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Inventaire avant destockage (6)

Publié le par Bernard Oheix

Toujours mes petits billets en éditorial de Paroles de RH. J'ai un lectorat captif de 250 personnes (les permanents du Palais des Festivals) et d'une cinquantaine d'intermittents. Bon, c'est pas encore un best-seller... mais au moins, ils me lisent puisque ce bulletin leur est distribué avec la paye ! Et cela m'amuse toujours autant ! Alors même si je ne comprends pas tout ce que j'écris, je fonce et cherche un sens caché à ce que je suis !

ParoledeRH1.jpg

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Inventaire avant destockage (5)

Publié le par Bernard Oheix

articleuneternelprintemps.jpgMais qui est donc Jean-Paul Icardi ?
C'est un des pseudos que j'utilise depuis de longues années. Paolo Icardi était mon grand-père, un Italien fier et toujours décalé, parlant une langue bizarre, un galimatia d'où émergeait un désespoir permanent d'avoir perdu son centre, sa culture, son pays. Emigré très jeune à Nice comme nombre de transalpins, il fit tous les boulots possibles, travailla d'arrache-pied, et vécut sans vraiment vivre en traversant 2 guerres. Je l'ai bien connu et je pense souvent à lui. 
Un jour que je devais écrire un texte dans une revue sous autre nom que le mien, j'eus l'impulsion de prendre le sien. Depuis, il me suit et je n'hésite jamais à parapher d'un fier Jean-Paul Icardi en espérant que je le fasse exister d'un souffle à chaque fois. Dans certains peuples, des hommes sont payés pour lancer les noms des défunts vers les cieux car tant que leurs noms résonnent, ils continuent d'exister au coeur de l'humanité ! C'est ma façon à moi de l'honorer et de faire perdurer son image.
Ce texte a été composé dans le cadre d'un supplément culturel réalisé pour la première saison culturelle que nous avons réalisée, en 1996-1997. Comme j'avais choisi les spectacles et que cela m'amusait d'écrire sur eux, je décidai d'utiliser mon pseudonyme afin de me dissimuler et d'avancer masqué !
A vous de juger !

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Inventaire avant destockage (4)

Publié le par Bernard Oheix

Il y a beaucoup d'écrits portant sur le Festival International des Jeux de Cannes... d'autres suivront ! Pour initier ce cycle, je vous ai exhumé un éditorial de mars 2001, année pendant laquelle nous avions réalisé un quotidien du Festival. J'avais manifestement abusé de belote en intraveineuse dans cet édito du numéro 4... Et dire que l'on me paye pour cela !

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A la revoyure pour de nouveaux textes...

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Inventaire avant destockage (3)

Publié le par Bernard Oheix

Chaque mois, est joint à notre fiche de paie, Paroles de RH, le bulletin d'information de notre Direction des Ressources Humaines du Palais des Festivals et des Congrès. La tradition est qu'un des directeurs réalise l'éditorial. J'en ai écrit quelques-uns. C'est toujours avec plaisir que je m'attelle à cet exercice. En voici un, daté de juillet 2006. Parfums suaves des étés passés qui remontent comme la Madeleine de Proust !

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A bientôt pour de nouvelles étapes de cet inventaire de bric et de broc !

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Inventaire avant destockage (2)

Publié le par Bernard Oheix

C'est l'an dernier que j'ai envoyé ces voeux aux abonnés et relais. L'Adjointe à la Culture de Saint Laurent du Var les a trouvés charmants et m'a demandé l'autorisation de les reproduire dans le Garoupiot, l'hebdomadaire du Groupe Scolaire de la gare... J'en ai été très honoré et même un peu fier. Le coup de "crise" et de "cerise", il fallait tout de même oser ! 


article1

Voilà, il y a d'autres rendez-vous prévus pour cet inventaire...A très bientôt !

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Inventaire avant destockage (1)

Publié le par Bernard Oheix

On est dans le mois des soldes...
Tous ces textes écrits dans l'urgence, par nécessité ou par plaisir, ces lettres et projets, ces articles publiés ou pas, j'ai décidé, dans une grande braderie consumatrice, de les exhumer et de vous les offrir. On va en profiter tous ensemble ! Certains valent peut-être le temps de lecture que vous y consacrerez, ayez de l'indulgence pour les autres, ils auront au moins le mérite de renvoyer vers le néant les essais fumeux de style si caractéristiques de mes délires !

Le texte qui suit a été écrit récemment et devait illustrer la carte de voeux électronique aux abonnés et clients de l'Evènementiel. On attend toujours la carte, je vous en offre le contenu !


 

Tout l'équipe de la Direction de l'Evénementiel et son Directeur, Bernard Oheix, vous adressent leurs meilleurs vœux pour 2010.


Où étiez-vous en décembre 1999 ?

Combien de spectacles pendant ces 10 dernières années, combien de pleurs devant la tirade enlevée d’un acteur porté par la magie des mots, de joie devant la sensualité d’un geste abouti, la grâce d’un danseur qui trouve l’équilibre impossible d’un instant d’éternité, le mystère profond d’un rire qui s’épanouit, l’interrogation gisant sous les apparences, la force et la beauté, le sublime et l’horrifique…

Et même si Internet devient une scène mondialisée, même si l’écran d’un ordinateur capture les rayons de la réalité, souvenez-vous… show must go on…

Alors, pour les 10 prochaines saisons culturelles, vivez et vibrez à l’infini, défoncez-vous à l’adrénaline d’une alchimie naturelle, gravez vos initiales dans le marbre de la Culture et soyez encore parmi nous pour que le spectacle vivant vive et que les idées de l’homme ne meurent point d’ennui et de désespoir.

Pour l’amour du geste parfait ! 

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meilleurs voeux 2010

Publié le par Bernard Oheix

Que serait une nouvelle année sans une baignade le 28 décembre...Vous pouvez vous poser la question, j'y réponds !
Alors avec ma carte de voeux électronique, cette photo, un peu pour vous narguer, beaucoup pour frimer, de ma plongée dans la mer fraîche en compagnie de Julien, mon fils !
La vie est belle  ! 

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Petit bain de Papa Noël, de la nouvelle année et même d’un anniversaire en cette fin décembre…Un bain qui annonce à la Une fraîche d’un Libé que des solutions sont possibles pour 2010.

 

La première des solutions est de se persuader que notre futur est bien entre nos mains.

La deuxième est de ne pas se prendre au sérieux, quitte à plonger en plein hiver dans la Méditerranée pour se rafraîchir les idées !

La troisième est de croire en l’amitié et de compter sur ses Amis pour éclairer 2010.

 

Alors pour ces raisons, et pour toutes les autres…

 

Meilleurs Vœux 2010

 

Que cette année vous soit belle et miséricordieuse.

Qu’elle nous procure le plaisir de vraies retrouvailles pour continuer d’espérer ensemble et de rire encore.

 

Amitié toujours !

 

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La mort de l'Ecriture (suite et fin)

Publié le par Bernard Oheix

Vous allez enfin savoir comment on devient écrivain. Mais retenez votre souffle, on ne sait jamais ce qui peut advenir quand on lit ! Livraison de la dernière partie de cette nouvelle donc...

              Mon premier manuscrit contait l’histoire d’une révolte, parcours initiatique d’un jeune révolutionnaire sur les terres d’une humanité qui se déchirait au son des canons. J’avais du style, des histoires à raconter, les moyens de prendre mon temps et je mis 3 ans à achever cette œuvre capitale pour comprendre une jeunesse qui réclamait son dû à ses anciens. Quand j’apposai le mot fin à la 384ème page de ce manuscrit de près d’un million de caractères, un sentiment de vide s’empara de moi. Enfin libéré, je le transmis à tous les éditeurs de la place Parisienne et attendit patiemment le résultat. C’est après plusieurs mois que j’ai commencé à recevoir quelques réponses, de celles qui blessent aussi sûrement que la lame d’un couteau qui s’enfonce dans la chair, de celles qui vous nient et vous renvoient vers la solitude. Salmigondis illisible, ego surdimensionné, aimable promenade dans le dilettantisme, sexe et drogue doivent cesser, rangez vos stylos et profitez de la vie, laissez l’écriture à ceux qui ont appris à écrire, pas un de mes correspondants ne daigna même me laisser entrevoir un espoir. Les médecins me firent hospitaliser et je passai le plus clair des trois mois suivants à dormir dans une clinique spécialisée.

 

Je suis sorti plus fort, plus convaincu que jamais de la nécessité d’être un écrivain, d’être publié, de voir mon nom sur la page d’un livre que j’aurais conçu et serait un objet de partage. Je rêvais de rencontrer à Brest un lecteur qui me confierait son émotion d’avoir communié à mes mots et  me suis attelé à la rédaction de mon deuxième roman. J’avais compris la leçon du premier et m’octroyais une plus grande liberté avec la réalité. J’ai conçu une histoire intemporelle, un subtil puzzle qui traversait les cultures et le temps  frisant avec le Fantastique. Une manière de me réconcilier avec mes futurs lecteurs. Ce n’était pas le réel qui importait mais ma capacité à les toucher dans leurs émotions premières, la possibilité de les prendre par la main et de cheminer vers la lumière de concert et j’étais déterminé à réussir cette nouvelle épreuve que je m’imposais.

J’ai mis de nouveau 5 ans à achever cette œuvre, Le pays des mille montagnes, 5 ans tous les jours devant mon ordinateur à taper sans cesse, gommer, recomposer, faire entrer dans le moule de mon imaginaire ces bouts de mots, ces phrases déterminantes, cette alchimie mystérieuse qui me menait vers la lumière et je sais que je l’ai réussi ce livre et qu’il justifiait en soit ma présence sur cette terre. C’était un livre magnifique, un OVNI dans un ciel trop bas, une vraie composition qui faisait honneur à son auteur…mais personne ne le saurait jamais !

Abscond, trop révolutionnaire, non inscrit dans la ligne éditoriale, impubliable, refus de me prendre au téléphone, de m’accorder un rendez-vous, comme si je n’existais pas. J’ai vraiment eu la haine alors, j’ai su alors que ma mission venait de changer d’orientation et que je ne reviendrai plus en arrière. Je me suis remis au travail, j’avais quelques idées sur la façon de procéder.


J’avais créé une petite fondation avec quelques miettes de l’argent que mon père m’avait légué qui, par le jeu mécanique de la bourse et des placements assurés par des conseillers financiers à la botte de ma fortune, continuait à croître sans que je m’en occupe, l’argent sécrétant l’argent pour enrichir toujours plus le riche. Dans un accès de faiblesse envers l’humanité souffrante j’avais décidé de consacrer quelques moyens pour aider des écrivains et chercheurs particulièrement méritants, c’était ma période altruiste et pleine de rêves ! C’est grâce à elle que j’avais rencontré le professeur Lanakowski, linguiste émérite et méconnu qui avait survécu au camp de la mort et vivotait trop occupé par ses recherches fondamentales pour s’intéresser aux biens matériels et à un destin personnel. Il devint rapidement l’unique bénéficiaire de ma fondation et sans aucun doute, le seul être vivant que je pouvais supporter. Il était fou, d’une vraie folie contagieuse et sa théorie tenait en une phrase : les mots sont des armes !

 

Sa culture encyclopédique prenait sa source dans les arcanes d’un cerveau flirtant avec les frontières de l’être humain, une ligne rouge sinuant entre la masse du savoir qu’il ingurgitait en autodidacte et les pulsions qui l’amenaient à transgresser en permanence les lois élémentaires édictées par le cerveau humain. J’ai pu quelquefois le suivre dans les méandres qui lui permettaient de connecter les pôles les plus invraisemblables de sa raison et tenter de m’immerger dans son univers.

Après deux maîtrises en linguistique et en mathématiques fondamentales, il s’était consacré à une thèse portant sur les implications physiques des phonèmes, découvrant au passage les travaux du professeur Rinko sur les embryons de langage chez les animaux.  C’est grâce à des expériences que ma fondation lui avait permis de mener sur des chiens qu’il avait affiné sa théorie des propriétés sous-jacentes de la dynamique des mots. Tournant le dos à l’axe sémantique traditionnel, il avait développé un paradoxe sur les vertus intrinsèques de la communication écrite et cherché à en décomposer la structure et les lignes de force.

 

Je ne peux vous expliquer sa vie de recherche en quelques phrases, mais un exemple peut vous aider à comprendre son cheminement. On sait que la puissance de la voix d’une cantatrice dans un contre-ut peut briser un verre de cristal. Imaginez que son travail et sa puissance l’autorise à affronter la matière spongieuse d’un cerveau humain… à partir de là, toute la gamme du possible s’ouvre en un vertige effrayant, l’arme ultime dans l’organe vocal, le potentiel destructeur effrayant que cela représente ! Allons plus loin encore, sur ses pas et cette frontière qu’il a franchie : ce qu’une voix peut enclencher comme désordre naturel, l’écriture le porte en germe et il suffit alors de creuser sous la surface du sens pour en définir la charge corrosive et la mettre à son service.

Il est mort trop tôt, rongé par un esprit qui lui faisait côtoyer les affres de la déraison  mais il m’a légué ses travaux et j’ai compris le sens de son message, j’ai poursuivi sur ce chemin tortueux, passant de la théorie à la pratique dans le seul but de prouver à tous ceux qui avaient méprisé mes œuvres que l’on pouvait se venger par les mots d’un silence dans lequel leur incompétence et leurs préjugés me plongeaient.

 

 

Je me suis attelé à la rédaction de cette nouvelle « les chants de l’infini » et il m’a fallu 10 ans pour terminer ses 5 pages d’écriture. 10 années d’un acharnement à gommer les aspérités des mots, à les faire s’imbriquer dans les interstices de leur structure, à procéder par tâtonnements avant de trouver l’exacte composante impliquée par le rythme capable de se fondre dans cette litanie obsédante d’un glissement vers le néant. Il fallait pouvoir saisir l’esprit du lecteur, l’enfermer dans un réseau de fils ténus en resserrant la prise jusqu’à le mener vers le point ultime de non-retour, cette déconnexion des fonctions intellectuelles et du savoir sur la vie lymphatique

J’ai souffert mille morts pour achever mon œuvre, l’unique texte à mon nom qui restera comme la signature finale d’un monde imparfait. J’ai tout brûlé de ces milliers de pages noircies pour rien, y compris les recherches de ce pauvre fou, mon maître Lanakowski, j’ai tout renvoyé dans un grand néant, ne faisant qu’anticiper ce que vous allez vivre car dans cette opération, il ne s’agissait aucunement de vous connecter au monde de l’infini mais bien de vous y transporter… physiquement, de vous enfermer dans ce néant d’un ailleurs  programmé, et si j’en juge par mes trois envois et par l’état de mes premiers lecteurs, j’ai enfin trouvé la clef pour vous empêcher de vous dérober à ma prose.

 

 

C’est cela que j’ai réussi et si vous ne me croyez point, pas de problème, je tiens à votre disposition une nouvelle de 5 pages, lisez-la, elle est très instructive ! J’ai d’ailleurs téléchargé cette nouvelle dans un fichier de plus de mille adresses de tous les médias disponibles et sur les principaux forums de discussion du net, j’attends le son de la sirène des policiers pour appuyer sur la touche envoi avec des ricochets potentiels tout azimut, une belle cacophonie en perspective et quelques surprises en prime. Un titre qui mute automatiquement et aléatoirement, avec la perspective pour ceux qui survivront à la première vague de ce glissement progressif vers le néant, chaque fois qu’ils se mettront à lire, de tomber sur mon texte et de nous quitter pour un monde inconnu. Sa capacité de s’infiltrer insidieusement dans tous les textes informatiques de tous les réseaux du monde et de s’afficher partout avec, je vous le signale quand même, le fait qu’il n’est pas nécessaire de comprendre le sens des mots pour les rendre efficaces. Il ne s’agit aucunement d’une sémantique banale mais bien plutôt d’une structure inhérente à l’architecture des phrases, un piège létal imparable quelque soit la langue du lecteur.

 

 

Voilà, si vous avez encore le courage de lire, c’est que vous aimez la roulette russe car derrière chaque texte, chaque information écrite, mon chant de l’infini vous guette et peut fondre sur vous à tout instant pour un voyage sans retour. Ne me maudissez pas, pensez à tous ces éditeurs, ces comités de lecture, ces comptables, ces professionnels bardés de certitude qui ont décidé depuis  la nuit des temps du sort de ceux qui avaient quelque chose à écrire, tous ceux qui ont vécu en privilégiés et ont pu disposer du devenir d’un texte, de la naissance d’un livre, ils vont enfin  devoir payer un prix pour continuer leur activité : ce prix est à l’aune de leur vie !

Moi, je vais vous quitter, je vais enfin me plonger dans mon texte, je vais le lire dans son intégralité pour faire le grand saut. Il fait nul doute que je vous attendrai en grande compagnie dans les champs dévastés de mon orgueil, on s’y sent enfin seul au milieu de la foule, si seul que le paradis devient inutile.

Rappelez-vous, il y a un texte qui rôde dans l’éther pour vous ouvrir les portes de l’infini et c’est le mien ! 

 

A bon entendendeur, salut ! Si vous avez encore envie de lire, c'est que vous êtes sacrément inconscient, n'est-ce pas ? Moi, je vais continuer d'écrire, j'ai un texte particulièrement complexe à polir, un texte que vous lirez un jour, sans aucun doute !
  En attendant, méfiez-vous donc de 2010 !

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La mort de l'Ecriture

Publié le par Bernard Oheix

De retour de mes pérégrinations, Womex de Copenhague, avec son horizon plat brisé par des cubes de verre et de métal illuminés, le sourire de ses blondes et les distances infinies à parcourir, l'exiguïté de ses chambres d'hôtels, debout entre deux concerts et la bruine froide qui colle à la peau, entre deux moritos consommés avec mes amis les frappadingues, Moscou où j'ai fait le zébre au Festival de Cinéma de L'Ange Rayonnant (cf., les articles !), Puis Paris avec son théâtre et des rencontres d'amitié, Nilda Fernandez, Yves Simon...juste une nouvelle, pour vous. J'ai aimé l"écrire. J'ose espérer que vous prendrez du plaisir à la lire...quoique au vu de son sujet, méfiez-vous quand même ! 


A Florence Demartino

 

 

 

 

L’article du journal s’étalait sous mes yeux avec son titre sur trois colonnes en lettres capitales. J’avais la nausée à la simple idée de lire ce papier grossier, à caresser de mes yeux cette encre grasse qui bavait, à tenter de suivre la prose informe de ce journaliste en mal de copie. Les mots avaient toujours été sacrés pour moi et il y a bien longtemps que mon rapport aux autres et à l’écriture se limitait au strict nécessaire. Il fallait pourtant que j’aille jusqu’au bout, que je sache enfin ce qu’il en était.

 

 

Malaise(s) dans le monde de l’édition.

Une étrange affaire remue le petit univers des faiseurs de livre de la capitale. Depuis quelques jours bruissent des rumeurs sur un mal qui semble frapper certains des responsables des maisons d’édition de la place Parisienne. Il apparaît que tout a commencé chez Milan De Giuglio, la belle et envoûtante directrice d’Idéal Livre, une boîte atypique dont la marque de fabrique est la découverte de nouveaux auteurs qui a lancé sur le marché le talentueux Bô Dukhan dont le prix Goncourt 2005 est venu récompenser sa vision paroxystique d’une société qui ploie sous le joug de la tyrannie de l’argent et des ambitions des puissants et porte un regard novateur sur les mutations des relations amoureuses de ce début du troisième  millénaire. D’après nos informations, sa secrétaire étonnée de ne pas la voir au bureau, s’est rendue chez elle et l’a trouvée dans un état de catatonie devant sa table de travail. Transportée à l’hôpital de Lariboisière, les médecins sont impuissants à définir le mal qui la plonge dans cette inconscience caractérisée par une déconnexion de la réalité. Non-réponse aux stimuli, électroencéphalogramme plat, fonctions réduites à la vie végétative, elle reste totalement coupée du monde extérieur telle un zombie dont seul le souffle attesterait qu’elle est encore de ce monde. Les médecins perplexes, malgré les examens les plus sophistiqués, ne comprennent pas la nature d’un mal dont aucune trace visible n’apparaît sur le corps. Ce qui pourrait n’être qu’un cas isolé, un de ces mystères récurrents de la médecine qui parsèment l’histoire de l’humanité, devient particulièrement troublant quand une série de faits similaires affectent plusieurs autres responsables du domaine de l’édition à Paris.

Un deuxième cas surprenant concerne Stéphane de la Poudrière, le fils particulièrement actif  de la pédégère des éditions du même nom. C’est à son bureau devant son ordinateur en marche qu’il a été découvert inconscient par sa mère éplorée. Transporté aux urgences, c’est le médecin de garde qui avait accueilli Milan de Giuglio qui l’a réceptionné et a averti immédiatement les services du ministère de la Santé de cette étrange coïncidence. L’auscultation de ces deux cas a fait penser à un syndrome nouveau, un cas atypique de maladie dont la source proviendrait d’un virus inconnu et une cellule de crise a été immédiatement constituée par le Ministre.

La troisième alerte est encore plus incroyable dans la mesure où elle touche l’ensemble du comité de lecture des Editions du Figuier réuni pour un « gueuloir », cette démarche si atypique de lecture publique impitoyable imposée par le directeur général afin de filtrer les textes de leurs scories et d’en déceler les lignes de force et les passages faibles. Les huit membres gisaient sur leur table, certains avaient chût dans des positions grotesques, d’autres, dans des attitudes montrant qu’ils avaient été saisis en plein mouvement, portaient les stigmates d’une surprise violente sur leurs traits, tous respiraient mais le présent semble s’être arrêté pour eux, comme si une scansion de notre espace-temps les figeait  dans une dimension parallèle à notre univers.

Au-delà des signes cliniques communs incompréhensibles par la médecine, une enquête est en cours pour tenter de dénouer cette sombre affaire qui a fait immédiatement plonger les actions boursières des sociétés liées à l’édition qui ont perdu entre 9 et 14% de leur valeur. A l’heure des rapprochements, de la reconstruction du paysage éditorial français, quand les grands groupes sont en train de conclure des cessions et des fusions afin de recomposer l’industrie du livre, cette affaire inquiète particulièrement les milieux financiers qui détestent les facteurs aléatoires d’un marché qui subit une crise structurelle.

Parallèlement, l’enquête policière progresse. De source sûre, il apparaîtrait qu’un lien unirait toutes ces victimes, en l’occurrence le texte d’un auteur inconnu des milieux de l’édition. Milan di Guiglio lisait apparemment cette nouvelle intitulée « les chants de l’infini », pour Stéphane de la Poudrière, elle était affichée sur l’écran de son ordinateur et dans le cas du comité de lecture, l’orateur de service en tenait un exemplaire dans sa main crispée. Coïncidence ? Les services de police se perdent en conjonctures et recherchent activement son auteur qui vivrait sur les bords de la Méditerranée, à proximité de la frontière italienne.

 

 

  J’ai posé le journal sur la table et j’ai laissé mon regard fuir vers l’horizon. Le ciel clair me permettait de voir la silhouette de la Corse se dessiner en ligne de fuite. Il est avéré que le vent qui chasse les nuages et la chaleur qui fait évaporer la mer permettent cet effet d’optique et rendent cette île si proche qu’elle semble suspendue dans l’éther. Ma maison perchée sur les hauteurs de Eze surplombait la baie de Villefranche et je pouvais embrasser la côte de Saint-Tropez à la riviera italienne. Le soleil tapait si dur et j’avais la nausée. Ainsi donc j’étais le responsable de cette épidémie, j’avais enfin réussi après tant d’années, je touchais désormais au but ultime. Il ne me restait plus qu’à passer à l’étape pandémique, juste un téléchargement de mon fichier et un coup d’index sur la touche envoi, 45 kilo-octects qui se diffuseraient dans les fils souterrains que l’homme avait tissé pour abolir les frontières, une minuscule portion de la mémoire collective qui allait déferler comme un tsunami et dévaster l’univers. J’avais réussi, il ne me restait plus qu’à attendre la venue de la police et à presser sur ce foutu bouton et j’aurai enfin accompli ma mission.

 

 

Que vous dire de ma vie ? Que ma mère s’est enfuie avec un danseur de tango en Argentine pour l’anniversaire de mes quatre ans. Elle s’est fondue dans les nuits moites de Buenos Aires dans les bras de son « gaucho » et je n’ai plus jamais entendu parler d’elle ! Que mon père, qu’elle a eu raison de quitter si ce n’est qu’elle aurait pu m’emmener, était un immigré dont le sang pulsait toutes les traces des croisements sauvages qui l’avaient mené de son Anatolie à une France occupée dans laquelle il  trouva un terrain d’expérimentation pour son inventivité et son absence de scrupules si caractéristiques de ceux que la faim et la peur du lendemain marquent de leur sceau. Que son commerce avec l’occupant nazi à qui il fournissait des métaux rares fut couvert à la libération par des aides soigneusement dispensées, échappant ainsi à l’épuration et pouvant accumuler des biens jamais en quantité suffisante tout au long de ces glorieuses années de la reconstruction ?  Il devint si riche que cela en était indécent et quand en Mai 68, il découvrit ma photo à la Une de Paris-Match en train de lancer un pavé vers les Gardes Mobiles encadré par les leaders de la révolution étudiante, il attrapa une attaque qui lui paralysa le flanc gauche et le laissa impotent le reste de sa triste vie. Il mourut quelques années après pendant que, jeune maoïste, je tentais d’apporter le souffle de la révolution culturelle dans une filature de Tourcoing aux masses opprimées si rétives  à se mettre en marche que notre élan se brisa sur leur inertie. Je ne l’avais pas revu depuis 4 ans et il me manquait si peu que sa mort fut aussi inutile que sa vie.

Il fit pourtant quelque chose dont je lui suis particulièrement gré. Il verrouilla si bien sa succession que je ne pus, comme je l’avais décidé, remettre l’intégralité de mon héritage au parti de la Gauche Prolétarienne en train de voler en éclats sur les aspérités de la réalité. J’ai dû conserver jusqu’à 30 ans l’usufruit confortable de son travail et ne rentra en possession de mon bien que trentenaire et bien décidé à conserver ce magot acquit à la sueur du front des exploités qui m’avaient si lâchement trahis. Le temps des rêves était bien terminé. J’ai voyagé pendant dix ans sur toutes les terres de cette planète en train de s’ouvrir, d’éliminer ses frontières et de se coucher devant l’art de vivre des anciens impérialistes. J’ai touché à toutes les formes de voyages et quand je plongeais dans les bras d’une femme d’un coin perdu d’un continent lointain, bourré de cachets ou de substances plus ou moins illicites, je me fuyais, je me détournais de moi-même, je refusais d’entendre cette voix qui s’imposait, me susurrant avec toujours plus de force et d’insistances que j’avais quelque chose à donner au monde, une trace à laisser, une œuvre à accomplir et qu’il était temps désormais de m’y consacrer. Je deviendrai donc écrivain pour accrocher mon nom aux étoiles, pour m’inscrire dans la réalité, pour fuir le présent et devenir immortel.

 


Bon, vous vous demandez quel est le rapport entre cet article initial qui parle d'une mystérieuse maladie et les textes à venir de cet écrivain ? Et bien, il faudra attendre la suite dans ma prochaine livraison....
A la semaine prochaine, juste avant la nouvelle année !

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photos et livres

Publié le par Bernard Oheix

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Hervé Koubi dans Bref séjour chez les vivants !

castafiore
L'enfant étrange des Castafiore...Des fleurs rouge vont lui pousser dans le cerveau !

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Les Betty Boop de Zoopsie Comedi ! Démultipliées à l'infini dans une comédie musicale déjantée !

Quelques photos du Festival de Danse réalisées par Eric Derveau...Pour se souvenir d'heures magiques !
Quand l'imaginaire des créateurs rencontre l'oeil du spectateur !


 

Quelques livres.

Trois femmes puissantes. Marie NDiaye.

Chaque année c’est avec une certaine émotion que l’on se plonge dans le Goncourt et les autres prix. Un rituel, passage obligé souvent convaincant pour comprendre l’état de la littérature en France. Non que ce soit les seuls livres à lire, mais bien la partie remarquée, visible, d’un iceberg qui parfois se confond avec le Titanic. Que dire du cru 2009 ?

Femme, noire, écrivaine, iconoclaste et libre, tout pour plaire à priori chez l’auteure !

Le livre est composé de 3 nouvelles vaguement reliées entres elles, très différentes les unes des autres. La première nous permet de suivre une femme avocate revenant sur son passé en retrouvant son père africain qui l’a appelée à la rescousse. Un plat à la sauce aigre douce, orange amère où affleurent les sentiments d’amour et de haine d’une fille délaissée se confrontant à la statue du commandeur. Comment vivre la déchéance de celui qui symbolisait la force dans toute sa brutalité ? D’autant plus forte qu’il l’a abandonnée !

La deuxième campe le paysage flou d’une femme en filigrane, vue à travers l’agonie d’un couple mixte déraciné, un authentique amour qui se brise sur les rivages impossibles d’une terre d’exil.

La troisième est la plus forte, la plus bouleversante, récit d’une tentative d’évasion vers cette terre d’exil, la longue agonie d’une femme brièvement entrevue dans la première nouvelle qui est contrainte de choisir la voie des clandestins pour atteindre l’oasis d’une Europe aux ventres pleins. Une tragédie terrifiante, choc salutaire pour ceux qui campent sur leurs certitudes dans la forteresse assiégée des pays développés. Comment ne pas entendre les cris de ceux qui ont faim et fermer les yeux devant ces scènes quotidiennes de barques échouées avec leur lot de cadavres gorgés d’illusions ? Comment continuer d’ignorer ceux qui n’ont rien, que la mort comme compagne et vivent sur le fil d’un rasoir ? Comment ne pas comprendre que la misère engendre le pire des systèmes où l’exploité est opprimé par ceux qui survivent sur la misère des autres en une chaîne ignoble d’asservissement et d’ignominie !

C’est un chant bouleversant avec des mots d’une beauté qui ne rend que plus dramatique l’horreur des situations.


Le club des incorrigibles optimistes
. Jean-Michel Ghénassia.

On rentre doucement dans cette histoire qui sinue dans une France qui naît pendant la guerre d’Algérie pour s’échouer aux prémices d’un 68 enfiévré. Des personnages étranges, diaspora des réfugiés politiques de l’empire soviétique sous le joug d’un Staline tortionnaire, se retrouvent dans l’annexe d’un restaurant de famille pour jouer aux échecs et partager des moments d’abandon. Ils sont des génies échappés aux drames de l’histoire, ont participé aux combats les plus terrifiants de cette moitié du XXème siècle, portent les cicatrices de la peur en eux mais n’ont pas renoncé à hurler leur désespoir. Chacun est une somme de science et de courage et leur phalanstère est un condensé de tous les espoirs trahis, de tous les reniements du possible.

Un adolescent va pénétrer dans leur cénacle, suivre leur parcours sans épouser leur cause, entrer à la lisière de leur univers sanglant pour grandir et se forger un devenir. Il va étrangement occuper une place centrale, miroir du désespoir, parce qu’il est un témoin sans passé, parce qu’il est le ferment d’un lendemain de mutation et parce qu’il ne juge pas. C’est l’histoire que l’on enterre dans les dernières convulsions de ce monde en train d’agoniser.

Il faudra bien qu’il grandisse et que l’on enterre Camus, Kessel et Sartre… et sur les ruines de ces passions, que l’histoire aboutisse à un grand pardon général dans le souffle apaisé de l’abandon.

C’est beau, tonique, effrayant et magique. Le Goncourt des lycéens est une immense ode à la liberté, celle qui est emprisonnée dans les mailles du passé et que seule la mort peut affranchir.


Pêle-mêle, car il n’y a pas que les prix dans la littérature, je suis tombé sur un petit bijou de Didier Daeninck, Camarades de classe. Un perdu de vue étrange, rapports épistolaires entre d’anciens élèves qui débouchent sur un coup de théâtre étonnant. C’est troublant, une confrontation entre les rêves du passé et le futur en marche, tranches de vie à l’épreuve du temps. Cela se lit avec plaisir et le retournement final est surprenant.

Plus étonnant encore, Vers les blancs de Philippe Djian. Quel écrivain ne s’est pas posé la question : « -et si j’écrivais un porno » ? Djian y répond en insérant à l’intérieur de son œuvre, une dimension purement érotique, une plongée dans les arcanes d’une sexualité débridée, les frontières s’estompant petit à petit jusqu’à produire un roman sulfureux, crépusculaire. A la différence de nombre de ses prédécesseurs, il réussit à conjuguer l’univers de la fiction et le trash crû de mots libérés. C’est à lire en s’accrochant aux racines de la raison !

Enfin, dernier petit livre (par la taille !), Bertina Henrichs nous propose avec La joueuse d’échecs, une énième variation sur ce jeu ancestral. Pourquoi ces figurines attirent-elles tant d’écrivain ? On peut se poser la question, mais elle y répond par un texte court, ciselé, sans fioriture ni aspérité. Une femme sans relief découvre par hasard, dans le vide de sa vie, ce jeu et les figures improbables d’un échiquier infini. Cela provoquera une transformation profonde, à la fois de sa perception du monde et de sa propre existence, pion dans une comédie ritualisée de la vie, reine par la grâce d’un mouvement stratégique d’une dame de bois. L’échiquier est bien le terrain fertile d’une vie rêvée et permet son émancipation.


Voici donc une livraison de commentaires sur quelques livres lus et à lire. Il y en a tant dans notre bibliothèque idéale, qu’il semble illusoire d’aborder la culture du monde avec des certitudes. Juste des mots alignés pour sanctifier ceux des autres et leurs ouvrir quelques portes. Les échecs, le sexe, les africaines opprimées et les réfugiés politiques forment une famille de cœur de mon bestiaire personnel, je vous les offre sans retenue !

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