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Empire of Light.... Ma madeleine à moi !

Publié le par Bernard Oheix

Il y a une délicieuse saveur nostalgique dans les ombres cachées de ce Palais des Lumières de la côte sud anglaise. C'est à une plongée dans les années du punk et des skinheads ultras racistes, des ravages de la politique de Tatcher, que Sam Mendes nous invite sur fond d'un cinéma agonisant et de sa gérante, femme mûre brisée, malade et qu'un souffle d'espoir va entrainer dans un tourbillon d'émotions qu'elle ne pourra maîtriser.

L'arrivée d'un jeune noir dans l'équipe qui ouvre les séances au public va bouleverser l'équilibre précaire qui la maintenait en mode survie. 

Brève rencontre impossible, agonie d'un monde dans lequel les faibles n'ont plus leur place et qui annonce d'autres drames à venir. Mais il reste la magie d'un flux de lumières créant l'illusion du mouvement et d'une réalité que personne ne peut emprisonner, celle d'un univers artificiel qu'un projectionniste peut enclencher en pesant sur un bouton pour faire vaciller les certitudes. 

Quand Stephen, jeune noir brillant qui ne peut intégrer l'université, débarque dans l'équipe de bras cassés qui gère un cinéma, il ne se doute pas que son arrivée va ébranler tout l'édifice, un magnifique bâtiment à l'ancienne dont une partie est désormais abandonnée mais que deux salles aux velours rouges et aux charmes surannés continuent à faire vivre aux ors d'un passé glorieux.

Entre la formidable actrice Olivia Colman, femme subissant les blessures d'une vie, une mère qui ne l'a pas aimée, des hommes qui ont abusé d'elle, dont ce directeur du cinéma, son patron, qui profite d'elle au rythme de ses désirs lubriques, et qui survit avec des médicaments aux dérapages de son inconscient, et ce jeune noir brillant, une étrange amitié amoureuse va naître. Quelques étreintes, ce "lithium" que l'on décide de ne plus ingérer pour se sentir vivante à ses côtés, et surtout, la découverte de ce racisme viscéral d'une société qui chasse le nègre, "le bamboula", afin d'exorciser ses démons !

les maigres fils qui la reliaient à la réalité vont exploser, la laissant face à ses démons, provoquant une nouvelle crise et son enfermement.

Pourtant, ils vont se léguer mutuellement deux cadeaux inestimables : pour lui, la poursuite de ses rêves avec son intégration à l'université et un parcours de vie qui s'ouvre enfin à l'avenir, pour elle, grâce à Stephen, le visionnement pour la première fois d'un film avec une plongée dans un monde d'artifice qui bannit la peur du présent.

Alors c'est vrai que le film est brouillon, part dans tous les sens, manque de rigueur dans son écriture... mais qu'importe devant ce projectionniste fascinant qui créé la l'illusion, devant le sourire d'une femme qui cherche un peu de bonheur et le trouve dans le faisceau d'un arc de lumière, devant ce jeune exilé qui part à la conquête d'un monde entre deux univers.

C'est un hommage au 7ème Art et à un monde qui change. C'est une plongée dans la vie de quelques individus réunis par les hasards de la vie qui voient s'écrouler le monde d'avant pour plonger dans le futur.

C'est avant tout un formidable film sur le racisme à l'heure où il s'est banalisé jusqu'à devenir le crédo officiel de tant de gouvernants et de faiseurs d'une histoire frelatée.

A l'heure où on laisse se noyer des familles dans l'eau saumâtre d'une Méditerranée sans un regard pour leur désespoir, où l'on érige des murs pour ne pas voir les gens mourir, où des guerres trouvent des boucs émissaires aux plus nauséabonds des exutoires  ou l'autre devient un ennemi de la raison, il est salutaire de sentir qu'un film peut avoir envie d'aimer la différence et que l'humanité peut se nicher dans un regard, dans un geste dans un coeur libéré de toute obsession par l'alchimie d'un projecteur qui braque son faisceau sur le rêve d'un monde meilleur. 

Alors je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager la 1ère page d'un livre sur mon "cinéma Paradiso" que j'ai composé en hommage à cette lucarne qui m'a tenu éveillé tout au long d'une vie où les films ont jonglé avec ma réalité. Le cinéma m'a façonné et m'a accompagné toute une vie consacré à la culture et à la fraternité. Mon Empire Of Light s'est échoué  sur les bords de la Manche, dans une Angleterre qui nous a offert tant de bonheur avant de sombrer dans le cauchemar d'un monde moderne où le présent s'écrit avec le sang de ceux qui n'ont plus rien !

1) L’Enfance Nue ou comment devenir un cinéphile.

1) L’arrivée d’un train en gare de ... Nice !

J’ai échappé une nouvelle fois à la surveillance de ma mère. Il faut avouer qu’avec mes deux frères et tout le travail de la maison, elle a fort à faire. Il y a toujours un moment où je peux franchir la porte, traverser la petite cour et ouvrir les deux battants qui me permettent de pénétrer dans ma caverne mystérieuse ! Je me faufile dans le bruit électrique d’une musique et de mots que je ne comprends pas. Ce n’est pas grave ! J’ai l’habitude et même pas peur ! Je m’assieds sur un des fauteuils, mes pieds ballants dans le vide. Il fait noir, mais en levant la tête, je vois un pinceau de lumières qui jaillit d’une ouverture en scintillant.

Et quand je regarde devant moi, c’est l’illumination. Des ombres noires et des taches blanches, des silhouettes qui courent, des masses qui dérapent, des pleurs et des rires. C’est ma caverne secrète et j’aime m’y réfugier même si je ne comprends rien à ce qui s’y déroule.

Nous sommes en 1955 et j’ai cinq ans. Mes parents habitent un appartement de pauvres parce qu’on l’est ! Traverse Longchamps à Nice, derrière la rue de France. Deux pièces où l’on s’entasse, donnant sur l’arrière-cour du « Cinémonde », avec la cabine du projectionniste à laquelle on accède par un escalier métallique extérieur en face de notre entrée et l’issue de secours du cinéma barrée par cette porte à deux battants que j’ai appris à franchir discrètement.

Mais il y a toujours un moment où je sens une main me saisir pour me ramener dans la cour et tomber les reproches de ma mère, « -J’étais folle d’inquiétude, je t’ai dit de ne pas aller dans la salle tout seul, c’est dangereux ! » Frisson rétrospectif délicieux. Il faut alors que je promette de ne plus m’y rendre, ce que je fais en sachant pertinemment que, dès que je le pourrai, je retournerai dans ce monde d’une « lanterne magique » où rien n’est vrai, mais tout si réaliste...et que ma mère viendra de nouveau pour me récupérer.

Au fond, entre l’affolement des premiers spectateurs d’un art nouveau, qui se lèvent précipitamment et fuient devant une locomotive entrant en gare de La Ciotat en fonçant sur eux, et mon attirance pour cet objet confus qui me fascine, il y a la même part de mystère, la même dose de magie qui échappe à la raison. L’inconscience du public en ce 25 janvier 1896 devant ce film de 50 secondes n’a d’égale que mon jeune âge qui obère ma perception de la réalité, 60 ans plus tard. Le spectateur est toujours prêt à être un grand enfant, moi, j’étais un petit enfant toujours prêt à être un grand spectateur !

En 1957, nous deviendrons un peu moins pauvres. Mon père troquera sa tenue de livreur en vélo pour une maroquinerie niçoise contre celle plus chamarrée d’un sapeur-pompier à Cannes, et nous déménagerons. Entre temps, j’avais appris à escalader cet escalier de fer, et le projectionniste m’avait ouvert les entrailles de son domaine. Des appareils qui grondent, de la pellicule qui défile, le contrôle par la lucarne, le point à l’objectif... même tout petit encore, je comprenais que derrière le mystère, il y avait la mécanique d’une technique bien rodée que des accidents pouvaient entraver, déchirure de la pellicule, les charbons générateurs de l’arc électrique à changer en urgence...

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Aucun Ours... mais un chef d'oeuvre !

Publié le par Bernard Oheix

Je m'en souviens encore, comme si c'était hier... Étudiant à l'orée des années soixante-dix, entrant dans une salle de cinéma de la MJC Gorbella à Nice, pour visionner le film d'un jeune réalisateur peu connu, Bernardo Bertolucci. Cette séance allait bouleverser ma vie et me donner l'occasion de prendre mon envol. Une maitrise de cinéma sur son oeuvre sous la direction de mon maître Jean A Gili dont une grande partie sera publié dans Études Cinématographiques, une maitrise de linguistique et un DEA de communication pour achever mon apprentissage, puis l'envol dans une carrière professionnelle où le cinéma sera toujours présent, jusqu'à la Direction de l'Évènementiel dans le temple du 7ème Art, ce Palais des Festivals de Cannes qui allait m'héberger pendant 22 années d'une vie de passions.

En ce samedi 7 janvier 2023, dans la nuit qui allait voir la mia mama partir en douceur pour une terre inconnue, je me présente au cinéma Raimu, petite salle de la MJC de Ranguin à la programmation remarquable que je fréquente avec assiduité pour un film d'un réalisateur iranien bardé de prix. Ours d'or, Lion d'or, Léopard d'or, une véritable ménagerie enchantée, Prix spécial du jury à Cannes après une caméra d'or pour des films fascinants comme Taxi Téhéran, Le cercle, Le Miroir, 3 visages... autant de perles serties dans un pays corseté par les interdits, la censure et la difficulté d'être un intellectuel épris de liberté dans un univers étranglé sous la botte des intégristes.

Jafar Panahi où l'intelligence et la sensibilité au service d'un Art humaniste.

Alors disons-le, quand je suis sorti de la salle, un demi-siècle après La Stratégia del ragno de Bertolucci, la même impression de vertige, la certitude d'avoir touché à l'essentiel sur les pas d'un réalisateur sachant allier la forme au fond d'une petite histoire ancrée dans une grande tragédie de la vie.

 

Le visage poupin de Jafar Panahi éclaire d'emblée l'écran. Le réalisateur joue le rôle d'un réalisateur qui télécommande le tournage de son film avec un assistant, par le biais d'un ordinateur trop souvent sans réseau. Lui, a fuit Téhéran et s'est réfugié dans une petite ville frontière, loin de la capitale, et son équipe de tournage a franchi le pas, exilée dans un pays riverain. Ce film qu'il tourne à distance parle d'un homme et d'une femme amoureux qui cherchent a fuir leur pays pour vivre leur amour dans la liberté.

On discerne dans l'entourage du réalisateur un village perdu confronté à sa présence inquiétante, source d'insécurité pour les habitants qui ont peur d'être sous le feu de la police à cause de lui. La réalité renvoie au sujet du film qu'il tourne dans une mise en abîme saisissante.

Il va parcourir ces chemins de traverse qui longent la frontière, lieu de tous les trafics, mais ne pourra physiquement la franchir afin de basculer de l'autre côté du miroir. Sa liberté ne peut se construire sur la fuite et le reniement de son pays, même s'il sort de quelques années de prison et que l'aile d'une justice aveugle peut s'abattre à tout moment sur le libre penseur qui filme la vie et s'interroge sur le temps présent. Alors il va continuer à télécommander le tournage, affrontant le filet qui se resserre autour de lui en apportant leurs nuages d'incertitudes.

Pendant ce temps, dans un décalage incroyable, les acteurs qui interprètent le rôle des deux jeunes amoureux se posent la question de fuir définitivement leur terre et leurs familles, troisième niveau d'une interrogation fondamentale : l'exil est-il la solution d'une vie rongée par l'interdit ?

C'est littéralement éblouissant techniquement, malgré des moyens limités, prouvant à l'évidence que le cinéma n'est pas seulement un Art de la démesure, bien au contraire, la fiction naissant d'une réalité triplement renvoyée à la vraie nature de ce que vivent les iraniens, les intellectuels et ces femmes prêtent à dénouer leur foulard pour crier leur révolte.

Jafar Panahi, lui, refuse de partir et sera emprisonné dans les geôles d'Evin, le 11 juillet 2022 à l'âge de 62 ans pendant qu'Aucun Ours obtient le prix spécial du jury à Venise. Les spectateurs du monde entier auront la possibilité de voir son oeuvre pendant qu'il croupit derrière des barreaux. Sa libération intervient le 3 février 2023, en pleine crise d'un régime à bout de souffle que les femmes viennent éperonner en dévoilant leur visage et en exhibant leurs mèches de cheveux.

Jafar Panahi, en plus d'être un très grand cinéaste est un grand monsieur... alors chapeau l'artiste, et continue de filmer tes bouts de misère pour parler de la grandeur de l'homme !

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1er janfévrier 2023 : enfin la nouvelle année !

Publié le par Bernard Oheix

En hommage à une Mama d'amour et de tendresse !

En hommage à une Mama d'amour et de tendresse !

Et là, je ne triche pas ! C'est bien dans l'eau à 14° d'une Méditerranée hivernale que je barbotte pour fêter, avec un décalage d'un mois, l'entrée dans une nouvelle année particulièrement chaude sur tous les plans, sauf bien évidemment, sur la température d'une eau de mer bien peu accueillante !

Le mois de janvier restera celui de la disparition d'une femme de bonté, un soutire d'humanité qui s'est effacé, emportant un torrent de souvenirs, 95 années d'une vie de maman où l'autre avait toute sa place dans son coeur, avec ses différences et son refus du racisme et du rejet.

Elle avait souffert à l'adolescence d'un rejet de la Paoletta Icardi qu'elle était, fille d'un immigré Italien à une époque où sur Nice, fleurissait un racisme violent contre les "ritals", ces "mangia polenta" qui sous la botte de Mussolini, imposaient leur alliance avec les nazis en rêvant d'un monde vêtu de chemises noires. 

Elle n'était que la fille d'un immigré qui envoyait de l'argent à sa famille pour élever ses frères accrochés à un lopin de terre près de Acqui-Terme où ils cultivaient la vigne afin de produire une Barbera qui atterrirait sur les tables du Piémont.

C'est à l'ainé de la tribu, Paolo, mon grand-père qu'étaitt échu le rôle de partir pour nourrir à distance, sa famille qui vivait chichement et savait ce que la faim voulait dire !

Étrange résonance avec ces migrants poussés par la misère, dérivant à la recherche d'un Eldorado, qui portent le devenir de leurs frères et soeurs dans leur acharnement à trouver du travail. 

La mama refusait le racisme et tous les extrèmismes, accrochée à sa mission de mère aux côtés de l'homme de sa vie, Gérard Oheix, afin de nourrir sa progéniture et les copains et copines qui déboulaient à sa table accueillante.

Reine de la soupe au pistou, elle avait le sourire généreux et une aptitude au bonheur ancré dans les rires de ses enfants.

Elle a vécu les 5 dernières années de sa vie dans un EHPAD à Cannes, heureuse d'une vie sociale et d'amies qu'elle savait enjôler ! À l'heure où ces établissements sont si critiqués, à juste titre quand le profit l'emporte sur le sort des pensionnaires, Les Gabres à Cannes prouve que l'on peut accueillir et choyer des anciens qui n'ont plus que le passé pour survivre et y trouvent un espoir de vie sociale et de bonheur.

Mais son temps était venu et juste avant que l'aile de la peur et de la douleur l'effleure, après le départ de sa grande et dernière "copine", Santa la corse, elle s'est endormie pour ne plus se réveiller.

Et ses 4 garçons et les cousins, quelques ami(e)s et les responsables de l'Ehpad se sont retrouvés pour lui dédier une dernière page définitive d'amour et de tendresse pour celle qui en débordait.

Et pendant la cérémonie au crématorium, je savais que je lui dédierai ce bain rituel d'une nouvelle année qui commencerait pour moi le 1 février 2023. 

1er janfévrier 2023 : enfin la nouvelle année !

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2023 ?

Publié le par Bernard Oheix

2023 ?

Bon d'accord... j'avoue tout ! 

Ce n'est pas le 1er janvier 2023 mais bien le 24 aout 2022 que j'ai pris cette photo et ce n'est pas au rocher de Bernard dans la Méditerranée mais dans la piscine à nénuphars niçoise de ma copine Anna...

Qu'importe, pour moi l'année n'a pas vraiment commencé, c'est le 1er février qu'elle entamera son cycle réduit exceptionnellement à 11 mois en cette année 2023 et c'est donc à cette date que j'effectuerai mon plongeon célèbre dans une mer glacée qui vous a apparemment tant manqué en ce début d'année.

Et pour cause... après un séjour paradisiaque dans l'oasis de Dar Tawarta de ma copine Françoise Bastide à Dakhla en cette fin décembre avec la tribu des Oheix dont Lise et Alma, mes petites filles éblouies par les chameaux et les dunes, entre l'océan et le désert, le retour à la réalité fut quelque peu difficile : une maman d'amour avait décidé de nous quitter après 95 ans de bons et loyaux services.

Une femme de coeur et de gentillesse, usée et s'évadant avant de souffrir, avec ce regard plein d'humanité qui va nous manquer mais restera gravé comme une signature indélébile de cette profonde humanité qui la caractérisait.

La cérémonie de crémation de ce vendredi 20 janvier fut un moment d'émotion pure, les 4 frères et la famille proche, quelques amies de l'époque des années 70 qui squattaient sa soupe au pistou en reluquant les garçons de la reine mère, les proches de sa dernière période, elle la survivante, dans un Ehpad où elle régna et fut heureuse dans ces 5 dernières années au milieu d'un personnel attachant et de résidents qui l'aimaient.

Michel, le maître de cérémonie dans un texte survolant sa vie de femme et de mère, moi improvisant sur sa jeunesse et son italianité, le racisme qu'elle a vécu dans sa chair et cette dernière période de sa vie accomplie où elle se vivait "comme à l'hôtel", Jean-Pierre déclamant des proverbes italiens dont "La vita é une aventura meravigliosa... peccato chez non ci usciamo vivi !", et Jean-Marc entonnant une "Tosca" bouleversante pour cette amatrice de belle voix, pour finir par un texte de Vinciane, l'animatrice des Gabres, sa dernière étape de douceur.

Elle est partie dans son sommeil, avant de sombrer dans la peur et la douleur, et l'on garde son sourire comme un sésame pour cette période étrange où tout semble se dérégler et fouler aux pieds nos valeurs, sauf bien sûr, l'amour d'une maman qui aima ses enfants jusqu'à la déraison.

2023 ?
Ciao, la reine mère !

Ciao, la reine mère !

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Le Festival du Film : De la scène à l'écran.

Publié le par Bernard Oheix

Nous étions nombreux, vieux cinéphiles de Cannes, à nous précipiter au Palais Stéphanie pour un OVNI annoncé depuis des lustres mais sans cesse reporté. Prévu et balayé par la Covid, une pièce au titre peu engageant débarquait enfin et le film pouvait se faire de chair et d'os par la voix de comédiens : Cannes 39/90, une histoire de Festival, programmé par Sophie Dupont (avec un T en final !), où la tentative originale de donner un sens à notre histoire de Cannois, la naissance et la magnificence d'un Festival du Film pour cette Ville atypique.

C'est Etienne Gaudillère, avec sa compagnie Y et une dizaine de comédiens, qui s'est attelé à la tâche de composer et de mettre en scène cette ode à l'histoire d'un Festival. 

La première partie du spectacle est enlevée et pointe bien les enjeux d'une période où la Mostra di Venezia règne sur le cinéma mais croule sous la férule de dictateurs qui impriment leur marque au nom de leur toute puissance : en 1938, c'est Mussolini sur injonction de Hitler qui fait primer les Dieux du stade de Leni Riefenstahl sur Autant en emporte le vent de Victor Fleming qui avait la faveur du jury, provoquant la fureur d'un Jean Zay et sa volonté de créer un Festival du monde libre.

Cannes va naître de cette conjonction et la pièce chemine sur cette première période avec un certain bonheur pour le spectateur (de théâtre !).

C'est à partir de 1968 que le processus se grippe quelque peu, et ce n'est pas parce que je suis un soixante-huitard et que j'ai vécu cette période que je réalise ce constat. Sans aucun doute écrasé sous le poids et la richesse du propos, les acteurs perdent parfois le fil narratif, le verbe est trop présent et décousu à l'image de la révolte des Godard et Truffaut, trublions héros d'une Nouvelle Vague en train de submerger les rives de la Méditerranée.

Mais la pièce avance sûrement, les années défilent, la starlette devient reine des sables, le star système impose ses noms de légende, le Festival devient vitrine et acteur du 7ème Art.

On peut regretter l'omission de deux évènements qui ont été particulièrement déterminants : le scandale autour de La Grande Bouffe de Marco Ferrerri et l'accueil plein de haine de La Maman et la Putain de Jean Eustache... (J'y étais, je sais de quoi je parle !)

2 heures pour raconter  50 ans de vie. Le pari était osé mais plutôt réussi. Le final d'une monté des marches sur un tapis rouge renvoie à l'image trop iconique du Festival même si on peut regretter une ultime phrase jetée avec violence au visage du spectateur, trop "accrocheuse" et sans doute écrite pour annoncer une 2ème partie qui courrait de 1990 à nos jours.

Pourquoi pas ?  Même s'il n'était pas vraiment opportun de lancer "je me suis fait violer à Cannes" en ultime réplique pour accrocher des producteurs et faire revenir le public par l'odeur du sang alléché !

Il n'en reste pas moins que cette pièce est particulièrement intéressante et pose bien des questions qui interrogent tous les cannois coincés entre un festival omnivore qui se déroule au mois de mai et cette vie quotidienne à l'ombre des palmiers en fleurs tout le reste de l'année !

Alors, attendons cette suite maladroitement annoncée, le Festival a encore tant de secrets à dévoiler !

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Cinéma et Rencontres : un peu d'histoire !

Publié le par Bernard Oheix

Les 35ème Rencontres Cinématographiques de Cannes proposent des films sélectionnés et primés dans d'autres festivals et des avant-premières pour un public de cinéphiles et pour les jeunes de Cannes. 

Nées en 1965, je me souviens encore de la présentation de Quand passent les cigognes dans les ors du vieux Palais des Festivals, un de mes premiers grands chocs de cinéphile adolescent. C'est monsieur Francis Legrand, un professeur de philosophie du Lycée Carnot qui en était le maître d'oeuvre avec Henri Vogel, un professeur d'anglais et quelques autres cinéphiles avertis. Ils avaient conçu ces RIFJ (Rencontres Internationales Film et Jeunesse) comme un outil pédagogique,  pendant du grand festival, afin permettre aux jeunes de Cannes de mieux comprendre le cinéma, avec des débats sur des films exigeants. Âge d'or de la cinéphilie, quand les fenêtres sur l'ailleurs passaient par les 24 images secondes d'un film qui se déroulait en créant l'illusion d'une réalité.

À l'époque, la cinéphilie était portée par les directeurs et anciens directeurs des MJC de Cannes. Jean-Pierre Magnan, Liliane Scotti, Jean-Robert Gilli, furent successivement, avec leur passion, les responsables de l'entité Cannes Cinéma naissante. D'autres animateurs comme Myriam Zemour, Josée Brossard et Erwan Bonthoneau prirent leur envol dans ce foyer de créativité avec une Paquerette Madre présidente attentive aux jeunes qui partageaient l'amour du cinéma dans une ville qui se façonnait autour du 7ème Art. Des ouvertures vers la critique avec des ateliers d'écriture, des stages et des ateliers étoffèrent l'action pédagogique des enseignants, définissant une nouvelle manifestation tournée vers la jeunesse de Cannes.

Mais le monde moderne avançant à marche forcée, la télévision s'imposait comme un vecteur qui dévoilait l'horizon et à la fin des années 80, le cinéma, sous l'impulsion de la petite lucarne, entrait en mutation. Les élus de la ville de Cannes décidèrent de moderniser ces RIFJ qui en étaient à leur 22ème édition en 1987, Les Rencontres Cinématographiques de Cannes naissant sur les décombres des RIFJ dans la période précise où je devenais Directeur-Adjoint de l'Office de la Culture de Cannes sous la responsabilité de René Corbier, me faisant de facto un des acteurs de cette mutation. Cruelle ironie d'un monde qui basculait dans la modernité et dont j'étais partie prenante bien malgré moi.

J'ai même eu le privilège de gérer ces Rencontres pendant quelques années, avant que Cannes Cinéma ne prenne son envol  gérant les manifestations du cinéma et le volet cinéphile Cannois du Festival International du Film. Par la suite, j'ai eu le privilège d'être membre du Jury (avec Nilda Fernandez, mon ami), et en tant que cinéphile, un spectateur assidu des projections.

Mais coincé entre un président attaché à sa gloire éphémère pendant les 15 jours du "grand" Festival, une directrice qui ne connait rien au 7ème Art et gère à la baguette les cinéphiles comme un troupeau de moutons, le règne d'un Internet souverain et sa dématérialisation imposée aux forceps sans considération pour ceux qui partagent l'amour du cinéma et sont désarmés devant la technologie moderne, il ne reste que les effluves passées d'un avenir de lumière : le cinéma se meurt de devenir une vitrine officielle en perdant son humanité et les salles se vident avec constance depuis que les directives nouvelles sont appliquées sans ménagement et sans égards !

Le passé s'enterre vite et si j'ai disparu des écrans et des listing d'invitations aux premières des Rencontres Cinématographiques de Cannes, je n'en reste pas moins un fidèle des films. En cette 35ème édition, les 6 oeuvres que j'ai visionnées dans la salle trop vide de la Licorne ont résonné comme les lames acérées de la fureur d'un temps où le monde perd sa raison pour se réfugier dans la peur des certitudes !

Et s'il ne devait rester que quelques images, alors courrez voir Divertimento de Marie-Castille Mention-Schaar, Saint-Omer d'Alice Diop, Petites de Julie Leray-Gersant et Youssef Salem a du succès de Baya Kasmi, 4 bijoux de films réalisés par des femmes cinéastes qui prouvent à l'évidence que le cinéma continue de muter et que les images ont encore un avenir dans un monde où la poussière du temps affronte l'arrogance des puissants !

 

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Tableau d'une exécution.

Publié le par Bernard Oheix

Depuis l'ouverture de la scène 55 à Mougins, avec sa magnifique salle de 600 places, René Corbier, le Directeur Artistique propose une programmation d'une extrême richesse, son goût sûr fait merveille et allie le jeune spectacle et les valeurs plus confirmées, les découvertes et les propositions sont multiples, faisant de ce lieu, une incontournable étape avec Antibes, Cannes et Grasse.

René Corbier, ex-directeur de la culture à Cannes, mon collègue et ami des années Palais des Festivals, cultive les amitiés fidèles, respectueux et toujours ouverts, bienveillant envers les artistes et créateurs qui lui rendent bien les soins qu'il a pour eux.

C'est à Cannes, à la représentation d'une pièce sur le Festival du Film (Cannes 39/90, une histoire du Festival par la compagnie Y dont je vous reparlerai) que nous nous sommes retrouvés et qu'il m'a proposé de venir découvrir une artiste, Agnès Regolo qu'il suit depuis des années et accompagne dans sa dernière création avec sa compagnie Du Jour au Lendemain : Tableau d'une exécution avec 4 jeunes comédiens de l'Erac (École Régionale d'Acteurs de Cannes) dans sa distribution.

J'avoue que je ne savais pas ce que j'allais voir mais un spectacle reste un moment unique de découverte et qu'il soit programmé par mon ami Corbier était une bonne motivation pour être présent en ce mardi 15 novembre à 20h30 dans la salle au moment où le rideau rouge se lève !

 

Le peech du programme : "Préférée à tous ses confrères peintres, Galactia est désignée par le Doge de Venise pour peindre la fresque monumentale célébrant la victoire des Vénitiens sur les Turcs (La bataille navale de Lépante au XVIème siècle)."

Pendant 1h30, nous allons être suspendus à une mise en scène éblouissante sertissant un texte sublime de Howard Baker, écrivain poète britannique encore vivant, qui interroge les rapports entre l'Art et le Politique, l'artiste et le pouvoir, la place des femmes et le pouvoir de l'image. 

Il y a une modernité dans cette pièce qui interroge le passé pour parler de notre présent. Galactia jouée par l'étonnante Rosalie Comby, porte sur ses épaules toutes les interrogations majeures de notre société contemporaine : le pouvoir et la culture, les rapports homme/femme, l'amour et la liberté, l'argent et la gloire, les convictions et les peurs. 

Les 8 comédiens évoluent dans un décor austère où chaque élément joue son rôle dans une fluidité surprenante : tables qui se transforment en scène, en prison comme en atelier de peintre, lumières ciselées à la perfection qui découpent l'espace, costumes sombres, accessoires minimalistes comme pour mettre en valeur le texte et le mouvement.

C'est du grand théâtre, une force incroyable qui suspend le temps et vous amène à des interrogations fondamentales sans didactisme mais avec sensualité, fait appel à votre intelligence tout en vous plongeant dans un univers d'émotions.

Bravo à toute l'équipe qui a réalisé cette performance sous la direction d'Agnès Régolo, une comédienne qui a été dirigée par les plus novateurs des metteurs en scène avant de devenir, elle-même, depuis 1997, une metteuse en scène avisée qui monte des pièces où la réflexion n'est jamais loin de l'émotion, qui sous l'aspect ludique parle de la noirceur de l'âme et de la beauté de la vie.

Et bravo à toute l'équipe de la Scène 55 qui prouve à l'évidence que l'on peut faire du grand théâtre dans un monde qui s'interroge sur ses propres errements et oublie parfois sa part d'humanité.

 

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Compagnie Kafig : Le geste libéré.

Publié le par Bernard Oheix

Assister en 2022 à un spectacle de la Compagnie Kafig, dans un Grand Auditorium du Palais des Festivals de Cannes plein à craquer, c'est dévorer une madeleine à pleine dent, sans retenue, tout comme les danseurs qui nous portent aux frontières d'un geste libéré, nous renvoient aux délices du temps passé !

Je les avais découvert au tout début de leur carrière, à la fin des années 90, quand Yorgos Loukos programmait le Festival de la Danse en nous surprenant à chaque édition de quelques pépites dont il avait le secret. Mourad Merzouki apportait un regard neuf sur cette étrange danse née sur les trottoirs de broadway et tentait de lui donner ses lettres de noblesse dans un paysage chorégraphique en pleine mutation entre le classique et le moderne.

Puis le temps a passé, ils se sont installés dans le paysage de la danse contemporaine, devenant le CCN de Créteil et du Val de Marne, obtenant les moyens de leurs ambitions, la reconnaissance de leurs pairs et des institutions.

Cette normalisation aurait pu les mener sur les chemins d'un certain académisme, d'un entre soi dont la victime aurait été cette créativité, cette liberté sans mesure, mais Mourad Merzouki avait en lui la passion du geste et loin de s'affadir et de se normaliser, son expression se nourrit des mutations et s'enrichit de son expérience et de ses confrontations, devenant une des compagnies les plus populaires, tournant sur les scènes d'un hexagone fasciné par la démesure de ses propositions.

Compagnie Kafig : Le geste libéré.

Dans Zéphir, le spectacle accueilli par Sophie Dupont, la Directrice de l'Évènementiel du Palais des Festivals de Cannes, le rideau s'ouvre sur une scène fermée par des cloisons marrons, percées de trous par lesquels les danseurs apparaissent et s'évanouissent en se fondant dans le clair obscur d'un espace clos.

Le premier tableau met en scène les 10 danseurs qui tentent de créer une unité, entre les performances individuelles quand ils s'extirpent du groupe et le collectif qui les assimile en les ramenant vers la masse compacte et mouvante des interprètes.

Dans cet espace, les ouvertures originelles par lesquelles les danseurs sont apparus vont se transformer : des ventilateurs aux pales blanches brassant l'air, envoient un souffle qui sculpte le groupe de danseurs.

Par la suite, l'utilisation des lumières et de la fumée transfigure la scène en un espace où tout est possible, disparitions, découpages des corps vibrants, projections sur les danseurs qui hachent l'espace de leurs gestes mécaniques et souples, un univers de la déraison qui enflamme le public.

Le dernier tableau va permettre à d'immenses voiles aériennes d'ensevelir les danseurs dans des masses indistinctes, une princesse en habit émergeant du groupe pour tenter d'harmoniser le chaos. C'est à couper le souffle, un spectacle haletant où les corps se fondent dans la nuit, où les gestes rappellent à la vie, où les couleurs, les sensations et le rythme imposé donnent le vertige.

La partition musicale est exceptionnelle, mixant le moderne au classique, les décors fastueux et les acclamations finales du public en une "standing ovation" méritée, une juste récompense pour la performance individuelle et collective d'un groupe qui apporte le doute à nos certitudes.

Bravo à la Compagnie Kafig, à Mourad Merzouki son Directeur Artistique et chorégraphe, aux danseurs funambules qui nous prennent par la main pour ne plus nous lâcher dans ce pays des songes d'un spectacle hors-norme !

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Crime de lèse-Godardisme assumé !

Publié le par Bernard Oheix

En 2010, sur le tapis rouge du Palais des Festivals de Cannes, un film débarque dans la section "Un Certain regard" auréolé d'un nom de légende : Film Socialisme de Jean-Luc Godard ! Pour une génération de cinéphiles biberonnés aux images du pape de la révolution du 7ème Art, frustrés depuis des lustres d'un silence si prégnant, ce fut l'enthousiasme, la frénésie et la ruée vers les fauteuils rouges de la salle Debussy.

Mais la potion amère d'un film tourné pour partie un navire de croisière le Costa Concordia, de triste mémoire, s'échouant sur les rives de la Méditerranée deux années après, ne passa pas chez le Fan éperdu de la Nouvelle Vague que j'étais.

Et j'ai pondu dans ce blog un article qui reflétait ce que je pensais de cette oeuvre réalisée par un génie hors norme du cinéma !

Crime de lèse-Godardisme assumé !

Pour une génération de soixante-huitards dont je suis, il y a d’innombrables figures tutélaires qui parsèment ce long cheminement de l’acquisition d’une conscience politique et d’une culture universelle se voulant embrasser tous les savoirs. De Wilhelm Reich à Kérouac, des Beatles aux leaders « maximos », de Lacan à Robbe-Grillet… Il y a aussi, les pères fondateurs, les dieux vivants, maîtres parmi les maîtres, que personne assurément ne pouvait toucher, au panthéon des esprits supérieurs, tel Jean-Paul Sartre, le philosophe écrivain engagé, Picasso, l’homme qui restitua la peinture au temps présent ou Jean-Luc Godard, le pape du Cinéma…Film socialisme arrive sur la Croisette, en 2010, quelques décennies après, âge et rides en plus et il est l’heure des constats.

 Que Jean-Luc Godard ait transformé le cinéma est un fait. De À bout de souffle à Pierrot le Fou, de Week-endau Mépris, de Deux ou trois choses que je sais d’elle à tous ses films qui dans les années soixante ont inventé une nouvelle façon de filmer, mieux, de penser (panser ?) le Cinéma. Une décade prodigieuse, une tornade respirant les vents de la création. J’étais donc Godardien parce qu’il ne pouvait en être autrement et que chacune de ses œuvres ouvrait les champs de l’impossible, une réflexion tendue entre le savoir et le connaître, entre le possible et l’improbable. La rupture violente de 68 consacrera son isolement dans une logique de contre-production. Il émergera de son utopie créatrice révolutionnaire, et sonnera le glas du temps de l’expérimentation pour entamer un lent chemin de croix vers sa propre glorification, vers l’institutionnalisation de tout ce magma tonifiant qui fondait sa légitimité. À parler de la marge pour investir le centre, il se retrouvera soudain, par l’usure du temps et l’érosion des utopies, à camper au centre du centre, comme l’histrion assumé d’un monde marchand qui avait bien besoin d’un fou du roi pour se régénérer en redéfinissant ses frontières.

Film socialisme est le dernier opus du Maître, sélectionné dans Un Certain Regard, il se devait d’apporter une réponse au temps qui fuit, ambition d’une somme esquissée à travers ses Leçons de cinéma, émergeant d’un silence que sa statue de commandeur imposait aux détracteurs. Tout tourne toujours autour de Godard, que pouvait-il alors nous offrir dans ce chant crépusculaire ?

Entre images sublimes (la mer et l’horizon) et trashs (les lieux de vie), des dialogues cachés par des bruits de fond, des citations parcellaires, des montages en opposition, des collages, du contrepoint, de la distanciation… tout le rituel de l’alphabet d’un cinéma à la Godard est développé sans aucune distance, comme si Godard jouait à être Jean-Luc, comme s’il n’y avait plus de marge entre ce qu’il dynamitait joyeusement et ce qu’il fabrique laborieusement, quête d’un sens caché, étalage de tics et de moments si convenus.

Dans ce prétexte d’une croisière sur «Mare Nostrum» déclinant des villes portuaires charnières, plus rien n’a d’importance, que le vide créé par son torrent créatif. -L’imagination au pouvoir- déclinions-nous dans les années ferventes, mais à quelle fin désormais ? Pour perdre le sens du spectateur et la finalité d’un film ? Godard est ailleurs, dans un monde que lui seul reconnaît et peut mesurer, celui d’un alphabet figé qui lui ôte tout espoir de «   dire » au détriment d’un « faire ». Et si certains d’entre nous, lui accordons toujours notre crédit, c’est parce qu’il continue d’être celui qui a embrassé pour l’éternité son rôle de bouffon d’une société marchande.

Pendant ce temps, la vie continue. Il restera toujours Le Mépris pour signifier que Jean-Luc Godard fut un des plus grands cinéastes du XXème siècle. Son œuvre restera immortelle même s’il lui faut abdiquer, désormais, tout espoir de se dépasser pour atteindre cette zone improbable où l’instinct vient au secours du génie pour composer une œuvre définitive !

Non, décidément, Film socialisme de Jean-Luc Godard est assurément ennuyeux, très ennuyeux !

 

Godard restera à jamais celui qui a embrasé le 7ème Art. Il n'était pas le seul tant les Truffaut, Rivette, Resnais et autres ont permis cette éclosion d'une génération qui transformera le cinéma mondial. 

Mais si j'ai un conseil à donner aux jeunes cinéphiles (il en existe encore !)  qui voudraient découvrir son oeuvre, alors, il faut visionner Pierrot le Fou et À Bout de Souffle avec un Belmondo éblouissant, tous ces films des années soixante où la pensée créatrice se confrontait aux désirs d'un spectateur avide de rencontrer la vie sur l'écran de ses désirs.

Alors rêve en paix Jean-Luc Godard dans ton paradis d'images et merci de cette oeuvre si foisonnante et riche qu'elle en était parfois difficile à comprendre mais jamais inutile !

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Revoir Paris... et revivre ! Mais sans Godard !

Publié le par Bernard Oheix

 En 2014, jeune retraité, je me laisse porter par l'art de vivre au jour le jour, sans contraintes. Une rencontre sur une plage, une discussion amicale et me voilà embarqué dans le tournage d'un film dans une villa luxueuse du cap d'Antibes comme figurant durement rétribué pour les heures à attendre dans la fraicheur nocturne, un improbable "action", que la complexité du lieu (une villa avec piscine), une scène de baignade de nuit, le nombre de figurants et les acteurs (Matthias Schoenaerts et Diane Kruger) rendaient impossible. Il a fallu prendre son mal en patience en observant la jeune réalisatrice en train de s'évertuer à organiser le chaos avant de toucher le maigre chèque de son labeur.

Ce film était dirigé par Alice Winocour et sortira sous le titre de Maryland... mais ne me cherchez pas dans le flot des convives, même moi, je ne m'y suis pas retrouvé ! Et ce n'est pas pour cette raison, avouons-le qu'il ne marquera pas l'histoire du 7ème Art !

Photo volée entre deux attentes étirant le temps ! Bernard Oheix dans son costume de figurant et Diane Kruger se prêtant au jeu d'une photo souvenir non sans me faire remarquer que cela n'était pas très professionnel !

Photo volée entre deux attentes étirant le temps ! Bernard Oheix dans son costume de figurant et Diane Kruger se prêtant au jeu d'une photo souvenir non sans me faire remarquer que cela n'était pas très professionnel !

Je ne savais pas, à l'époque, derrière  cette silhouette gesticulant devant les difficultés de tourner cette séquence nocturne pour crier le mot "fin", que la réalisatrice, 8 ans plus tard, me provoquerait un des électro-chocs les plus forts et étonnants que le cinéma m'ait donné de vivre au visionnement d'un film : quand l'usine à rêves rejoint la zone des cauchemars !

Une femme (Virginie Efira) esseulée, entre dans un restaurant branché. Elle contemple les gens et son regard est attiré par un homme (Benoit Magimel) à qui l'on fête son anniversaire. Elle se lève pour aller aux toilettes quand des détonations retentissent, des corps s'écroulent, elle rampe entre les victimes et le sort joue à la roulette russe entre ceux qui échapperont aux balles de la Kalachnikov et ceux qui, pour un gémissement, la vibration d'un téléphone où autres détails se font déchiqueter.

La scène est insoutenable, et cela d'autant plus, qu'elle est tournée avec pudeur, sans effets d'hémoglobine et de plans rapprochés soulignant  et grossissant l'impact de cette fusillade d'un attentat jusqu'au noir de l'inconcience !

3 mois après, temps qu'il a fallu pour tenter de se reconstruire chez sa mère en province, elle revient vivre à Paris. Mais les cicatrices sont bien présentes. Elle passe devant le restaurant et est attirée comme par une force à laquelle elle ne peut s'opposer. Elle pénètre dans la salle, erre jusqu'à ce qu'un serveur comprenne qu'elle est une des nombreuses victimes revenant sur le lieu du crime. Il lui annonce qu'il y a des réunions pour les "gens comme elle" le matin et qu'elle peut y venir pour y rencontrer des survivants et des responsables...

Elle va alors entamer un processus de reconnexion avec la réalité, de réapropriation d'une mémoire qui a oblitéré les faits. Grâce à une psychologue qui suit le groupe, elle va tenter de renouer les fils de ce drame pour en faire la lumière. Elle a des bribes par flash, une main secourable, un tatouage sur un bras, un tablier de serveur, un homme qui l'aurait aidée.

L'homme qui fêtait son anniversaire, la jambe déchiquetée maintenue par des attelles, va croiser son histoire, lui apporter la certitude que tout cela était vrai et qu'ils sont des victimes, lui offrir un amour qui aurait pu être le produit de la paix mais se retrouve un lent chemin vers la guérison à deux.

La résilience est en marche et quand elle retrouvera le partenaire avec qui elle a survécut, elle recollera tous les morceaux du puzzle et pourra enfin accepter de vivre, plus tout a fait la même, mais enfin libre d'accepter un futur.

C'est un film éblouissant, sans pathos, qui éclaire de bonheur le drame d'une vie. Les acteurs sont merveilleux de justesse et derrière la face cachée d'un monstre froid, l'espoir demeure de pouvoir surmonter la douleur.

Bravo à toute l'équipe de réalisation et à Alice Winocour pour ce film salutaire dans un monde où l'on voit que les blessures profondes érigées des murs d'incompréhension peuvent aussi cicatriser et autoriser la vie à l'ombre de la barbarie !

 

Et pour terminer, pendant la correction de cet article, une nouvelle vient de tomber : Jean-Luc Godard est allé tourner un dernier film dans un paradis d'images parfaites qui doit bien l'insupporter ! L'homme qui a révolutionné le cinéma à la machette, aux sentences cinglantes, et fait rentrer l'Art Cinématographique dans la modernité n'a plus de voix pour faire entendre des sons nouveaux.

Même si, cinématographiquement, sa mort était depuis longtemps acquise, (cf mon article dans ce blog : "Crime de Lèse-Godardisme assumé !"), l'homme a tellement compté, est un tel repère, que pour les cinéphiles de ma génération, il restera l'éternel commencement d'un mouvement profond qui changera le regard et la perception du monde.

Jean-Luc Godard pendu avec François Truffaut aux rideaux rouges du Palais des Festivals de Cannes en mai 68 pour empêcher que le festival ne se déroule : c'était il y a plus d'un demi-siècle déjà !

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