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culture

Richard Gotainer est (bien) vivant !

Publié le par Bernard Oheix

J’ai rencontré Richard G au jury de la pyrotechnie de Chantilly. A l’époque, il fumait encore même s’il boit toujours. Nous avons sympathisé, deux vieilles carnes en train de se renifler le derrière pour savoir si l’enjeu d’une amitié en vaut la chandelle. Il dit des conneries, j’adore en entendre, et au passage ne résiste pas au plaisir d’en rajouter une couche ! Il est un bon vivant, une perle d’homme à la dérision en oriflamme, sait aussi être ému et parler des belles choses de la vie pour dissimuler des trésors de tendresse.

Il est fier comme un bar-tabac mais peut accepter la critique (j’en ai fait l’expérience avec un peu d'insolence et il sut ne pas m’en vouloir et m'accepter !)…

Il a des heures de route dans le marigot du showbiz, a connu la gloire et quelques traversées d’oasis, fils de pub et icône télévisuelle. C’est un homme de charme et un vrai cœur d’artichaut, une fleur bleue sur le lisier du spectacle vivant, cycliste émérite par ailleurs. Bon, c’est Richard, mon poteau quoi !

Alors après plusieurs tentatives avortées, il est enfin à Cannes pour présenter son spectacle « Comme à la maison » que j’avais découvert au New-Morning, l’an dernier et qui m’avait emballé.

 

got-scene.jpg

D’entrée, le public qui remplit la salle de la Licorne, l’accueille comme un ami que l’on est heureux de retrouver. C’est une assistance bizarre composée de gens qui ne fréquentent pas les salles assidûment, avec très peu d'abonnés traditionnels de la saison « Sortir à Cannes », arc familial qui balaie de l’enfant aux grands-parents, public populaire mais aussi élitiste avec quelques belles personnalités dans la salle, mélange harmonieux de vrais fans attendant leur show man. Il en joue parfaitement, à l’aise blaise sur ces planches, petites interventions douces pour installer le climat, quelques anecdotes en renfort, élégance naturelle même pour parler des atrocités du fumet d’un pétomane ou de la crotte d’un Youki insaisissable… C’est Gotainer au zénith, voix d’écorché rendu gouailleuse, évoluant avec élégance, occupant l’espace avec une totale maîtrise, accompagné d’un groupe de jeunes musiciens talentueux et heureux d’être à ses côtés. Muriel, choriste en contrepoint aigu de sa voix basse, guitariste, bassiste et percussions, clavier en chef d’orchestre.

Il attaquera par quelques morceaux moins connus, remarquablement orchestrés, Le Taquin et la grognon, un sublime Les quatre saisons avec un hiver déchirant, Le béquillard des bois (sa plus belle chanson d’après lui !)…

Et puis au fil du temps, les « tubes » surgissent, les « Sampa », Youki, Poil au tableau et autre « décalco du mambo » qui emportent tout sur leur passage et terminent en apothéose, public debout pendant 20 minutes, 3 rappels, un show d’anthologie pour un authentique artiste qui revendique d’être l’ami de la famille, le prince et son bouffon en même temps, le poète et le rimailleur, le chanteur et le copain du bistrot.

Etrange alchimie sur le fil du rasoir qu’il sait maintenir en équilibre, comme si la vie l’emportait sur les aspérités d’un monde trop dur, humour au service d’un sens de la dérision.

Richard G, ou le triomphe de l’esprit sur la matière !

 

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Got-doigt.jpg

Nous terminerons tard dans la nuit, à La Pasta, le meilleur restaurant de pates de la Côte d'Azur, que dis-je, de l'Europe du Sud, et même de l'univers intersidéral...Il est heureux de cette soirée, 40 personnes réunies pour lui faire sa fête...Il le mérite son succès et honore la dive bouteille sous l'oeil inquiet de l'organisateur. Attiré comme un ludion par les objectifs des photographes (Le toujours présent Eriiic et Xavier, le petit dernier), il décide de se laisser emporter par sa furia naturelle et plaque sur ma joue, (j'ai tourné la tête au dernier moment, sinon ce sont mes lèvres qui auraient hérité de son baiser baveux) l'expression de son bonheur forcené.

got biz 

 

 

Heureux mon Richard de cette nuit formidable, de ce concert, de ta présence, de ta chaleur et de ton humour. Tellement heureux, que je t'en propose la présidence du jury du Festival d'Art Pyrotechnique pour cet été...ce qu'il s'empressa d'accepter, le bougre, par l'odeur alléchée de quelques bonnes "ripaillades" promises et de quelques bouteilles de nectar à consommer sans modération.

Merci Richard Gotainer d'être toi-même !

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Un Chant pour l'Infini

Publié le par Bernard Oheix

Vous en entendrez parler, du moins, je l'espère ! Avec mon ami Richard Stephant, nous montons une production originale pour la saison 2011/2012, la dernière de ma carrière comme Directeur de l'Evènementiel au Palais des Festivals de Cannes...Le Chant Général, oratorio issu de la rencontre entre un jeune exilé grec, Mikis Theodorakis, et un poète chilien au faîte de sa gloire, Pablo Neruda. Véritable Carmina Burana du XXème siècle, nous sommes en train de rêver et d'oeuvrer à l'exhumer du relatif anonymat dans lequel il est tombé. Nous allons faire pleurer les pierres et même les coeurs les plus endurcis fondront devant tant de beauté. Les mise en scène et en images, seront assurées par Paolo Miccichè ( avec lequel nous avions créé Le Jugement dernier/ Requiem de Verdi).

Les 13 et 14 avril 2012, il faudra être du côté de Cannes !

 

 

Extrait du dossier de production.

 

Il est des œuvres qui traversent les époques, transcendent les cultures, restent gravées à jamais dans l’inconscient collectif des peuples. C’est le cas pour le « Chant Général » de Pablo Neruda, chef-d’œuvre littéraire épique du poète chilien, ode à une humanité en marche, héritage des luttes de libération des peuples asservis, brandie comme une oriflamme au visage des bourreaux…

C’est le cas aussi de la composition musicale du « Chant Général », rencontre hallucinée entre le compositeur Mikis Theodorakis, exilée d’une Grèce écrasée sous la férule d’une dictature militaire, et l’œuvre romantique révolutionnaire d’un poète chilien, ambassadeur à Paris, au faîte de sa gloire.

Certains se souviennent encore de ces mots volés au temps, polis dans un maelström de notes, roulant comme des galets au fond d’un torrent d’énergie, montant comme des vagues à l’assaut des citadelles de larmes, de ces chœurs sublimant le désespoir des tortures de l’ignoble. Force symbolique du destin, confluence de leur génie respectif, s’unissant pour interrompre le cours nauséeux des oppressions, en un oratorio magistral dont seuls ceux qui perçoivent la douleur des êtres sans défense sont capables en puisant dans leur capital d’empathie.

Et dans cette période légèreté où tout paraissait possible, même l’impossible, les voix des solistes, les percussions, les chœurs, les violons tressent des lauriers au visage d’une paix transfigurée.

C’était ainsi, il y a une éternité…Pourtant cette œuvre respire toujours, sa force de réaction préservée, intacte, elle gît, assoupie, attendant que le passé se réveille et gronde de nouveau. C’est le temps des retrouvailles, tant d’années et d’évènements après, tant de luttes soldées par les mains massacrées de Victor Jara, le feu d’un Jan Palach s’immolant, les corps suppliciés comme ultime rempart au désespoir de ceux que la lumière ne peut plus atteindre.

Ils gisent tous, ces innocents, entre les notes, dans les rimes, dans le rythme d’une œuvre crépusculaire.

Et nous vous l’offrons comme un espoir pour que le mirage d’un monde meilleur ne s’évanouisse pas dans les flots de l’ignorance et de l’oubli.

Venez donc partager avec nous le rêve d’un monde meilleur sur les traces de Pablo Neruda et de Mikis Theodorakis.

 

Bernard Oheix

 

 

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L'affiche du spectacle est de mon ami Eric Dervaux...L'aventure commence !

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L'Afrique...aujourd'hui !

Publié le par Bernard Oheix

Il n'y a pas si longtemps....Un rendez-vous en Afrique, la création d'Hervé Koubi à la rencontre d'une compagnie de danse Ivoirienne, choc entre deux cultures laissant le chorégraphe sous le charme de la qualité des danseurs, beauté de cette énergie qu'il tenta de canaliser avec bonheur et parfois un soupçon de peur, trop de générosité sans doute... mais avec un résultat tout à fait estimable, apprentissage de la diversité, hommage à cette culture venant d'une terre désolée où l'être humain apprend à vivre au contact du monde de la réalité...

 

C'est ce même lambeau de terre qu'un dictateur d'opérette tente de conserver contre toute logique, contre toute équité, avec le risque d'une guerre fratricide, car le noir n'est pas toujours noir, il peut aussi se subdiviser à l'infini entre racines et cultures pour tracer des frontières encore plus terribles, plus sanglantes que les murs entre des peuples !

Comment imaginer le présent de ces danseurs si beaux, si heureux, qui m'offrirent dans une cérémonie chantée un collier de bonheur dans le hall, après la représentation en remerciement de mon accueil ? Sont-ils en train de fourbir des armes pour choisir leur camp ? Peuvent-ils ignorer les factions, résister aux fractions, rester des artistes authentiques dans ce confetti paradisiaque qui explose sous la pression des voleurs, des potentats, d'un néo-colonialisme entretenu par-delà les pays et les continents, par l'histoire de la conquête d'un pouvoir synonyme d'enrichissement et de prévarication ? Le choc des armes contre le chassé du danseur ! 

J'ai peur pour ma belle Isabelle, j'aimerai penser que son beau sourire ne peut s'éteindre sous les coups de boutoir de  l'inhumanité. J'espère que leurs danses tribales sauront chasser les démons et que les ultimes vestiges de la raison ramèneront les bourreaux dans le camp de la sagesse...Est-ce trop rêver ?  

 

koubi

 

Merci à Jean-Pierre Oheix pour ce montage "colibri". J'étais heureux ce soir-là d'ouvrir mon coeur à ces danseurs venus d'un continent qui me fascine...J'espère que rien ne viendra dans les jours qui viennent gâter le souvenir des jours heureux et que la guerre fratricide qui s'annonce s'évanouira sous le poids de la raison et de l'amour !

Allez mes beaux danseurs, continuez dans votre art de passion, l'histoire ne vous mordra pas la nuque  et nous ne danserons pas avec les loups !

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J'aime (plus) Merce Cunningham !

Publié le par Bernard Oheix

 

Surprenante journée monégasque, entre Nadal exécutant un Ferrero éberlué, Nalbadian atomisé par Djokovic sous un soleil printanier et un déjeuner offert par mes amis de la communication d’Eurosud  dans le village VIP du tournoi de tennis de Monte-Carlo. En fin d’après-midi, petite promenade dans une ville sinistrée par l’installation des structures du Grand Prix de Monaco. Amoncellement de tubes d’acier, de tribunes, de sacs de sable et de pneus utilisés pour le carrousel des chevaux mécaniques qui vrombiront dans plus de 3 semaines dans cette cité aux allures d’un Disneyland pour adultes. Monaco n’est pas une ville, n’est pas un Etat, c’est un phantasme imaginé par un créateur atteint du syndrome de Peter Pan !

 

A 19h, je retrouve mon adjointe, SD, avant de plonger dans la salle des Princes du Grimaldi Forum, ce Palais des Congrès construit en rognant sous la mer pour trouver un peu d’espace dans une ville confinée où la moindre surface carrée et plane vaut son pesant d’or.

 

Au programme, un grand héros de notre jeunesse culturelle, un nom de légende qui a marqué l’histoire de la Danse du XXème siècle. Leader de l’avant-garde américaine, innovateur de talent et de génie qui a explosé les limites de la danse et les a confrontées aux techniques modernes, aux arts visuels, à tout ce que la planète du moderne pouvait concevoir. Son compagnonnage avec John Cage a insufflé une dimension particulière à son travail de création en structurant des colonnes sonores propices à sa volonté d’exploser les codes traditionnels de la danse classique. Robert Rauschenberg signant des décors et des costumes en phase avec l’univers d’une modernité en train de reculer les limites du réalisme introduit cette déstructuration du cadre de la scène.

Enfin, tout cela c’est la théorie…

 

La soirée commença par Suite for five, une œuvre de ses débuts datée de 1956. Musique de John Cage interprétée en direct par un pianiste, costumes de Robert Rauschenberg. Du beau monde pour 5 danseurs évoluant aux sons contrapuntiques d’un piano ivre. Mouvements en saccades, gestes amorcés, ruptures permanentes des lignes de fuite, comme un alphabet de tout ce que cette danse moderne allait importer d’usant et d’artificiel. C’est vieillot à souhait, drame absolu d’imaginer que ce qui était rupture et novation en 1956 devient le triste reflet d’un ennui récurrent un demi-siècle après.

Au fond, c’est peut-être la première fois de ma vie que je ressens avec tant d’acuité ce décalage que le temps induit qui transforme le moderne en ancien, renvoie la novation à l’académisme et fait apparaître poussiéreux ce que l’on portait aux nues de la révolution créatrice. La recréation est parfois redoutable pour les sens émoussés de brûler ce que l’on a adoré…Mais c’est la dure réalité des idées que de s’épanouir avant de se faner !

La pièce suivante MinEvent, toujours avec Cage et Rauschenberg, permet au groupe de danseurs de se livrer et rompt avec l’esprit de rupture permanente qui est la signature du chorégraphe. Il réintroduit une certaine fluidité poussant même jusqu’à permettre aux interprètes de se trouver à l’unisson, aux gestes de définir une fresque, aux rythmes d’atteindre une fusion qui exalte la qualité technique de la compagnie.

Le dernier opus date de 2007. Il reste une des dernières œuvres composées par le génie vieillissant. Dans Xover, par couples, les danseurs viennent composer leurs éternels duos saccadés, rencontres avortées, ébauches de complicité d’une technicité brillante et enlevée se brisant en permanence sur les sonorités décalées d’un trio de musiciens et d’une chanteuse développant des arabesques vocales d’où surgissent cris d’oiseaux, onomatopées, textes en langues diverses éclatés. Cela pourrait avoir du charme, cela pourrait surprendre…mais est-il encore l’heure de s’ébaudir à ces recettes qui ont été surexploitées par les cuisiniers fades d’une nouvelle danse qui n’en peut plus de vouloir surprendre sans surprises ? Où est passé la magie d’une démarche de rupture, les codes volant en éclats n’ont laissé que des ruines fumantes sur les scènes des théâtres de la danse actuelle, comme si à force de hurler des messages vidés de leur sens, on ne pouvait plus entendre les variations d’un esprit libéré !

 

C’était ainsi, une soirée de connivence pour régler ses comptes avec son passé dont il reste la certitude d’une grandeur évanouie, d’une période où tout était possible et ouvert, une technique brillante de danseurs capables de rendre esthétique les gestes les plus atypiques, une démarche permanente d’équilibriste installant des passerelles entre les arts, l’aventure du « choquer » pour remuer les consciences…mais un demi-siècle se s’est écoulé, et dans les vagues qui balaient et effacent les vestiges de la création, il y a le conformisme actuel, toutes les fuites dans une provocation dont la seule finalité est l’installation de l’individu au faîte d’une gloire médiatique au service d’« egos » surdimensionnés, il y a l’appauvrissement intellectuel d’un zapping permanent et des effets de mode où les limites se sont évanouies.

Alors c’est vrai, je n’aime plus Merce Cunningham, mais c’est aussi parce que l’époque d’aujourd’hui n’est plus aimable et transforme son travail en jeux du cirque, en page d’histoire dont la seule finalité serait de dire, « j’ai existé et j’ai créé les conditions de l’ennui…admirez donc mes ruines et passez donc comme des ombres sans vous poser les questions d’un pourquoi vide de sens… Posez-vous les questions essentielles car de toutes les manières, on n'y répondra plus ! »

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FIF (4) : Enfin des films !

Publié le par Bernard Oheix

  

Il faut savoir ne pas désespérer. Dans ce festival de films avortés, bien à l’image d’une société malade et d’un cinéma en crise, les moments de bonheur peuvent aussi nous rattraper ! Il suffit de peu de chose finalement pour nous rendre au plaisir d’une manifestation hors norme… juste un enchaînement de bons films qui font pleurer et rire, d’histoires touchantes et bien interprétées, d’une lumière qui embrase la nuit, d’un réalisateur qui a décidé de parler au spectateur, de créer pour lui…

Cela arrive aussi à Cannes ! Et n’en déplaise aux sceptiques, je vais arrêter de commenter les mauvais films, par exemple le Kaboom de Gregg Araki, ou le médiocre Tavernier, La Princesse de Montpensier, ou…

 

Parlons plutôt d’Un homme qui crie, de Mahamat-Saleh Haroun. Un film tchadien, bien éloigné des clichés que véhiculent les cinématographies de ce continent, souvent taxées d’être naïves, « surjouées », techniquement faibles. Ici, l’image est parfaite, les acteurs justes, la dramaturgie cohérente. Même les lenteurs sont puissantes, incluses dans le développement logique d’un drame en train de se dérouler sous nos yeux. N’Djamena, capitale du Tchad, est lentement encerclée par les insurgés, sa situation se détériore en même temps qu’un homme « champion », maître-nageur d’une piscine dans un hôtel de luxe qui se vide de ses clients, voit sa vie basculer dans l’horreur, la trahison et un drame cornélien. Jamais la violence n’est montrée, jamais le sang jaillit, pourtant, un sentiment de détresse et d’oppression inexorable grandit chez le spectateur. C’est un vrai drame sans issue, magnifié par la beauté des paysages, la grandeur des hommes et femmes qui y vivent, l’amour et les sentiments les plus nobles confrontés à la rigueur de sociétés déchirées.

Parlons Des hommes et des dieux, la somptueuse oeuvre de Xavier Beauvois, oscillant entre le sacré et le profane, l’univers clos des Moines de l’Atlas et le village arabe de Tibéhirine qui l’entoure, le jeu entre les groupes armés du GIA et les forces officielles de l’Algérie, la montée des périls extérieurs et l’action collective de ces moines pour créer un havre de paix et d’hospitalité dans un territoire dévasté par la haine. Composition picturale et chants rituels contre effervescence populaire et tension de la société en guerre fratricide, subtil dialogue entre ces deux forces où la terreur triomphera. Là aussi, la violence n’est jamais explicite, lovée qu’elle est dans la vie réelle et dans la vision de ses conséquences, pas de ses actes. Cela la rend d’autant plus insoutenable… comme si les deux cinéastes précités retrouvaient la vertu de ne pas exhiber pour mieux dévoiler et asséner. La lente procession dans la forêt neigeuse des moines en route vers leur calvaire restera un des moments les plus poignants de ce Festival 2010.

Parlons de La nostra vita de Daniele Luchetti, anticomédie à l’italienne, tranche de vie d’un maçon heureux soudain confronté au drame de sa femme qui décède en accouchant de son 3ème enfant et le laisse avec la nécessité d’inventer une nouvelle vie, cherchant dans le travail la force de survivre en compagnie de ses ouvriers clandestins, cerné par les maffieux de l’immobilier d’une société civile sans cadre ni lois, et d’une famille qui le soutiendra contre l’adversité. C’est un hymne à la vie réelle, à la beauté d’une Italie du terroir, hospitalière, ouverte sur elle-même et sur les autres, en dehors des codes figés et des règles, borderline dans sa façon de se pérenniser mais vivante, avec de l’humanité et de l’honneur, de l’amour sans normes, sans couleurs, sans frontières. Un vrai film sur la vraie Italie d’aujourd’hui.

Parlons enfin de Biutiful de Inarritu. C’est ma Palme d’Or à l’heure actuelle, sans hésitation et sans regrets. Après l’académisme de Babel, le réalisateur revient vers un cinéma moins « propre », plus « trash », plus authentiquement ancré dans la misère actuelle. Un homme, extraordinaire performance de Javier Bardem, atteint d’un cancer en phase terminale, doué de la faculté de communiquer avec les morts, tente de mettre de l’ordre dans sa vie afin de partir en paix. Il élève ses deux enfants, vit d’expédients, entre les vendeurs sauvages africains qu’il approvisionne et les Chinois qui produisent des contrefaçons dans des locaux insalubres. Il touche l’argent de la misère mais n’est pas corrompu par lui, restant un individu se battant dans un monde cruel en éprouvant la compassion de ceux qui souffrent de concert. Il tente d’humaniser l’abomination. C’est un hymne à la beauté sauvage, à l’horreur quotidienne de ceux qui sont les rebuts de la société, clandestins, chairs bonnes à toutes les surexploitations, la mort comme viatique, l’horizon bouché par les sociétés occidentales qui vivent de leurs trafics en les niant comme individus. Corps inanimés allongés sur les plages dans l’aube grise, funèbre et crépusculaire, le réalisateur montre ce que nous savons, ce que nous lisons, ce que nous ne voulons pas voir de nos turpitudes de sociétés gavées se vautrant dans l’indicible afin de préserver leurs privilèges. C’est du cinéma de révolution, où tout est pensé, ajusté et mis en déforme afin que le spectateur ne puisse plus jamais dire, -je ne savais pas !- Et en prime, il nous offre un regain d’optimisme, tant avec une immigrée, Ige, qui assumera le rôle de mère pour le futur qui lui attribuait, que dans cette mort enfin apaisée d’un homme que les démons avaient pourchassé toute son existence morcelée !

 

Voilà, j’aime encore et toujours le cinéma, j’aime cette foire de pellicules de Cannes où le meilleur peut côtoyer le pire, où la vie rêvée peut naître des décombres de nos empires à la dérive. Le 7ème Art a encore un rôle à jouer pour éveiller nos consciences. Merci à Alejandro Gonzalez Inarritu, à Xavier Beauvois, à Mahamat-Saleh Haroun, à Daniele Luchetti pour les émotions si fortes qu’ils sont capables de provoquer en nous !

 

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Mon maître en cinéma à l'Université de Nice : Jean A Gili avec sa toge d'apparat pour la soutenance de thèse de Julien Gartner sur la place de "l' Arabe dans le cinéma français depuis 1970". Mention très honorable avec félicitations, 10 ans d'études sanctionnées par une note maximale...Et moi, j'en profite pour retrouver celui qui a été un de mes maîtres spirituels, un de ceux qui m'a transmis le goût d'étudier et de comprendre. Bernard ému !

 

PS : dernière minute. Vous pouvez rajouter aux belles aventures du Festival du Film 2010, Route Irish le dernier Ken Loach, opus mortifère sur la guerre d’Irak et ses conséquences, les trafics d’armes et les profiteurs de guerre et Hors la Loi de Rachid Bouchared sur lequel nous n’avons pas fini de gloser. Le talent cinématographique du réalisateur et d’acteurs d’exception au service d’une page peu glorieuse de notre histoire…Nostalgiques d’une France forte et coloniale…réveillez-vous, bon sang !

 

 

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Crime de lèse-Godardisme assumé !

Publié le par Bernard Oheix

 

Pour une génération de soixante-huitards dont je suis, il y a d’innombrables figures tutélaires qui parsèment ce long cheminement de l’acquisition d’une conscience politique et d’une culture universelle se voulant embrasser tous les savoirs. De Wilhelm Reich à Kérouac, des Beatles aux leaders « maximos », de Lacan à Robbe-Grillet… Il y a aussi, les pères fondateurs, les dieux vivants, maîtres parmi les maîtres, que personne assurément ne pouvait toucher, au panthéon des esprits supérieurs, tel Jean-Paul Sartre, le philosophe écrivain engagé, Picasso, l’homme qui restitua la peinture au temps présent ou Jean-Luc Godard, le pape du Cinéma…Film socialisme arrive sur la Croisette, en 2010, quelques décennies après, âge et rides en plus, et il est l’heure des constats…

 

Que Jean-Luc Godard ait transformé le cinéma est un fait. De A bout de souffle à Pierrot le Fou, de Week-end au Mépris, de Deux ou trois choses que je sais d’elle à tous ses films qui dans les années soixante ont inventé une nouvelle façon de filmer, mieux, de penser (panser ?) le Cinéma. Une décade prodigieuse, une tornade respirant les vents de la création. J’étais donc Godardien parce qu’il ne pouvait en être autrement et que chacune de ses œuvres ouvrait les champs de l’impossible, une réflexion tendue entre le savoir et le connaître, entre le possible et l’improbable. La rupture violente de 68 consacrera son isolement dans une logique de contre-production. Il émergera de son utopie créatrice révolutionnaire, et sonnera le glas du temps de l’expérimentation pour entamer un lent chemin de croix vers sa propre glorification, vers l’institutionnalisation de tout ce magma tonifiant qui fondait sa légitimité. A parler de la marge pour investir le centre, il se retrouvera soudain, par l’usure du temps et l’érosion des utopies, à camper au centre du centre, comme l’histrion assumé d’un monde marchand qui avait bien besoin d’un fou du roi pour se régénérer en redéfinissant ses frontières.

Film socialisme est le dernier opus du Maître, sélectionné dans Un Certain Regard, il se devait d’apporter une réponse au temps qui fuit, ambition d’une somme esquissée à travers ses Leçons de cinéma, émergeant d’un silence que sa statue de commandeur imposait aux détracteurs. Tout tourne toujours autour de Godard, que pouvait-il alors nous offrir dans ce chant crépusculaire ?

Entre images sublimes (la mer et l’horizon) et trashs (les lieux de vie), des dialogues cachés par des bruits de fond, des citations parcellaires, des montages en opposition, des collages, du contrepoint, de la distanciation… tout le rituel de l’alphabet d’un cinéma à la Godard est développé sans aucune distance, comme si Godard jouait à être Jean-Luc, comme s’il n’y avait plus de marge entre ce qu’il dynamitait joyeusement et ce qu’il fabrique laborieusement, quête d’un sens caché, étalage de tics et de moments si convenus.

Dans ce prétexte, une croisière sur «Mare Nostrum» déclinant des villes portuaires charnières, plus rien n’a d’importance, que le vide créé par son torrent créatif. -L’imagination au pouvoir- déclinions-nous dans les années ferventes, mais à quelle fin désormais ? Pour perdre le sens du spectateur et la finalité d’un film ? Godard est ailleurs, dans un monde que lui seul reconnaît et peut mesurer, celui d’un alphabet figé qui lui ôte tout espoir de « dire » au détriment d’un « faire ». Et si certains d’entre nous, lui accordons toujours notre crédit, c’est parce qu’il continue d’être celui qui a embrassé pour l’éternité son rôle de bouffon d’une société marchande.

Pendant ce temps, la vie continue. Il restera toujours Le Mépris pour signifier que Jean-Luc Godard fut un des plus grands cinéastes du XXème siècle. Son œuvre restera immortelle même s’il lui faut abdiquer, désormais, tout espoir de se dépasser pour atteindre cette zone improbable où l’instinct vient au secours du génie pour composer une œuvre définitive !

Non, décidément, Film socialisme de Jean-Luc Godard est assurément ennuyeux, très ennuyeux !

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FIF (2) : 15 films après !

Publié le par Bernard Oheix

 

Dans mon précédent billet, je restais sur une opinion mitigée…Ce Festival, 63ème du nom, me semblait bien poussif en son début et si les premières images sont à l’image de ce qui doit suivre, alors cela veut dire que les nuages s’amoncèlent au-dessus de nos têtes et que les dieux du 7ème art nous ont peut-être abandonnés…

 

Pourquoi et comment oser exhumer le Lions love (Quinzaine des Réalisateurs) d’Agnès Varda, grotesque pantalonnade sur l’amour libre et les couples à 3 du floper-power ? Avec un tel film, il est certain que l’esprit soixante-huitard en prend un sacré coup et que nos enfants doivent nous trouver bien ridicule ! Cette oeuvre dormait depuis tant d’années, elle aurait pu rester dans les limbes, cela n’aurait offusqué personne et certainement pas moi !

Quand Woody Allen parodie Woody Allen, cela donne You will meet a tall dark stranger, un film (hors compétition) sur des tranches de vie tissées, un patch-work de ce qu’il nous a donné à aimer depuis de longues années mais qu’il semble avoir de la peine à régénérer. Nouvel opus donc au goût légèrement acidulé de déjà vu, déjà entendu…On attendait mieux ! Et quand Kitano parodie un film sur les yakusas de Kitano, cela donne Outrage (compétition), une énième version avec coups (et écho sonore sur chaque direct asséné), hémoglobine, morts particulièrement sophistiquées (pas mal, la tête décapitée !), histoire tortueuse à souhait où chacun trahit l’autre, où les protagonistes hurlent sans cesse, sortent les révolvers pour dézinguer à tout bout de champs, où les voitures et les costumes sont noirs et le visage de Beat Takeshi Kitano, une carte de toutes les violences d’une société gangrenée par la drogue et tous les vices. Bon, d’accord monsieur Kitano... pas besoin de hurler !

Bedevilled (Semaine de la critique) du Coréen Cheol-soo Jang est une pochade gore ou une femme décide de se venger à coups de faucille et de marteau en éventrant et décapitant toutes celles et ceux qui l’ont faite souffrir, (il y en a beaucoup !), dans son humble vie sur une île perdue à être l’esclave des autres. Réjouissant petit premier film où l’on rit sans retenue de tant d’abominations !

The Housemaid, (Compétition), autre Coréen, Im Sang-soo, film glacé sur l’oppression des riches sur les pauvres, quand l’homme au pouvoir domine aussi le corps de la femme et son destin. Film intéressant, irruption d’une lecture particulièrement «militante » du rapport homme-femme et de la notion de pouvoir et de sexe. A noter la belle facture de l’image, de la lumière, et du jeu des comédiens pour une œuvre qui mérite une vision plus riche que celle d’un festivalier zappant d’un film à l’autre sans temps mort.

Chatroom (Un Certain Regard) de Hideo Nakata est insupportable. Les adolescents ont leur espace virtuel réellement symbolisé par des pièces dans lesquelles ils donnent libre cours à leurs idées. Verbeux, artificiel…comme cet espace virtuel dont ce film n’aurait jamais dû émerger !

Mardi, après Noël (Un Certain Regard) de Radu Muntean est l’histoire d’un adultère. Ce film roumain, dans la tradition d’un néoréalisme héritée de la Palme d’Or obtenue il y a quelques années, propose quelques moments particulièrement bien sentis (la rupture vue de l’intérieur, la préparation du repas de Noël). C’est pourtant un peu lent et long, défauts, avouons-le, qui touchent la plupart des films présentés cette année !

Que dire de Belle Epine (Semaine de la Critique) de Rebecca Zlotowski ? Que c’est un 1er film sur des adolescents perdus dans l’univers de la moto, qu’il est prometteur et qu’elle passe désormais au 2ème pour nous prouver son authentique potentiel ! Où du glacé et froid Unter dir die Stadt (Un Certain Regard) de Christoph Hochhaüser, film situé dans le monde des grands banquiers, entre pouvoir et chair humaine…qu’il est incompréhensible, part dans tous les sens, et qu’il faut nous donner le mode d’emploi afin de saisir ce qu’il a voulu (ou pas) dire… Mais que de toutes les façons, son film, même compris, restera ennuyeux et vide malgré une superbe photo qui embellit Francfort de ses innombrables reflets !

Reste deux petits bijoux. Le premier Banda Bilili (Quinzaine des Réalisateurs), de Renaud Barret et Florent de la Tullaye. C’est un film reportage qui dessine une véritable fiction. Sur 5 ans, dans une ville dévastée par la pauvreté et la misère, (Kinshasa, République du Congo), une équipe de cinéastes va suivre et soutenir un orchestre d’handicapés jusqu’à leur tournée triomphale dans les grands festivals et les capitales d’Europe. Leur musique est la colonne du film et la raison même de ce film, elle contient tout leur espoir, leur dynamisme, leur optimisme dans le plus extrême des dénuements. Ce film est une leçon de vie, un baume au cœur, une façon de mieux comprendre les autres et leurs différences, l’handicap et la force de vie de ceux qui n’ont rien, si ce n’est l’espoir au fond du cœur. Le personnage de l’enfant qui joue de sa boîte à lait monocorde, que l’on voit grandir jusqu’à devenir un homme, est magnifique : pour une fois, la caméra n’arrête pas le temps, bien au contraire, elle l’accompagne et l’enrichit de sa mémoire !

Le deuxième, Another Year de Mike Leigh (compétition) est dans la veine de My name is Jo de Ken Loach. Sur 4 saisons en 4 chapitres, un couple heureux (elle est psychologue, il est géologue) voit graviter autour de lui, des amis désemparés, des victimes de la vie, des épaves, la mort, tout cela en jardinant, en recevant beaucoup, en buvant (pas mal !) et en parlant (énormément !). C’est un réalisme à l’anglaise, humour et drame entremêlés, acteurs exceptionnels, notes sur des vies si humaines et si belles. On rit, on est ému, et même si le film pêche un peu par sa longueur (ces fameuses 15 mn de trop !), il emporte l’adhésion et transmet une vraie ration de bonheur au spectateur !

 

Bon, la lumière s’éteint, c’est le Godard, Film Socialisme qui commence…On en reparlera, et puis, il reste encore 5 jours… Peut-être qu’on le gagnera notre paradis des images, notre éden filmique ! A voir !

 

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De Rokia Traoré à Gotan Project

Publié le par Bernard Oheix

Voilà, la saison 2009/2010 vient de se terminer avec un somptueux Gotan Project, première du spectacle avant Paris, salle archicomble, public chaviré de bonheur, tout comme moi, heureux de cet évènement, heureux de retrouver Jules Frutos, le patron d'Alias, un homme qui aime la musique, qui comprend les artistes mais aussi les organisateurs, qui possède encore des principes et sait se rendre attachant. Alors sur ces derniers mois, quelques photos pour se souvenir du temps passé.

 

La belle Rokia, un de mes grands coups de coeur. Un instant magique qu'elle a illuminé de sa classe, de son humanisme, de son talent. Des frissons à la mémoire de sa grâce, de la pureté de son timbre, de l'éclair de ses yeux.

Je suis devenu son amoureux pour l'éternité.

 

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Rajery, le chantre de Madagascar et Talike, la Princesse des épines dans une des plus formidables rencontres de cette saison. Ils ont travaillé dans le contraste et se sont réunis dans la passion, transmettre l'amour de cette île-continent, parler des différences pour mieux les comprendre, déjà entre eux, toujours avec le public. Il n'y a plus de frontières et les corps vibrent à l'unisson sous cette musique tribale qui parle aux sens !

 

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En habit de Juliette Drouet, la passion de Victor Hugo, la passionaria Anthéa Sogno, et moi, son Roméo d'un soir, juste le plaisir des mots qu'elle a fait chanter, ceux de Hugo comme ceux de Juliette Drouet. Une extraordinaire leçon de vie, une émotion à fleur de peau, du théâtre de sens, sensations à vif,  esprit ouvert sur une petite histoire sublime de la grande histoire. Quand un grand homme est aussi un petit homme qu'une femme inspirera jusqu'au génie !

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Le Gotan est un véhicule hors norme parfait pour explorer les sentiers de l'Amérique du Sud, ceux si sombres des sons langoureux remixés pour devenir éternels. Voix, bandonéon, guitare, cuivre et deux imposantes machines chargées de transformer les notes en machine à se propulser dans le futur. C'est une musique d'éternité, dépassant toutes les frontières, qui reste étrangement naturelle. Le miracle de Gotan Project est de nier le temps !

 

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Dans ce spectacle un soin extrême est apporté au visuel, avec des couleurs chaudes de lumières, des écrans translucides où sont projetés des torrents d'images, un dispositif parfois un peu figé, toujours imposant, la sobriété du mouvement dépassé par la grandiloquence de l'effet, un spectacle à voir tout autant qu'à entendre et qui finira avec les tubes du groupe, dans un tango mécanique emportant le public dans sa fièvre !

 

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Voilà, c'était juste une madeleine sucrée, un petit goût de revenez-y, avec la nostalgie de toutes ces heures si belles car uniques, la certitude que jamais on ne remarchera sur ces travées...Bien sûr, il y aura d'autres moments à jouir, la beauté du passé chassée par l'espoir futur, mais que cette saison fut belle, entre les concerts de septembre 2009  (Bertignac, Archive, Peter Doherty, Bregovic...) et ces images volées par Eric Dervaux (except Victor Hugo) en mars et avril 2010.

Vite, à demain !

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Du pays Niçois à Madagascar

Publié le par Bernard Oheix

 

  La fin de saison se profile à l’horizon avec son heure des bilans qui se pointent, des analyses et des constats, des exégèses et des tableaux, de ce travail qui chasse l’alchimie du moment de rencontre pour le faire entrer dans un schéma avec la perfide sanction des chiffres… Disons-le, malgré la vraie crise, la désaffection générale d’un public volatile, la focalisation sur des produits formatés… la saison 2009/2010 aura été de bonne facture. Avouons que commencer avec Peter Doherty, Archive, Bregovic…et terminer sur le Gotan Project, cela a de la gueule et en impose quelque peu !

Et n’en déplaise aux esprits chagrins, la magie fonctionne encore et dans les interstices d’une crise ravageuse, nous autorise toujours d’espérer et de vivre intensément la rencontre entre un spectacle et un public même si parfois ce public fait cruellement défaut… et c’était le cas le 24 avril du côté du Théâtre de la Licorne pour le Corou de Berra et le malgache Rajery avec Talike en invitée ! Les absents ont vraiment eu tort ! Où étaient-ils nos amis occitans, les amateurs de Musiques du Monde, la communauté malgache ? Où étaient donc ceux qui rêvent debout ?

 

Le Corou de Berra, c’est 15 ans d’amitié, plusieurs concerts récurrents à Cannes, une disponibilité évidente frisant parfois l’inconscience (on se souvient encore d’un concert historique « sous la mer » aux Rochers Rouges de La Bocca où perchés sur un entablement rocheux, ils chantaient vêtus de blanc devant 3000 personnes en maillots et tubas en train de plonger pour écouter leur musique au fond de l’eau !), des réussites exemplaires (le concert avec Jean-Paul Poletti en 1996, des expériences avortées, les balbutiements de l’introduction de la musique (concert avec A Filetta en avril 2001), deux messes de Noël à donner l’envie de se convertir et communier (bon, là, faut pas exagérer !)… C’est aussi un 10ème CD, sobrement intitulé « 10 » et c’est Michel Bianco dit Michael White, Françoise Marchetti, la voix divine de Claudia Musso, Primo Francoia et Pascal Ferret réunis dans un groupe polyphonique qui a su s’extraire de la tradition et aller à la rencontre de créateurs modernes pour enrichir leur répertoire (Etienne Perruchon et Gilberto Richiero).

 

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Même si les cheveux blanchissent sous le harnais depuis 20 ans, même si la période actuelle n’est pas propice à la créativité débridée et à l’enthousiasme délirant, le Corou trace son chemin, sillon après sillon, sans jamais s’endormir sur les recettes toutes faites d’une musique de conformité, bien au contraire. Ils ont réussi à intégrer la mouvance d’une école d’Opéra moderne avec Perrucchon où la recréation sacrée avec Richiero. Leur dernier opus est un bijou, un de ces disques à emmener sur une île déserte pour y inventer l’électricité afin de l’écouter et qui fait partie d’une médiathèque personnelle sans laquelle l’avenir nous semblerait si fade. Quelques plages du CD font courir des frissons. « Lo vielh Senhe » « Niente di Noi » (2mn 57 de grâce et de bonheur absolu avec des voix qui s’enchâssent en vagues et des contrepoints suspendus dans l’éther), Le sette Galere, La Vidjamé (tirée de Dogora, l’opéra d’Etienne Perrucchon), d’autres sont plus traditionnels (Lou Roussignol, Maria, Se Canto…). L’ensemble se caractérise par un extrême soin du volume sonore des voix en contrepoint de la musique, sans jamais forcer sur la présence de l’organe humain tout en valorisant les nuances, la finesse et la précision des traits prenant le pas sur la dimension chorale. C’est l’œuvre majeure du Corou de Berra, celle de la maturité et de la plénitude, de la maîtrise non seulement des voix mais aussi de son rapport à l’instrument. C’est un CD à acheter, à voler chez son ami, à obtenir par tous les moyens !

Le concert sera à l’image du CD : élégant, classe, légèrement distancé, comme si la musique était plus forte que la crise et les fauteuils parsemés de vide. 3 morceaux a cappella avant que les musiciens rejoignent le chœur :(Gilles Choir en vieux pirate attachant avec bandana pour dissimuler son désarroi, Eros à l’accordéon subtil…). 45 minutes de bonheur qui s’écouleront sans même que l’on perçoive l’aile du temps, le frisson à fleur de peau. Corou for ever !

La deuxième partie de la soirée offrait une rencontre inédite, comme on les aime à Cannes, comme seules les villes qui en ont le désir et les moyens peuvent se le permettre. Rajery, une des voix les plus étonnantes de Madagascar invitant Talike, la leader du trio Tiharea accueilli la saison passée en polyphonie, pour un concert sublime. Armé de sa « valiha », une harpe à 15 cordes très complexe à utiliser donnant une sonorité particulière, Rajery pénètre sur la scène, discret, humble, face lunaire et bouille d’enfant émerveillé sortant de sa brousse.

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Après le concert, dans un de ces pots à boire qui nient le temps avec des artistes ouverts sur le monde, il nous racontait son angoisse, la première fois qu’il a débarqué en Europe pour jouer de la musique, devant les escaliers mécaniques, sa peur de la circulation dans les rues, tous ces appareils étranges qui meublent nos vies et lui semblaient si abscons. Il a gardé cet esprit d’enfant rieur, ce regard faussement naïf car si lucide devant le décalage du prix d’une vie selon que l’on est né d’un côté des Pyrénées où par-delà les océans. Il permet à l’ailleurs de faire effraction pour entrer en résonance avec notre univers figé. Son introduction à la « valiha » est un moment d’éternité, notes langoureuses étirées jusqu’à l’infini. Son groupe (batterie, basse et guitare, d’excellents musiciens, tous chanteurs) est en osmose avec lui et imprime une marque forte, une musique qui « sonne » et donne envie de bouger, de laisser son corps dériver.

A mi-concert, il va présenter son invitée spéciale, Talike, Princesse des Epines, née dans le Sud du pays, le territoire de l’Androy de Madagascar, cette île continent aux 18 ethnies qui arrivent encore à vivre ensemble et à se comprendre, Talike possède une voix dévastatrice, une voix qu’elle peut percher en hauteur et laisser en suspens. Avec ses « dokodokos », des tresses rituelles, elle est fière et sauvage, elle donne un coup de fouet au concert en permettant au jeu entre Rajery, les musiciens et cette silhouette féline de monter encore d’un cran. La salle tangue, les danseurs envahissent les travées et le concert finira dans une orgie de sons et de couleurs, de cris et de chants, de beauté et de ferveur.

 

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C’est ainsi donc une rencontre rare à laquelle nous avons assisté, une vraie création musicale « live » entre deux hérauts d’une culture où la musique se niche dans chaque geste quotidien, chaque drame et joie de l’existence, au cœur de la vie. Madagascar est un pays de musique trop souvent éloigné des chemins de notre connaissance et ce soir-là, du côté de Cannes, une page d’espérance s’est ouverte...

 

PS : Les photos sont de mon ami Eric Dervaux, un photographe qui aime les artistes et leur offre un soupçon d'éternité !

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De la Corse...et de quelques spectacles !

Publié le par Bernard Oheix

 

Période de grande densité culturelle, entre les spectacles accueillis à Cannes et ceux visionnés à Paris, Lyon et Nantes afin d’élaborer la saison prochaine, entre deux averses et des vagues gigantesques qui éperonnent le bord de mer en dévastant tout sur leur passage et une chute de flocons qui recouvrent la Croisette d’un manteau blanc étrange…plus de 20 ans qu’on avait pas vu un tel spectacle, il n’y a vraiment plus de saisons…J’ai suspendu mes baignades et je me calfeutre dans les salles en nourrissant ma tête de belles aventures.


boneige2.jpgBon, c'est vrai, il a neigé sur Cannes...Je crois que je vais cesser de me baigner pendant quelque temps !  La Croisette dans la semaine du blanc, je ne pensais pas que c'était possible, et pourtant !


Petite sélection des programmes vus (et à venir donc !)

 

Le Trio Esperanca, disparu depuis de longues années, se reforme sur Paris pour promouvoir leur nouvel opus. Les 3 sœurs brésiliennes restent belles, envoûtantes, elles sont inimitables même quand elles décident de rencontrer la musique classique avec leurs rythmes d’Amérique du Sud. Chaleur de la samba sur volutes de Bach. Cela reste naturel, juste une belle rencontre de sons qu’un musicien accompagne et orchestre. On sent le désir de renouer et de retrouver le public qui se laisse convaincre sans attendre et se met à tanguer de bonheur.

 

La Nuit des Rois. Comment Shakespeare a-t-il pu écrire une pièce aussi moderne, aussi impertinente, novatrice ? Ce ne sont qu’inversions, travestissements, amours homosexuels, ambiguïté permanente ! C’est divinement joué, tirant vers l’absurde les personnages décalés, induisant un vent de folie qui dérègle la mécanique des rapports humains. Un gâteau à la chantilly que l’on consommera à l’automne !

 

Thé à la menthe ou thé citron. Pièce culte, syndrome du Père Noël…On rit à cette pièce de boulevard qui se construit sous nos yeux, acteurs ringards (volontairement !), metteuse en scène à la dérive, texte inepte, gags incessants, dérèglement de mécanique annoncé…Je l’avais vu il y a 10 ans, elle sera à Cannes l’an prochain pour le meilleur de nos zygomatiques en folie !

 

Le kangourou de et avec Patrick Sébastien. J’y allais à reculons…il faut l’avouer. Mais la pièce, après une ouverture en fanfare au pire de ce que l’on peut imaginer, (une nana qui se fait sauter au cours d’un entretien d’embauche (!!) et qui obtient le job)…va dériver vers un univers à la Hellzapoppin. Délire entre la politique et monde des affaires, les rapports homme femme, puissance et séduction… Merveilleusement servie par deux comédiennes et un comédien qui entourent et protègent l’auteur qui navigue dans les hauts-fonds de l’indicible et du politiquement incorrect, la pièce s’achève sur un propos humaniste dans le meilleur des mondes. Une vraie réussite sur une odeur de soufre ! Rendez-vous à Cannes en janvier 2011.

 

Nilda Fernandez, le retour. Il n’avait plus produit de disque depuis quelques années, exilé aux confins de l’Europe dans une Russie qui lui tendait les bras. Il nous revient, voix inimitable, ressort ses tubes immémoriaux et présente ses derniers morceaux comme des bijoux ciselés dans l’or du temps. Nilda comme on l’aime !

 

On purge bébé. Cristiana Reali et Dominique Pinon. Si le texte reste à la limite du supportable dans son archétype d’un boulevard du XIX ème siècle, si les acteurs se démènent et en font des tonnes pour exister, si la mise en scène ne recule devant aucun effet surligné... c’est bien pour nous servir le plat brûlant d’une tranche d’histoire du théâtre de boulevard ! Et cela fonctionne, comme une madeleine encore odorante, le parfum suave d’une bourgeoisie insouciante en train d’ériger un monde en noir et blanc. A voir et à revoir.

 

Le mal de mère. Marthe Villalonga au zénith. Elle sort de ses rôles types pour endosser les habits plus sophistiqués d’une femme qui paye un psychiatre pour être entendue enfin. Elle trouve ainsi une profondeur et un propos plus riche que dans ses dernières créations. C’est une vraie belle réussite. Elle se métamorphose au cours de cette «thérapie» pendant que son thérapeute se liquéfie dans un processus d’inversion dont il sera la victime. Dommage que son partenaire (Bruno Madinier) souffre quelque peu de la comparaison et ne puisse maintenir son personnage au niveau de sa composition. Mais avec le temps, on peut espérer que Marthe soit moins seule à défendre son rôle et la pièce en sortira encore grandie.

 

Je passerai sur nombre de pièces ou concerts vus ou entrevus sur les planches parisiennes pour arriver aux programmes de notre saison actuelle à Cannes.

 

Un sublimissime ballet d’Antonio Gadès, (Fuenteovejuna), sans doute le chef-d’œuvre du chorégraphe, plein d’énergie et de passion, lecture d’une révolte paysanne aux sons du flamenco. La compagnie préserve de l’usure du temps, cette œuvre majeure de son patrimoine. Les rapports amoureux se confrontent aux rapports de classe dans un affrontement sans merci et la force la plus brutale ne peut enfermer la ferveur d’un peuple qui se soulève contre l’oppression pour sauvegarder son honneur et préserver l’amour. (C’est beau ce que je viens d’écrire, non ?). C’est biblique, c’est romantique et la fusion de l’inspiration flamenco et de l’art chorégraphique en fait un miracle d’équilibre et d’énergie !

 

Reste le week-end dernier, avec un Roland Giraud formidable dans Bonté Divine, la veille de l’annonce du suicide de Treiber. La pièce démarre comme une leçon de philosophie sur les religions, (un prêtre, un imam, un rabbin et un vénérable bouddhiste sont réunis pour une conférence). Par la suite, elle basculera dans une histoire (certes) tirée par les cheveux, support d’une comédie sérieuse où le (sou)rire le partage à la réflexion ! L’ensemble reste attachant, ouvert, intelligent, comme si le simple fait de parler ensemble pouvait bannir la haine et le rejet de l’autre. Communiquer sur ce qui différencie les êtres, c’est déjà accepter la différence ! C’est un manifeste pour la tolérance où l’objectif à atteindre permet d’accepter les quelques faiblesses de la mise en scène… sans états d’âme !

 

Une soirée corse, cela sent à priori, le figatelli grillé au coin du feu, une atmosphère bon enfant, la main sur l’oreille pendant le chant profond et l’accent inimitable de nos frères îliens. Nos amateurs d’exotisme en auront été pour leur frais tant cette soirée fut moderne, riche et particulièrement intense. De 51 Pégase, je ne dirai pas grand-chose tant j’ai déjà couvert d’éloges cette pièce tirée du livre de Marc Biancarelli, présent dans la salle. Beauté des mots et force des images, acteur superbe, mise en scène élégante de Jean-Pierre Lanfranchi… Parfois, quand on programme et que l’on sélectionne une oeuvre, on se pose des questions sur son adéquation dans un lieu et son public, sur la «prise de risques», sur les raisons profondes qui nous motivent. Point d’interrogations pour cette magistrale œuvre de théâtre contemporain présentée à Cannes. La crudité des situations décrites, la violence des propos, la rigueur austère s’effacent devant la beauté de ce moment de grâce absolue d’une introspection collective. C’est un théâtre branché sur le courant continu d’une création en prise directe avec l’écho de la réalité !

Et comme pour se sublimer, la soirée corse se clôturera avec un concert de l’Alba, un groupe de la 2ème génération, libéré des angoisses existentielles de leurs aînés focalisés sur la recherche d’une identité et de racines, s’épanouissant dans une musique instrumentale subtile, mixant les chants et la polyphonie, profane ou sacrée, mise en lumière ritualisée, instruments baroques, vent ouvert d’influence diverses orientales.

Voilà, n’en déplaise aux esprits chagrins, une soirée corse fait aussi appel à la modernité et à l’intelligence entre deux mastications de « lonzo » et de « salsiccia ».

 

Bientôt le Festival des jeux, Paris encore pour les derniers réglages d’une saison à venir. La vie continue même dans les frimas d’un hiver rude. Sortez, même couverts, mais sortez s’il vous plait, le monde à besoin de vous et de l’obscurité des salles de spectacle jaillira la lumière !

 

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