Festival de danse Les Deux Terres !
Issa Aimé Ouédraogo est un danseur et un chorégraphe inclassable. Originaire du Burkina Faso où il a grandi en s'initiant à la danse et à la musique, il s'est installé sur Cannes et tente de nouer des liens permanents entre les danseurs de son continent et ceux de cette France qui l'a adopté.
La Compagnie Téné qu'il a créée est l'organisatrice avec Loïc Mollet de ce festival qui en est à sa 11ème édition et reste toujours aussi étonnant, magique, inclassable, tant le mixte de ses deux cultures reste l'âme fondatrice d'une démarche qui tend à abolir les frontières des différences pour celles des qui réunissent les coeurs.
Et cette 11ème édition, soutenue par la ville de Cannes, a tenu toutes les promesses d'un monde meilleur où le partage gomme les différences !
C'est en ce vendredi 3 juillet que le bal a été lancé par un buffet offert par des bénévoles où les palais pouvaient s'ouvrir aux goûts d'une nourriture mixant les saveurs des 2 continents :succulent !
Le Festival s'est alors ouvert sur un solo contemporain Peut-être demain d'Issa Aimé Ouédraogo interprété par Patricia Lionel. Une femme battue se révolte contre l'oppression de son homme et se libère de ses peurs en s'inventant une nouvelle vie. Magnifique et poignant.
On enchainera avec un des bijoux de ce festival. Andy Scott Ngoua dans Le souffle de mémoire. Des hommes et des femmes doivent se lever pour défendre leurs droits. C'est toute la salle qu'il va emporter dans sa gestuelle libératrice pour conclure sur un univers ou avec une marionnettiste, il va se libérer de la peur de ses ombres qui le pourchassent.
Saisissant, attachant, Andy Scott vit à Bordeaux où il crée des oeuvres inclassables. À voir absolument.
Cette première partie danse s'achèvera avec la Compagnie Pieds Nus de Mouans-Sartoux dirigée par Corinne Oberdorff, un village proche de Cannes avec Pulsation(s) où un collectif amateur d'une quinzaine de jeunes vont accélérer, ralentir et suspendre le temps avec une belle énergie.
Dans la deuxième partie de la soirée, c'est la musique qui viendra nous offrir de s'évader, tout d'abord avec un groupe de Gospel dirigé par Lilly Klock et en final par le récital d'un virtuose de la Kora, M'Bady Diabaté, héritier d'une prestigieuse lignée de griots de Guinée-Bissao.
Une soirée remarquable dans tous les sens du terme avec un public complice et charmé.
Le samedi 4 juillet sera plus complexe à vivre, coincé entre un Festival de feux d'artifices et un 8ème de finale avec la France contre le Paraguay en foot-ball.
Et pourtant, les absents auront eu tort.
Entamant la soirée avec un solo de Kehila Stéphane Douan de la Cie Lafissou d'Afrik, le thème de la disparition d'enfants dans des pratiques rituelles violentes ne peut laisser indifférent. À travers les gestes hiératiques de ce danseur seul sur scène, c'est toute la violence du monde que l'on perçoit en contrepoint !
Agnès Martini, une des complices d'Issa Aimé Ouédraogo, enchainera avec 4 pièces plus classiques tenues par des élèves de son école. Magnifiques, somptueuses, un véritable moment de jouissance devant ses jeunes surdouées se dévouant à leur art dans une superbe mise en scène d'Agnès Martini.
Pour terminer la Cie Djellia avec Soundiata Keîta, va nous offrir un superbe ballet contemporain de Karim Konaté. Une vingtaine de danseuses et danseurs, dans des costumes d'époque, évoquent l'incroyable histoire de Soundiata Keîta, un roi Mandingue, chassé du pouvoir par son frère et qui reviendra à la tête de son pays pour édicter la charte du Mandé, une déclaration des droits de l'homme en 1236, 500 ans avant notre propre déclaration française.
Magique et saisissant avant le final en musique de Badeya Kadi, avec son balafon et ses percussions héritées de sa famille de griots.
Un festival qui se bat au quotidien avec des moyens dérisoires pour alimenter une culture vivante et un projet de vie en société bannissant les frontières. un groupe de danseurs et danseuses complices pour nos offrir l'espoir du rêve dans la beauté du geste.
Mais je ne peux terminer l'histoire de ce festival sans parler de son volet expositions. Dans la salle annexe du Miramar, 3 artistes de talent viennent nous proposer leur regard sur un monde qui se déchire et tentent de garder la mémoire de la beauté.
Nathalie Sternalski avec des photos qui renvoient à l'étrangeté du monde. Un travail saisissant sur le regard et la perception d'une réalité transformée.
Éloïse Mendez travaille la matière et la transforme. De la pierre au raku, du métal à la douceur de ces formes qui se déchirent, elle propose d'affronter les contraires pour créer un mouvement universel.
Zack Herr Mann à travers ses tableaux, explore tous les mondes du possible de la nuit dans laquelle Linda Cluster, son personnage de fiction se transcende. Un artiste-peintre inclassable qui réside à Antibes.
Alors bravo à toute l'équipe du Festival des deux terres, des artistes au techniciens, des bénévoles aux danseurs, et un grand merci à Issa Aimé Ouéadrogo d'aller jusqu'au bout de ses rêves !
À l'an prochain pour une 12ème édition !
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