Après la voix d'Hind Rajab, le visage de Fatima Hossouna !
Après l'incroyable film de Kaouther Ben Hania dont je vous parlais dans le précédent article, le film de Sepideh Farsi, "Put your soul on your hand and walk", vient nous donner un coup de massue et rendre l'atrocité de ce qui se déroule à Gaza palpable jusqu'aux tréfonds de nos consciences.
Ce film promut par Attaç 06, le Mouvement pour la paix et Amnesty International vient achever le panorama sanglant d'un conflit interminable. Après une intervention maladroite de la Ville de Cannes qui a empêché sa projection une première fois, le 13 novembre, créant un amalgame malheureux et tellement loin de l'humanité de ce chef d'oeuvre qui ouvre les consciences, c'est donc ce vendredi 12 décembre, à l'Olympia, qu'il faut féliciter pour son courage, que le film fut enfin projeté.
Et l'on ne sort pas indemne de la vision de ce beau visage de Fatem condamnée par la loi des hommes qui entretiennent une guerre sans merci au mépris d'une population asservie à leurs lois mortifères !
Sepideh Farsi, refoulée de l'Iran, errant dans un monde qui n'est plus le sien, crée un contact par vidéo avec une Gazouie, Fatima (Fatem) Hassouna, et elles vont échanger par le biais de ce téléphone au jour le jour, jusqu'au dénouement tragique de la vie de Fatem.
Ce film documentaire est une fiction apocalyptique qui vous tient en haleine et vous embarque sans retour possible sur les traces du sourire éclatant de cette jeune femme qui s'accroche à son pays et rêve de lendemains de paix.
Elle dévoile son monde intérieur en montrant, grâce à la vidéo de son portable, la réalité de l'enfer qu'elle subit. Bombardements incessants, immeubles qui brûlent, populations affamées, et malgré tout, ce beau sourire d'une femme qui s'accroche à la vie.
La réalisatrice reprend le contact malgré les coupures de réseaux, le bruit des bombes au lointain, et échange avec cette soeur de douleurs.
Ce film est une composition visuelle improbable éclairée par le sourire d'une femme qui suspend sa vie entre les désastres qui la cernent. Malgré l'atrocité de ce que nous vivons à travers ses yeux, elle nous donne une leçon incroyable de courage, se permet même de rêver et d'espérer en des temps meilleurs où la paix offrirait des lendemains qui chantent.
Il est indispensable de le voir, non pour prendre partie et trouver des boucs émissaires, mais bien pour saisir la réalité de ceux qui vivent sous un manteau des bombes et cherchent un sens à leurs existences dévastées.
Et pour conclure le film, Sépideh Farsi annonce à son âme-soeur que le film est sélectionné au Festival de Cannes en mai 2025... joie incroyable dans le sourire de Fatem, enchantement de celle qui, à travers les yeux de la réalisatrice, va parler au monde, aux autres et exister dans la paix de ceux qui visionneront ce film confortablement installés sur leurs coussins rouges d'une ville en paix.
Las ! le film se termine alors sur un drame réel. Fatem, le lendemain de cette nouvelle, va subir un bombardement ciblé, au 3ème étage de son immeuble, une frappe délibérée destinée à la faire taire et à lui ôter toute possibilité de voir son rêve devenir une réalité.
Monstruosité de la haine en marche qui efface l'espoir !
Bravo à toutes les équipes techniques qui ont érigé ce film en mémoire des femmes et hommes qui subissent les affres des guerres meurtrières qui asservissent les populations civiles.
Bravo aux sélectionneurs d'Acid, qui ont sélectionné ce film et lui ont donné l'opportunité de venir percuter les cinéphiles à la recherche de fictions rassurantes !
Bravo à Sépideh Farsi pour avoir mis en image le quotidien dramatique d'une vie tronquée et de lui avoir donné une dimension quasiment mystique : la réalité va bien au delà d'une fiction !
Bravo à tous les membres des associations, qui, par leur acharnement, permettent à ce film d'être projeté et de rencontrer son public en le marquant à jamais de l'indicible dimension de ces guerres qui parsèment le monde et sont décidées par des hommes qui ont oublié leur humanité !
Et enfin et surtout, bravo à Fatem Hossouna de ramener à la conscience ceux qui oublient que derrière le bruit des canons, il y a le sourire perdu de femmes de pères et d'enfants dont les rires et cris sont effacés par le fracas des bombes !
Merci et il est urgent de visionner ce film, Put your soul and your hand and walk pour qu'un frémissement d'humanité fasse trembler la loi des tortionnaires !