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culture

Une journée (bien) ordinaire

Publié le par Bernard Oheix

Festival du Film (2)

 

Réveil à 7 heures.  La tête dans le sac. La conjugaison du film coréen, Thirst, ceci est mon sang, une histoire de curé qui devient vampire et bondit comme un cabri en patinant dans la semoule imbibée du sang de ses victimes et du film chinois, Nuit d’ivresses printanière, où les acteurs passent leur temps à se sodomiser dans les couleurs crues de néons chargés de rappeler que la Chine est aussi un pays moderne, m’avaient quelque peu assommé pour ce lancement du Festival 2009 !

Une douche, la moto (650 bandit Suzuki), badge en oriflamme et par l’entrée des artistes, petit privilège d’un directeur, je pénètre dans la salle obscure en attendant que l’écran s’illumine pour mon premier film de la journée.

8h30  Vengeance. Johnnie To. Chine. (Compétition) Palais des Festivals.

Je m’installe dans un des fauteuils rouge de la grande salle pour les presque 2 heures d’un show réunissant les 2 Johnny (le To et le Halliday). Dur, dur…  lunettes noires optic 2000 comme les flingues dégainés dans la nuit sombre, histoire ridicule sombrant dans le n’importe quoi, violence et vengeance, (mémorable réplique de Johnny devenu amnésique à cause d’une balle qui se promène dans son cerveau « -C’est quoi la vengeance !»). Notre héros national joue vraiment comme une chaussette et le réalisateur ne l’aide pas beaucoup…pourquoi n’est-ce pas Delon qui a eu le rôle ? Bof !

11h. Polotist, Adjectiv. Corneliu Porumboiu. Roumanie. (Un certain Regard) Salle de la Licorne.

Une enquête sur un jeune qui se défonce au H dénoncé par son ami. Le policier doute car il subodore que le corbeau veut en fait sortir avec la petite amie de l’autre. Un chef obtus va lancer la machine policière et briser la vie du jeune. Film intéressant, un peu lent dans sa première partie qui pose le problème de la frontière des délits et de la culture de la dénonciation et des « balances ».

Petit détour par mon jardin, sous le soleil, juste en face de la salle de projection. Une bande l’occupe. Je dénombre, un Allemand (Hartmut, fidèle complice qui fait son festival depuis une dizaine d’années chez nous), 3 Corses, mes 2 enfants, 2 de leurs amis de Paris, deux Avignonnais plus leur progéniture et son copain… soit 14 personnes attablées en train de manger et de boire quelques unes de mes excellentes bouteilles  sous la tonnelle.

Après  une dinette rapidement ingérée, les trois quarts des présents se lèvent pour filer au cinéma.

14H. Lost persons area. Caroline Strubbe. Belgique. (Semaine de la critique) Salle de la Licorne.

Dans un chantier improbable avec des ouvriers hongrois, un couple et leur petite fille solitaire et solaire. Un accident et la vie d’une communauté d’hommes durs au labeur, l’amitié et l’amour. C’est lent et long (2h), ample, une première moitié qui chemine sinueusement pour terminer plus violemment. Un film étrange quelque peu envoûtant mais qui laisse sur sa fin (faim) !

Petite pause d’une heure. Détente avec une partie de cartes (le rami corse) en compagnie de mon fils, Julien (redoutable aux cartes, même contre son père !) et de Christian, le beau-frère corse. Je perds mes 2€ de mise.

17h. Neuilly…sa mère ! Gabriel Laferrière. France. Ecran Junior. Salle de la Licorne.

Un petit bijou. Enfin du rire, de la rapidité, des répliques qui fusent ! Comédie sur un petit beur d’une cité de Chalon transplanté chez sa tante (sublimissime Rachida Brakni !) à Neuilly, coincé dans une famille de « bourges » où le fils rêve d’un destin présidentiel, la fille épouse toutes les révoltes, et lui obligé de terminer la saison scolaire dans un collège privé ! Une bouffée d’air frais. Le cinéma sert aussi  à se détendre intelligemment, il n'y a pas de honte à prendre son plaisir !

19h. Samson et Delilah. Australie. Warwick Thornton. (Un certain Regard) Salle de la Licorne.

Dans le bush Australien, deux adolescents aborigènes vont tisser leur destin, affronter l’exil à la ville, se retrouver brutalement plongés dans l’horreur (viol, drogue) et partiront se reconstruire sur leur terre natale en apaisant leur colère. Une belle histoire d’amour sans amour, une errance terrible. C’est d’une lenteur inutile dans la première partie mais tout le final accroche. Derrière les images du miracle de la modernité australienne, il y a l’expropriation et le vide de l’espoir des jeunes natifs. Le dénuement est absolu tant dans la réalité que dans l’imaginaire. Un beau film dérangeant parfois un peu pesant !

21h Un prophète. Jacques Audiard France. (Compétition). Salle de la Licorne

Plongée dans l’univers carcéral des « grands », un jeune sauvageon va faire l’apprentissage de la survie à l’école des truands pour devenir un loup. La mafia des Corses qui tiennent le pouvoir, les « barbus » qui se structurent, chacun cherche sa place entre ses murs trop hauts et tente de survivre. La frontière entre le maton et le prisonnier est ténue, comme le fil qui retient à la réalité. Malik va trouver sa place, devenir un prophète, aidé par les apparitions du premier meurtre sur commande des corses venant le hanter avec récurrence. Son habileté et sa rage de survivre vont lui permettre de s’affranchir de toutes les règles et quand il sortira enfin, il sera prêt à devenir le caïd redouté, celui que plus rien n’arrêtera ! 2h30 terrible, haletante, dénonciation froide et sans concession d’une machine carcérale faite pour forger l’horreur. La cruauté affleure sans arrêt, révélatrice de la capacité d’adaptation de l’individu. Grandir ou mourir, Malik a choisi ! Superbes compositions d’acteurs, filmage au plus proche, coulé dans le moule sans espace de murs froids, une belle façon de terminer cette journée cinéma avec un film qui devrait se retrouver au Palmarès. Tentons le pari : Prix Spécial du Jury !

Voilà donc l’heure d’aller se coucher. Demain matin, 8h30, j’ai rendez-vous avec Ken Loach et Eric Cantona (« -I am not a man, i am Eric Cantona !) …En attendant, cette journée de cinéma m’aura permis de visionner 6 films pour 11h30 de pellicule, 2 en compétition, et 4 de sections différentes, de ne pas m’assoupir une minute malgré la lenteur évidente de 3 œuvres, de découvrir des horizons perdus, quelques jets de sang ne dissimuleront pas la beauté de sentiments et la grandeur de la peine d’hommes de bonnes volontés…C’est le 7ème Art, celui que j’aime !

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L'extrême solitude du bonheur

Publié le par Bernard Oheix

Festival du Film. (1)

 

Enfin une journée où il se passe quelque chose de violent, qui fait partie de ses pages d’histoire comme le Festival en a écrit tant, comme il en écrira encore de multiple…Au cœur du cinéma et d’un monde qui reçoit de plein fouet les élans de créateurs de génie, de la dynamique des idées, du mouvement des images, de sons issus de l’inconscient... et qui n’ont comme vocation que de faire progresser l’humanité, un pas de géant dans la culture des hommes, sur le fil d’un rasoir, juste une œuvre magistrale d’offrande à sa perversité !

 

Ce serait faire injure à Lars Von Trier que de parler de film à propos de son oeuvre, d’analyser avec les codes classiques de la critique ces 104 minutes d’une plongée insoutenable dans le maelstrom de cette part d’ombre qui peuple le cerveau, entre le désir et la peur, la fascination du pire et la recherche d’un absolu.

Une femme (sublimissime et fragile Charlotte Gainsbourg) et un homme (dérangeant et massif Willem Dafoe) sont en train de faire l’amour quand leur enfant bascule par la fenêtre et s’écrase quelques étages plus bas. Après le deuil, il faudra en passer par le chaos et la mort pour assumer le drame insoutenable de cette perte. C’est Antichrist, conçu sous la forme d’un prologue et d’un épilogue encadrant les 3 volets de ce parcours initiatique vers une rédemption impossible.

Entre hyperréalisme et onirisme, entre une image qui peut passer du détail le plus infime au plan impossible d’un ciel dans lequel la constellation des Mendiants est un leurre pour égarer les âmes blessées, entre les mots les plus simples d’un thérapeute tentant de guérir sa femme et l’abomination des gestes les plus sordides par l’irruption d’un imaginaire torturé, (jouissance du sang, ablation du clitoris)…on oscille en permanence au bord d’un gouffre noir, celui de nos propres peurs !

L’auteur convoque à son banquet l’âme de Bosch dans ces corps jonchant la nature luxuriante, du Bataille et un Dieu tout puissant, d’autres multiples références pour créer son chaos universel, des images surréalistes, du psychanalytique, des pans entiers de notre culture pour aboutir à la sauvagerie d’êtres livrés à l’éternelle lutte du bien et du mal qui deviennent complice de la mort de chacun d’entre nous. Chaque fois qu’une larme coule, qu’une blessure s’ouvre, qu’une vie s’interrompt, c’est l’humanité toute entière qui est punie. Désespoir de voir le Malin se nicher dans ses propres désirs d’un Eden sans peur, comme si l’Homme, pour atteindre à l’éternité, devait combattre sa part d’humanité et redevenir cet animal primitif qui créa le monde en ignorant ses peurs !

 

Je ne sais pas si le palmarès retiendra ce film dans ses primés (est-ce le plus important en regard de son propos ?) mais l’histoire indubitablement se souviendra de ce film comme d’un moment charnière du cinéma, de son apogée, juste avant que l’on cesse de raconter des scénarii et de mettre en image la mort du cinéma et son corollaire, la fin de l’humanité !

Quand à l’interprétation profonde que chacun se fera du contenu de ce film, elle conservera son mystère et la magie d’une lecture indéfinie !

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Notes et divers...

Publié le par Bernard Oheix

 

 

Plonger dans Alexandre Dumas.

Depuis des années, je rêvais de retrouver la saga de mes Trois mousquetaires et surtout la suite que je n’avais jamais lu à l’époque où j’aurais dû…C’est chose faite, et au passage, j’ai découvert d’ailleurs qu’il y avait une suite à la suite et qu’après les deux volumes initiaux, aux 3 de Vingt ans après, s’ajoutent les 6 du Vicomte de Bragelonne

Si le plaisir du premier opus reste totalement inchangé, si D’Artagnan avec ses potes en super héros continuent de nous faire rêver comme à l’âge de notre adolescence. Vingt ans après reprend avec un certain bonheur, les recettes de la jeunesse de nos 4 héros. Rapidement avalés, les 3 volumes consacrent une aventure anglaise complexe où nos baroudeurs modernes tentent de sauver le roi, D’Artagnan et Portos se retrouvant en opposition avec Aramis et Athos pour finalement, amitié intacte, s’échouer dans un complot orchestré par le nouveau cardinal Mazarin qui a chassé Richelieu en endossant ses pantoufles…

Bon, cela fonctionne encore, même si on est à la limite du décrochage parfois…Plongeon donc chez le Vicomte, fils adoptif d’Athos. Les mousquetaires vieillissent avec bonheur, ce sont surtout les valets (Planchet…) qui subissent les affres du temps qui passe. Aramis se met au service du surintendant avant de devenir un ponte mystique, D’Artagnan l’homme-lige du jeune Louis XIV, et au fil des pages, on s’ennuie de ses histoires d’amour avec La Vallière et de ses mines effarouchées, des rituels de cour et de ses bons sentiments fonctionnant à vide. Magie envolée, on suit péniblement l’ascension de nos mousquetaires vers le panthéon de l’inutile. Quand ils se battent, trop rarement, avec leurs rapières toujours nerveuses, passe encore, mais quand le jeune Louis XIV passe son temps à charmer les demoiselles et à ouvrir la boîte de Pandore du cœur des demoiselles de cour, alors, on s’ennuie derechef, un incommensurable ennui qui culmine jusqu’à l’indifférence !

Manifestement, notre Alexandre Dumas et ses supplétifs négriers avaient beaucoup de dettes et quelques pannes d’inspiration pour délayer sans cesse une sauce éventée en étirant les pages à l’infini… Tant pis, je vais attaquer les 6 volumes du Comte de Monte-Cristo en espérant un meilleur sort pour un autre des héros de ma jeunesse !

 

Préouverture du Festival du Film.

C’est la grande agitation à 2 jours de la cérémonie fatidique. Cannes Cinéphiles réunit ses aficionados pour présenter le programme des réjouissances. Des séances à gogo, des films du monde entier, un équipement numérique pour la salle de la Licorne, la fête de l’image et du son s’annonce orgiaque loin du tapis rouge et des ors de la Croisette.

En primeur, A another Man de Eyre est projeté, avec Liam Neeson et Antonio Banderas dans les rôles principaux. Bon, espérons que les films à venir seront de meilleures factures. Cette histoire avec fausse piste éventée d’une femme qui disparaît en laissant les traces de son amour adultère en héritage à son mari fidèle est à la limite du supportable. Ennuyeux, convenu, lent, vulgaire, tous les clichés défilent pour le plus grand bonheur d’acteurs en train de cabotiner comme des prime donne. Bon, il n’aura pas la Palme d’Or vu qu’il n’est pas sélectionné et sincèrement, on comprend pourquoi et on s’en contrefiche !

 

La playmate du mois de mai.

Pour le plaisir des yeux, cette photo prise pendant le Festival de l’Art Russe de 2008 par mon ami Alain Hanel. Je l’avais gardée précieusement, pour la contempler un jour de blues…Je me sens très bien, mais j’ai décidé de partager avec vous ce moment d’émotion. Il s’agissait d’une élève du Cirque de Moscou dans un numéro particulièrement esthétique à la corde !


 

 

Fête de l’abolition de l’esclavage. 10 mai 2009. Nice.

Des stands et des couleurs, pas seulement dans le ciel mais aussi sur les visages, dans les regards, dans la fierté d’une communauté composée de toutes les facettes d’un monde d’humanité. Le Maire de la Ville de Nice avait vu juste, avec son adjointe Mathy …, une superbe Guinéenne au dynamisme communicatif. C’est notre Rama Yade à nous, les azuréens, et il faut bien l’avouer, c’est une excellente idée. Bruno John à la baguette, sans moyens mais avec un cœur gros comme l’espoir d’un peuple qui se libère et assume sa différence, ils ont réussi à fédérer autour d’eux, une cinquantaine d’associations qui chacune vient offrir un peu de sa réalité à la foule importante qui slalome entre les stands.

Le spectacle est permanent. Belles Brésiliennes dénudées en train de danser la samba, Camerounaises fines et élancées sanglées dans des boubous colorés, Djembés et balafons se répondant en cadence, tenues immaculées de blacks en parade, lunettes noires sur le haut du front, enfants à la bouille éclairée de sourires charmeurs en train de courir entre les groupes, huttes en bois reconstituées, stands d’associations définissant une Afrique et un monde ouverts…C’était beau et chatoyant, animé de vie et de rires, à l’image d’un Mobido B Sangare, jeune conteur burkinabé, se lançant dans une improvisation sur l’histoire de l’esclavage et qui termine en accordant le pardon aux anciens bourreaux tout en réclamant la dignité en héritage de leurs souffrances.

Sur la grande scène du Théâtre de Verdure, le général Dady Mimbo, brillant percussionniste entre en fusion avec un rappeur niçois (Louis Pastorelli), les Sonesros de Fe chaloupent avec leur salsa cubaine, un jeune slameur (Sofiane) écrit des pages de poésie et pour finir, le groupe phare de la scène niçoise en musiques du monde, Xalima embarque le public pour une destination sénégalaise gorgée de soleil. La voix du leader Badou est chaude, elle renvoie en écho à celle d’Ismaël Lô ou Youssou N’Dour, ample et grave mais pouvant grimper dans les aigus, s’étirant dans des complaintes que la musique transcende. Batterie/percussions africaines, basse, clavier, guitare et sémillante choriste, la belle Héloïse, composent une ode à la liberté et à la joie de vivre sur laquelle le public tangue. C’est Xalima, un groupe à suivre et que nous aurons le plaisir d’accueillir à Cannes en ouverture de la saison d’été, le 21 juin, avec les bardes celtiques de Manau…une date festive à ne pas manquer !

 

Voilà, le Festival du Film est à nos portes et déroule son tapis rouge sur les écrans de nos consciences…mais ceci est une autre histoire !

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Les révoltés de Bastia (An III)

Publié le par Bernard Oheix

 

Exotisme de la destination. Se rendre aux « Teatrale de Bastia » comme en pèlerinage sur une terre peuplée de bons sauvages. Se rendre, venir avec ses certitudes et en repartir avec ses doutes. « Rendre » prend tant de significations, aller à Canossa, se déplacer d’un point à l’autre, arriver, vomir son trop plein d’orgueil, errer à l’abandon, donner et se soumettre, céder sous… et dans toutes ces hypothèses, la plus logique, celle qui convient le mieux à ma présence sur la Place Saint-Nicolas : retrouver les Corses dans leur générosité, leur ambivalente fierté pétrie d’inquiétudes et d’interrogations, leur humour et leur certitude de devoir s’inscrire dans une fuite du temps, rappel d’un passé de fureur, complexité d’un rapport à l’autre façonné par une culture latine insulaire, quand celui qui débarquait pouvait tout aussi bien envahir qu’enrichir. C’est peut-être dans cette double crainte, celle d’être dominé comme celle de perdre son identité, que les Corses ont puisé l’énergie d’une lutte contre les apparences du pouvoir, l’état centralisateur, l’ennemi si proche d’une culture authentiquement insulaire.

Que l’histoire ait balbutié en Corse n’est somme toute, qu’un accident de parcours. Rêve de nation souveraine, parcellisation extrême des micro-pouvoirs, c’est la Corse dans toute son ambiguïté, celle des clans installés depuis tant de temps aux cimes des villages perchés au dessus du vide, celle des potentats locaux qu’une génération a tenté de balayer pour installer son propre pouvoir et qui se confronte, amère, aux ruines fumantes de leurs espoirs, lambeaux d’un combat se brisant sur les traditions d’un peuple cultivant le secret, le flamboiement de l’affrontement, la rixe comme arène de tous les désirs. C’est aussi la tentation du réflexe des Robins des Bois, bandits d’honneur, vendettas, omerta, la force comme une réponse au mal-être, pour chasser les doutes et se donner des héros de chair à la langue flamboyante.

Et pourtant, la Corse lettrée, celle de toutes les audaces, existe bel et bien. Elle est généreuse dans ses doutes, forte de ses hésitations, parlant de l’invisible pour cerner la réalité. Des générations brûlées au feu de l’action qui modèlent leur comportement sur la critique de la raison pratique mais n’en conserve pas moins l’idéal chevillé aux rêves de lendemains d’harmonie. C’est cette génération qui parcoure les sentes d’Aléria pour se briser sur les hauts-fonds des luttes fratricides et se retrouve avec des interrogations existentielles en héritage. Que créer qui échappe au chaos ? Qui soit à la fois de l’ordre de l’essentiel d’une spiritualité et totalement ancré dans une réalité honnie, qui appartienne au cri et parle au cœur de l’homme…

Et le théâtre dans tout cela me direz-vous ?

Il y a 2 ans, j’avais découvert un vivier inépuisable d’inventivité. L’an dernier des pièces fulgurantes, (cf. mes articles précédents dans le blog), quand devait-il être de l’édition 2009 ?

Comment expliquer le relatif tarissement de cette source créatrice au moment même où les responsables du Festival réussissent à faire venir des programmateurs et des éminences de la critique théâtrale ? Peut-être est-ce dû à une irrigation trop intensive qui a laissé les terres exsangues et nécessite une pause afin que les ferments se reconstituent ! Peut-être aussi cette éternelle tension qui fait que, quand une tête dépasse en Corse, il faut la couper et la coller sur un drapeau blanc ?

Comment expliquer que les Chjachjaroni soient géniaux avec Le Roi se meurt en 2007 et se vautrent lamentablement avec Georges Dandin en 2009 ? Glorieuse incertitude de l’art qui nous rappelle à une grande humilité ! Orlando Forioso, un protagoniste majeur du théâtre de Corse, positionné à Calvi, auteur de coups de génie, qui ici, en l’occurrence, nous assomme avec un placard de Barbe Bleue trop plein de suffisance, des actrices nulles (à l’exception d’une sublime Osella Orchis dans un texte en italien de Annalisa Ferruzzi, l’histoire d’une femme qui va nettoyer l’appartement de son ex-mari où sa seconde femme vient de se suicider et qui se noie dans le sang de l’autre !)…une scénographie pompière en décalage avec un contenu et une mise en scène luxuriante.

Malgré tout, comme des pépites dans le limon de l’indifférence, dans la quinzaine de pièces proposées, des essais intéressants surnageaient, plus ou moins réussis. Itinéraire de femmes est l’exemple type d’une pièce ratée. La générosité de la metteur en scène et les qualités évidentes du jeu d’actrice de Véronique Reviron et de Frédéric Maroselli ne peuvent s’opposer aux vertus d’un collage de textes manquant de cohérence et aux choix discutables d’une mise en scène jouant sur le trop-plein et l’accumulation. De même pour Paoli City de Francis Aïqui et Catherine Sorba, road-movie sur une américaine qui vient retrouver sur l’île, les amis de son amant mort pour disperser ses cendres sur sa terre natale, et tente d’éclairer la part d’ombre d’une « corsitude » qu’elle n’a jamais comprise. Un exercice de style particulièrement riche qui se brise sur les carences de la mise en scène et sur un texte encore trop fragile. Le renoncement à la lutte, l’exil, le reniement des idéaux révolutionnaires auraient autorisé plus de profondeur ! Le message dans la bouteille est trop important pour laisser une emprise à l’à-peu-près !

De la profondeur par contre, on en trouvait à foison dans l’Ultima Visita de Jean-Pierre Lanfranchi. Directeur du Festival, metteur en scène de la pièce, comédien principal, il aime les difficultés, notre ami se lançant à corps perdu dans le montage de la dernière pièce de Copi en la traduisant en corse (avec un surtitrage pour les Français !). Une œuvre écrite sur un lit d’agonie, par un homme rongé par le sida, qui parle de la beauté de l’existence, du théâtre et de la comédie de la vie avec les mots d’une tragédie. La mise en scène est soignée, quelques trouvailles agrémentent le parcours d’un corps qui se délite. Impondérable d’une création, elle souffre parfois d’un jeu qui a besoin de se régler. François Berlinghi, un excellent acteur au demeurant, en fait des tonnes avec son personnage de grande folle et gagnerait à serrer les fesses dans la sobriété, l’infirmière, plus préoccupée par son texte, force le trait et joue à contresens dans une hystérie trop convenue…mais que la démarche de Unita Teatrale est belle, courageuse ! Copi en Corse, appropriation d’une maladie vécue comme une honte et qui se trouve au centre d’un dialogue empli de magie et de joie de vivre. La mort au travail, si une expression pouvait résumer cette œuvre, alors c’est bien celle-là qui dévoile le cheminement vers l’inexorable d’un créateur résolu à faire un ultime pied de nez à cette gangrène qui ronge son corps mais n’atteint point son esprit. Il est libre Copi, y en a même qui l’on entendu se gausser de la grande faucheuse !

Reste le chef-d’œuvre de cette semaine de théâtre !

Hanokh Levin est un écrivain Israélien dont la plume évolue dans un univers absurde que l’on peut situer entre Ionesco et Beckett. En partant d’un événement totalement banal, (Shvartz décide d’embrasser au petit matin le petit doigt de Shvartziska, sa femme adorée), l’auteur va imbriquer une fuite en avant vers le « non-sens », en une composante savante de sentiments réels et de situations absurdes, dépeignant la force de l’amour et le ridicule des petitesses mesquines d’hommes et de femmes ordinaires. En effet, celle-ci, qui était en train de se curer le nez, refuse car elle a un gros caca au bout de son riquiqui. Son couple au bord du divorce, elle va chercher l’aide de l’ami fidèle, Popper qui se retrouve de force englué dans leurs rapports. D’ami fidèle, il devient témoin gênant. Svhartz souhaite sa mort et vu que le désir est aussi vrai que la réalité, Popper se meurt de ce charme. Shvartz et Shvartziska jouent avec cet encombrant Popper qui permet à leur amour de s’exprimer dans toute sa puissance et son mépris pour les autres, exclusivité du couple refermé sur lui-même. Même son copain, Katz, ne pourra entraver cette marche funèbre orchestrée par la passion et la jalousie. Même Koulpa, la délicieuse prostituée, prête à devenir une femme comme les autres, ne pourra s’opposer au destin. Il mourra donc pour effacer la tache indélébile de cette crotte au bout d’un doigt fureteur.

Marie Murcia est une Shvartizka éblouissante, jouant d’une palette d’émotions contradictoires, tour à tour, victime et bourreau, engluée dans sa passion pour Shvartz et dans son attirance pour Popper. C’est une comédienne accomplie, au zénith de son art. Formée à l’Erac (Ecole Régionale d’Acteur de Cannes, 1ère promotion en 1991), elle vit en Corse et offre son talent à un personnage complexe et ambigu.

Christian Ruspini est l’acteur le plus talentueux que j’aie pu découvrir actuellement en Corse. Eblouissant dans Le Roi se meurt, génial dans Pégase 51 (qui sera programmé le samedi 20 février 2010 dans la saison « Sortir à Cannes »), il n’y a plus de qualificatifs pour définir son interprétation du personnage de Shvartz, engoncé dans des vêtements étroits, la mèche barrant son front, rigide de toutes les petitesses de l’enfermement sur soi et d’un égo disproportionné. Il « hait » le personnage jusqu’au bord du gouffre, un équilibre instable entre la réalité d’une image et l’image d’une réalité, un précipice sous les pieds, celui d’une humanité où chaque geste déclenche un drame et se répercute sur son alter, la victime désignée, comme si son propre bonheur ne pouvait s’ériger que sur les ruines de l’homme en une mécanique de la compensation absurde.

 

Alors, ne serait-ce que pour cette pièce, pour ces deux formidables comédiens, pour l’irruption de l’univers torturé d’un Hanokh Levin dans notre quiétude, alors, même si ce n’était que pour ces raisons, j’aurai été heureux d’être à Bastia en cette fin d’un mois d’avril 2009. Que la pièce patine quelque peu à l’approche du dernier tiers, que certains acteurs manquent de profondeur (la prostituée trop floue, Popper qui pourrait avoir une dimension intérieure plus compacte…), que l’on cherche la perfection ou pas…Il y avait de l’émotion, de l’authentique tranche d’amour dans ce moment de grâce d’un théâtre plus que jamais parlant de la condition humaine.

 

Et si l’on rajoute un débat sur la politique culturelle avec Robin Renucci, fascinant conteur, passionné et passionnant et Valérie de Saint-Do rédactrice de la revue Cassandre, la charcuterie corse au gout de maquis et l’odeur insupportable du « fromage qui pue » se répandant dans un Zanzibar bruyant à souhait, l’île d’Elbe qui déchire l’horizon quand le soleil se couche, une escapade à Porto chez mon ami Guy Lannoy par la Scala Santa Regina, le col de Vergio avec ses rubans de neige toujours accrochés aux pentes abruptes et le village d’Evisa suspendu dans l’éther, (paysages sublimes et routes tortueuses !), si l’on rajoute les bises affectueuses d’Aline, les sourires de Sarah devant les « machos testiculeux », les pastis sur la Place Saint-Nicolas, les attentions d’Alix et de toute l’équipe des « Teatrale »… Si l’on complète ce séjour d'un déjeuner avec Raoul Locatelli, le programmateur des « Musicales », la barbe drue de Guy Cimino en train de monter son prochain opus (comme il a manqué à cette édition !) et le cigare coupé en 4 de François Berlinghi faisant son coming-out artistique sous le regard attentif d’un Jean-Pierre Lanfranchi dubitatif… Alors, on peut dire, merci Bastia, merci les Corses et à bientôt sur votre île de toutes les beautés !

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Un Gala de danse.

Publié le par Bernard Oheix

La revue BALLET 2000 de Alfio Agostini organise un Gala International de danse depuis quelques années à Cannes. Présentation de jeunes solistes remarqués par les critiques maison dans des extraits enlevés permettant toutes les audaces et les prouesses, hommage à un danseur pour sa carrière (les précédents récipiendaires avaient pour nom Rosella Hightower, Violette Verdi, Alicia de Alonzo, Maïa Plissetskaia...).  Ce Gala se veut novateur, rompant avec la tradition, ancré dans le classique pour mieux s'en extraire et goûter l'air du large de la modernité.

La salle se remplit, assistance plutôt âgée et traditionnelle, même si quelques danseuses de chez "Rosella" animent les travées en lançant des youyous à la cantonnade. C'est une ambiance bon enfant, un mixte entre spectacle pour grand public et un évènement à la mode, soirée plus "culture" drainant les "branchés" de la côte. L'ouverture donnera raison aux modernes contre les classiques.
Le premier ballet présenté est "Anima" dans une chorégraphie originale de Matteo Levaggi sur une musique de Philip Glass. Le Balleto Teatro di Torino dépoussière l'académisme, offre une pièce d'une grande fluidité au service de l'élégance d'un mouvement épuré. Lignes d'horizon, sobriété, corps qui s'enchevêtrent, noir et blanc, il fait nul doute que ce premier opus de la soirée en a désarçonné plus d'un et que les tenants des tutus et paillettes se sont retrouvés fort marris quand la bise est arrivée !
La remise du prix à la carrière Irène Lidova créé par BALLET 2000 nous permettra de voir les images d'un autre temps. Un montage savant d'extraits de pièces pour retracer quelques pages de légende d'un danseur hors norme, Vladimir Vassiliev, réputé pour sa présence physique et son aptitude à défier les lois de la pesanteur. Un
moment d'émotion réelle quand la salle s'est embrasée pour lui.

Vladimir Vassiliev, sans aucun doute le plus grand danseur de tous les temps, une légende qui reçoit le trophée à la carrière Irène Lidova de BALLET 2000 sur une des plus belles scènes du monde !

Alfio Agostini, le boss, distribuant des prix comme des bonbons aux bons élèves.

Du Gala, nous retiendrons l'extraordinaire Polina Semionova du Ballet de l'Opéra de Berlin, éblouissante de grâce dans Alles Walzer sur une musique de Johann Strauss chorégraphiée par Renato Zanella. Olga Esina et Vladimir Shishov du Ballet de l'Opéra de Vienne dans Elégie sur une musique de Rachmaninov, chorégraphie de Vakil Usmanov. Maïko Oishi et Giovanni di Palma du Ballet de l'Opéra de Leipzig dans Sonate de Rachmaninov chorégraphie Uwe Scholz.
Disons-le malgré tout, ce Gala pour élégant et novateur qu'il fut, manquait quelque peu de brio et de stars de la danse. Positionné sur les étoiles montantes, essentiellement russes dans des compagnies germaniques, il a démontré les limites de la jeune danse devant les étoiles inaltérables des  Etats-Unis et de l'Angleterre. Reste une soirée étrange, un gala atypique, la finesse des choix malgré tout.
BO, Vassiliev et Richard Stephant, le producteur de la soirée, mon ami. Nous devions nous baigner pour célébrer les 50 000€ de recettes de la soirée... La pluie nous en empêchera, dommage, il est si beau en maillot tarzan avec ses pectoraux luisants.

Chiara Samugheo, mon amie, la plus grande photographe des stars italiennes, Vassiliev et BO. La nuit s'étire...

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Hugo versus Maupassant...

Publié le par Bernard Oheix

Quand la langue chante, que les mots sont des bijoux ciselés, que les inflexions de la voix envoûtent, que les règles sont là pour libérer l’imaginaire, alors, l’expression n’est plus une contrainte mais un art de vivre, une esthétique de la pensée, un vecteur vers l’âme de ceux que la beauté illumine.

Que ce soit dans le Victor Hugo d’Anthéa Sogno ou dans les Contes Fantastiques de la Compagnie NéNéka, cette magie opère dans l’éblouissement d’une verve sublimée.

 

Victor Hugo, mon amour.

Spectacle Anthéa Sogno.

Mise en scène par Jacques Décombe

Avec Anthéa Sogno et Sacha Petronijevic

 

40 000 lettres échangées entre Victor Hugo et Juliette Drouet, 40 000 traits d’union entre un poète dramaturge et une maîtresse enflammée qui abandonnera le théâtre pour se consacrer à un amour sans limite.

Pendant 50 ans, ils vont correspondre, partager, se confier l’indicible et hurler leur passion dans des lettres incessantes. « -Ecris-moi, écris-moi tout ce qui te trottera par la tête, tout ce qui te fera battre le cœur » lui dit-il lors de leur rencontre, en 1833, pendant une lecture de la pièce Lucrèce Borgia que Hugo vient de terminer.

Dans la vie dévorante de Victor Hugo, où se mêlent femmes, littérature, politique, famille, Juliette Drouet restera une constante de la vie, au-delà des rancœurs du quotidien, de la jalousie, de la peur et du vieillissement.

Le 11 mai 1883, Juliette Drouet s’éteindra comme la flamme d’une bougie soufflée par les vents contraires. Victor cessera d’écrire en une réponse définitive. Son encrier s’assèchera parce que son cœur se tarira de ne plus pouvoir aimer celle qui transgressa les lois de l’amour en devenant sa muse pour l’éternité.

40 000 lettres pour un demi-siècle d’une passion si intense qu’aucune frontière ne pouvait l’enfermer.

C’est le travail d’orfèvre d’Anthéa Sogno d’aller chercher, dans cette correspondance, la réalité d’un amour fou et de le rendre au vivant. Découpages, collages, mots crus, élans, tout est dans le texte, tout se met à exister dans la bouche des deux comédiens. Mystérieusement, leur amour se matérialise à travers les mots, devient concret, perdure par-delà la légende des siècles.

Combien est magnifique cette langue libérée et combien elle pourrait se suffire à elle-même ! Style, classe, formule, rhétorique… rien n’est plus juste que ces mots dérobés au temps passé que l’on exhume comme des trésors.

 

A l’heure où les publicistes se torturent pour accoucher de slogans dont la vulgarité n’a d’égale que la pauvreté, quand il faut frapper par les mots pour convaincre par l’esprit, Victor et Juliette dans une correspondance privée, certainement pas destinée à être partagée par d’autres lecteurs, énonçaient la plus belle des vérités : le cœur est une science exacte, avec lui, point besoin de se torturer pour définir la phrase juste, c’est la juste phrase qui s’impose quand les sentiments sont à l’unisson des actes.

Que ce soit dans un discours politique (combien seraient inspirés nos hommes politiques d’en copier quelques élans), dans un poème bouleversant dédié à la mort de sa fille, (A l’heure où blanchit la campagne !), que ce soit dans l’échange amoureux, dans les conseils d’une Juliette à son grand homme d’écrivain (le titre des Misérables, c’est elle !), dans la passion physique où dans l’éternité de l’attente, les mots sont des perles enchâssées sur l’écrin des sentiments les plus nobles. L’âme peut s’élever jusqu’aux cieux quand la grandeur de l’être lui offre des raisons d’espérer !

 

Contes Fantastiques.

Textes choisis de Guy de Maupassant.

Mise en scène : François Orsoni.

Avec François Orsoni et Jean-Pierre Pancrazi.

 

Un beau et sobre dispositif de lampadaires qui découpent des cônes lumineux sur une scène vide. Un homme assis sur une chaise (François Orsoni) lit un livre à haute voix. Il va s’en détacher, se lever et entrer en représentation. Il est celui qui relie le public à la fonction scénique, le grand ordonnateur du désordre que les mots vont introduire dans la mécanique de la peur. De lecteur passif, il devient acteur, introduisant des bribes d’histoires, l’amorce d’une séquence horrifique, saynètes que son alter ego, (Jean-Pierre Pancrazi), va vivre de l’intérieur en étant l’expression de la réalité décrite. Procédé simple mais parfaitement efficace pour faire vivre ces histoires abominables et ces caractères hors du commun qui peuplent de fantômes les pages acides de Guy de Maupassant.

Sans jamais se croiser, s’ignorant malgré une proximité de sens, ils vont se répondre en écho, devenir ces voix qui exhalent la puanteur de ces œuvres sordides où la beauté fleurie sur les victimes du désordre.

Femme aimée dont on viole la sépulture pour une ultime étreinte, veuve rentière qui cherche à récupérer devant un tribunal un bien accordé à un enfant en échange de ses faveurs sexuelles, lettre d’un suicidé qui suit le lent cheminement qui le mène vers la mort, tout se passe comme si l’humanité vacillait sur les rives du désespoir, juste entre l’indicible et l’inénarrable, à la lisière de l’impossible.

De ce point de vue, le conte qui clôture le spectacle est un bijou de haine et d’amour. Un gentil instituteur, aimé de tous, tue ses meilleurs élèves dans d’atroces souffrances pour se venger d’un Dieu tout-puissant qui a autorisé la mort de ses trois enfants adorés emportés par une maladie de poitrine. Il va alors décider de lui voler des vies en lui dérobant des morts. Au passage, comment résister à un des textes les plus férocement athée, un summum d’agnosticisme que je ne peux que vous retransmettre :

 

« …et puis tout à coup, j’ouvris les yeux comme lorsque l’on s’éveille ; et je compris que Dieu est méchant.

Pourquoi avait-il tué mes enfants ?

J’ouvris les yeux, et je vis qu’il aime tuer. Il n’aime que cela monsieur. Il ne fait vivre que pour détruire ! Dieu, monsieur, c’est un massacreur. Il lui faut tous les jours des morts. Il en fait de toutes les façons pour mieux s’amuser.

Il a inventé les maladies, les accidents pour se divertir tout doucement le long des mois et des années ; et puis, quand il s’ennuie, il a les épidémies, la peste, le choléra, les angines, la petite vérole ; est-ce que je sais tout ce qu’il a imaginé ce monstre ?

Ca ne lui suffisait pas encore, ça se ressemble tous ces maux-là ! Et il se paie des guerres de temps en temps, pour avoir deux cent mille soldats par terre, écrasés dans le sang et dans la boue, crevés, les bras et les jambes arrachés, les têtes cassées par des boulets comme des œufs qui tombent sur une route.

Ce n’est pas tout. Il a fait les hommes qui s’entremangent.

Et puis comme les hommes deviennent meilleurs que lui, il a fait les bêtes pour voir les hommes les chasser, les égorger et s’en nourrir.

Ce n’est pas tout. Il a fait les tout petits animaux qui vivent un jour, les mouches qui crèvent par milliards en une heure, les fourmis qu’on écrase, et d’autres, tant, tant que nous pouvons imaginer. Et tout ça s’entre-tue, s’entre-chasse, s’entre-dévore et meurt sans cesse. Et le bon Dieu regarde et il s’amuse, car il voit tout, lui, les plus grands comme les plus petits, ceux qui sont dans les gouttes d’eau et ceux des autres étoiles. Il les regarde et il s’amuse. Canaille va ! »

 

Spectacle merveilleux, ivresse des mots sur des images sordides, je l’avais rêvé. C’est aux Théâtrales de Bastia, il y a deux ans, que j’avais découvert dans une première version qui m’avait passionné, simple lecture polyphonique mise en espace, sans réelle mise en scène. Au cours de longues discussions passionnantes avec les deux acteurs, je leur avais proposé d’en réaliser une version scénarisée et de se retrouver pour une programmation à Cannes. Après quelques mois, ils me présentèrent leur production. Le résultat fut bien au-delà de ce que j’espérais, parce que le talent et le désir se conjuguaient, parce que derrière leur approche d’humilité, un travail rigoureux permettait de rendre au verbe sa magie libérée. C’est la force des belles idées de s’imposer par le naturel. Quand les mots de Maupassant rencontrent l’art des comédiens, les sentiments les plus humains se parent des atours du fantastique.

 

 

Qui aura triomphé de Victor Hugo ou de Guy de Maupassant…aucun des deux ! C’est le verbe qui l’emportera, qui vaincra pour la magie de ceux qui entendent derrière les mots. Deux conteurs fascinants, apôtres d’un style fleuri où l’essentiel est toujours à l’intérieur des signes, qui renvoient vers la réalité en la transfigurant, qui donnent des clefs pour mieux accepter la part magique de l’être humain. C’est avec de tels écrivains que l’on saisit combien la langue française est riche et subtile, capable de parler de la grandeur de l’homme comme de la petitesse de ses humeurs, de dépeindre la vastitude de l’univers au prisme de l’étroitesse des individus.

Comment oser, désirer, écrire derrière de tels jongleurs de mots ?

 

Dernière minute… Dans la série des grands et beaux textes, nous venons de programmer au Palais des Festivals de Cannes, Dom Juan, Le Festin de Pierre de Molière avec Philippe Torreton et Jean-Paul Farré dans une mise en scène de Torreton. Sublime encore ces mots qui chassent sur les domaines des dieux, confrontent la liberté de l’homme au pouvoir de l’infini. Génial ! Cette tirade sur l’hypocrisie que tant de nos hommes de pouvoir pourrait écouter en silence, charge contre les convenances et tribune de l’homme de sang qui peut affronter sa part divine sans renoncer à son libre arbitre. Dom Juan est une pièce redoutablement perverse, d’une ambiguïté sans appel, où le mensonge est une vertu, l’innocence une maladie, le pouvoir de séduire, la possibilité de révéler aux autres leur nature intime. L’humour cache le désespoir extrême d’un homme qui tente de se libérer de ses liens et sa quête de la perfection brûle les existences autour de lui. C’est sa mort choisie qui le sauvera… Et loin d’être l’apologie d’une punition divine, ce banquet avec le Commandeur est le dernier acte d’un homme libre qui défie sa peur !

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Séville en Womex

Publié le par Bernard Oheix

Il y a des années comme cela... Séville accueille le Womex, marché des Musiques du Monde où se croisent les Anglo-Saxons, les Asiatiques,beaucoup d'Européens et un fort contingent de Francophones d'Afrique. C'est la dernière session dans cette capitale andalouse pour un souk qui autorise toutes les rencontres les plus improbables, les métissages et l'écoute des sons venus d'ailleurs. En effet, après 3 années, les organisateurs nous informent que la prochaîne édition aura lieu à Copenhague. Adieu tapas, vino tinto et autres réjouissances nocturnes, vers 5 heures du matin, dans les ruelles de la vieille ville, à chercher un port d'attache pour écluser un dernier verre en discutant de l'avenir du monde ! Bienvenue au pays de la petite sirène, ses icebergs et les rigueurs d'un automne polaire !!!
Il apparaît bien sombre ce monde  d'ailleurs, dans les tourmentes d'une crise qui atteindra fatalement une grande partie des opérateurs présents, ceux qui sont fragilisés parce que leur secteur est exposé aux vents de la tourmente financière. Les artistes d'Afrique et des contrées les plus reculées, qui ont déjà tant de difficultés à survivre et à circuler, en subiront directement les conséquences. A force d'ériger des murs, on risque bien d'étouffer sans lumière !
C'est ainsi qu'une tension apparente rampe au sein de ce corps vivant des opérateurs de la musique, le gangrène et obère l'avenir. C'est dans cet état de pesanteur qu'il faut peut-être chercher les raisons du déchaînement qui s'est emparé des participants, comme s'il fallait conjurer le sort en brûlant la vie par tous les bouts de la chandelle, maintenir l'éclat d'une espérance folle et hurler aux nuages, la vérité d'un futur sans musique. A l'heure où toutes les technologies permettent de bannir les frontières, se voir et parler restent encore le moyen le plus efficace de communiquer et de rêver.
Peut-être tout simplement ne peut-on impunément réunir quelques milliers de passionnés sans que la passion ne déferle et emporte tout sur son passage.


Quelques photos :


Dans une calèche, Ourida qui s'occupe de l'Orchestre National de Barbès et des intérêts de sa communauté artistique...à la recherche d'un restaurant. Ourida est une fleur sauvage du Maghreb, elle doit lutter contre tant de discréminations, femme, arabe, artiste... pourtant elle garde au fond d'elle, une pierre précieuse qui luit comme un diamant, la tendresse. Elle a la beauté fragile d'une révoltée, elle a un coeur grand comme un continent d'amour !

Sabine Grenard, une des rares à triompher... son groupe corse A Filetta aura fait un tabac en show-case et les contrats pleuvront comme les feuilles d'automne dans les jardins de Séville... Sa petite entreprise ne connait pas la crise, elle le mérite, c'est ma copine depuis tant d'années que je n'imgine pas un monde sans cette "bookeuse" hors pair.



François Saubadu... Un Français à Turin, du gros spectacle d'Amérique du Sud pour les Italiens du Nord...Il a un regard qui force l'amitié, une distance avec la réalité, capable de tendre la main et de rire, il reste une belle rencontre. Il était venu me rendre visite à Cannes pour me vendre des spectacles il y a 10 ans, je l'avais oublié, lui aussi...on a bu pour célébrer nos retrouvailles !

Laurence Samb, Franco-Sénégalaise qui vit à Berlin et nage dans l'électro d'une ville en survoltage. A l'heure où le métissage est devenu très chic, elle reste lucide, se nourrit de ses racines multiples, s'enrichit de ses influences qui la traversent et sera un des rayons de soleil du Womex 2008.

Valentin, associé à Soraya, une Brésilienne, il tente d'importer des groupes de ce pays et d'ouvrir des brèches dans le mur des silences. Il a un visage d'enfant éveillé, une gentillesse naturelle, un sens de l'humour très développé. Leur tâche est immense, ils ont du courage pour tous ces musiciens qui attendent d'eux d'exister sur nos scènes.

Je sais, il est tard, je suis dans les bras de Laurence et d'Aurélie... et j'aime ! Aurélie est une bombe perpétuellement amorcée. Elle vit pour aimer, donne son amitié et cherche le bonheur dans l'échange. Elle ne tient pas l'alcool, mais qui lui en tiendrait rigueur ? Aurélie, c'est ma copine !


Charlotte et Claire, les divas du Reggae...de Toots à Alpha Blondy qui devrait être à Cannes en septembre prochain... des siècles de barbus débonnaires ! Jah est grand ! Charlotte a une sacrée personnalité, on a pas interêt à se louper avec elle, mais quand elle offre son amitié, alors, c'est un ange. Claire est  douce, suave, un parfum d'anis qui évoque des heures sereines à danser sur les sons de la Jamaïque.

Je savais que je possédais un certain charme, voire un talent certain, mais là, j'ai quand même l'impression qu'elles exagèrent ! Comme quoi, quand on réunit une Sénégalaise, une Brésilienne, une Corse, une Algérienne et une Picarde... c'est détonant ! Etonant, non ?

Sinon, que vous dire de la musique, raison principale de ma présence ? Que A Filetta et Enzo Avitabile e i Bottari sont géniaux... était-il besoin de se rendre si loin pour s'en convaincre ? Assurément non puisque je les ai déjà programmés depuis bien longtemps !
Que Speed Caravan restera une des heureuses (rares) découvertes de cette édition hybride. Issu d'Ekova et de Duoud, Mehdi Haddab avec son "oud" électrique, une DJette aux platines, un percussionniste et bassiste, nous entraîne dans un univers de sons orientaux électros, un tissu chamarré de notes brillantes, avec une rythmique rock qui sonne comme du Hendrix et déboule dans une furia magistrale. Retenez ce nom, Speed Caravan, on devrait en entendre parler sous peu !
Si Tumi and the Volume (Afrique du Sud) propose un Hip-Hop électro plutôt passionnant et Suzanna Owiyo, une chanteuse Kenyanne, belle, à la voix sensuelle accompagnée de son groupe remarquable à l'afro-beat dansant ont fait sensation, disons que globalement, les shows-cases ont apporté leur lot de spectacles très moyens. Dans la quantité, certains émergeront peut-être, beaucoup sombreront aussi... mais c'est la réalité d'un monde cruel pour les artistes, où rien ne leur est pardonné, où la performance prime sur le temps et où l'erreur se paye cash.
De ce point de vue, je ne résiste pas au plaisir de vous informer que les Amazones de Guinée existent toujours... et si vous n'en avez point entendu parler, ce n'est pas grave. Une douzaine de femmes en uniforme de la Gendarmerie guinéenne, en train de ramer pour émettre une musique désaccordée, les poses de la guitariste échevelée et l'absence d'oreille et de mains de la batteuse, nous ont donné une furieuse envie de boire à la santé des Musiques du Monde et de celles et ceux qui la maltraitent parfois, la magnifient souvent !

La musique africaine survivra à leur show... de justesse pourtant ! Mais ce continent en a vu d'autres, il nous en offrira des occasions de se faire pardonner !

Voilà, c'est l'heure du retour. Une dernière soirée au Jackson à boire jusqu'à l'aube, un coucou ému à tous ces ami(e)s qui ont partagé mes nuits. Beaucoup ne sont pas présents dans ce bref hommage aux nuits de Séville, ils m'en rendront grâce, nous nous retrouverons à Copenhague, peut-être ! Cannes se pointe au bout de la piste ! Echange de photos par maïl, souvenirs souvenirs et la roue tourne, la crise toujours, Obama en premier président noir des Etats-Unis d'Amérique, de quoi prolonger la fête en sachant qu'il lui faudra plusieurs vies pour résoudre l'ineptie d'un monde qui marche sur la tête et l'a engendrée ! Pour quelles illusions ? Pour quelles missions ?

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Paris-Théâtre, octobre 08.

Publié le par Bernard Oheix

Paris. La saison théâtrale est morose. Une Plongée dans les salles afin de dénicher les pépites de la programmation 2009/2010 s'impose. Beaucoup de pièces, des heures dans l'inconfort général, mais aussi des rencontres, mes amis Yves Simon, Nilda Fernandez et une auteure, Agathe Fourgnaud, le talent à l'état rebelle. Les nuits sont trop courtes pour faire le tour d'un monde en folie. C'est bien de rêver aux lendemains !

 

11 et 12 octobre. Riccardo Caramella « Bon anniversaire, Maestro Puccini ». Salle de la Licorne. Cannes.

On connaît le talent du pianiste, on connaît moins la verve gouailleuse du conteur. Riccardo a cette capacité de rendre la musique accessible, de désacraliser intelligemment les grands compositeurs en leur réattribuant un peu de chair. On passe ainsi de morceaux de musique exhumés, d’essais qui deviendront au fil du temps de véritable bijoux, en suivant l’histoire de leur composition et en accrochant des pans de moments vécus comme des perles.

Petit exemple narré par Riccardo Caramella.

Rossini envoie pour noël un « panettone » à ses amis et s’aperçoit que sa secrétaire l’a expédié à Toscanini, qui est à New York, alors qu’il vient une nouvelle fois de s’embrouiller dans cette relation d’amour et de haine permanente qui les caractérisera. Il décide de lui envoyer un télégramme. « -Panettone envoyé par erreur. ». Il recevra le lendemain une réponse de Toscanini. « -Panettone, mangé par erreur ! ».

La soirée s’écoule ainsi, entre la mélodie et l’humour, avec un zeste d’émotion quand Riccardo parle de sa vie, des actions humanitaires qu’il mène et le conduisent à rendre un peu de cet amour et de l’argent à ceux qui l’ont tant aimé sur les scènes du monde entier.

Que le chœur flotte un peu, que le baryton tombe malade et le ténor dérape parfois n’a alors que peu d’importance. Il reste une belle énergie, un désir de contrepied, une démarche atypique avec un cœur gros comme une tranche de vie pleine de surprises et de tendresse.


Bernard avec Puccini. Présentation du concert de Riccardo Caramella.

15 octobre. Le diable rouge. Avec Claude Rich et Geneviève Casile. Mise en scène Christophe Lidon. Texte d’Antoine Rault. Théâtre Montparnasse.

J’avais accueilli avec beaucoup d’enthousiasme la précédente pièce d’Antoine Rault, Le Caïman avec Claude Rich portant sur la vie d’Althusser et le meurtre de sa femme. Changement de décors avec cette pièce historique portant sur l’agonie d’un Mazarin malade, tentant de s’accrocher aux lambeaux de son pouvoir devant la montée inexorable d’un Louis XIV qui entame son ascension vers les sommets de la gloire. Belle pièce d’une facture classique, parfois un peu trop dans sa scénographie, mais dont le texte fait ressortir la fascination des hommes de l’ombre pour la lumière de l’exercice du pouvoir. La mère de Louis XIV est la témoin de cette passation qui enterre aussi sa propre volonté de régenter le roi. Louis XIV va ainsi se libérer de ses chaînes et concentrer le pouvoir entre ses mains. Fin d’une période, début d’une ascension, Claude Rich est parfait dans son cabotinage de vieux despote tentant de sauver quelques bribes de sa puissance d’antan. Un beau moment d’histoire dans une langue fleurie.

 

16 octobre. Le malade imaginaire. Avec Michel Bouquet et Juliette Carré. Mise en scène Georges Werler. Théâtre de la Porte St Martin.

Un texte qui sonne si présentement, en écho de tant de nos angoisses, maladie chronique d’un mal de vivre, Michel Bouquet est l’incarnation de cette mort au travail qui hante tout acteur qui s’empare de ce rôle au souvenir du grand Molière agonisant sur scène. Fragilité insoutenable de l’être humain, profondeur du personnage de théâtre et d’une distribution parfaite. C’est un chef-d’œuvre de sensibilité, d’humour et de drame. Il n’y a rien à dire, juste baisser son chapeau et dire à un Bouquet crépusculaire, merci pour votre carrière, merci pour cette illumination d’une œuvre qui continuera à traverser l’histoire des hommes par sa férocité contre les savants, son mépris des conventions et la force désespérée de l’amour. Vive Molière !

 

17 octobre. 15h Café de Flore. Rendez-vous avec mon ami Yves Simon.

 Deux heures pour nier le temps, parler du monde et se percher sur un fil d’amitié parcourant des vies d’hommes. C’est beau le partage des rêves, les interrogations multiples et le regard convergent vers la réalité. Deux heures passées à la vitesse d’un songe d’harmonie.

 

18h30. La divine Miss V… Avec Claire Nadeau. Texte de Mark Hampton et Mary Louise Wilson. Mise en scène de Jean-Paul Muel. Théâtre du Rond-Point

Tout est beau, les décors rouges, la mise en scène précieuse, le jeu sobre de Claire Nadeau… mais au fond on s’ennuie un peu ! Les états d’âme d’une miss vieux siècle, impératrice de la mode, ex-rédactrice de « Vogue » nous indiffèrent. On peut épiloguer sur le personnage et trouver des résonances au monde moderne, rien n’y fait, je m’ennuie ferme et en plus, j’ai sali mon beau pantalon avec la gomme d’un scotch qui colmate le dossier bringuebalant du siège qui est devant moi. Il ne fait pas bon avoir de grandes jambes à Paris, même au beau théâtre du Rond-Point.

 

21h Sans Mentir. Texte de Xavier Daugreilh. Mise en scène José Paul et Stéphane Cottin. Théâtre Tristan-Bernard.

Une future pièce culte d’après Gérard Miller. Bon, moi je veux bien. Peut-être que les acteurs ont eu un coup de calcaire, ou bien que j’étais toujours avec Yves Simon, ou que sais-je encore… Mais rire à ce vaudeville sans saveur ni rythme aurait été un exploit. Sur une trame éprouvée, le mensonge qui en entraîne d’autres, (cf, Stationnement alterné, Chat et souris, Espèces menacées et tant de bijoux), l’auteur s’épuise, les acteurs s’agitent et rien ne se passe si ce n’est un sentiment de grande solitude. Et puis mon pantalon salle, fallait pas déconner, non mais !

 

18 octobre. La journée des dupes. De Jacques Rampal. Mise en scène Yves Pignot. Théâtre 14.

Surprise. Dans une langue en alexandrins fleuris, Louis XIII malade, attaqué de toutes parts, sous la pression des intégristes catholiques, d’une Espagne et d’une Autriche aux aguets, va confier le pouvoir à un Richelieu omnipotent pour asseoir sa royauté et ne pas succomber aux affres d’une nouvelle guerre de religion. 20 ans avant le Diable rouge, par les hasards d’une programmation, les deux couples de pouvoir se trouvent renvoyés en écho, l’un en image inversée de l’autre. Louis XIII est malade même s’il est lucide et fait le bon choix de confier les rênes du pouvoir à un Richelieu rayonnant, Louis XIV est fringuant, il dévore la vie et abandonne Mazarin dans ses rêves d’une puissance révolue. Au milieu, naviguant d’une pièce à l’autre, Anne d’Autriche, femme séditieuse de Louis XIII devient la mère d’un Louis XIV dont elle n’accepte pas qu’il la rejette pour exercer son pouvoir en solitaire.

Etrange paradoxe de deux écrivains contemporains qui font revivre deux pages d’histoire séparées par une poignée d’années avec un personnage commun vu sous deux angles différents. La mise en scène est très théâtralisée, le rythme parfois un peu lent ne gêne pas la tension d’une histoire en train de revivre sous nos yeux.

Ainsi donc, deux auteurs contemporains, dans une démarche parallèle, exhument deux tranches d’histoire, le personnage de la femme du roi Louis XIII de la première pièce devenant la mère de Louis XIV dans le deuxième. Dans la même ville, la même saison, un pied de nez au hasard qui donne furieusement le désir d’aller jusqu’au bout de cette concomitance : une  programmation à Cannes la saison prochaine… dans l’ordre chronologique !

 

Francis Lalanne ayant une extinction de voix, je serai donc privé du plaisir extrême d’assister à Lorenzaccio. Tant pis ou tant mieux, c’est selon !

 

19 octobre. 15h. Elle t’attend. Avec Laetitia Casta, Bruno Todeschini, Nicolas Vaude. De et mise en scène de Forian Zeller. Théâtre de la Madeleine.

Bon, je veux bien. Un mec capable de quitter sa femme pour la Casta, cela paraît tellement normal… mais qu’il la laisse tomber en pleine présentation à la future belle famille pour retourner chez la mère de ses enfants, non, là, ça déconne vraiment ! Elle est trop belle notre effigie corse. Elle a une chute de « rein » à faire apparaître les chutes du Niagara comme une aimable plaisanterie, des fesses pour ne pas dire un cul, sublimissimes, un torse à damner un « sein » et même le bout d’un téton apparent qui illumine la pièce d’une aréole boréale. Mais à part cela, c’est long, verbeux, inutile, désespérant d’une platitude inversement proportionnelle à la beauté des courbes de l’héroïne abandonnée. Les acteurs font ce qu’ils peuvent, le décor est beau mais l’argument tenant sur un papier à cigarette ne nous fera pas fumer le cerveau. Loin s’en faut ! Tout est plat, sauf bien sûr les formes de Laetitia, et ce n’est pas une mise en scène poussive qui relèvera l’électroencéphalogramme désespérément étal de cette pièce terriblement française où rien ne se passe que l’attente d’un rideau de fin tombant enfin sur notre espoir de rencontrer et de garder auprès de soi une Laetitia Casta au demeurant bonne comédienne.

18h. Sérial Plaideur.De et avec Jacques Vergès. Théâtre de la Madeleine.

Cela commence par une brillante démonstration sur la notion de culpabilité, sur le rapport entre le théâtre et la justice. Cela enchaîne avec une application plus concrète sur des cas de figures contemporains et sur des procès que l’avocat a vécus, cela aboutit parfois à de vrais moments d’humanité. Vergès nous prend par la main et nous balade, suspendus à son verbe brillant, entre les horreurs de la réalité et la nécessaire prise en charge de celles-ci par une société qui les engendre et se doit d’en traiter leurs auteurs avec compassion.

Pas d’ambiguïtés dans son discours, le mal reste le mal, mais son traitement ne peut et ne doit se résoudre à se situer sur le terrain de ceux qui ont porté le fer de l’horreur. Parfois les ailes de la tendresse effleurent et certains personnages qui viennent le hanter sont si cruellement humains que l’on se prend à avoir de la commisération à défaut de tendresse pour eux.

C’est brillant, enlevé, cela fourmille de notations, de références historiques et philosophiques. On aurait aimé avoir Jacques Vergès comme tuteur, prof ou maître, on se contentera de ce beau moment d’intelligence dont on émergera avec l’impression de mieux comprendre la réalité. Et ce n’est pas les faiblesses d’une maigre mise en scène et le jeu physique gauche d’un Vergès qui pourront contraindre son verbe à plier devant les impératifs d’une mise en spectacle accessible à tous.

Si l’avocat tribun a 20/20, si l’analyse de texte est parfaite, cette faiblesse de l’acteur Vergès rend d’autant plus attachants, authentiques, sa démonstration et son plaidoyer pour une justice plus humaine. Non-coupable, avec les félicitations du jury populaire, le public !

 

Une dernière bière avec Nilda Fernandez, mon pote qui m’a rejoint pour cette ultime pièce de mon périple parisien, quelques discussions sur des projets à venir et le rideau se ferme sur cette semaine de spectacles et de rencontres. Si les pièces sérieuses semblent tout à fait séduisantes et programmables, je vais avoir quelques problèmes avec les comédies. Peut-être est-il trop difficile de faire rire quand le monde vacille sous les coups d’irresponsables qui nous ont menés à la ruine. Il faudra bien panser les plaies de notre économie mais rassurons-nous, tous ces tsars de la finance et de la politique, une fois la crise dénouée grâce à notre argent public, resteront en place, accrochés à leurs privilèges et pourront alors nous expliquer de nouveau comment fonctionne le monde et combien il faut travailler plus pour gagner moins !

 

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Iggy Pop et les Stooges

Publié le par Bernard Oheix

L’Iguane à Cannes pour un concert unique en France, entre Budapest et la Russie, on en rêvait, le public l’espérait, tout le monde en avait peur…moi aussi, et pourtant, on l’a fait ! Introduire en crime de lèse-majesté dans ce lieu chargé de toutes les images glamour des stars du Festival du Film, une bande de fous furieux qui ont inventé tous les délires du rock, précurseurs du punk et rois des premiers pogos, fallait oser ! On a osé !

 

Salle bourrée à craquer pour une première partie, Eon Megahertz, groupe local transcendé par cette opportunité de réaliser la première partie de leur idole. Un set nerveux et noir, batteur épileptique, guitare et basse à « donf », un « hard » à faire vibrer les murs du Palais, petites minettes en jupettes lamées argent et cheveux d’or en clin d’œil pour booster le « merchandising » et danser sur scène. Un beau groupe élégant dans sa rugosité, d’Antibes et de Cannes, que cette opportunité devrait conforter dans sa démarche originale.

 

Vous raconter les premiers contacts. Il y a 6 mois, englué dans la recherche d’une programmation choc pour les Concerts de Septembre 2008, je navigue entre Zucchero, Mariane Faithfull, Bob Dylan, et d’autres stars, ricochant d’échecs en absences de confirmation, passant des heures au téléphone à tenter de concilier l’inconciliable, quand une jeune programmatrice me propose en hésitant, Iggy Pop et les Stooges. Sophie Kafiz, à la recherche d’une place dans ce monde cruel de la diffusion. L’idée est absurde, folle, inconcevable, la salle étant si peu adaptée à ce concert, fauteuils velours rouge, moquette, scène sans hauteur accessible au public, le prix de vente de l’artiste est élevé, très élevé…le groupe se rendant en Russie, ce serait la seule date française, pause dans une mini tournée de capitales européennes.
Les photos sont de mon ami Alain Hanel, un photographe qui vole des images pour leur donner une âme !

L’accord de mon Président et du Directeur Général obtenu sans réserve malgré l’analyse des risques de ce concert dansr la salle extrêmement défavorable, nous voguons vers cette journée historique du 27 septembre 2008, Iggy dans le Palais pour un peu plus de 20€ !

Une fiche technique hilarante mixant des éléments réels sophistiqués (son, lumière, accueil…) et des demandes surréalistes (un sosie de Bob Hope pour lui raconter des histoires dans sa loge et le faire rire, sept hommes de petites tailles vêtus comme les 7 nains pour cheminer avec lui de sa loge à la scène, une jeune fille déguisée en Cendrillon pour l’accueillir après le concert…). Imaginez la tête du technicien en train de nous lire la fiche technique.

La production française est assurée par Alain Lahana, un de ces rares bons producteurs qui aime la musique et les musiciens, qui cherche et trouve de nouveaux talents, qui est fidèle en amitié. J’avais déjà travaillé avec lui sur Rachid Taha. Le contact était passé et il le reste, nous mettons en œuvre la logistique complexe d’un tel concert. Une de ses demandes nous posera bien des problèmes. Iggy fait deux heures de fitness par jour… nous aménageons donc un mini club dans une suite du Majestic, le palace où nous le logeons. Désolé chers fans, Iggy est aussi un homme comme les autres qui fait du sport pour pouvoir se défoncer sur scène comme un sportif de haut niveau ! Triste réalité !

Deux jours avant le concert, notre limousine le récupère à la sortie de l’avion et le dépose au Majestic (en face du Palais des Festivals) où je l’accueille avec un pincement au cœur. Il disparaît alors dans une grande discrétion, pas de scandale, ni de demandes hors normes, enfermé en pratiquant son sport, sans boire ni manger le jour du concert pour être au top ! J’ai vécu cela jusqu’à voir débouler une horde vers le Palais au soir du 27 septembre, du vieux soixante-huitard aux jeunes percés, des blousons de cuir aux middle âge and class attirés par l’odeur d’une star, un panel bien représentatif d’une population branchée à la recherche du coup de cœur.

 

Et alors, les Stooges sont arrivés (air connu). Le public leur a réservé une véritable ovation pour célébrer l’alliance du feu et de la glace, le son massif et anguleux que les musiciens ont jeté en pâture à tous les conformismes de cette salle mythique. Reformé après 30 ans de séparation, Scott Asheton (batterie) et son frère Ron à la guitare, Mike Watt (le bien nommé !) à la basse et Steve Mackay au sax, campent au milieu d’un mur d’enceintes, avides de rattraper le temps perdu à coups de décibels. Et cela fonctionne parfaitement. Un son d’une puissance extraordinaire (des pics à 115 dB mesurés) qui garde sa cohérence interne, une rythmique envoûtante en vagues destructrices, le corps à l’unisson d’un spectacle total qui transforme la salle du Palais en caisson de résonnance d’une fureur électrique démentielle. C’est cela un concert des Stooges, une étrange plongée dans un monde irrationnel.

Et le vibrion hystérique pénètre dans l’arène, torse nu, micro à fil dans lequel il éructe, sautant, bondissant sans interruption comme une puce épileptique. Iggy Pop transfigure le rock, devient un dieu d’énergie pure, incarne la magie du dérèglement. Dès le deuxième morceau (Down on the street), il escalade le mur d’enceintes et campe dressé comme un seigneur, il toise la foule et replonge sur le plateau, se jette dans le vide, se fait happer par le public qui colle à la scène sans protection. Bizarrement, cette absence de sécurité traditionnelle, la pression réelle de la foule sur les membres du fragile cordon de cerbères va grandir le spectacle, le propulser dans un évènementiel rare.
Le sphinx au milieu de ses fans sur "No Fan"

Sur No Fun, Iggy invite une soixantaine de personnes à le rejoindre. La digue semble craquer, condamner le show, la salle tangue d’ivresse mais Iggy assure dans cette marée humaine, ne perd jamais le contrôle de la situation pendant que ses comparses, inébranlables, continuent stoïques, de déverser leur son de feux infernaux.
Saisissante pose que personne n'aura vu... dans le mouvement paroxystique, l'ivresse solitaire d'un homme qui donne du sens au mouvement.

Comme une fusée dans l’éther, les morceaux fulminent, dérapent, rebondissant sur les paroles d’un Iggy paroxystique, boitant bas, se versant des litres d’eau sur la tête, asphyxié maintenu en vie par un souffle venu d’ailleurs. L’emblématique I wanna be a dog lui permet de hurler à la mort, Electric Chair d’entrer en transe (si c’est encore possible), et il enchaîne sans répit, sans mots, Little Doll et Ray Power comme si cela devait être les derniers morceaux de musique joués sur cette terre, le pantalon de cuir glissant sur ses genoux, poils pubiens apparents, fesses à découvert, androgyne diabolique forgé dans le fer rouge des entrailles de la musique.

Pas de redescente pour l’artiste. A la fin du set (1h15), il s’écroule, pantin désarticulé, ayant tout donné et reste de longues secondes la face sur le plancher de la scène avant de s’ébrouer et de s’éclipser définitivement dans les hurlements de la foule en extase.

 

Trente  minutes après, Alain Lahana vient me chercher pour m’introduire dans la loge du dieu vivant. Il est seul en compagnie d’une sculpturale métisse à la poitrine de feu. Il est beau, comme débarrassé des peurs du monde. Yeux clairs, sourire charmeur. Il me dit merci en sautillant. Comme un enfant, il rigole du bon coup qu’il vient de réaliser, « jouer dans cette salle où toutes les stars sont passées… et vous avez même posé un tapis rouge sur les marches pour accueillir mes fans (sic) ! ».
Iggy, 30 minutes après le concert. Ses yeux pétillent, il est heureux, il me serre dans ses bras et rit encore du bon coup qu'il vient de jouer dans le temple du glamour ! Je suis au paradis !

Il me signe quelques autographes et accepte gentiment deux photos qui iront se graver dans mon bestiaire musical. Je suis, pour quelques minutes, le centre de la terre, le point ultime de tout ce qui nait et meurt, de tous les rêves du possible. La porte se referme comme si les plaisirs devaient fatalement s’achever avec un pincement au cœur. Il confiera à Alain que je suis un drôle de directeur, sans costume ni cravate…

Je m’en vais. Yves Simon m’attend au Farfalla, un restaurant en face du Palais, en buvant un verre de Meursault. Nous allons manger ensemble pour terminer cette journée, j’ai quelque chose à lui raconter… Cela parle d’un certain jour où une légende du rock est venue jouer à Cannes et a croisé mon chemin. Je vous le jure, j’y étais ! Un apprenti sorcier qui n’avait rien compris de la vie des autres et pensait toujours que le monde peut se façonner aux désirs des enfants. Je suis cet apprenti-sorcier, je reste cet enfant et j’en suis fier. L’âge n’aura pas de prise sur les élans de ma passion. Il peut me diminuer, il peut corroder mon corps, mais je reste un éternel adolescent émerveillé par la magie d’une rencontre, d’un artiste et de son public, d’un instant de grâce à cheval sur les terreurs engendrées d’un monde que l’on ne comprend plus.

Yves Simon m’attend, c’est toujours et encore la même histoire d’une rencontre… mais c’est pour la prochaine édition de mon blog, bientôt !

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Les Concerts de Septembre (1)

Publié le par Bernard Oheix

 

4 jours pour mesurer le temps, pour atteindre un paradis des notes de musique, d’émotions, de rires et de larmes. 4 jours pour s’épuiser à rêver d’un monde différent où le public heureux partagerait de purs et intenses moments de bonheur avec des artistes aux accents de liberté et de générosité. De la légende à la petite histoire, du catering aux délires du son, d’un avion sans âme à une scène chargée de tous les espoirs, ce sont les concerts de septembre, purs moments d’ivresse, à cheval entre l’été et la saison « Sortir à Cannes ».

 

25 septembre. Soirée salsa.

Les dix musiciens de Los Fulanos sont issus des trottoirs de Barcelone. Groupe d’une salsa bitumée, passée au crible d’un Joe Bataan, légende de New York, ancien membre d’un gang sauvé par la musique, impulsant la salsa vers un univers cinglant, déchiré, sur fond de décibels et de rap. Cela faisait plus de 20 ans qu’il n’était pas venu sur le continent et c’est à Cannes que l’événement a pris corps. Sa voix oscille, il cherche son souffle dans un déferlement de salsa rock jusqu’à sa prière légendaire. Est-ce de s’adresser aux dieux qui déclenche son final étourdissant ? D’un seul coup, la magie opère, il fond dans la salle et accroche le public pour 20 minutes de folie.

Mercadonegro va leur succéder. C’est un band plus authentique à la salsa sirupeuse à souhaits, avec déhanchements assurés, voix de velours des deux compères slalomant sur scène, cuivres en fond, percussions pour tendre le corps. Alfredo de la Fé, autre légende de cette soirée, ayant joué avec Santana, Tito Puente et tant d’autres, débarque directement de Colombie pour venir « jamer » avec Mercadonegro. Il apporte un déséquilibre dans le bon ordonnancement de la soirée. Violon futuriste électrique, improvisant, ramenant la salsa vers la musique classique où le jazz, il prend en charge le final du concert distribuant les soli, découpant les morceaux à la logique de sa vision déjantée. C’est un grand Mercadonegro qui termine cette soirée où le seul regret viendra de la petite assistance. 400 personnes pour un tel plateau ! Reste que les nombreux clubs de salsa, les innombrables fans de cette danse, ont de la cire dans les oreilles et le cœur au niveau des mollets. Si je pouvais me permettre, avant d’être une danse, la salsa est une musique et quand on a l’opportunité de voir et d’entendre de tels groupes, ce n’est pas quelques fauteuils qui devraient entamer l’envie de se ruer à la découverte d’horizons nouveaux. Petits joueurs, continuez à gigoter maladroitement sur vos parquets en suant votre graisse, les musiciens présents à Cannes, eux, n’avaient pas besoin de vos lustres pour éblouir la scène et possédaient l’art de se mouvoir sans chercher à en jeter plein la vue !

 

26 septembre.

Les Enfants de Django. Première partie de Thomas Dutronc. Un rôle jamais facile avec 45 minutes couperet. Samson Schmitt, Yorgui Loeffler, Mike Reinhardt, leurs frères et cousins… tous authentiques manouches nés avec du sang de Django dans les veines et des doigts courant sur les cordes de la guitare avant même de savoir tenir debout ! Et quand ils le veulent, dans la sobriété, belles tenues noires et blanches, arc de cercle, musique au cœur, ils sont grands, des seigneurs de la guitare. Soli majestueux, fibre débridée, rythmes envoûtants, il plane, sur le grand auditorium bourré de 1600 personnes, un parfum d’intelligence, quand les notes cristallines semblent dessiner des volutes d’harmonie, cascades ininterrompues qui laissent pantois de « temps » de grâce. C’est Django revisité par sa famille de cœur, c’est un vrai moment de pure musique.

Thomas Dutronc. Disons-le tout net, je ne fais pas partie des fans du disque que je trouve un peu mièvre. Mais le succès public est au rendez-vous, il est programmé pour cela ! Surprise ! Il va avec son groupe, non seulement tenir la distance, mais en plus, fédérer tous les présents dans un climat de tendresse, d’ironie, de respect, d’humour… C’est un vrai gentil notre Thomas, un artiste de scène qui ne se prend pas la tête, bien au contraire, qui ouvre sa malle à souvenirs et fait partager ses émotions. Troublant mimétisme quand il chante, avec son père, distance aussi qui empêche de plonger dans le pathos, tout est aérien dans cette soirée et le public totalement séduit lui octroiera une ovation à la romaine méritée. Il faut dire que si le chanteur est relatif, le guitariste et son groupe sont de qualité. Les sourires du public en disaient long sur la capacité de la musique à adoucir les mœurs, Thomas Dutronc est un animal de scène qui fonctionne dans la retenue et la distance… cela vous rappelle-t-il quelqu’un ? Jacques est bien présent sur la scène, Françoise aussi d’ailleurs et l’on comprend la ferveur qui entoure cet artiste qui au-delà d’être le fils de… sait aussi être soi-même, authentiquement.

 

Pour la petite histoire, était-il vraiment nécessaire que sa production nous rackette de quelques poignées d’euros au vu du succès (très relatif en termes de finances puisque nous avons volontairement pratiqué des prix assez bas, de 22 à 28€) ! Un jour je vous parlerai des pratiques en vigueur dans le marigot de la diffusion culturelle mais pour l’heure rien n’entamera le plaisir d’avoir ouvert les Concerts de Septembre avec ces deux soirées superbes. Mais ce n’est pas fini… Il y a encore Iggy Pop and the Stooges, Suzanne Vega et mon ami Yves Simon… mais cela est une autre histoire ! Rendez-vous bientôt sur ce blog pour en découvrir les facettes cachées !

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