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culture

Tableau d'une exécution.

Publié le par Bernard Oheix

Depuis l'ouverture de la scène 55 à Mougins, avec sa magnifique salle de 600 places, René Corbier, le Directeur Artistique propose une programmation d'une extrême richesse, son goût sûr fait merveille et allie le jeune spectacle et les valeurs plus confirmées, les découvertes et les propositions sont multiples, faisant de ce lieu, une incontournable étape avec Antibes, Cannes et Grasse.

René Corbier, ex-directeur de la culture à Cannes, mon collègue et ami des années Palais des Festivals, cultive les amitiés fidèles, respectueux et toujours ouverts, bienveillant envers les artistes et créateurs qui lui rendent bien les soins qu'il a pour eux.

C'est à Cannes, à la représentation d'une pièce sur le Festival du Film (Cannes 39/90, une histoire du Festival par la compagnie Y dont je vous reparlerai) que nous nous sommes retrouvés et qu'il m'a proposé de venir découvrir une artiste, Agnès Regolo qu'il suit depuis des années et accompagne dans sa dernière création avec sa compagnie Du Jour au Lendemain : Tableau d'une exécution avec 4 jeunes comédiens de l'Erac (École Régionale d'Acteurs de Cannes) dans sa distribution.

J'avoue que je ne savais pas ce que j'allais voir mais un spectacle reste un moment unique de découverte et qu'il soit programmé par mon ami Corbier était une bonne motivation pour être présent en ce mardi 15 novembre à 20h30 dans la salle au moment où le rideau rouge se lève !

 

Le peech du programme : "Préférée à tous ses confrères peintres, Galactia est désignée par le Doge de Venise pour peindre la fresque monumentale célébrant la victoire des Vénitiens sur les Turcs (La bataille navale de Lépante au XVIème siècle)."

Pendant 1h30, nous allons être suspendus à une mise en scène éblouissante sertissant un texte sublime de Howard Baker, écrivain poète britannique encore vivant, qui interroge les rapports entre l'Art et le Politique, l'artiste et le pouvoir, la place des femmes et le pouvoir de l'image. 

Il y a une modernité dans cette pièce qui interroge le passé pour parler de notre présent. Galactia jouée par l'étonnante Rosalie Comby, porte sur ses épaules toutes les interrogations majeures de notre société contemporaine : le pouvoir et la culture, les rapports homme/femme, l'amour et la liberté, l'argent et la gloire, les convictions et les peurs. 

Les 8 comédiens évoluent dans un décor austère où chaque élément joue son rôle dans une fluidité surprenante : tables qui se transforment en scène, en prison comme en atelier de peintre, lumières ciselées à la perfection qui découpent l'espace, costumes sombres, accessoires minimalistes comme pour mettre en valeur le texte et le mouvement.

C'est du grand théâtre, une force incroyable qui suspend le temps et vous amène à des interrogations fondamentales sans didactisme mais avec sensualité, fait appel à votre intelligence tout en vous plongeant dans un univers d'émotions.

Bravo à toute l'équipe qui a réalisé cette performance sous la direction d'Agnès Régolo, une comédienne qui a été dirigée par les plus novateurs des metteurs en scène avant de devenir, elle-même, depuis 1997, une metteuse en scène avisée qui monte des pièces où la réflexion n'est jamais loin de l'émotion, qui sous l'aspect ludique parle de la noirceur de l'âme et de la beauté de la vie.

Et bravo à toute l'équipe de la Scène 55 qui prouve à l'évidence que l'on peut faire du grand théâtre dans un monde qui s'interroge sur ses propres errements et oublie parfois sa part d'humanité.

 

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Compagnie Kafig : Le geste libéré.

Publié le par Bernard Oheix

Assister en 2022 à un spectacle de la Compagnie Kafig, dans un Grand Auditorium du Palais des Festivals de Cannes plein à craquer, c'est dévorer une madeleine à pleine dent, sans retenue, tout comme les danseurs qui nous portent aux frontières d'un geste libéré, nous renvoient aux délices du temps passé !

Je les avais découvert au tout début de leur carrière, à la fin des années 90, quand Yorgos Loukos programmait le Festival de la Danse en nous surprenant à chaque édition de quelques pépites dont il avait le secret. Mourad Merzouki apportait un regard neuf sur cette étrange danse née sur les trottoirs de broadway et tentait de lui donner ses lettres de noblesse dans un paysage chorégraphique en pleine mutation entre le classique et le moderne.

Puis le temps a passé, ils se sont installés dans le paysage de la danse contemporaine, devenant le CCN de Créteil et du Val de Marne, obtenant les moyens de leurs ambitions, la reconnaissance de leurs pairs et des institutions.

Cette normalisation aurait pu les mener sur les chemins d'un certain académisme, d'un entre soi dont la victime aurait été cette créativité, cette liberté sans mesure, mais Mourad Merzouki avait en lui la passion du geste et loin de s'affadir et de se normaliser, son expression se nourrit des mutations et s'enrichit de son expérience et de ses confrontations, devenant une des compagnies les plus populaires, tournant sur les scènes d'un hexagone fasciné par la démesure de ses propositions.

Compagnie Kafig : Le geste libéré.

Dans Zéphir, le spectacle accueilli par Sophie Dupond, la Directrice de l'Évènementiel du Palais des Festivals de Cannes, le rideau s'ouvre sur une scène fermée par des cloisons marrons, percées de trous par lesquels les danseurs apparaissent et s'évanouissent en se fondant dans le clair obscur d'un espace clos.

Le premier tableau met en scène les 10 danseurs qui tentent de créer une unité, entre les performances individuelles quand ils s'extirpent du groupe et le collectif qui les assimile en les ramenant vers la masse compacte et mouvante des interprètes.

Dans cet espace, les ouvertures originelles par lesquelles les danseurs sont apparus vont se transformer : des ventilateurs aux pales blanches brassant l'air, envoient un souffle qui sculpte le groupe de danseurs.

Par la suite, l'utilisation des lumières et de la fumée transfigure la scène en un espace où tout est possible, disparitions, découpages des corps vibrants, projections sur les danseurs qui hachent l'espace de leurs gestes mécaniques et souples, un univers de la déraison qui enflamme le public.

Le dernier tableau va permettre à d'immenses voiles aériennes d'ensevelir les danseurs dans des masses indistinctes, une princesse en habit émergeant du groupe pour tenter d'harmoniser le chaos. C'est à couper le souffle, un spectacle haletant où les corps se fondent dans la nuit, où les gestes rappellent à la vie, où les couleurs, les sensations et le rythme imposé donnent le vertige.

La partition musicale est exceptionnelle, mixant le moderne au classique, les décors fastueux et les acclamations finales du public en une "standing ovation" méritée, une juste récompense pour la performance individuelle et collective d'un groupe qui apporte le doute à nos certitudes.

Bravo à la Compagnie Kafig, à Mourad Merzouki son Directeur Artistique et chorégraphe, aux danseurs funambules qui nous prennent par la main pour ne plus nous lâcher dans ce pays des songes d'un spectacle hors-norme !

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La jeune fille qui va bien : et vous ?

Publié le par Bernard Oheix

Bon, c'est pas la fête tous les jours !

Pour preuve ce débat pathétique pour les élections présidentielles, ces postures tragi-comiques où chacun court derrière les idées les plus extrémistes et le refus de l'autre en une surenchère nauséabonde.

Et il y a toujours Poutine, embusqué derrière sa ligne de front pour jouer le grand méchant loup du haut de ses centaines milliers de soldats et de son absence de scrupules.

Mais heureusement, il y aura eu cette belle unanimité autour des jeux olympiques les plus anti-écologiques de toute l'histoire, où les affaires de dopages (tiens, revoilà les russes !), de l'exploitation du sportif comme une chair à canon pour vendre son "China made in live" et tout cela avec la certitude que les Ouïghours continueront à crever dans l'indifférence polie de la diplomatie.

Ils sont devenus fous...

Mais il reste parfois, comme un éclair de beauté, la certitude du bonheur, un film, une pièce de théâtre, des porteurs de lumière pour nous rappeler que le génie existe encore et qu'il se niche dans notre culture pour s'épanouir et nous rendre plus intelligent, plus fort !

C'est le cas avec Une jeune fille qui va bien, le premier et particulièrement réussi film de Sandrine Kimberlain. On la connaissait comme actrice pouvant tout jouer, provocatrice et souriante, mais en passant derrière l'objectif, elle nous offrre une vraie sensibilité de réalisatrice, une femme pudique qui propose une vision particulièrement romantique de la tragédie d'une jeune fille dans les années sombres d'une France dirigée par "celui qui a sauvé les juifs français (sic)".

Dans une période non définie d'une France Pétainiste, sans jamais voir un uniforme allemand ni la tenue noire d'un milicien, Irène, jeune fille française dans la fleur de l'adolescence, rêve de théâtre et tente d'intégrer une grande école en passant un concours.

Entre deux amourettes, la disparition mystérieuse de son partenaire du concours, sa profonde joie de vivre dans un corps qui exulte le bonheur, elle va nous permettre de suivre un hors-champ dramatique où les signes du drame en train de se jouer sont bien présents.

Des voix allemandes d'abord, comme un rappel de ce qui est en train de se jouer, puis cet infamant "JUIF" en lettre rouge apposé sur les cartes d'identité française, la récupération de tous les postes et téléphones par l'état pour les empêcher de communiquer, jusqu'à cette étoile jaune qu'elle est obligée de porter comme le signe de l'abandon de toutes les valeurs humaines par un pouvoir féroce qui les désigne à la vindicte.

Pourtant, dans cette famille juive, il y a toute la diversité d'une France d'accueil. Le père haut fonctionnaire dans une administration qui pressant le drame en train de se dérouler, la grand-mère qui refuse de prier et de se plier aux diktats d'une loi qui est sensée les protéger, la religion, le frère que son grand amour quitte à l'apparition de cette sombre étoile...

Qu'à cela ne tienne, Irène vit pour le théâtre, trouve des substituts pour se maintenir dans la course, refuse le côté obscur de ce qui est en train de se jouer.

Mais le soir du concours, après avoir réussi son audition, dans la fête qui réunit les étudiants, c'est dans les yeux de sa partenaire que va se dérouler le drame. Deux bras engoncés dans une tenue noire vont l'enfermer pour le plus tragique des destins, celui d'un camp et d'un holocauste  qui va la rattraper et sceller son destin.

Ce film est un hymne sensible au partage des valeurs les plus nobles et ne montre jamais, mais suggère l'horreur en marche. C'est un bijou d'humanité à l'heure où notre société rejoue les grands drames de l'antisémitisme et du jeu avec le feu des passions ignobles.

À voir de toute urgence pour nous rappeler à notre devoir de mémoire ! 

Il y a aussi le théâtre pour nous permettre de rire et d'exulter avec Panayotis Pascot... encore un d'ailleurs qui risque de devoir changer son prénom si le zèbre s'impose dans sa course à l'échalote.

Dans un spectacle créé en 2019 et 2 fois reporté mais qui arrive enfin à Cannes, dans une salle de La Licorne à La Bocca remplie à ras bord. Il nous entraine dans un show débridé où il va dévider le fil d'une histoire personnelle pleine d'humour et de tendresse. Plus qu'un one man show, c'est une pièce riche et dense qui joue sur la corde de la déraison en permanence pour déclencher le rire et l'émotion.

Des amours contrariés, des parents comme tous les autres, de l'incommunicabilité à l'acceptation de sa différence, de l'ami victime d'un cancer à  la fuite du temps qui l'oblige à grandir, tout y passe pour le plus grand bonheur d'une salle chavirant dans des cascades de rire et qui le suit au fil de son jeu en déséquilibre permanent.

Bête de scène, il s'appuie sur un texte fort pour déraper avec conscience et amener le public à son point de fusion.

​​​​​​​Panayotis, révélé par le "petit journal" et un grand monsieur de l'humour et régénère ce genre en lui donnant toute la force et l'énergie d'un bateleur au grand coeur.

Bravo Monsieur Pascot pour votre réelle performance et merci de nous avoir offert la possibilité d'une évasion et d'un partage revigorant.

PS : à noter, l'excellente première partie d'un Abderhamane qui rempli parfaitement son rôle de chauffeur de salle en dévoilant un talent qui promet pour la suite de sa carrière.

Voilà donc quelques raisons d'exulter et d'espérer. Le rire franc et ouvert, l'émotion à fleur de peau, la tendresse des sentiments comme une cure régénérative bienvenue en ces heures tristes qui s'illuminent parfois de l'aile du talent de l'humour et de l'amour.

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Cannes : Festival de Danse 2021 : le temps retrouvé !

Publié le par Bernard Oheix

Il était temps ! Depuis deux ans, ces salles de spectacles pleines, ce rituel du rideau rouge qui se lève, ces discussions après les spectacles, nous manquaient cruellement. Chapeau bas devant l'équipe de l'Évènementiel dirigée par Sophie Dupond, les théâtres de la Côte d'Azur engagés dans le festival de danse et la directrice artistique, Brigitte Lefèvre pour nous avoir enfin permis de retrouver ce parfum suave d'une vie recommencée, dans la douleur d'une 5ème vague et de deux annulations, mais dans l'espoir d'ouvrir un nouveau chapitre dans la cohabitation avec un virus délétère.

Oui, il existe une vie après la Covid... même si nous devons, tous les jours en dessiner les contours nouveaux et étranges d'une cohabitation avec le cauchemar !

The show must go one !

Et quoi de plus merveilleux pour célébrer ces retrouvailles avec le passé qu'une création de La Castafiore qui nous permet d'embrasser le futur !

Et quoi de plus merveilleux pour célébrer ces retrouvailles avec le passé qu'une création de La Castafiore qui nous permet d'embrasser le futur !

Que se passe-t-il dans la tête et le coeur de ce duo forgé dans la passion constitué de Marcia Barcellos et Karl Biscuit ? Leur collaboration débouche depuis des années sur la création d'un univers si particulier, où la gestuelle se confronte aux légendes d'un imaginaire en perpétuelle évolution, où les costumes et la musique envoûtent le spectateur dans des voyages immobiles, entre le passé et le futur, entre le concret et l'utopie. 

Leurs créations sont des repères pour une rêverie qui mène vers l'abstraction, dans ce territoire qui se situe à la lisière de nos cauchemars, quand le spectateur découvre le monde enchanteur des porteurs d'un ailleurs fantasmé.

Avec Kantus, le long silence imposé par les deux années passées débouche sur l'emprise du passé dans un futur improbable où les espèces disparaissent et où les monstres renaissent. Il y a l'aboutissement logique d'un accaparement des thèmes de la dissolution (si prégnant dans notre réalité), mais aussi du rituel chamanique pour faire revivre ce monde disparu. Et c'est la voix qui porte le message de l'espoir, plus que le geste, plus que le rituel.

C'est un abécédaire de toutes leurs créations passées, comme si le présent autorisait cette plongée dans la mémoire vive du peuple spectateur.

On ne sort jamais totalement indemne d'une oeuvre du Système Castafiore. On peut se poser des questions, regretter que la danse ne soit pas assez mise en valeur dans la première partie, il n'en reste pas moins que leur inventivité et la profondeur de leurs mise en spectacle ouvrent les portes de la perception à l'infini.

Cannes : Festival de Danse 2021 : le temps retrouvé !

Mon coup de coeur du festival. Edouard Hue et la Beaver Dam Company nous plonge dans un premier duo fascinant "Shiver" puis enchaîne avec "All I need", où les danseurs évoluent en ligne, viennent chasser les zones d'absence et s'affrontent, hiératiques, dans un variation d'un jeu de Go qui ne laissent aucune place à l'arbitraire. 

Et même si le final de l'oeuvre est un peu brouillon et perd de sa rigueur, on sort enthousiasmé de cette plongée dans les corps déchirés des interprètes qui répètent à l'infini la mécanique déréglée de l'échange, de l'écoute et de la répétition d'une main tendue sans cesse refusée.

Et pour terminer, comment ne pas être subjugué par le solo de Marthe Krummenacher, Janet on the roof, chorégraphié par Pierre Pontvianne, un ancien de l'école de Rosella Hightower.  

Dans ce corps vêtu de bleu qui laisse transparaître des morceaux d'une chair dorée, où les muscles et l'effort transforment en matière vivante une danseuse possédée, il y a toute la poésie et la douleur qu'une technique transforme en fluidité sans limite vers le monde réel. C'est beau, fascinant, troublant et cela provoque un sentiment de perfection qui renvoie à une incarnation d'un geste libéré de toute contingence physique. Un très grand bonheur de solitude dans la salle remplie d'un silence sépulcral. 

Et pour finir, il y a tous les autres spectacles non vus, et une clôture au goût  acide, le dernier show d'une étoile de la danse, Carolyn Carlson, un mythe, l'émotion à l'état brut. Et même si son solo semble la pièce de trop, même si Crossroads to Synchronicity parait une pâle copie de sa carrière fulgurante, il est un au revoir à une grande dame qui aura marqué l'histoire de cet art du mouvement. Merci pour ce que vous avez réalisé et pour cette grâce éternelle qui brille dans vos yeux. 

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Goran Brégovic : aux racines de la musique !

Publié le par Bernard Oheix

Goran Brégovic est né la même année que moi, en 1950, dans un pays qui s'appelait encore la Yougoslavie, mais qui était amené à disparaitre. Constitué d'une myriade de régions, de peuples, de langues, de religions, cette entité improbable vogua entre le non-alignement à l'orthodoxie communiste du parti frère de Moscou, la dynamique de l'autogestion en réponse aux sirènes du capitalisme, et les acrobaties des dirigeants pour se maintenir au pouvoir dans des jeux d'alliances improbables entre les serbes, croates, slovènes, monténégrins, bosniaques, macédoniens, kosovars...

Josip Broz dit Tito fut le dirigeant emblématique de la République Fédérative Socialiste de Yougoslavie de l'après-guerre jusqu'à son décès en 1980. Une trentaine d'années de relative stabilité et de développement, d'essor de l'économie et du tourisme (je me suis rendu en 2CV en 1972 en Croatie à Zadar et Dubrovnik pour 3 semaines de bonheur contrasté... mais cela est une autre histoire !) sous la férule d'un dirigeant qui à la tête des partisans avait fait reculer les nazis, libéré son pays et, depuis, régnait d'une main de fer, impitoyablement, sur cette mosaïque de pouvoirs.

Sa mort déclencha le dernier conflit européen de ce siècle, une guerre fratricide où les armes prirent le pas sur la raison, où les pogroms et les milices fascistes tuaient comme si l'histoire n'avait servi à rien, comme si les tragédies étaient plus fortes que la réalité !

C'est dans ce pays que Goran Brégovic a grandi, qu'il a découvert l'amour et la peur, la joie aussi des fêtes, quand les nuages noirs s'estompaient pour laisser place à la musique et à la danse, à l'ivresse d'un jour sans lendemain ! C'est dans dans ce pays que lui, le bosnien d'origine serbe avec un père croate va apprendre le violon et dès la fin des années soixante devenir une "rock-star" de la musique et un des plus grands compositeurs de musiques de films !

L'élégance naturelle d'un éternel jeune homme !

L'élégance naturelle d'un éternel jeune homme !

À la tête de son groupe "le bouton blanc", il va sillonner le pays, vendre 6 millions d'albums devenir une rock-star et rencontrer un jeune bassiste d'un groupe punk, Émir Kusturica avec qui il va nouer une amitié fructueuse. Il se retire de la scène et, en 1990, compose la bande musicale du Temps des gitans pour enchaîner avec Arizona Dream et​​​​ Underground, 3 films réalisés par Émir Kusturica, auxquels succèderont des dizaines d'autres compositions dont La Reine Margot de Patrice Cherreau qui vont le consacrer et lui donner une notoriété internationale.

C'est alors qu'il décide de revenir à la scène avec sa propre musique, un mélange balkanique, entre la liesse et la complainte avec cuivres et guitares, voix féminines et show assuré.

C'est à l'Olympia en 1998 qu'il réalisera son premier concert en France et c'est le 3 février 2007 que je le programmerai pour la 1ère fois enfin, dans un Grand Auditorium du Palais des Festivals de Cannes complet avec son Orchestre des Mariages et des Enterrements.

Un concert bouleversant, un des dix concerts que j'ai organisés et qui restent à jamais dans mon panthéon musical, aux côtés d'Archive, Juliette Gréco, Bashung et Iggy Pop, Pete Doherty et autres Nougaro et Bécaud, Carmina Burana et El Canto General, Nilda Fernandez et tous les autres ! 

L'émotion à l'état brut. C'est d'un pas tremblant que j'escalade en ce jeudi 19 aout 2021, les marches qui mènent à la terrasse du Palais où Sophie Dupont, la directrice de l'Évènementiel et son équipe m'attendent pour un concert de Goran Brégovic avec un Cannes illuminé en fond de scène. Cela va me rappeler quelques bons souvenirs.

Goran Brégovic : aux racines de la musique !

Silhouette d'éternel dandy dans son costume blanc immaculé, il trône au centre de la scène, guitare en main alternant des percussions, des chants et les présentations de sa voix grave. Autour de lui, 5 cuivres indispensables pour plonger sans retenue dans la magie grinçante de cette musique de fête, en tenue sombre à liserés d'argent, chapeau sur la tête. À ses côtés, un percussionniste-chanteur qui l'accompagne et pour boucler l'arc de cercle, 2 chanteuses à la voix pure, éthérée, en costumes traditionnels, des fleurs dans les cheveux.

Le temps des gitans s'est figé sur Cannes, sa voix nous le rappelle, les instruments à vent continuent de déchirer la nuit, la complainte des voix féminines de faire scintiller les étoiles et la foule (dont une colonie de serbes reprenant tous les refrains) tangue et oscille en rythme. C'est l'ivresse d'une porte ouverte sur l'ailleurs ! À mes côtés, Eurielle, Élisabeth, Blandine, quelques amis du Palais, et Sophie ma complice des années évènementielles qui offre une bouteille de champagne pour se souvenir des jours heureux et communier avec la fête qui fait chavirer le public de bonheur.

Je retrouve mon ami Damir Levacic aux premières loges et on tombe dans les bras de l'amitié. Goran accélère et passe la vitesse supérieure. Il va terminer son show sur une chanson à boire de la vodka, sur sa version déjantée de "Bella Ciao" et sur les rafales de son tube "Kalachnikov" avec son invocation hurlée à la face du public en transe... "qui ne devient pas fou... il est pas normal !" sur un dernier riff de cuivres et disparaitre comme un seigneur des temps modernes.

Il est temps alors de plier bagages et d'emporter avec soi, ces bribes d'une musique venue du fond des âges, d'une région pas si lointaine où les cris d'agonie remplaçaient les hurlements de la fête, il y a si peu de temps qu'il semble impossible de l'oublier !

Et pourtant ! La magie de Goran Bregovic est de ressusciter le bonheur sans gommer la réalité. Un grand monsieur, non seulement de la musique balkanique mais aussi de l'espoir de pouvoir un jour cicatriser les blessures du temps !

Merci Goran de m'avoir autorisé à replonger dans ces moments heureux de mon passé, quand je pensais pouvoir changer le monde par la voix d'un artiste porteur d'un monde d'harmonie !

C'est le groupe au grand complet, dans la nuit cannoise, quand la brise marine vient caresser de son aile la voix d'un barde moderne !

C'est le groupe au grand complet, dans la nuit cannoise, quand la brise marine vient caresser de son aile la voix d'un barde moderne !

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Jean-Pierre Bacri : Le rendez-vous raté !

Publié le par Bernard Oheix

La nouvelle est tombée, sèche, froide. Jean-Pierre Bacri est mort, un cancer de plus dans une période où la Covid se délecte de nous envoyer des messages délétères. Jean-Pierre Bacri, un nom qui reste dans ma mémoire vive, l'histoire d'un mec avec qui je partageais les bancs de première d'un Lycée Carnot à Cannes, à l'âge où tout est possible, 18 ans en 1968 !

Nous descendions tous les jours, après les cours, le Boulevard Carnot vers la station de bus qui nous emmenaient chez nous. Il y avait aussi George Roland, un judoka d'exception, son ami, Patrick Debouter et quelques autres. Et moi, je le lorgnais, quelque peu envieux de son rire haut perché, de ses délires entretenus par une fièvre qui embrasait la société et entretenait notre passion de découvrir un monde nouveau. Nous en avons déconstruit des mondes trop réels et nous en avons imaginés des plus beaux, plus humains dans cette France qui s'éveillait à la contestation.

Les mois ont passé, rythmés par des occupations de Cité U, des mouvements d'un mars d'intensité, des brassages incessants autour d'une jeunesse qui aspirait à trouver sa place et ne savait comment imprimer sa marque dans une histoire en train de se faire sous les pavés de Paris-plage et dans la cour de la Sorbonne. Nos héros avaient des gueules hilares comme celle de Dany le rouge, un Cohn-Bendit mâtiné de juif-Allemand au coeur de la contestation, de Jacques Sauvageot, le patron de l'Unef ou d'Alain Krivine qui  préparait ses futures campagnes présidentielles. 

Le père de Bacri était un juif pied-noir, facteur de son état et le mien, un sapeur-pompier municipal qui partait au feu combattre les incendies ravageurs de l'époque. Nous étions l'archétype de ces baby-boomers dont l'ascenseur social dégorgeait des fournées promises à diriger la France, formées à la culture de l'après guerre où l'espoir venait éliminer toutes les frontières du possible !

Nous étions jeunes. Nous nous cherchions avec constance, avec l'amitié et la rivalité de deux adolescents   gravitant autour de leur centre ! 

Il faut se souvenir du carcan de cette société du milieu des années soixante. Les filles interdites de pantalon et de maquillage, le surveillant général mesurant la longueur des cheveux des garçons pour un passage obligé sous les ciseaux du coiffeur, le poids de l'autorité parentale, les relations amoureuses comme un paradis inaccessible ! Un paysage corseté d'interdits hérités d'un passé sclérosé dans une société remplie d'espoirs et de rêves pour un futur à inventer !

C'est vers le mois de mai de ce 68, la contestation aidante, que les professeurs décidèrent, sous la pression de débats permanents, de faire élire des délégués de classe comme représentants légitimes des lycéens plus à même d'exposer les revendications des révolutionnaires en herbe que nous étions. Grande première qui déchaina les passions.

Deux candidats se retrouvèrent en lice pour le combat final dans notre classe. Jean-Pierre Bacri et Bernard Oheix. Il était évident qu'ayant lu au moins 3 pages de Karl Marx et un chapitre du manifeste du Parti Communiste, je me trouvais le plus à même de représenter le peuple en marche et de devenir le héros révolutionnaire des hordes cannoises. 

Las ! C'était sans compter sur sa faconde, son art de la dérision et le soutient indéfectible de la gent féminine ! Il me battit à plate couture, m'humiliant sous les hourras de ses fans, m'infligeant un score sans appel, brisant toute mes velléités de devenir un leader-maximo !

Je lui en ai voulu. Après quelques semaines d'embrasement, des gardes avec certains profs, de nuit, pour empêcher les fachos de rentrer dans le lycée, le soufflé retomba... mais Jean-Pierre Bacri resta le délégué de classe élu par ses pairs et moi le battu sans panache !

En terminale, nos chemins bifurquèrent ! Avec Debouter et d'autres il se retrouva dans une terminale et moi dans une autre.

Et le temps est passé ! Les pavés ont été enlevés pour laisser place au bitume. Une société nouvelle était née, avec des codes différents, la libération de la femme en marche, le politique envahissant les espaces d'une société en train de muter pour le meilleur et le pire. Le Bac  69, une formalité et la fac de lettres pour une licence d'histoire prélude à une maîtrise de Cinéma, un DEA de communication ! 

Nous ne pensions pas au travail, nous savions que nous en aurions et qu'il serait à la hauteur de nos ambitions. L'avenir était une page blanche qu'il nous suffisait de remplir !

J'ai accompli ma part de la mission qui me revenait ! Directeur de MJC, Directeur Adjoint de l'Office de la Culture de Cannes, Directeur de l'Évènementiel au Palais des Festivals de Cannes pendant 22 ans ! Le paradis sur terre pour un enfant de la classe populaire dans sa propre ville !

Sauf que pendant ce temps, lui devenait un acteur de premier plan, un auteur, un personnage qui fascinait les foules avec son air bougon, ses réparties aigres-douces, ses rictus de Français moyen. 

Une nouvelle fois il me battait à plate couture, jeu, set et match !

Alors, j'ai rêvé de le retrouver pour parler de notre combat homérique, de cet affrontement titanesque du mois de mai 68 ! Après tout, j'avais trouvé ma place, elle était enviable et je n'avais pas à rougir de mon parcours, même si ce n'était pas grand chose en rapport à sa renommée et à ses succès ! 

Et le plaisir de payer son cachet dans une pièce de théâtre, de l'accueillir en maître de céans dans notre ville commune valait bien cet effort !

Alors, pendant plus de 20 ans, j'ai tenté de le programmer. Moi qui ai reçu les plus grandes stars de la musique et du théâtre au cours des plus de 3000 spectacles de mes saisons, qui ai imprimé des centaines de mains de stars dans la glaise, je n'ai jamais réussi à le faire venir. ce n'était jamais le bon moment, sa tournée ne passait pas par Cannes, la date ne convenait pas, une autre salle de la région me le piquait : l'enfer ou comment recevoir l'inaccessible Jean-Pierre Bacri ?

J'ai même tenté d'accueillir Agnes Jaoui dans sa tournée sur la chanson espagnole, un excellent CD découvert par un envoi de sa boite de promotion. Mais il avait du déteindre sur elle car elle aussi passa au travers de toutes mes tentatives !

Alors voilà, Jean-Pierre Bacri, je n'ai jamais pu te dire que tu es un enfoiré de première, au sens littéral du terme, que tu m'as humilié en public devant Claudine que je rêvais de soudoyer mais qui n'avait d'yeux que pour toi, surtout après ta victoire d'ailleurs !

Et j'aurais aimé plonger mes yeux dans ton regard afin de retrouver un soupçon de notre jeunesse, un air d'insouciance et de liberté, la fragrance d'un temps où notre jeunesse était un habit de lumière pour notre génération sans attache !

Le sort en a décidé autrement et tu devras attendre encore un peu, je l'espère, pour que l'on termine notre débat et que je te règle ton compte... à jamais !

Bises à toi, camarade, la camarde nous mord la nuque !

 

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I Muvrini... encore et toujours !

Publié le par Bernard Oheix

 

Si j’en avais besoin, si je pensais (bien) connaître les Muvrini, si j’avais la certitude d’aimer ce groupe, le 28 février 2020 m’aura offert la preuve que rien n’est jamais acquis et qu’une surprise est toujours possible. Parfois, la réalité est bien au delà de l'espoir. Avouons-le, ce concert s’impose pour moi parmi les grands souvenirs d’une carrière qui m’a pourtant permis de découvrir tant d'artistes de légende. Archive, Bashung, Pete Doherty, Salif Keïta, Iggy Pop, Juliette Gréco, Bob Dylan, Cesaria Evora… J'en passe... Et désormais I Muvrini au zénith de leur talent ! C’est en état de « sidération » que je suis sorti de la salle, ivre de la beauté de ces notes qui chantent encore bien après qu’elles se soient évanouies, ébloui par les lumières de la vie, de la non-violence, du retour à des valeurs universelles de partage que dégagent leur 2h de concert !

 

C’était une des premières dates de cette tournée 2020 qui les mènera dans toutes les régions de France,  en Belgique et en Hollande, de février à mai, pour reprendre en octobre. 60 dates qui préservent les mois d’été où ils écumeront leur terre, la Corse. Les mouflons ne vont pas chômer en cette année de coronavirus.

 

La configuration choisie est à la fois simple et sophistiquée. Jean François Bernardini en leader secondé par son frère Alain Bernardini en première voix, étoffé par deux chanteurs qui portent les choeurs et polyphonies, un batteur fin et précis, un guitariste multi instruments, une basse, chant et percussions, un clavier et une explosive cornemuse et flute. Des lumières fines qui cisèlent l’espace, un dispositif scénique avec une passerelle pour permettre aux choeurs d’hommes de dominer la scène et un son fin et puissant. Tout le professionnalisme accumulé en 4 décennies de carrière, dans le soin de collaborateurs qui ont saisi l’essence de ce qu’est un groupe entre la tradition et la modernité, entre la voix et l’instrument.

 

 

I Muvrini... encore et toujours !

Leur show est structuré sur Portu in Core que vous devriez avoir acheté si vous avez lu mon dernier billet sur ce blog. Une dizaine de morceaux éblouissants (mais pourquoi avoir sucré ce Inno qui me bouleverse ?). Quelques titres majeurs à base de polyphonie viennent compléter l’ensemble pour plus de deux heures sans interruptions, juste la voix de Jean François qui parle entre les morceaux, introduit les thèmes et rappelle largement leur engagement à l’universalité, à la fraternité, à la terre et à la langue corse.

 

Le miracle, c’est qu’en parlant d’eux, ils parlent de nous ! En ces heures sombres où le bruit des rodomontades de dirigeants coupés de la vie assourdit les cris d’horreur d’hommes et de femmes jetés sur les routes de l’exil, où la terre se convulse dans les affres d’un équilibre perdu, où l’avidité des puissants crache sur les valeurs de partage et de solidarité, les Muvrini rappellent qu’un chant, qu’une mélodie peut faire renaître l’espoir et que l’humanité se cache dans les gestes du quotidien.

 

Alors oui, j’aime que la musique me parle au coeur et quand elle est jouée par des êtres qui savent aimer, alors je deviens « fan » et je me laisse porter par les complaintes et la beauté de deux heures qui échappent au temps.

Il y a de « l’alma », de l’âme, dans ce show et si vous avez la possibilité d’assister à une de leur prestation, d’Avignon au Havre, de La Rochelle à Lyon, de Marseille à Poitiers, alors vous vivrez un grand moment de beauté et de d’espoir !

 

Vive les Muvrini !

Les frères Bernardini, émus de savoir que ma petite fille s'appelle Alma et lui souhaitant le bonheur d'une vie d'amour !

Les frères Bernardini, émus de savoir que ma petite fille s'appelle Alma et lui souhaitant le bonheur d'une vie d'amour !

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I Muvrini : Portu in Core

Publié le par Bernard Oheix

 

Disons le tout de suite. Ce dernier opus des Muvrini est un chef d’oeuvre absolu, le genre de galette à écouter en boucle, à se saouler de notes et de mots, mélangeant le corse et le français pour mieux faire porter son message. J’ai enchaine 20 fois (sic) Inno, 10ème morceau du CD, sans jamais me lasser, toujours plus concentré, tentant de décrypter les finesses d’une orchestration magistrale, les fulgurances des voix, les soli délicats ciselés dans la fusion et l’énergie de ce texte sur la folie des hommes à massacrer leur terre et à ne pas comprendre que l’avenir est en péril.

Le livret qui l’accompagne offre une traduction salutaire pour la compréhension du projet du groupe.

 

« Qu’est-ce qui te consume et l’âme et le coeur

Qu’est-ce qu’on t’a volé pour que tu célèbres la mort

Qu’est-ce qu’on a tué en toi qui détruis l’avenir

Qui croit que seul l’argent est richesse qui vaille »

 

Le thème de cet album est l’écologie, le rapport d’humanité, l’échange pour accepter l’autre. C’est un hymne à l’espoir qui se cache dans les drames d’aujourd’hui et les catastrophes à venir, la volonté de dire que tout peut basculer dans l’horreur et qu’il est temps de prendre conscience.

 

« 2043, qu’est-ce que tu vois ?

Trouve moi un peu d’eau, un avvene chi po

Il n’est pas trop tard, envoie moi de la vie »

 

L’espoir existe mais il est ténu et il en va de la prise de conscience de tous pour que les hommes se libèrent de leurs chaines. Jean-François Bernardini, leader du groupe, homme d’influence joue son rôle de lanceur d’alerte et il le fait avec les armes qui sont les siennes, celles d’un artiste accompli au sommet de son art, la musique, les mots, un CD, la scène ouverte aux vents de l’histoire.

 

Alors, si vous n’êtes pas convaincus, filez acheter ce CD et écoutez-le sans parcimonie. Laissez-vous happer par la passion d’une terre à nulle autre pareille. Et si I Muvrini sont programmés sur une scène près de chez vous, prenez un billet et vous ne le regretterez pas…

Et ils ne m’ont même pas payé pour écrire ces éloges !

 

I Muvrini : Portu in Core

Un peu d’histoire !

 

Il faut avouer qu’entre I Muvrini et moi, c’est une vieille histoire et pas seulement à cause de ma femme corse ! Je les ai découverts grâce à un ami bastiais, Guy Cimino, qui me traina, un après midi d’un jour de pâques, au milieu des années 1980, dans un centre de vacances sur la côte où ils testaient leur jeunesse sur la scène étroite d’une salle polyvalente, à l’aube d’une réputation qui n’avait pas encore dépassé les rivages de leur île.

Et la vague World Music qui déferla dans les années 90 leur permis de surfer sur les scènes et de conquérir leur public à travers le monde. Un cocktail de langue corse, de polyphonies, d’instrumentations originales entre le traditionnel et le pop-rock, une scénographie soignée, les personnages des deux frères Bernardini, le leader Jean-François au micro poétique, et Alain, le discret, à la voix si puissante en soutien, conquirent leurs lettres de noblesses ! 8 fois disque d’or et 2 victoires de la musique pour un groupe installé dans la « castaniccia » et qui revendique sa « corsitude » en l’ouvrant au monde extérieur.

 

 

C’est en 1993 que je les ai programmés pour la première fois, dans le Festival Guitares Passions avec une conférence de presse et un débat à la Licorne pour présenter leur travail à la critique rock qui participait à la manifestation.

Puis un concert au stade des Hespérides de Cannes (en extérieur) dans un Festival avec Yannick Noah devant plus de 2000 spectateurs et deux programmations au Palais se sont succédées. J’avais créé une Nuit de la Corse et c’est ainsi que j’ai pu passer en revue toute l’extraordinaire richesse musicale de cette île : le vétéran Antoine Ciosi, A Filetta, Chjami Aghjalesi, J-P Poletti et les choeurs de Sartène, le Tavagna Club, Diana di l’Alba ont été accueillis successivement sur Cannes avec un réel succès, la colonie insulaire importante sur la région aidant quelque peu à remplir les salles des mélomanes.

Et si l’on rajoute la dizaine de fois où je les ai vus en concert en tant que spectateur dont 5 fois en Corse, sur leur terre, je crois pouvoir affirmer que globalement, je connais les Muvrini et que j’aime plutôt ce groupe !

 

Il me restera pourtant un grand regret. En 2016, pour ma dernière édition en tant que Directeur Artistique des Nuits Musicales du Suquet, j’ai recontacté mon copain corse Guy Cimino pour lui demander d’intervenir auprès de Jean-François Bernardini avec le projet de conclure ma carrière de programmateur sur un soirée avec le Tavagna Club de mon ami Francis Marcanteï à 19h et par un ultime opus à 21h avec I Muvrini. Las ! Ce concert n’aura pu se réaliser pour des problèmes de dates ! Les aléas du programmateur frustré !

 

Mais la vie continue, et même si les musiques du monde ont perdu quelque peu de leur éclat médiatique, I Muvrini continuent à tracer leur sillon avec constance et viennent se rappeler à nous avec un Portu in Core qui à mes yeux et un de leurs chefs d’oeuvre incontestables !

Allez, achetez, you tubez ou piquez le CD…  mais de grâce, écoutez les pour mieux comprendre la musique, la Corse et le monde qui l’entoure !

Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, en 2005, I Muvrini sortait un bijou noté Alma annonçant par cela, que 15 après, ma fille mettrait au monde une  ravissante petite Alma, quarteronne Corse qui saura embellir la vie de ses grands parents !

Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, en 2005, I Muvrini sortait un bijou noté Alma annonçant par cela, que 15 après, ma fille mettrait au monde une ravissante petite Alma, quarteronne Corse qui saura embellir la vie de ses grands parents !

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Laurent Barat : un Boccassien de Cannes

Publié le par Bernard Oheix

Retourner dans la salle de son quartier, remplir les fauteuils rouges avec ses amis, de ceux qui l’ont connu dans son enfance, ont été son instituteur, son pharmacien, les parents de ses copains, avec sa maman dans l’ombre, le regard luisant de fierté… le rêve de tout artiste de 40 ans. Un rêve dur comme la réalité, avec cette angoisse de bien faire et de réussir un challenge pas comme les autres… chez lui, chez nous !

C’est Laurent Barat, profession humoriste, dans la belle salle de 400 places de la Licorne, dans ce quartier village de la ville de Cannes où il fait si bon vivre.

 

Laurent, c’était un copain de mon fils, même classe, même profil. Sa mère, une amie travaillait à la mairie annexe de la Bocca. Après s’être rodé à sa vocation, Il s’est exilé à Paris pour vivre de son art, l’humour. Il y a eu de belles fées qui se sont penchées sur son berceau d’artiste émergeant, Gad Elmaleh, Pascal Légitimus et quelques autres… Désormais, il sillonne la France, sa notoriété grandissant au fil des shows et de ses interventions comme chroniqueur dans des radios, dont Europe 1.

 

Il a bien grandi le petit que l’on voyait débouler dans la cour de l’école, et pas seulement en taille. Il est devenu un beau jeune homme de 40 ans, il a pris de l’assurance, son écriture s’est rodée au scalpel de la scène et il s’impose avec assurance et un zeste d'une jubilation méritée.

Sur le contenu, Laurent parle avec humour de son nombril, de sa vie parisienne, de son rapport aux femmes et campent un personnage qui scrute son environnement avec le regard d’un enfant émerveillé. Ses textes visent juste, quelques pointes émaillent son discours et nous renvoient à nos propres interrogations, tout âge confondu !

Il joue superbement de sa prestance, occupe la scène sans en faire trop et utilise son visage comme un instrument. Sa facilité est déconcertante tant il arrive à nous montrer ce qu’il évoque. Son sketch sur la rupture avec une de ses (nombreuses ?) copines est un bijou de fantaisie, ses rapports à la nourriture bio un régal pour tout palais. Ses souvenirs d’enfance, un vivier dans lequel il pioche sans vergogne afin de nous divertir.

 

Laurent Barat est devenu un grand de l’humour. Nous avons rit et sourit avec lui, comme si par magie, il était capable de nous embarquer dans son bateau ivre !

Il a une sincérité désarmante et nous l’avons suivi sur les chemins de son humour, avec gourmandise, avec ces « madeleines » qu’il nous offre en se délectant.

Bravo !

Laurent Barat, l'enfant du quartier aux ailes déployées !

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Nilda Fernandez. C'était mon ami.

Publié le par Bernard Oheix

Qu’importe l’actualité du Festival du film. Qu’importe la sortie de notre livre Café Croisette…

La nouvelle est tombée, sèche comme un coup de rasoir dans le tissu de mes souvenirs. Nilda est tombé, il a abandonné le terrain de la chanson, l’espace de sa vie. Il a laissé Olga sa femme, mon amie, sa petite fille qui éclairait de son sourire son avenir. Il a trébuché définitivement. Si jeune que l’on imaginait qu’il avait l’éternité pour lui.

 

C’était mon ami, et je remercie le destin de m’avoir permis de croiser son chemin vers 1982, dans un petit café-théâtre de Lyon où il jouait en s’essayant à la gloire devant une poignée d’inconnus.

Nous étions jeunes et plein d’espoirs dans une période où l’on pouvait rêver. Il sortait d’une aventure difficile, un disque vinyl signé par une major qui avait massacré sa production et n’avait assumé aucune diffusion. Une pratique courante à cette époque où les majors croulaient sous les flots d’un argent facile et signaient à tour de bras sans assumer le travail nécéssaire de promotion. Jackpot permanent des heures glorieuses de l’industrie musicale dévorant les talents en en encaissant les dividendes. 

Il allait alors enterrer son nom de Daniel et se forger une nouvelle identité musicale sous le nom de Nilda, pour vaincre les démons du passé et se reconstruire.

 

A l’époque, je travaillais à mettre sur pied une agence commune à toutes les 600 MJC de France, La Belle Bleue, structure de diffusion de spectacles, misant sur les jeunes émergeants. Si chaque MJC faisait l’effort de prendre 2 spectacles à l’année, le potentiel colossal de 1200 contrats auraient permis d’accompagner une dizaine d’artistes sur les chemins ardus de la gloire et de la reconnaissance, vers le métier d’artiste, vers l’affirmation d’un talent.

J’ai encore en mémoire la lettre qu’il m’écrivit, assis dans les jardins du Luxembourg, désemparé, en me demandant de lui tendre la main et de venir à son secours. Je lui ai tendu la main et jamais je n’ai regretté ce geste.

Grâce à l’intervention d’un ministre (Edwige Avice), au soutien de la Fédération Française des MJC et de la MJC de Bourg en Bresse dont j’étais le directeur, La Belle Bleue fut créee en septembre 1984. Dans le 1er catalogue, Nilda Fernandez était proposé, dans une formule souple, légère (4 musiciens) à un prix dérisoire, en compagnie d’autres jeunes plus ou moins connus (les aventuriers de la gondole perdue, Denis Wetterwald, Marianne Sergeant, Patrick Veuillet).

Las ! le beau rêve se fracassa sur la réalité. Chaque directeur étant un créateur en puissance, les rares programmations des MJC (5 à 6 spectacles en moyenne à l’année) représentaient le moment de leur toute puissance et les MJC ne suivirent pas. Elles avaient toutes des artistes à proposer mais si peu jouèrent le jeu de piocher dans leur catalogue, de mutualiser leur force. 

C’est ainsi que Nilda joua une dizaine de fois sous l’étiquette La Belle Bleue, à Lille, à Ranguin de Cannes, chez quelques autres passionnés de solidarité…

Entre temps, Nilda m’avait demandé de produire un single, mais en train de mettre la clef sous le paillasson et de fuir la déroute, je fermais La Belle Bleue en 1986 pour reprendre un poste de MJC dans le Sud.

Et un mois après la fermeture, je reçus la pochette d’un disque 45 tours, dont le titre allait révolutionner sa vie et le faire accéder en un titre de l’ombre à la lumière. Madrid, Madrid, son premier chef d’œuvre !

Le train était passé. La Belle Bleue disparût. Une étoile naissait.

S’ensuivirent un CD, Nos Fiançailles qui se vendit à plus de 500 000 exemplaires, des apparitions à la télé où son personnage androgyne qu’il cultivait avec délectation et sa voix presque féminine intriguaient et fascinaient. Nilda entama une carrière de star même s’il refusa de tomber dans la facilité d’un formatage, de rester dans un personnage où il pouvait se contenter d’engranger les dividendes de son nom. Grands concerts, tour de France des villages en roulotte avec concert sous la tente chaque soir, expériences diverses…

Nos retrouvailles eurent lieu sur la scène Debussy en avril 2000 où je le programmais devant une salle archi-comble. Émotion de le voir rayonner dans le Palais des Festivals. Parcours croisés qui nous permettaient d’être réunis à nouveau. Nous ne nous sommes plus quittés. A Moscou où il entama une carrière de star, je fis connaissance avec sa future femme, Olga, fous rires et vodkas, complicité. Il fut de toutes mes dates importantes. Le 22 septembre 2010, je lui offris le cadeau d’un orchestre symphonique et il transforma la soirée en féérie tant ses mélodies et sa voix collaient à l’instrumentation de l’Orchestre de Cannes dirigé par Philippe Bender. Il assura la direction de mon dernier concert « voix Passions » en tant que Directeur de l’Évènementiel en avril 2012, puis de mon dernier concert des Nuits Musicales du Suquet, en 2016 « La nuit de la Guitare » où avec son complice Laurent Korcia, Nono et d’autres, il mit de la poésie dans mon dernier opus de programmateur.

 

Nous nous retrouvions régulièrement depuis. Chaque voyage à Paris étant une opportunité pour boire un café, parler et retrouver cette complicité de survivants.

Mais il a décidé de partir trop loin pour que je puisse le rejoindre. Et mon cœur saigne de ne plus le voir, de ne plus l’accueillir dans mon jardin, de ne plus entendre sa voix si douce.

Mes pensées vont vers Olga, vers ses deux filles dont la plus jeune saura par ses amis combien son papa était un homme de bien, un homme de valeur et dont les comptines lui manqueront.

Mais la vie continue et comme il avait déjà une voix d’ange, alors assurément, il est en bonne compagnie, même s’il nous a laissé avec un sentiment de solitude qui nous mord le cœur.

Ciao Nilda ! À bientôt !

Mon jardin. Un regard. Un sourire. La vie.

Mon jardin. Un regard. Un sourire. La vie.

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