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Du pays Niçois à Madagascar

Publié le par Bernard Oheix

 

  La fin de saison se profile à l’horizon avec son heure des bilans qui se pointent, des analyses et des constats, des exégèses et des tableaux, de ce travail qui chasse l’alchimie du moment de rencontre pour le faire entrer dans un schéma avec la perfide sanction des chiffres… Disons-le, malgré la vraie crise, la désaffection générale d’un public volatile, la focalisation sur des produits formatés… la saison 2009/2010 aura été de bonne facture. Avouons que commencer avec Peter Doherty, Archive, Bregovic…et terminer sur le Gotan Project, cela a de la gueule et en impose quelque peu !

Et n’en déplaise aux esprits chagrins, la magie fonctionne encore et dans les interstices d’une crise ravageuse, nous autorise toujours d’espérer et de vivre intensément la rencontre entre un spectacle et un public même si parfois ce public fait cruellement défaut… et c’était le cas le 24 avril du côté du Théâtre de la Licorne pour le Corou de Berra et le malgache Rajery avec Talike en invitée ! Les absents ont vraiment eu tort ! Où étaient-ils nos amis occitans, les amateurs de Musiques du Monde, la communauté malgache ? Où étaient donc ceux qui rêvent debout ?

 

Le Corou de Berra, c’est 15 ans d’amitié, plusieurs concerts récurrents à Cannes, une disponibilité évidente frisant parfois l’inconscience (on se souvient encore d’un concert historique « sous la mer » aux Rochers Rouges de La Bocca où perchés sur un entablement rocheux, ils chantaient vêtus de blanc devant 3000 personnes en maillots et tubas en train de plonger pour écouter leur musique au fond de l’eau !), des réussites exemplaires (le concert avec Jean-Paul Poletti en 1996, des expériences avortées, les balbutiements de l’introduction de la musique (concert avec A Filetta en avril 2001), deux messes de Noël à donner l’envie de se convertir et communier (bon, là, faut pas exagérer !)… C’est aussi un 10ème CD, sobrement intitulé « 10 » et c’est Michel Bianco dit Michael White, Françoise Marchetti, la voix divine de Claudia Musso, Primo Francoia et Pascal Ferret réunis dans un groupe polyphonique qui a su s’extraire de la tradition et aller à la rencontre de créateurs modernes pour enrichir leur répertoire (Etienne Perruchon et Gilberto Richiero).

 

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Même si les cheveux blanchissent sous le harnais depuis 20 ans, même si la période actuelle n’est pas propice à la créativité débridée et à l’enthousiasme délirant, le Corou trace son chemin, sillon après sillon, sans jamais s’endormir sur les recettes toutes faites d’une musique de conformité, bien au contraire. Ils ont réussi à intégrer la mouvance d’une école d’Opéra moderne avec Perrucchon où la recréation sacrée avec Richiero. Leur dernier opus est un bijou, un de ces disques à emmener sur une île déserte pour y inventer l’électricité afin de l’écouter et qui fait partie d’une médiathèque personnelle sans laquelle l’avenir nous semblerait si fade. Quelques plages du CD font courir des frissons. « Lo vielh Senhe » « Niente di Noi » (2mn 57 de grâce et de bonheur absolu avec des voix qui s’enchâssent en vagues et des contrepoints suspendus dans l’éther), Le sette Galere, La Vidjamé (tirée de Dogora, l’opéra d’Etienne Perrucchon), d’autres sont plus traditionnels (Lou Roussignol, Maria, Se Canto…). L’ensemble se caractérise par un extrême soin du volume sonore des voix en contrepoint de la musique, sans jamais forcer sur la présence de l’organe humain tout en valorisant les nuances, la finesse et la précision des traits prenant le pas sur la dimension chorale. C’est l’œuvre majeure du Corou de Berra, celle de la maturité et de la plénitude, de la maîtrise non seulement des voix mais aussi de son rapport à l’instrument. C’est un CD à acheter, à voler chez son ami, à obtenir par tous les moyens !

Le concert sera à l’image du CD : élégant, classe, légèrement distancé, comme si la musique était plus forte que la crise et les fauteuils parsemés de vide. 3 morceaux a cappella avant que les musiciens rejoignent le chœur :(Gilles Choir en vieux pirate attachant avec bandana pour dissimuler son désarroi, Eros à l’accordéon subtil…). 45 minutes de bonheur qui s’écouleront sans même que l’on perçoive l’aile du temps, le frisson à fleur de peau. Corou for ever !

La deuxième partie de la soirée offrait une rencontre inédite, comme on les aime à Cannes, comme seules les villes qui en ont le désir et les moyens peuvent se le permettre. Rajery, une des voix les plus étonnantes de Madagascar invitant Talike, la leader du trio Tiharea accueilli la saison passée en polyphonie, pour un concert sublime. Armé de sa « valiha », une harpe à 15 cordes très complexe à utiliser donnant une sonorité particulière, Rajery pénètre sur la scène, discret, humble, face lunaire et bouille d’enfant émerveillé sortant de sa brousse.

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Après le concert, dans un de ces pots à boire qui nient le temps avec des artistes ouverts sur le monde, il nous racontait son angoisse, la première fois qu’il a débarqué en Europe pour jouer de la musique, devant les escaliers mécaniques, sa peur de la circulation dans les rues, tous ces appareils étranges qui meublent nos vies et lui semblaient si abscons. Il a gardé cet esprit d’enfant rieur, ce regard faussement naïf car si lucide devant le décalage du prix d’une vie selon que l’on est né d’un côté des Pyrénées où par-delà les océans. Il permet à l’ailleurs de faire effraction pour entrer en résonance avec notre univers figé. Son introduction à la « valiha » est un moment d’éternité, notes langoureuses étirées jusqu’à l’infini. Son groupe (batterie, basse et guitare, d’excellents musiciens, tous chanteurs) est en osmose avec lui et imprime une marque forte, une musique qui « sonne » et donne envie de bouger, de laisser son corps dériver.

A mi-concert, il va présenter son invitée spéciale, Talike, Princesse des Epines, née dans le Sud du pays, le territoire de l’Androy de Madagascar, cette île continent aux 18 ethnies qui arrivent encore à vivre ensemble et à se comprendre, Talike possède une voix dévastatrice, une voix qu’elle peut percher en hauteur et laisser en suspens. Avec ses « dokodokos », des tresses rituelles, elle est fière et sauvage, elle donne un coup de fouet au concert en permettant au jeu entre Rajery, les musiciens et cette silhouette féline de monter encore d’un cran. La salle tangue, les danseurs envahissent les travées et le concert finira dans une orgie de sons et de couleurs, de cris et de chants, de beauté et de ferveur.

 

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C’est ainsi donc une rencontre rare à laquelle nous avons assisté, une vraie création musicale « live » entre deux hérauts d’une culture où la musique se niche dans chaque geste quotidien, chaque drame et joie de l’existence, au cœur de la vie. Madagascar est un pays de musique trop souvent éloigné des chemins de notre connaissance et ce soir-là, du côté de Cannes, une page d’espérance s’est ouverte...

 

PS : Les photos sont de mon ami Eric Dervaux, un photographe qui aime les artistes et leur offre un soupçon d'éternité !

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Le jugement dernier/Requiem de Verdi

Publié le par Bernard Oheix

 

La genèse de cette création plonge dans le Trastevere, un restaurant de pâtes situé le long du Tibre dans une Rome où je m’étais rendu pour visionner La Divina Comédia, opération chantilly sponsorisée par le Vatican. De cette Divine Comédie, il ne restait que la qualité d’un procédé de rétrovision sur des tulles transparents d’un décor virtuel créant un véritable choc esthétique. Au repas qui suivit, se trouvaient réunis mon ami Richard Stephan, un producteur atypique de gros spectacles et Paolo Miccichè, auteur, dans cette Divine Comédie, des projections futuristes permettant aux chanteurs et acteurs d’évoluer dans des décors de synthèse à la réalité sublimée.

C’est au cours de ce repas, qu’après avoir formulé quelques réserves sur le spectacle à la mortadelle auquel nous venions d’assister, vantant malgré tout la qualité de son procédé, que nous convînmes tous les 3, de créer à Cannes un véritable événement, une création mondiale s’appuyant sur son idée de mêler le Requiem de Verdi avec les images du Jugement Dernier de Michel-Ange ornant le plafond de la Chapelle Sixtine. Ajoutons que les pâtes étaient succulentes, le vin délicieux que nous bûmes à forces rasades pour fêter cet engagement à l’ancienne, et que nous « topâmes » dans la main en gens qui se respectent et respectent leur parole !

 

Disons-le, à partir de ce moment, tout ne fut pas rose…

A commencer par les négociations avec les orchestres de Nice et de Cannes en train de fusionner dans la haine, des responsables (que nous ne citerons point) nous toisant de haut, trublions dans ce monde compassé d’une musique classique qu’ils étouffent et font mourir sous leur conformisme…En décembre 2009, après une réunion à Nice qui tourna à l’inquisition et au procès d’intention, nous décidâmes de jeter l’éponge malgré les ventes plus que satisfaisantes et l’attente du public : l’orchestre refusait toute idée de mise en scène et les chœurs hurlaient avec la meute ! C’est toujours triste l’annulation d’une création, un sentiment d’injustice qui nous prive de notre part de rêve, la disparition dans le chaos d’une oasis d’espérance, des émotions perdues à jamais…

C’est dans ce week-end fatal entre chien et loup que Richard Stephan eut un sursaut libérateur. Il me demanda de suspendre la suspension, le temps pour lui de négocier avec l’orchestre de l’Opéra de Toulon et les chœurs semi-professionnels de Nice.

 

Que dire du spectacle ? Superbe et envoûtante cérémonie secrète, hymne à une vision libérée et désincarnée dans les plages sonores obsédantes d’un Requiem de Verdi sublimé. Les voix magnifiques, les solistes d’exception au service de ce Jugement Dernier de Michel-Ange, contrepoint par l’image des angoisses d’une messe des morts. C’est un opéra total, une œuvre hybride entre la leçon magnifique d’un peintre offrant sa vision d’une humanité désarmée devant la mort et les boucles intemporelles envahissant l’espace d’un compositeur obsédé par cette frontière que l’homme franchit pour s’affranchir. Rarement j’ai perçu à ce point combien le détail d’une peinture, qui a marqué une époque, pouvait se confondre avec un son immatériel, une alchimie complexe, deux arts se fondant dans une fresque animée pour renvoyer le public vers des questions essentielles : beauté mortifère, hymne à la mort, sentiment d’un Dieu tout puissant bien loin des oripeaux du pouvoir, dans un éden que la vie offre à ceux qui passent de l’autre côté du miroir et nous laissent orphelins d’une mémoire.

 

Bien sûr, comme toute authentique création, le spectacle progressera encore après cette première, certaines images ne sont pas assez exploitées, le montage peut gagner en efficacité, la mise en scène se libérer en s’étoffant…mais en toute état de cause, cette première ébauche affirme la force de la vision de Paolo Miccichè, son talent dans l’orchestration d’une technique novatrice au service d’œuvres immémoriales.

 

Et n’en déplaise à tous les conformistes qui parasitent le monde de la musique, on peut aimer et travailler le classique en étant moderne, en offrant une alternative à l’ennui profond de ceux qui endorment le public dans la répétition sans saveur du suranné ! L’inventivité peut faire bon ménage avec le bon goût…Nous l’avons prouvé ! Merci à Richard Stephan, le producteur atypique et à Paolo Miccichè le metteur en scène de génie de m’avoir permis de les accompagner sur les chemins tortueux de la création et d’avoir entrouvert les portes de la perception !

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Rokia Traoré : ma déclaration d'amour !

Publié le par Bernard Oheix

Rokia Traoré : déclaration d’amour.

 

Samedi 20 mars 2010, Théâtre de la Licorne. Après bien des vicissitudes, Rokia s’apprête à entrer sur scène. Il est 21 heures 15. Nous avons 45 minutes de retard, la salle initialement prévue ayant été récupérée pour un congrès, nous avons dû nous replier à la Licorne pleine à craquer, arrêter les ventes et mettre en place un système de navettes afin de rapatrier les égarés de La Croisette que nous n’avions pu informer. Le public s’impatiente. J’arrive de mon piquet de garde devant l’ex-lieu où j’ai fait la voiture-balai. J’ai hâte de retrouver une de ces chanteuses merveilleuses, une de celles qui font rêver et permettent de penser que la musique est bien un vecteur entre les cultures, un facteur de paix et d’amour. Elle me donne l’impression de faire quelque chose de bien en la programmant, de servir et d’être utile. J’ai déjà assisté à 2 de ses concerts et pour rien au monde je ne raterai celui que j’organise dans ma ville !

 

Elle est belle, étrangement belle d’ailleurs. En dehors de tous canons, Grande et filiforme, un visage étroit et plat, deux immenses yeux fureteurs, un corps maigre. Elle n’a pas de poitrine ni de fesses, une longue robe l’enveloppe, dissimulant sa finesse. Elle ressemble à une enfant gracile qui ouvrirait d’immenses yeux devant la beauté du monde.

Quand elle parle, un filet de voix discret s’échappe de sa bouche, comme si elle avait peur de ce micro ouvert qui l’oblige à meubler le silence et à se livrer au public. Elle veut partager, pas imposer et s’excuserait presque de ces feux qui l’illuminent dans un travail d’orfèvre. Pourtant elle habite la scène et quand la musique sculpte l’ombre, quand elle se met en mouvements devant ses musiciens dans un cône de lumière, alors, elle devient une reine, somptueuse de grâce, liane vivante habitée de toutes les passions, nerveuse, cadencée, vivant les notes comme si elle pouvait les incarner et donner de la chair à l’éphémère.

Et cette voix si fluette, quand elle décide de la projeter pour l’inscrire dans le rythme de ses musiciens, rien ne lui résiste. Elle franchit les barrières, casse les frontières, envahit chaque espace, devient l’incarnation de ces notes qui flamboient et dévastent tout sur leur passage.

Elle est à mi-chemin de toutes les cultures même si son essence africaine affleure à chaque instant. Sur la base d’une étrange guitare « ethnique » au son aigre, elle va évoluer en flirtant entre le blues et les rocks, sertissant de mélopées profondes d’autant plus belles que sa voix aiguë se glisse entre les instruments, batterie, basse et guitare en contrepoint, sa sœur en appoint de chœur pour relever le chant et lui permettre de dominer le son en l’épiçant de variations.

Dans son introduction musicale, elle va installer son univers, donner une atmosphère en tendant la main à son public, deux morceaux très lents et doux avant de prendre possession de la salle et d’attirer les spectateurs dans son univers si particulier de douceur et de fureur. Loin d’un Salif Keita ou d’un Ismael Lo, elle est en rupture d’une tradition et invente une musique de métissage originale, fusion de deux mondes qui communiqueront par son entremise pour mieux s’aimer. Elle est Princesse Africaine et donne son énergie pour que l’osmose ne soit pas seulement le tribut d’un concert mais bien au cœur d’une démarche où la vie prend toute sa valeur.

Ses interventions, toujours justes et mesurées, donnent une dimension humaniste à sa démarche, une compréhension de ce qui réunit les gens et gomme les différences sans les exclure. Elle est l’oriflamme derrière lequel nous avons le désir de nous rallier, pour la paix dans le monde, pour le partage.

Rokia, je t’aime d’amour, ton univers est le mien, tes gestes me fascinent, ta voix me transporte. Avec toi, je deviens « fan », je signe et persiste. On a besoin de toi parce que tu es une lumière dans la nuit et que derrière ton sourire humble, tes yeux qui rient, ton corps qui tangue, il y a la beauté de l’humanité, la ferveur d’une femme, le cri désespéré de ceux qui portent la paix et la tolérance au sein d’un monde si imparfait.

 

J’avais déjà écrit sur Rokia Traoré, (cf. mon blog, Musiques et spectacles en stock 1, juillet 2007). Après le concert, je me suis rendu dans sa loge pour la saluer et la remercier. Elle avait la tête ailleurs, ivre de sa prestation, décompressant. J’ai balbutié quelques mots et je l’ai serrée dans mes bras en me présentant. Elle a mis quelques secondes à redescendre sur terre et je lui ai sorti quelques tristes banalités de circonstance, sincères mais si pauvres ! Elle a souri et quand j’ai tourné les talons après avoir obtenu une dédicace sur mon programme, elle est rentrée dans sa loge. En m’éloignant dans le couloir, j’ai entendu « Bernard ». Elle était ressortie sur le seuil et m’a lancé « -Merci de m’avoir invitée, merci vraiment… », comme pour se rattraper d’une distance qu’elle n’aurait point désirée…J’ai été heureux, simplement, bêtement, de ce rappel, d’un merci sincère, sans affectation, comme rattrapé par une force qui cimente les passions, les gens de bonne volonté dans la crudité d’un couloir triste illuminé par sa présence.

Rokia, une grande Dame, une artiste d’exception, une femme de cœur !

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Les 60 ans de micheline.

Publié le par Bernard Oheix

Un discours, un discours...Ma réputation de "discoureur" m'ayant précédé, j'ai donc dû officier pour l'anniversaire de notre amie, Micheline P...atteinte de la limite d'âge fatidique d'un chiffre bien rond qui sonne comme un coup de tonnerre dans un ciel sans nuages : 60 ans ! Voilà donc pour cette Amie que je ne connais que depuis 40 ans, que je me retrouve dans la nuit du samedi, à 2 heures du matin, en train de pondre quelques élucubrations. Je ne sais si vous en sentirez la substantifique moëlle, mais j'ai eu l'inspiration, parce que je suis effaré de voir ce temps nous filer entre les doigts, je ne comprends pas physiquement, comment les années peuvent s'enchaîner à une telle vitesse...c'est un mystère pour moi ! Dans la tête, je sais que j'ai exactement le même état d'esprit qu'hier, ou avant-hier, dans le corps pourtant, je ressens cette atteinte, cette usure, et elles m'effarent et m'effraient !

Alors je me suis vengé sur ce discours en hommage à ma copine de 40 ans, et je sais qu'elle reste belle et qu'à travers toutes ces épreuves que chacun d'entre nous vit, une part de lumière reste attachée au nom de l'amitié.

 

 

 

Micheline,

 

Te voilà donc arrivée  à un âge raisonnable, enfin, en haut de la colline comme on dit, au sommet, au top….Tu es sur la crête de ton existence, 60 balais…Tu es une vieille peau, une sexagénaire, une vioque quoi ! (Non, je déconne !)…

Il te faut donc désormais entamer la descente, d’un pied ferme, être joyeuse…faire comme si tout cela était normal et qu’il est naturel d’empiler les années. 60 ans, après tout ce n’est pas si grave, tu n’es pas la première et autour de toi, nombreux t’ont précédée, ou te suivent de près…même si tu n’es pas à la retraite comme certaines de tes copines qui ont déjà la tête au soleil et regarde avec amusement ton planning de permanences à la clinique où tu continues de perturber les ultimes miettes de raison de tes pensionnaires torturés par des camisoles chimiques et des électrochocs à gogo.

Et puis il y a des avantages, la carte vermeil, les séances de cinéma 3ème âge, l’université bel âge où tu pourras enfin te cultiver pour voter à gauche, mais oui, Micheline, cela va bien arriver un jour, à force de te travailler au corps, tu vas comprendre que Sarkozy est responsable de tout, même du fait que tu as 60 ans aujourd’hui.

As-tu remarqué qu’à partir d’un certain degré, l’âge devient « bel », suprême hypocrisie qui veut nous faire prendre des vessies pour des lanternes, ces vessies d’ailleurs que nous avons tant de difficultés à contrôler justement à partir de 60 ans.

Mais bon, avouons-le, tu as de beaux restes et il fait nul doute, qu’avec un bon wonderbra, ton décolleté peut faire plonger le plus austère des célibataires accroché à sa liberté dans une rivière de stupre et une extase éternelle.

Et puis ta voix, Micheline, ce délicieux petit roulement sur tes « airs » qui renvoie à ces îles dont tu es la fleur sauvage, cette inimitable accent qui fait de toi une femme unique, quand donc nous diras-tu « -je t’aime très fort » comme si c’était la première et la dernière fois.

On a longuement hésité avant de te faire un cadeau…Une séance avec un chippendale, un dîner aux chandelles à Disneyland, un barbecue à la campagne, une boum comme au bon vieux temps avec le quart d’heure américain, slow et pelles à gogo (j’étais même prêt à me dévouer), un bal masqué qui aurait eu l’avantage de dissimuler nos rides…mais finalement le grand concile de ta famille et de tes amis, connaissant ta fragilité de cœur, a décidé de cette surprise bien sage, raisonnable…après tout quoi de plus émouvant que de retrouver (presque) tous les tiens, autour de cette table, pour te célébrer, te vouer un amour et une amitié éternels. Et compte-tenu que c’est toi qui doit payer l’addition, autant reprendre du dessert malgré nos analyses qui font craindre le pire sur notre taux de cholestérol !

Voyons plutôt le bon côté des choses. A ton âge vénérable, tu auras toujours une place assise dans le bus, tu peux découvrir le monde du spirituel (pour la chair, c’est trop tard), devenir bouddhiste ou adepte du zen, faire du yoga ou du macramé à la MJC, tu peux envoyer des blagues osées par Internet, faire de l’exercice en pédalant sur ton vélo d’appartement en regardant les feux de l’amour, parler de psychothérapie (pour les autres), faire les antiquités dans les vide-greniers en retrouvant tes souvenirs de jeunesse, dépenser une fortune au téléphone avec tes copines en réussissant à ne rien dire pendant des heures de forfait, courir en ahanant le long du golfe pas très clair, se remémorer la liste de tous les chanteurs et acteurs morts depuis un demi-siècle…

Tu peux aussi t’inscrire sur meetic en mettant la photo de ta fille et en trichant sur ton âge, personne ne t’en voudra, vu qu’elles font toutes la même chose…

Et puis, tu sais, avant tout, il faut que tu comprennes que, quand nous te regardons, nous ne voyons pas ces atteintes discrètes de l’âge qui te font rider les yeux et crevasser la peau…Non, non… nous avons tous des lunettes à double foyer, alors…

Bon, je vais aller prendre mon viagra et mes vitamines C, peut-être que tu voudras terminer la nuit avec l’un d’entre nous et si cela tombe sur moi, il faut que j’assure comme une bête en rut au crépuscule… on arrivera à refaire le monde si on nous laisse encore un peu de temps.

 

Micheline, au nom de tous tes ami(e)s, on t’aime d’amour, reste la femme orgueilleuse et fière que tu es, cette fille de créoles qui a appris à dominer le monde à coup de matraque sur le dos corné des indigènes et rêve d’une vie de félicité pour les 60 ans qu’il lui reste à vivre !

Garde ton humour, (surtout après ce discours !), pense à tes enfants, petits-enfants, à tes copines, à ceux qui ont partagé quelques miettes de ton existence, qui t’ont offert l’amitié, le gîte et le couvert quand tu étais dans la misère et qui attendent que tu gagnes au loto pour être remboursés. Dépêche-toi…

Enfin, pense à nous comme l’on t’aime et te retourne pas…(air connu), d’abord parce que tu risques un torticolis et surtout parce que la vie est devant toi, tout près de l’horizon et qu’il flamboie pour annoncer à l’univers que tu as 60 ans et que c’est le plus bel âge de la vie !

 

Bon anniversaire ma chérie.

 

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Inventaire avant destockage (11)

Publié le par Bernard Oheix

Le 24 avril nous allons vivre une superbe soirée de musique à la salle de la Licorne dans le cadre de la saison "Sortir à Cannes" 2009/2010. Rencontre entre polyphonies et instruments de musique, rencontre entre les voix malgaches et les choeurs méditerranéens. Rajery et Talike pour l'Afrique, Le Corou de Berra pour notre région, deux univers qui se télescopent et créent dans l'échange, les conditions d'une meilleure connaissance, un pont entre ce continent noir qui a forgé l'identité de l'homme et cette vieille Europe si pétrie de ses certitudes.

Ce n'est pas la première fois que je programme mes amis du Corou de Berra. La première, c'était en 1995, depuis nous avons enchaîné les collaborations, Michel Bianco (le leader) est devenu un de mes amis, je les ai même entraînés dans mon avenutre des "concerts sous la mer".

A l'époque, j'avais sous mon pseudo Jean-Paul Icardi, écrit un article pour la Strada, le voici donc in extenso...

 

 

CHŒURS EN BALADE

 

 

Passer en première partie du groupe phare des Polyphonies Corses était un challenge que le Corou de Berra a su relever avec brio. Le jour de la sortie de leur troisième disque, ils ont séduit et fait vibrer une salle Debussy où 700 personnes avaient répondu à l’appel de la Direction de l’Evénementiel Culturel et de l’Amicale des Corses de Cannes dont le Président, Yvan Casanova, s’était totalement investi dans cette soirée.

 

Le Corou de Berra, chœur mixte du pays de Nice, admirablement dirigé par Michel Bianco nous a emmenés dans une promenade poétique et vocale de la grande Provence. Des chants des ligues piémontaises aux ballades « nissartes », des poèmes de Mistral à ceux des créateurs provençaux contemporains (S. Dotti), ils ont charmé le public par une simplicité extrême, un dépouillement absolu de l’art du chant allié à une sophistication des voix et des arrangements.

 

Le Corou s’avère vraiment comme le groupe phare de toute la région et les quatre-vingts disques vendus et les innombrables signatures à la sortie du concert montrent à quel point ils ont su toucher le public.

 

La deuxième partie du concert allait permettre de monter d’un cran encore dans le ravissement d’un public subjugué. Jean-Paul Poletti, fondateur de « Canta U Populu Corsu », créateur de l’école de Polyphonies de Sartène avec un chœur de sept jeunes chanteurs, vêtus de noir, soutenus par des lumières ambrées (bravo la technique du Palais), allait  atteindre des sommets que seul l’instrument vocal permet.

 

Une version des « Lamentu di Gesu » typique du « Catenaccio » de Sartène, des chants franciscains exhumés de l’histoire (O Sanctissima Anima) mais aussi des chœurs traditionnels recueillis auprès des bergers ou des travailleurs de la terre faisaient courir des frissons à l’ensemble de la salle chavirée de bonheur.

 

Commentant et introduisant chaque morceau avec beaucoup de finesse et de tact, son âme de « prof » allait se réveiller sur un « Perche Cantu » où tout le public (en canon s’il vous plaît !) fut associé.

 

Hymne à la joie de vivre, à la paix, à la rencontre sublimée par la pureté cristalline des voix (n’est-ce-pas le ténor ?), l’âme corse tourmentée, mais si belle, était le grand vainqueur d’une soirée pas comme les autres.

 

Et pour finir, parce que la Corse est avant tout une terre d’accueil, et parce que le talent c’est également de mettre en commun, Jean-Paul Poletti invitait tout le Corou de Berra à les rejoindre pour un final croisé grandiose où chacun se mit au service de l’autre pour la plus grande joie d’un public qui jaillit de ses sièges, en une « standing-ovation » dont la spontanéité évidente n’avait d’égal que les sourires qui illuminaient les visages.

 

Décidément cette quatrième édition de la soirée corse, après I MUVRINI, Petru GUELFUCCI, A FILETTA, montre la richesse de l’expression musicale corse et l’adhésion sans réserve des Cannois et du public venu de toute la région à des rencontres inédites.

 

Jean-Paul ICARDI

 

 

Bon, fallait peut-être pas exagérer ! Cela sent furieusement le plumitif en train de passer de la pommade dans le canard du coin... mais j'y croyais vraiment à l'époque ! Dans cet article écrit au siècle dernier, on pensait encore faire la révolution avec les armes de la culture et couvrir les voix de misère par les chants du coeur !  Mais quelques 15 ans après, deux tours en moins et une crise des banques en plus, il ne reste que des vestiges à contempler, ceux des ruines d'une certaine idée de l'art balayé par un monde épileptique que les bouffons ont envahi...Qu'est devenu ta culture, ô monde de miséricorde !

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Inventaire avant destockage (10)

Publié le par Bernard Oheix

Cette lettre est un document envoyé il y a bien longtemps, à un Directeur du Palais, dont je tairai le nom parce que je l’aime bien et qu’il y a prescription. Je devais être inspiré ce jour-là ! Tout vient d’une remarque dudit Directeur  de l’époque qui contestait une facture que nos amis russes n’auraient point réglée dans le cadre du Festival de l’Art Russe que nous coproduisons chaque année…Il s’agissait en l’occurrence, du solde d’une convention de billetterie inique, et l’affaire fut promptement résolue, non sans m’avoir autorisé de laisser s’exprimer ma perfide plume. A lire entre les lignes !

 

 

Cher M…,

 

Depuis la révolution d’octobre et la chute du mur de Berlin, la situation en ex-Union Soviétique est complexe… je te l’accorde !

 

Toutefois, il faut que tu réactualises tes fiches car à l’évidence, les services de renseignements français ne sont plus à la hauteur des événements qui secouent l’Europe et ce faisant ne nous mettent pas à l’abri d’un crash financier qui toucherait notre structure de plein fouet.

Pour preuve, la stabilité réelle de l’équipe russe qui, depuis trois ans, nous fait l’insigne honneur de ne pas évoluer, les mêmes accortes kolkhoziennes aux yeux de braise et à la poitrine avenante conservant le leadership de ce Festival contre vents et machos slaves qui tentent de les déboulonner.

Jusqu’à preuve du contraire ils ont toujours payé ce qu’ils nous devaient…la seule constante restant cette réputation entretenue par des langues de commères cannoises induisant qu’ils seraient de mauvais payeurs et coûteraient chers…Tentons de commercialiser le Palais sur fin août et de faire des spectacles sur cette période et nous verrons alors où penche le fléau de la balance et qui soutient l’autre dans ce Festival qui rapporte à notre ville la considération de la France reconnaissante en sus de ces maigres piécettes que tu thésaurises avec empressement pour régler nos salaires de fin août.

Reste cette facture de plus de  3 000 € (!!!). Au cours d’un Yalta improvisé entre mon équipe et toi, en septembre, tu avais convenu que, même s’ils étaient foncièrement abrutis par l’excès de vodka, leur faire payer 1,70 € par billet, y compris les invitations émises pour notre public et la mairie, s’apparentait plus à un racket assimilable aux pratiques de la mafia russe qu’aux relations d’entente cordiale entre des bénéficiaires (nous) et des payeurs cochons de slaves (eux). Résultat nous sommes tombés d’accord, ensemble, pour conserver les droits de garde (2 € par billet acheté) et annuler la convention racket de billetterie. En l’occurrence, non seulement ils ne nous doivent rien, mais en plus nous conservons les 4 500 € bien utiles pour faire mieux fonctionner la billetterie.

Cher Michel, à défaut de te convaincre sur le bonheur sexuel de travailler avec ces walkyries  venues du nord, je t’assure que je veillerai personnellement à faire payer le moindre cent à ces anciens communistes reconvertis dans l’organisation de spectacles frelatés (Bolchoï, Mosseïev, Kirov, Bashmet…) vendus à bas prix aux capitalistes conquérants que nous représentons.

 

Comme quoi, même dans les austères bureaux d’une entreprise on ne peut plus sérieuse, on peut aussi s’éclater et vivre épistolairement des moments de fortune !

 

 

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Inventaire avant destockage (9)

Publié le par Bernard Oheix

Texte étrange, colère d’un été de travail s’annonçant et jalousie de voir les autres faire la fête ?

Je l’ai écrit il y a deux ans et il dormait dans mes cartons. Petite vie éphémère de quelques lignes de détente.

Bon, je sais que je prends du retard et que j’ai énormément de textes à produire sur les spectacles programmés à Cannes (Le Jugement dernier/Requiem de Verdi, le Festival des Jeux, Rokia Traore) où sur ceux vus à Paris…mais mon tempo est légèrement bouleversé et il faudra encore attendre car la semaine prochaine, je remonte sur Paris pour voir Peter Gabriel et j’enchaîne avec le Bab El Med de Marseille.

A bientôt donc !

 

Il fait chaud, et nous préférerions être sur la plage au milieu des naïades, en train de slalomer entre les starlettes aux seins nus qui hantent nos rivages ou les éphèbes aux pectoraux luisants et de bader en se demandant où l’on sortira le soir même… et avec qui !

Las ! Prenez vos congés, âmes de l’administration et des services commerciaux, d’intendance et gardiens de choc, quelques zombis vont œuvrer, tout au long de l’été, cuits et recuits par ce soleil si dur quand il ne flatte pas un corps dénudé allongé sur le sable fin, les pieds dans l’eau.

C’est dans notre sueur et dans le sang de nos angoisses que nous resterons fidèles au poste afin de maintenir, contre vents et marées, des spectacles et des animations dont vous pourrez vous goberger pendant ces vacances que vous avez bien méritées…reconnaissons-le !

Où étiez-vous le 31 décembre, pendant les vacances de Pâques, le 14 juillet, le jour de la Toussaint ?...

Au travail, punis les gens de la culture et de l’événement !

Tant pis pour nous, fallait pas nous y coller, et après tout, vivre la tête dans le showbiz, effleurer les ombres des stars, cela se mérite et faut bien le payer quelque part !

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Inventaire avant destockage (8)

Publié le par Bernard Oheix

Un des bijoux de notre programmation est le Festival International de la Danse dont Yorgos Loukos est le Directeur artistique. Chaque édition est un pur moment de beauté, d'images volées au gris de la tristesse ! Si le Festival a pu s'épanouir, c'est bien parce que la Danse et Cannes ont des histoires étroitement mêlées... du Marquis de Cuevas dont j'entendais parler tout petit, au centre de danse de Rosella Hightower, une Etoile que j'ai bien connue, une femme hors-norme qui me confia un jour de voyage nocturne dans la froideur de l'hiver, son histoire si riche, une page de légende d'un siècle qui les autorisait. Petite fille authentiquement Indienne (ceux avec des plumes qui chassaient le bison, elle connut la gloire et foula les plus grandes scènes du monde ! Elle s'est retirée à Cannes pour créer son école et y fonder un lieu de vie étonnant qui forma des générations de danseurs et de chorégraphes. Elle a fait énormément pour la notoriété de la ville et fut à l'origine du Festival de la Danse avec René Corbier, le Directeur des Affaires Culturelles.
Parler de la Danse à Cannes, c'est ouvrir une belle page d'émotions !

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C'est bien mon alter égo Jean-Paul Icardi qui signe ce papier dans un programme spécial sur la la programmation Danse à Cannes.

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Inventaire avant destockage (7)

Publié le par Bernard Oheix

Hommage aux sans grades et vertu de l'absence. C'est dans le recueillement que l'ombre des mains s'estompe pour laisser le mirage s'instaurer.  Dans le spectacle, on connaît la violence de ce moment fugitif qui succède à des heures de mise en place...quand l'équipe multiple qui "monte" le spectacle disparaît pour laisser la magie s'installer ! C'était l'idée de base de cet éditorial de Paroles de RH. 
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J'ai souvent inventé de "pseudos" aphorismes d'un Lao Tseu que je n'ai personnellement jamais fréquenté car nos calendriers ne correspondaient point...J'aurais aimé le programmer au Palais avec d'autres compagnons de route comme Jean-Paul Sartre ou Raymond Kopa. Celui-ci est particulièrement réussi, n'est-il pas ?

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De la Corse...et de quelques spectacles !

Publié le par Bernard Oheix

 

Période de grande densité culturelle, entre les spectacles accueillis à Cannes et ceux visionnés à Paris, Lyon et Nantes afin d’élaborer la saison prochaine, entre deux averses et des vagues gigantesques qui éperonnent le bord de mer en dévastant tout sur leur passage et une chute de flocons qui recouvrent la Croisette d’un manteau blanc étrange…plus de 20 ans qu’on avait pas vu un tel spectacle, il n’y a vraiment plus de saisons…J’ai suspendu mes baignades et je me calfeutre dans les salles en nourrissant ma tête de belles aventures.


boneige2.jpgBon, c'est vrai, il a neigé sur Cannes...Je crois que je vais cesser de me baigner pendant quelque temps !  La Croisette dans la semaine du blanc, je ne pensais pas que c'était possible, et pourtant !


Petite sélection des programmes vus (et à venir donc !)

 

Le Trio Esperanca, disparu depuis de longues années, se reforme sur Paris pour promouvoir leur nouvel opus. Les 3 sœurs brésiliennes restent belles, envoûtantes, elles sont inimitables même quand elles décident de rencontrer la musique classique avec leurs rythmes d’Amérique du Sud. Chaleur de la samba sur volutes de Bach. Cela reste naturel, juste une belle rencontre de sons qu’un musicien accompagne et orchestre. On sent le désir de renouer et de retrouver le public qui se laisse convaincre sans attendre et se met à tanguer de bonheur.

 

La Nuit des Rois. Comment Shakespeare a-t-il pu écrire une pièce aussi moderne, aussi impertinente, novatrice ? Ce ne sont qu’inversions, travestissements, amours homosexuels, ambiguïté permanente ! C’est divinement joué, tirant vers l’absurde les personnages décalés, induisant un vent de folie qui dérègle la mécanique des rapports humains. Un gâteau à la chantilly que l’on consommera à l’automne !

 

Thé à la menthe ou thé citron. Pièce culte, syndrome du Père Noël…On rit à cette pièce de boulevard qui se construit sous nos yeux, acteurs ringards (volontairement !), metteuse en scène à la dérive, texte inepte, gags incessants, dérèglement de mécanique annoncé…Je l’avais vu il y a 10 ans, elle sera à Cannes l’an prochain pour le meilleur de nos zygomatiques en folie !

 

Le kangourou de et avec Patrick Sébastien. J’y allais à reculons…il faut l’avouer. Mais la pièce, après une ouverture en fanfare au pire de ce que l’on peut imaginer, (une nana qui se fait sauter au cours d’un entretien d’embauche (!!) et qui obtient le job)…va dériver vers un univers à la Hellzapoppin. Délire entre la politique et monde des affaires, les rapports homme femme, puissance et séduction… Merveilleusement servie par deux comédiennes et un comédien qui entourent et protègent l’auteur qui navigue dans les hauts-fonds de l’indicible et du politiquement incorrect, la pièce s’achève sur un propos humaniste dans le meilleur des mondes. Une vraie réussite sur une odeur de soufre ! Rendez-vous à Cannes en janvier 2011.

 

Nilda Fernandez, le retour. Il n’avait plus produit de disque depuis quelques années, exilé aux confins de l’Europe dans une Russie qui lui tendait les bras. Il nous revient, voix inimitable, ressort ses tubes immémoriaux et présente ses derniers morceaux comme des bijoux ciselés dans l’or du temps. Nilda comme on l’aime !

 

On purge bébé. Cristiana Reali et Dominique Pinon. Si le texte reste à la limite du supportable dans son archétype d’un boulevard du XIX ème siècle, si les acteurs se démènent et en font des tonnes pour exister, si la mise en scène ne recule devant aucun effet surligné... c’est bien pour nous servir le plat brûlant d’une tranche d’histoire du théâtre de boulevard ! Et cela fonctionne, comme une madeleine encore odorante, le parfum suave d’une bourgeoisie insouciante en train d’ériger un monde en noir et blanc. A voir et à revoir.

 

Le mal de mère. Marthe Villalonga au zénith. Elle sort de ses rôles types pour endosser les habits plus sophistiqués d’une femme qui paye un psychiatre pour être entendue enfin. Elle trouve ainsi une profondeur et un propos plus riche que dans ses dernières créations. C’est une vraie belle réussite. Elle se métamorphose au cours de cette «thérapie» pendant que son thérapeute se liquéfie dans un processus d’inversion dont il sera la victime. Dommage que son partenaire (Bruno Madinier) souffre quelque peu de la comparaison et ne puisse maintenir son personnage au niveau de sa composition. Mais avec le temps, on peut espérer que Marthe soit moins seule à défendre son rôle et la pièce en sortira encore grandie.

 

Je passerai sur nombre de pièces ou concerts vus ou entrevus sur les planches parisiennes pour arriver aux programmes de notre saison actuelle à Cannes.

 

Un sublimissime ballet d’Antonio Gadès, (Fuenteovejuna), sans doute le chef-d’œuvre du chorégraphe, plein d’énergie et de passion, lecture d’une révolte paysanne aux sons du flamenco. La compagnie préserve de l’usure du temps, cette œuvre majeure de son patrimoine. Les rapports amoureux se confrontent aux rapports de classe dans un affrontement sans merci et la force la plus brutale ne peut enfermer la ferveur d’un peuple qui se soulève contre l’oppression pour sauvegarder son honneur et préserver l’amour. (C’est beau ce que je viens d’écrire, non ?). C’est biblique, c’est romantique et la fusion de l’inspiration flamenco et de l’art chorégraphique en fait un miracle d’équilibre et d’énergie !

 

Reste le week-end dernier, avec un Roland Giraud formidable dans Bonté Divine, la veille de l’annonce du suicide de Treiber. La pièce démarre comme une leçon de philosophie sur les religions, (un prêtre, un imam, un rabbin et un vénérable bouddhiste sont réunis pour une conférence). Par la suite, elle basculera dans une histoire (certes) tirée par les cheveux, support d’une comédie sérieuse où le (sou)rire le partage à la réflexion ! L’ensemble reste attachant, ouvert, intelligent, comme si le simple fait de parler ensemble pouvait bannir la haine et le rejet de l’autre. Communiquer sur ce qui différencie les êtres, c’est déjà accepter la différence ! C’est un manifeste pour la tolérance où l’objectif à atteindre permet d’accepter les quelques faiblesses de la mise en scène… sans états d’âme !

 

Une soirée corse, cela sent à priori, le figatelli grillé au coin du feu, une atmosphère bon enfant, la main sur l’oreille pendant le chant profond et l’accent inimitable de nos frères îliens. Nos amateurs d’exotisme en auront été pour leur frais tant cette soirée fut moderne, riche et particulièrement intense. De 51 Pégase, je ne dirai pas grand-chose tant j’ai déjà couvert d’éloges cette pièce tirée du livre de Marc Biancarelli, présent dans la salle. Beauté des mots et force des images, acteur superbe, mise en scène élégante de Jean-Pierre Lanfranchi… Parfois, quand on programme et que l’on sélectionne une oeuvre, on se pose des questions sur son adéquation dans un lieu et son public, sur la «prise de risques», sur les raisons profondes qui nous motivent. Point d’interrogations pour cette magistrale œuvre de théâtre contemporain présentée à Cannes. La crudité des situations décrites, la violence des propos, la rigueur austère s’effacent devant la beauté de ce moment de grâce absolue d’une introspection collective. C’est un théâtre branché sur le courant continu d’une création en prise directe avec l’écho de la réalité !

Et comme pour se sublimer, la soirée corse se clôturera avec un concert de l’Alba, un groupe de la 2ème génération, libéré des angoisses existentielles de leurs aînés focalisés sur la recherche d’une identité et de racines, s’épanouissant dans une musique instrumentale subtile, mixant les chants et la polyphonie, profane ou sacrée, mise en lumière ritualisée, instruments baroques, vent ouvert d’influence diverses orientales.

Voilà, n’en déplaise aux esprits chagrins, une soirée corse fait aussi appel à la modernité et à l’intelligence entre deux mastications de « lonzo » et de « salsiccia ».

 

Bientôt le Festival des jeux, Paris encore pour les derniers réglages d’une saison à venir. La vie continue même dans les frimas d’un hiver rude. Sortez, même couverts, mais sortez s’il vous plait, le monde à besoin de vous et de l’obscurité des salles de spectacle jaillira la lumière !

 

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