’est l’enfer et le paradis, c’est un long marathon qui nous pousse dans nos derniers retranchements. A ce petit jeu, j’ai encore quelques forces pour me transcender quand il est nécessaire de conforter ma réputation !


Le lundi 26 février, exsangue, je goutte enfin un peu de repos bien mérité. Quelques examens qui m’assurent que je vais vivre encore 3 décennies et le Palais accueille des spectacles de la saison en cours, les danses et légendes du monde et surtout, le violon sur le toit, excellente comédie musicale qui résonne du tintamarre des événements troubles de notre société (racisme, antisémitisme, ultranationalisme et autres ismes en odeur de putréfaction qui envahissent notre univers du 3ème millénaire). Une belle leçon d’humanité que cette comédie sur la tragédie des exclus.
Voilà mon petit tour d’horizon. A bientôt sur ce blog, vos commentaires me ravissent !!! Continuez

PS : Il est urgent d’écouter un morceau de Bizet tiré des pêcheurs de perles, « Mi par di udir ancora ». Ce morceau est hallucinant. Il est en boucle sur ma chaîne !
PPS : Pas besoin de vous précipiter pour aller visionner lady Chatterley, le césar de l’année. C’est une grosse daube, un long téléfilm ennuyeux et inintéressant. Le snobisme parisien a encore frappé !

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Photos parlantes

Publié le par Bernard Oheix

C'est un repas de Russes, avec des montagnes de plats et des bouteilles vides de vodka qui s'amoncellent sous nos pieds. Temps des agapes...4 heures ! Nombre de toasts, discours et verres de vodka : 18. Aie ! mes cheveux !

La danse des canards version  "babouchkas"... Une façon comme une autre de représenter la France !

Dans le centre des arts de Novgorod, des couvre-chefs pour lutter contre le froid de l'hiver russe. La présidente sort ses griffes !

Si l'on savait... c'est bien nous qui assurons les destinées du Festival ! Le soir, nous plongions dans l'eau d'un puits artésien (7°)... après un "sauna russe" avec flagellation imposée. Le pied ! Ensemble !

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2007, a(p)née nouvelle

Publié le par Bernard Oheix

Mes vœux…pour 2007.

Les hommes et femmes politiques enfin au service de l’être humain pour créer un monde plus juste.

Du travail pour nos enfants, un salaire pour l’espoir et des responsabilités pour s’inscrire dans une société qui avance grâce à ses jeunes.

Que la mort épargne les plus faibles et démunis, ceux qui n’ont pas encore pu rêver et ne connaissent du monde que son versant noir.

Que les savants s’inclinent, enfin, devant un principe de réalité… celui de notre planète qui souffre des effets pervers de cette économie dévorant la matière première en aliénant son futur.

Que chaque viol, violence, blessure et accident soit ressenti par les victimes comme par les bourreaux. A part égale de souffrance, on peut rêver d’un bras qui s’arrête au moment de frapper.

Que les patrons cessent d’être rétribués au prix des marges préservées pour leurs actionnaires en licenciant le personnel et qu’une prime leur soit offerte chaque fois qu’ils créent un emploi.

Que chaque larme ait son contrepoids en rires.

Que la solitude ne soit que le produit d’un choix et que chaque femme rencontre un homme, au-delà de la beauté de ses traits et de son intelligence : juste en partage !

Que les églises ferment leurs portes, les religions prêchent enfin la tolérance et les textes sacrés exposés dans les musées afin d’apprendre aux enfants à aimer leur prochain.

Que plus aucun coup de tête ne vienne affirmer le prima de la bêtise sur l’esprit et le corps : Zizou, je t’aime quand même… mais faut pas déconner, qu’est-ce qui t’as pris ce jour-là !!!

Que les beaux matins et la douceur hivernale ne soient pas la production d’un réchauffement climatique pernicieux. Je veux continuer à me baigner les 31 décembre et  1er janvier par plaisir et non par nécessité.

 

Enfin, que tout le monde, (moi y compris !) soit riche, beau et intelligent. Et que chacun écrive, peigne, danse, chante chaque jour de cette année 2007 comme si cela devait être le dernier jour de l’humanité... le plus beau !

PS : Et spécialement pour mes 59 bloggés (chiffre officiel au 31 décembre 2006), la santé, l’amour et l’argent avec un soupçon d’acharnement pour continuer à suivre mes pérégrinations dans le monde des mots !

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Voici un texte paru le 1er janvier 1983, à la Une du Courrier de l'Ain, comme une madeleine exhumée des tiroirs de la mémoire. A l'époque, je sévissais sur les rives de la Reyssouse en arpentant les étangs de la Dombe. J'étais jeune et déjà persuadé que le temps me mordait la nuque et m'en voulait personnellement. Je ne savais pas encore ce que vieillir voulait dire ! Je ne le sais toujours pas, mais j'ai vraiment peur maintenant !

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Bonne Année ….

Ce n’est pas parce qu’on n’est rien qu’il ne faut rien faire… ou ce n’est pas parce qu’on n’est rien qu’on peut tout faire !

Imaginons, né dans la nuit des profondeurs, ce gigantesque bang originel. Une contraction violente de l’espace dans le torrent tumultueux du temps infini. Une boucle libérant une énergie fantastique dans une cascade vertigineuse.

 

Galaxies, soleils, étoiles, planètes ne sont qu’un devenir dans cette vague déferlante.

Plus près, grains de sable déjà avec des filets d’atmosphère : le hasard malicieux.

Plus bas encore, des croûtes légères de pierre et de terre, minces parois qui filtrent les flammes, nous y sommes presque, pour de la chair et du sang.

L’homme, impondérable produit d’une alchimie involontaire vient de naître. C’est toujours un enfant, gavé de terreurs enfantines et dans ses cauchemars, le bang résonne douloureusement. Il s’en souvient, c’est sûr.

La terre est née il y a un an, jour pour jour, échos répétitifs d’un bang toujours premier.

Et chaque année, disons le premier janvier (mais c’est peut-être un autre jour !), le bang tonne de nouveau, toujours présent, toujours aussi violent.

Je vous vois. Vous avez 25 ans. J’ai 33 ans. Il a 56 ans. Prouvez-le-moi. Cherchons notre passé. Photos, articles, souvenirs intacts de dates et d’objets : objets sans histoire, photos qui figent le temps pour mourir avec lui, souvenirs troubles et flous. L’unité est illusoire.

Alors, vous vous projetez vers les autres, garantie de votre existence dans cet univers où chacun dépend d’un tiers invisible : classes sociales, civilisations précolombiennes, art primitif, classes d’âge, lieux de naissance, couleurs de peau, famille de naissance ou famille de coeur…

Il parait que c’est sûr. Il semblerait qu’il faille le croire puisque les autres le disent.

Mais au fond de vous-même, dans votre lit d’ombre, vous entrevoyez ce combat entre la vie et la mort, qui, tous les 365 jours de l’année, vous fait progresser vers votre point de départ : le bang ultime.

Et cela vous terrorise, comme l’enfant a peur de l’ombre.

Et chaque 1er janvier, résonne le bang originel que nous refusons d’entendre.

Et chaque année une nouvelle boucle revient faire un croche-pied au temps.

La spirale se resserre en nous. Quand cette spirale deviendra une étoile filante, nous saisirons que nous ne sommes rien, et nous aurons l’avenir et l’espace en nous… pour nous.

 

 

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Les fossoyeurs de la Danse

Publié le par Bernard Oheix

Texte polémique. Moi qui aime la modernité, qui tente de rester désespément "branché", d'ouvrir les yeux, et de me mettre au tempo de la modernité, je pondrais un hymne "réac" !!! Que nenni ! Avant de le mettre en ligne, je l'ai transmis à Jean-Marc G, mon pote immergé dans la danse comme une taxifolia dans un aquarium monégasque, en lui demandant ce qu'il en pensait. Sa réaction est mitigée. En gros, il comprend ma position en soulignant : " c'est un texte violent qui pose la question que pose  toute violence... à savoir sa légitimité... Tu revendiques le plaisir et c'est cette absence que tu dénonces. Ma question alors est : la violence de l'absence (fût-elle celle du plaisir) est-elle préférable à l'absence de violence ?"

J'ai décidé de boire. C'est aussi une réponse et contrairement à ce que je pensais au départ, de mettre mon texte en ligne. Après tout, c'est un espace de ma liberté. Je ne sais pas si j'ai raison au fond, mais je suis persuadé, par ce texte, d'exprimer tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Ce n'est pas une justification, la majorité n'a pas toujours raison parce qu'elle est majoritaire, surtout dans le domaine artistique ! Mais moi, Bernard, premier public avant tout de mes spectacles, je revendique le droit de vivre, d'avoir des émotions, de pleurer et de crier, de sentir des fulgurances, d'espérer et de craindre... jamais de m'emmerder, de sentir mes paupières peser, de couper mes sens en quatre pour laisser résonner le vide de l'orgueil.

C'est ainsi, je le mets en ligne et après, c'est à vous de réagir à ce texte. Il est là pour cela. Bon courage.



De Maguy Marin à Carolyn Carlson, de Bill T Jones à… tant d’autres créateurs, un vent de folie est en train de consumer le public de la danse. Dans leur nihilisme artistique et leur ego surdimensionné, ces créateurs attirent autour de leurs oeuvres, les derniers feux d’un public alléché par des noms qu’une critique inconséquente célèbre et loue. Ces spectateurs payent, et souvent cher, pour assister à des spectacles indigents dont ils ressortent brisés à jamais dans leur volonté de découvrir l’expression d’une danse moderne. Qui est coupable de cette complaisance ? Le critique enfermé dans sa tour d’ivoire pour qui, danse, doit nécessairement rimer avec ennui, pour qui le nec plus ultra de leur critique anémique est de vanter une « non-danse » comme forme ultime de la déconstruction de l’art chorégraphique ? Le programmateur qui veut faire mode et se laisse subordonner en donnant carte blanche à des créatifs sans projets pour être « branché » et s’attirer ces mêmes pseudos critiques qui ne font illusion que dans le cercle si fermé de leurs intimes ? Le créateur, dans son impuissance régénératrice, vivant et occupant les espaces d’une danse largement subventionnée et qui ne doit rendre de comptes qu’à sa conscience et pousse son suicide intellectuel en refusant tout plaisir au spectateur ?
C’est Maguy Marin qui déclarait dans une conférence de presse que l’art chorégraphique d'aujourd’hui ne pouvait que restituer la laideur du monde. Sans aucun doute, à la lecture de ses derniers spectacles, est-elle en phase avec elle-même… laideur des déplacements, des costumes, de la musique insupportable, de l’absence de dramaturgie. Tout est cohérent dans sa volonté désespérée de chasser le plaisir du spectateur… sauf qu’elle vide ses salles, y compris pendant les représentations. Au Festival de Danse de Cannes, pendant sa précédente création, les 400 personnes se sont évanouies dans le bruit infernal des guitares saturées, fuyant par grappes le non-spectacle proposé en création mondiale(sic !!!) et ce qui est terrible, c’est que cela ne fait même plus polémique… juste un grand refus du spectateur de se faire piéger dans un inutile débat sans fond… juste la certitude qu’on ne les y reprendra plus et qu’ils ne sont pas près d’y revenir et de faire confiance à ces noms médiatisés qui font la danse actuelle.
Alors voici donc nos créateurs, occupant les postes clefs de la danse, gérant les centres dramatiques, subventionnés par les pouvoirs publics, trustant les festivals, insérés dans un réseau si petit et sans ambition, en train de se saborder parce qu’incapables d’assumer leur mission de création. C’est le cas au Festival de Danse de Cannes, au Monaco Danse Forum, à Montpellier, à la Maison de la Danse de Lyon…
Pourtant, une danse moderne et festive, cela existe. Des Maguy Marin en train d'inventer une Cendrillon ou May B, œuvres de jeunesse qui ont fait son succès… (mais qu’elle doit renier, au vu de son regard désespéré actuel), et qui portaient tant d’exubérance et de magie à l’époque, il y en a beaucoup. De Preljocaj à Thierry Malandin, de la danse « afro » de Georges Momboye aux délires si ludiques de Jean-Christophe Maillot dans ses grandes fresques, Kafig qui invente une chorégraphie de la banlieue et définit un art moderne du mouvement, de tous ceux que la critique ignore, car marqués du sceau d’un néoclassique infamant ou d’une modernité trop banale à leurs yeux, mais qui permettent au public de ressortir d’un spectacle de danse avec des rêves plein la nuit et des émotions dans le cœur.
Car il s’agit de cela. Le cœur. Le désir. L’amour. Ceux qui verrouillent la danse actuellement en sont cruellement démunis. Ils creusent la tombe d’une danse moderne et ambitieuse, branchée sur le versant ensoleillé du mouvement. Cet art si proche de l’être humain quand il parle aux sens, devient un cauchemar quand plus rien ne le soutient, que le seul ego désespérant d’un créateur vide de toute richesse.
C’est le public qui paye cette débauche, c’est lui qui fuit désormais la danse et se réfugie vers les grands ballets classiques et la danse folklorique. Alors, l’âge d’or de la danse contemporaine ne déboucherait que sur cet échec sanglant : des salles vides, pire, des spectateurs à jamais écartés des chemins de la beauté. Peut-être notre système a-t-il échoué et faut-il refonder les axes de subventionnement de la danse en cassant les institutions. Il faut réinventer la danse et c’est aux créateurs d’effectuer ce voyage en tendant la main au public, en l’invitant à ses agapes afin de partager et de communier dans un espace meublé de tous nos rêves. Il y a péril en la demeure et ce sont tous les acteurs de la culture qui sont concernés.

Juste pour terminer. Il existe beaucoup de spectacles passionnants, d'oeuvres complexes et riches, de visionnaires en recherche d'équilibre. Surtout ne vous trompez point, continuez à chercher la pépite, la perle rare, elle mérite des efforts et quelques déceptions ! Surtout, sortez, couverts peut-être, mais sortez !

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Les sentences du jour

Publié le par Bernard Oheix

Lundi 13 novembre.

Dans la séquence des brèves de comptoir et des rencontres du bord de nuit, quand tout devient étrange, mon copain Momo, grand maître es belote devant l'Eternel, m'a alpagué dans la rue et entrainé dans un bar de la rue Meynadier. Minuit passé, je sortais d'un film, Mémoires de nos pères, et eus la faiblesse de me laisser porter par son enthousiasme communicatif et sa volonté de partage. Après moultes tournées, des discussions acharnées sur la stratégie du dix de der et l'enculage de mouche, d'une voix grave et chargée d'alcool, il m'a confié que "si la merde valait de l'or, les pauvres n'auraient plus de trous du cul".

Quelques verres plus tard, il m'a annoncé qu'il "n'achèterait une vache que quand il serait sûr de boire le lait gratuit".

La nuit s'est étirée et quand je me suis couché, outre un mal aux cheveux persistant, j'avais l'impression bizarre d'avoir raté quelque chose ! Quoi exactement ?

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A vous, les petits nouveaux

Publié le par Bernard Oheix

Salut à vous qui débarquez dans mon blog.

Ma prochaine livraison aura lieu le 6 juillet. Je vous promets une nouvelle bien relevée, de celles qui font faire des cauchemars, son titre est  "Le collier de phalanges" et elle devrait vous donner un bon coup au plexus. Mais oui, mes petits chéris, vous aurez droit aussi à quelques textes gentils, romantiques, doux...mais il faudra les mériter et vous accrocher encore quelques temps avec une prose plus...branchée sur le côté sombre de la réalité ! Tant pis, encore un effort pour être révolutionnaire.

Quelques photos aussi vont débarquer de la boîte à rêves...elles vous feront fantasmer, Claudia Cardinale et Cameron Diaz...y a pire ! Allez-y, circulez, c'est gratuit !

N'hésitez pas à vous inscrire à la news letter (colonne de gauche, en bas, un clic, et on rentre son mail), et en attendant baladez-vous dans les textes en y apportant vos commentaires, et si vous le désirez, transmettez l'adresse de ce blog à vos amis... 

Allez ! A bientôt. Sur ce blog où dans la vraie vie !

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