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Festival du Film, 2015... 2ème livraison !

Publié le par Bernard Oheix

Ô désespoir, Ô rage ! Ô Mad Max ! On espérait retrouver ses racines originelles, toujours aussi fou et torturé dans un monde carbonisé par la haine. Las ! Plongé dans un amusement pour gamin « acnéïque », gigantesque tarte à la chantilly sans saveur ni intelligence, juste un excès de testostérone dans un salmigondis de religion païenne et de destruction de véhicules tous plus improbables les uns que les autres… jusqu’à l’overdose d’un néant de sable dans lequel le réalisateur se noie sans rémission ! Bon, cela m’apprendra à rêver de mes émotions d’antan !

Heureusement, il y a les films du 7ème Art, ceux fait pour des spectateurs sensés être normalement constitués, et de ce point de vue, ce week-end du 16 et 17 mai 2015 aura été un moment de cinéphilie intense !

Touch de Christopher Hougton (Australie) est un bon thriller mâtiné de 6ème sens, et L’étage du dessous de Radu Muntean (Roumanie), l’habituelle chronique sociale douce amère sur un thème important… la volonté de ne pas se mêler des affaires des autres, jusqu’au remord qui ronge ! Plus percutant, le passionnant film Argentin de Santiago Mitre, Paulina. Une jeune et brillante avocate décide d’aller enseigner les principes démocratiques dans une mission à Posadas, région du Nord de l’Argentine, contre l’avis de son père, un ex-révolutionnaire devenu juge. Violée par des jeunes, elle décidera de garder l’enfant comme un symbole de cette réalité qu’elle veut mais ne peut transformer.

Ann de Naomi Kawase est un film émouvant et une belle confirmation pour la prolixe réalisatrice japonaise de Still the Water. Un homme, Sentaro, blessé et triste, gère un snack qui propose des « doriyakis », sorte de galette aux haricots confis. Tokue, une septuagénaire lépreuse, va se faire embaucher et lui apprendre la recette authentique des « doriyakis ». Une amitié étrange les relie et il retrouvera alors la fierté et l’amour de la vie !

Le Conte des Contes de Matteo Garrone est une « fantasmagorie » mixant trois histoires entre l’épopée médiévale et le conte magique. 3 royaumes, des animaux fantastiques, une magie bien présente, des acteurs truculents, des décors sublimes, une vraie plongée dans un monde onirique, magnifiquement mis en scène… Il y a du Pasolini du Décaméron dans cette fable grivoise…Bon, pourquoi parlent-ils tous en anglais…faudra m’expliquer et c’est dommage, tant l’italien aurait chanter à nos oreilles !

Les Chaises musicales, de Marie Belhomme, en avant-première, est une aimable comédie avec Isabelle Carré tentant de sauver une réalisation manquant d’inspiration !

Ni le ciel, ni la terre de Clément Cogitorre avec un Jeremy Régnier magique, aurait pu être un grand film si son approche passionnante (la disparition physique mystérieuse de 4 soldats Français) avait débouché sur une résolution autre que le mystère et la proposition mystique ! Le huis clos de la guerre des hommes et le rapport aux autochtones restent un angle particulièrement fort de ce film attachant et surprenant.

Trois souvenirs de ma jeunesse de Arnaud Despleschin, peut nous irriter à cause d’une construction et d’une ligne directrice défaillante… Pourquoi 3 souvenirs ? Le dernier aurait suffit largement à justifier le film et ce d’autant plus que les deux premiers induisent des pistes qui semblent largement inexploitées et inutiles… Reste une magnifique histoire d’amour adolescente au charme vénéneux sur 1h30 !

Le Fils de Saul de Laszlo Nemes (Hongrie) sera mon premier vrai coup de coeur… un coup au plexus aussi, tant cette histoire qui se déroule dans un camp de concentration est à la limite du soutenable, par le sujet d’abord, un membre des « sondercommando » chargés de l’exécution et de « ramassage » des milliers de juifs qui débarquent pour être gazés, eux-mêmes condamnés en sursis, mais aussi par le traitement filmique et sonore de la pellicule. A hauteur d’épaule du protagoniste, sans cesse en mouvements parce que s’arrêter serait mourrir, phagocyté par les bribes de dialogues incessantes d’un monde à l’agonie où tout est horreur, le film dérobe avec pudeur la vision clinique des monceaux de cadavres, rendant encore plus explicite cette barbarie méthodique et organisée où le rendement est indispensable, où les « sujets » sont des dépouilles à faire disparaître. La tentative de révolte sera brisée mais des traces de cette holocauste seront à jamais inscrite dans l’histoire de l’inhumanité !

Un film salutaire à l’heure du déchaînement des forces sombres qui traversent notre société !

Voilà, j’attaque mon 20ème film…mais les Festivaliers cinéphiles ont envahi La Bocca et les files d’attentes grandissent comme notre impatience à partager l’écran de nos fantasmes ! Faut s’y faire même si rien ne sert de vociférer ! Cannes est bien le centre d’un monde de l’image avec ses lois et ses règles sans merci qui nous conduisent, après 1 heure d’attente à être refoulé au dernier moment par manque de places ! Dur, dur d’être un festivalier de base !

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