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C'est la chute finale...

Publié le par Bernard Oheix

Aucun mots aucune phrase, aucune image ne pourront restituer l’incroyable magie qui se dégage du spectacle des chutes d’Iguazu ! Il y a de l’ordre du surnaturel, du divin dans le spectacle offert par cette nature envoûtante. Comment exprimer l’inexplicable puissance d’une eau qui surgit de la forêt pour se précipiter dans le vide...

Je vais quand même tenter de vous faire partager une journée d’émotions.

Petit déjeuner à 8h servi par Javier. Café toujours aussi ordinaire, médialuna (croissant), toasts grillés tartinés de Dulche de lecche (succulent) et jus d’orange divin.

A 9h 30 un bus «citadin» nous dépose devant l’entrée du parc d’Iguazu. De l’extérieur, rien d’apparent, pas de bruit particulier en fond sonore, une entrée anodine. Le prix du billet est de 70 pesos argentins (soit 5,88€ au change de 12 pesos pour un euro, bien loin des 7 du taux officiel). Le petit train «de la selva», wagonnets ouverts sur la végétation subtropicale, nous emporte à travers les collines pour nous déposer à la station centrale. De là, deux circuits sont proposés, le supérieur et l’inférieur. Nous optons pour le second et par des passerelles nous nous retrouvons sur des postes de guets au dessus des cataractes (il y en a 250 sur le site). La vision d’ensemble est incroyable ! Sur 180°, un arc de cercle est constellé de chutes de plus de 50 à 80 mètres de hauteur. L’ensemble aboutit à une gigantesque vasque où trône l’île San Martin. Au loin, un bouillonnement étrange de vapeur d’eau bouche l’horizon. Quelques arbres se découpent sur les éperons rocheux. Des oiseaux tournoient dans le ciel et se précipitent dans les flots et les nuages de vapeur d’eau !

Puis, par le circuit inférieur, nous longeons les chutes pour nous retrouver sous ses mêmes cascades tonitruantes, arrosés par les embruns, fouettés par le vent humide, dans le bruit infernal de millions de litres se déversant en une masse grisâtre menaçante, convulsive, à portée de main.

Sur les passerelles de bois serpentant sous la sylve, nous croisons des tapirs avec leurs longues queues et leur nez en pointe quémandant un peu de nourriture, des iguanes énigmatiques, gros comme un bras paressant au soleil, des «marats» repoussants, avec leur gros derrière, fouissant la terre, un singe caquetant, jambes dans le vide, exécutant un numéro de voltige, goguenard... Des oiseaux multicolores sillonnent le ciel, des papillons tourbillonnent par centaines, jetant des éclairs de couleurs sur le fond rouge de la terre, le vert de la végétation et le gris azuré du ciel.

Mais ce n’est pas tout, le plus impressionnant est à venir.

Reprenant le petit train, nous nous dirigeons vers la «garganta del diablo», la marmite du diable. 20 minutes pour contourner les chutes, et 1,1km sur des passerelles de fer, ancrées sur des plots de béton dans une eau qui s’écoule en fuyant vers le même point. Rien ne laisse présager ce que l’on va découvrir. Un îlot au loin, le drapeau Argentin flotte au vent, de temps en temps, un nuage blanc semble monter au dessus des arbres pour exploser comme une bulle de savon. Sur la dernière portion de la passerelle, nous voyons alors l’eau s’engouffrer dans une immense cuvette à ciel ouvert, un trou énorme dans le plan étrangement calme de l’eau. C’est en accédant au dernier plateau, quasiment au coeur de la cavité, que l’on découvre, de toute part, des pans entier de murs d’eau rugir et s’engouffrer dans le vide, que l’on devine sous soi, à travers la nuée blanche. Le «spectacle» est hallucinant, terrorisant, au delà de ce que l’on peut imaginer, rêver... On est au centre d’un maelström, dans l’abîme du temps. Ce n’est plus de l’eau qui coule, mais la vie de la terre pour embraser le coeur de l’homme.

Une simple rambarde nous isole des trombes distantes de quelques mètres, le vent claque des nuages de vapeur d’eau qui nous trempent en quelques minutes, des martinets exécutent un ballet aérien surréaliste, flèches noires émergeant du coton blanc des eaux virevoltantes. Et toujours ce grondement infernal, comme pour nous rappeler que nous ne sommes rien, que des siècles impavides nous contemplent nous agiter pendant que l’eau s’écoule et que nous tentons de dompter une nature qui ne se laissera pas enfermer sans réagir à la puissance de nos cauchemars !

Pour finir, et comme en récompense, nous décidons de foncer à marche forcée par le «Senderro Macuco», 3,5 km serpentant sous le toit de la végétation. Au bout, le Salto Arrechea, une cascade de 25 mètres de hauteur qui a une particularité...on peut se baigner dans sa vasque et nous terminerons, sous une douche naturelle d’une puissance sans égale, nous lavant des 15 km de marche de la journée, hurlant comme des enfants, et heureux de pouvoir clamer : j’ai vécu Iguazu, je sais désormais ce qu’est le destin de l’homme !

Je vous l’avais bien dit... les mots sont pauvres ! Et il y a tant à dire encore. J’aurais pu vous parler par exemple de Cabeza de Vaca, le «découvreur» des Chutes. Un homme au destin particulier. Un des 4 survivants d’une expédition en Floride à 20 ans en 1527, il va vivre plusieurs années au milieu des indiens, puis de retour en Espagne, se faire nommer comme gouverneur du Rio de Plata (c’est là qu’il découvrira les Chutes d’Iguazu), entrer en conflit avec les colons et les réprimer durement, se faire renvoyer d’Amérique. Jugé et condamné en Espagne, embastillé puis gracié et exilé à Oran avant de revenir et finir sa vie comme juge à Séville pour y mourir à 57 ans.

Vous avez dit un destin de légende. Les Chutes d’Iguazu ne pouvaient s’offrir qu’à un homme hors du commun.

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Le Guarani pour l'éternité !

Publié le par Bernard Oheix

Presque 24 heures dans un bus ! mais quel bus ! Un véritable palace roulant avec WC, télévision, air conditionné et autre café en self-service. Partis de Montevideo vers midi pour Salto (500 km), avec arrêt à la station en attente de correspondance pour le passage de la frontière et Concordia l’Argentine. Re-attente pour notre pullman qui débarquera à 1H3O dans la nuit et foncera (ce n’est pas un euphémisme !) 800 km pour nous déposer à Posadas vers 10 heures ! On est dans le rythme et cela en fait des heures à regarder le paysage d’un tapis vert se dérouler à l’horizon !

Imaginez l’immensité du rien ! Si vous y arrivez, vous êtes prêts à comprendre Posadas, une ville de 250 000 habitants, aux portes des chutes d’Iguazu, coeur d’une région, le Nordeste, grande comme la France.

Sur les rives majestueuses du fleuve Parana , perchée sur des collines vallonnées, la ville s’étire à plat sur des kilomètres. Quelques rares bâtiments en hauteur accrochent le regard. Région riche pour population plutôt modeste, agriculture, bétail et une noria de bus qui transportent les touristes vers Iguazu et font halte pour un repos bien mérité et surtout, pour découvrir une des expériences les plus originales de l’église catholique à travers les vestiges des missions jésuites qui parsèment cette région.

Les Jésuites, contre les hordes de colons Portugais et Espagnols qui asservissaient les populations locales, ont crée des lieux de vie tout à fait originaux, introduisant dans leur missions, les réductions, une démocratie primitive où le Guarani avait pleinement sa place. Calquant leur mode de vie sur le partage et la communauté, les caciques se trouvaient légalisés, l’assemblée du peuple élisaient ses représentants chaque 1er janvier et avait tous les droits sur l’organisation sociale et sur la répartition du travail.

Classé patrimoine de l’Humanité, la mission de San Ignacio mini est un lieu traversé par la magie. Des ruines majestueuses où l’on saisit la fuite du temps vous donnent la compréhension instinctive de l’oeuvre accomplie.

Même si le curé a remplacé le chaman, si la structure familiale fut introduite, on imagine, par la puissance des lieux, l’oeuvre grandiose des précurseurs d’une humanité indigène. Pendant un siècle, y compris par les armes, les Jésuites ont donné corps au rêve d’une société plus juste.

L’architecture grandiose des lieux, l’héritage flamboyant culturellement qu’ils ont légué, est porté par la magie d’une végétation luxuriante, d’un ciel bleu se perdant dans une terre rouge comme le sang qu’ils ont versé pour bâtir leur rêve.

C’est par les armes finalement que toutes ces missions seront anéanties après plus d’un siècle d’expérimentations par les colons qui ne pouvaient accepter qu’une âme indigène existe puisqu’ils les transformaient en esclaves dans leur propriété... Et parallèlement à ces guaranis asservis, il fallut bien aller chercher d’autres populations, les nègres d’Afrique, pour continuer à enrichir les possédants, sonnant ainsi le glas d’une évangélisation hors du commun.

Il reste alors des traces, la culture, les chants Guarani se mêlant aux accents des chants d’église, un baroque réinventé dans une utopie prélude aux tentatives des vies communautaires du XIX ème siècle !

Le soir, promenade sur le front du fleuve. Les lumières du Paraguay scintillent sur la rive opposée. Inception est illuminée comme si elle voulait rivaliser avec sa soeur Argentine. Un Guarani gigantesque, statue de fer et de pierre monte la garde avec sa lance sur un îlot de terre au bord de l’eau. Il fait chaud et humide, l’air est douceâtre et c’est la fête des étudiants. Ils défilent sur le mail en jouant des percussions et en chantant. Les rires sonnent clairs dans la nuit !

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Montevideo...mi amor !

Publié le par Bernard Oheix

Ville superbe au large front de mer, des plages immenses de sable blanc où une mer sombre chargée d’alluvions vient s’échouer, Montevideo envoute. Elle est une grande petite ville, nichée sur une arête qui donne par trois côtés sur l’embouchure du Rio de Plata où se déversent les fleuves Parana et Uruguay. De grands paquebots filant vers le Brésil passent au large avec régularité. On est bien dans une capitale de l’Amérique du Sud avec ses maisons basses, cubiques, dans des rues arborées, ceinturées de parcs où trônent des statues. La population est gaie, elle marche au long des mails cinglés par le vent en riant. Montevideo et quelques images en plus !

Les buveurs de Maté. Vieux, jeunes, hommes, femmes, les «montévidéens» se promènent tous avec un thermos coincé sous le bras et une étrange coupelle dans la main dont émerge une paille de fer au bout écrasé. A l’intérieur de la coupelle, une décoction verte marine qu’ils arrosent d’eau chaude régulièrement. En toute occasion, ils portent à leurs lèvres la paille et aspirent avec délectation le produit qui macère... Oserais-je le dire ? Le test pour goûter ce Maté ne fut pas concluant... Cela dégage bien une odeur acre de moisissure et une saveur de vase particulièrement indigeste... et le lendemain, j’ai du utiliser l’immodium pour couper une «tourista» naissante !

Les parcs et la végétation. De partout des essences d’arbres inconnus offrent une ombre bienfaisante. Dans les rues larges, aux carrefours, ceinturant la cité, des parcs de 50 hectares et plus , sont fréquentés par toutes les couches de la population qui trainent et s’étalent sur le tapis d’herbe pendant les chaleurs de l’été. Même si Montevideo est une ville chaude, les parcs gardent leur pelouse verte, humidité de l’estuaire, nappes phréatiques abondantes. Il y a un romantisme réel dans ces espaces qui conjuguent l’art de vivre et l’espace vierge d’une végétation riche et pleine de senteurs.

Le sourire des habitants de Montevideo. Autant la réserve de Buenos Aires nous avait surpris, autant les «Montévidéens» sont accueillants, serviables, toujours prêts à rendre service et à entrer en communication. Ils vous interpellent dans le bus, vous donne des conseils, J’ai en mémoire la «mama» de l’hôtel où nous logions, s’extasiant sur «les Francés» qui débarquent chez elle, se mettant en quatre pour nous satisfaire et nous faisant la bise en partant !

La nuestra primera «Milonga». Par hasard, nous débarquons dans un lieu magnifique, type pavillon Baltard, baroque et rococo ! C’est la clôture du 26 ème Festival International de Tango. Le public est local, de tout âge, de toutes conditions, assis autour d’un espace où vont évoluer les danseurs. Nous allons assister à des démonstrations de tango par des couples d’exception, des moments de spectacle pur, un orchestre qui joue des standards du Tango ...mais aussi des plages de musique où le public envahit la piste pour évoluer. Les élèves de l’école de Tango, très jeunes avec des filles adultes, des vieux langoureusement en train d’évoluer, les serveuses avec le patron du restaurant... beauté incroyable de ces corps sans charmes qui chaloupent en rythme et épousent les volutes d’un son inimitable.

Et après Geneviève et Malou invitées par de charmants monsieurs, une vieille dame viendra m’inviter et j’aurai l’honneur de danser mon premier tango à Montevideo... Et en plus, je n’ai pas été ridicule.. enfin je crois !

Et pour finir, le bus qui nous emmène à Salto pour une traversée de 500 kms à travers une plaine verte déserte, troupeaux gigantesques, quelques gauchos à cheval, des près où des chevaux s’ébattent. La nature si pleine et si entière qu’un sentiment de vide immense s’empare de nous ! Vide incroyable après dix jours de frénésie dans les deux capitales de l’Argentine et de l’Uruguay.

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Uruguay

Publié le par Bernard Oheix

Vendredi 26 octobre.

Départ au matin. Destination le port introuvable de Buenos Aires. Une navette relie en 3 heures les deux bras de l’embouchure du Rio de la Plata. En face de Buenos Aires, la petite ville de Colonia en territoire d’Uruguay. Fondée par les Portugais, elle s’est opposée pendant un siècle de guerre à l’armada espagnole avant de succomber et d’être conquise au XVIIIème siècle.

C’est une petite cité portuaire préservée du temps. Le vieux quartier coincé dans la presqu’ile offre une vision propre à nous replonger dans un passé fleurant les colonies et les aventures d’outre-mer. Maisons basses en pierres, rues pavées, places arborées, église trapue, couleurs blanche et ocre...on a l’impression d’un décors et l’on s’attend à voir un cavalier surgir dans la nuit, à tout moment ! Et la mer partout, où que l’on tourne son regard. Une mer grise d’estuaire où se mêlent limons et sel, parsemée d’ilots verdoyant.

Nous logeons dans une auberge de jeunesse, l’Hostel Colonial dans une chambre collective à 7... et ce n’est pas désagréable, tant le froid est mordant en ce milieu de printemps. Ce soir, on se réchauffera...dans un concert de ronflements !

Au matin, café dans la cour au milieu de jeunes barbus et de jeunes filles colorées et départ pour prendre le car qui nous amènera à Montevideo. 2h30 d’une route tirée au cordeau traversant une plaine verdoyante où quelques maisons basses se nichent. L’Uruguay est un pays de 2 millions d’habitants dont la moitié vivent dans la capitale.

Les trains n’existent plus en Amérique du Sud. Dans les années 90 l’option de privatiser les transports a démantelé les réseaux ferrés qui avaient été construits par les Anglais. La route et les bus les ont remplacés.

Montevideo est adossé à la mer omniprésente. La vielle ville se situe sur un promontoire cerné par l’océan. Les maisons basses s’étirent de la place de l’indépendance jusqu’au rivage en une pente douce. Petites rues pavées, murs délabrés, usure du temps... Et pourtant, il se dégage un charme incontestable de cet ensemble disparate, une image qui colle à une esthétique exotique. Montevideo comme on la rêvée, avec son charme désuet, la mer bleue comme écrin, le passé vivant au présent !

La population est plus ouverte qu’à Buenos Aires, la réservée, les filles apprêtées arborent des sourires, des visages métisses tranchent avec l’uniformité Argentine, des couples sont enlacés...

Bon c’est vrai que l’on est un samedi après midi est que la ville est morte, des rues vides, magasins fermés...Le repos dominical commence la veille chez nos amis Uruguayens aussi ne conseillerons-nous point aux enseignes de bricolage et à la grande distribution de France de venir s’installer dans ce pays...on ne touche pas au grand week-end sauf à vouloir la révolution !

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Adios Buenos Aires...

Publié le par Bernard Oheix

Une semaine déjà... Et demain, départ pour l’Uruguay !

6 jours à Buenos Aires pour une première impression. Ville la plus européenne de l’Amérique du Sud, sans doute à cause de l’incroyable immigration composée d’Espagnols, d’Italiens, de Français et d’Anglais sans compter la vague d’Allemands de l’après guerre, la cité s’est constituée comme une mosaïque de cultures qui, chacune, a imprimé sa marque pour donner une capitale cosmopolite sans unité réelle mais comme en miroir de nos projections... Quartier Français, monuments Anglais (une réplique de Big Ben !), architecture Italienne, c’est comme si chacun de nos pas nous renvoyait à des bribes de nos propres origines.

Pourtant, les Argentins existent bien, ils sont réservés, polis, apparemment sans aspérités au tout premier abord. Il faut parler avec eux pour mieux comprendre l’histoire tragique de ce peuple, la série incroyable de bouleversements qu’ils ont vécus dans la succession de coup d’état qui tous les 10 ans, portaient au pouvoir des juntes militaires impitoyables décimant les forces vives de la nation, intellectuels persécutés, travailleurs asservis.

De ce point de vue, le Musée du Bicentenaire, construit sur les ruines des fondations du premier fortin, au pied de la Maison Rose, est un exemple de pédagogie vivante et moderne. Du XVIII ème siècle à nos jours, l’histoire de l’Argentine est expliquée, analysée et mise en valeur, des conflits initiaux contre l’Espagne à l’émancipation, de l’affrontement entre les fédéralistes et les tenants d’une centralisation contrôlée par Buenos Aires, du néo-impérialisme économique des anciens occupants à la création d’une économie sous perfusion des capitaux étrangers, de la présence envahissante de l’Angleterre à la succession de coups d’état qui rendent cette démocratie si avide de paix.

La ville vibre sans arrêt, le ballet incessant des bus impressionne, les jardins et parcs floraux ouvrent la cité sur une verdure luxuriante où des «gommiers» gigantesques séculaires étendent leurs branches à l’infini et offrent une ombre apaisante, les cafés chargés d’histoire racontent un passé prestigieux de tango, d’écrivains et de peintres en une légende sépia...Mais cela donne aussi une impression de vide, ou d’un trop plein d’énergie que rien ne peut encadrer.

A Buenos Aires, on ne voit jamais la mer, comme si ce port tourné vers l’horizon avait banni sa côte, les vieux immeubles baroques se juxtaposent aux flèches brillantes des grattes-ciel qui grimpent dans l’azur sans harmonie, les pavés défoncés des trottoirs ceignent des routes parfaitement asphaltées... contrastes, ville de paradoxes, ville du bout du monde. Tout est si loin, vu des antipodes et de cette terre que l’espace alentour enferme.

Je garde des images de fulgurance des Musées superbes, la trace vivante d’un Péronisme comme espoir, mais tout cela fait penser à une nouvelle de Buzzatti, Buenos Aires est une sentinelle des confins, un phare dont le pinceau lumineux n’accroche que le vide dans ses filets.

Buenos Aires est une complainte... mais sa musique est désaccordée !

PS : Plaisir extrême de diner avec un ami. Gaston Gallo, un maître artificier (la firme Jupiter qui a gagné à Cannes, c’est lui) et son épouse qui tient un restaurant à Puerto Moreno. On parlera d’artifices, bien sûr, avec mon projet «Battles in the sky» mais aussi de l’Argentine, de son enfance, de son père, de la dictature qu’il a connu. Homme passionné et raffiné, ils nous ouvrira les portes d’une Argentine inconnue.

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Vu à Buenos Aires

Publié le par Bernard Oheix

Aujourd’hui, petit recueil d’images saisies au vol...

Vu à Buenos Aires, des jeunes avec des hordes de chien attachés à des laisses. Ce sont des promeneurs de «clébards» qui vont les récupérer chez leurs propriétaires et les emmènent déféquer sur les trottoirs pour les oxygéner contre un peu de menue monnaie. Voilà une idée pour lutter contre le chômage et développer les emplois d’avenir en France. Je n’émettrais qu’une réserve, l’obligation de ramasser les déjections ! Dans certains endroits de la ville, des parcs canins permettent de les laisser s’ébattre sous l’oeil de leurs propriétaires, une façon de draguer quand on a plus de moutards à surveiller au jardin d’enfants ! Avec une petite réserve, les propriétaires de bulldogs n’ont pas toujours les charmes des jeunes mamans !

Vu à Buenos Aires, sur une place arborée de Santelmo, deux jeunes évoluer sur une tapis de danse. Ils sont beaux, sensuels, et dansent à la perfection un tango classique. C’est émouvant et un peu triste mais l’âme d’un Buenos Aires du passé ressort avec force, comme si derrière la réalité, la grâce intemporelle de ces pas les guidaient vers une perfection désuète. Ils feront la quête auprès des spectateurs et à la terrasse des bars, tous les deux unis, dans la beauté comme dans la trivialité d’un chapeau débordant de billets de deux pesos !

Vu à Buenos Aires, le Caminito dans le quartier de la Boca, coupe gorge artiste que tout touriste se doit de visiter. C’est un peu leur Montmartre, avec ses rabatteurs qui haranguent le passant pour le faire assoir à la terrasse des restaurants et consommer en regardant des danseurs évoluer sur des pistes de fortune, ses magasins qui mélangent allègrement les objets de pacotilles et les pseudo oeuvres d’art. Les ruelles sont bordées de maisons de tôles colorées et vernies et des peintures murales aux couleurs vives envahissent les moindres recoins. Les chemins de terre bordent une voie ferrée et les pavés centraux sont disjoints. c’est d’une vraie force brutale, mixant l’inventivité et la combine, l’attrape gogo et les pans d’une histoire tragique et d’un destin complexe. Ils ont créé une république de la Boca... ce qui peut me donner quelques idées pour mon retour !

Vu à Buenos Aires, la Bonbonera, le temple du football où Maradona entama son parcours planétaire. Visite du musée du «Bocca juniors», entrée dans le stade et une ferveur incroyable que l’on ressent dans le regard des enfants présents, des familles qui viennent communier, dans l’enceinte de ce vieux stade construit en 1940 qui peut accueillir 57 000 spectateurs dans une ambiance de folie. Le foot, une religion d’état en Argentine...mais cela n’est pas l’apanage que de nos amis argentins !

Vu à Buenos Aires, la place San Martin et son monument dédié aux 750 victimes de la guerre des Malouines constamment gardé par deux soldats en uniforme d'apparat. Un immense «gommier» de plus de 3 siècles étend ses branches énormes comme une corolle de verdure. A côté, une statue équestre avec le père de la nation, le Général San Martin qui libéra l’Argentine et le Chili du joug des espagnols avant de s’exiler et de mourir en France, à Boulogne sur Mer. Dans ce parc magnifique en ce début de leur printemps (nous sommes aux antipodes), un homme qui rit et plaisante avec nous. Il connait le foot français, PSG, Lyon, Marseille... et même Nice qui est une «pequina» équipe (selon lui !). Au désespoir de notre membre corse, il ignore Bastia ! On lui fera un don pour son association et il nous confirme cette impression d’une certaine «francophilie» bien en contrepoint de la haine de l’anglais que l’on ressent souvent ! Vive la France, nous lancera-t-il... mais c’était après lui avoir donné 100 pesos pour la lutte contre les MST !

Enfin, bu à Buenos Aires, un chocolat divin au Café Tortoni. Le plus vieux des cafés d’Amérique du Sud (1858), l’endroit mythique où échouèrent Lorca, Borges, tous les grands peintres et écrivains, les artistes locaux comme les visiteurs d’un moment... et nous ! Les murs sont décorés d’oeuvres originales, de dédicaces et de photos et le rituel pour entrer (30 mn d’attente dans une queue recueillie), le ballet des serveurs et la qualité du breuvage ne se ressentent même pas dans l’addition finale... 182 pesos pour 7 personnes, soit 15€ de pure nostalgie et de bonheur désuet ! Mais il n’était pas encore l’heure du spectacle de tango quotidien !

Pour cela, il nous faudra attendre encore un peu !

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La Ville sans lumières !

Publié le par Bernard Oheix

Buenos Aires est une ville étrange, une ville mosaïque constellée de vieux immeubles baroques décrépis jouxtant des tours flambant neuves, des parcs arborés où se dressent d’innombrables statues équestres de vieux généraux chamarrés de médailles et sabre au clair contre les nuages s’étalent au long d’avenues larges aux trottoirs défoncés, des quartiers aux murs recouverts de tags aux couleurs criardes et des poubelles débordantes que les chiens éventrent en répandant leurs détritus sur les bas côtés.

Les Argentins qui la peuplent donnent l’impression de ne pas s’aimer. Ils s’habillent sans grâce de «jeans» délavés sans formes et marient les couleurs aléatoires. Les visages des femmes ne sont pas maquillés et leurs vêtements n’ont pas vocation à les mettre en valeur. Manifestement, les argentins ne sont pas dans la «séduction»... il y a comme une tristesse, un renoncement dans leur attitude générale ! D’ailleurs, ils ne rient pas beaucoup, esquissent quelques sourires tout au plus.

Est-ce la crise dans laquelle ils sont plongés, est-ce l’histoire tragique des dernières années ? On sent un mélange de fierté blessée dans ce rappel incessant à l’attachement aux iles Malouines, un bricolage permanent que les tentes des indiens en révolte dans l’avenue de Mayo occupée rend plus tragique encore, les banderoles accrochées dans le souffle du vent devant le Palais Rose du gouvernement ne portent pas l’espoir, mais lancent des messages de misère aux visiteurs impavides.

C’est la fierté blessée d’un peuple qui survit aux confins de l’économie mondiale, entre le progrès et la récession, entre l’isolement et l’affirmation d’un territoire grand comme un demi continent, qui va du Pacifique à l’Atlantique, de la zone équatoriale au Pôle Sud mais dont le centre, Buenos Aires n’a plus d’âme, n’est plus capable de partir à la conquête de ses rêves.

Il reste le vague reflet d’une splendeur passée dans quelques palais aux formes biscornues, dans l’art décoratif de cafés rutilants imprégnés du son déchirant des complaintes d’un tango noir comme leur devenir...

Mais où va l’Argentine ?

Ce n’est certes pas en arpentant les rues de sa capitale qu’on pourra le découvrir... Il va falloir plonger dans ses terres profondes pour trouver peut-être des éléments de réponse. En attendant, ce peuple doux semble porter une partie de la fin des illusions dans leur regard délavés.

C’est le printemps à Buenos Aires, mais l’été sera chaud !

Et il nous reste 4 jours pour mieux la comprendre et l’aimer enfin !

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Buenos Aires : l'arrivée !

Publié le par Bernard Oheix

C’est par l’odeur, des bruits indéfinissables, dans le bruissement particulier de l’air que l’on reconnait une ville. Buenos Aires vibre comme aucune autre, signature indélébile désormais, après un voyage long, pénible, infernal.

Départ le jeudi 17 octobre à 16h de La Bocca de Cannes. Navette Nice-Paris à 19h30, retard à Roissy pour envol à 23h45...pour plus de 13h plus tard, survoler La Bocca de Buenos Aires et atterrir, ivres de fatigue, le corps moulus, en terre Argentine. On est le Vendredi 18 octobre, il est 8h40, et notre «voyage du Che» commence par 23 heures de torture dans un bilan carbone catastrophique...que nous saurons nous faire pardonner !

Sourire froid de Gustavo, notre hôte au visage austère de ce 1618 de la rue .... que nous avons réservé par RbnB, le site magique des voyageurs qui veulent payer moins et sortir des sentiers battus !

Quartier de Palermo, encore indolent à l’heure de notre arrivée. Une maison avec cour intérieure, toit en terrasse, et 3 chambres fraiches. Il fait chaud et un bougainvillier gigantesque aux fleurs écarlates s’accroche au mur et grimpe vers la lumière. Un oiseau déchire l’air de sa ritournelle entêtante... Nous sommes arrivés à Buenos Aires.

Le soir, nous tournons dans le quartier, les restaurants sont pleins, débordent de jeunes sur les trottoirs, c’est un quartier branché manifestement, la musique se déverse dans les rues, il fait chaud et le volume sonore est impressionnant.

Nous cherchons une première réponse sur la réputation de la viande argentine et la trouvons immédiatement, sur des tables basses et des nappes à carreaux... Oui, la viande est fabuleuse, somptueuse, incroyable et pas chère ! J’ai raison de ne pas être végétarien aujourd’hui !

Le sommeil ne se fera pas prier, ce soir-là, dans la rumeur indéfinissable d'une ville étrangère !

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De Brignoles à Buenos-Aires

Publié le par Bernard Oheix

Je rêvais d'un autre monde, même si le monde est parfois bien étroit pour mes rêves ! Fuir la grisaille d'un lendemain d'élection dans le Var et bondir vers les cieux, prendre l'avion et se réfugier en Amérique du Sud pour 6 semaines. Voilà au moins un aspect positif (sans doute l'unique !) de l'élection d'un représentant du Front National comme Conseiller Général à Brignoles.

Comment est-il possible que ce peuple tricolore bascule avec autant de complaisance et d'indifférence dans les filets d'une idéologie porteuse de chaos ? Que ce soit le pseudo programme économique de ces apprentis sorciers, que ce soit l'évidente division de la société française qui souffre déjà tant, que ce soit la montée incroyable de l'intolérance et des interdits, que ce soit dans la fermeture des idéaux, le retour du conservatisme et de la "moralité" comme censure... C'est une soupe nauséabonde que l'histoire a déjà servie il y a bien longtemps, que l'histoire même récente à déjà honorée. Regardez la gestion des villes "prises" par le FN dans les années 90,regardez les divisions entre les chefs de l'Extrême Droite, les innombrables dérapages, et autour de nous, regardez l'élection des députés d'Aube Dorée en Grèce, la conduite de Orban en Hongrie, en Autriche et en Angleterre...Ecoutez et lisez le vide de ces phrases toutes faites sur lesquelles ils cultivent leur fumier ! Tous pourris, l'UMPS, les élites de Paris, les immigrés, musulmans et les intégristes, les fainéants et les tricheurs...

Pauvre France. Tu as déjà succombé tant de fois aux démons. Tu fais semblant d'être résistante, mère de la révolution, grande, cultivée et généreuse, porteuse de Mai 68 et de révolutions...

Mais tu pues la morgue des français à l'étranger, la médiocrité de tes sentiments égoïstes, tu exploites les richesses de l'Afrique pour en regarder ses enfants se noyer sur tes rivages de notre indifférence. Tes riches sont de plus en plus riches et de moins en moins nationaux avec leurs coffres en paradis fiscal et nos usines déménagées en Asie, tes sportifs fuient en Suisse dès qu'ils ont gagné un tournoi grâce à la qualité de la formation dispensée, tes artistes demandent la nationalité Russe après avoir éclusé toutes les ressources de nos systèmes de protection de la culture pour ériger des fortunes...

Et les riches français vont habiter la Belgique où le capital est peu imposé pendant que les riches Belges émigrent en Angleterre parce que le travail y est poins imposé que chez eux !

L'Europe de la discorde, est-ce vraiment de cette union de la finance et des grands patrons que nous rêvions ? Ou plutôt d'une Europe des peuples, de la culture, de l'amitié, du développement, de la jeunesse, de la différence !

Et pendant ce temps le bon peuple vote Front National et se rapproche un peu plus de la falaise aux sons de la flute des désaccords, comme dans une fable qui commence dans le sourire et finie dans l"horreur d'un précipice où la foule est emportée !

Et pendant ce temps, Gilbert Collard adhère avec délectation, Delon se prostitue comme une épave, et les jeunes "tendances" assimilent avec gourmandise les recettes de la haine, tissent les fils du chaos, les édiles soufflent sur les braises... Elles savent d'expérience, que le désordre engendre les conditions propices au rétablissement de l'ordre par les terreurs ! Quand la terre tremble, on édicte des lois liberticides, on sépare le grain de l'ivraie, on tranche des membres pour faire vivre des corps décomposés... C'est l'histoire qui nous l'a apprit !

Alors, vous les enseignants, les fonctionnaires, les syndicalistes qui rejoignaient le Front... êtes-vous prêts à vivre votre cauchemar ?

Et pendant ce temps, la droite joue,avec le feu, divise et récupère la copie de la peste brune, assume l'héritage idéologique ignoble d'un Sarkosy teinté de Buisson, Copé est égal à lui-même et même Fillon craque par l'envie aveuglée du pouvoir absolu.

Et pendant ce temps, la gauche balbutie, fais des demies mesures, des réformettes pour les banques, ne tranche pas sur le cumul des mandats, s'enlise dans les dissensions internes, derrière un falot premier ministre copie de son maître, un ministre des finances au service des patrons qui nous ont menés à notre perte... Elle ne réforme pas le système parlementaire inconvenant des retraites pour les politiques, nous demande des sacrifices mais s'en exonère, continue à perpétuer l'idée que la gauche et la droite, c'est pareil, ouvrant un boulevard à l'extrême droite et à la peste brune !

Alors, Buenos- Aires pendant une semaine, puis les bus et on the road again ! Montevideo, les mythiques chutes d'Iguazu, les déserts de sel de Salta et les rampes escarpées des Andes, Mendoza, Santiago de Chile, Valparaiso avec la soupe de crabes sur le vieux port, toute la côte Chilienne, la région des lacs et retour par la côte Atlantique jusqu'à Buenos Aires...

Oui, cela me fera du bien, me lavera des odeurs pestilentielles qui montent des urnes de la France, ce pays que j'aime, beau comme parfois les Français ne le méritent pas, que tout le monde critique mais où beaucoup veulent vivre, plein de ressources et d'énergie, où le système de santé nous protège, qui nous donne une bonne éducation et nous permet encore de nous exprimer librement...

Mais pour combien de temps ?

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Hervé de Lumières

Publié le par Bernard Oheix

Il avait toujours été là, bien présent dans notre vie depuis ce début des années 70 où nous avions croisé nos chemins, entremêlant l’amitié définitive d’un groupe constitué à la fin des universités, quand l’heure des études doit faire place à celle des responsabilités professionnelles, l’insouciance à la gravité d’une vie à construire, les amours adolescents se confrontent à l’épreuve d’une vie d’adulte... Quand les rêves s’effacent et que fait irruption, au présent, ce monde réel que nous voulions tant transformer dans l’impatience d’une génération qui avait vécu un mois de mai 68 comme une révolution sans effusion de sang, une ode à la modernité d’un vieux monde en train de craquer !

Il y avait Maria et Amparo Fuentes, les belles brunes incendiaires filles d’immigrés espagnols, soeurs et épouses dans une période où les moeurs s’affranchissaient des liens du sacré, toujours à la recherche d’un équilibre à trouver entre leurs deux cultures et la place des femmes dans cette société mutante des années soixante-dix. Elles étaient fragiles et fortes, fières et si complexes de leur racines partagées.

Il y avait le grand Philippe Catalan, futur promoteur immobilier, celui qui devait réussir, à la personnalité fascinante, fils de militaire, cerveau enfiévré, curieux de tout, avide de savoir et d’échanges, appelé à diriger comme d’autres respirent, cassant mais sensible, si proche des autres qu’il en devenait le grand frère avant d’endosser la figure tutélaire du père symbolique de ce groupe disparate. A ses côtés, l’étrange Nicole, discrète en apparence mais tellement présente, le feu sous la glace.

Il y avait Olivier Poulin, le technicien du cinéma, goguenard marginal, buvant et fumant pour narguer la réalité. Rejeton de la haute bourgeoisie aux mains d’or et au coeur grand comme l’infini, il débarquait dans votre vie sans gêne, comme si tout lui était dû par ce que le monde lui appartenait de ne pas s’y insérer. Et tout le monde lui ouvrait la porte et son coeur. comme si c’était naturel et évident.

Il y avait nous aussi, Thérèse et Bernard, les petits derniers, couple atypique forgé dans l’airain, fils de prolos parmi ces enfants de la bourgeoisie qui s’inventaient un avenir échappant à tous les codes. Nous regardions, sans passé, un présent à bâtir, avec nos mains et nos cerveaux, seuls d’une histoire à créer, sans autre protection que notre futur à ériger. Il était beau ce futur car il nous appartenait !

Nous étions à quelques années seulement de notre mai «68», nous l’avions tous encore dans nos chairs, dans nos souvenirs, imprimé sur le parchemin d’un avenir que nous étions en train d’inventer, en rupture de toutes les normes. Nous allions changer le monde !

Nous mangions ensemble, sans s’inviter, en passant les uns chez les autres. Parfois dormions dans des lits de rencontre. A l’époque, il n’y avait pas de téléphone, quelques cartes arrivaient de destinations exotiques, pour nous rappeler à la mémoire des nôtres ! Tout se passait dans le contact, avec la présence physique. On organisait de grandes fêtes, essentiellement dans les villas cossues de Philippe. Nous nous retrouvions pour des journées de jeux, l’alcool coulait à flots, nous fumions tout ce que nous trouvions, nous parlions de politique, de cinéma et de livres. On organisait des jeux, on dansait, on se baignait dans la piscine, on faisait des randonnées. Il y avait toujours un relent de sexe, un indéfinissable parfum d’érotisme dans cette vigueur que nous affichions et dans cette volonté de partage.

Nous étions si jeunes et plein de vie.

Et puis il y avait Hervé Chauvin, né d’un ambassadeur dans un confort sans risque, rejetant le fardeau d’une classe sociale qui l’avait accouché, (mais en cela, Philippe et Olivier aussi vivaient ce rejet), sans prise sur le réel mais ancré dans le présent, à jamais déterminé par une certaine conscience de la vacuité du monde qui les avait enfanté, sans la peur des lendemains qui déchantent car issu de ceux qui possèdent les certitudes du pouvoir, mais désormais incapable d’assumer la place qu’on leur prédestinait.

Hervé était lumineux, comme une lumière chaude qui n’aveugle pas mais donne du relief à la vie.

Il avait décidé de vivre, tout simplement. Des études naturelles, des amours finalement bien sages dans cette période riche en dérèglements (deux femmes et quelques maîtresses), rien n’était jamais extrême chez Hervé, tout résidait dans la nuance de celui qui compose sa fugue comme un nocturne de Chopin.

Extrême sensibilité d’un esprit avide, capable de toucher à tout sans jamais devenir un spécialiste... si ce n’est d’un art de vivre sans contrainte.

J’ai en tête encore un Hervé envoyant une lettre à tous ses amis (nous étions encore jeunes et toujours pauvres, même si notre apparent dénuement de l’époque ressemblerait furieusement à une grande richesse aujourd’hui !). Dans cette lettre, il demandait à chacun d’entre nous, un peu d’argent pour s’offrir un piano à queue afin de nous honorer en musique quand nous viendrions partager des agapes chez lui. Il a obtenu le piano, ce qui n’était pas un mince exploit et démontrait à l’évidence combien on l’aimait, et jusqu’au bout, il en a joué, jamais comme un virtuose mais toujours avec passion. C’était bien sa signature d’échapper à la course de la perfection afin de jouir en esthète d’une existence libérée. Un morceau de cet instrument de musique, une touche blanche ou noire de ce piano, m’appartient à jamais, même si j’aimerais tant qu’il en ait encore la pleine jouissance et ouïr le jaillissement de ses notes sous ses doigts fins comme son esprit !

Je me souviens aussi d’un Hervé en capitaine courage d’un paradis perdu retrouvé, Barccagio, une baie du Cap Corse où il nous entraina pour des «robinsonnades» en camping sauvage qui emplissaient nos étés de soleil, d’amour et d’amitiés. C’était au début des années 80, nous étions jeunes encore, même si nos enfants courraient partout en poussant des cris d’orfraie. Une anse sublime au bout du monde, une vie sans chaînes dans un Eden bucolique, des camps de fortune que chaque famille bâtissaient en architecte éphémère où l’inventivité tenait lieu de savoir faire à coup de planches, toiles, pierres et cordages... Il y avait des puits entre les oliviers et nous nous «désalinisions» à grands coup de jets de seaux d’eau en hurlant de rire avant des soirées de partage, de bouffe et de jeux.

Au menu, on trouvait le poisson qu’il péchait pour les amis, les poulpes qu’il attendrissait et préparait à la poêle avec de l’ail et du persil pour des soupers à la chandelle des étoiles. Car Hervé, en bon vivant, était un redoutable cordon bleu, apte à improviser avec des riens afin de marier les arômes subtils, les saveurs les plus délicates... De ce point de vue, il n’était pas un fils de la Grande Bourgeoisie pour rien !

Hervé aimait le foot, nous regardions chez lui à chaque édition, les coupes du monde des années fastes, celles où l’on pouvait encore rêver, c’était avant l’Afrique du Sud, en un cérémonial païen destiné à accroitre les chances de notre équipe tricolore si mosaïque dans sa composition qu’elle nous apparaissait comme un symbole de cette France que nous aimions. Hervé aimait modérément le jeu... quelques pokers à 3 sous lui permirent de se prouver qu’il avait bien raison de ne pas être accroc... même ses enfants, Raphael et Samuel le battaient régulièrement.

Hervé aimait surtout parler, creuser, lire, se cultiver, discuter, voir des spectacles. Il aimait la musique et nous avions pris l’habitude de nous envoyer des «cassettes» (cela a existé, c’est vrai !) où nous enregistrions des morceaux que nous aimions, à faire découvrir et partager. Il vint plusieurs fois avec la belle Manu, sa femme, au Palais des Festivals de Cannes pour des soirées découvertes. Il était curieux de tout, sans jamais s’obstiner ni se prendre au sérieux.

Hervé n’était pas le père, ce rôle, c’est Philippe qui l’avait endossé à jamais dans notre phalanstère. Hervé était le grand frère dont tout le monde rêve. Les amis de la belle Nina, sa dernière réussite, sa fille, en savent quelque chose, eux qui trouvaient en lui le confident parfait, celui à qui l’on peut tout dire et qui en raconte si peu et si justement qu’il donne l’impression de n’être qu’une caisse de résonance de ses propres aspirations.

Nous avions, dans les années 90, l’âge aidant, imaginé acheter tous ensemble, un grand hôtel désaffecté, mas au soleil, pour y finir nos vieux jours, afin d’y vieillir de concert, notre maison de retraite à nous, un abri dans lequel nous saurions nous rapprocher de la mort avec sérénité, entouré de ceux que nous aimions. Utopie certes, mais si belle réalité ! Nous en avons déliré des soirées à l’inventer ce paradis où trouver la paix ! Pas trop loin de la ville pour les cinémas et les spectacle, proche de la mer, notre passion à tous, des chambres individuelles avec des lieux communs, une mutualisation des biens de culture (quelle gigantesque bibliothèque et discothèque aurions-nous constituées !), avec une répartition des tâches à la clef : Thérèse aurait ré-endossé sa blouse d’infirmière (on en aurait bien l’utilité d'une infirmière même si, n’en déplaise à Olivier, elle n’aurait plus été nue dessous !), moi, j’aurais incarné le «grand» animateur, metteur en scène des grandes fêtes, ordonnateur des pompes célestes avant de passer à celles des veillées funèbres et des panégyriques émus, Philippe aurait assumé la responsabilité de tout (comme à son habitude !), Olivier, la cave à vins et les clops (même si l’âge aidant, la nécessité d’arrêter de fumer se fait sentir !), les Espagnoles au Flamenco et à la cuisine (je sais c’est un peu cliché, elles ont d’autres qualités !), Manu l’épouse d’Hervé, la plus jeune, pour conserver nos fantasmes érotiques cacochymes, Nicole, la tenancière des tables de poker et conscience d’un principe de réalité intangible...

Curieusement, dans toute ce délire fantasmagorique, Hervé avait réussi à n’avoir aucun rôle précis, sans doute parce qu’il représentait l’archétype même du membre symbolique, unique et indispensable, bien à l’image de ce qu’il a tenté d’être toute sa vie, ailleurs et ici, futile et capital, indispensable et dérisoire, élégant jusqu’au plus infime détail...

Hervé était un sourire de la vie. Il avait une façon si particulière de vous regarder et de vous aimer. Un peu distant mais si proche, un peu caustique mais si humain, classe jusque dans les douleurs de son dos qui le terrassait dans les dernières années de sa vie.

Hervé à eu une vie professionnelle comme cette génération du baby-boom a pu l’avoir, par nécessité et sans drame : cadre à l’ANPE, lui qui méprisait au fond de lui le travail et les oripeaux de ce qu’il implique en relations sociales désincarnées !

Il a conçu trois enfants magnifiques qui représentaient vraiment ce que nous espérions tous de nos générations futures, pleins d’humour et d’intelligence, vivant même dans le regard qu’ils portent sur les autres. Il y a Raphaël le «businessman», cadre qui gagne beaucoup d’argent dans l’immobilier mais n’a jamais oublié d’en rire, et Samuel l’artiste, producteur fauché de cinéma mais qui tire son épingle du jeu et survit dans une jungle impitoyable en gardant toute son intelligence et sa finesse... Et puis il y a Nina, la petite dernière, qui est a un âge où l’on ne devrait pas vivre de drame, entre les amours et les études. Elle était avec son père la nuit ou il a décidé de s’en aller visiter les musées des fantômes de l’ailleurs.

Et puis il y a Manu, l’épouse, celle qui venait de prendre sa retraite et pouvait envisager de changer de vie pour se mettre en phase avec son «vieux» mari. Elle nous avait contacté en secret afin d’organiser l’anniversaire symbolique des 70 ans d’Hervé, une grande réunion de tous ses amis, à la mi-septembre avec surprises et amitiés en dessert. C’est aujourd’hui, samedi 14 septembre, que nous aurions du nous retrouver pour l’honorer !

Quand l’on regarde bien, Hervé a toujours été le premier. Premier de sa classe, premier à faire des enfants, premier à fêter ses 50 ans, premier à partir à la retraite... Au fond, peut-être n’est-il que justice que ce soit lui qui nous montre la voie : premier à décéder pour nous préparer aux parfums de l’automne, premier à pouvoir contempler tout ce que l’on a pas fait et que l’on ne fera plus désormais, premier à ne pas pleurer les autres, premier à nous faire sentir combien l’âge a rattrapé notre vieillesse, comme ont fuit les espoirs et les rêves, premier a se demander si nous avons vraiment vécu et pourquoi ?

Voilà, Hervé nous a fait sa révérence, avec classe et ironie, comme d’habitude, parce que c’est Hervé, et qu’il nous manque déjà !

Parfois, dans un groupe, entre amis, la fréquence des liens est intense, parfois ils s’étirent, plus lâches, comme l’est la vie tout simplement.

Ces derniers temps, coincés dans nos vies séparées, une petite faille temporelle était apparue. Il y avait bien plusieurs mois que nous n’avions plus eu de contacts. Fins de carrière professionnelle, des jours qui s’effilochent, un rendez-vous raté quand, devant partir en Corse, ils nous téléphonèrent pour une halte à Cannes avant d’embarquer à Nice... maison pleine ! Un week-end prévu à Aix... mais la famille Chauvin était partie à la campagne... C’est la vie de l’amitié, des rendez-vous que l’on rate parce qu’on a l’éternité pour les réussir. Thérèse avait envoyé, il y a quelques semaines, un mail pour renouer ce contact distendu depuis quelques mois... Il avait répondu avec enthousiasme, nous annonçant nos retrouvailles, pour bientôt, maintenant que sa Manu était enfin libérée, comme nous, des liens sacrés du travail !

Alors, on devait se revoir, manger, boire, fumer et rire...

C’est vraiment ce que l’on a fait, mais devant son cercueil, en un dernier clin d’oeil qu’il aurait aimé, avec ironie et distance, un peu hautain mais charmeur, avant de s’envoler en fumée, et ses cendres seront déposées dans l’anse de Barccagio, pour une dernière «robinsonnade» éternelle !

Combien allons-nous couper de fleurs dans les hivers qui s’annoncent ? Et quelle ironie que ce Hervé goguenard en train de nous attendre en souriant dans les vagues sereines de notre mémoire...

A toi, mon Hervé de lumières !

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