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Compagnie Kafig : Le geste libéré.

Publié le par Bernard Oheix

Assister en 2022 à un spectacle de la Compagnie Kafig, dans un Grand Auditorium du Palais des Festivals de Cannes plein à craquer, c'est dévorer une madeleine à pleine dent, sans retenue, tout comme les danseurs qui nous portent aux frontières d'un geste libéré, nous renvoient aux délices du temps passé !

Je les avais découvert au tout début de leur carrière, à la fin des années 90, quand Yorgos Loukos programmait le Festival de la Danse en nous surprenant à chaque édition de quelques pépites dont il avait le secret. Mourad Merzouki apportait un regard neuf sur cette étrange danse née sur les trottoirs de broadway et tentait de lui donner ses lettres de noblesse dans un paysage chorégraphique en pleine mutation entre le classique et le moderne.

Puis le temps a passé, ils se sont installés dans le paysage de la danse contemporaine, devenant le CCN de Créteil et du Val de Marne, obtenant les moyens de leurs ambitions, la reconnaissance de leurs pairs et des institutions.

Cette normalisation aurait pu les mener sur les chemins d'un certain académisme, d'un entre soi dont la victime aurait été cette créativité, cette liberté sans mesure, mais Mourad Merzouki avait en lui la passion du geste et loin de s'affadir et de se normaliser, son expression se nourrit des mutations et s'enrichit de son expérience et de ses confrontations, devenant une des compagnies les plus populaires, tournant sur les scènes d'un hexagone fasciné par la démesure de ses propositions.

Compagnie Kafig : Le geste libéré.

Dans Zéphir, le spectacle accueilli par Sophie Dupond, la Directrice de l'Évènementiel du Palais des Festivals de Cannes, le rideau s'ouvre sur une scène fermée par des cloisons marrons, percées de trous par lesquels les danseurs apparaissent et s'évanouissent en se fondant dans le clair obscur d'un espace clos.

Le premier tableau met en scène les 10 danseurs qui tentent de créer une unité, entre les performances individuelles quand ils s'extirpent du groupe et le collectif qui les assimile en les ramenant vers la masse compacte et mouvante des interprètes.

Dans cet espace, les ouvertures originelles par lesquelles les danseurs sont apparus vont se transformer : des ventilateurs aux pales blanches brassant l'air, envoient un souffle qui sculpte le groupe de danseurs.

Par la suite, l'utilisation des lumières et de la fumée transfigure la scène en un espace où tout est possible, disparitions, découpages des corps vibrants, projections sur les danseurs qui hachent l'espace de leurs gestes mécaniques et souples, un univers de la déraison qui enflamme le public.

Le dernier tableau va permettre à d'immenses voiles aériennes d'ensevelir les danseurs dans des masses indistinctes, une princesse en habit émergeant du groupe pour tenter d'harmoniser le chaos. C'est à couper le souffle, un spectacle haletant où les corps se fondent dans la nuit, où les gestes rappellent à la vie, où les couleurs, les sensations et le rythme imposé donnent le vertige.

La partition musicale est exceptionnelle, mixant le moderne au classique, les décors fastueux et les acclamations finales du public en une "standing ovation" méritée, une juste récompense pour la performance individuelle et collective d'un groupe qui apporte le doute à nos certitudes.

Bravo à la Compagnie Kafig, à Mourad Merzouki son Directeur Artistique et chorégraphe, aux danseurs funambules qui nous prennent par la main pour ne plus nous lâcher dans ce pays des songes d'un spectacle hors-norme !

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