culture
Un titre en hommage à Léonard Cohen
Une programmation de Yorgos Loukos, le directeur artistique du Festival de Danse de Cannes est toujours une aventure culturelle intense ! Il y a deux ans, il nous avait asséné une série
de spectacles particulièrement éprouvante pour l’organisateur… et le public ! Risque d’un décrochage, on lui avait demandé de tempérer ses ardeurs, la suite et vérification en
commentaires !
Ouverture le 23 novembre 21h 00 avec le Ballet de Marseille
« Silent Collisions »
Dans ce 3ème volet d’une trilogie sur l’architecture, (les deux précédentes avaient été présentées au festival), Frédéric Flamand, trace sa voie dans la recherche de la place du corps
humain dans l’espace urbain. La première partie balbutie, une gesticulation archétypale qui n’apporte rien à sa recherche, mais l’utilisation (comme toujours chez lui) d’un décor ambitieux
(une ville dont les formes se déglinguent au fil du spectacle) lui permet d’introduire une dynamique intéressante dans la seconde moitié. Quelques trouvailles scénographiques, un rythme plus en
phase avec le propos, des danseurs un peu figés qui se laissent malgré tout envahir par la tension d’une machinerie sophistiquée…Somme toute, le public, en recherche d’une danse pas trop
hermétique, y aura trouvé son compte. A noter, un fossé qui semble se creuser entre un corps de ballet hérité de directeurs néoclassiques (Roland Petit et Marie-Claude Pietragalla) et le style de
Flamand qui apparait en inadéquation avec la qualité intrinsèque des danseurs ! Ce qu’a réussi Jean-Christophe Maillot à Monte-Carlo (la mutation d’un corps de ballet et son corollaire,
l’évolution du public) semble plus complexe à réaliser dans la Ville de Marseille !
Samedi 24 novembre. 18h30
Compagnie Cave Canem « Dromos 1et 2 »
Chorégraphie Philippe Combes.
Cela commence magiquement. Un drap comme un écran sur un échafaudage, derrière, dans des filets de lumières, la forme d’une femme se dessine comme en filigrane, fantôme du désir. Elle évolue avec
grâce, dans une obscurité complice, filigrane de son corps nu, traces d’une féminité qui se dérobe pour mieux s’exhiber. Il y a un jeu subtil sur les formes, le mouvement, l’impossibilité pour le
spectateur de s’ancrer dans une logique de « reconnaissance ». C’est somptueux et délicieusement érotique, ambiguë, un rien pervers.
Et puis, patatras !
Le chorégraphe décide de crever l’écran et de faire apparaître la femme ! Las ! Parfois les choses vont tellement mieux sans le dire. Ce qui était magique se dévoile dans son
à-peu-près. Elle s’est rhabillée, le mouvement d’hiératique devient ennuyeux, le geste étiré rend insupportable le silence. Chaque doigt, chaque mouvement de tête est une torture ! C’est
Mozart qu’on assassine !
Tans pis, on aura vécu la moitié d’un très beau spectacle !
21h00.
Compagnie Israel Galvan.
« La edad de oro »
Déjà le Flamenco… En plus, quand c’est du Nuevo Flamenco !!! Il paraît, à ouïr la salle, que c’était génial, iconoclaste, fantastique… Moi, après 15 minutes, j’avais compris le spectacle et
une certaine tendance inclinait mon chef vers le dossier du fauteuil confortable de la salle Debussy qui n’y pouvait rien. Un chant très beau mais on avait l’impression que ses doigts se
prenaient dans la porte en permanence et que cela lui faisait vraiment très mal, un morceau de guitare très beau avec plein de notes qui jaillissaient drues, serrées, tellement compressées que
cela donnait l’impression que c’était toujours la même chose... Et puis, le seigneur Galvan se lève, il agite ses petits pieds en faisant un maximum de bruit, remue ses petits bras en moulinant
comme Sancho Panca, tressaute du derrière et pousse son bassin pour affoler les filles, pour finir par une virgule ironique avec la main à la fin à la dernière note de musique. Tout cela avec
l’air d’avoir enterré sa mère au cimetière de La Bocca le matin de sa prestation et en ressemblant à Wladimir Poutine ! Bon, c’est vrai, les gens avaient l’air vraiment content, on aurait
dit qu’ils avaient mangé une bonne paella et bu du vino tinto !
Dimanche 25 novembre. 21h00
Ballet Biarritz Thierry Malandain
« Les Créatures »
J’avais adoré son hommage aux Ballets Russes, j’attendais avec une certaine impatience ses « Créatures ». Le ballet est beau, les danseurs évoluent avec cette grâce d’un néoclassicisme
qui s’assume. Superbe composition initiale, danseurs qui sautent en cassant les jambes, qui fusionnent sur la musique de Beethoven et nous entraînent dans un univers de mouvements et de
silhouettes se fondant dans un noir et blanc austère.
Et puis la mécanique ripe, le propos (trop) ambitieux se perd dans l’agitation et la répétition, les costumes lassent. Quelques idées viendront ranimer la foi en deuxième mi-temps (!), une femme
avec de grands voiles, une boule transparente… mais c’est déjà trop tard, Thierry Malandain a presque perdu la partie et n’a pu imposer ce style néoclassique si décrié et snobé par les critiques
et les balletomanes branchés… Il a raté une occasion d’affirmer son leadership et d’anoblir le genre. Peut-être que le fardeau était trop lourd à porter ! Le public amateur aura passé une
belle soirée… nous savons nous… que avons raté une grande soirée de danse. Tant pis, ce sera pour la prochaine fois !
Lundi 26 novembre. Toute la journée.
Installation performance du Collectif Loge 22-Michel Pomero.
Bon, des boîtes d’œufs que l’on empile et qui s ‘écroulent, des galets qui roulent et la mousse…des marcheurs qui déambulent le long des murs… j’ai fait cela en 70 avec Ben et ses concerts
fluxus de l’Ecole de Nice ! Autant rendre à César ce qui lui appartient et laisser le temps opérer son œuvre sans nous ennuyer !
21h00
Compagnie Maguy Marin.
Turba/ coproduction Festival de Danse de Cannes.
Je suis entré à reculons dans la salle. Je craignais le pire étant de ceux que les agressions récentes de Maguy Marin et de Denis Mariotte épuisent. Où est donc passé la femme capable de créer
Cendrillon, May B ? Assurément, elle n’est plus dans le monde d’une danse qu’elle enterre en grande pompe dans cette œuvre somptueusement mortuaire ! Mais la magie opère !
Un « danseur » définitivement comédien s’approche du front de scène, dans un écoulement d’eau qui ruisselle sur des tables… Il va se vêtir d’oripeaux et lire en latin des extraits
« de la nature » de Lucrèce….. C’est beau et bouleversant. La scène en noir et blanc va se meubler de couleurs au fur et à mesure que les danseurs viennent évoquer par petites
saynètes, les œuvres de Maguy Marin. Chacun déclame en toute langue des extraits de ce livre brandi. Quand les couleurs gagneront sur le noir, une tempête va se lever et briser l’ordonnancement
des choses. Ce sera alors la cacophonie d’une inspiration désespérée, un renoncement général que deux portés et un duo étiré au maximum vont définitivement sceller. Maguy Marin, son double, va
revêtir une couronne et laisser sa place aux jeunes dans une mort symbolique de son flux créatif. Testament crépusculaire. En cela, elle est redevenue cette immense dame d’images, même s’il lui
reste le plus difficile à faire : rompre avec la danse dans les faits, et pas seulement par l’imagination.
Merci Madame Marin pour nous avoir offert ce poème somptueux, cette mort au travail, cette agonie de tous les idéaux. Il y a chez vous le génie du contre-pied et de l’entrechat. Vous errez dans
un monde si particulier que votre sincérité ne peut que toucher ceux qui se dressent contre vous !
Mardi 27 novembre. 18h30.
Compagnie Pockemon Crew.
« C’est ça la vie !? »
En gros, la vie c’est d’être riche, de voyager, de voir plein de pays, de rencontrer des meufs, de kiffer grave… de rester très humble comme Zizou tout en faisant savoir que c’est nous, les
Pockemon Crew… quand même !
Bon pour le reste, une absence de mise en scène à la Star’Ac, le showbiz avec ses gros sabots en un marketing soigneux, le public (très) jeune qui hurle les prénoms à s’en casser la voix et,
disons-le, des danseurs plein de fougue, bourrés d’énergie et de talent. Ils méritaient peut-être mieux… mais c’est ça la vie !
21h.00
Sylvie Guillem et Russell Maliphant.
« Push »
Comment dire la grâce absolue, l’imagination sans limite, les lois de la pesanteur niées. Cela commence par 3 soli. Russel Maliphant à la recherche de son double en ombre. Sylvie dans les trouées
de lumières qui écharpent la musique flamenco. Et « two », hallucinant, où la danseuse tente d’échapper à un cône de lumière, par la répétition et l’accélération, de briser sa prison
dorée par le mouvement rythmé sur une musique électro envoûtante.
Et puis il y a « Push », un duo de 32 minutes qui amène le spectateur à un point de rupture introduisant la danse dans une dimension parallèle. Cela nous permet de gommer les lois
élémentaires de la nature, de défier les normes et les alphabets. Imaginez le noir de la scène. Un rai de lumière vient lécher le corps d’une Sylvie Guillem perchée sur les épaules de son
partenaire. Elle va glisser en s’enroulant autour de lui, attirée vers le sol. Quand elle y arrivera : noir. Quelques secondes et la lumière revient l’épingler dans un autre coin de la
scène, toujours portée par Russell Maliphant. Et toujours, elle glisse vers le plancher, et toujours ses formes sont fières, droites, sans déroger à l’harmonie, quelle que soit l’orientation, la
hauteur, le sens du mouvement des deux corps unis. C’est bouleversant et magique !
J’ai rarement, dans ma carrière de programmateur, pu ressentir un tel degré de perfection, une osmose aussi totale entre deux danseurs et le public, un environnement où rien ne semble déroger à
l’harmonie des courbes, à la rigueur des lignes, à la tension des silhouettes, à la plastique des formes. Un corps théorique vers l’astre de la nuit. Le chemin d’un couronnement.
Merci Russell Maliphant pour ces chorégraphies et ces « portés » offerts à une déesse intemporelle, merci aux techniciens, merci au public… et merci avant tout à Sylvie Guillem
d’exister et d’être la plus grande danseuse du monde ! J’étais le 27 novembre 2007 dans la salle Louis Lumière du Palais des Festivals, à Cannes, je peux vous le confirmer !
Voilà, la suite au prochain numéro…dans quelques jours. Vous aurez encore beaucoup de spectacles de danse à vous mettre sous la dent, encore de belles surprises et quelques
« plantades » mémorables !. Juste un peu de patience et je les mets en ligne !
La galère de Lutéce
Se rendre à Paris afin de visionner des pièces de théâtre pendant la semaine des grandes grèves était une proposition stupide… j’en conviens ! On ne se refait pas, attiré par l’odeur de
soufre, les foules en colère, une France en décomposition, les patrons à l’agonie, un pouvoir d’achat qui ne baisse que pour les pauvres. Mon Dieu, mais (re)deviendrais-je un révolutionnaire
luttant contre l’ordre juste, (excusez-moi, je mélange tout !), un anarchiste foulant au nom de ses idéaux utopiques la bonne marche d’une société dans laquelle chacun et chacune doivent
savoir tenir sa place et rien que sa place !
Bof ! Ce que je sais, c’est que Paris en grève est une ville étrange, climat délétère, gens tendus mais résignés, froid perçant qui se glisse dans chaque encoignure, « vélibs »
pris d’assaut (j’ai fait mon baptême et je vous assure que je préfère les Alpes entre Venise et Gdansk aux pavés luisants des rues parisiennes !), taxis introuvables, métros condamnés, bus
aléatoires… et des kilomètres à pied à n’en plus finir, dans le bruit et la fureur d’une circulation multipliée, à regarder les numéros et les noms des rues comme si le salut éternel de mon âme
en dépendait, à scruter une carte illisible afin de se retrouver dans le dédale d’une toile d’araignée qui nous étouffe. Vive Paris, vive le spectacle !
Tout cela pour une semaine très mitigée disons-le. Une vraie crise du spectacle avec des salles à moitié vides (en plus avec les grèves !) mais aussi une crise de la création et des
propositions pas toujours intéressantes. Le monde du spectacle vit un séisme, un dérèglement réel qui va ensanglanter certaines planches de nombreuses scènes dans les années à venir. Quant
au public, il faudra bien que je vous livre un jour ce que j’en pense !
Victor et les enfants au pouvoir avec Lorant Deutsch pourrait faire illusion mais sonne presque « désuètement », comme si ce langage et ces situations venaient en écho
d’un monde rêvé, il y a bien longtemps, par les surréalistes. Biographie sans Antoinette avec Lhermitte et Testud sur un texte de Max Frisch et une mise en scène de Hans Petter
Cloos est un admirable exercice de style très convaincant, tant sur la forme que sur le fond. Un homme se voit proposé par un metteur en scène (Dieu !) de refaire sa biographie. Il va
vouloir chasser une femme de sa vie mais elle reviendra, encore et toujours, parce que l’on ne peut gommer la vérité de son existence. C’est brillant, intelligent… mais cette pièce sera à Nice,
au théâtre l’an prochain, donc pas à Cannes.
Et puis cela se gâte. Happy Hanouka, était présenté comme la comédie à la mode, son humour juif écrit par un dialoguiste avec les pieds en grève de talent, elle s’échoue sur les
rives d’une vulgarité sans rémission. La vie devant soi, avec Myriam Boyer, tirée du roman d’Emile Ajar, nous donne l’envie irrépressible d’achever l’actrice afin de lui épargner
le long calvaire d’une existence pour rien… et certainement pas pour l’attrait du spectateur. Les Chaussettes avec Desarthe et Galabru s’étirent en longueur et offrent quelques
trous. La problématique est alléchante (théâtre de création et théâtre de comédie, public et privé, réunis en une création ultime par deux vieilles gloires dans leur genre respectif, à la
recherche de leur prestige éteint), mais la pièce manque de finesse, les articulations sont trop évidentes et le jeu de Galabru (même en sourdine !) tonitrue à nos oreilles à la limite du
supportable. Une occasion ratée malgré des efforts évidents pour parler à la tête !
Quelques lueurs d’espoir avec les monologues du vagin. Pièce devenue culte, à juste titre, les trois femmes (dont Nicole Croisille), nous entraînent dans un tourbillon de rires
et d’émotions. L’homme rit aussi devant ces vagins abandonnés, trop sollicités, fiers, couards et c’est une admirable leçon d’histoire naturelle qui nous est dispensée avec « doigté »
mais sans rien cacher. Vive les vagins monologuant !
Enfin pour la fine bouche, Bruno Solo dans un formidable Système Ribadier. Une histoire débile d’homme qui endort son épouse pour aller la tromper, d’ami amoureux transi de la
femme qui la réveille volontairement, des quiproquos, chassés-croisés et autres variations, emmenés avec rythme, joués à la perfection, un vrai bol d’air d’un Feydeau monté sans temps morts, avec
efficacité.
Ouf ! Il était temps de tenter de rentrer, à pied, à cheval, en TGV… mais dans la douleur toujours retrouver sa Côte d’Azur… sous les flots !
Et pendant ce temps, Stephan Eicher enchantait des hordes de femmes échevelées dans le Grand Auditorium du Palais des Festivals. Et son show était sublime d’après les quelques oreilles
ennemies qui traînaient dans la salle. Et je n’étais même pas là ! Un conseil, achetez son dernier CD, il est génial !
La galère de Lutèce.
Ah ! Rachid
Avant de partir à Paris, je tenais à vous mettre en ligne mes impressions sur un concert hors norme, un de ceux qui vous laisse pantois, désarçonné, plein de passion, écorché de
musique. Rachid Taha, un maître, un grand, quelqu'un qui sait parler aux notes et les rendre vivantes !
Voilà, le mardi 13, je vais tenter de rallier Paris envers et malgré les grèves, histoire d'aller faire mon marché théâtral. Rendez-vous dans quelques jours pour un compte-rendu sur l'actualité théâtrale.
Voilà, le mardi 13, je vais tenter de rallier Paris envers et malgré les grèves, histoire d'aller faire mon marché théâtral. Rendez-vous dans quelques jours pour un compte-rendu sur l'actualité théâtrale.
Oui, mon cher, tu ne ressembles pas à grand-chose quand la lumière vient t’enfermer dans sa cage dorée. Une grande pelisse dont les rabats trainent sur la scène, une « chapka » à étoile
rouge sur la tête (qu’il ressortira sur « camarade », fièrement) laissant échapper une touffe de cheveux noir ébouriffés, petit et pas rasé, un informe sarouel rouge à carreaux et cette
allure inimitable, entre l’aisance et l’abandon, la nonchalance et le je-m’en-foutisme, un côté décalé soigneusement entretenu qui va exploser dès que le groupe se mettra en branle.
J’avais eu le plaisir de le programmer en 2001 dans la première édition d’une Pantiero qui voyait Mathmata, Sinsémilia et d’autres, apporter un souffle d’air nouveau dans les programmations trop
conformistes qui étaient mon lot quotidien de programmateur cannois. J’avais modestement ouvert un créneau sur les musiques du monde mais toujours reculé devant la jeune scène iconoclaste
française. Il était temps de me lâcher et les élections m’avaient ouvert cette lucarne tant attendue. Début d’une aventure qui nous verra prendre des risques et ouvrir grand les portes de la
nouveauté. Je me souviens d’un des plus beaux concerts qu’il m’ait été donné de voir. C’était dans la tournée d’un Made in Médina décapant. Je vous conseille ce disque, il doit nécessairement
faire partie de toute discothèque intelligente !
Depuis, je savais que nos chemins se recroiseraient. Il avait été ébahi de jouer dans ce cadre magique, dans cette ville si décalée par rapport à son univers habituel. Il me l’avait dit dans un
sourire en coin, entre deux verres en penchant sa tête sur le côté. Cannes, sa Croisette, ses petits vieux et leurs chiens en laisse… mais aussi Rachid Taha, l’enfant d’une douce France qui
retrouvait ses racines pour inventer un rock nerveux, tribal, électro-ethnique, parfait exemple d’une mixité où le meilleur des deux cultures entrait en fusion.
Pour la petite histoire, c’est à ce concert du 14 août 2001 que j’ai vécu mon unique « baston » de toutes les soirées que j’ai pu organiser. Un public particulièrement chaud, une
sécurité à fleur de peau et l’inévitable scène d’affrontement de coqs en colère, tee-shirts déchirés, hurlements et vagues du public partagé entre la violence des sons qui grimpaient au zénith et
la bousculade et les coups qui pleuvaient.
Samedi 10 novembre. Il fait un temps superbe, l’équipe de Taha débarque de Strasbourg en bus. Ils sont sympas et décontractés, prennent possession de la salle et installent la technique. Rachid
est à l’hôtel, dérangement gastrique à la clef.
Les réservations ne sont pas bonnes (150 ventes !) mais j’espère en la dernière vague, ceux qui ne réservent pas, vont au concert sans prendre leur billet ! Disons-le tout de suite, cela
fera chou blanc, l’assistance remplira la salle de la Licorne pour un 320 qui permettra au concert de se dérouler dans de bonnes conditions (la capacité est de 450) mais qui m’empêchera de rêver
à une recette miracle ! Encore un concert largement déficitaire, tout comme celui d’Arno. Il va falloir tenter de remédier à ce problème endémique d’objectifs non atteints sur la musique
afin de conserver cette liberté de choix dont je dispose actuellement ! On sait bien que seule la réussite et le remplissage des salles empêchent l’effraction de pressions extérieures !
Mais bon, pour le moment, j’ai encore un répit grâce à quelques superbes réussites comme Brégovic, Archive et autres Migenes…
Sur le concert que dire ? Génial, superbe, fantastique et autres qualificatifs…Quelques morceaux de légende de ses précédents disques parsèment son show. Barra barra, Garab, Ala Jalkoum, Hey
Anta et le sublime Médina. Tous des morceaux qui obéissent à une logique de monté vers la transe rock en une série de paliers qui font grimper l’intensité. Batterie, basse et clavier installent
une rythmique, la guitare brode et cisèle les interstices, les articulations permettent un basculement et déclenchent la fusion. Rock in the Casba et de nouveaux morceaux tirés de Diwan 2
complètent le set, soutenu par une derbouka et une mandoline qui apportent des sonorités orientalisantes à ce rock progressif. Tous les musiciens qui l’accompagnent (à parité entre européens et
arabes) sont en phase totale avec leur leader qui tient la scène et tangue. Sa voix éraillée de basse, rauque, déchire les pans de musique et vient se heurter aux instruments en soli. C’est un
grand Rachid Taha qui opère en ce soir du 10 novembre 2007 pour un public définitivement acquis. Merci Rachid. En loge, goguenard, la bouche en coin, tu sais que tu a réussi ton coup, que tu as
mis les spectateurs dans ta poche et que le métier a encore parlé. Tu reviendras, mon Ami, la scène cannoise ne peut tolérer trop longtemps une aussi longue absence.
Bon, le bilan, même s’il est mitigé question nombre de billets vendus, reste exceptionnel quand à la qualité de ces concerts de la rentrée 2007/2008. Avoir accueilli Grand Corps Malade, Mano
Solo, Archive, Arno et Taha…et en attendant Eicher, tout cela en un mois, nous donne la certitude d’avoir œuvré pour ceux qui cherchent à atteindre un pan de paradis et à fuir la morosité
ambiante, nous rend heureux et persuadés d’avoir autorisé quelques moments de rêves pour ceux qui aiment la musique, la vraie, celle de toutes les passions, celle qui n’a pas de frontières et
transgresse les normes.
Vive la musique des cœurs vaillants !
Dansons la Sévillane
Enchaîner Montréal et Séville, c'était travailler dans le contraste ! Voilà donc le compte-rendu de cette manifestation. Il ne sert à rien de se voiler la face, la lumière est trop
belle dans cette ville pour être filtrée. Alors, rendez-vous à l'année prochaîne pour de nouvelles aventures...
C’est la 2ème édition du Womex, le marché des musiques du monde, qui se déroule dans la belle ville de Séville. Je loge dans un appartement au rez-de-chaussée d’une ruelle pavée dans le quartier historique de Santa-Cruz, la vieille ville adossée à la cathédrale. L’an dernier je n’avais presque rien vu d’une Séville éventrée par les travaux du tram, étant excentré dans la zone des expositions et n’investissant les murs que pour des restaurants de nuit. Dès la descente de l’avion, les effluves d’un air chargé de senteurs vous emplissent d’un bonheur trouble, suavité d’un ciel azur, le temps est magnifique, équivalent à un mois de juin de chez nous, petit tee-shirt, soleil dans les yeux. Les Sévillanes sont belles à croquer, elles parlent comme des moulins à paroles, à toute vitesse, arpentant en groupe les trottoirs pavés des rues piétonnières, les vêtements estivaux laissent entrapercevoir une peau dorée par un soleil qui règne en maître sur la ville et impose ses contrastes de lumière. Elles sont désirables et le savent, vêtues de chemisiers de couleur vive, si brunes, les traits fins, cheveux de jais, le regard en panache. Je n’avais décidément rien perçu de la beauté de cette ville en 2006. Je la découvre dans les yeux noirs de ces jeunes Ibères qui chantent leur bonheur sur les pierres ocre patinées par des siècles d’histoire.
C’est la 2ème édition du Womex, le marché des musiques du monde, qui se déroule dans la belle ville de Séville. Je loge dans un appartement au rez-de-chaussée d’une ruelle pavée dans le quartier historique de Santa-Cruz, la vieille ville adossée à la cathédrale. L’an dernier je n’avais presque rien vu d’une Séville éventrée par les travaux du tram, étant excentré dans la zone des expositions et n’investissant les murs que pour des restaurants de nuit. Dès la descente de l’avion, les effluves d’un air chargé de senteurs vous emplissent d’un bonheur trouble, suavité d’un ciel azur, le temps est magnifique, équivalent à un mois de juin de chez nous, petit tee-shirt, soleil dans les yeux. Les Sévillanes sont belles à croquer, elles parlent comme des moulins à paroles, à toute vitesse, arpentant en groupe les trottoirs pavés des rues piétonnières, les vêtements estivaux laissent entrapercevoir une peau dorée par un soleil qui règne en maître sur la ville et impose ses contrastes de lumière. Elles sont désirables et le savent, vêtues de chemisiers de couleur vive, si brunes, les traits fins, cheveux de jais, le regard en panache. Je n’avais décidément rien perçu de la beauté de cette ville en 2006. Je la découvre dans les yeux noirs de ces jeunes Ibères qui chantent leur bonheur sur les pierres ocre patinées par des siècles d’histoire.
Je n’avais surtout pas remarqué les jardins innombrables, l’ombre immense des ficus, les encorbellements des fenêtres dégorgeant de fleurs et de verdure, les entrées ouvertes sur des patios
brillants, la propreté luisante de la ville au clair de lune. Dédale enfanté par un architecte tortueux résonnant des sons des guitares et des chants d’un flamenco dégorgeant des bars à tapas.
Séville est si belle, si touchante dans ses vestiges d’un passé flamboyant, les marques d’un temps préservé, cette place d’Espagne où trône un château gigantesque enserrant entre ses deux ailes
recroquevillées, les tentes où se déroulent les show cases, passages obligés de 45 minutes en live pour tout groupe désirant atteindre à la notoriété du monde des musiques du monde, confronté au
2800 congressistes cherchant cette pépite que tout organisateur rêve de déterrer pour assurer sa clairvoyance. Etre le premier, sentir le succès du lendemain, offrir la certitude d’un événement…
c’est d’autant plus grisant qu’à Séville, au Womex, nous sommes le public, le juge suprême, déconnecté de toutes les contingences.


Juan Carmona et Trilok Gurtu, les plus beaux sourires du Womex


Juan Carmona et Trilok Gurtu, les plus beaux sourires du Womex
La World-Music n’est plus seulement le reflet d’une tradition figée. Elle est aussi ancrée dans la modernité, dans le choc des cultures induit par une mondialisation de l’art et de la
communication, par l’irruption des sons électroniques sur des instruments ancestraux. C’est sans doute une des principales constatations qu’il faut tirer des dernières éditions de ce marché, un
mouvement d’accélération évident s’emparant des créateurs et leur autorisant de mixer leurs sons aux sons venus d’ailleurs, d’inventer un langage universel qui parlerait à tous, qui, d’une région
reculée de notre planète, réussirait ce « cross over » pour séduire les spectateurs de tous les pays, de toutes les races, de toutes les cultures.
Au-delà de ces restaurants où l’on se réunit la nuit venue, de ces tapas, passage obligé d’une gastronomie effrénée, de ces bières à 2€ que l’on boit accoudé au bar du festival, de cette boîte à
ciel ouvert où l’on se retrouve jusqu’à l’aube pour parler d’une internationale de la musique et du spectacle, il y a la magie des concerts, la puissance phénoménale d’un groupe se livrant pour
45 minutes d’un combat sans merci aux désirs d’un public de professionnels.
Auparavant, dans des séances de déambulations permanentes, les rencontres avec les acteurs de la vie des groupes, producteurs, managers, tourneurs, acheteurs de spectacles, organisateurs de
festivals, rythment la journée dans les halls du Palais des Congrès de Séville. Ils sont tous là ceux qui sont des voix de téléphone tout au long de l’année, qui m’informent et me conseillent, me
guident et ouvrent mon horizon. Grande famille informelle, ils composent une fratrie bizarre que le lien de la musique cimente, que les espoirs de découvertes enrichissent, longs palabres où la
réalité du terrain refait irruption. Ce n’est pas tant la qualité des groupes qui est en jeu mais bien la capacité à trouver un public trop souvent formaté par une télé décérébrante. Mais de
cela, il sera toujours temps d’en parler de retour dans nos lieux respectifs. Pour l’heure, vive la folie de l’abstraction et le refus des contraintes.

Bertrand D, Annie R après boissons !

Bertrand D, Annie R après boissons !
Et que vivent les concerts !
Jeudi 25 octobre :
Toumast L(Niger/France). Aminatou a des yeux de velours, la guitare en bandoulière, elle lance des « youyous » stridents qui couvrent les riffs
sanglants de berbères aux tenues chamarées. Entremêlant les sons plaintifs d’une Afrique saharienne qui se révolte aux sons basiques d’un rock sanglant, la musique oscille avec énergie entre deux
cultures, deux mondes ouverts. C’est beau et pur, une vraie fusion. Ils seront cet été sur le parvis du Palais pour étrenner un cycle « découvertes du Womex » et apporteront un peu de
ce vent chaud qui fait miroiter le sable du désert.
Les Albanais de la Fanfare de Tirana et les Russes de l’ensemble Altaikai déroulent leur set propre avant une des révélations absolues de ce festival.
Les Balkan Beat Box, (Israël/USA) prennent alors le public à bras le corps. Ils rentrent sur scène comme des fauves, balancent leur musique des Balkans à la gueule du public, y
greffent des ordinateurs qui « scratchent » et arrosent largement d’une sauce aux cuivres en survoltant la scène. Leur jeu outrancier fait mouche, les sons montent vers un diapason
ultime et ce set ébouriffant décoiffe les présents ébahis d’une telle décharge de violence. Ce sont les BBB, retenez ce nom, ils vont recroiser ma route et finiront leurs hurlements dans la fosse
d’un concert cannois, c’est sûr !
Et pour finir, une extraterrestre, Tanya Tagaq (Canada), une Inuite déjantée encensée par Bjork. Robe échancrée sur des cuisses d’haltérophile et des épaules de déménageurs,
Tatouages apparents, col de fourrure dans la moiteur de la salle, elle est accompagnée d’un ordinateur lancinant et d’un violoncelle pleureur. Elle éructe, gémit, sanglote, rit et plus si
affinité pendant deux morceaux interminables de 20 minutes devant un public abasourdi. Parfois l’émotion est perceptible, souvent elle s’agite comme un animal ferré dans un piège létal et se
débat dans un vide austère, souvenir des grandes plaines verglacées de son pays, il fait nul doute ! Elle donne le vertige, une impression de décalage intolérable entre son projet inabouti
et notre capacité d’acceptation pourtant plutôt large. Il nous faudra bien quelques verres pour se remettre en état de fonctionnement !
Vendredi 26 octobre.
Mamani Keïta et Nicolas Repac (Mali/France) La fusion est douce entre les harmonies Africaines et les apports du guitariste et du batteur Français. Une belle musique au cœur d’un
projet de rencontre. La voix de Mamani Keïta est chaude, elle est belle comme une reine d’Afrique et convainc aisément le public sous le charme.
Je passerai sur la Shica (une Espagnole exhibitionniste qui épuise son public) et sur les Mono Blanco (un énième orchestre de Mexicains basanés avec des
sombreros qui hurlent comme si leurs doigts s’étaient coincés dans les cordes des mandolines !). Plus étonnant le Melingo d’Argentine, où un clone de Pierre Arditi va
interpréter des tangos en y apportant une touche d’un humour décalé. Il jette ses chaussures en l’air, improvise des contorsions, crache sur scène, (on ne comprend pas toujours pourquoi !)
afin d’endosser un habit de clown blanc que sa crinière argentée souligne d’un trait de désespoir. Enfin, l’orchestre était vraiment bon, à part cela !
Et avant de plonger vers le comptoir pour l’anniversaire de ma copine Cendryne R, Un Kuti de derrière les fagots, dans la famille Anikulapo, je voudrais le fils
Seun avec ses guerriers aux maquillages tribaux, les peaux de lions et les regards noirs, les choristes callipyges bien en chair qui ondulent et les innombrables cuivres qui
tanguent sur scène. C’est la 3ème fois que je les vois, c’est toujours aussi efficace, un afro-rock bourré de vitamines, destiné à faire danser le bassin et à oublier les fatigues de
la journée.
Samedi 27 octobre.
3canal (Trinidad et Tobago) Inaudible pour cause de sono récalcitrante et mal réglée. Leur salsa avec 3 voix et un jeu de scène dynamique s’épuise sur la bouillie sonore qui se
dégage. Cherchez l’erreur !
Mayra Andrade (Cap Vert) est belle comme une déesse, sensuelle, elle se démarque d’une Cesaria Evora, icone de cette île perdue dans les vents de l’Atlantique, et trouve un
compromis entre les sons de son univers et des complaintes plus personnelles attachantes. Elle a du rythme et sait jouer de toutes les fibres de sa séduction pour nous chanter au cœur l’espoir et
la joie de vivre. Une belle rencontre d’une future très grande dame de la chanson sans frontières.
Arrive le Caravan Palace. Deuxième choc de ce Womex. A l’image des BBB, ils déboulent sur scène avec la faim au ventre. Sur des musiques tsiganes, la chanteuse décoiffe ses
partenaires et les entraîne dans un show tout aussi ébouriffant que leurs collègues des Balkans. Les ordinateurs rugissent, les chanteurs se donnent, le violon grince et l’ensemble assure une
somptueuse frénésie bourrée de surprises et d’enthousiasme. Dans ma tête se dessine une soirée avec les Balkan Beat Box et le Caravan Palace et je vois le public sortir les cheveux dressés, la
mine réjouie et les oreilles bourdonnantes. Le « Caravan » passe, le public aboie, rendez-vous à Cannes à l’automne 2008 !
Et nous terminerons sur notre Cor de la Plana d’un Marseille émouvant. A la polyphonie originelle, les percussions des talons et des mains, des tambourins et des cymbales,
syncopent les airs lancinants de voix qui s’enchâssent. Belle mise en espace du chœur aligné en demi-cercle, un final en apothéose qui cingle le vent du large et résonne dans la plus primitive
des musiques, celles des voix sans artifices d’une ville de Marseille, port de toutes les angoisses et de la mixité où s’échouent les rêves d’un monde meilleur.
Batzen et Oheix en discussions animées...

Batzen et Oheix en discussions animées...
Il est temps de conclure sur ces soirées chaudes et de rentrer à l’aube, faire les valises sur un dernier soupir, d’engranger quelques espoirs dans des yeux de compassion, de rêver d’un monde
d’étrangeté où le public se ruerait sur ces programmations d’un lendemain d’utopie, d’accorder un dernier crédit à l’humanité qui se cherche et ne se trouve que si rarement. Et si demain les
pavés de la scène dévoilaient un sable de douceur et d’amour. Hardi, camarades !, encore un effort pour être révolutionnaire !

Magali L et son équipe à l'aéroport de Séville. Notre avion est annulé pour cause de grève !

Magali L et son équipe à l'aéroport de Séville. Notre avion est annulé pour cause de grève !
Archive du temps présent.
Si je devais mourir demain, je pourrais toujours au moment de m’envoler pour un paradis de musique, me dire que j’aie eu la chance de côtoyer des grands, d’œuvrer modestement à
réaliser quelques soirées magiques, d’avoir fait progresser la cause de quelques idées nostalgiques généreuses. Il fait nul doute que dans l’heure des bilans, ce concert du 29 septembre 2007
penchera en ma faveur et que quelques-unes de mes fautes seront effacées d’avoir offert ce moment de féerie pure à 1800 personnes. Pour tout vous dire, une année 2007 où j’ai eu le privilège
d’accueillir l'Orchestre des mariages et des enterrements de Goran Brégovic, la soirée des 40 ans de carrière de Caramella et pour finir, l’évènement Archive, ne peut être qu’ un cru
d’exception ! On en redemande... mais il ne faut pas rêver, cela n’arrive qu’une fois dans une vie ! Ai-je épuisé mes jokers ? L’avenir nous le dira !
C’est il y a près d’un an, que Michel Sajn m’a présenté un projet tordu, un de plus, une usine à gaz ce Sajn qui survit depuis des années dans le monde si étroit de la culture niçoise. Que je
campe le personnage. Michel, c’est un trio, composé de Gaby Basso, d’Evelyne Pampini et de lui-même. Chacun a sa place. Gaby est le technicien carré, l’homme de tous les défis, celui sur qui
repose l’exécution, Evelyne, la femme de communication, l’attachée de presse, celle qui maintient les liens entre la cellule d’Image Publique et le reste du monde. Reste Michel, un homme
étrange, un mélange de passion et de colère, un visionnaire aventuriste parfois incontrôlable, souvent plus conscient qu’il ne le montre lui-même et connaissant les limites entre la charge
héroïque et l’avancée en terrain ennemi. Car Michel S…c’est un être bourré d’une tendresse qui ne peut s’exprimer. C’est une fleur bleue dans une cuirasse façonnée par une vie à l’emporte-pièce
d’un rêve d’adolescent dans un monde de brutes. Sans jamais s’appuyer sur une structure, sans jamais avoir la certitude que le lendemain sera assuré, il navigue en eaux profondes, slalomant entre
les écueils d’une vie où se mélangent la culture, la politique et l’argent. Petite structure née dans l’enthousiasme de l’organisation des concerts, s’inscrivant dans les cursus de développement
de la culture, aboutissant à des responsabilités importantes en termes de technique et de relations presse, ils créent la seule revue intéressante de la région : La Strada, un gratuit reflet
du dynamisme et de la création de cette région.
Manger avec Sajn, c’est prendre un risque calculé, celui de ne comprendre qu’une partie de ce qu’il lance aux cieux en tempêtant, c’est aussi la certitude d’une lumière qui viendra nimber de
brouillard la table, entre les clopes qu’il fume à la volée et ce regard étrangement limpide qu’il pose sur la réalité. Il a des rêves à la hauteur de son délire, mon pote, il est de ce bois qui
ne peut se consumer, qui doit brûler avec éclat.
Bouffe à Saint-Laurent. Septembre 2006. Un projet de plus. Il m’explique qu’il a eu l’idée d’un concert exceptionnel d’Archive avec un ensemble symphonique. Il cherche un producteur, Monaco est
sur les rangs. Un éclair m’illumine. J’ai envie de le réaliser ce p… de projet complètement inconscient, de m’engager en sachant que ce sera douloureux, long et qu’il y a une vraie prise de
risques, tant dans le déroulement que dans la juxtaposition de ces deux univers antagoniques : le classique et le rock. Je me souviens parfaitement du moment où je bascule, de ma voix qui
lance malgré moi, un : -Pourquoi on ne le réalise pas ensemble, pourquoi pas à Cannes ?


Bernard et Maria : une voix d'ange et un démon !


Bernard et Maria : une voix d'ange et un démon !
Il faut dire qu’Archive est un groupe mythique. Ce sont Julien et Angéla, qui m’en ont parlé pour la première fois et m’ont fait écouter leur galette comme une révélation. Par la suite, j’ai
assisté à un de leurs concerts au Festival de Jazz de Nice, il y a 3 ans. Archive s’est structuré autour de Darius Keller et de Dany Griffiths auxquels se sont joints 6 musiciens au fil du temps.
Ils sont stables désormais, comme une factory qui aurait trouvé son équilibre. A l’origine, ils se situaient dans une veine Trip-Hop, qui a viré vers le rock progressif, enfants contrariés des
Pink Floyd, troquant le power flower initial par le sentiment révolté d’être plongé dans un monde d’injustice, déchirant, cruel. Leur musique s’appuie naturellement sur les nappes fluides des
synthétiseurs qui sont brisées par la batterie et les guitares. Dans les intervalles, les voix envoûtantes cristallisent l’attention. Les interstices sont propices à percevoir l’irruption des
violons et des cuivres classiques. Mieux même, ils n’attendent que cela, c’est cette vision qu’a eue Michel Sajn, c’est cette perception qui le rend unique, qui définit sa capacité de rêver les
yeux ouverts !
On se tope tout excité dans les mains, comme deux maquignons complices. Mes responsables acceptent le projet avec un certain enthousiasme, j’ai une somme de 50 000€ sous la main et Philippe
Bender, le chef de l’orchestre Régional de Cannes, me donne son accord sans hésiter. Le bateau ivre commence sa traversée au milieu des remous d’un show-biz désarmé.

Pollard, voix et guitare.

Pollard, voix et guitare.
Que dire du montage et des pérégrinations qui nous ont permis d’arriver à bon port ? Qu’elles furent complexes et que nous frôlâmes des catastrophes, c’est vrai ! Mais jamais les membres du groupe Archive ne renoncèrent à ce concert. Ils le voulaient, ils le désiraient tout autant que nous. Mixte entre une logique anglo-saxonne et un enthousiasme partagé entre les organisateurs français et le groupe Archive, nous pouvions avancer et mettre en place le dispositif complexe de leur show. Je me souviens d’une soirée délice, un après-concert d’Archive ou nous nous sommes retrouvés tous ensemble dans leurs loges, et des délires sur le projet avec les musiciens enthousiastes. Ce qui sera déterminant, c’est cet engouement réel du groupe pour une opération atypique, leur désir de réaliser ce concert et d’aller jusqu’au bout ! Pas un moment de doute de ce point de vue, même si les embûches furent nombreuses. Les contacts avec le producteur français, avec le management des Anglais, le compositeur Graham Preskett qui réécrit les partitions, le responsable de la tournée, Gaby chargé du réceptif, notre régisseur en interface avec les équipes du Palais, Choukry le tour manager français, Beks, la manager anglaise d’Archive. C’est une véritable armada qui s’ébranle, cela paraît parfois surréaliste, mais chacun a son rôle à jouer… et le jouera jusqu’au bout dans le seul but d’un challenge relevé !
100 mails et quelques angoisses plus loin…Il manque des violons et des trompettes, qu’à cela ne tienne ! Il y a du retard sur les partitions, tant pis ! Il n’y aura pas d’enregistrement
car les syndicats de l’orchestre n’ont pas été associés, dommage ! La presse spécialisée parisienne nous snobe une fois de plus, c’est normal, leur vision de la culture s’arrêtant là où
commence le périphérique !
La scénographie s’ébauche, les répétitions commencent. Quand je me pointe pour les saluer, je sens un vrai contact d’amitié et de chaleur, ils n’ont pas oublié notre soirée délire avec Michel.
Celui-ci est scotché devant la console et assiste à la magie d’un mix que les doigts d’or de l’ingénieur du son font surgir de la confrontation entre les musiciens classiques et les
rockeurs. Il ouvre des yeux comme des billes et chasse les idées noires d’un jour de deuil Evelyne filme, Gaby promène sa nonchalance affectée…Cela fleure si bon le succès ! A la pause,
les musiciens mangent en compagnie de l’équipe de Mano Solo. Sanseverino passe la tête en permanence pour assister aux répétitions dans la salle Debussy. C’est une fête de la musique qui va se
dénouer devant le public, pour une première et unique prestation. Un remède contre la morosité !
Car 1800 personnes se pressent devant les escaliers au tapis rouge. Jeunes fans d’Archive, moins jeunes supporters de l’orchestre classique venant découvrir cette soirée spéciale, ils sont tous
là et se mêlent, se côtoient et s’acceptent. Désormais, les couloirs du Palais résonnent de cette tension perceptible par ceux qui ont accès aux coulisses de l’événement. Le rideau se lève, les
premières notes s’envolent, les voix viennent emplir la cathédrale du Palais des Festivals du bruit des ailes des anges, les synthés pleurent et les percussions dansent, les trompettes déchirent,
les guitares "riffent" en créant l’harmonie d’une fusion absolue et totale. C’est un opéra-rock, c’est un hymne à la modernité, c’est la preuve sonore que la musique classique peut être belle
comme un jour qui se lève ! Que la musique moderne est le classique de demain, que les deux mondes peuvent cohabiter et s’enrichir. Dans la salle, cela fonctionne, l’émotion est perceptible,
le respect absolu, la communion totale.
Que c’est court 1h40 de bonheur, que c’est intense 1h40 de perfection. Le public debout, jeunes et vieux réunis, fera un triomphe comme rarement entendu. Les murs résonnent encore de cette
symphonie de bonheur que 1800 personnes ont lancé aux musiciens comme un cadeau d’adieu. Jamais dans ma vie de programmateur je n’ai assisté à une telle ovation pour des musiciens classiques,
jamais un groupe de rock n’a été autant légitimé par un public de passion.

Beks, une anglaise heureuse sur le continent.

Beks, une anglaise heureuse sur le continent.
Dans leur loge, après ce show délirant, ils m’ont tous embrassé comme si nous étions devenus mystérieusement, par la grâce de ce spectacle, les membres d’une famille universelle unique, celle de
la beauté éphémère. L’after fut à la hauteur de l’événement. Tous heureux, dans un simple pub de la ville, à boire des bières, au milieu de leurs fans, ils ont communié comme de grands enfants
béats. Les photos parlent d’elles-mêmes, les sourires en disent plus que des discours inutiles. A Cannes, en ce 29 septembre 2007, la vie a été plus forte que la mort, la beauté a vaincu la
laideur.
Il ne reste juste qu’un regret, que cela soit passé, terminé, fini. Un seul regret, celui d’avoir touché à la perfection, et le beau sourire d’un Michel Sajn, qui, ce jour-là, a su que le monde
pouvait parfois se plier aux désirs les plus fous, que la fortune sourit aux innocents capables de rêver les yeux grands ouverts.
Vive Archive for ever, vive la musique !

The end, Bernard et Michel..HEUREUX

The end, Bernard et Michel..HEUREUX
Un peu d'argent...
Cette page, je l'ai écrite à la suite d'un constat. La difficulté des politiques et des financiers à analyser les mécanismes de l'économie du spectacle.
Souvent, on me dit en constatant le remplissage de la salle que je dois "gagner" de l'argent puisque la séance est à guichet fermé. Que nenni ! La preuve dans cet amusement, juste quelques
variations en pied de nez à la logique de la rentabilté.
Un peu d’argent dans l’eau trouble du spectacle
Un peu d’argent dans l’eau trouble du spectacle
Vous êtes directeur-programmateur d’une salle de 1000 places dans une ville de province riche et devez sélectionner une pièce de théâtre. Constat froid et cruel, comment choisir et combien
investir ?
Une fois n’est pas coutume, commençons par un tableau des recettes, on rêve d’abord et on prendra les décisions ensuite ! Persuadé de remplir le théâtre grâce à l’excellence du choix,
vous déterminez le potentiel de sièges maxumum. Retirons 100 places pour les invités de la mairie, les journalistes, la production et votre famille, il reste malgré tout 900 places payantes à
vendre. Le prix de la place dépendra du positionnement, de 35€ à 25€, et vous ferez des tarifs réduits pour les collectivités, les chômeurs (un peu d’humanité messieurs !), les abonnés, les
employés du théâtre…etc. Vous allez camper sur un magot confortable de 900 fois 30€ soit la bagatelle de 27 000€. Génial, pensez-vous, je vais pouvoir m’éclater en prenant une pièce de théâtre
avec plein d'artistes et pas des moindres…peut-être !
Passons à l’exercice des dépenses obligatoires. Vous allez retirer de ce pactole 15% (et c’est un minimum) que vous verserez à la SACD, la société des droits d’auteurs, soit 4000€ qui
s’évanouissent de votre portefeuille pour remplir la bourse de ceux qui sont propriétaires du spectacle. Il faut aussi rajouter la taxe pour le spectacle privé, prélèvement au service des
soi-disant producteurs de théâtre parisiens indépendants (3,5%), originalité nationale typique, démontrant à l’envie comment le privé se nourrit du public dans un libéralisme à la Française.
Encore 1000€ qui s’évaporent !
Le théâtre appartenant à la mairie qui vous a chargé de cette opération, vous n’aurez aucun frais de location de salle, tant mieux, c'est une bonne nouvelle. Toutefois, le personnel nécessaire au
déchargement du camion des décors, à l’installation, les techniciens qui vont régler les lumières et la reprise de son et permettre au spectacle de se dérouler dans les meilleures conditions… eux
vous coûteront environ 5000€ auxquels il faudra rajouter le nettoyage de la salle pour 2000€.
Cette foule qui se précipite vers ce lieu de communion, il faut la canaliser, la fouiller (plan vigie-pirate oblige), la placer, lui permettre de déposer son manteau au vestiaire, déchirer son
billet…petite trentaine de personnes qui refusent de travailler gratuitement et qu’il faudra rétribuer pour un montant de 2000€.
Bon, récapitulons, même si le spectacle n’est pas encore choisi, on sait d’ores et déjà qu’il reste au moins 13 000€. Qu’à cela nous tienne, ce n’est pas grave, vous dites-vous, on va encore
trouver de beaux produits dans cette fourchette de prix.
Toutefois, avant de faire mon choix, je vais prévoir un peu d’achat d’espace dans les médias locaux, il faut quand même que les gens soient informés que j’ai une superbe pièce de
théâtre dans ma salle. Je contacte Nice-Matin, la Strada, Métro et je fais trois réservations pour des encarts pub qui vont drainer ces 900 personnes espérées…mais qui coûteront environ 2400€. La
pose des affiches achetées à la production ne s’effectuant hélas pas toute seule, un afficheur sillonnera le département pour une autre poignée de 800€ afin d’enfoncer le clou en placardant des
posters bien vite recouverts par d’autres évènements.
Ainsi donc, avec mes presque 9 000€, puis-je enfin me consacrer à la recherche du temps perdu. Je vous passe les coups de téléphone, les envois postés, l’éventuel déplacement sur Paris pour
visionner le spectacle, le chauffage du bureau, les agrafeuses et les cafés pour lutter contre le sommeil…Reste un petit problème, un spectacle moyen, avec une distribution de vedettes
susceptibles de drainer 900 personnes payant autour de 30€, c’est au minimum, entre 15 000 et 20 000€ qu’il faut débourser sur le marché actuel du Théâtre.
Alors deux solutions, où vous voulez gagner de l’argent et il faut fuir, partir très loin, courir et ne plus s’arrêter avant d’avoir trouvé une île déserte où la notion de «culture» est
bannie… ou bien vous avez intérêt à trouver tout de suite un bon sponsor, un mécène qui en veut à vos charmes, prêt à dépenser sans compter pour couvrir le déficit de vos programmations afin
d’obtenir la faveur de vous découvrir !
J’ai trouvé ce sponsor mais il n’y a aucune raison que je vous donne son adresse, à vous de vous débrouiller !
Musiques et spectacles en stock (2)
L’été c’est aussi le festival international de l’art pyrotechnique. Art parce que,quand la pyrotechnie est à ce niveau, on peut parler d’ œuvre ! Qui n’a jamais vu un feu à Cannes ne peut
savoir ce que veut dire un vrai, un grand feu d’artifice : 25mn, une baie ouverte avec les îles en fond de scène, une muraille de bateaux ancrés ceint l’horizon, la musique est déversée à
flots de la mer vers le public qui se masse sur la Croisette. Les compétiteurs viennent à Cannes pour gagner cette Vestale d’Argent synonyme de prestige et de développement. Le Québec a entamé le
festival avec la firme Ampleman, le 14 juillet, par un feu médiocre. Nonobstant la qualité moyenne des bombes convenues, une bande-son stupide, collage d’airs sans saveurs
(Alerte ! Céline Dion !), les pauvres Canadiens, en plus, ont vécu un enfer technologique ! 20% des bombes sont restées sur les barges et attendent toujours un signal pour s’embraser.
Quand la technique trahit l’homme… la faute à un système de mise à feu défaillant !
L’Argentin « Jupiter » (feu composé par Gaston Gallo) du 21 juillet avait la rude tâche de faire oublier la médiocrité du premier feu. Et il tint toutes ses promesses.
Univers du tango décliné sous toutes ses formes, du classique au moderne, synchronisation parfaite, inventivité des figures et composition d’ambiance, tout fut si proche de la perfection que le
public subjugué lui réserva une ovation.
Les Français de Fêtes et Feux osèrent, pour le 29 juillet, l’impossible. Une bande-son consacrée à la musique sacrée, une chorégraphie de lenteur et de silence, contre-pied
parfait à la démesure de l’Argentin et à l’image traditionnelle d’un feu. Mais un manque de matériel évident pour sublimer le propos et un tunnel un peu trop lancinant (il aurait fallu aller
chercher un peu de musique sacrée dans l’exotisme et finir sur un morceau plus enlevé), les ont empêché de pouvoir se mesurer aux meilleurs. Dommage, le concepteur, mon ami Jean-Eric Ougier,
était très près de pouvoir créer la sensation… il ne lui a manqué finalement qu’un peu d’ambition !
Place à Vicente Caballer, un Espagnol dont on sait qu’ils sont parmi les maîtres. Il a déjà tiré à Cannes, a gagné une Vestale d’Argent mais a échoué dans la conquête de
l’or en 2001. Il débarque avec de grosses ambitions au vu du matériel qu’il amène. Et lui aussi va frapper très fort. Du rock, du pur rock pour un feu déjanté et sublime. Les Smashing
Pumpkins, Metallica, Nine Inch Nails, The Who envahissent la Baie de Cannes Les hurlements des guitares se conjuguent au ciel qui se déchire, la synchronisation est parfaite, les tableaux
inventifs jusqu’à un final qui frôle la perfection tant par l’énergie musicale que par une composition d’une hardiesse inouïe. (Un cœur qui bat et se déchire sur Baba O’Reilly des Who). Voilà nos
amis Espagnols dans ce qu’ils ont de plus créatif, l’ancien et le moderne, le producteur de bombes et le compositeur de feu ! Eviva l’Espagna (air connu !)!
Les Allemands Weco étaient annoncés comme des clients sérieux avec une conception de Georg Alef. Ils nous l’ont prouvé en réalisant un feu de toute beauté, bluffant le jury par
l’intelligence du propos. Sur une musique originale composée pour l’occasion, à partir de l’histoire de la ville de Cologne, précédée par un texte explicatif intelligent, ils ont déployé une
gamme particulièrement riche d’effets spéciaux. Nautiques somptueuses, petits artifices au ras de l’eau, structuration de l’espace en alternance de niveaux. Ils ont dépassé le cadre en deux
dimensions d’un écran de 400m sur 300 de hauteur. Ils ont introduit de la profondeur et des asymétries surprenantes. Une partition achevée pour séduire le jury… et dieu sait s’ils ont réussi dans
leur entreprise. Sans avoir le meilleur, ni le plus conséquent matériel, avec une synchronisation qui était loin d’être la plus fine, ils ont su embarquer le public dans un contre-pied que
n’avait pas réussi Fêtes et Feux.
Le jury a donc tranché. Vestale d’Argent pour l’Allemand, Prix Spécial du Jury pour l’Argentin. Le Prix du Public revenant à l’Espagne. Personnellement, je trouve qu'ils méritaient mieux et
j’aurais inversé… mais bon, that’s life !
N’oublions pas les concerts gratuits d’après feux d’artifice. Cette année que du bon. Mes Aïeux, des Québécois au nom insortable, stars chez eux, (500 000 albums vendus dans
un pays de 7 000 000 d’habitants !), anonymes ici, mais ils ne le resteront pas longtemps ! Un vrai groupe de scène avec d’excellents musiciens et une énergie à démonter les
foules. Ils ont mis le feu après le feu, s’ils passent près de chez vous, courez prendre une place, vous ne le regretterez pas. Simon Nwambeben est un Camerounais découvert
par le Royal de Luxe, cornaqué par Ray Lema. Son premier album est en Play-liste de France-Inter, il assure dans des compositions originales, deux choristes, un bassiste et un percussionniste.
C’est une musique belle comme un jour qui se lève dans la savane. Mystic Man, groupe de Strasbourg, met le reggae à l’honneur. Cela chaloupe sur le parvis, se
déhanche et les Jah fusent ! Avec ses racines africaines, le groupe tient la scène et le public en haleine. Deux rappels avant de les laisser se fondre dans la nuit d’un joint bien
mérité !
Vincent Absil et Contry Journal, on les connaît, ce sont des amis, le petit chauve à la voix rocailleuse, c’est lui. Absil, c’est une page d’histoire de la chanson française (le
trio Imago) et c’est un amour immodéré pour la contry, les cadillac, Bob Dylan. Il ne s’est pas démonté. Le public a « cajuné », puis « bluesé » et « folké » et il a
fait son triomphe au vieux routard à qui on ne la conte pas ! Il faut dire qu’il sait choisir ses musiciens (Lancry, and Co) et qu’après tant de scènes, Cannes ou La Motte-Beuveron,
c’est quand même un public à séduire et aimer ! Merci Vincent et à la prochaine !
Jazz à Domergue (du 8 au 11 août) cherchait sa voie, elle est trouvée ! Cette manifestation intimiste dans les jardins somptueux de la villa du peintre Cannois, léguée
à la ville, permet depuis quelques années de convier à des agapes musicales 300 personnes. Le jazz s’y est invité en permanence et s’y trouve particulièrement bien. Tout concourt à ce que la
soirée soit belle et la programmation d’un Christophe Wallemme Quintet y est pour quelque chose. Son jazz à la rencontre du percussionniste indien Prabhu
Edouard, tout comme le François Jeanneau Quintet qui invite la kora du Sénégalais Ablaye Cissoko sont de purs bijoux d’un jazz énergique, intelligent, à
la rencontre d’une musique populaire. Cela donne des plages de musiques éblouissantes, la maestria des interprètes se fond dans des rencontres inédites. Du coup le free-jazz devient accessible,
les instruments traditionnels sont modernisés en écho et la musique parle autant à la tête qu’au cœur. Du grand jazz !
Bariohay complète avec sa guitare virevoltante en accompagnement d’une Behia qui chante les standards du swing.
Et l’heure de la Pantiero résonna, avec sampler et scratch annoncés.
Du 16 au 19 août, déferlement d’électro annoncé sur le toit du Palais. Un lieu idyllique, dominant le vieux port et la colline du Suquet, au cœur de Cannes, une scène qui
semble accrochée dans le ciel. C’est beau et le succès est au rendez-vous. Plus de 2000 personnes par soir avec une pointe pour les deux derniers jours, complets, plus de 3000
personnes. Beaucoup de jeunes, branchés, des dégaines pas possibles en jeans slims et mèches sophistiquées… on rêve à Cannes.
Le 16 : The Teenagers, éphémère groupe de trois gamins mal dégrossis, ils doivent doit impérativement retourner à leurs chères études. Deux guitares et
un IPod ne suffisent pas à faire un groupe, ils nous l’ont prouvé ! Herman Düne enchaîne. Décevant. Parfois juste et développant une mélodie entêtante, souvent faux et
irritant. C’est dommage, on sentait bien que ce concert aurait pu déboucher sur un beau set de qualité. Il ne restait que The Rakes pour aller au ciel… et on s’y est rendu direct
grâce à ce groupe à l’énergie diabolique. Dans la lignée pure et dure d’un pop-rock déjanté, ils ont imposé à coups de rifs surpuissants, leur concert devant un public enfin conquis. La voix et
le jeu outrancier du chanteur, la batterie qui dévaste tout sur son passage, la basse entêtante… Bon, OK, pour ce genre de musique, autant être Anglais, cela doit être dans les gênes, ce n’est
pas possible sinon !
Le 17 : On commence par le petit Français de Wax Tailor. Et d’entrée le coup de foudre. Un DJ,S à ses côtés une violoncelliste et une flûtiste. Le choc.
L’énergie de la machine confrontée à la mélodie des instruments. C’est beau, c’est génial, un pur moment de plaisir. Ils sont sympas, communiquent avec le public et ouvrent magnifiquement la
soirée. On enchaîne avec Cut Chemist avec une intro à démonter le Palais. Sa puissance prend d’entrée puis s’émousse jusqu’à retrouver le fluide vital dans un dernier spasme
orgiaque. Dilated People Machines plus rap. Sans convaincre, ils achèvent ce premier tour d’horizon de DJ’S flamboyants.
Le 18 : Plus de 3000 personnes sur le site. Teenage Bad Girl. Deux Parisiens ont la redoutable tâche d’ouvrir la soirée exclusivement réservée aux DJ’S.
D’après ma fille, ils ne s’en tirent pas trop mal…Moi je trouve cela un peu convenu ! Princess Superstar décide de faire comme si elle était vraiment une princesse. Elle
s’agite, se trémousse et envoie du lourd… Bon d’accord, on ne comprend pas vraiment pourquoi elle est une idole mais cela marche et elle emporte le morceau. Plus intéressant le
duo Digitalism. S’appuyant sur un sampler et une batterie, avec une voix qui vient doper le son, ils sont plutôt sympas et efficaces. Les décibels envahissent le ciel de
Cannes, cela bouge sérieusement sur la dalle de béton recouverte de pelouse verte. J’apprends que les chiottes sont bouchées, le bar sature, Florian et Hélène ouvrent de grands yeux devant la
foule hystérique. Tout normal donc ! On peut alors se laisser envahir par la puissance et la finesse de Vitalic. Un maître en la matière, cela se sent ! Il sait composer
avec des rythmes primaires et fondre les mélodies dans l’énergie la plus démentielle. On est au bord de la transe… pardon, on est ailleurs, juste là où personne ne peut nous atteindre. C’est
Vitalic la super star de la soirée et manifestement, il mérite son triomphe !
Le 19 : la soirée où tout peut arriver. Billetterie fermée. Longue colonne de clients en attente de pouvoir pénétrer dans le sacro saint Graal. L’ambiance est bonne enfant,
les chiottes sont réparées, le bar a fourbi son système d’alimentation de pompes à bière, les garçons sur leur 31…Buraka Som Sistema attaque. Bof ! C’est bruyant et
brouillon. Toujours ces DJ’S qui époumonent leur machine. MSTRKRFT (prononcer Masterkraft… pourquoi faire simple quand on peut compliquer !). Un autre duo de DJ’S. Gros son,
remix et airs connus. La foule se met à vibrer doucement. Mais bon ! CSS (Cansei de Ser Sexy) enchaîne. 5 filles, un garçon, une chanteuse en lamé or brillant, des ballons
qui volent sur la scène, des jets de serpentins et surtout un groupe survolté passant de l’électro au rock, franchissant allègrement les frontières, uniquement préoccupé de faire un show
ébouriffant, plein d’énergie et de puissance. Enfin un vrai groupe, avec de la musique, un jeu de scène ! Ce n’est pas le chien de la sécurité de The Palais, la boîte hype in the wind qui
mordra le technicien du groupe qui pourra entacher notre plaisir. Vive les Brésiliennes !
Reste le clou du Festival, l’événement que tous attendaient : Justice pour la Pantiero, Justice pour un duo phare de l’électro française. En deux années, ils ont explosé et
envahi les scènes du monde entier. Une croix lumineuse sur le plateau, une haie d’amplis et entre deux silhouettes sombres qui vont nous transporter dans un monde gothique de rupture. Les plages
violentes succèdent à des moments de transes, des cassures font rebondir la tension. Ils jouent sur un rythme non linéaire et enferment le spectateur dans des boucles qui se referment sur
l’absence. C’est particulièrement intéressant. Une vision noire sublimée par la musique. Deux DJ’S de plus dans notre escarcelle, mais ceux-ci, on s’en souviendra, il faut leur rendre Justice,
ils savent y faire et représentent un vrai courant novateur de l’électro.
Bon, la conclusion c'est que l'électro version DJ'S c'est un peu gonflant parfois. Un groupe avec des musiciens, des instruments, c'est bon pour le moral. Pour le reste les Russes se chargerons de nous faire oublier la folie de ce public adorable. Des jeunes sympas, uniquement préoccupés de faire la fête en dansant sous les étoiles. Vive les "djeun's". Vive les Vacances !
Bon, la conclusion c'est que l'électro version DJ'S c'est un peu gonflant parfois. Un groupe avec des musiciens, des instruments, c'est bon pour le moral. Pour le reste les Russes se chargerons de nous faire oublier la folie de ce public adorable. Des jeunes sympas, uniquement préoccupés de faire la fête en dansant sous les étoiles. Vive les "djeun's". Vive les Vacances !
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Musiques et spectacles en stock (1)
Un été de chaleur dans une France transie, des festivals fleurissant comme des champs de coquelicots où se croisent, dans les quelques kms d’un ruban de béton s’étalant de Cannes à Monaco,
tous les genres musicaux, toutes les familles d’artistes, des stars aux révélations, et des dizaines de milliers de spectateurs… c’est le lot d’une Côte d’Azur baignant les pieds dans l’eau, la
tête dans les nuages et dont le cœur palpite aux rythmes des nuits fiévreuses.
Voici donc un petit parcours, sélection entre les passages obligés, les manifestions organisées par notre direction, et les plongées dans les festivals de la région les soirs de
disponibilités.
Les Nuits Musicales du Suquet. Du 18 juillet au 30 juillet.
Avouons-le, les Nuits Musicales du Suquet, c’est beau, le cadre est magique, la musique belle…il y a les mouettes au début, les étoiles à la fin, mais bon, parfois cela dégage une légère odeur de
naphtaline, un parfum désuet d’une musique bien classique, vraiment très très classique ! Enfin, c’était vrai pour une grande partie des 19 éditions que j’ai eu le privilège de diriger avec
Gabriel Tacchino en directeur artistique.
Cette année, surprise, c’est à des agapes résolument branchées que nous sommes conviés. Un Suquet ébouriffant, plein d’énergie et de passion, avec des interprètes hors normes. Jugez-en par
vous-même.
Nemanja Radulovic ouvre le bal le 18 juillet. Nemanja on l’a découvert au Midem classique en 2005, l’an dernier dans les concerts révélations du Suquet. Cette année, il se
présente comme soliste de l’orchestre régional de Cannes PACA dirigé par Philippe Bender. Progression fulgurante s’il en est ! Radulovic est un seigneur du violon. Il est jeune, beau, il
joue comme un envoyé céleste. Il n’y a pas de limite à l’expressivité de son interprétation, à son « appropriation » de la partition pour en faire surgir des émotions inconnues. Même si
l’œuvre choisie (Mendelssohn- concerto pour violon et orchestre) n’est pas celle qui lui permet le plus de mettre en valeur son génie, il rapproche la musique classique du spectateur, lui
restitue une dimension plus charnelle, moderne. Son corps se plie et concentre toute la tension musicale pour la rendre expressive. C’est un spectacle. Sa finesse d’exécution explose en des
plages où se déchaînent les tensions qui s’accumulent tant sous ses doigts que dans son corps filiforme.
Un seul regret, il n’aura interprété qu’une œuvre et nous ne l’aurons pas entendu dans son jardin secret, des compositions plus « balkaniques », plus populaires, celles où son talent
peut donner libre cours à une liberté de ton sans concessions !
Laurent Korcia, (20 juillet), on en rêvait… et pas seulement à cause de Julie Depardieu ! Un autre archet de génie, une opposition de style absolue. Korcia sur scène est
concentration, froideur, immobilité, silence. Son répertoire est savant (Dvorak, Brahms et surtout Bartok) mais la concentration qu’il dégage impose une attention maximum. Il rend explosive la
partition sophistiquée, il donne à sentir les nœuds qui structurent la colonne musicale. Une ovation salue sa prestation. Avec lui, la musique savante se découvre et se laisse aborder pour le
plaisir primitif des sens.
Fazil Say. (24 juillet). Si le génie était évident chez Radulovic et Korcia, chez Fazil Say, on ne parle plus de maestria, de talent, de puissance… on constate l’extraordinaire
dimension d’un extraterrestre, un être venu d’une planète musique que rien ne peut entraver dans sa marche forcée vers les sommets de la déraison. Dans la tourmente venteuse, là où tant de
pianistes auraient renoncé, il s’attelle au clavier et sous ses doigts, naissent les orages, la foudre et l’éclair. Il ne respecte rien car il n’y a pas de frontières pour cet esprit iconoclaste,
il va où l’inspire son voyage intérieur, là où personne ne peut l’accompagner. Il est seul. Il est sans attache. Il est libre Fazil ! Quelle que soit l’œuvre, c’est du Fazil Say qui jaillit
comme une tornade qu’il dompte, qu’il accompagne d’une sensibilité si personnelle qu’il s’approprie chaque note pour la restituer à une assistance médusée. L’homme est curieux, un brin autiste,
laid, mais sa réserve est humaine, comme si, de côtoyer les Dieux en permanence l’autorisait à s’émanciper de toute contingence. Nous sommes tolérés dans cet univers si personnel parce que rien
ne peut gêner ce géant hors normes.
Ce concert est sans doute un des événements majeurs de ma vie de programmateur. Je suis persuadé d’avoir rencontré, en ce 24 juillet, l’un des monstres sacrés qui font que mon métier reste une
énigme pour moi. Si je ne suis toujours pas blasé après tant de soirées spectacles, c’est parce que, au fond de moi, je continue d’espérer croiser encore des esprits si brillants, si étincelants,
si beaux que la vie nous semble encore meilleure et mérite d’être vécue. Merci Fazil Say, merci de nous montrer que l’art est toujours un domaine réservé à des dieux vivants, cela nous rend plus
humain !
Camille (30 juillet). Une reine de la variété dans le domaine du classique. Exercice de haute voltige non sans risques. Certains attendaient goguenards son intrusion des feux
d’une rampe bardée de sunlights au climat intimiste du Suquet et d’un public averti, d’autres, (son public) l’accueillant avec dévotion. Pari réussi. Plus que réussi. Une OVNI a débarqué.
Entourée de la belle Julia Sarr, de Indi Kaur, de Seb Martel et avec Majiker à la direction musicale, ils interprètent une œuvre étrange de Benjamin Britten, écrite pendant la guerre sur un
bateau cerné par des sous-marins allemands, « A Ceremony of Carols ». Une composition pour chœurs adaptée par Camille où chaque soliste va remplacer un canon. Lancinantes, entrecoupées
de silences, les trois voix s’appuient sur une guitare discrète, étirant des voix d’ange en une véritable cérémonie secrète. Après une pause, Camille revient, seule. Avec sa voix et des
percussions sur son corps (Ah, son corps !), couchée sur la scène, debout dos tourné vers le mur de pierres en fond de scène, se déhanchant elle se balade de pays en pays en restituant des
prières gutturales. C’est étrange et iconoclaste. Elle est si fragile, elle se dévoile, déchire les convenances et se retrouve sur le fil d’un rasoir en train de jongler avec la raison. Une
ovation salue sa prestation, des acclamations sincères d’un public qui pour être surpris, n’en a pas moins suivi Camille dans sa célébrations d’un dieu du son, d’un divin que les voix
accompagnent au cœur des hommes.
Si on rajoute à ces concerts, un pianiste Chinois (Xu Zhong) avec plein de notes brillantes sous ses doigts, l’orchestre de chambre du Kremlin-Moscou avec un
autre soliste d’exception, (Mikhail Ovrutsky), des concerts révélations avec une sublime soprano, (Yu Ree Jang), et un pianiste génial, (Kotaro
Fukuma) on a donc assité à une 32ème édition des Nuits Musicales du Suquet complètement « Rock », ou « Bas Rock » si vous préférez. Des artistes géniaux, des œuvres
incroyables, un public sérieusement rajeuni…c’était à nous donner l’envie de reprendre gout à ce festival. Quand la musique classique est si parfaitement expressive, on se souvient qu’avant
d’être classique, cette musique fut moderne, que ses auteurs furent à leur époque, des créateurs contemporains engagés dans le monde réel. Par la grâce de quelques solistes, on s’en est souvenu,
sur cette colline du Suquet où tout fut possible en l’été 2007, même d’aimer la musique classique !
Le festival de Jazz de Nice.
Peut-être est-ce la dernière édition dirigée par Viviane Sicnasi, l’étrange et lunaire programmatrice du festival. Grâce à elle, on a pu découvrir depuis des années, énormément d’artistes
émergeants, de pépites attirées par les conditions surréalistes de ce festival. Coincé entre deux oliviers et deux stands, on ne peut ni voir ni écouter, cela sent la socca et la frite, on passe
plus de temps à boire et à parler… mais qu’on est bien dans ce festival, lieu de rencontres et de découvertes, moment de l’année où l’on vient se détendre et sentir l’air du temps... par
bribes !
Le 19 juillet.
No Jazz, que j’aurai l’honneur d’accueillir avec Abd Al Malik en mars 2008 « fait » la scène Matisse. Ils mettent le feu et déchaîne la foule qui grossit au fur et à
mesure que leur set se déroule. C’est hybride, entre le jazz, le rock, le latino. Cela fait bouger et danser… Marcus Miller égal à lui-même et à son feutre noir fait tonner la
basse et ses musiciens se lâchent autour de lui, improvisant un cordon sanitaire autour de cet instrument sorti de l’ombre pour reluire sous les projos. Les morceaux font vibrer en harmonie
la basse et le cœur des braves. L’air semble s’emplir de vagues qui se mêlent en un étrange tempo sourd. Il déchaîne les passions en électrisant cette rythmique tribale.
Sly and the family stone : une légende exhumée du passé. Le groupe nerveux s’emballe et de temps en temps, (très rarement), Sly surgit derrière sa casquette à large visière. Il
pianote trois notes et pousse deux tons de sa voix inexistante, définitivement envolée. Puis il disparaît en coulisses et l’orchestre peut enfin se lâcher et emballer quelques bons vieux refrains
de la « famille pierre ». Cela sent l’arnaque mais la magie opère malgré tout, comme si le temps ne pouvait effacer cette mémoire du son à fleur de peau qui a bercé notre
jeunesse !
23 juillet.
Raul Paz s’épuise en plein jour, sur une scène disproportionnée et rate son concert. Ce n’est pas le cas de Dee Dee Bridgewater et de son projet africain. Retour
aux sources pour la diva du jazz. De longs mois à le recherche de son passé, des musiciens black généreux (Kabiné Kouyaté, Fatou Diawara), et la fusion afro-jazz peut alors
s’imposer comme un langage naturel, comme si tous les chemins parcourus, des racines noires au jazz blanc, étaient condamnés à déboucher à Nice, un soir d’été 2007, sur ce concert d’anthologie.
D’improvisions de la voix à la rythmique africaine, des percussions au balafon, des danseuses au soliste black, Dee Dee réussit l’incroyable gageure de fusionner les deux parties de son être, son
Afrique et son Amérique avec la grâce et le naturel qui autorisent toutes les audaces. Elle a des mots justes pour dénoncer les maux d’un mal de vivre et parle avec simplicité de son unité
retrouvée ! C’est cela une vraie diva !
The Roots enchaînent avec leur rap nerveux, leur tuba géant, la guitare saturée pendant que la voix déroule sa mécanique de perforation, imposant un débit sans faille ni trou
d’air. C’est du grand Roots, sans fioritures, de l’énergie pure et dure. Et comme si cela ne suffisait pas pour une soirée d’anthologie, Toumani Diabatté et son système concluent
aux arênes. La Kora trône impériale au milieu de la scène. Une dizaine de musiciens, représentant tous les pays de l’Afrique Noire, l’entourent et vont chacun à tour de rôle rivaliser avec le
Maître… note à note, phrase à phrase, chacun avec son instrument (percussions, guitare, balafon…). C’est géant, cela parle du royaume Mandingue et d’une histoire chargée de grandeur, cela sent la
fraternité et débouche sur un « band » de folie où le son règne en maître. Et comme si cela ne suffisait pas, la Diva débarque avec ses musiciens et la nuit va s’étirer à l’infini. Pour
finir, Dee Dee et Toumani vont, voix et Kora en osmose, lancer des ponts vers une harmonie universelle. Grandeur. Sublime beauté. Les racines de la musique s’ancrent dans la générosité et le
talent de ses interprètes.
25 juillet.
Manu Dibango dans son jazz pur et dur, (il a dû trop lire l’intitulé du festival) déroule un ruban de notes aseptisées et ennuyeuses à mourir. Exit Manu, fais-nous du Yéké
Yéké ! Oxmo Puccino et the Jazz Bastards. Il paraît que c’est excellent ! Bof ! Je veux bien mais cela ne me convainc que modérément. Reste la sulfureuse
Lauryn Hill. Plus d’une heure de retard, apparemment bien partie dans un monde intérieur, elle entre enfin devant une foule irritée qui mugit et se lance
derechef dans un show au fil du rasoir. Forcément sublime quand elle accroche le « truc », à la limite du sordide quand elle désarçonne son orchestre en improvisant des variations pas
toujours heureuses. La musique peut, par moment, devenir tsunami, emporter tout sur son passage et imposer un black-out au grondement du public médusé, à d’autres, sa voix maigrelette et ses
approximations donnent le vertige, introduisent un sentiment d’irréalité, de fragilité. Lauryn Hill est une bombe pas toujours amorcée, on ne sait jamais si elle va exploser ou imploser.
Tragiquement sublimissime, un de ces concerts dont on se souvient parce qu’il évolue en déséquilibre constant, dans un flou permanent, entre le diable et le bon dieu. C’est sur cette note, après
plusieurs tentatives pour la faire sortir de scène que le festival s’achève, (vers 2 h du matin, alors que l’autorisation n’est que jusqu’à 0h30), bien à l’image d’une fête de la musique qui a pu
réunir le meilleur et le pire, le grand et le petit, le sublime et le contesté.
L’an prochain est une autre vie dans un autre monde. On parle d’un gros requin parisien pour remplacer Viviane Sicnasi, un de plus, comme si les villes de province désiraient se coucher dans le
lit des putains de Paris, là où cela sent si fort la magouille et le pognon. On verra bien qui tirera le gros lot !
Un festival qui assure dans la continuité, avec des petits prix, un cadre original, des artistes du monde, c’est bien Les Nuits du Sud, à Vence. Chaque édition est composée et
présentée par Teo Saavedra, un Chilien aux chemises écarlates qui aime les musiques du monde. Chaque artiste qu’il présente est chez lui dans ce jardin d’Eden. 5000 personnes s’étaient donné
rendez-vous pour le concert de Touré Kounda et de Rokia Traore. Touré Kounda fait hélas partie du passé. Voix approximatives, univers musical dépassé et
brouillon, les légendes n’ont pas toujours l’éternité devant elle. Surtout quand le groupe est précédé par une liane d’une beauté à couper le souffle, d’une chanteuse au timbre velouté, avec des
musiciens qui imposent une musique tribale sur un discours humaniste et moderne. Rokia est un spectacle à elle toute seule. Elle chaloupe sur scène, se fait intimiste pour dénoncer la corruption,
volontaire pour chanter l’espoir, entraîne le public dans une savane qui chante l’origine du monde. Elle est musique et la foule sous le charme lui réserve une ovation formidable. L’Afrique,
c’est aussi les femmes qui chantent pour des lendemains enchanteurs. Rokia, je t’aime !
Des corses (encore) et des blacks (toujours) !
Quelques pérégrinations dans les manifestations alentour et déjà le souffle d'un été brûlant (désolé pour le reste de la France !). C'est la montée en puissance d'une période où les
programmes naissent comme des petits pains, où la culture s'enfourne en grandes brassées, où l'on ne sait plus comment gérer un agenda pléthorique ! C'est la dure loi d'un programmateur de
choc, avis aux âmes sensibles !
21 juin, Fête de la Musique. Parvis du Palais des festivals.
Joséphine. C’est la voix féminine des Muvrini, une hispanisante installée à la croisée des cultures, entre la polyphonie, la chanson et le Flamenco. Elle a le redoutable
privilège d’ouvrir les festivités d’un été qui s’annonce chaud… devant un public fuyant, immaîtrisable, 50 personnes qui se battent en duel, un alcoolique accroché à sa bouteille et la nuit qui
tarde à tomber. Bon, elle se lance avec courage, son bassiste insulaire débonnaire la regarde tenter de rameuter le public avec son « caron ». Et puis, sa voix monte, la musique
s’impose, les chansons s’enchaînent, elle rayonne de plaisir. Elle a une belle personnalité, une vraie voix et rallie les indécis qui commencent à se regrouper autour de la scène. Elle obtient
enfin son succès avec la nuit qui tombe, au moment de sortir du cône de lumière pour laisser la place au groupe vedette ! On la reverra sur Cannes, dans de meilleures conditions, elle
le mérite !
Enzo Avitabile e i Bottari.
Napolitain, s’appuyant sur la tradition des « bottari », ces percussionnistes qui tapent sur des futs de bois ((tonneaux de vins) à coups redoublés. Je les avais découverts il y a
quelques années, aux Docks du Sud, à Marseille. Un choc, depuis je rêvais de les programmer mais les aléas des calendriers… C’est donc chose faite, et bien faite ! Ceux qui ont assisté à ce
concert ne sont pas prêts de l’oublier. Sur une base rythmique impulsée par les « bottari », Enzo développe une musique toute en énergie, ébouriffe les « tarentelles », décape
les chants napolitains et assure un show de toute beauté. La foule est conquise depuis longtemps, elle oscille, tangue et suit les musiciens, une section cuivres et cordes qui brode des mélodies
énergiques. La voix de Enzo Avitabile est particulière, une voix de basse qui sonne en écho des « bottari » et le spectacle est aussi visuel, dans les costumes, dans les attitudes d’un
groupe soudé qui communie avec l’assistance. Un grand concert pour cette fête de la musique dont on se souviendra longtemps !
Robin Renucci affiche sa «corsitude» avec constance et humilité. Il œuvre dans son village d’Olmi-Cappella au développement d’une pratique du théâtre qui se situe hors des
sentiers rebattus des stages agréés par Jeunesse et Sports. Sur les places des villages, dans des sites aux décors naturels confondants, des textes classiques résonnent et éperonnent le bon sens,
portés par des stagiaires qui viennent de la France entière afin de parfaire leur métier et les conditions de la transmission d’un savoir !
Il est le premier ambassadeur de son film « sempre vivu » et anime le débat dans cet esprit des lumières d’un après 68 où la parole était reine. Il joue juste de sa
participation, dénonce les tares d’un système aveugle, renvoie à une pratique libérée du corset des conventions, parle d’éducation populaire sans que cela fasse vieux, bien au contraire !
Un vrai bain de jouvence, merci monsieur Renucci ! Reste le film. Autoproduit, réalisé par une équipe corse sous la direction de Robin Renucci, s’inspirant d’un stage d’écriture pour le
scénario, puisant dans le vivier de comédiens locaux pour cette farce douce-amère, (on reconnaît mes potes Cimino et Berlinghi), la signature des montagnes sauvages comme cadre de cet attachement
à une terre aimée. Le maire d’un village improbable attend de pied ferme le ministre de la culture afin de signer la charte de création d’un théâtre perdu dans les montagnes Corse et meurt
d’une crise cardiaque juste avant que l'hélicoptère ne se pose ! C’est la réalité (la première pierre devait être posée le lendemain du débat !), c’est une fiction, une farce qui décrypte la
société Corse avec de gros sabots et une tendresse évidente. Le meilleur côtoie l’a peu près, mais la caméra est toujours si proche de l’émotion que l’on a le désir d’adhérer simplement, sans se
poser de problèmes. Le fait que le Maire ressuscite, que le chœur des villageoises comparent les mérites d’Antigone ou d’un auteur contemporain, que les deux fils (le nationaliste et le flic) se
déchirent pour se retrouver… tout cela n’est que comédie, art de dire son amour pour les gens et sa terre. Merci monsieur Renucci et bientôt à Cannes pour une pièce de théâtre de Florian Zeller
(Si tu mourais, le dimanche 17 février 2008. Salle Debussy, dans le cadre de "sortir à Cannes")
Roman de gare.
Oui, j’avoue ! Moi qui déteste Lelouch, qui ne supporte plus son cinéma depuis des lustres, j’ai aimé sincèrement son dernier film. Une variation plutôt dépouillée sur le thème du
véritable auteur d’une œuvre (les fameux nègres), un Pinon génial, une façon de filmer chaude, une belle histoire où s’imbriquent les thèmes de la création et de la reconnaissance, de
l’amour et du désir, du suspense et de l’incertitude. Même si parfois il continue d’en faire un peu trop (les conditions de vie dans la montagne de la famille d’Elle, le dénouement
policier !), on passe un vrai bon moment de cinéma. Finalement, Claude Lelouch n’est pas mort…tant mieux !
6 et 7 juillet
Les Jardins du Paradis. MJC Picaud.
Traditionnelle clôture de la saison pour la MJC Picaud qui ose cette année une programmation ambitieuse de qualité. Sur le thème des 1001 Afrique, Anne-Marie Bourrouil et son animatrice ont
composé deux soirées magnifiques. Le cadre est enchanteur, des jardins ombragés, des stands d’associations engagées dans la lutte contre l’exclusion. Cela fleure la France ouverte, tolérante et
généreuse. On peut manger un Yassa ou un Tadjin, boire du punch au gingembre et boire le thé sous la tente accueillante de l’inénarrable et passionnée Laïla. Notre ami Basile anime les intermèdes
et avec son talent naturel, dit un mot pour chacun, présente les associations et introduit les groupes qui vont se succéder.
6 juillet.
Tarik. Un personnage attachant que j’ai déjà programmé deux fois. Il revient avec un groupe nouveau, une inspiration renouvelée et quelques surprises (une reprise ébouriffante
d’Edith piaf !). Belle mise en bouche d’un raï décomplexé, se confrontant aux rythmes d’une musique plus ouverte et nourrie d’influences occidentales. Son groupe déroule un set propre...
même si l’ambiance à quelques difficultés à monter, le public tardant à arriver et se montrant plutôt timoré.
Desert rebelle. Des touaregs à la guitare mordante entouré de Guizmo de Tryo, du bassiste de Manu Chao. Cela donne un concert hybride, un blues parfois lyrique, parfois
brouillon, entre une authenticité et une modernité pas toujours maîtrisée ! Le passage de la kalachnikov aux riffs endiablés ne s’effectue pas toujours dans l’harmonie mais il y a
quelque chose d’émouvant et d’authentique à voir ces musiciens exilés vendre une cause ignorée, une véritable guerre contre les touaregs et leur mode de vie ancestral dans l’indifférence du
monde. Il nous rappelle que la musique est aussi un combat pour exister, et ne serait-ce que pour cela, il nous donne des sons venus d’ailleurs ouvrant sur l’inconnu.
Gnawa Diffusion. Collectif de fusion, entre plusieurs influences musicales, dernière tournée du groupe avant dissolution, les Gnawa Diffusion ont une énergie absolue, une
capacité de tirer le spectateur vers la vibration, un reste de ces gnawas qui offre la transe en offrande. Le leader à une voix magnifique et orchestre autour de lui un groupe soudé qui fait
reculer les limites de la musique. Cérémonie secrète, ode à une pulsation, les musiciens se laissent aller au fil du concert jusqu’à un final de tempête, une vraie orgie de sons. La cause est
entendue. Les Gnawa Diffusion sont vraiment un grand groupe de fusion qui a marqué les musiques de métissage. Une place est à prendre apparemment !
7 juillet
Fanga. Afro-beat nerveux, un tantinet usant, même si les musicos se donnent avec chaleur. Au bout d’une demi-heure, les sons semblent s’accumuler et donnent le tournis. Bon, on
aime ou pas… moi, vous avez compris !
Ismaël Lo. Le seigneur est de retour. Pas de distance pour moi, je plonge et j’en redemande même si la sono mais longtemps à accepter sa voix. Les réglages effectués, on le
retrouve comme on l’avait laissé, génial, humaniste, doux et musicalement au top. Son dernier disque, « Sénégal » est un bijou, il le prouve même si Le Jammu Africa fait chavirer la
foule enfin au rendez-vous. On ne l’appelle pas le Dylan Africain pour rien. Il nous balade dans ces rythmes africains doux amers, dans le Mbanga lascif, joue de son charme et de cette
fascination qu’il génère parce qu’il est généreux ! Voilà, la messe est dite une nouvelle fois, elle sent le parfum d’une Afrique si belle et sereine, si forte dans sa beauté…
Xalima. Badou avait une tâche qui semblait impossible. Clôturer après Ismaël, un challenge et pas des moindres pour lui qui avait ouvert l’an dernier avant Omar Pene. De concert
en concert, le groupe et son leader prennent une aisance et une assurance qui leur permet de se laisser aller, de fusionner avec le public. C’est le cas encore, dans ce set tout en brio.
Badou dompte la scène, impose une voix chaude et des rythmes nerveux bien utiles pour éviter toute comparaison avec son prédécesseur. Il a reçu l’appui de certains musiciens qui se fondent dans
le collectif. Ses compositions font mouches, le public le suit dans son univers et danse enfin sans retenue. Magnifique Xalima, un groupe qui fait mouche et devrait voir s’ouvrir grandes les
portes du succès.
Il est temps de partir. Les organisateurs sont quelques peu dépités. Entre la réussite réelle de leur projet artistique et les comptes à venir, il y a un maigre filet sans protection. Pour
quelques 300 personnes absentes, ils vont devoir assumer un déficit douloureux pour eux qui ont si peu de moyens ! Ils vont aussi se trouver confrontés à cette question que tout organisateur
se pose immanquablement : pourquoi est-ce si difficile de faire bouger le public, l’attirer devant un tel plateau artistique, dans un cadre magique pour un prix modique d’entrée de 18€
? Il y a quelque chose d’injuste, d’immoral de penser que tant d’efforts butent sur les mêmes écueils de l’indifférence et du renoncement. Tant pis, on se consolera en disant que les absents
avaient vraiment torts…
10 juillet.
Youssou N’Dour. Une petite Palestre, (il est dur de programmer actuellement !), mais un public de blackettes superbes, toutes avec leurs habits de fête et des sourires
pleins les yeux, les corps qui chaloupent, les visages enjoués, un vrai public de fans, où 50% de blancs se sentent heureux et acceptés, comme si la musique pouvait gommer les différences, donner
de l’amour à ceux qui en sont trop souvent privés. Fierté de nos frères blacks, beauté et générosité d’un show énergique, avec des musiciens géniaux (3 percussions, 3 claviers, un danseur une
choriste, basse, deux guitare et une voix…et quelle voix, inimitable, chargée de soleil, puissante, envoûtante. C’est cela un concert de Youssou N’Dour, une messe païenne pour faire parler les
tripes, un tumulte intérieur qui trouve sa grâce dans les sons d’une Afrique fière d’elle-même. Comme le déclare Youssou dans une intervention, « -quand on parle de l’Afrique, on parle
du Sida, de la guerre et de la pauvreté… Je veux chanter une autre Afrique, la new-Africa ». S’ensuit un duo voix/clavier où la voix lutte contre les nappes sonores qui envahissent la
salle, passe par dessus l’instrument et s’impose dans une complainte déchirante. Vous avez saisi, j’aime l’Afrique et l’Afrique me le rend bien !
Fin de soirée agitée. Je vais saluer, avec mon pote Pape S, Youssou qui a des mots gentils pour moi, se souvient avec précision de son concert dans le Palais des Festivals d’il y a deux ans et
m’honore d’un vrai sourire d’amitié. Badou traîne dans le coin, Mystic Man, le reggae man que j’accueille le 7 août, se promène dans les couloirs au milieu d’une foule de jeunes filles qui a
totalement débordé une sécurité débonnaire. Tout se passe dans la plus extrême des gentillesses et la bonne humeur résonne dans les couloirs et loges de La Palestre. Puis, bien plus tard, dans le
bureau d’Andrée P…, la programmatrice de la Palestre, avec Pascale K…, Viviane S…, Evelyne P…et d’autres amies de ce milieu si particulier de la programmation, on boit une coupe, puis deux, on
refait le monde, échange de ces souvenirs qui parsèment un parcours de rencontres, de ses ombres de personnages de légende qui nous accompagnent la nuit, quand la rumeur se tait et que nous
restons avec nos rêves en bandoulière, redevenus humains parmi les humains. Les lumières de la scène s’éteignent, il est temps de plonger dans la réalité.
Voilà, ce soir je vais à Monaco assister au concert de Muse, les jours passent, la magie demeure !
Le clap de la Faim (!)
Il fallait bien que je vous laisse des traces de ce 60ème Festival International du Film. Alors, pour vous, en exclusivité, voici quelques impressions d’après cérémonie de clôture, quand les verres sont vides, que les équipes débarrassent les reliefs de la grande bouffe du 7ème Art et que Cannes redevient Cannes, petite ville accrochée aux rives de la Méditerranée, courant après son prestige d'un Festival hors norme !
Au fond, pour un 60ème annoncé grandiose, le Festival ne fut qu'un bon et honnête Festival... la faute aux films où beaucoup séduisirent mais peu enthousiasmèrent !
En ce qui concerne le palmarès, on peut noter l’erreur de casting de l’interprétation masculine, (le Russe de Bannissement) alors que Jude Law ou Amalric auraient été parfaits dans ce rôle de vainqueur. Je n’ai pas vu les deux films asiatiques qui paraît-il, étaient très bons ! Par contre le Roumain en Palme suprême, même si j’ai aimé le film, me semble un peu « too much ». Un prix du jury aurait été parfait. Le prix du 60ème anniversaire aurait collé comme un gant à Wong Kar Waï par sa double culture et son aspect romantique (Ah ! Nora Jones !). Reste les Cohen et le Tarantino, mes deux coups de cœur ! Etrange d’avoir sauvé le Gus Van Sant, le moins abouti des trois, celui qui finalement est calqué sur le style et la méthode d’Elephant en légérement moins bien. Alors j’ose vous donner mon palmarès à moi !
Palme d’or : Tarantino
Pris du 60ème : Wong Kar Way
Pris de la mise en scène : les frères Cohen.
Prix spécial du jury : le Roumain et Persépolis
Interprétation féminine : la japonaise
Interprétation masculine : Amalric
Et après tout, c’est mon choix et les goûts et les couleurs ne se discutent pas, na !
Il restera à titre personnel, que je n’aurai vu que 30 films, petite cuvée pour un cinéphile tel que je le suis et qu’il m’en manque une dizaine pour être totalement satisfait. Cela s’explique par des fêtes incessantes dans mon jardin dues à un afflux intempestif de festivaliers squattant mes murs (mais quel pied !!!), à ma santé qui n’est pas au top, et à quelques charges occasionnées par mon travail et au défi que je me suis lancé de mettre en ligne à chaud toutes les critiques des films visionnés... qui m’ont phagocyté de longues heures.
Une autre de mes missions consista en la récolte de sésames pour la montée des marches pour mes multiples affidés. De ce point de vue, grâce à ma copine Ginou, la moisson fut particulièrement riche. Une véritable corne d'abondance qui permit de nombreuses « premières fois », vous savez, cette étrange sensation d’être au centre du monde quand on foule le tapis rouge sous le mitraillage des caméras, devant des gardes enturbannés, escaladant les 24 marches entre deux stars, dans les « flons-flons » d’une sono qui cascadent des escaliers… Il y en eut plusieurs, de Malou à Marie-Louise, de Cynthia à Thomas, sa copine Cubaine... et tant d’autres, qui, affectant les poses les plus blasées, n’en ont pas moins vécu ce moment de grâce avec le cœur battant la chamade.
Thank you mister PolanskiSinon quelques images. La répétition de la cérémonie du 60ème où je viens glaner « quelques mains », avec une vingtaine de cinéastes à faire pâlir n’importe quel être normalement constitué. La gentillesse de Roman Polanski à qui je déclare que c’est un Dieu vivant et qui sourit en me dédicaçant mon carton, la douceur de Michel Piccoli qui imprime ses mains dans la glaise pour une prise d’empreintes chargée d’émotion.

Quelques OVNIS qui marqueront l’histoire de cette édition : le « gore » De l’intérieur et ses morts inutiles terrorisant le public à minuit pour la clôture du théâtre La Licorne, (enfin un grand rôle pour Béatrice Dalle), le baiser à la myrtille de Jude Law et Norah Jones (décidément, j’ai une certaine difficulté à m’en détacher !), le tueur psychopathe des frères Cohen, les poursuites du Tarantino, le cadavre du fœtus chez le Roumain…
Au rayon du ridicule l’effervescence autour de Brad, Matt et Georges contrastant avec la médiocrité de leur production d’Océan 13, le jeu académique et stéréotypé du film Bannissement, les queues interminables d’un Cannes asphyxié, l’impression de déjà vu et d’éternel recommencement… comme chaque année, les discussions volées où chacun s’érige en censeur du bon goût et de l’art de filmer… etc, etc.
Et nec plus ultra, quelques gouttes d’un Château Margaux 1981 qui célébrèrent les noces de l’amitié, des rêves et de la nostalgie dans mon jardin, par une soirée de printemps où le monde nous appartenait !
Et pour finir, Monsieur Pomuk, Prix Nobel de Littérature qui m'a transvasé (je l'espère !) un peu de son talent en me signant un autographe.
