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culture

Musiques et spectacles en stock (2)

Publié le par Bernard Oheix

L’été c’est aussi le festival international de l’art pyrotechnique. Art parce que,quand la pyrotechnie est à ce niveau, on peut parler d’ œuvre ! Qui n’a jamais vu un feu à Cannes ne peut savoir ce que veut dire un vrai, un grand feu d’artifice : 25mn, une baie ouverte avec les îles en fond de scène, une muraille de bateaux ancrés ceint l’horizon, la musique est déversée à flots de la mer vers le public qui se masse sur la Croisette. Les compétiteurs viennent à Cannes pour gagner cette Vestale d’Argent synonyme de prestige et de développement. Le Québec a entamé le festival avec la firme Ampleman, le 14 juillet, par un feu médiocre. Nonobstant la qualité moyenne des bombes convenues, une bande-son stupide, collage d’airs sans saveurs (Alerte ! Céline Dion !), les pauvres Canadiens, en plus, ont vécu un enfer technologique ! 20% des bombes sont restées sur les barges et attendent toujours un signal pour s’embraser. Quand la technique trahit l’homme… la faute à un système de mise à feu défaillant !
L’Argentin « Jupiter » (feu composé par Gaston Gallo) du 21 juillet avait la rude tâche de faire oublier la médiocrité du premier feu. Et il tint toutes ses promesses. Univers du tango décliné sous toutes ses formes, du classique au moderne, synchronisation parfaite, inventivité des figures et composition d’ambiance, tout fut si proche de la perfection que le public subjugué lui réserva une ovation.
Les Français de Fêtes et Feux osèrent, pour le 29 juillet, l’impossible. Une bande-son consacrée à la musique sacrée, une chorégraphie de lenteur et de silence, contre-pied parfait à la démesure de l’Argentin et à l’image traditionnelle d’un feu. Mais un manque de matériel évident pour sublimer le propos et un tunnel un peu trop lancinant (il aurait fallu aller chercher un peu de musique sacrée dans l’exotisme et finir sur un morceau plus enlevé), les ont empêché de pouvoir se mesurer aux meilleurs. Dommage, le concepteur, mon ami Jean-Eric Ougier, était très près de pouvoir créer la sensation… il ne lui a manqué finalement qu’un peu d’ambition !
Place à Vicente Caballer, un Espagnol dont on sait qu’ils sont parmi les maîtres. Il a déjà tiré à Cannes, a gagné une Vestale d’Argent mais a échoué dans la conquête de l’or en 2001. Il débarque avec de grosses ambitions au vu du matériel qu’il amène. Et lui aussi va frapper très fort. Du rock, du pur rock pour un feu déjanté et sublime. Les Smashing Pumpkins, Metallica, Nine Inch Nails, The Who envahissent la Baie de Cannes Les hurlements des guitares se conjuguent au ciel qui se déchire, la synchronisation est parfaite, les tableaux inventifs jusqu’à un final qui frôle la perfection tant par l’énergie musicale que par une composition d’une hardiesse inouïe. (Un cœur qui bat et se déchire sur Baba O’Reilly des Who). Voilà nos amis Espagnols dans ce qu’ils ont de plus créatif, l’ancien et le moderne, le producteur de bombes et le compositeur de feu ! Eviva l’Espagna (air connu !)!
Les Allemands Weco étaient annoncés comme des clients sérieux avec une conception de Georg Alef. Ils nous l’ont prouvé en réalisant un feu de toute beauté, bluffant le jury par l’intelligence du propos. Sur une musique originale composée pour l’occasion, à partir de l’histoire de la ville de Cologne, précédée par un texte explicatif intelligent, ils ont déployé une gamme particulièrement riche d’effets spéciaux. Nautiques somptueuses, petits artifices au ras de l’eau, structuration de l’espace en alternance de niveaux. Ils ont dépassé le cadre en deux dimensions d’un écran de 400m sur 300 de hauteur. Ils ont introduit de la profondeur et des asymétries surprenantes. Une partition achevée pour séduire le jury… et dieu sait s’ils ont réussi dans leur entreprise. Sans avoir le meilleur, ni le plus conséquent matériel, avec une synchronisation qui était loin d’être la plus fine, ils ont su embarquer le public dans un contre-pied que n’avait pas réussi Fêtes et Feux.
 
Le jury a donc tranché. Vestale d’Argent pour l’Allemand,  Prix Spécial du Jury pour l’Argentin. Le Prix du Public revenant à l’Espagne. Personnellement, je trouve qu'ils méritaient mieux et j’aurais inversé… mais bon, that’s life !
 
N’oublions pas les concerts gratuits d’après feux d’artifice. Cette année que du bon. Mes Aïeux, des Québécois au nom insortable, stars chez eux, (500 000 albums vendus dans un pays de 7 000 000 d’habitants !), anonymes ici, mais ils ne le resteront pas longtemps ! Un vrai groupe de scène avec d’excellents musiciens et une énergie à démonter les foules. Ils ont mis le feu après le feu, s’ils passent près de chez vous, courez prendre une place, vous ne le regretterez pas. Simon Nwambeben est un Camerounais découvert par le Royal de Luxe, cornaqué par Ray Lema. Son premier album est en Play-liste de France-Inter, il assure dans des compositions originales, deux choristes, un bassiste et un percussionniste. C’est une musique belle comme un jour qui se lève dans la savane. Mystic Man, groupe de Strasbourg, met le reggae à l’honneur. Cela chaloupe sur le parvis, se déhanche et les Jah fusent ! Avec ses racines africaines, le groupe tient la scène et le public en haleine. Deux rappels avant de les laisser se fondre dans la nuit d’un joint bien mérité !
Vincent Absil et Contry Journal, on les connaît, ce sont des amis, le petit chauve à la voix rocailleuse, c’est lui. Absil, c’est une page d’histoire de la chanson française (le trio Imago) et c’est un amour immodéré pour la contry, les cadillac, Bob Dylan. Il ne s’est pas démonté. Le public a « cajuné », puis « bluesé » et « folké » et il a fait son triomphe au vieux routard à qui on ne la conte pas ! Il faut dire qu’il sait choisir ses musiciens (Lancry, and Co) et qu’après tant de scènes, Cannes ou La Motte-Beuveron, c’est quand même un public à séduire et aimer ! Merci Vincent et à la prochaine !
 
Jazz à Domergue  (du 8 au 11 août) cherchait sa voie, elle est trouvée ! Cette manifestation intimiste dans les jardins somptueux de la villa du peintre Cannois, léguée à la ville, permet depuis quelques années de convier à des agapes musicales 300 personnes. Le jazz s’y est invité en permanence et s’y trouve particulièrement bien. Tout concourt à ce que la soirée soit belle et la programmation d’un Christophe Wallemme Quintet y est pour quelque chose. Son jazz à la rencontre du percussionniste  indien Prabhu Edouard, tout comme le François Jeanneau Quintet qui invite la kora du Sénégalais Ablaye Cissoko sont de purs bijoux d’un jazz énergique, intelligent, à la rencontre d’une musique populaire. Cela donne des plages de musiques éblouissantes, la maestria des interprètes se fond dans des rencontres inédites. Du coup le free-jazz devient accessible, les instruments traditionnels sont modernisés en écho et la musique parle autant à la tête qu’au cœur. Du grand jazz !
Bariohay complète avec sa guitare virevoltante en accompagnement d’une Behia qui chante les standards du swing.
 
Et l’heure de la Pantiero résonna, avec sampler et scratch annoncés.
Du 16 au 19 août, déferlement d’électro annoncé sur le toit du Palais. Un lieu idyllique, dominant le vieux port et la colline du Suquet, au cœur de Cannes, une scène qui semble accrochée dans le ciel. C’est beau et le succès est au rendez-vous. Plus de 2000 personnes par soir avec une pointe pour les deux derniers jours, complets, plus de 3000 personnes. Beaucoup de jeunes, branchés, des dégaines pas possibles en jeans slims et mèches sophistiquées… on rêve à Cannes.
Le 16 : The Teenagers, éphémère groupe de trois gamins mal dégrossis, ils doivent doit impérativement retourner à leurs chères études. Deux guitares et un IPod ne suffisent pas à faire un groupe, ils nous l’ont prouvé ! Herman Düne enchaîne. Décevant. Parfois juste et développant une mélodie entêtante, souvent faux et irritant. C’est dommage, on sentait bien que ce concert aurait pu déboucher sur un beau set de qualité. Il ne restait que The Rakes pour aller au ciel… et on s’y est rendu direct grâce à ce groupe à l’énergie diabolique. Dans la lignée pure et dure d’un pop-rock déjanté, ils ont imposé à coups de rifs surpuissants, leur concert devant un public enfin conquis. La voix et le jeu outrancier du chanteur, la batterie qui dévaste tout sur son passage, la basse entêtante… Bon, OK, pour ce genre de musique, autant être Anglais, cela doit être dans les gênes, ce n’est pas possible sinon !
Le 17 : On commence par le petit Français de Wax Tailor. Et d’entrée le coup de foudre. Un DJ,S à ses côtés une violoncelliste et une flûtiste. Le choc. L’énergie de la machine confrontée à la mélodie des instruments. C’est beau, c’est génial, un pur moment de plaisir. Ils sont sympas, communiquent avec le public et ouvrent magnifiquement la soirée. On enchaîne avec Cut Chemist avec une intro à démonter le Palais. Sa puissance prend d’entrée puis s’émousse jusqu’à retrouver le fluide vital dans un dernier spasme orgiaque. Dilated People Machines plus rap. Sans convaincre, ils achèvent ce premier tour d’horizon de DJ’S flamboyants.
Le 18 : Plus de 3000 personnes sur le site. Teenage Bad Girl. Deux Parisiens ont la redoutable tâche d’ouvrir la soirée exclusivement réservée aux DJ’S. D’après ma fille, ils ne s’en tirent pas trop mal…Moi je trouve cela un peu convenu ! Princess Superstar décide de faire comme si elle était vraiment une princesse. Elle s’agite, se trémousse et envoie du lourd… Bon d’accord, on ne comprend pas vraiment pourquoi elle est une idole mais cela marche et elle emporte le morceau. Plus intéressant le duo Digitalism. S’appuyant sur un sampler et une batterie, avec une voix qui vient doper le son, ils sont plutôt sympas et efficaces. Les décibels envahissent le ciel de Cannes, cela bouge sérieusement sur la dalle de béton recouverte de pelouse verte. J’apprends que les chiottes sont bouchées, le bar sature, Florian et Hélène ouvrent de grands yeux devant la foule hystérique. Tout normal donc ! On peut alors se laisser envahir par la puissance et la finesse de Vitalic. Un maître en la matière, cela se sent ! Il sait composer avec des rythmes primaires et fondre les mélodies dans l’énergie la plus démentielle. On est au bord de la transe… pardon, on est ailleurs, juste là où personne ne peut nous atteindre. C’est Vitalic la super star de la soirée et manifestement, il mérite son triomphe !
Le 19 : la soirée où tout peut arriver. Billetterie fermée. Longue colonne de clients en attente de pouvoir pénétrer dans le sacro saint Graal. L’ambiance est bonne enfant, les chiottes sont réparées, le bar a fourbi son système d’alimentation de pompes à bière, les garçons sur leur 31…Buraka Som Sistema attaque. Bof ! C’est bruyant et brouillon. Toujours ces DJ’S qui époumonent leur machine. MSTRKRFT (prononcer Masterkraft… pourquoi faire simple quand on peut compliquer !). Un autre duo de DJ’S. Gros son, remix et airs connus. La foule se met à vibrer doucement. Mais bon ! CSS (Cansei de Ser Sexy) enchaîne. 5 filles, un garçon, une chanteuse en lamé or brillant, des ballons qui volent sur la scène, des jets de serpentins et surtout un groupe survolté passant de l’électro au rock, franchissant allègrement les frontières, uniquement préoccupé de faire un show ébouriffant, plein d’énergie et de puissance. Enfin un vrai groupe, avec de la musique, un jeu de scène ! Ce n’est pas le chien de la sécurité de The Palais, la boîte hype in the wind qui mordra le technicien du groupe qui pourra entacher notre plaisir. Vive les Brésiliennes !
Reste le clou du Festival, l’événement que tous attendaient : Justice pour la Pantiero, Justice pour un duo phare de l’électro française. En deux années, ils ont explosé et envahi les scènes du monde entier. Une croix lumineuse sur le plateau, une haie d’amplis et entre deux silhouettes sombres qui vont nous transporter dans un monde gothique de rupture. Les plages violentes succèdent à des moments de transes, des cassures font rebondir la tension. Ils jouent sur un rythme non linéaire et enferment le spectateur dans des boucles qui se referment sur l’absence. C’est particulièrement intéressant. Une vision noire sublimée par la musique. Deux DJ’S de plus dans notre escarcelle, mais ceux-ci, on s’en souviendra, il faut leur rendre Justice, ils savent y faire et représentent un vrai courant novateur de l’électro.

Bon, la conclusion c'est que l'électro version DJ'S c'est un peu gonflant parfois. Un groupe avec des musiciens, des instruments, c'est bon pour le moral. Pour le reste les Russes se chargerons de nous faire oublier la folie de ce public adorable. Des jeunes sympas, uniquement préoccupés de faire la fête en dansant sous les étoiles. Vive les "djeun's". Vive les Vacances !
 
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Musiques et spectacles en stock (1)

Publié le par Bernard Oheix

 
 
Un été de chaleur dans une France transie, des festivals fleurissant comme des champs de coquelicots où se croisent, dans les quelques kms d’un ruban de béton s’étalant de Cannes à Monaco, tous les genres musicaux, toutes les familles d’artistes, des stars aux révélations, et des dizaines de milliers de spectateurs… c’est le lot d’une Côte d’Azur baignant les pieds dans l’eau, la tête dans les nuages et dont le cœur palpite aux rythmes des nuits fiévreuses.
Voici donc un petit parcours, sélection entre les passages obligés, les manifestions organisées par notre direction, et les plongées dans les festivals de la région les soirs de disponibilités.
 
Les Nuits Musicales du Suquet. Du 18 juillet au 30 juillet.
 
Avouons-le, les Nuits Musicales du Suquet, c’est beau, le cadre est magique, la musique belle…il y a les mouettes au début, les étoiles à la fin, mais bon, parfois cela dégage une légère odeur de naphtaline, un parfum désuet d’une musique bien classique, vraiment très très classique ! Enfin, c’était vrai pour une grande partie des 19 éditions que j’ai eu le privilège de diriger avec Gabriel Tacchino en directeur artistique.
Cette année, surprise, c’est à des agapes résolument branchées que nous sommes conviés. Un Suquet ébouriffant, plein d’énergie et de passion, avec des interprètes hors normes. Jugez-en par vous-même.
Nemanja Radulovic ouvre le bal le 18 juillet. Nemanja on l’a découvert au Midem classique en 2005, l’an dernier dans les concerts révélations du Suquet. Cette année, il se présente comme soliste de l’orchestre régional de Cannes PACA dirigé par Philippe Bender. Progression fulgurante s’il en est ! Radulovic est un seigneur du violon. Il est jeune, beau, il joue comme un envoyé céleste. Il n’y a pas de limite à l’expressivité de son interprétation, à son « appropriation » de la partition pour en faire surgir des émotions inconnues. Même si l’œuvre choisie (Mendelssohn- concerto pour violon et orchestre) n’est pas celle qui lui permet le plus de mettre en valeur son génie, il rapproche la musique classique du spectateur, lui restitue une dimension plus charnelle, moderne. Son corps se plie et concentre toute la tension musicale pour la rendre expressive. C’est un spectacle. Sa finesse d’exécution explose en des plages où se déchaînent les tensions qui s’accumulent tant sous ses doigts que dans son corps filiforme.
Un seul regret, il n’aura interprété qu’une œuvre et nous ne l’aurons pas entendu dans son jardin secret, des compositions plus « balkaniques », plus populaires, celles où son talent peut donner libre cours à une liberté de ton sans concessions !
Laurent Korcia, (20 juillet), on en rêvait… et pas seulement à cause de Julie Depardieu ! Un autre archet de génie, une opposition de style absolue. Korcia sur scène est concentration, froideur, immobilité, silence. Son répertoire est savant (Dvorak, Brahms et surtout Bartok) mais la concentration qu’il dégage impose une attention maximum. Il rend explosive la partition sophistiquée, il donne à sentir les nœuds qui structurent la colonne musicale. Une ovation salue sa prestation. Avec lui, la musique savante se découvre et se laisse aborder pour le plaisir primitif des sens.
Fazil Say. (24 juillet). Si le génie était évident chez Radulovic et Korcia, chez Fazil Say, on ne parle plus de maestria, de talent, de puissance… on constate l’extraordinaire dimension d’un extraterrestre, un être venu d’une planète musique que rien ne peut entraver dans sa marche forcée vers les sommets de la déraison. Dans la tourmente venteuse, là où tant de pianistes auraient renoncé, il s’attelle au clavier et sous ses doigts, naissent les orages, la foudre et l’éclair. Il ne respecte rien car il n’y a pas de frontières pour cet esprit iconoclaste, il va où l’inspire son voyage intérieur, là où personne ne peut l’accompagner. Il est seul. Il est sans attache. Il est libre Fazil ! Quelle que soit l’œuvre, c’est du Fazil Say qui jaillit comme une tornade qu’il dompte, qu’il accompagne d’une sensibilité si personnelle qu’il s’approprie chaque note pour la restituer à une assistance médusée. L’homme est curieux, un brin autiste, laid, mais sa réserve est humaine, comme si, de côtoyer les Dieux en permanence l’autorisait à s’émanciper de toute contingence. Nous sommes tolérés dans cet univers si personnel parce que rien ne peut gêner ce géant hors normes.
Ce concert est sans doute un des événements majeurs de ma vie de programmateur. Je suis persuadé d’avoir rencontré, en ce 24 juillet, l’un des monstres sacrés qui font que mon métier reste une énigme pour moi. Si je ne suis toujours pas blasé après tant de soirées spectacles, c’est parce que, au fond de moi, je continue d’espérer croiser encore des esprits si brillants, si étincelants, si beaux que la vie nous semble encore meilleure et mérite d’être vécue. Merci Fazil Say, merci de nous montrer que l’art est toujours un domaine réservé à des dieux vivants, cela nous rend plus humain !
Camille (30 juillet). Une reine de la variété dans le domaine du classique. Exercice de haute voltige non sans risques. Certains attendaient goguenards son intrusion des feux d’une rampe bardée de sunlights au climat intimiste du Suquet et d’un public averti, d’autres, (son public) l’accueillant avec dévotion. Pari réussi. Plus que réussi. Une OVNI a débarqué. Entourée de la belle Julia Sarr, de Indi Kaur, de Seb Martel et avec Majiker à la direction musicale, ils interprètent une œuvre étrange de Benjamin Britten, écrite pendant la guerre sur un bateau cerné par des sous-marins allemands, « A Ceremony of Carols ». Une composition pour chœurs adaptée par Camille où chaque soliste va remplacer un canon. Lancinantes, entrecoupées de silences, les trois voix s’appuient sur une guitare discrète, étirant des voix d’ange en une véritable cérémonie secrète. Après une pause, Camille revient, seule. Avec sa voix et des percussions sur son corps (Ah, son corps !), couchée sur la scène, debout dos tourné vers le mur de pierres en fond de scène, se déhanchant elle se balade de pays en pays en restituant des prières gutturales. C’est étrange et iconoclaste. Elle est si fragile, elle se dévoile, déchire les convenances et se retrouve sur le fil d’un rasoir en train de jongler avec la raison. Une ovation salue sa prestation, des acclamations sincères d’un public qui pour être surpris, n’en a pas moins suivi Camille dans sa célébrations d’un dieu du son, d’un divin que les voix accompagnent au cœur des hommes.
Si on rajoute à ces concerts, un pianiste Chinois (Xu Zhong) avec plein de notes brillantes sous ses doigts, l’orchestre de chambre du Kremlin-Moscou avec un autre soliste d’exception, (Mikhail Ovrutsky), des concerts révélations avec une sublime soprano, (Yu Ree Jang), et un pianiste génial, (Kotaro Fukuma) on a donc assité à une 32ème édition des Nuits Musicales du Suquet complètement « Rock », ou « Bas Rock » si vous préférez. Des artistes géniaux, des œuvres incroyables, un public sérieusement rajeuni…c’était à nous donner l’envie de reprendre gout à ce festival. Quand la musique classique est si parfaitement expressive, on se souvient qu’avant d’être classique, cette musique fut moderne, que ses auteurs furent à leur époque, des créateurs contemporains engagés dans le monde réel. Par la grâce de quelques solistes, on s’en est souvenu, sur cette colline du Suquet où tout fut possible en l’été 2007, même d’aimer la musique classique !
 
Le festival de Jazz de Nice.
Peut-être est-ce la dernière édition dirigée par Viviane Sicnasi, l’étrange et lunaire programmatrice du festival. Grâce à elle, on a pu découvrir depuis des années, énormément d’artistes émergeants, de pépites attirées par les conditions surréalistes de ce festival. Coincé entre deux oliviers et deux stands, on ne peut ni voir ni écouter, cela sent la socca et la frite, on passe plus de temps à boire et à parler… mais qu’on est bien dans ce festival, lieu de rencontres et de découvertes, moment de l’année où l’on vient se détendre et sentir l’air du temps... par bribes !
Le 19 juillet.
No Jazz, que j’aurai l’honneur d’accueillir avec Abd Al Malik en mars 2008 « fait » la scène Matisse. Ils mettent le feu et déchaîne la foule qui grossit au fur et à mesure que leur set se déroule. C’est hybride, entre le jazz, le rock, le latino. Cela fait bouger et danser… Marcus Miller égal à lui-même et à son feutre noir fait tonner la basse et ses musiciens se lâchent autour de lui, improvisant un cordon sanitaire autour de cet instrument sorti de l’ombre pour reluire sous les projos. Les morceaux font vibrer en harmonie la basse et le cœur des braves. L’air semble s’emplir de vagues qui se mêlent en un étrange tempo sourd. Il déchaîne les passions en électrisant cette rythmique tribale.
Sly and the family stone : une légende exhumée du passé. Le groupe nerveux s’emballe et de temps en temps, (très rarement), Sly surgit derrière sa casquette à large visière. Il pianote trois notes et pousse deux tons de sa voix inexistante, définitivement envolée. Puis il disparaît en coulisses et l’orchestre peut enfin se lâcher et emballer quelques bons vieux refrains de la « famille pierre ». Cela sent l’arnaque mais la magie opère malgré tout, comme si le temps ne pouvait effacer cette mémoire du son à fleur de peau qui a bercé notre jeunesse !
23 juillet.
Raul Paz s’épuise en plein jour, sur une scène disproportionnée et rate son concert. Ce n’est pas le cas de Dee Dee Bridgewater et de son projet africain. Retour aux sources pour la diva du jazz. De longs mois à le recherche de son passé, des musiciens black généreux (Kabiné Kouyaté, Fatou Diawara), et la fusion afro-jazz peut alors s’imposer comme un langage naturel, comme si tous les chemins parcourus, des racines noires au jazz blanc, étaient condamnés à déboucher à Nice, un soir d’été 2007, sur ce concert d’anthologie. D’improvisions de la voix à la rythmique africaine, des percussions au balafon, des danseuses au soliste black, Dee Dee réussit l’incroyable gageure de fusionner les deux parties de son être, son Afrique et son Amérique avec la grâce et le naturel qui autorisent toutes les audaces. Elle a des mots justes pour dénoncer les maux d’un mal de vivre et parle avec simplicité de son unité retrouvée ! C’est cela une vraie diva !
The Roots enchaînent avec leur rap nerveux, leur tuba géant, la guitare saturée pendant que la voix déroule sa mécanique de perforation, imposant un débit sans faille ni trou d’air. C’est du grand Roots, sans fioritures, de l’énergie pure et dure. Et comme si cela ne suffisait pas pour une soirée d’anthologie, Toumani Diabatté et son système concluent aux arênes. La Kora trône impériale au milieu de la scène. Une dizaine de musiciens, représentant tous les pays de l’Afrique Noire, l’entourent et vont chacun à tour de rôle rivaliser avec le Maître… note à note, phrase à phrase, chacun avec son instrument (percussions, guitare, balafon…). C’est géant, cela parle du royaume Mandingue et d’une histoire chargée de grandeur, cela sent la fraternité et débouche sur un « band » de folie où le son règne en maître. Et comme si cela ne suffisait pas, la Diva débarque avec ses musiciens et la nuit va s’étirer à l’infini. Pour finir, Dee Dee et Toumani vont, voix et Kora en osmose, lancer des ponts vers une harmonie universelle. Grandeur. Sublime beauté. Les racines de la musique s’ancrent dans la générosité et le talent de ses interprètes.
25 juillet.
Manu Dibango dans son jazz pur et dur, (il a dû trop lire l’intitulé du festival) déroule un ruban de notes aseptisées et ennuyeuses à mourir. Exit Manu, fais-nous du Yéké Yéké ! Oxmo Puccino et the Jazz Bastards. Il paraît que c’est excellent ! Bof ! Je veux bien mais cela ne me convainc que modérément. Reste la sulfureuse Lauryn Hill. Plus d’une heure de retard, apparemment bien partie dans un monde intérieur, elle entre enfin devant une foule irritée qui mugit et se lance derechef dans un show au fil du rasoir. Forcément sublime quand elle accroche le « truc », à la limite du sordide quand elle désarçonne son orchestre en improvisant des variations pas toujours heureuses. La musique peut, par moment, devenir tsunami, emporter tout sur son passage et imposer un black-out au grondement du public médusé, à d’autres, sa voix maigrelette et ses approximations donnent le vertige, introduisent un sentiment d’irréalité, de fragilité. Lauryn Hill est une bombe pas toujours amorcée, on ne sait jamais si elle va exploser ou imploser. Tragiquement sublimissime, un de ces concerts dont on se souvient parce qu’il évolue en déséquilibre constant, dans un flou permanent, entre le diable et le bon dieu. C’est sur cette note, après plusieurs tentatives pour la faire sortir de scène que le festival s’achève, (vers 2 h du matin, alors que l’autorisation n’est que jusqu’à 0h30), bien à l’image d’une fête de la musique qui a pu réunir le meilleur et le pire, le grand et le petit, le sublime et le contesté.
L’an prochain est une autre vie dans un autre monde. On parle d’un gros requin parisien pour remplacer Viviane Sicnasi, un de plus, comme si les villes de province désiraient se coucher dans le lit des putains de Paris, là où cela sent si fort la magouille et le pognon. On verra bien qui tirera le gros lot !
Un festival qui assure dans la continuité, avec des petits prix, un cadre original, des artistes du monde, c’est bien Les Nuits du Sud, à Vence. Chaque édition est composée et présentée par Teo Saavedra, un Chilien aux chemises écarlates qui aime les musiques du monde. Chaque artiste qu’il présente est chez lui dans ce jardin d’Eden. 5000 personnes s’étaient donné rendez-vous pour le concert de Touré Kounda et de Rokia Traore. Touré Kounda fait hélas partie du passé. Voix approximatives, univers musical dépassé et brouillon, les légendes n’ont pas toujours l’éternité devant elle. Surtout quand le groupe est précédé par une liane d’une beauté à couper le souffle, d’une chanteuse au timbre velouté, avec des musiciens qui imposent une musique tribale sur un discours humaniste et moderne. Rokia est un spectacle à elle toute seule. Elle chaloupe sur scène, se fait intimiste pour dénoncer la corruption, volontaire pour chanter l’espoir, entraîne le public dans une savane qui chante l’origine du monde. Elle est musique et la foule sous le charme lui réserve une ovation formidable. L’Afrique, c’est aussi les femmes qui chantent pour des lendemains enchanteurs. Rokia, je t’aime !

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Des corses (encore) et des blacks (toujours) !

Publié le par Bernard Oheix

Quelques pérégrinations dans les manifestations alentour et déjà le souffle d'un été brûlant (désolé pour le reste de la France !). C'est la montée en puissance d'une période où les programmes naissent comme des petits pains, où la culture s'enfourne en grandes brassées, où l'on ne sait plus comment gérer un agenda pléthorique ! C'est la dure loi d'un programmateur de choc, avis aux âmes sensibles ! 
 
 
21 juin, Fête de la Musique. Parvis du Palais des festivals.
Joséphine. C’est la voix féminine des Muvrini, une hispanisante installée à la croisée des cultures, entre la polyphonie, la chanson et le Flamenco. Elle a le redoutable privilège d’ouvrir les festivités d’un été qui s’annonce chaud… devant un public fuyant, immaîtrisable, 50 personnes qui se battent en duel, un alcoolique accroché à sa bouteille et la nuit qui tarde à tomber. Bon, elle se lance avec courage, son bassiste insulaire débonnaire la regarde tenter de rameuter le public avec son « caron ». Et puis, sa voix monte, la musique s’impose, les chansons s’enchaînent, elle rayonne de plaisir. Elle a une belle personnalité, une vraie voix et rallie les indécis qui commencent à se regrouper autour de la scène. Elle obtient enfin son succès avec la nuit qui tombe, au moment de sortir du cône de lumière pour laisser la place au groupe vedette ! On la reverra sur Cannes, dans de meilleures conditions, elle le mérite !
Enzo Avitabile e i Bottari.
Napolitain, s’appuyant sur la tradition des « bottari », ces percussionnistes qui tapent sur des futs de bois ((tonneaux de vins) à coups redoublés. Je les avais découverts il y a quelques années, aux Docks du Sud, à Marseille. Un choc, depuis je rêvais de les programmer mais les aléas des calendriers… C’est donc chose faite, et bien faite ! Ceux qui ont assisté à ce concert ne sont pas prêts de l’oublier. Sur une base rythmique impulsée par les « bottari », Enzo développe une musique toute en énergie, ébouriffe les « tarentelles », décape les chants napolitains et assure un show de toute beauté. La foule est conquise depuis longtemps, elle oscille, tangue et suit les musiciens, une section cuivres et cordes qui brode des mélodies énergiques. La voix de Enzo Avitabile est particulière, une voix de basse qui sonne en écho des « bottari » et le spectacle est aussi visuel, dans les costumes, dans les attitudes d’un groupe soudé qui communie avec l’assistance. Un grand concert pour cette fête de la musique dont on se souviendra longtemps !
 
Robin Renucci affiche sa «corsitude» avec constance et humilité. Il œuvre dans son village d’Olmi-Cappella au développement d’une pratique du théâtre qui se situe hors des sentiers rebattus des stages agréés par Jeunesse et Sports. Sur les places des villages, dans des sites aux décors naturels confondants, des textes classiques résonnent et éperonnent le bon sens, portés par des stagiaires qui viennent de la France entière afin de parfaire leur métier et les conditions de la transmission d’un savoir !
Il est le premier ambassadeur de son film « sempre vivu » et anime le débat dans cet esprit des lumières d’un après 68 où la parole était reine. Il joue juste de sa participation, dénonce les tares d’un système aveugle, renvoie à une pratique libérée du corset des conventions, parle d’éducation populaire sans que cela fasse vieux, bien au contraire !
Un vrai bain de jouvence, merci monsieur Renucci ! Reste le film. Autoproduit, réalisé par une équipe corse sous la direction de Robin Renucci, s’inspirant d’un stage d’écriture pour le scénario, puisant dans le vivier de comédiens locaux pour cette farce douce-amère, (on reconnaît mes potes Cimino et Berlinghi), la signature des montagnes sauvages comme cadre de cet attachement à une terre aimée. Le maire d’un village improbable attend de pied ferme le ministre de la culture afin de signer la charte de création d’un théâtre perdu dans les montagnes Corse et meurt d’une crise cardiaque juste avant que l'hélicoptère ne se pose ! C’est la réalité (la première pierre devait être posée le lendemain du débat !), c’est une fiction, une farce qui décrypte la société Corse avec de gros sabots et une tendresse évidente. Le meilleur côtoie l’a peu près, mais la caméra est toujours si proche de l’émotion que l’on a le désir d’adhérer simplement, sans se poser de problèmes. Le fait que le Maire ressuscite, que le chœur des villageoises comparent les mérites d’Antigone ou d’un auteur contemporain, que les deux fils (le nationaliste et le flic) se déchirent pour se retrouver… tout cela n’est que comédie, art de dire son amour pour les gens et sa terre. Merci monsieur Renucci et bientôt à Cannes pour une pièce de théâtre de Florian Zeller (Si tu mourais, le dimanche 17 février 2008. Salle Debussy, dans le cadre de "sortir à Cannes")
 
Roman de gare.
Oui, j’avoue ! Moi qui déteste Lelouch, qui ne supporte plus son cinéma depuis des lustres, j’ai aimé sincèrement son dernier film. Une variation plutôt dépouillée sur le thème du véritable auteur d’une œuvre (les fameux nègres), un Pinon génial, une façon de filmer chaude, une belle histoire où s’imbriquent les thèmes de la création et de la reconnaissance, de l’amour et du désir, du suspense et de l’incertitude. Même si parfois il continue d’en faire un peu trop (les conditions de vie dans la montagne de la famille d’Elle, le dénouement policier !), on passe un vrai bon moment de cinéma. Finalement, Claude Lelouch n’est pas mort…tant mieux !
 
6 et 7 juillet
Les Jardins du Paradis. MJC Picaud.
Traditionnelle clôture de la saison pour la MJC Picaud qui ose cette année une programmation ambitieuse de qualité. Sur le thème des 1001 Afrique, Anne-Marie Bourrouil et son animatrice ont composé deux soirées magnifiques. Le cadre est enchanteur, des jardins ombragés, des stands d’associations engagées dans la lutte contre l’exclusion. Cela fleure la France ouverte, tolérante et généreuse. On peut manger un Yassa ou un Tadjin, boire du punch au gingembre et boire le thé sous la tente accueillante de l’inénarrable et passionnée Laïla. Notre ami Basile anime les intermèdes et avec son talent naturel, dit un mot pour chacun, présente les associations et introduit les groupes qui vont se succéder.
6 juillet.
Tarik. Un personnage attachant que j’ai déjà programmé deux fois. Il revient avec un groupe nouveau, une inspiration renouvelée et quelques surprises (une reprise ébouriffante d’Edith piaf !). Belle mise en bouche d’un raï décomplexé, se confrontant aux rythmes d’une musique plus ouverte et nourrie d’influences occidentales. Son groupe déroule un set propre... même si l’ambiance à quelques difficultés à monter, le public tardant à arriver et se montrant plutôt timoré.
Desert rebelle. Des touaregs à la guitare mordante entouré de Guizmo de Tryo, du bassiste de Manu Chao. Cela donne un concert hybride, un blues parfois lyrique, parfois brouillon, entre une authenticité et une modernité pas toujours maîtrisée !  Le passage de la kalachnikov aux riffs endiablés ne s’effectue pas toujours dans l’harmonie mais il y a quelque chose d’émouvant et d’authentique à voir ces musiciens exilés vendre une cause ignorée, une véritable guerre contre les touaregs et leur mode de vie ancestral dans l’indifférence du monde. Il nous rappelle que la musique est aussi un combat pour exister, et ne serait-ce que pour cela, il nous donne des sons venus d’ailleurs ouvrant sur l’inconnu.
Gnawa Diffusion. Collectif de fusion, entre plusieurs influences musicales, dernière tournée du groupe avant dissolution, les Gnawa Diffusion ont une énergie absolue, une capacité de tirer le spectateur vers la vibration, un reste de ces gnawas qui offre la transe en offrande. Le leader à une voix magnifique et orchestre autour de lui un groupe soudé qui fait reculer les limites de la musique. Cérémonie secrète, ode à une pulsation, les musiciens se laissent aller au fil du concert jusqu’à un final de tempête, une vraie orgie de sons. La cause est entendue. Les Gnawa Diffusion sont vraiment un grand groupe de fusion qui a marqué les musiques de métissage. Une place est à prendre apparemment !
7 juillet
Fanga. Afro-beat nerveux, un tantinet usant, même si les musicos se donnent avec chaleur. Au bout d’une demi-heure, les sons semblent s’accumuler et donnent le tournis. Bon, on aime ou pas… moi, vous avez compris !
Ismaël Lo. Le seigneur est de retour. Pas de distance pour moi, je plonge et j’en redemande même si la sono mais longtemps à accepter sa voix. Les réglages effectués, on le retrouve comme on l’avait laissé, génial, humaniste, doux et musicalement au top. Son dernier disque, « Sénégal » est un bijou, il le prouve même si Le Jammu Africa fait chavirer la foule enfin au rendez-vous. On ne l’appelle pas le Dylan Africain pour rien. Il nous balade dans ces rythmes africains doux amers, dans le Mbanga lascif, joue de son charme et de cette fascination qu’il génère parce qu’il est généreux ! Voilà, la messe est dite une nouvelle fois, elle sent le parfum d’une Afrique si belle et sereine, si forte dans sa beauté…
Xalima. Badou avait une tâche qui semblait impossible. Clôturer après Ismaël, un challenge et pas des moindres pour lui qui avait ouvert l’an dernier avant Omar Pene. De concert en concert, le groupe et son leader prennent une aisance et une assurance qui leur permet de se laisser aller, de fusionner avec le public. C’est le cas encore, dans ce set tout en brio. Badou dompte la scène, impose une voix chaude et des rythmes nerveux bien utiles pour éviter toute comparaison avec son prédécesseur. Il a reçu l’appui de certains musiciens qui se fondent dans le collectif. Ses compositions font mouches, le public le suit dans son univers et danse enfin sans retenue. Magnifique Xalima, un groupe qui fait mouche et devrait voir s’ouvrir grandes les portes du succès.
 
Il est temps de partir. Les organisateurs sont quelques peu dépités. Entre la réussite réelle de leur projet artistique et les comptes à venir, il y a un maigre filet sans protection. Pour quelques 300 personnes absentes, ils vont devoir assumer un déficit douloureux pour eux qui ont si peu de moyens ! Ils vont aussi se trouver confrontés à cette question que tout organisateur se pose immanquablement : pourquoi est-ce si difficile de faire bouger le public, l’attirer devant un tel plateau artistique, dans un cadre magique pour un prix modique d’entrée de 18€  ? Il y a quelque chose d’injuste, d’immoral de penser que tant d’efforts butent sur les mêmes écueils de l’indifférence et du renoncement. Tant pis, on se consolera en disant que les absents avaient vraiment torts…
 
10 juillet.
Youssou N’Dour. Une petite Palestre, (il est dur de programmer actuellement !), mais un public de blackettes superbes, toutes avec leurs habits de fête et des sourires pleins les yeux, les corps qui chaloupent, les visages enjoués, un vrai public de fans, où 50% de blancs se sentent heureux et acceptés, comme si la musique pouvait gommer les différences, donner de l’amour à ceux qui en sont trop souvent privés. Fierté de nos frères blacks, beauté et générosité d’un show énergique, avec des musiciens géniaux (3 percussions, 3 claviers, un danseur une choriste, basse, deux guitare et une voix…et quelle voix, inimitable, chargée de soleil, puissante, envoûtante. C’est cela un concert de Youssou N’Dour, une messe païenne pour faire parler les tripes, un tumulte intérieur qui trouve sa grâce dans les sons d’une Afrique fière d’elle-même. Comme le déclare Youssou dans une intervention, « -quand on parle de l’Afrique, on parle du Sida, de la guerre et de la pauvreté… Je veux chanter une autre Afrique, la new-Africa ». S’ensuit un duo voix/clavier où la voix lutte contre les nappes sonores qui envahissent la salle, passe par dessus l’instrument et s’impose dans une complainte déchirante. Vous avez saisi, j’aime l’Afrique et l’Afrique me le rend bien !
 
Fin de soirée agitée. Je vais saluer, avec mon pote Pape S, Youssou qui a des mots gentils pour moi, se souvient avec précision de son concert dans le Palais des Festivals d’il y a deux ans et m’honore d’un vrai sourire d’amitié. Badou traîne dans le coin, Mystic Man, le reggae man que j’accueille le 7 août, se promène dans les couloirs au milieu d’une foule de jeunes filles qui a totalement débordé une sécurité débonnaire. Tout se passe dans la plus extrême des gentillesses et la bonne humeur résonne dans les couloirs et loges de La Palestre. Puis, bien plus tard, dans le bureau d’Andrée P…, la programmatrice de la Palestre, avec Pascale K…, Viviane S…, Evelyne P…et d’autres amies de ce milieu si particulier de la programmation, on boit une coupe, puis deux, on refait le monde, échange de ces souvenirs qui parsèment un parcours de rencontres, de ses ombres de personnages de légende qui nous accompagnent la nuit, quand la rumeur se tait et que nous restons avec nos rêves en bandoulière, redevenus humains parmi les humains. Les lumières de la scène s’éteignent, il est temps de plonger dans la réalité.
 
Voilà, ce soir je vais à Monaco assister au concert de Muse, les jours passent, la magie demeure !

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Le clap de la Faim (!)

Publié le par Bernard Oheix

 
 
Il fallait bien que je vous laisse des traces de ce 60ème Festival International du Film. Alors, pour vous, en exclusivité, voici quelques impressions d’après cérémonie de clôture, quand les verres sont vides, que les équipes débarrassent les reliefs de la grande bouffe du 7ème Art et que Cannes redevient Cannes, petite ville accrochée aux rives de la Méditerranée, courant après son prestige d'un Festival hors norme !
Au fond, pour un 60ème annoncé grandiose, le Festival ne fut qu'un bon et honnête Festival... la faute aux films où beaucoup séduisirent mais peu enthousiasmèrent !
En ce qui concerne le palmarès, on peut noter l’erreur de casting de l’interprétation masculine, (le Russe de Bannissement) alors que Jude Law ou Amalric auraient été parfaits dans ce rôle de vainqueur. Je n’ai pas vu les deux films asiatiques qui paraît-il, étaient très bons ! Par contre le Roumain en Palme suprême, même si j’ai aimé le film, me semble un peu « too much ». Un prix du jury aurait été parfait. Le prix du 60ème anniversaire aurait collé comme un gant à Wong Kar Waï par sa double culture et son aspect romantique (Ah ! Nora Jones !). Reste les Cohen et le Tarantino, mes deux coups de cœur ! Etrange d’avoir sauvé le Gus Van Sant, le moins abouti des trois, celui qui finalement est calqué sur le style et la méthode d’Elephant en légérement moins bien. Alors j’ose vous donner mon palmarès à moi !
Palme d’or : Tarantino
Pris du 60ème : Wong Kar Way
Pris de la mise en scène : les frères Cohen.
Prix spécial du jury : le Roumain et Persépolis
Interprétation féminine : la japonaise
Interprétation masculine : Amalric
Et après tout, c’est mon choix et les goûts et les couleurs ne se discutent pas, na !
 
Il restera à titre personnel, que je n’aurai vu que 30 films, petite cuvée pour un cinéphile tel que je le suis et qu’il m’en manque une dizaine pour être totalement satisfait. Cela s’explique par des fêtes incessantes dans mon jardin dues à un afflux intempestif de festivaliers squattant mes murs (mais quel pied !!!), à ma santé qui n’est pas au top, et à quelques charges occasionnées par mon travail et au défi que je me suis lancé de mettre en ligne à chaud toutes les critiques des films visionnés... qui m’ont phagocyté de longues heures.
Une autre de mes missions consista  en la récolte de sésames pour la montée des marches pour mes multiples affidés. De ce point de vue, grâce à ma copine Ginou, la moisson fut particulièrement riche. Une véritable corne d'abondance qui permit de nombreuses « premières fois », vous savez, cette étrange sensation d’être au centre du monde quand on foule le tapis rouge sous le mitraillage des caméras, devant des gardes enturbannés, escaladant les 24 marches entre deux stars, dans les « flons-flons » d’une sono qui cascadent des escaliers… Il y en eut plusieurs, de Malou à Marie-Louise, de Cynthia à Thomas, sa copine Cubaine... et  tant d’autres, qui, affectant les poses les plus blasées, n’en ont pas moins vécu ce moment de grâce avec le cœur battant la chamade.
 Thank you mister Polanski
Sinon quelques images. La répétition de la cérémonie du 60ème où je viens glaner « quelques mains », avec une vingtaine de cinéastes à faire pâlir n’importe quel être normalement constitué. La gentillesse de Roman Polanski à qui je déclare que c’est un Dieu vivant et qui sourit en me dédicaçant mon carton, la douceur de Michel Piccoli qui imprime ses mains dans la glaise pour une prise d’empreintes chargée d’émotion.
 
Quelques OVNIS qui marqueront l’histoire de cette édition : le « gore » De l’intérieur et ses morts inutiles terrorisant le public à minuit pour la clôture du théâtre La Licorne, (enfin un grand rôle pour Béatrice Dalle), le baiser à la myrtille de Jude Law et Norah Jones (décidément, j’ai une certaine difficulté à m’en détacher !), le tueur psychopathe des frères Cohen, les poursuites du Tarantino, le cadavre du fœtus chez le Roumain…
Au rayon du ridicule l’effervescence autour de Brad, Matt et Georges contrastant avec la médiocrité de leur production d’Océan 13, le jeu académique et stéréotypé du film Bannissement, les queues interminables d’un Cannes asphyxié, l’impression de déjà vu et d’éternel recommencement… comme chaque année, les discussions volées où chacun s’érige en censeur du bon goût et de l’art de filmer… etc, etc.
 
Et nec plus ultra, quelques gouttes d’un Château Margaux 1981 qui célébrèrent les noces de l’amitié, des rêves et de la nostalgie dans mon jardin, par une soirée de printemps où le monde nous appartenait !
Et pour finir, Monsieur Pomuk, Prix Nobel de Littérature qui m'a transvasé (je l'espère !) un peu de son talent en me signant un autographe.

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Le Festival du Film de Cannes (5)

Publié le par Bernard Oheix



Dernier sprint ! Ouf ! Le ras le bol s’installe, un peu plus tôt que d’habitude, peut-être à cause de la qualité moyenne générale, du manque d’audace et de surprises. Je me suis promis de me rattraper sur le week-end… mais je n’en suis même pas sûr ! Alors, on courbe les épaules, entre deux rendez-vous au bureau, une visite chez lez dentiste et ma recherche de tickets ( un grand merci à Ginou, ma pourvoyeuse officielle !), le temps s’écoule trop vite.

Vendredi 25 mai
17h. Tout est pardonné. (France). Mia Hansen-Love.
Un film à la Française. Ce qui aurait pu être une belle histoire, un père drogué largué par sa femme qui emmène sa fille en Amérique du Sud et qui la retrouve 11 ans après, s’échoue largement sur les écueils de la direction d’acteurs. Le jeu stéréotypé de l’acteur principal empêche toute adhésion. Un film bancal et fagoté. Tant pis !
22h30. Smiley Face (USA) Gregg Araki.
Tous les films américains ne sont pas forcément bons. C’est à se demander comment il a pu être sélectionné ! Une grosse daube, mal tournée, mal interprétée, insipide et sans saveur ! Les émois d’une blondasse à gifler, « stone » en permanence et qui se fait chier en nous emmerdant !
Pour être honnête, je n’ai tenu que 40 minutes !

Samedi 26 mai.
9 h. Cartouches Gauloises. (France) Medhi Charef.
Enfin un coup de cœur ! Les dernières heures d’une Algérie Française vu au prisme de l’amitié d’enfants blancs et arabes. Tout les sépare, sauf justement cette capacité de gommer les frontières et d’oublier les différences et tout en s’interpellant avec les mots durs des parents, de vivre la réalité des sentiments, la construction d’une cabane, les parties de foot où plus rien ne compte. La grande histoire est en train de se dérouler avec ses drames de chaque côté, ses incompréhensions et l’horreur qui guette. Superbement filmé et interprété, avec un réalisme étonnant et une justesse de ton évitant tout manichéisme, ce film devrait être projeté dans toutes les écoles comme un témoignage définitif d’une guerre sans nom et des drames de l’incompréhension mutuelle ! Une bien belle leçon sur un pan de notre histoire trop longtemps remisé dans les non-dits de notre mémoire collective ! Mais avant tout un magnifique film !
17h. La nuit nous appartient. (USA). James Gray.
Robert Duval, Marc Wahlberg, Joaquim Phoenix… Distribution de choc pour un polar efficace. Un excellent scénario basé sur une famille de flics dont un des fils trahit les idéaux et tient une boîte de nuit pour des Russes. Confronté à un trafic de drogue, il va se retrouver au beau milieu d’une guerre de gang et devra choisir son camp entre les policiers et les truands. C’est un film de facture classique, un vrai film de cinéma qui se laisse regarder avec beaucoup de plaisir, où l’action est continue, le suspense à son comble. Ne vous inquiétez pas, vous le verrez prochainement un dimanche soir sur TF1 !

Petite histoire de Festival. Hartmut R, mon pote de l’université, cinéphile germain acharné campe depuis des années chez nous pour la durée du Festival en un rituel d’amitié. Pour ses 60 ans, (le 25 mai) correspondant aux 60 ans du FIF, et pour fêter un évènement littéraire dont je vous parlerai prochainement, j’opte pour allier aux grandes causes les grands effets ! Un château Margaux 1981 pieusement conservé depuis que Christian F. me l’avait offert afin de fêter l’élection de Mitterrand. Imaginez ! Un pinard à près de 1000€ la bouteille, dégusté dans mon jardin par 12 soiffards qui s’écroulent devant la sensualité d’un vin de légende, sa robe son panache… car il s’agit bien de cela, sans snobisme ; un très grand vin nous a permis ce soir-là de communier avec les Dieux, nous sommes devenus des géants par la grâce de quelques gouttes d’un nectar issu de la nuit des temps. La tête de Hartmut ! Le cinéma s’est effacé ce soir là devant le rite d’un partage pendant lequel les bacchanales s’étaient invitées au banquet de l’amitié. Vive le vin ! Et dans la foulée, une dernière séance de projection annoncée « très spéciale » au théâtre de la Licorne.

23h30. A l’intérieur. (France). Julien Maury et Alexandre Bustillo.
Béatrice Dalle en femme démon acharnée à kidnapper l’enfant d’une femme enceinte…en l’extirpant avec des ciseaux du corps de sa mère ! Cela, c’est le peach ! Bon, c’est que le début parce que si la future mère désirait le calme et la solitude en ce jour de réveillon… cela n’a pas été vraiment concluant ! 3 flics, un délinquant, un rédacteur en chef, la mère de la future mère… ils vont tous y passer à coup de ciseaux, de bombes à gaz enflammées, d’aiguilles à tricoter, de revolvers, de tout ce qui est possible d’enfoncer dans un corps humains dans des effets d’un réalisme effrayants, à donner des cauchemars pour toute la nuit (c’est ce qui m’est arrivé !). La maison finit rouge sang. Les réalisateurs s’en donnent à cœur joie en en rajoutant sans arrêt dans un gore de plus en plus hallucinant. La nuit des morts vivants est un enfantillage à côté, Massacre à la tronçonneuse, une aimable plaisanterie ! Des cris fusent dans la salle, des rires nerveux, des gens sortent en hurlant… Grand Guignol, nous voilà ! La gerbe au bord des lèvres, il faut reconnaître le talent des réalisateurs qui ne se sont pas dissimulés derrière le genre mais ont réalisé un vrai film de cinéma, magnifiquement dirigé et sans temps morts… quoique les morts, il n’en manquait pas ce soir-là sur l’écran de nos terreurs.

Dimanche 27 mai. 21h.
Voilà. Clap de fin. C’est l’heure du palmarès. On échafaude toutes les combinaisons possibles mais on sait que toute façon on sera pris à contre-pied. Surprise ! Exit les Cohen et leur tueur sanguinaire, le Wong Kar Waï et son baiser de feu, Tarantino et sa jubilation. La palme d’or va au Roumain dont j’ai dit le plus grand bien… même si cela me semble un peu forcée. Encore une fois, le prix ne va pas réconcilier le grand public avec le cinéma. Sinon mention bien pour le Turco Allemand, pour Persépolis, pour Gus Van Sant… Je n’ai pas vu l’interprétation féminine, mais comment rater Norah Jones ? Pour L’interprétation masculine, je pouffe de rire devant l’acteur du Bannissement. Il me manque aussi un petit prix pour Le souffle de Kim Ki Duk. Allez, c’est comme d’habitude, dans un peu plus d’une semaine, tout cela aura disparu et il ne restera que les traces de quelques mains sur le parvis du Palais pour nous rappeler que le cinéma règne en maître pendant l’espace de quelques jours du moi de Mai. Rendez-vous donc l’an prochain et en attendant sur mon blog pour de nouvelles aventures !

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le Festival Du Film de Cannes (4)

Publié le par Bernard Oheix

 
Cette année… dur, dur de se lever pour la séance de 8h. Le boulot, la thyroïde, l’âge, et les parties rituelles de rami vers 1h du matin y sont, il fait nul doute, pour quelque chose. Le rythme de 3 films en moyenne n’est pas très élevé pour un « cinéphage » comme moi, j’ai fait nettement mieux, ce sera juste une petite année de festival avec un peu plus de 30 films au compteur ! La maison est de nouveau pleine à craquer, c’est la fête, à tous les étages et les repas dans le jardin sont  des moments de bonheur. Mais bon, il faut traverser la rue et se rendre au théâtre de la Licorne, la séance va bientôt commencer !
 
Mercredi 23 mai.
9h La citadelle du désir. (France). Bô Dukham.
Une photo violine troublante, une histoire étrange, entre réalisme et surréalisme, une première œuvre qui se situe à la confluence de l’humour et de la déraison d’un jeune réalisateur. L’histoire est complexe, personnages qui se croisent, couples qui s’élargissent et se transforment en phalanstère de toutes les libertés dont celle, première, d’une sexualité sans tabous. Bataille et Sade sont des références directes mais l’auteur inscrit son projet dans un réalisme comportemental tout à fait surprenant. L’utopie est en marche et c’est dans le sexe qu’elle devrait devenir ce fruit mûr d’une société du désir. Ambitieux et surprenant. A suivre pour sa qualité d’écriture !
11h45. L’homme de Londres. (Hongrie). Bela Tar.
Bon un premier plan de 15 mn, avec de la fumée, un jour grisâtre, des entrecroises de fenêtres, une proue de bateau et les épaules d’un homme qui a une certaine propension à fuir l’objectif de la caméra …donnent le ton de ce qui nous attend ! Le pire est à venir. Même Bastia est méconnaissable, ce sont les Corses qui vont être contents ! Ce ne sont que silences, plans fixes, travellings interminables, plans-séquences sinueux, esthétisme insupportable de celui qui nous inflige un pensum poético-absurde sur le mal être de la vie. Mais où est Simenon, où est le cinéma ? A fuir sauf si on veut dormir !
19h. A mighty Heart. (USA) Michael Wintterbottom.
L’histoire de Danny Pearl ne peut que nous toucher. C’est la vision extérieure de son enlèvement, celle que sa femme interprétée par Angelina Jolie a vécue, qui est scénarisée. Elle n’est pas forcément très convaincante dans son rôle de bouddhiste mais bon, on s’en fout ! On suit l’enquête entre les services secrets pakistanais, américains, les terroristes, les journalistes, etc. La plongée dans la vie grouillante d’une multitude d’individus anonymes d’un Karachi au bord de l’implosion est une épreuve à donner envie de fuir et de se retrouver dans un havre de paix, au sommet d’une colline verdoyante de notre Savoie si sereine ! Bof ! Bof ! C’est vraiment triste pour Danny Pearl, il avait l’air d’être quelqu’un de bien !
 
Jeudi 24 mai.
11h30. Océan’s 13. (USA). Steven Soderberg
Où comment réunir des vedettes à faire hurler les midinettes du monde entier, des moyens colossaux pour tourner dans un Las Vegas d’opérette, structurer une industrie totalement au service de ce film, prendre un réalisateur au-dessus de tous soupçons… et se vautrer lamentablement, faire une grosse daube, une merde innommable, pire que le pire de ce que vous pouvez imaginer ! Le scénario est débile et invraisemblable, un tissu de trucs à deux sous pour cacher le vide sidérant du projet… Pire, sa seule justification, faire du pognon et de l’image en réunissant des stars pour ne rien dire. J’arrête d’en parler, je commence à avoir les boules et je vais dire des bêtises sur l’industrie du cinéma d’Hollywood !
 
Petit commentaire sur les à-côtés du Festival. Si le film est nul, imaginez mon beau bureau, surplombant la mer et les escaliers qui descendent du photo-call. Des centaines de photographes et de festivaliers nous assiègent. Le bruit monte. Soudain, une poignée d’acteurs descendent sous notre nez, à les toucher ! Nous sommes les premiers témoins, les privilégiés qui campent sur le chemin de Brad P… Georges C… Matt D… et tous les autres. Nous prenons des photos à un mètre sous l’œil jaloux des hordes de fans. Nous tendrions le bras que nous les toucherions… mais les gardes du corps sont là et c’est sans doute la seule chose à ne pas faire ! Nous assistons stoïques à leur passage Enfin, nous avons côtoyé les dieux vivants du 7ème Art ! C’est nous, c’est moi, c’est cela notre festival ! Les filles de mon équipe ne s’en sont pas encore remises et j’ai une stagiaire Cynthia qui a eu une syncope devant Clooney pendant que Sophie se pâmait devant le beau Brad ! Elle me regarde différemment depuis, j’ai dû perdre une partie de mon charme dans cette confrontation sauvage avec les monstres sacrés d’Hollywood ! Tant pis pour elles, c’est moi qui reste !
 
19h Persépolis (France) Majane Satrapi, et Vincent Paronnaud.
La vie de Marjane de la fin du Shah à la guerre contre l’Irak, de ses études à son exil. Je ne suis pas un fan des films d’animation, mais là ! Une belle histoire émouvante qui nous touche, un vrai destin hors du commun magnifiquement filmé avec des effets de pur cinéma, des fondus au noir, des images qui marquent, un ton sépia et des touches de couleurs qui illuminent des voix (Catherine Deneuve, Danièle Darrieux…) envoûtantes. Un vrai plaisir qui ennoblit le charme de la BD et lui offre une dynamique et une mise en mouvement jubilatoire. Peut-être grâce à ce mouvement, mais encore plus que dans la BD, l’intensité de cette vie, de ce destin hors du commun, fait ressortir un parler savoureux, des notes justes, des personnages attachants. On aime la grand-mère de Marjane, on adore ses parents, comme si sous la botte des dictateurs, l’herbe de la contestation ne pouvait s’empêcher de croître ! Une autre image de l’Iran, celle d’un vrai peuple qui tente de survivre !
21h.De l’autre côté. (Turquie/Allemagne) Fatih Akin.
Deux corps dans des cercueils effectuent un voyage inversé. Une prostituée de Hambourg pour être enterrée en Turquie, une jeune Allemande assassinée à Istanbul pour un dernier voyage chez les siens. Entre temps, une histoire très sophistiquée mêlant des Allemands et des Turcs dans un chassé-croisé permanent va évoluer sur le fil du rasoir, mixant les destinées et les impasses tissant des liens dont certains resteront cachés, d’autres se dévoilant par la force d’un destin ironique. Le meilleur (les relations de famille entre père/fils et mère/fille) le moins convaincant (l’histoire d’amour entre les deux filles et la mission confiée par la terroriste) mais toujours une caméra qui maîtrise l’espace, qui met en valeur les lieux (beauté d’Istanbul !!), qui nous entraîne dans un mouvement fluide à travers les méandres d’une histoire aux ramifications incessantes.
Il y a dans ce film, cette technique moderne illustrée par Gus Van Sant, Alessandro-Gonzales Inarritu et tant d’autres, cette tentative de déconstruire le scénario et d’en offrir des facettes filmées par bouts et sous des angles différents. De ce point de vue c’est une belle réussite formelle !

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le Festival Du Film de Cannes (3)

Publié le par Bernard Oheix

Petit coup de calcaire en ce mercredi 23 mai. Déjà 20 films au compteur, des milliers d’images, des discussions infinies et une certaine lassitude physique malgré une passion intacte ! On attaque désormais le dernier sprint, une ligne droite qui nous mène vers la fin du Festival et son palmarès tant attendu. On jouera au petit jeu de la Palme d’Or… mais rassurez-vous, comme tous les autres et comme chaque année, moi aussi, je perdrai au jeu de « qui a gagné quoi ! La maison se « reremplit » d’une 2ème vague de cinéphiles composée d’enfants parisiens, de compagne germaine et de quelques Corses de complément. Le canapé du salon va encore chauffer ! Sans transition, votre livraison de critiques.
 
Lundi 21 mai
17h. la visite de la fanfare. (France) Eran Kolirin
Au départ, une fanfare égyptienne s’étant trompée d’itinéraire, est bloquée dans un village israélien …la confrontation est tendue entre ces deux communautés que séparent depuis des années une guerre larvée. La responsable d’un restaurant dans lequel ils viennent chercher de l’aide va débloquer la situation… Mais moi, je bloque la mienne. Mon portable vibre après 30mn de film, je dois partir, devant me rendre au Palais afin de récupérer des invitations pour des amis qui me les ont demandées. Je chevauche mon 650 bandit, je file tel un funambule dans un Cannes bruissant, récupère les deux cartons bleus pour la sélection officielle et m’en retourne en ouvrant les gaz dans l’intention de visionner les dernières 30mn. Les choses se sont arrangées. La belle tenancière va connaître une brève et belle histoire d’amour avec l’Egyptien qui a fait des études aux Etats-Unis et joue du Chet Baker à la trompette. Au matin, la fanfare interprétera un air arabe devant un public qui a été bercé de cette musique dans son enfance ! Entre-temps, 30mn hilarantes que j’ai ratées et que mes amis me content avec perversité. L’humour n’est pas la monnaie la plus répandue du Festival et je viens de manquer un authentique bijou de non-sens et de décalage. Je n’ai finalement eu que les tensions du début et l’émotion de la fin. Un beau film sur le rapprochement des peuples, cela fait nul doute !
19h.Tehilim (psaumes) Raphael Nadjeri. Coproduction Israel/Angleterre..
Une famille à Jérusalem. Le père, l’épouse, l’adolescent et le petit dernier. Une famille religieuse qui étudie les psaumes et envisage d’inviter l’oncle Aaron au prochain shabbat. Le père accompagne les enfants à l’école et par un curieux concours de circonstances, dans une scène étrange, a un accident. Pendant que le fils va chercher des secours, il disparaît. La police échafaude toutes les hypothèses… terrorisme, fuite, blessure, mort, changement d’identité. Pendant ce temps, la famille tente de survivre, noyée dans les problèmes administratifs, les comptes bloqués, la belle-famille (ultrareligieuse) qui veut transformer sa maison en lieu de prières pour le faire revenir, la mère de Tel-Aviv qui la pousse à affronter l’avenir. Les enfants vont alors imaginer un stratagème afin de le faire revenir par la prière collective… Rarement un film nous aura permis de comprendre combien la notion de vide peut se remplir d’une présence en creux. Des mots que l’on comprend intellectuellement mais qui, d’un seul coup, par la force de cette absence angoissante deviennent tangibles. L’intelligence du film est de maintenir ce mystère, comme si certains actes ne pouvaient trouver de sens, comme si le symbole du manque de cette figure qui s’évanouit sans explication dans la nuit éclairait d’un fil lumineux le scénario. Le réalisme du film se nourrit alors de cette irrationalité ! Un beau film attachant.
21h Centochiodi. Ermano Olmi (Italie).
Un brillant professeur de philosophie accomplit un acte sacrilège. Il cloue au pilori cent livres rares et précieux de la bibliothèque de l’université catholique et s’enfuit, errant au hasard, débouchant sur les rives du Pô. Il quitte ses habits d’intellectuel, brûle sa thèse tant attendue et se consacre à la réfection d’une vieille maison sur les berges luxuriantes d’un fleuve majestueux, nouant des relations avec les habitants de ce village reculé. Le monde semble s’être arrêté aux portes de ce coin perdu au milieu d’une nature sauvage. Dans son apprentissage d’êtres réels, d’amour et d’amitié, le présent le rattrape. Des bulldozers vont raser les cabanes des pêcheurs, des « trials » envahissent les plages de sable, les gendarmes retrouvent sa trace et le confrontent aux conséquences de ses actes.
Apôtre, Christ moderne, « vert ou révolutionnaire ? », la problématique du savoir livresque en regard de la réalité du monde, l’existence même d’un Dieu de bonté, la vanité de l’intellectuel et son refus d’assumer les conséquences de ses choix sont les grandes questions qui traversent le film. C’est un film bien italien, entre la leçon de vie et la leçon de choses, une réflexion pleine de tendresse sur la fin programmée d’un homme vivant en phase avec l’eau, en osmose avec la nature.
 
Mardi 22 mai.
11h30. Death Proof (Les boulevards de la mort) USA. Quentin Tarantino.
L’histoire est inracontable, ce serait un crime d’en dévoiler la nature… mais sachez qu’elle vaut son pesant d’émotions, de surprises, de maestria. Les actrices sont sublimissimes, Kurt Russel génial, le scénario agencé comme de l’horlogerie suisse. Formellement, Tarantino s’autorise tout et franchit tous les obstacles. Il transforme sa copie neuve en vieille bobine d’un cinéma Z du passé, il passe sans raison du noir et blanc à la couleur, il se permet des plans impossibles, il transforme l’horreur en Grand-Guignol, l’angoisse en terreur, la fureur en rire… et cela passe toujours ! Chef-d’œuvre de sa filmographie, dans cet opus, il est au sommet de son art, conjugue le fond et la forme en tendant une passerelle entre le cinéma d’hier et celui d’aujourd’hui. Je n’en dirai pas plus et ce n’est point quelques dialogues diserts par des filles entres-elles sur l’état de leur sexualité qui me feront changer d’avis. C’est ma Palme d’Or assurée, ce serait un crime contre le 7ème Art de ne pas lui offrir de doubler la mise et de rejoindre ainsi, au panthéon des très grands, ceux qui ont marqué l’histoire de Cannes. A voté ! Et puis n’en déplaise aux vieux qui pincent le nez, aux critiques qui vont disserter, à tous les bien-pensants qui vont pratiquer l’onanisme intellectuel, le cinéma jubilatoire de Tarantino est un pied de nez à la morosité, une façon de claquer la porte sur le conformisme et le politiquement correct avec sa belle morale où le méchant en prend plein la gueule pour pas un rond ! Moi, j’aime !
 
Mains de star, et quelle star ! Dans le bureau du jury, dans une ambiance calme bien loin de l’agitation de la Croisette, Michel Piccoli, lui-même, adorable, gentil, serviable. Je lui raconte l’anecdote de Kim Basinger en lui écrasant chaque phalange. Il sourit. Il trace son nom avec application. Puis l’année en chiffres ronds. C’est Monsieur Piccoli en face de moi en train de s’appliquer à inscrire des lettres dans la terre glaise. Je suis tout ému, comme un grand gamin. Il me serre la main et va discuter avec ses compatriotes du jury… une porte s’est entrouverte sur l’ineffable ! Sarah Polley qui lui succède entre mes mains et nettement plus jeune et jolie… mais Monsieur Piccoli, Monsieur Piccoli…
 
17h. Paranoid Park (USA) Gus Van Sant.
Evénement s’il en est ! Le palme d’Elephant est de retour. La mort d’un gardien dans une gare de triage jouxtant une piste de skat fréquentée par tous les jeunes marginaux de Portland, déclenche une enquête qui mène la police vers le coupable, Alex, un adolescent de 16 ans. Il décide de se taire. C’est la technique brillante de sa Palme d’Or… des lambeaux de scénario qui semblent amorcer une histoire plus globale, repris par la suite sous un autre angle, dans une vision plus large. Le réalisateur tresse ainsi un tableau éclaté, comme si chaque fil dévidait un pan d’une vérité à plusieurs facettes, comme si les protagonistes étaient englués dans une toile d’araignée qui les dépasse et se dévoile au fil d’un temps sans repère. Il y a du jeu, un artifice majestueux qui échappe à la logique mais reste ancré dans une histoire rigoureusement menée jusqu’à son terme. Il n’y a peut-être plus l’aspect « choc » du premier opus (soutenu par l’atrocité du drame de Columbine présent dans toutes les mémoires), mais ce deuxième volet, toujours situé dans l’univers de l’adolescence et du lycée démontre à l’évidence cette maîtrise d’une technique qui transforme le passé en un puzzle à reconstituer, une polyphonie de sens à organiser, un chaos sémantique qui se structure par la magie d’un chef d’orchestre dissimulé derrière l’objectif.
19h Déficit (Mexique) Gael Garcia Bernal
Premier film du beau, du latin lover dont sont amoureuses toutes les filles (y compris la mienne qui a exigé que je lui ramène un autographe de Gael, ce que j’ai fait dans la douleur en me battant avec un bataillon de midinettes prêtes à m’arracher les yeux pour approcher leur idole !) Le héros de Amours chiennes, de Carnets de voyages, de la Mauvaise éducation réalise son premier film. Bon qu’en dire sinon qu’il s’est bien amusé avec ses copains et ses copines dans cette histoire d’une fête de la jeunesse dorée mexicaine où coule à flot alcool, drogue à fumer, cachets à avaler et où le sexe tient lieu de fil conducteur à tous les dérèglements. Bon, c’est déjà vu, un peu usé et pas très novateur… mais c’est un premier film et il lui sera beaucoup pardonné, à l’image de ce débat où une salle entièrement conquise était prête à se jeter dans ses bras !
 
On continue la série. On est mercredi. Plus que (ou encore !) 4 jours, une quinzaine de films à visionner, les yeux se tirent et la colonne vertébrale souffre de se plier à nos exigences et aux contingences des sièges toujours trop étroits. Mais le noir complice et cette lucarne qui s’illumine sur l’écran de nos désirs méritent bien quelques inconvénients ! Hardi les cœurs, à l’ouvrage les forçats de la pellicule, il y a des étendards à brandir pour ceux qui ont encore l’énergie de penser que  « le cinéma est un art révolutionnaire » (Lénine) !

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Le festival du film de Cannes (2)

Publié le par Bernard Oheix

Je vous avais laissés un vendredi après-midi après une purge russe. Dans la foulée, une volée de cinéphiles a débarqué chez moi.  De l'Allemagne, de Corse, de Marseille, d'Avignon. Ils ont rempli la maison, dévoré les cartes d'invitation et dormi comme ils pouvaient dans le moindre recoin de la baraque ! Vive le Cinéma ! Petit détour par le stade pour voir Cannes-Clermont qui est entraîné par le beauf de Sophie et je termine la soirée à la Licorne, pour un dernier film. On est toujours vendredi 18 mai et les affres de la descente en CFA dévorent le « koop » cannois apathiques qui viennent de se faire passer 4 buts ! Tout le monde se fout du foot mais le club de Zizou peut-il plonger dans les abysses du ballon rond, réponse au prochain et dernier match de la saison !
 
22h. Héros. Réalisateur : Bruno Merle.
Patrick Chesnais a beau tout tenter (mais il passe presque la totalité du film attaché sur une siège et bâillonné !), Michael Youn en faire des tonnes, suscitant même parfois une émotion étrange dans ce rôle totalement décalé avec l'image qui est la sienne, mais que faire contre un scénario, un réalisateur et les dieux du Cinéma qui n'ont pas été convoqués au chevet de cette histoire absurde. Le thème aurait pu prêter à développement (le kidnapping d'un sosie d'une star de la chanson par un chauffeur de salle) mais quand tant d'à-peu-près règne, l'on ne peut que s'incliner devant le naufrage d'un bateau ivre dans un océan de prétention !
 
Samedi 19 mai
9h. Naissance des pieuvres. Réalisatrice : Céline Sciamma
1er film de la réalisatrice. Dans une piscine, un show de natation synchronisée réunit des jeunes filles. Il y a la belle qui se donne des airs délurés, la grosse qui est méprisée et la petite (son amie d'enfance) qui tombe en amour de la belle (l'ennemie) ! Eternel triangle où chacune chasse l'autre, où chacune cherche sa voie en blessant fatalement celle qui se trouve sur son chemin ! La recherche de cette première fois, de cet acte à accomplir pour libérer son corps de ses terreurs sera bien différente de l'une à l'autre. Un beau film sur les émois d'adolescentes, sujet éternel toujours magnifié quand l'art du cinéma permet d'infinies variations et que la sensibilité du réalisateur joue sur des actrices étonnantes de fraîcheur et de naturel.
 
11h No contry for old men (USA) Joël et Ethan Cohen
Depuis Fargo et The big Lebowski (c'est-à-dire au siècle dernier !), ils étaient éternellement attendus et n'avaient commis que des bluettes sans saveur (Ladykillers, Ô brothers...). Un roman de Cormac MacCarthy, une distribution de rêve et après avoir juste eu le temps de s'installer confortablement dans les superbes fauteuils rouges du palais, nous voilà immédiatement plongés dans un chef-d'oeuvre. L'Ouest Américain moderne, Tommy Lee Jones en vieux shérif blasé, un ancien du Vietnam qui tombe sur une valise de billets qu'il n'aurait pas du emprunter, un tueur sanguinaire (Javier Bardem, hallucinant) à la poursuite de tous ceux qui vont s'interposer, une bande de Mexicains basanés qui veulent récupérer l'argent... Le film se déroule tel un opéra western, une balade sanglante où la vie se joue littéralement sur un coup de dès, où la pitié n'a pas sa place. Les images sont somptueuses, le final étonnant, comme si l'histoire ne pouvait que bégayer éternellement ! Merci les frères Cohen, il était temps !
 
14h : Nos retrouvailles. David Oelhoffen.
C'est un 1er film de la Semaine de la Critique. Jacques Gamblin, un homme de la nuit raté, petit truand sans envergure, au crépuscule de ses espoirs, va renouer avec son fils qui fait la plonge dans un restaurant et vit sa solitude comme une transition obligée vers un avenir incertain. Il va peser de ces retrouvailles pour l'utiliser dans un coup forcément foireux. Le fils ira jusqu'au bout du possible, sauvant au passage la vie du veilleur de nuit avec lequel il avait dû sympathiser pour récupérer des informations sur les systèmes de gardiennage. Dans l'échec minable de ce casse sans envergure où rien n'a fonctionné, il va se libérer de cet amour paternel et la dernière image inverse le champ des rapports père/fils. C'est le père qui s'accroche une ultime fois à son fils pour se donner du courage. Il n'y a plus alors de mystère, juste deux individus qui devront continuer leur route séparément, le père vers la fin programmée d'un ratage, le fils vers un monde où il lui faudra trouver sa place, libéré de toute attache ! Pour un premier film, c'est une belle réussite, avec quelques longueurs malgré tout qui appesantissent la dynamique d'une belle histoire d'hommes !
 
19h30. Savage Grace. (USA). Tom Kalin.
Barbara Baekeland, actrice fantasque, a épousé le non moins original Léo, petit-fils de l'inventeur de la bakélite (le plastique !). L'histoire de leur couple orageux se déroule des années 50 aux années 80. Le couple vit en Europe, essaime les stations balnéaires et entraîne leur fils dans une vie dissolue où la drogue et l'homosexualité sont des expériences de vie qu'aucune limite ne restreint. La mère abandonnée par le père qui part avec la fiancée du fils, va se réfugier dans les bras de celui-ci, entretenant une liaison incestueuse qui mènera au meurtre et au suicide. C'est un sujet particulièrement scabreux abordé avec beaucoup de doigté par le réalisateur qui évite les scènes de voyeurisme. Julianne Moore est très convaincante, la distribution impeccable. Un film plutôt réussi dans une reconstitution d'un esprit « libertaire » des années 60 (vous savez, cette période qu'il faut gommer de notre histoire !!!) où tout semblait autorisé !
 
Dimanche 20 mai.
9h. Magnus (Estonie/Grande-Bretagne). Réalisation : Kadri Koussar
La fée nicotine s'est penchée sur les fonts baptismaux de cette histoire sombre à souhait. Anticomité de tourisme, le réalisateur s'efforce de filmer tout ce qui est glauque en Estonie. Les mères sont des maquerelles, les femmes des prostituées qui postulent à travailler en Allemagne à la demande de leur mari, la soeur est lesbienne, le père trafiquant de drogues est un self-service de produits illicites pour son fils et pour couronner le tout, celui-ci avait une maladie des poumons qui le condamnait mais a été sauvé par un nouveau médicament... pour pas longtemps puisqu'il va enfin se suicider pour terminer le film ! Bon, vous avez compris, on ne rigole pas tous les jours chez nos amis Baltes !
 
Parenthèse dans le festival. De temps en temps, je travaille aussi, même un dimanche ! Ma mission, et je l'ai acceptée, faire les empreintes des stars (vous savez, l'anecdote de Kim Basinger dans les histoires vécues du blog !). Me voilà donc avec Nadine et Cynthia pendant les répétitions de la fête du soixantième anniversaire qui a lieu ce soir. Une vingtaine de cinéastes sont réunis. J'ai les yeux qui me sortent de la tête. Wim Wenders, Cimino, Loach, De Oliveira, Wong Kar Waï, Kitano... ils sont tous là. J'accroche mon « Dieu » vivant, Roman Polanski est obtient un autographe, je coince Jane Campion dans l'ascenseur pour la même punition. Finalement, la moisson de mains sera petite mais rien que pour Gus Van Sant, le voyage valait le coup. Au dernier moment, ils sortent par le hall alors que nous étions backstage, je rattrape in extremis Tsaï Ming Liang  et je rentre avec plein de soleil dans les yeux. On ne se refait pas !
 
17h Boarding Gate. France. Réalisation : Olivier Assayas.
Bon, ça parle français, anglais et cantonais. On va voyager. Asia Argento est sublime, elle a des seins merveilleux. Pour le reste, une longue exposition de rapports sado-maso entre l'héroïne et son ancien amant qu'elle recontacte, débouchant sur un meurtre, contrat d'un commanditaire inconnu, des trahisons à la pelle, de l'exotisme, Hong Kong plus vrai que nature, des poursuite, du sang... mais l'histoire dans tout cela. Ha ! oui ! Le truc qui s'appelle scénario et qui s'écrit avant. Bof, filmons, il en restera toujours quelque chose !
 
22h Breath (le souffle) de Kim Ki Duk. Corée du Sud.
Invitez Bataille, Sade, Genet et Georges Orwell dans une prison de Séoul. Donnez-leur un réalisateur qui sait ce que filmer veut dire, rajoutez-y des acteurs troublants et beaux, mettez-le produit fini en compétition... Cela donnera un film trop intelligent, trop beau pour être palmé ! Une véritable oeuvre dérangeante et engageante. Une femme trompée va sublimer sa détresse en devenant la maitresse d'un condamné à mort qui tente de se suicider. Elle lui fait vivre à chaque visite une saison différente sous l'oeil d'un directeur de la prison dont on ne voit que le vague reflet sur les écrans et qui peut interrompre le jeu à tout instant. L'histoire riche, sophistiquée mais étonnamment limpide s'avance sans à coup, dans une fluidité qui est l'exact contraire des sentiments survoltés des protagonistes. Tout est symbole, tout est lecture intérieure d'une réalité à décrypter... mais comme pour les grandes oeuvres qui marquent l'histoire du cinéma, tout est si naturel dans cette réorganisation du chaos que l'on a l'impression de comprendre de l'intérieur chaque élément d'un puzzle qui nous dépasse !
Voilà, l'authentique souffle universel du cinéma n'est pas prêt de s'éteindre avec des réalisateurs comme Kim Ki Duk !
 
 13 films depuis le début du Festival...Je continue mon marathon de celluloïd, on parle avec les amis des films visionnés, on échange dans ces attentes des impressions sur les opus proposés et des souvenirs de vieux combattant. On retrouve des cinéphiles et amis que l'on ne voit que pendant le mois de mai, pendant le festival. C'est une vraie fête païenne dédiée à un dieu qui se tapi au fond des salles obscures, celles que la clarté d'un film illumine du sceau du génie, du talent d'un message universel que rien ne peut entraver ! Vive le 7ème art !
 
 
 
 

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Le festival du film de Cannes (1)

Publié le par Bernard Oheix

Mon festival… (1ère étape)
 
Le soir de la grande première arrive. Le palais est une ruche bourdonnante, les derniers préparatifs mobilisent les employés, chacun court dans la tentative désespérée de rattraper le temps perdu et de finir sa tâche afin que le rouge du tapis resplendisse sous les lumières des caméras du monde entier.  Moi, je suis dans la salle Debussy, il est 10h du matin en ce mercredi 16 mai et le premier générique à l’escalier rouge émergeant de la mer retentit pendant que la lumière s’éteint. C’est parti pour la première séance.
 
My Blueberry nights par Wong Kar Waï
Une ballade douce amère. Bande son géniale (Rhythm’and blues, Ry Cooder) Le visage sublime d’une Norah Jones qui cumule tous les talents, Jude Law à faire devenir homo n’importe quel être normalement constitué. Une belle histoire. Femme larguée dans un New-York intemporel. Avant de cicatriser et de retrouver l’amour, Elisabeth décide de partir pour un voyage avec retour, une échappée dans une Amérique de gens ordinaires aux destins extraordinaires. Une étape cruelle à Menphis avec un flic amoureux à la mort, une rencontre à Végas avec une joueuse de poker…Et il est temps de revenir pour terminer ce 1er baiser évoqué, un moment inoubliable de cinéma et de sensualité. Entre temps, des cadrages de l’autre monde vont illuminer les paysages intérieurs et extérieurs des protagonistes, une façon de filmer que l’on connaît bien à travers l’œuvre de Wong Kar Waï mais qui se greffe parfaitement sur cette histoire simple. Je suis amoureux de Norah Jones, cela vous étonne ? Alors allez-voir The Blueberry Nights (les nuits myrtilles) et vous comprendrez !
 
Jeudi 17 mais
4 mois, 3 semaines et 2 jours par Cristian Mungiu. (Roumanie)
Le réalisme post socialiste vit encore ! Une étudiante doit avorter et son amie l’aide dans une Roumanie de 1987, juste avant la chute du dictateur, quand des peines de prison de 10 ans peuvent s’abattre sur ceux qui avortent ! Vie de combines, drame humain de l’avortement, utilisation du pouvoir (l’avorteur exigera de coucher avec les deux femmes avant d’opérer) solitude morale et un final effrayant pour l’amie qui prend en charge le poids (le fœtus) de la faute et cherche dans une nuit de terreur insidieuse à s’en débarrasser dans un Bucarest fantomatique. Un film fort et émouvant, une descente dans les abysses de l’absurde et de l’horreur faites aux femmes ! Un film à voir, sauf si vous voulez faire la gaudriole et emmenez une potentielle conquête au cinéma en prévision du grand soir !
Zodiac par David Fincher (Etats-Unis)
Pourquoi 2h36… parce que le meurtrier n’a jamais vraiment été retrouvé et qu’il a fallu des années pour bâtir une hypothèse crédible sur la véritable personnalité d’un des sérials killer les plus emblématiques de la société américaine ? Scorpio s’était déjà lui ! Parce ce que le réalisateur a décidé de faire plus sobre que dans ses précédents opus et d’introduire une distance entre la violence des faits et la réalité sordides des crimes ? Film intéressant malgré tout, admirablement interprété, bien filmé, on l’on passe un bon (trop long) moment !
Les enfants invisibles film de courts métrages réalisé par :… une pléiade de réalisateurs tous plus brillants les une que les autres.
Medhi Charef ouvre avec une histoire d’enfants soldats qui parcourent les terres d’un pays d’Afrique. Les règles se sont dissoutes dans le chaos de leur vie brisée. Pourtant il suffit d’une salle de classe pour que le jeune héros sanguinaire retrouve son âme d’enfant. Kusturica montre le cheminement d’un petit gitan qui réintègre volontairement son centre de rééducation pour ne pas replonger dans le vol, Long, une Brésilienne film l’errance de deux jeunes qui ramassent les déchets et survivent d’expédients. John Who suit les pas d’un enfant trouvé par un laissé pour compte qui va l’élever dans l’espoir d’intégrer l’école. Un Italien suit les traces d’un petit Napolitain qui vit de vols à la portière et va se figer devant un manège enfantin. Spike Lee nous montre le destin brisé d’une petite fille de junkies qui découvre son Sida… Ces films de commande du Fond Mondial pour l’Enfance rattaché à l’Unesco permettent à des réalisateurs de décliner des gammes autour d’un thème fort. Dans les situations extrêmes, c’est toujours les enfants qui subissent. John Wood éclairait après le visionnement du film qu’ « il ne pourrait plus jamais filmer comme avant après cette expérience ». Une belle leçon de morale du cinéma en action mais avant tout un film de cinéma, pour le cinéma, sur l’enfance.
 
Vendredi 18 mai 2007
Izgnanie (le bannissement) de Andreï Zviaguintsev (Russie)
Après le post réalisme socialiste de la Roumanie, nous voilà plongé dans le néo-classicisme Russe. 2h30 d’images super léchées qui ne laissent rien au hasard. Il y a une pluie, forcément orageuse, quand les protagonistes sont angoissés, les traits du visage n’expriment rien mais les couchers de soleil en disent tant… les cadrages débordent de tous les côtés, les sentiments révélés pèsent leur tonne de non-dit, la musique est au synthé quand la tension est à son comble et tout cela manque terriblement d’humanité. Un film fait par un esthète qui maîtrise ses classiques tellement qu’il en oublie d’exprimer l’essentiel : la vie ! Et cela dure 2h30 d’un pensum academico-elliptique terminant sur une récolte de foin par des paysannes que ne renierait point Dovjenko…au siècle dernier !  Au secours Eisenstein, qu’ont-ils fait de ton héritage !
 
Bon voilà la première livraison de mes impressions en terre de cinéma Elles sont totalement subjectives et n’aspirent qu’à figer mon ressenti, à chaud, ce qui n’est jamais facile quand vous voyez un film à 8h30 du matin ou que c’est le troisième que vous enchaînez à plus de deux heures l’un ! Il faut que j’y retourne, le devoir m’appelle. A bientôt les amis pour de nouvelles aventures !
 

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Bastia for ever

Publié le par Bernard Oheix

J'ai décidé de faire une retraite à Bastia. L'ambiance monacale de cette ville, le recueillement qui sied à une fonction de président, la recherche du temps retrouvé, enfin, vous me connaissez...

Etre appelé au téléphone par François Berlinghi est toujours un plaisir. Outre que c’est mon ami depuis les années fac…( vous savez, cette période qu’il faut effacer de nos mémoires de vieux soixante-huitard et dont il faut gommer toutes traces !), Il me propose le bougre, de m’inviter à un festival de théâtre afin d’effectuer une « expertise » et de voir si les potions miracles existent pour transfuser la culture îlienne sur le continent. Du moins c’est la version officielle car j’imagine plutôt qu’il avait envie de boire des canons et de trinquer au bon vieux temps avec l’ami Cimino, un autre Corse séditieux qui œuvre dans l’art vivant,  tout cela au frais de la princesse et des collectivités locales ! De plus, me prendre comme expert, lui qui a connu la première manifestation que j’ai tenté d’organiser, (il faudra que je vous la raconte un jour, mais c’est encore trop frais et cuisant pour mon ego…1978, vous pensez !), c’est vraiment me faire beaucoup d’honneur et avoir l’inconscience chevillée à l’estomac. Mais bon, il paraît que quand on aime !!!

Quand on agite un chiffon rouge à tête de Maure devant mes yeux, je fonce et j’ai inpetto fait mes valises et débarqué sur l’aéroport de Bastia-Poretta le mercredi 9 mai à 21h20 pour un spectacle qui commençait à 21h15.

Ah ! Alfred De Musset, si tu savais quelles tortures on fait subir à ton texte, en ton nom dans l’Île de Beauté ? Francis Marcantei (leader du Tavagna club, un autre ami de ces années de soufre) a effectué une traduction intégrale avec un dispositif de surtitrage (en français) visible sur des écrans plats sur les côtés, dispositif de salle en bifrontal. Nous voilà plongés dans un texte savoureux à la lecture qui chante aux oreilles de sonorités latines. L’effet est bizarre, un rien schizophrénique, comme si la musique des vers de Musset se trouvait surchargée de connotations exotiques, entre un italien légèrement guttural et quelques expressions françaises.

Le dispositif scénique et remarquable, les décors et lumières soignés, et ô surprise !, les acteurs excellents qui tendent une passerelle entre ses deux langues dont une a disparu dans les surplis de la traduction et l’autre renvoie à un territoire impossible. Le héros (un peu trop carré de visage à mon goût !) est superbe, joue juste et campe un Lurenzacciu torturé et bourré d’énergie devant un Duc de Médicis à la beauté du diable !

Jean-Pierre Lanfranchi, le metteur en scène, réussit la performance de conserver toute la magie et l’ambiguïté d’un texte, mieux, revitalise un théâtre patrimoine en lui donnant une résonnance contemporaine. En effet, la perte de son innocence et le meurtre sacrificiel sonnent en écho de cette société corse qui vacille aux portes du terrorisme. Réflexion profonde sur sa culture, appropriation de sa langue, qualité réelle de la mise en œuvre… tout cela pour jouer devant une poignée de spectateurs un nombre réduit de représentations… parfois le théâtre est cruel pour ceux qui s’y consacrent jusqu’à la déraison.

 

Jeudi  10 mai 19h I Zinzi (les oursins)

Rien à dire sur ces amateurs. Ils sont jeunes et sympathiques, le talent viendra peut-être ! Il faut dire que le style (l’improvisation !) est cruel et ambitieux et que ne se frotte pas qui veut à la magie d’un verbe libéré de toute attache.

                      21h Compagnie Hélios Perdita. Désir

Provoquer autour du thème du désir dans une forme agressive n’était pas le moindre des challenges d’une compagnie précédée d’une flatteuse réputation… en Corse. Le moins que l’on puisse dire est qu’ils se sont donnés avec générosité. Pourtant, Désir fait partie de ces pièces que l’on a envie d’aimer et que l’on est triste de critiquer. Un début raté dans l’hyper-tension, des moments forts pas assez poussés, un bricolage évident sur des détails, un manque de rigueur général mais en même temps une vraie démarche, une qualité évidente du couple d’acteurs, un thème fort illustré par des textes et des saynètes au signifiant chargés de symboles. Une troupe à faire parler, à donner le désir d’intervenir et de remettre de l’ordre dans le chaos. A revoir et peuvent mieux faire !

 

Vendredi 11 mai 19 h. Théâtre Neneka. Contes fantastiques. De Guy de Maupassant.

Commande du Festival, sous forme de lecture, une mise en bouche autour d’un auteur à la mode. Attention danger de somnolence. Et pourtant. Le choc. Deux acteurs extraordinaires. Le narrateur et « l’acteur » vont faire vivre des textes captivants d’une richesse et d’une langue savoureuse, de véritables morceaux d’anthologie autour de l’étrangement humain. Plusieurs thèmes vont émerger, La folle, l’exhumation du cadavre, le suicidé, pour finir sur le tueur d’enfants et une charge d’une violence exceptionnelle contre un Dieu de vengeance qui laisse la mort s’égarer dans le cœur des hommes. Iconoclaste, brisant tous les tabous, l’auteur est servi par deux acteurs d’exception et une mise en espace intelligente. Le professeur, strict et pondéré, le porteur du verbe libéré, éructant et transcendé, un couple enchaîné par la plus mortifère des logiques.

Attention chefd’œuvre. (Bien que je ne sois pas venu pour cela, je décide tout de suite de les programmer à l’automne 2008. Il vous faudra attendre chers amis lecteurs. Ils auront ainsi le temps de revoir certains détails, d’y rajouter au moins deux textes pour arriver à 1h15 et de décoller des écrits afin de se libérer des feuilles éparses occultant très partiellement leur talent !)

                         21h Compagnie I Chjachjaroni. Le roi se meurt. Ionesco

Attention danger. Ionesco, une troupe de Porto-Vecchio, I chjacharoni… Après cet authentique moment de grâce avec Maupassant, le choc semblait rude, d’autant plus que j’avais en tête encore Michel Bouquet accueilli à Cannes dans cette même pièce, quelques mois seulement auparavant. Le décor se décline en noir et blanc, un peu bricolé mais avec gout, les costumes sont particulièrement soignés toujours sur le thème du noir et blanc, seul le roi agonisant est en rouge vif. Des maquillages surchargent les traits et les corps des cinq personnages qui entourent le roi dont le visage va se craqueler sous une couche de fard grisâtre.  Les mots coulent avec élégance, les situations sont claires, l’absurde règne en maître dans un délire totalement contrôlé, les acteurs donnent le meilleur d’eux-mêmes à l’exemple de cette servante sans âge ou de la reine mère cinglante. Tout est parfait avec une réserve sur un des interprètes (le docteur). On suit avec passion ce monde inventé si vrai, en écho de nos propres peurs et des soubresauts d’une planète qui étouffe. On compatit, on sourit, on a de la peine et du rire, c’est du vrai théâtre pour aimer la vie et quand le roi se meurt et que sa couronne par le plus beau et simple des effets se retrouve à terre, on est triste car les lumières se rallument, nous ôtant le plaisir de l’intemporalité que procure cet art de la scène quand il se conjugue avec la perfection ! C’est Jean-François Perrone qui dirige la troupe, retenez ce nom, même si vous n’en entendrez peut-être jamais parler, il mérite l’estime de tous ceux qui sont capables de penser que les mots et le jeu d’acteur valent bien une parcelle d’éternité !

 

Samedi 12 mai 16h. Compagnie Thé à trois.

Que dire ? Pas grand-chose ! Alors nonobstant une actrice de tempérament, la démarche « nouveau théâtre » d’une création encore fragile, nous attendrons de les revoir dans de meilleures dispositions.

                         19h. U Teatrinu. A scusa di Pasquale Paoli.

C’était l’heure tant attendue de ceux qui pensent que Guy Cimino a du talent… et nous sommes nombreux à le penser ! Homme à tout faire du renouveau de la culture corse, il a été de toutes les campagnes, a fait irruption dans le monde de la télé avec des émissions parodiques ( la famille Pastacciu , c’est lui !), créé une compagnie de théâtre en traduisant Brecht en corse, essaimé dans tous les films et téléfilms sur la Corse, mené un inlassable combat contre l’obscurantisme, participé à tous les stages de Robin Renucci à Olmi-Cappella… un globe-trotter sédentaire enraciné à sa terre, un touche à tout obsessionnel et un ami de l’université qui plus est  avec qui j’ai partagé nombre nuits et voyages… un olibrius qui ne peut me mentir !

Le décor, un asile d’aliénés version 19ème siècle, une baignoire trône au sommet d’un édifice de bois, des fous entrent et occupent l’espace. Le directeur explique alors qu’il fait jouer une pièce qu’il a écrite sur Pascal Paoli, le héros des indépendantistes pour calmer les fous ! Cela ne vous rappelle rien ? Peter Brook, L’assassinat de Jean-Paul Marat joué par les aliénés de Charenton sous la direction du marquis de Sade, un film culte, une pièce trop rare des années soixante-dix !

La filiation est assumée, le phrasé est en corse, le texte en français projeté sur un écran en arrière-plan, en même temps qu’une iconographie très riche et une reprise de scènes qui se déroulent simultanément sur le plateau. La pièce dans la pièce avance alors dans les aléas des interventions des fous vers son dénouement. Au-delà de la performance réelle des acteurs, c’est l’intelligence du propos qui séduit. Voilà donc un Pascal Paoli bien loin du bandit sarde, slalomant dans les salons londoniens pour les beaux yeux d’une damoiselle, combattant de la liberté reçu en triomphe à l’Assemblée Nationale révolutionnaire par Robespierre, inspirateur d’une constitution démocratique dont les Etats-Unis s’inspireront… Un Paoli ambigu, loin de la caricature, renvoyant à l’absurdité du jusqu’auboutisme, la pièce se terminant sur la reconstitution du carnage de la bataille de Ponte Novu où les Français écrasèrent les révoltés Corse dans un bain de sang absurde où les patriotes eurent leur part de sang inutile !

Un opéra moderne, (un quatuor intervient en contrepoint) une preuve de plus de la vitalité de ce théâtre mais aussi de son inventivité et de sa volonté de chercher un sens en creusant sous les poncifs d’une pensée unique.

Merci Guy Cimino pour ce travail rigoureux et intense !

 

Voilà donc un séjour éclair qui s’achève. Arrivé sur la pointe des pieds, par plaisir et volonté de faire plaisir, j’ai pris dans la gueule, quatre pièces de toute beauté (dont deux qui viendront sur Cannes !), j’ai parlé de culture et de théâtre comme je ne l’avais plus fait en collectif depuis des années, j’ai senti l’air vivifiant d’une Corse qui bouge sans se trémousser, un air de fête pour des jours de campagne !

Choc frontal démontrant à l’évidence la richesse et la vitalité d’un théâtre coincé dans une île grande comme un mouchoir de poche. Je connaissais la densité des propositions musicales et sa diversité. Des I Muvrini à A Filetta, de Petru Guelfucci à Poletti et le chœur de Sartène, etc. Je n’osais penser que dans le théâtre, la même richesse, la même force de propositions soient présentes. Comment imaginer une telle qualité dans l’exigence, un tel souci du détail et surtout un tel niveau dans l’interprétation. Des acteurs qui jouent juste, avec des gueules, des voix, des attitudes qui montrent à l’évidence leur professionnalisme, pouvant passer comme Julien Petri de Lorenzaccio au roi de Ionesco en réinventant son personnage et en donnant à voir au public les multiples facettes d’un authentique talent. La servante de Ionesco tenant toute la pièce un personnage de petite vieille exsangue, torturée, qui s’avère être une jeune et jolie Corse de 20 ans !

Corse troublante et magique, terre de contraste, où les passions s’exacerbent de murir au soleil, peuplée de gens intelligents et cultivés côtoyant le vide et les tensions, partagée entre le beau et le sordide, le cruel et l’absence. Une poignée de spectateurs (mais qui oserait jeter la pierre àcelui qui connaît les difficultés d’attirer le public ?), un certain amateurisme dans l’organisation (mais est-ce le plus important ?). Et puis, l’expérience s’acquiert sans problème, il suffit de faire, de tracer son chemin, au service d’une noble cause, sans trop se prendre la tête… à l’image de Jean-Pierre Lanfranchi, le directeur du festival, metteur en scène et acteur, homme de consensus qui fédère autour de lui « ceux qui marchent debout », dans la bonne humeur et l'humilité de ceux qui sont de vrais grands.

Alors longue vie au théâtre corse, santé pour Lanfranchi, Berlinghi, Marcanteï, Cimino, Alix, Peronne et tous les autres, ceux qui nous ont offert un peu de leur talent pour rêver d’un monde meilleur, plus ouvert, plus tolérant !

 

PS : vous aurez noté la remarquable sobriété de mes comptes-rendus concernant les nuits insulaires. C'est vrai qu'il y a une vie avant les spectacles (les parties de rami avec Christian et Malou), et après les spectacles (les repas-débats arrosés avec la bande d'organisateurs et de sémillantes bénévoles du festival !)... mais bon, je sais que tout cela ne vous intéresse que fort modérément, alors j'ai zappé, vous laissant sur votre faim et moi en train de cuver ! !

 

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